26.10.08

MWMW

Mon dernier billet sur la "queentessence" des 4 derniers "vrais Queen" m'a replongé dans l'oeuvre de Frederic Dannay, et ainsi permis de découvrir une possibilité d'interprétation de cette tétralogie. Il est plutôt nécessaire d'avoir d'abord lu ce dernier billet.

Je rappelle qu'il s'agit de quatre romans, dont je vais simplifier les titres complets en Triangle, Face, Femme, et Endroit, qui ont en commun au moins 3 caractéristiques :
- dans chaque roman est recherché l'amant ou l'amante de la victime, ou du conjoint de la victime, les 4 combinaisons possibles étant réalisées.
- la victime a dans chaque cas une manie liée au langage, prétexte à une énigme occupant les enquêteurs et lecteurs.
- un motif 3+1 est présent dans chaque roman.
Le point le plus remarquable est probablement la continuité entre Face et Femme, se terminant et commençant le même jour dans le même lieu. Ellery et son père ont accompagné leur ami Burke à l'aéroport, dans le restaurant duquel ils rencontrent John Benedict qui sera assassiné le dimanche suivant, soit le dimanche de Pâques puisque Face se terminait le lendemain du dimanche des Rameaux.

S'intéresser de près aux dates amène d'autres constatations.
- Dans Triangle, Sheila Grey est assassinée le mercredi 14 septembre de l'année 63. Ce n'est pas une date réelle, il n'y a eu de mercredi 14 qu'en 60 et 66 (pour les années les plus proches). La clé du meurtre est donnée dans la nuit du réveillon suivant, le 1er janvier 64, où s'achève le roman.
- Le roman suivant, Face, débute aussi un 1er janvier. L'année n'est pas explicitement donnée, mais un calcul élémentaire désigne 66 : Gloria est mariée depuis 6 ans révolus en décembre précédent, son mariage étant explicitement daté de 59. Cependant il est répété à maintes reprises que le meurtre a eu lieu le mercredi 30 décembre précédent (à 23h50), or le 30 décembre 65 était un jeudi (c'était un mercredi en 64). La clé de l'énigme est donnée le dimanche des Rameaux, où Ellery confond la coupable lors d'un pseudo-mariage dont la nécessité narrative n'a rien d'évident ; le roman s'achève le lendemain, soit en principe le 4 avril en 66 (12 avril en 65).
- Femme débute ce même lundi, mais estampillé 23 mars ! En supposant que Dannay était conscient de cette discordance, deux interprétations sont possibles, qui ne s'excluent d'ailleurs pas :
  • les plus proches dimanches 29 mars sont en 64 et 70, année de publication de Femme, et ce sont tous deux des dimanches de Pâques. Ainsi Queen donnait aux lecteurs de 70 qui n'auraient pas lu Face la possibilité d'accéder au jeu trinitaire sur la mort de John III, fils de charpentier. Si l'année où se passe Femme n'est pas précisée, il y est fait allusion au roman Portnoy et son complexe paru en 69.
  • 64 donnerait une extraordinaire cohérence à la dernière période Queen, avec le vengeur du roman de 63 né à Pâques 24, le roman de 64 couvrant exactement la semaine sainte 44, et la quaternité débutée en 65 centrée sur la semaine pascale 64. J'ai vu dans les oeuvres antérieures de Queen une récurrence du nombre 20, que j'interprète volontiers comme signature de Dannay, né le 20 octobre 05. On pourrait imaginer que l'aîné des Queen, le cousin Lee né le 11 janvier 05, ait été conçu pendant la semaine sainte 04, or la clé du crime d'Endroit est à chercher 9 mois auparavant.
Femme s'achève le lundi 8 juin, où Ellery découvre l'homosexualité de Al Marsh, marié la veille.
- Endroit se déroule sur plusieurs années, 62, 66, et surtout 67, essentiellement des 9 du mois. Il me semble significatif d'y trouver la date du 8 juin, liée à une "inversion".

