22.11.23

Encore !


 à Noël et Léon

  Encore Novel Roman, car les nouvelles découvertes du précédent billet ont remué mes quelques neurones encore actifs, et amené un dessillement qui aurait pu se produire bien plus tôt.

   Au plus bref, ma réalisation en 2018 du projet de 1998 Novel Roman a été initiée par une série de coïncidences liées, la première étant la découverte en février 2017 d'un "roman", appellation explicite d'une grille de 9x9 lettres dans le numéro 9 de Formules.
  J'ai donc écrit Novel Roman d'avril 18 à novembre 18. Le dernier chapitre a été fini au moment où je découvrais le roman Letters de John Barth, roman dont un point essentiel est l'écriture d'un roman par un ordinateur, roman dont le titre prévu est Novel. Le premier essai est un échec, et une seconde tentative vise à l'écriture de la première oeuvre de "numérature", intitulée Numbers, dont le résultat est suggéré être le roman Letters lui-même, celui que le lecteur a en main. Le sous-titre du roman est contenu dans son titre, exprimé en couverture par cette grille de lettres formant LETTERS:
   Ainsi, si le premier projet s'était déroulé comme prévu, le sous-titre du roman aurait pu former son titre, NOVEL.
  Cette grille est donnée dans le même numéro 9 de Formules contenant la grille "roman" de Cyril Epstein, où apparaît le mot ROMAN. De même le mot NOVEL apparaît dans la grille de Barth, et ils sont presque superposables dans les textes en clair, où ce sont dans les deux cas les 5es mots:
AN OLD TIME EPISTOLARY NOVEL
GARE OPERA IWAN MANON ROMAN


  Un autre point commun n'a pas encore été souligné. Il est important pour l'initiateur du projet du Revolutionary Novel (ou RN) que NOVEL soit un mot de 5 lettres, ainsi le projet court sur 5 ans, identifiés par les lettres N-O-V-E-L. Un essai est effectué lors de l'an V, et l'ordi commence effectivement par imprimer les lettres NO, mais il poursuit avec TES.
  L'essai est arrêté là, le titre devenant NOTES au lieu du NOVEL prévu.
  Un nouvel essai survient l'an L, et l'ordinateur pond une série de nombres, débutant par
1 14 1 7 18 1 13..., 
soit, selon les rangs des lettres,
ANAGRAM ("anagramme" en anglais).
  Or, le premier codage aisément perceptible dans la grille de Cyril Epstein est la dernière colonne, 
ANAGRAMME.
  L'anagramme est au premier plan de Novel Roman, enquête sur l'héritage de V.A. Monlorné, ayant légué ses milliards à toutes les personnes dont les nom-prénom sont l'anagramme de son nom. 

  Je reviens sur les circonstances des découvertes des grilles.
 Le 14 février 2017, je suis allé au club de lecture d’Esparron. J'avais emmené pour les y présenter quelques-uns de mes textes dont celui paru dans le Formules n° 9. Il faisait beau et j'ai d'abord fait un tour au bord du lac. Je prévoyais de m'asseoir un moment pour lire le livre que je pensais trouver dans ma boîte en partant, Les lieux-dits de Ricardou, commandé dans son édition originale, mais il n'était pas encore arrivé.
  J'ai donc feuilleté ce copieux Formules, 456 pages, et m'y suis arrêté sur le texte de Cyril Epstein, Ecrire en colonne, page 249 à 256. On peut le télécharger sur le site de la revue.
  Je n'ai pas tardé à repérer les possibilités de lecture verticale dans la grille, je n'y reviens pas.

  Il y avait aussi plusieurs échos avec ma propre grille dans ce même numéro, et les mois suivants m'ont amené à considérer 5 grilles de lettres, ces deux-là, celle de Ricardou gouvernant la structure des Lieux-dits, une grille analogue que j'avais composés en 1998 pour Novel Roman, et la grille de Robert Rapilly.
  J'ai déjà énoncé un point qui me semble avec du recul essentiel, mais je ne l'ai fait qu'une fois, et il me semble utile de le répéter. 
  Ricardou a composé sa grille de façon à répéter dans sa diagonale dextro-descendante le lieu-dit BELCROIX, où BEL est dit lié à "guerre" (bellus latin).
  Ma grille de 1998 était composée pour faire apparaître ROSENCREUTZ dans la même diagonale, avec l'allemand CREUTZ pour "croix". La diagonale de la grande grille de mon article du Formules n° 9 débutait par NEVOL, sans calcul, or NEVOL est le retournement de LOVEN, "lion" dans différentes langues nordiques, tandis que BEL est le retournement de LEB, "lion" dans différentes langues slaves. Ci-dessous les couvertures du Lion de Kessel en russe et danois:

  J'avais disposé les 5 grilles de façon à aligner dans une même diagonale BELCROIX-NEVOL(AVA-ROSEN)CREUTZ, pour faire ressortir la correspondance entre BEL CROIX et NEVOL CREUTZ.


  Si je tiens à le répéter, c'est que j'ai appris depuis que le retournement de Léon en Noël était extrêmement important pour Ricardou (voir le précédent billet). Il est assez connu que leb ou lev signifie "lion", et Ricardou qui avait une amie juive kabbaliste, Ursula à laquelle est dédiée la nouvelle Gravitation, aurait pu savoir que lev signifie "coeur" en hébreu (ou lavi signifie "lion", levia "lionne").
  Quoi qu'il en soit, c'est un fait que Ricardou se présente comme l'écrivain Noël Ricoeur dans ses textes symétricologiques ("coeur" équivalent à "cardio", "coeur" bien venu dans ces textes où le centre de la phrase est à l'honneur (les deux dernières phrases de la Préface sont centrées sur "coeur" et "j'en")).

  Le lion dans ses diverses appellations, jusqu'au tokharien A, a été essentiel dès les débuts de Quaternité, et je suis effaré de n'avoir pas pensé, en rédigeant le récent billet consacré aux doubles retournements, au cas d'école concernant l'atbash: le prophète Jérémie désigne Babel par l'atbash Sesak, et Babel est le retournement de lebab, "coeur".

  J'avais remarqué la présence de LEON en bas de la 2e colonne de la grille de Rapilly, mais ce n'est qu'aujourd'hui que je m'aperçois de la possibilité d'isoler SEMBA dans la 3e ligne. Il y a de multiples variantes de simba, "lion", dans les langues et dialectes africains, et il est facile de vérifier que la variante semba existe.
  J'avais aussi trouvé TSIMBA, offrant une belle propriété atbash.

  Ce 19/11, en rédigeant ce passage où il est question de BELCROIX et du retournement de BEL en LEB, j'ai fait un tour sur un site de streaming qui affichait en suggestion de visionnage Le parfum de la dame en noir, de Louis Daquin (1949). Le roman m'étant essentiel, j'ai eu la curiosité de regarder...
  C'est fort loin du roman, avec un scénario grotesque, et un écho immédiat à ce billet, car Larsan doit sa survie au docteur Croizy, directeur d'un asile, et Croizy a pour principal complice (le seul nommé) Lebel (un des premiers rôles de Piccoli). Les voici tous deux, près d'une croisée, lors d'une rencontre qui tourne à l'altercation (de fait Lebel retournera ensuite sa veste pour aider Rouletabille).
  M'enfin leBEL-CROIzy, c'est à n'y pas croire... et il y a le palindrome LEBEL...

   Lebel a pris le pseudo Ramier pour s'introduire auprès de Darzac, autre personnage venu de Leroux. Ceci pourrait renvoyer à mes coïncidences "colombe", dont le dernier avatar est ici.

 Autre surprise, ce scénario débile est dû à Jean Ferry, que je ne connaissais qu'en tant qu'exégète de Roussel, or la suite prévue du billet concerne Roussel.