Ceci nécessite de s'y arrêter. Le 9 juin, le milliardaire Nino Importuna discute affaires avec son secrétaire Peter Ennis, et entre soudain dans une rage folle en découvrant qu'on a touché à sa bibliothèque. C'est Peter qui, la veille (le 8 juin donc), a remarqué que certains livres étaient rangés la tête en bas, et s'est permis de les remettre dans le "bon sens".
Ceci constitue pour une bonne part l'énigme liée à la manie novénaire de Nino, dont la résolution en octobre suivant n'apportera pas grand-chose : Nino avait rangé dans ce rayon certains livres liés à des dates très novénaires, comme la Magna Carta rédigée en 1215 (9x9x5), et d'autres où c'est le 6 qui domine, comme cette Fondation de Byzance qui a eu lieu en -666 avant JC; Nino a retourné ces livres pour transformer les 6 en 9.
Je ne crois pas beaucoup à un hasard en constatant que Dannay a situé cet épisode le vendredi 9 juin, soit le 6/9 à l'anglaise, date ambigramme se lisant identiquement renversée de 180°. La connotation graveleuse de la forme anglaise peut faire sens dans la suite de ce 6/9 où, après le départ de son mari, Virginia invite Peter à faire l'amour sur la table de Nino, ayant appartenu à un Médicis.

Nino écoutait-il Jimi Hendrix, qui a précisément enregistré en 67 If 6 was 9 ? Hélas la version la plus regardée sur YouTube a été ajoutée le 10 juin dernier (à un jour près du 6/9). Je connais cette chanson parce que j'avais acheté la musique du film Easy Rider, de 69.

Les premières périodes Queen sont caractérisées par une extrême décence, allant parfois jusqu'à la pudibonderie. Je n'ai à l'esprit qu'un seul roman, La décade prodigieuse, où le motif criminel est l'adultère, et c'est une conséquence du thème du livre, la transgression des 10 commandements.
Et viennent ces 4 derniers Queen, avec des intrigues ouvertement sexuelles, explorant l'impuissance, le donjuanisme, l'homosexualité, la perversion... La lumière m'est venue dans la nuit du 23 au 24 octobre, où je me suis avisé que les initiales des meurtriers de ces 4 romans sont MWMW, majuscules symétriques dans la plupart des "polices", y compris celle de Central Street à New York, lettres qui sont également les initiales des mots MAN et WOMAN.
Ceci s'accorde avec ce que j'avais déjà remarqué : Femme et Endroit sont exactement parallèles, sexes inversés, à Triangle et Face, ce qui d'ailleurs m'avait été le principal indice d'une quaternité, sans en comprendre le sens profond. Je ne prétends pas avoir tout compris, mais le jeu du couple MW me semble particulièrement fécond, et pouvoir expliquer de multiples détails.
Ainsi ce 6/9 l'épisode sexuel sur la table Médicis (avec un M) entre Virgin et P.Ennis... Je n'invente rien. Avant le début de leur relation, Peter appelait Virginia Whyte Importuna Virgin ("vierge"), laquelle lui a révélé qu'il ne croyait pas si bien dire, et qu'elle a trouvé un diminutif à son mari, Impo (pour impotent, "impuissant"); quant à P.Ennis, c'est une forme présente dans le livre (page 35 de l'édition française, et j'ai vérifié qu'elle était déjà dans l'édition originale). Le détail des jeux sexuels pratiqués par Peter et Virgin n'est pas précisé au lecteur, qui est néanmoins en droit de supposer que Virgin est toujours vierge, puisque son mari a une pratique de nature sexuelle avec elle (également non précisée, mais le lecteur peut encore supposer à partir de quelques détails qu'y intervient la seule authentique particularité novénaire de "Nino", ses index et médius de la main droite soudés de naissance en un "neuvième doigt").
Autre exemple de la subtilité de Dannay, ENNIS, coupable idéal désigné par le véritable assassin, est l'anagramme de NINES (pluriel de "neuf", en principe invariable). Peut-on aller jusqu'à remarquer que les initiales VI de Virginia Importuna correspondent à 6 en chiffres romains ?
Nino Importuna prétend être né le 9/9/99, alors que son certificat de baptême le montre natif du 16 mai 1898. En ce 6/9 (1967), il a donc 69 ans depuis peu...

Les 4 meurtriers MWMW sont donc :
Dane McKell
Rebecca West
Al Aubrey Marsh
Wallace Ryerson Whyte
A noter que ce dernier nom n'apparaît que deux fois dans le roman, ce sont ses 3 premiers mots, et ses 3 derniers, tour de force qu'on a attribué à Lee; je n'en suis pas si sûr...
Le porteur du prénom Aubrey le plus connu est à coup sûr Beardsley, autre figure homosexuelle. Ryerson... Le Ryerson le plus connu est un Methodist minister, "ministre méthodiste", MM ?
Si les derniers noms donnent les initiales MWMW, les prénoms donnent l'acrostiche DRAW, soit "tirer" (un trait), "dessiner". Précisément les majuscules M et W sont faites de 4 traits unissant 5 points, ce qui peu donner l'idée de la représentation ci-contre, où les points des lettres M et W symétriques dans la chronologie des romans ont été reliés par des traits, se croisant en un point de symétrie qui pourrait correspondre au lundi saint (Monday, avec un M !), pivot de la tétralogie et éventuel 4/4.
Je rappelle que le retour de Queen dans L'Adversaire donnait une distribution dans l'espace et le temps des lettres de l'identité ultime du meurtrier, le Tétragramme divin, selon l'initiale de son identité seconde, Nathaniel.
Le même agencement appliqué à la quaternité MWMW donne un schéma symétrique selon deux axes, horizontal et vertical, restituant éventuellement les sexes des victimes dans l'ordre de la tétralogie, deux femmes puis deux hommes.

La clé MW semble d'ailleurs pouvoir s'appliquer au moins aux deux premiers romans de cette dernière période Queen. Ainsi l'identité première du tueur de L'Adversaire est-elle Walt, et la victime correspondant à la lettre W du Tétragramme est-elle Myra. Après la réception par Myra du carton W, les enquêteurs se demandent si ce ne serait pas un M renversé.

Le meurtre de Et le 8e jour... n'a finalement d'intérêt que par le piège dans lequel tombe Ellery, qui se laisse berner par les faux indices laissés par le Maître (the Teacher). Ainsi El-Roï ("Dieu qui voit" comme l'entend le Maître) ne voit que trop tard la vérité, et est au premier chef responsable de la mise à mort du Maître le vendredi saint 44.
Le Maître s'est jadis appelé Willy, est-il révélé à Ellery par une vieille quenanienne.
Le dimanche de Pâques, au moment où Ellery quitte Quenan, un avion s'écrase à proximité de la communauté. Son pilote a réussi à s'éjecter en parachute, et il atterrit aux pieds d'Ellery, il se nomme Manuel Aquina, et c'est le portrait craché du Maître, tel qu'il aurait été à 30 ans du moins...
Ainsi W(illy) ressuscite en M(anuel). Il est encore envisageable qu'Emmanuel ("Dieu avec nous", nom du Messie selon Isaïe) ait été raccourci en MANuel en référence au Son of Man, le Fils de l'Homme. Dans Femme, le denier mot bafouillé dans la nuit pascale par John III est HOMO, vraisemblable parodie du Ecce homo qui a condamné Jésus, alors que John ne peut indiquer le mot man, de peur qu'il n'accuse sa fiancée, Laura Manzoni...

W n'est pas un "double V" en anglais, mais un double U, se prononçant comme double you, "double toi".

Les grands-parents communs aux deux cousins Queen se nommaient Walerstein, et le nom complet de Dannay à sa naissance était Daniel Walerstein Nathan.

Un admirable jeu MW serait le titre du dernier volet de la tétralogie, A fine and private place, qui est d'abord une citation de Marvell, M !, "La tombe est un bel endroit privé..." (the grave), à laquelle George Whalley, W !, a ajouté deux siècles plus tard "...la matrice aussi" (the womb). Je rappelle que le roman est l'histoire d'un projet criminel conçu lors du premier rendez-vous amoureux entre P.Ennis et Virgin, le 9 décembre 66, et venu à terme 9 mois plus tard, le 9 septembre 67. Le contexte de la citation originale a trait à la futilité de la virginité, l'abandon aux asticots de ce dont pourrait profiter un pénis honnête :
Thy beauty shall no more be found;
Nor, in thy marble vault, shall sound
My echoing song: then worms shall try
That long-preserved virginity,
And your quaint honour turn to dust,
And into ashes all my lust.
The grave's a fine and private place,
But none, I think, do there embrace.