  J'aborde maintenant ma découverte de la grille de Barth.
  Vers le 22 novembre 2018, j'ai réalisé que, comme le numéro 9 de Formules contenait la grille d'Epstein et la mienne, de même que des grilles de Rapilly, il serait bien venu d'y trouver mention de Ricardou. La version numérisée m'a permis de découvrir qu'il était cité dans l'article de Nicolas Wagner, Quand lire, c'est voir
  Le même article présentait la grille LETTERS de John Barth, déjà vue mais qui me semblait une réalisation simpliste, de l'ordre du calligramme. Un approfondissement me fit découvrir que c'était bien plus subtil, les lettres-caractères étant disposées dans les matrices 7x5 correspondant aux 7 mois de mars à septembre 1969, commandant les envois des lettres-missives de ce roman épistolaire, ainsi que leurs expéditeurs:
  Ceci me fit télécharger Letters, l'étudier, et faire partager mes premières constatations dans ce billet.
  Parallèlement, j'écrivais le dernier chapitre de Novel Roman, et ceci fut l'occasion d'une coïncidence mémorable. Le matin du 25 novembre, je fis remarquer par un de mes personnages que le 14 août 1908 était la section d'or de l'année. Cette date était prévue dans le projet de 1998, imposée par un schéma qui n'avait rien à voir avec le nombre d'or, auquel je ne m'intéressais pas alors.
  Par la suite, lorsqu'il s'est avéré qu'il semblait jouer un rôle essentiel dans ma démarche, il m'a été naturel de calculer quelles étaient les deux sections d'or de l'année. En près de 20 ans où j'ai lu tout ce qui concernait le nombre d'or, je n'ai jamais trouvé quoi que ce soit concernant la section d'or de l'année.
  Jusqu'à ce 25 novembre, car Jerome Bray, l'homme qui a pour projet de faire écrire par un ordinateur un roman intitulé Novel, est aussi un dingue du nombre d'or, et il remarque que le 14 août 1969 est le Phi-point de l'année.
  Les 5 lettres de NOVEL sont aussi reliées à ce Phi-point, et après l'essai où l'ordi transforme le titre prévu en NOTES Jerome Bray écrit: 
What I'd thought a fiasco was the proper culmination of the first three-fifths of the project: a Five-Year Plan, so I realize now, at whose "Phi-point" I presently stand ("NOT is to ES as NOTES is to NOT").
Ce que je pensais être un fiasco constitue l'apogée appropriée des 3/5es du projet: un Plan de 5 ans, et je m'aperçois que je me trouve à son "Phi-point" ("NOT est à ES ce que NOTES est à NOT").
  C'est une allusion à la suite de Fibonacci, où 3/2 et 5/3 sont des approximations successives du nombre d'or.
 Lors du second essai du 1er avril 1969, où l'ordi ne pond que des chiffres, Bray décide de le reprogrammer pour un Plan de 7 ans, et une oeuvre qui aurait pour titre NUMBERS. Ceci peut laisser deviner au lecteur que l'ordi va à nouveau faire des siennes, et rebaptiser l'oeuvre LETTERS, le roman épistolaire qu'il est en train de lire.
  Ainsi, le NOVEL de départ est devenu LETTERS, et si une traduction française avait été possible, ç'aurait été
LETTRES ROMAN = 99 61 = NOUVEAU ROMAN,
61 étant le Phi-point de 99, et 99 61 étant l'anagramme de 1969, qui est aussi l'année de parution des Lieux-dits, où l'anagramme est aussi au premier plan, avec L'ESPION EPSILON, le square LENPOIS, le SINOPLE...

  J'en ai déjà parlé, avec maints compléments, mais voici du neuf.
  La nouveauté qui a d'abord motivé ce billet était les grilles "roman" et "novel", en relation avec le début et la fin de mon Novel Roman. Ce sont dans les deux cas les 5es mots des grilles, mais ils ne se superposent pas exactement, car le premier occupe les rangs 19-20-21-22-23, l'autre les rangs 20-21-22-23-24.
  J'ai eu la curiosité d'ajouter ces nombres, 105 et 110, somme 215, 5 fois 43. Or, en se souvenant du rapport 3/5 évoqué plus haut par Jerome Bray,
NOVEL ROMAN = 68 + 61 = 129 = 3 fois 43.
  Ainsi, à l'hébraïque, les consonnes NVL RMN occuperaient les rangs de somme 129.
  J'avais utilisé le fait que NVL,
נבלneval signifie "sot", "vil", "fou", en hébreu, et moron à peu près la même chose en grec, pour baptiser un personnage de Novel Roman Neval Moron. J'ai la curiosité aujourd'hui de chercher en ligne MRN, רמן, et la première page, du Wikipedia hébreu, livre, après traduction, ceci:
Maran: crétin (lituanien), crétin (hassidique), est un titre d'honneur pour les rabbins.
  Drôle d'honneur...

  J'ai encore eu la curiosité de regarder quelle était la phrase 215 de la Préface symétricologique de Ricardou, et c'est une phrase qui compte 129 mots, de fait la seule parmi les 328 phrases du texte à compter 129 mots.
  Je l'avais vue en rédigeant le précédent billet, et avais hésité à la citer, m'en tenant à la phrase 129, le première à parler du livre Les romances nouvelles, à comprendre Le nouveau roman, l'essai de Ricardou paru en 1973. La suivante est la phrase 160, avec
NOUVEAU ROMAN = 99+61 = 160.

  Voici donc les 129 mots (=NOVEL ROMAN) de cette phrase 215:
  Quant au sublime Raymond Roussel, si méconnu de maints lettrés, malgré leurs grands airs (sauf, nul ne l'ignore, par les successives intégrales cuvées des annuels congrégatifs), et qui, à moins que je confonde, dans un des quatre chants de Nouvelles Impressions d'Afrique (au juste instant d'offrir dans sa vigueur le principe du "contre-erratum", ou, si tu préfères, opportunément, des érésies venues peut-être d'un calcul), a su, disais-je, par bonheur fustiger l'intempérance de lecture (ce n'est pas lui qui souligne), avec son célèbre "lire souvent égale être leurré", n'est-ce pas une entière étude, intitulée, pourquoi non, eu égard au sujet, Lascivité roussellienne, qu’il eût fallu, en dépit d'une crasse paresse, depuis belle lurette consentir à ses somptueux dispositifs provocants ?
  J'ai envisagé dans le précédent billet une hypothèse rendant compte du choix de Ricardou d'appeler son essai Les romances nouvelles, et d'en donner une représentation correspondant au logo de son éditeur, les impressions nouvelles.

  
  Il va de soi que le nom de la maison est issu en droite ligne du titre de Roussel, Nouvelles Impressions d'Afrique, et, si Ricardou ne l'a pas choisi lui-même, au moins l'a-t-il approuvé, car le but premier de la maison était d'éditer l'oeuvre textique de Ricardou.
  Il existe donc un lien immédiat entre Nouvelles Impressions d'Afrique, les impressions nouvelles, et Les romances nouvelles (c'est-à-dire Le nouveau roman).
  Je remarque que la césure 68-61, correspondant à NOVEL ROMAN, tombe sur le mot "calcul", à la fin d'une parenthèse.
  Dans une phrase de 129 mots, le centre tombe à la position 65, valeur de CENTRE, ici occupée par "peut-être".

  Il n'y a qu'une seule autre phrase contenant "Nouvelles Impressions d'Afrique", la phrase 177 qui a 108 mots, centrés précisément sur "Nouvelles Impressions d'Afrique". Je rappelle que "Les romances nouvelles" occupe une place centrale au second degré (au centre de la seconde partie de la phrase 160).
  J'avais envisagé de la citer dans le précédent billet, parce qu'elle fait le lien entre le mot "nouvelle" et le nombre "9". La voici telle qu'elle apparaît page 52:  
  Inexorable, par exemple, selon un saccage ahurissant, sous la tranquille certitude que l'adjectif "nouvelle", après tout, convient à ce qui fait "neuf", et sachant qu'il avait eu bien sûr la politesse d'écriture (c'est la moindre) d'expliquer ainsi, ailleurs, au préalable, le degré neuf des parenthèses dans les Nouvelles Impressions d'Afrique (lesquelles, tant qu'à faire, assurent, proche un "contre-erratum", ce n'est pas moi qui souligne, que "lire souvent égale être leurré", et songent à offrir quatre chants au lecteur), il n'avait pas craint, dès son premier recueil, d'adjoindre une complète histoire aux huit que demandait le trop fétiche numéro.
  C'est aussi l'une des phrases reprises ensuite numérotées, pages 95-96, mais avec 3 mots de moins (proche un "contre-erratum"), si bien que le centre en est "Nouvelles" (parmi 105 mots, et les rangs de ROMAN dans la grille d'Epstein totalisent 105).
  Probablement pas par hasard, Ricardou y détaille 9 symétries (dont certaines semblent faiblardes), aux rangs 7, 14-15, 23, 25, 26, 33, 35, 39, et 45, parmi lesquelles "(23) neuf" face à "lecteur (23)": la nouvelle romance demande un lecteur neuf.
  A la position 45, la symétrie "préalable-faire" de la phrase numérotée était absente page 52, où apparaissent les correspondances "préalable-un" et "neuf-faire", ce qui pourrait faire sens, d'autant qu'une symétrie revendiquée est "nouvelle-premier". Il y a bien eu "un premier préalable" à cette Préface, "faire 9 nouvelles"...

  Ceci me conduit à revoir les commentaires de la phrase 160, également diminuée de 3 mots dans sa version numérotée de la page 99, et constater que Ricardou en énumère également 9 symétries.

  A propos de 9, je crois n'avoir pas suffisamment souligné l'importance du numéro 9 de Formules. Les 6 grilles liées forment deux groupes nets, unis par une même relation:
- les 3 grilles "table des chapitres" ont 8x8 lettres, 11x11 lettres, et 8x11 lettres;
- les 3 grilles "nom-prénom" ont 9x9 lettres, 10x10 lettres, et 9x10 lettres.
  Les grilles de 8x8 et 11x11 lettres datent de 1969 et 1998, puis en 2005 le numéro 9 de Formules contient la grille de 8x11 lettres, ainsi que les grilles de 9x9 et 10x10 lettres, et Rapilly complètera ce groupe en 2011 avec sa grille de 9x10 lettres.


  Voilà pour les nouveautés. Une petite historique de l'affaire NOVEL ROMAN me semble maintenant utile, avec divers liens. 
  Octobre 1996: une nouvelle de Maurice Leblanc, La lettre d’amour du roi George, m'amène au jeu NOVEL ROMAN. J'en ai parlé dans divers écrits, et ai eu à coeur d'y consacrer une de mes premières pages web, en 2002. 
  J'ai d'abord été tout à fait certain d'avoir décrypté les intentions de Leblanc, 68 ans après la parution d'une nouvelle que des millions de gens ont lue. Et puis des coïncidences étrangères à Leblanc sont venues se greffer à l'affaire, si étonnantes qu'il ne serait guère plus étonnant que les évidences de la nouvelle relèvent aussi de la coïncidence...
  J'ai donné ci-dessus le lien vers mon ancien site, car il permet d'accéder aux premiers éléments qui m'ont fait douter, comme la diffusion le 28 novembre 1998 d'un épisode de Louis la brocante, où Louis Roman découvre un document essentiel dans le tiroir secret d’un meuble.
  Deux jours après, Arte diffusait Haut, bas, fragile, où Louise Loven découvre un document essentiel dans le tiroir secret d’un meuble.

  Je passe sur des petites choses, ou moins petites qui ne me viennent pas à l'esprit, pour sauter à juillet 2012, au billet Diagonales, et à la coïncidences des diagonales BELCROIX et ROSENCREUTZ dans des grilles conçues comme des tables des matières.

  En 2017, c'est la découverte en février et juin de deux grilles "ferroviaires" de 9 lettres de large, l'une de 81 lettres, l'autre de 90, avec les colonnes centrales de ces grilles contenait, à l'insu de leurs auteurs, les lettres NOM PRENOM dans le désordre. Les nombres de lettres des deux grilles correspondaient aux valeurs des nom et prénom ELISABETH LOVENDALE.
  
   En juillet 17découverte que mon SONÈ, publié dans le même numéro 9 de Formules, permet de lire en diagonales LOVEN-DALE.

  Le 23 juillet, je m'avisai des liens avec Ricardou, auteur du Nouveau roman. Prolongations dans le billet suivant d'août. Cet autre billet d'août explorait la piste "lion", de même que le suivant.

  Un récapitulatif de l'étude des 5 grilles en novembre, Sous les pans du concombre.

  Je commandais plusieurs livres de Ricardou début 2018, ce qui m'amena en février à Label 171,
  
   Découverte en ce même mois de la possibilité de lire roman novel dans une curiosité de Ricardou. J'ai écrit dans le précédent billet que c'était survenu pendant l'écriture de Novel Roman, et c'est donc en partie faux, mais la décision d'achever le projet de 1998 était effective bien avant la rédaction du premier chapitre en avril.

  Ensuite, je ne peux que recommander la lecture de Novel Roman, et des 14 billets de commentaires sur Quaternité. Je signale particulièrement celui-ci, où je reviens avec plus de perspicacité sur une coïncidence majeure liée à Novel Roman, découverte en 2001.
  Bien avant mon projet, Benoît Peeters, l'un des fondateurs des Impressions nouvelles, avait publié La bibliothèque de Villers (1980), où une série de morts épelle le mot LIVRE. Les 4 premiers morts sont découverts aux 4 coins d'un carré dessiné dans la ville de Villers, livrant les initiales I-V-R-E.
  Ce n'est qu'en relisant ce billet que j'y vois un autre double retournement:
- les 4 lettres IVRE donnent par atbash (dans notre alphabet) REIV;
- REIV se retourne en VIER, "quatre".

  En fin d'écriture de Novel Roman, ce fut la découverte de Letters, puis la première analyse des 6 grilles.

  Ensuite, il y eut quelques petits ajouts de ci, de là, par exemple la découverte que Ricardou avait un projet basé sur les anagrammes des lettres R O M A N.

  Il y a évidemment beaucoup de redites dans tous ces billets, et j'en suis confus, mais je suis persuadé qu'il y a encore beaucoup de choses à découvrir dans cette affaire, et que des esprits plus affutés que le mien pourraient faire avancer le schmilblic un peu plus rapidement.


5.11.23

nom Schulz prénom Rémy

 à moi...

  Retour à Ricardou, et à ses deux textes symétricologiques majeurs parus simultanément en 1988 dans Révolutions minuscules et La cathédrale de Sens, soit Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, et Le lapsus circulaire.
  Par "majeurs", je me réfère à la longueur des textes, 100 et 80 pages, car il y a encore Résipiscence, en 24 pages.
  Ces textes majeurs se distinguent notamment par des numéros de page autoréférents, probablement une première dans la littérature française, ces numéros étant 99 pour le premier texte, 61 pour le second. Une raison est explicitement donnée pour 99, c'est le premier numéro de la Nouvelle Revue Française où est parue une nouvelle de Ricardou, en 1961.
  Il était tentant de voir cette année 61 avoir déterminé la page autoréférente du Lapsus circulaire, mais j'avais vu une autre possibilité. La gématrie simple livre
NOUVEAU ROMAN = 99 + 61 = 160,
et la phrase que Ricardou reprend page 99 avec ses mots numérotés est originellement la 160e phrase du texte, et c'est une phrase où est évoqué son essai de 1973, Le nouveau roman.
  J'avais découvert d'autres indices étayant cette idée, comme la 1ère phrase qui compte 61 mots, la 61e qui en compte 99, ce qui m'a conduit à aller consulter les archives Ricardou à l'IMEC, possédant des brouillons des deux textes.

  Là, patatras! S'il était déjà confirmé que l'autoréférence de la page 99 était programmée, les brouillons montraient que Ricardou avait choisi au dernier moment, sur épreuves, le numéro de page du Lapsus circulaire, et Marc Avelot, collaborateur chez l'éditeur, les impressions nouvelles, me l'a confirmé.
 
  Marc Avelot et Erica Freiberg m'ont appris à quel point il avait été difficile de réaliser un autre désir de Ricardou pour cette édition. Ricardou n'écrivait qu'à la main, et Erica tapait ses textes à la machine, puis à l'ordi, et un Mac identique à celui de l'éditeur avait été acheté pour ce texte particulier.
 
  Ricardou tenait donc absolument à ce que le titre de son essai devienne les romances nouvelles, et qu'il figure dans la phrase de la page 99 en imitation du logo de l'éditeur, les impressions nouvelles. Il était loin d'être facile alors d'insérer une image dans du texte, et de fait l'opération n'est pas parfaite et les bords de l'image sont perceptibles.
 
  Ceci nécessitait que l'image apparaisse à peu près au milieu de la ligne, page 47 dans sa première version, comme page 99, où la phrase était reprise sous une autre forme, avec une largeur de ligne plus petite, et chaque mot accompagné de son rang dans la phrase; il se peut que cette largeur, commune à toutes les citations, ait été déterminée par cette seule adéquation.
  Voici la version de la page 47:

  C'est moi qui ai entouré d'un rectangle rouge certaines lettres qui m'étaient significatives, j'y reviendrai. On peut constater que ce rectangle est très exactement au milieu de la largeur  du paragraphe.

  Voici ce que devient l'insertion de l'image page 99, avec quelques lignes l'encadrant:
  
  Ce n'est que ce 26 octobre qu'il m'est venu un motif plus solide qu'un simple jeu avec le logo de l'éditeur. Le syntagme (les) romances nouvelles constitue un conglomérat des mots de rangs 51-50-49 (à compter de la fin de la phrase), avec pour romances nouvelles 50-49, somme 99 en cette page 99.

  J'ai dû consacrer une vingtaine de billets à la symétricologie ricardolienne, à partir de mars 2018 où j'exposais mes premières trouvailles. J'envisage maintenant 4 catégories pour les jeux dans ces textes:
1- ceux révélés explicitement par Ricardou;
2- ceux que Ricardou a laissé découvrir aux lecteurs, et il y en a beaucoup;
3- ceux non prévus par Ricardou, mais trouvant néanmoins pleinement sens dans les textes;
4- enfin le reste, probablement non prévu par Ricardou, mais pouvant faire sens pour des lecteurs.

  J'observe qu'il est fort difficile de trancher entre les catégories 2 et 3, excepté lorsque d'autres sources que les textes, comme leurs brouillons, amènent des éléments déterminants.
  Quoi qu'il en soit c'est la catégorie 4 qui m'intéresse en priorité, et la récente découverte
romances nouvelles = 50+49 = 99
m'a permis de faire un nouveau pas dans cette voie.