Je déclarais dans mon précédent billet que les intrigues policières de la tétralogie étaient faiblardes, par rapport aux prodigieux retournements des Queen les plus célèbres. La relecture des 4 romans me rend plus indulgent, tant l'ensemble présente une extraordinaire cohérence, où les détails dérangeants dans leur contexte immédiat trouvent tous une signification.
Par exemple les mercredis des meurtres des femmes (Women), qui ne collent pas pour les années de Triangle et Face, sont des Wednesday, avec un W, jour d'Odin.
Le pivot avec les situations identiques de Femme et Endroit, sexes inversés, est un lundi, Monday, avec un M, jour de la Lune.
Et les meurtres des hommes ont aussi lieu le même jour, le dimanche, car l'autopsie montre que Nino n'est pas mort à 9:09 le soir du samedi 9/9, mais après minuit, donc Sunday, le jour du Soleil ou du Seigneur selon les pays.

Au delà des multiples échos à l'intérieur de la tétralogie, ou de la dernière période Queen, puisque les deux premiers romans de 63-64 y ont déjà été reliés, je devine des liens avec les périodes antérieures, suggérant une complexité vertigineuse. Je n'en donnerai qu'un exemple, repéré depuis longtemps, mais auquel je ne voyais jusqu'ici pas d'interprétation.
Dans Face, on découvre "un dimanche de la mi-février" l'arme du crime dans un carton à chapeau, ce qui conduit à l'arrestation immédiate et au procès de la suspecte Lorette. Sachant que le 30 décembre précédent était un mercredi, il est facile de calculer que ce dimanche est le 14 février, on ne peut mieux à la mi-février.
Or le 14 février c'est la Saint-Valentin, et ceci ne peut laisser indifférent un queenien passionné, car le chef-d'oeuvre La ville maudite (1943) est rythmé par les fêtes. Dans la nuit du nouvel an 41 une femme meurt empoisonnée, à la place de Nora semble-t-il, et on découvre à la Saint-Valentin dans un carton à chapeau des indices conduisant à l'arrestation immédiate et au procès du déjà suspect mari de Nora, laquelle mourra à Pâques en mettant au monde leur enfant...
J'avais déjà vu que le schéma de cette 1e enquête à Wrightsville était exactement repris dans la 3e enquête, La décade prodigieuse, avec inversion des sexes : X se venge de son conjoint Y infidèle en assassinant sa (ou son) rival(e), de telle manière que cet assassinat soit vu comme une tentative ratée de Y contre X...
Je reconnais maintenant une préfiguration des inversions de sexe dans la tétralogie.

Il faudrait aborder la numérologie queenienne, ouvrant encore sur des abîmes insondables.
Dans Endroit, Ellery assure que Nino, baptisé Tullio, a choisi ce nouveau prénom pour sa ressemblance avec nine, "neuf", et parce que la numérologie de ce nom est, selon le Livre des Nombres de Cheiron,
N+I+N+O = 5+1+5+7 = 18, se réduisant à 9.
Me renseignant aujourd'hui sur ce Book of Numbers, j'apprends ici que John Lennon était aussi un adepte de ce Cheiro, et qu'il partageait avec Nino sa manie novénaire (JOHN = 1+7+5+5 = 18...), au point de ne rien décider qu'après maints calculs... Cheiro est né William John Warner, en 1866 (également date de fondation du Ku-Klux-Klan, l'un des livres renversés par Nino pour obtenir 9981), et il est mort à 69 ans, comme Nino...
Si Nino n'a pu connaître l'album blanc de 68 des Fab Four et Revolution 9, inspiré par les croyances de Lennon, Dannay en revanche aurait pu l'écouter en boucle, quand il en avait assez de If 6 was 9.

Selon le système de Cheiro, MWMW = 4+6+4+6 = 20, nombre que j'ai déjà interprété comme signature de Dannay.