  La seconde forme de la 160e phrase, page 47, est donc donnée pages 98-99-100, introduite par les 22 mots de la phrase 314. La forme totalement numérotée étant peu lisible, j'ai choisi de ne numéroter que les mots ensuite commentés, avec des flèches pointant vers les mots numérotés:


  Les 6 phrases suivantes commentent les symétries:
- "centre", 99e mot, page 99, reprenant la syllabe "ce" des premier et dernier mots, "Ce" et "concordance";
- "triple fourche" et "auguste bouche", aux rangs 90-91;
- "prénom" et "émergence" (Jean) aux rangs 28;
- "les romances nouvelles" et "telle préface sempiternelle" aux rangs 49-50-51;
- les ouvertures et fermetures des parenthèses, aux rangs 58 et 79, formant "écriture, jeu avec lecture";
- enfin "auteur révolu" fait face aux "nouveaux imprimeurs", rangs 24-25.

 Il m'est apparu en août 2021 que la disposition choisie permet d'isoler le rang (50) de "romances", que (50) est à mi-chemin entre (1) et (99), et que les mots d'ordre (50), "préface" et "romances" comportent aussi la syllabe "ce" de ces mots de rangs (1) et (99), "Ce", "centre", et "concordance".
  Ceci pourrait expliquer pas mal de choses, pourquoi "roman" est devenu "romance", pourquoi ce texte est une "préface", alors qu'il est nettement plus long que l'ensemble des neuf nouvelles de Révolutions minuscules, pourquoi il est insisté sur la présence de "cent" dans "centre", au centre donc de deux (50). Enfin, ces 5 mots "ce" bornent 4 séries de 48 mots, 48 nombre fétiche de Ricardou.
  Les commentaires sur les rangs des mots occupent les phrases 315 à 320, 320 double de 160. S'il est maintenant peu probable qu'il y ait un rapport avec la valeur 160 de NOUVEAU ROMAN, ce n'est peut-être pas un hasard.
  Le texte s'achève par 8 très longues phrases particulièrement biscornues. J'ai émis l'hypothèse que Ricardou désirait ainsi donner exactement 100 pages à cette préface (dont une page vierge), par 8 phrases, le chiffre fétiche.

  Mon implication personnelle dans l'affaire est l'écho avec NOVEL ROMAN. C'est un personnage de Leblanc, Elisabeth Lovendale, qui m'a conduit à découvrir les propriétés de ces deux mots en 1996, sans que je sache si Leblanc avait sciemment donné à cette chercheuse de la 14e lettre d'amour parmi les 18 cachées dans les reliures des 18 tomes des romans de Richardson un nom en 18 lettres, de valeur égale aux 18 premières lettres, où seule la 14e lettre occupait la même position,
ELISABETH  LOVENDALE = 81+90 = 171.
A-----------M (N) O--R  = 171. 
  Ceci m'avait donné l'idée d'un roman dont le titre aurait été Novel Roman, et dont j'avais rédigé le plan et quelques passages en 1998, mais une perspective éditoriale assurée m'avait lancé dans un autre projet.

  En 2017, j'ai découvert en février et mai deux grilles "ferroviaires" de 9 lettres de large, l'une de 81 lettres, l'autre de 90, et les colonnes centrales de ces grilles contenaient, à l'insu de leurs auteurs, les lettres NOM PRENOM dans le désordre. Les nombres de lettres des deux grilles correspondaient aux valeurs des nom et prénom ELISABETH LOVENDALE.
  C'est aussi en 2017 que j'ai surmonté quelques réticences envers Ricardou, et lu avec attention Les lieux-dits, un roman dont la table des chapitres forme une grille 8x8 permettant de lire en diagonale le 4e lieu-dit, BELCROIX. L'autre diagonale peut désigner, sans que cela eût été intentionnel, un des deux protagonistes du roman,
OLIVIER  LASIUS = 90+81.
  Or mon projet de 1998, basé sur les valeurs 81-90 d'Elisabeth Lovendale, contenait aussi une grille de chapitres d'un "roman dans le roman", en 11x11 lettres avec un nom à lire en diagonale, ROSENCREUTZ (Rose-Croix). Cette grille était l'une des seules choses que j'avais rédigées, croyant faire oeuvre novatrice, ignorant du roman de Ricardou publié 30 ans plus tôt.

 Ces coïncidences m'ont conduit à reprendre le projet en avril 2018, et à le mener à terme, en y incluant ces nouveaux éléments.

 
  C'est en cours d'écriture que je m'étais avisé que la construction de Ricardou, forgée d'après le logo de l'éditeur, permettait d'isoler les 10 lettres "roman novel" dans un rectangle (voir plus haut la phrase de la page 47 entière).
  Ceci en ne comptant qu'une fois la lettre "n" de "roman(ces)", reprise renversée pour faire le "u" de "nouvel(les)".
  Ce n'est qu'aujourd'hui 5 novembre, en rédigeant ceci, que j'ai la curiosité de chercher quelle conséquence aurait la prise en compte du "u", soit
ROMAN  NOUVEL = 61 + 89 = 150,
or, si je préfère Rémi, mes prénom-nom selon l'état civil sont
REMY  SCHULZ = 61 + 89 = 150.
  C'est encore l'occasion de m'apercevoir que
PRENOM  REMY  NOM  SCHULZ = 273,  
soit le produit de mes fibos fétiches, 13x21, ou la valeur de l'hébreu arba', "quatre".
 
  C'est l'ajout d'un "n" renversé qui transforme
NOVEL = 68 en NOUVEL = 89,
or 68 se renverse en 89. Ce jeu du renversement du "6" en "9" est utilisé dans Le lapsus circulaire.

  Erica Freiberg, la collaboratrice de Ricardou, m'a appris que l'anglais novel n'est pas seulement le substantif "roman", c'est aussi l'adjectif "nouveau(x)", "nouvel(le)(s)".

  Je m'avise que les rangs des mots "les romances nouvelles", comme leurs symétriques "telle préface sempiternelle", sont 49-50-51, somme 150.

  Le mot "nouvel" est l'anagramme de "un vélo", ou de "Léon vu", ce qui pourrait évoquer une autre image insérée par Ricardou dans  La prise de Constantinople, où les explorateurs vénusiens découvrent une roche, avec des fissures pouvant se lire LEON, et une exploratrice constate que c'est le prénom de son collègue Léon Doca: 
- Pas du tout, rétorque Doca. Il suffit de ne plus hésiter à inverser complètement la lecture pour découvrir le simple nombre 4031 qui n'offre pas le moindre rapport avec l'un quelconque d'entre nous. D'ailleurs...
- En es-tu si assuré, Doca ? dit Elise Sas. J'aimerais avancer une brève démonstration. Donnons au zéro la valeur d'un O, puis considérons en chaque chiffre la lettre qui lui correspond dans l'alphabet. Nous découvrons alors le sens de ce mystérieux message: 4 égale D, zéro donne O, 3 signifie C, 1 indique le A de Doca.
  Ricardou avait confié à Erica que ce passage était pour lui essentiel. En 1943, ses parents lui avaient offert un vélo, acheté chez un marchand de leur quartier à Cannes, Léon Noël, rue du Titien (devenue la rue Léon Noël). C'était un résistant, arrêté peu après et mort sous la torture, ce qui avait marqué le jeune Jean.
  Je remarque que le renversement de "n" en "u" peut aussi donner un "v", ainsi le "n" de "léon" peut devenir le "v" de "vélo"...
  Dans le Lapsus circulaire, Ricardou prétend se prénommer Noël, et rend grâce à son père de lui avoir donné cette initiale "n" se renversant en la dernière lettre de son patronyme.

  Léon Doca est un nouvel ensemble prénom-nom, soigneusement calculé, et il en va probablement de même pour tous les personnages de Ricardou.

  Cette affaire a des échos personnels. Les beaux-parents de ma femme habitaient Le Cannet, et nous sommes allés plusieurs fois y passer la journée. Au cours d'une de ces visites, j'ai sillonné Cannes, en vélo, et découvert une importante librairie d'occasion, au 89 rue de la République. J'ai retenu cette adresse car 89 est la valeur de SCHULZ (comme de RICARDOU, devrai-je découvrir ultérieurement).
  En juin 2021, je suis revenu à Cannes pour découvrir les lieux où avait vécu Ricardou. Je me suis aperçu que la librairie du 89 rue de la République avait cédé la place à une épicerie orientale, et que ce n° 89 faisait le coin avec la rue Léon Noël.

  Le jeu Léon-Noël était prévu dès 1998 dans le projet Novel Roman, avec des personnages nommés Morvan Léon et Noël Navrom. Dans la réalisation effective de 2018, j'ai introduit dans le chapitre 15, en partie écrit en symétricologie, le jeu 4031-Leon, associé au nombre 6039, produit de 99 et 61 (en référence aux valeurs de NOUVEAU ROMAN.
  J'ai à coeur de révéler tous mes jeux (conscients du moins), et ceux de ce chapitre se trouvent ici.


  La découverte des rangs des mots
romances nouvelles = 50+49 = 99 
m'a conduit à rechercher les autres occurrences de l'expression. Elle n'apparait qu'une fois avant la phrase 160 de la page 47, dans la phrase 129 de la page 40, or
NOVEL  ROMAN = 61 + 68 = 129.
  Si je n'imagine guère que Ricardou ait sciemment fait allusion au
NOUVEAU ROMAN = 160
dans sa phrase 160, il est carrément absurde que la phrase 129 ait un rapport voulu avec NOVEL ROMAN.

  Voici tout le paragraphe, formé des phrases 128-129-130:
Cependant, outre de si puériles simplicités apparentes, toujours faciles à détecter, certains calculs qu'il fomentait de page en page en matière de lèvres, je dois le reconnaître, c'est jusqu'à, minuscule, une ampleur peut-être incongrue qu'il en multipliait quelquefois les astuces. Ainsi, pour approfondir d'un détour l'interminable exemple, il m'avait avoué un soir, car notre intime proximité le conduisait de temps à autre, on l'a lu, à feindre le tutoiement: "Vois-tu pourquoi, en vérité, j'en suis venu à concevoir, jadis, le mince livre Les romances nouvelles sur plusieurs, non peut-être les moindres, parmi mes contemporains ? Retiens l'aveu pour toi, certes, car il pourrait me desservir, j'imagine, auprès des universitaires, mais sache, pour ta gouverne, qu'avec tel favorable prétexte j'ai pu réussir ce qui seul pour moi, littérairement, à l'époque importait: disposer sur le revers du cartonnage, en quatrième place, évidemment, pour déférer à l'ordre alphabétique, au plus bas, ma propre signature."
  Peut-être faut-il traduire... L'édition originale du Nouveau Roman de 1973 offrait la particularité à laquelle il est fait allusion.
  Le verso immédiat de la couverture donnait les signatures de quatre nouveaux romanciers, Michel Butor, Claude Ollier, Robert Pinget, et Ricardou lui-même. Ainsi le nom Jean Ricardou figurait au haut du recto de la couverture (voir supra), en sombre sur clair, et sa signature au bas du verso, en clair sur sombre.
  J'ignore s'il existe d'autres livres dont les versos des couvertures sont imprimés, c'est en tout cas pour le moins exceptionnel.
  Si l'aveu de Ricardou à sa "çoeur" ne reflète pas obligatoirement une absolue vérité, car Le nouveau roman a demandé un travail énorme à l'auteur, lui ayant valu un certain succès public, la curiosité des versos de couverture est bien là, et elle dépend du fait que Ricardou a choisi d'y étudier 7 nouveaux romanciers tels que lui-même y figure, par ordre alphabétique, en 4e position, au milieu. Les 3 autres signatures figurent sur l'autre verso.

  Au niveau symétricologie, les 3 phrases remplissent le minimum syndical, avec des échos entre le premier et le dernier mot de la phrase.
  Il peut y avoir une finesse. Je crois avoir établi que, dans le Lapsus circulaire, la symétrie s'étend parfois à l'unité paragraphe, et dans ce paragraphe constitué de phrases de 44-60-62 mots, 166 en tout, s'achevant sur "signature", les 2 mots médians sont "j'en", possible signature "Jean".
  Si c'est un hasard, il serait formidable, car la consultation des brouillons m'a mené à l'hypothèse que Ricardou entendait placer cette même signature "j'en" au milieu exact de la dernière phrase de cette Préface, mais que le jeu a été perdu après diverses modifications. A moins que ce ne fût une suprême astuce, pour tromper les espions du "monument allemand"; Ricardou se gardait de répéter les mêmes jeux. 

  En tout cas un jeu analogue est explicitement revendiqué phrase 160, avec "(émer)gen(ce)" symétrique de "prénom".

  Ce billet, débuté aussitôt après avoir fini le précédent, a quelque peu traîné, car les deux trouvailles de départ (les rangs de "romances nouvelles" dans la phrase 160 et la première apparition de l'expression dans la phrase 129) me semblaient un brin faiblardes, et je n'étais pas sûr qu'elles justifiassent un nouveau billet.
  Et puis est venu le déclic
ROMAN  NOUVEL = 61 + 89 = REMY  SCHULZ,
ce qui m'a illico fourni un titre.

  Je suis encore consterné par ma lenteur d'esprit, car il m'était immédiat en 1996 que
ROMAN = REMY,
même si j'ai toujours préféré Rémi.
  Il aurait alors suffi que j'ouvre un dictionnaire anglais pour apprendre que novel est aussi un adjectif signifiant "nouvel". Mais ça fait tout de même plusieurs années que je le sais, de même que j'ai isolé "roman no(u)vel" dans le logo détourné.

  C'est peut-être à nouveau ma modestie qui est la cause des retards à voir l'intrication de mes recherches avec des détails personnels, ou l'effroi de me sentir à ce point impliqué.

  Je pensais avoir publié un billet intitulé
nom Lovendale prénom Elisabeth,
mais il s'agit plutôt de
prénom, Elisabeth, nom déclaré, Lovendale
en juillet 17, avec pour ce titre des raisons gématriques explicitées.

  Comme 
nom Lovendale prénom Elisabeth,
a pour valeur 294, j'y avais songé pour mon 294e billet, cependant intitulé
Habillée ? dévêtons-la !,
anagramme de "Elisabeth Lovendale", allusion aux strip-teases chers à Ricardou. Je peux d'ailleurs révéler maintenant que la cave de ses parents abritait dans les années 30 un cabaret d'effeuillage assez coté à Cannes, quoique officieux, Le chat noir. Le jeune Jean traînait dans la salle en-dehors des heures ouvertes au public, et y imaginait ses propres spectacles...
  Tiens, nom Schulz prénom Rémy se trouve être le 394e billet de Quaternité, 100 billets après celui qui aurait pu se nommer nom Lovendale prénom Elisabeth.
  Je constate encore que la valeur de mon nom, 150, est la moyenne entre 129 de Novel Roman et 171 de Elisabeth Lovendale.
 
Note du 6/11: Il m'est revenu que, dans un roman plusieurs fois évoqué, Mortelles voyelles de Gilles Schlesser, notamment ici, la lettre Y est aussi utilisée tardivement parmi les chiffres romains, pour noter 150. C'est prendre en compte le Y de mon prénom qui mène à 150.
  Je notais qu'un personnage de Schlesser était
PAUL-MISTRAKI = 50-100, somme 150.
  Son héros se nomme Oxymor Baulay, or j'ai relié ici l'oxymore Vie-Mortelle aux nombres 50-100.
  Une autre piste à creuser, probablement...
 
Note du 9/11: Depuis mon passage au Jeu des 1000 euros le 17 maij'écoute fréquemment l'émission, et aujourd'hui 9/11 il a été posé la question des dates de construction et destruction du mur de Berlin. J'aurais pu répondre, 61-89, mais je n'y ai certes pas pensé lorsque j'ai associé ROMAN NOUVEL = 61-89 à mes prénom-nom. MUR, ON EN VOLA?
  Les diffusions de l'émission ont lieu environ 3 semaines après l'enregistrement, et le hasard a fait que cette diffusion a eu lieu le 34e anniversaire de la date clé, le 9/11/89, annonce officielle de l'ouverture du Mur. Sa destruction est survenue les jours suivants.
  

30.10.23

en suivant le phil de la lumière

à Einstein et Aboulafia

  Le précédent billet m'a conduit à mettre en parallèle deux doubles renversements. Le double renversement, c'est d'une part le remplacement des lettres d'un mot par les lettres correspondantes dans un alphabet écrit à rebours, ainsi, AB devient ZY; ça s'appelle l'atbash
  D'autre part, le "mot" ainsi obtenu est renversé, et ZY devient YZ; ça s'appelle l'anadrome ou anacycle. On pourrait nommer la double opération anatbashdrome, mais je garde "double renversement".

  Dans le best-seller La formule de Dieu (2006), Jose Rodrigues dos Santos imagine qu'Einstein a laissé un cryptogramme, ! il rsvb, livrant par atbash (selon l'alphabet actuel) ! ro ihey, qu'il faut renverser pour obtenir yehi or !, la transcription de l'hébreu signifiant "Que la lumière soit !" (Gn 1,3), ou Fiat lux !