Le meurtre de Nino en septembre est précédé par celui de son frère Julio en mai, auprès duquel on retrouve un bouton marqué des initiales MI, accusant l'autre frère, Marco, mais MI est encore un motif 4+1 selon Cheiro qui utilise les nombres réduits des lettres hébraïques correspondantes, soit mem-yod, formant en hébreu le pronom "qui ?". La principale fausse piste pour l'assassinat des frères Importuna est le mystérieux ME, soit 4+5 (comme DN initiales de Daniel Nathan), ou mem-he, formant en hébreu le pronom "quoi ?". Mi et Ma, "qui ?" et "quoi ?", forment un couple essentiel masculin-féminin dans la mystique juive; ME a un alibi pour le meurtre de Nino, il était en Israël...
Les enquêteurs constatent lors du meurtre de Julio que le bouton-aux-initiales-du-meurtrier est passé de mode depuis Conan Doyle, semblant oublier qu'Ellery lui-même est tombé dans le piège tendu par le Maître, qui avait laissé sur les lieux du crime à Quenan un de ses boutons, marqué d'un N, lettre sacrée pour les quenanites, à cause de sa valeur 50 (calquant la croyance des Esséniens envers la lettre noun).

J'ai écrit début 2000 l'opuscule Quelle queenerie la vie, dont un exemplaire se trouve à la Bilipo. Alors que je ne disposais pas d'informations aujourd'hui plus accessibles, qui n'auraient pu que conforter mon choix, j'avais écarté de mes commentaires les 3 faux "vrais Queen" de 66-68-69, A study in terror, The house of brass, Cop out, parce que je n'y reconnaissais pas la patte Dannay.
Cop out (Fric-Frac Flic en français) serait entièrement écrit par Lee. J'avais cependant vu une structure queenienne à ce roman hard-boiled (une histoire de gangsters dans le genre Burnett) se déroulant en une semaine et 7 chapitres, et avais remarqué les initiales de son héros, Wes Malone, WM. Lee connaissait nécessairement les abîmes de complexité où se délectait son cousin, et peut-être les a-t-il raillés ici avec un WM dans un récit qui n'a rien d'intello.

Si je n'avais pas en 2000 perçu la quaternité telle que je la comprends aujourd'hui, avec ses symétries masculin-féminin, j'avais remarqué la thématique commune à ses trois premiers volets, et repéré toutes les similitudes numériques 3-9 entre les meurtres de John dans Femme et de Nino dans Endroit.
J'achevais l'opuscule sur une remarquable relation unissant ces 4 titres, qui comptent 77 lettres (en VO), 77 étant la valeur numérique d'ELLERY selon l'alphabet "normal", de A=1 à Z=26.
Ces romans ont des structures étroitement associées à chaque thématique, en 4-4-3-9 parties, soit en tout 20 parties, 20 toujours associé à la naissance de Dannay (et à MWMW selon Cheiro).
Dans un seul roman, les parties sont subdivisées en sections numérotées, Face qui compte 46 sections. En prenant en compte ces subdivisions, la tétralogie se répartit en 4-46-3-9 sections, soit un total de
62 = QUEEN face au total des lettres des titres
77 = ELLERY


Les couvertures illustrant ce billet viennent encore du site de Kurt Sercu;
et du blog Chapter 27 de Robert Rosen pour le livre de Cheiro.


Note du 29/10 : En tournant et retournant l'affaire dans ma tête, il m'est apparu quelque chose qui ne ressemble pas à un hasard :
- A fine and private place, délire novénaire, est paru originellement en 1971, un multiple de 9;
- c'est le 9e "vrai Queen" de la dernière période Queen, qui a vu paraître un Queen en édition cartonnée chaque année de 1963 à 1971;
- Dannay et Lee, comme Ellery lui-même également né en 1905, fêtaient cette année 1971 leurs 66 ans, que Nino auraient renversés en 99.
Alors peut-être y a-t-il eu une franche complicité entre les cousins pour cette dernière période. Ce que j'appelais les faux "vrais Queen" pourraient donc avoir été des bouche-trous nécessaires jalonnant la tétralogie débutée en 65, 60e anniversaire de Dannay et Lee.
Lee aurait eu le privilège plus immédiat d'écrire le titre marquant le 40e anniversaire du début des Queen, en 1929, et la connivence avec Dannay serait marquée par les initiales du nouveau héros, WM en 69.
Si on suspecte que la tétralogie a été écrite avec dès le départ l'idée de la terminer sur le déluge novénaire en 1971, il n'est plus absurde de calculer les valeurs des 4 titres selon Cheiro, soit :
The Fourth Side of the Triangle = 112
Face to Face = 45
The Last Woman in his Life = 80
A Fine and Private Place = 77
Total 314, réparti en
112+ 45 = 157 et
80 + 77 = 157 pour chaque paire MW... Curieux encore puisque 314 évoque le cercle, symbole de totalité, déjà présent dans la 4e enquête d'Ellery en 1932, The Greek Coffin Mystery, centré en partie sur les allées et venues dans la chambre 314 de l'hôtel Benedict.
Mieux vaut s'arrêter là.