  Le 11 juillet dernier, j'ai cherché une référence en ligne pour le jeu atbash (en hébreu) tsevi-hashem, mais la seule mention que j'ai trouvée était le double renversement tsevi-hashem-moshe. (cerf-le Nom-Moïse).
  Juste dans la foulée, j'ai ouvert le thriller Le maître des énigmes (2023), dont je ne savais pas qu'il avait un quelconque rapport avec l'hébreu. Danielle Trussoni y a imaginé un cryptogramme d'Aboulafia,  et le roman débute par une forme incomplète du cryptogramme où se détache un seul mot, יבצ, soit tsevi (cerf).
  Si le roman évoque précisément le retournement de HaShem, "Le Nom", en Moshe, Moïse,
Par exemple, quand on retourne le nom de Moïse, en hébreu, on obtient HaShem.
l'auteure n'est pas hébraïsante, et a fait réaliser le cryptogramme par un spécialiste. J'ignore si l'isolement des lettres יבצ dans la version incomplète du début du livre était intentionnelle.

  Voici donc ce que j'écrivais dans le précédent billet, et depuis ma pensée à mûri. Le cryptogramme complet se présente ainsi:
 

  Le maître des énigmes découvre que les carrés blancs et noirs correspondent à du code binaire, à répartir en 2 fois 6 groupes de 6 bits, codant pour les nombres 15, 3, 27, 39, 63, 51. A chacun des nombres du cadran correspond une lettre hébraïque, et ceci conduit aux 6 lettres H Y G M H W qui, inscrites dans les 6 cercles au centre de l’étoile, donnent au diagramme son efficience magique.
  Ces lettres révèlent aussi le secret du Nom, HaShem, formule désignant le Tétragramme YHWH, le nom sacré de Dieu qu'il est interdit de prononcer. Ce secret serait qu'il faut le retourner pour obtenir HW HY, soit en hébreu les pronoms "il" et "elle".
  Dieu serait androgyne, et la formule codée se lit HY GM HW, hi gam hou, "Elle aussi Il" (mais l'auteure donne "Il et aussi Elle").

  Je ne sais donc si Dimitris Lazarou, concepteur du cryptogramme, a sciemment écrit tsevi, atbash de HaShem, dans la couronne des lettres du cryptogramme indiquant que le Nom doit être retourné, mais il est plutôt certain qu'il n'a pas songé au cryptogramme de La formule de Dieu, où "il" code pour "or", de "yehi or !", la première parole créatrice de Dieu. Ce n'est qu'en français que HW devient "il".
  Là où les choses deviennent vertigineuses, c'est que, ce qui n'est pas mentionné dans le roman, les lettres HY GM HW correspondent sur la couronne de lettres aux sommets d'une étoile de David. Leurs rangs 15, 3, 27, 39, 63, 51 ont pour moyenne 33, précisément le rang de la lettre médiane du mot ÇBY, tsevi, occupant les positions 32-33-34. Je rappelle que l'atbash en est HSM, HaShem, "Le Nom", désignation de YHWH, occupant les positions 3-15-51-63, moyenne 33 encore.
  Voici le schéma correspondant, avec l'étoile HYGMHW, et ÇBY dans un rectangle:
 

  Le roman ne mentionne pas cette disposition étoilée, évidemment voulue par Lazarou, et qui pourrait appuyer l'intentionnalité de ÇBY participant à cette symétrie. Car les lettres HYGMHW pourraient être disposées n'importe comment sur l'étoile, puisque c'est le code binaire qui détermine leur ordre, et ici ÇBY se trouve aussi idéalement que possible opposé aux lettres formant le Tétragramme, YHWH, HaShem, HSM, renversement atbash de ÇBY.
  Curieusement, l'ordre effectif des lettres codées, 3-15-27-39-51-63, livre YHGMWH, soit "YH aussi WH". Les inversions des rangs transformeront donc YH et WH en HY et HW, "Elle" et "Il", que l'auteur renversera à son tour en "Il" et "Elle". 

  Il y a bien davantage. Le billet précédent m'a conduit à mettre en parallèle le clinamen de Perec dans La vie mode d'emploi (1978, LVME) - Perec a supprimé le chapitre 66 de son livre, mais en a repris des éléments dans le chapitre 65 -, et une coquille d'une édition de 1984 de Coup double d'Ellery Queen, où le "phil" de "philosophe" a disparu pour, semble-t-il, devenir "6566":


  J'imagine qu'il s'agit d'une erreur informatique, devant donc offrir une certaine logique. 4 lettres sont devenues 4 chiffres, donc à "il" pourrait correspondre "66". Or dans le cryptogramme "il", "HW", peut aussi se lire dans les lettres diamétralement opposées de rangs 15 et 51, somme 66. De plus, ces lettres ont dans l'alphabet hébreu les rangs 5 et 6, et la forme originale "WH" correspondrait donc à "65".
  J'étudiais dans le billet précédent l'oubli du mot "il", 65e mot d'un texte de Ricardou.

  J'ai souvent commenté Coup double, notamment dans le premier billet de l'année. Ses 7 morts, ou 8, actualisent une comptine populaire, un thème de polar assez fréquent, déjà avant Dix petits nègres, et j'avais vu la possibilité de lire JHWH (autre translittération de JHWH) dans les initiales des victimes:

Rich man, Poor man,    MacCaby    Hart
Beggarman, Thief,       Anderson   Jackard
Doctor, Lawyer,            Dodd          Holderfield
Merchant, Chief.          Waldo        (Winship)

  Winship est entre parenthèses car il s'agit du "chef" de la manipulation, et Ellery suppose qu'il sera condamné à mort pour ses crimes. De toute manière, la dernière victime de Winship, le tailleur Jonathan Waldo, fournit un W, sinon le Tétragramme complet car son nom est théophore en hébreu, signifiant "don de YHWH". Par ailleurs "chef" est en espagnol JEFE, mot dont les lettres ont les mêmes rangs dans notre alphabet, 10-5-6-5, que YHWH dans l'alphabet hébreu.
  Cette lecture du 20e roman de Queen serait peut-être folle s'il n'y avait pas d'autres utilisations du Tétragramme, explicites, dans d'autres Queen. Dans le 18e roman, La décade prodigieuse, le plan criminel utilise une anagramme de Yahweh, translittération du Tétragramme. Dans le 26e roman (26 valeur de YHWH), L'adversaire, 4 crimes sont associés aux lettres du Tétragramme (curieusement, sur la couverture allemande ci-dessus, H et W à droite sont intervertis par rapport au schéma WH donné dans le roman).

  J'avais vu que, dans Coup double, les initiales n'étaient pas dans l'ordre JHWH, mais HJ, puis HW. Je n'avais pas pensé à "elle" "il" car les pronoms hébraïques sont en fait HYA et HWA, la dernière lettre Aleph étant muette, mais ceci pourrait trouver sens dans le roman, où Ellery n'a aucune preuve pour confondre Winship. Alors, sachant que celui-ci aime profondément sa femme, il monte une accusation contre elle, si solide que Winship avoue.

  A la fin de la page 230 montrée ci-dessus, un feu se déclare, dans lequel meurt la dernière victime de Winship, le tailleur Waldo. Or en hébreu le mot AWR, se prononçant or, ur ou our, signifie "lumière", "feu", et c'est encore la ville chaldéenne Ur. Ainsi, sur cette page où une coquille a supprimé "(ph)il", alors que Einstein aurait codé la lumière-feu dans "il", un feu se déclare...
  Dans ce billet, j'étudiais le retournement atbash or<>li, or "lumière" ou "feu" en hébreu, li de même en chinois.

  Ur est donc aussi la ville de Mésopotamie, berceau de notre civilisation et des religions monothéistes, puisque la Bible y a fait naître Abraham.
  Borges a constaté l'absence d'Ur dans les 50 volumes de l'Anglo-American Encyclopedia, ce qui lui a inspiré la nouvelle Tlön Uqbar Orbis Tertius, où il transforme Ur en Uqbar et l'encyclopédie en Anglo-American Cyclopaedia
  J'en ai parlé ici, soulignant que Borges introduit le mot ur dans la nouvelle, avec le concept le plus pur des tlöniens qui serait ur
ur : la chose produite par suggestion, l'objet déduit par l'espoir.
  Ainsi le manque du mot Ur dans une encyclopédie a conduit Borges à imaginer Uqbar, dont la littérature est une encyclopédie du monde imaginaire Tlön, où le mot le plus important est ur.

   Je suis tenté de rapprocher cette absence de Ur du chapitre 66 manquant de LVME, 66 qui serait "il" selon la coquille du Queen, "il" qui deviendrait "or" selon "Einstein"...
  J'écris ceci le 27/10 où est annoncée la mort de l'ex-Premier ministre chinois, Li Keqiang, limogé en mars dernier et remplacé par Li Qiang...
  Je rappelle que li signifie "lumière" en chinois.
  En mécanique ou en menuiserie, une lumière est un orifice, un trou.

  J'ai parlé à plusieurs reprises de la revue imaginaire BILL dont le sommaire constitue l'essentiel du chapitre 56 de LVME. Ses rubriques  ont permis à Perec de résoudre la plupart des contraintes prévues pour le chapitre. 
   Les deux auteurs à citer étaient Borges et Freud. Les 3 premières rubriques font allusion à 3 nouvelles de Fictions, dans l'ordre où elles s'y présentent, avec d'abord Boris Baruq Nolt pour Tlön Uqbar Orbis Tertius, première nouvelle du recueil.
  La 7e rubrique fait allusion à une obscure notule de Freud sur le Tétragramme YHWH, dénichée dans la Révolution psychanalytique de Marthe Robert, et peut-être Perec l'a-t-il choisie pour l'écho à La mort et la boussole, autre nouvelle de Fictions, où une suite de 4 crimes semble déterminée par le Tétragramme.
   La 4e rubrique fait allusion à La disparition, roman où il manque aussi un chapitre 5, comme il se doit. En écrivant ceci, je me rends compte que Perec a supprimé deux chapitres de ses romans, de numéros 5 et 66, or
CLINAMEN = 71 = 5+66.
  La 6e rubrique est inattendue, car c'est une allusion sauvage à Cristal qui songe de Sturgeon, non programmée dans ce chapitre. Or, mais ceci n'a été connu qu'après la mort de Dannay en 1982, Sturgeon était le co-auteur de L'adversaire, ayant mis en écriture le synopsis de Dannay, où 4 crimes sont associés aux lettres du Tétragramme. Il est peu probable que Perec l'ait lu, car la traduction française n'est parue qu'en 1978, l'année de LVME, or les points communs entre les deux oeuvres sont étranges. 

  J'y suis souvent revenu. Cette succession Sturgeon-Tétragramme est vertigineuse, d'autant que la seule citation authentifiée par Perec de La mort et la boussole est dans le chapitre 92, où figure aussi une citation de Cristal qui songe, concernant le jouet appelé "diable" (ce qu'a noté Perec dans le Cahier des charges). Dans la partie d'échecs qui se joue dans L'adversaire, les rois sont YHWH et le Diable.
  Cette partie se joue en 33 chapitres, titrés en référence aux échecs, de Le gambit d'Y à Echec et mat. Les lettres codantes du cryptogramme d'Aboulafia sont symétriques par rapport à la position 33, occupée par le B de ÇBY, B la lettre de la dualité qui est aussi la majuscule Ascii codée 66. J'avais envisagé 6566 comme AB en Ascii.
  Les autres lettres de ÇBY, ÇY, occupent les positions 32-34, somme 66. Leurs valeurs dans l'alphabet hébreu sont 90-10, somme 100, comme le nombre prévu de chapitres de LVME, réduit à 99 par le clinamen du chapitre 66, exclu pour faire apparaître le diable au chapitre 65.
  Une autre citation de Cristal qui songe concerne Méphisto, au chapitre 55.

Note du 18/12: une série TV où apparaît l'arcane XV du tarot, le Diable, me rappelle que le diable est aussi vu comme androgyne.
  Il en va de même du Baphomet des Templiers. Il a été imaginé que ce nom soit la transformation atbash du grec SOFIA, "sagesse", écrit en lettres hébraïques: SWPYA > BPWMT.
  Un épisode mémorable de Cristal qui songe est la transformation de son héros, Horton, en une jeune fille. 

  33... Il y a 12 possibilités pour placer les 6 sommets d'une étoile de David sur un cercle de 72 points, en partant des positions 1 à 12. Les 6 sommets auront une moyenne variant de 31 à 42, la moyenne 33 obtenue à partir de la position 3 étant séduisante, puisque l'étoile de David superpose deux triangles.
  Le nombre 33 s'exprime dans l'alphabet numéral hébreu par L"G, les lettres Lamed (=30) et Gimel (=3) formant le mot GLL, exprimant la rondeur.
  C'est un autre cas de double retournement, que j'avais cité ici, en rapport avec Le maître des énigmes, mais sans avoir fait le lien avec 33. Le mot GLL devient par atbash RKK, se retournant en KKR, kikar, mot qui signifie également "cercle" en hébreu biblique:
 

  J'avais souligné que la linguistique relie quantités de mots couplant les lettres G (ou C, ou K) et R (ou L), comme en latin girare, circus, circulus, calculus, ou en grec gyros, kyklos.

  Je suis depuis près de 20 ans obsédé par La mort et la boussole parce que la nouvelle semble cacher en filigrane le mot tsevi, ou zwi, autre translittération de ÇBY, par les allusions aux bordels de la mafia juive en Argentine, connus sous le nom de zwi migdal ("cerf tour", sans certitude quant à l'origine de cette dénomination). Sans reprendre le dossier, je constate que le mot MGDL permet de former les lettres LMD et GML, Lamed et Gimel.
  Je ne sais plus si j'ai souligné que les lettres du Nom y sont vues former un triangle équilatéral, avant que Lönnrot ne comprenne que ce Nom est le Tétragramme, et qu'il faut compléter le triangle en un losange. Un losange peut être vu comme une superposition de deux triangles, de même que l'étoile de David où s'inscrit YHWH dans Le maître des énigmes.

  J'avais commencé à rédiger ce qui va suivre pour le billet du 28 juillet dernier, et puis le billet avait une telle longueur que j'avais décidé de remettre à plus tard, l'occasion ne s'étant pas présentée dans les billets suivants. Elle s'impose maintenant, comme nous l'allons voir. 
  Voici ce que j'avais rédigé:
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   Ce 23 juillet est intervenue une coïncidence extérieure. L'idée que Dieu soit mâle et femelle n'a rien de neuf, particulièrement dans le Judaïsme, et plus particulièrement encore dans la Kabbale. J'avais exploité l'idée dans le chapitre 17 de Novel Roman, où j'avais imaginé la découverte par un Croisé d'un parchemin rédigé par Jacob lui-même, relatant sa lutte avec l'Ange, à la suite de laquelle Dieu l'a renommé Israël.
"  Le témoignage de Jacob ne contredit pas fondamentalement le récit biblique, mais il est bien plus clair. Jacob a bien d'abord cru lutter avec un homme, mais au cours de la lutte il s'est aperçu que cet "homme" avait aussi des attributs féminins. Et lorsqu'il a compris qu'il avait affaire à un androgyne, Jacob aussi s'est transformé, et sa "blessure à la cuisse" a été l'apparition d'un sexe féminin.
"  Jacob a donc été nommé Israël par ce Dieu androgyne, et Jacob, de son côté, l'a baptisé Peniel-Penoel, car en hébreu les lettres Yod et Waw symbolisent le masculin et le féminin. Il peut en aller curieusement de même avec les lettres latines, ou le I et le O peuvent symboliser les organes génitaux, si vous me permettez cette trivialité." 
  Le 23 juillet, Daniel Bilous, éminent universitaire et colistier de la liste Oulipo, a posté ceci:
Changer de sexe
Pour un rabbin
C'est très complexe
Vous pensez bien!
Moralité: I s'ra Elle.
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  J'ai regretté de ne pas y avoir pensé lors de l'écriture de Novel Roman, et ne suis d'ailleurs pas certain que ce jeu ne me soit jadis venu à l'esprit.
  Quoi qu'il en soit, plusieurs autres choses m'avaient alors échappées. Chapitre 17, alors qu'il y a 17 groupes de lettres dans la version incomplète du diagramme d'Aboulafia donnée au début du livre:
 

  C'est censé être ce que s'est rappelée une non-hébraïsante après avoir vu quelques instants le diagramme d'Aboulafia. Bravo!
  Je n'imagine pas comment j'ai pu négliger de calculer la valeur des 9 lettres significatives, soit 
69 pour les lettres du code, HYGMHW,
102 pour ÇBY, 
171 pour la somme.
  Or 171 est l'un des nombres essentiels structurant Novel Roman, en 18 chapitres parce que 171 est la somme des nombres de 1 à 18. Tous les chapitres y ont des titres en 18 lettres de somme 171.
  Le nombre 171 fait l'objet de commentaires dans deux chapitres, le 12, et le 17, précisément, où l'un des commentaires touche précisément le lieu où Jacob serait devenu androgyne, Peniel, PNYAL=171.
 
  J'ai jadis envisagé une autre androgynie, pour le couple Abraham-Sarah, lesquels ont également vu leurs noms changés par YHWH.
  Ils sont au départ ABRM et SRY, et ont atteint un âge respectable (99 et 89 ans) sans avoir engendré d'enfants, mais YHWH change leurs noms en ABRHM et SRH, et Isaac naît.
  La valeur gématrique du couple ne change pas, car Y=10 devient deux H=5.
  Je m'étais avisé que les deux noms originels avaient une lettre commune, R=200, et que ces deux R pouvaient résulter d'une opération analogue à partir d'une lettre T=400 dans le nom de Sarah, soit ABM et STY.
  ABM pourrait être une contraction de AB et AM, "père" et "mère", tandis que STY signifie "deux", ce qui pourrait "expliquer" la stérilité du couple sous les formes originelles...
  ABM a pour atbash TSY, et ce serait encore un autre double renversement. BYT est par ailleurs le nom complet de la première lettre double, B, Beth, et BYT devient par atbash SMA, les 3 lettres mères, selon la distribution des lettres du Sefer Yetsira.