Note du 29 au soir : Je m'aperçois qu'il était déjà question de l'ambigramme WM en 69 dans mon billet du 5/10 :

Au nom Newman s'associe d'abord pour moi le logo ambigramme, se lisant identiquement tourné de 180°, des vêtements New Man, dessiné par Raymond Loewy en 69 (année ambigramme également), qui m'a profondément frappé à l'époque.

20.10.08

Queentessence

Ce 20 octobre, 103e anniversaire de la naissance de Frederic Dannay, m'est l'occasion de quelques mots sur celui qui fut l'âme de la signature Ellery Queen.
Dannay écrivit en 1928 avec son cousin Manfred Lee un premier polar qui obtint un prix, début d'une longue carrière en plusieurs phases, marquée par la quaternité, surtout dans la dernière phase, mais il y a déjà des 4 remarquables bien avant, comme:
- Dans la première phase, 1928-35, Dannay et Lee ont écrit parallèlement à leurs 9 Mysteries 4 polars sous un autre pseudonyme, Barnaby Ross.
- Dans la seconde phase, 1936-41, Le quatre de coeur en 38 est peut-être leur premier roman utilisant une thématique pascale.
- La phase suivante, 1942-58, pourrait se partager entre les romans du cycle Wrightsville et les autres. La 4e enquête à Wrightsville est Double double en 1950, signalé dans mon premier billet, festival de 4 et de D (4e lettre). C'est la 20e aventure d'Ellery Queen, rendant peut-être hommage à l'auteur né à une date "double double", 20/10/05 ou 05/10/20 à l'anglaise. Le roman compte 20 chapitres titrés par des dates, le premier étant Mardi 4 avril, un 4/4 qui en 1950 était le mardi saint.
La couverture suédoise magnifie la quaternité première du récit en montrant les 4 premiers morts correspondant aux premiers mots d'une comptine, laquelle entraînera le meurtrier à 4 autres meurtres, sur fond de 4 immeubles de Wrightsville.

Dans l'association Dannay-Lee, Dannay développait une intrigue détaillée dans un long synopsis que Lee avait à charge de compléter en roman. Très proches l'un de l'autre dans les années 20-30, les cousins en sont venus à se haïr férocement, jusqu'à écrire l'un contre l'autre, et finalement ne plus pouvoir travailler ensemble, ce qui conduisit à ce qui fut considéré comme le 26e et dernier roman signé Queen en 1958, The finishing stroke, splendide bouquet final où la suite alphabétique devient criminelle, car sa 26e et dernière lettre est Z, de l'hébreu zayin, "poignard" fiché dans le coeur de John Sebastian, mais s'agit-il de l'aimable poète ami d'Ellery, ou de son démoniaque jumeau ?