 Note ultérieure: Phrère Sam me signale que Elohim est aussi androgyne : Elle-O-Him.
 
  Il y a près de 35 ans que j'ai découvert cela, mais lorsque j'ai abordé la question sur Quaternité, j'ai découvert une exégèse classique utilisant cette transformation  de BYT (בית) en SMA (שמא):
  L'oracle du pectoral, urim wethumim, est un autre thème traditionnel. Il aurait comporté 72 lettres, et Dieu aurait pu rendre certaines de ces lettres lumineuses (urim, de or, "lumière") pour transmettre des messages.
  Le nombre 72 intervient souvent dans la mystique juive, et les 72 lettres du diagramme d'Aboulafia n'ont pas de rapport nécessaire avec cet oracle. 
 
  Examiner ce diagramme sous l'angle des jeux BYT-SMA et ABM-STY-ABRHM-SRH, amène quelques curiosités (voir le diagramme complet).
  Les 4 premières lettres du diagramme, rangs 1-2-3-4, sont TRYH, הירת, précisément les lettres TY envisagées se scinder en deux couples RH.
  Aux rangs 5-17-29-41-53-65, correspondant à une autre étoile de David, on trouve YPSTAB, à une lettre près YMSTAB, le jeu BYT-SMA dans un autre ordre (et j'avais illustré ce jeu par une étoile de David). Si je ne me prononce pas pour ÇBY, je n'imagine guère une intention ici. Quelques remarques:
- P=80 au lieu de M=40, c'est un autre cas de doublement.
- P et M ont pour atbash W et Y, les lettres déterminant le masculin et le féminin dans le jeu HW-HY.
- Le P au rang 17 est la 17e lettre de l'alphabet hébreu (le diagramme incomplet montrait 17 groupes de lettres). 
- Comment ne pas penser à l'Arcane 17 cher à André Breton, L'étoile? 
- Et ne pas se rappeler que Breton transformait ses initiales AB en 1713? AB que j'ai vu plus haut correspondre aux Asciis 65-66 de Coup double (les échos de ce titre se précisent, surtout l'original Double Double; et précisément en français comme en hébreu, B=2 est le double de A=1, et D=4 le double de B=2, je rappelle que 4 et D sont omniprésents dans le roman, et Winship y exploite 2 morts accidentelles pouvant correspondre aux 2 premiers éléments de la comptine, en les doublant par 2 meurtres, afin de persuader le Dr Dodd qu'il est menacé); à l'arcane 17 correspond la lettre hébraïque P, פ, ce que Breton exploite, et à l'arcane 13, la Mort, la lettre M, מ:
 

- Dans Arcane 17, Breton évoque Nerval, né en 1808 qu'il réduit en 1+8+8=17, et le Ma seule étoile est morte du Desdichado, qu'il transforme en Ma seule étoile vit.
- AB, "père" est présent dans l'étoile YPSTAB, ainsi que son double renversement ST, Seth, le fils d'Adam, premier père ou patriarche; ce sont précisément ces lettres ATBS qui ont donné l'appellation atbash.
- Ces lettres STAB apparaissent dans la même configuration sur cette étoile que YHWH dans l'étoile HYGMHW.
- C'est Shabbataï Tsevi, SBTY ÇBY, qui avait recours au double renversement pour se décréter nouveau Moïse, MSH, et  SBTY apparaît dans l'étoile, de même que ÇBY parmi les 17 groupes de lettres du diagramme incomplet.
 
  Tous ces 17 me rappellent un retournement atbash simple. Le mot HWG, "cercle", de valeur 17, a pour atbash SPR, un mot signifiant aussi bien "livre" que "nombre". Le mot sefira en est dérivé, avec peut-être une pensée pour le grec sphaira, "sphère". Les sefirot sont des nombres représentés dans des cercles sur l'arbre de vie.
  Le diagramme d'Aboulafia est supposé mettre en action la dernière des sefirot, malkhout.
  Un jeu atbash courant concerne un autre mot de valeur 17, TWB, "bon", qui devient NPS, "âme".
 
  Avoir évoqué plus haut le pectoral du grand-prêtre me rappelle que les 72 lettres de l'oracle s'y répartissent en 17 mots, dont les noms des 12 fils de Jacob-Israël. La série Dig a imaginé la reconstitution de l'oracle, et l'épisode de sa consultation révèle un jeu qui ne peut apparaître qu'aux hébraïsants attentifs. 
  Ici l'oracle n'offre que les noms des 12 fils de Jacob, le dernier étant ASR, Asher, "heureux". Sa consultation livre en lettre lumineuses DYNH, Dinah fille de Jacob (mais ce n'est pas précisé),
 
 
et un examen montre que pour obtenir le H final ASR est devenu ASH, isha, "femme". Ceci me semble avoir quelque écho avec les autres cas d'androgynie vus supra. Plus de détails ici.
 
  J'ai omis plus haut une curiosité de la traduction française de L'adversaire, où Percival, le dernier cousin York menacé par l'assassin qui expédie les cartons JHWH, se compare à un Sadim qui transforme l'OR en RO, ce qui m'évoque bien sûr le cryptogramme d'Einstein où IL devient RO puis OR, "lumière".
  Il se trouve qu'un renversement analogue a été jadis, vers 25 ans, à l'origine de mon intérêt pour l'hébreu. Je ne sais plus comment j'avais été amené à lire Les grands initiés d'Edouard Schuré, mais j'avais été frappé de ce qu'il disait du récit biblique de la création, avec le "souffle de Dieu", ROUA AELOHIM, qui crée la lumière AOUR au verset suivant:
Le mot roua qui signifie le souffle se trouve dans le second verset. On remarquera que le mot aour qui signifie lumière, est le mot roua renversé. Le souffle divin en revenant sur lui-même crée la lumière intelligible. 
  Lorsque bien plus tard j'ai acquis quelques rudiments d'hébreu, je me suis aperçu que ce beau retournement n'était pas tout à fait exact.
  Cherchant aujourd'hui d'autres occurrences de "aour" "roua", j'en trouve diverses, dont une de JC Pichon qui énonce dans Histoire des Mythes
(Aour - Roua), Iahvé, fils de tous les dieux (Élohim). Cette divinité de Feu ou du Combat, il l'affronte en effet dans une lutte singulière au milieu de sa nuit et, de cette lutte, il renaît boiteux mais ancêtre assuré d'une race sans exemple. Iahvé est également un dieu de Vérité. Comme tel, le cercle, la pierre demeurent ses symboles.
  Je n'en sais pas plus, mais c'est l'un des premiers résultats et il associe assez étonnamment le retournement Aour-Roua et le combat de Jacob avec YHWH.
 
Note du 23/11: l'écriture du billet Encore ! m'a rappelé deux autres doubles retournements. 
  Je suis particulièrement confus de n'avoir pas pensé au cas d'école concernant l'atbash, évoqué très tôt sur Quaternité: le prophète Jérémie désigne Babel par l'atbash Sesak, et Babel est le retournement de lebab, "coeur".
  Un livre a été souvent évoqué, notamment iciLa bibliothèque de Villers, où 4 morts sont découverts aux 4 coins d'un carré dessiné dans la ville de Villers, livrant les initiales I-V-R-E. J'avais déjà vu l'anagramme de vier, "quatre" allemand, mais pas encore vu qu'il pouvait résulter d'un double retournement:
- les 4 lettres IVRE donnent par atbash (dans notre alphabet) REIV;
- REIV se retourne en VIER, "quatre".

Note du 17/12: J'ai à diverses reprises commenté les similitudes entre La bibliothèque de Villers, roman construit à partir des lettres LIVRE, et Novel Roman, construit sur les lettres du titre, et sur le jeu  entre N-AMOR et N-LOVE.
   J'ai aussi signalé que L-IVRE avait en commun avec N-LOVE que les tétragrammes IVRE et LOVE sont composés de deux couples atbash. Mais ce n'est qu'aujourd'hui que je m'avise que le double retournement de LOVE livre VELO, et je n'y pensais donc pas en décidant d'ouvrir le roman (le novel) sur la découverte d'un crime par deux "hirondelles", des agents en vélos.
  Ni en faisant du "VELO mannor" de "norman LOVE" un lieu essentiel de l'intrigue.
  Ces deux éléments étaient prévus dès 1998 (alors que j'ignorais l'existence de La bibliothèque de Villers).