Pour la suite il faudra en partie faire confiance à mon analyse. Lee estima qu'il était dommage de laisser tomber la prestigieuse signature Queen, et, faisant peu de cas des oeuvres communes avec Dannay, fit écrire par des nègres des romans qui parurent sous la signature Queen, ou Barnaby Ross. Il y eut ainsi 34 romans publiés de 61 à 72, ne devant rien ni à Lee ni à Dannay, et n'ayant d'ailleurs rien en commun avec les aventures d'Ellery Queen (6 seulement ont été traduits en français, comme ce Tchèques aux échecs, premier de la série, originellement Dead man's tale, écrit par Stephen Marlowe).
Je suppose que ce ne fut pas du goût de Dannay, d'autant que certains de ces romans connurent des prépublications dans des revues frisant la pornographie, et que cela le décida à reprendre la plume, en faisant appel à d'autres auteurs pour tenir le rôle de Lee. Après 4 romans d'"Ellery Queen" sans Ellery Queen, il parut en 63 un "vrai" Queen avec ses héros fétiches, The player on the other side, où un certain Nathaniel (le nom de naissance de Dannay était Daniel Nathan, à partir duquel il a forgé son nouveau nom) ressuscite pour tuer un à un sur l'échiquier de York Square les 4 cousins qui ont usurpé son héritage...
Le lieu de l'action est un parfait mandala, où les demeures des 4 cousins encadrent un jardin au centre duquel se dresse une stèle en hommage à Nathaniel :
La couverture d'une édition allemande vend la mèche, dévoilant d'emblée que les mystérieux cartons reçus par les victimes avant de mourir correspondent au plan des lieux et au tétragramme divin JHWH, déjà mis à l'honneur dans une nouvelle quaternaire de Borges, dont il sera prochainement question, et dans un précédent roman de Queen.
Soit dit tout de même, l'ordre des cartons sur cette couverture présente une erreur, rectifiée sur la couverture taïwanaise. L'ordre des meurtres dessine ainsi un N, dont le centre correspond à la stèle Nathaniel au centre de York Park.

En 64 est paru Et le huitième jour..., commenté dans le dernier billet, se déroulant pendant les 8 jours de la semaine sainte de 1944, livrant notamment l'emploi du temps du détective Queen le 4/4/44.
Si ce roman s'achève sur le dimanche de Pâques 20 ans plus tôt, Nathaniel dans le roman précédent était né le 20 avril 1924, encore 20 ans plus tôt, qu'Ellery Queen relevait explicitement avoir été le dimanche de Pâques. Il n'y remarquait cependant pas qu'il s'agissait de l'anniversaire d'Adolf Hitler, l'auteur du livre sacré du Huitième jour, ni que cette date était à l'exact opposé dans le cercle de l'année du 20 octobre, anniversaire d'un certain Daniel Nathan.

En 65 est paru The fourth side of the triangle, qui me semble constituer le premier volet d'une nette quaternité avec les "vrais Queen" de 67, 70 et 71.
Le public éclairé savait alors qu'il y avait des faux Queen, sans le personnage d'Ellery, paraissant directement en éditions de poche, tandis que les vrais Queen, avec Ellery, connaissaient d'abord une édition cartonnée. Les choses se compliquèrent en 66 avec la parution de A study in terror, novélisation du film de James Hill où Sherlock Holmes traque Jack l'Eventreur. Ellery apparaît dans cette adaptation "queenienne" (écrite par Paul Fairman) et propose une autre solution...
Ensuite, ce fut carrément en 68 The house of brass, une nouvelle enquête d'Ellery signée Queen, mais dont il n'existe aucun synopsis de Dannay, comme c'est le cas pour les "vrais Queen". Si Dannay n'a jamais accrédité les rumeurs de ghostwriting (écriture par des nègres) qui couraient sur les nombreux Queen en circulation, c'en était peut-être trop avec ce titre, qu'il a en quelque sorte désavoué en déclarant : "Monsieur Lee et moi-même avons échoué à rendre dans ce roman ce que nous voulions exprimer."

Donc, la quaternité en question, ce sont quatre romans qui ont en commun au moins trois caractéristiques :
- dans chaque roman est recherché l'amant ou l'amante de la victime, ou du conjoint de la victime. Les 4 combinaisons possibles sont réalisées, amant d'une belle créatrice de mode, amante du mari gigolo d'une ex-gloire de la chanson, dernière conquête d'un play-boy, amant d'une jeune fille mariée à un vieux milliardaire.
- la victime a dans chaque cas une manie liée au langage, prétexte à une énigme occupant les enquêteurs et lecteurs.
- un motif 3+1 est présent dans chaque roman.
- par ailleurs les romans ont deux à deux d'étroits parallélismes que je ne développerai pas ici.
- les solutions des énigmes policières proprement dites sont si décevantes (par rapport aux grands Queen) que je n'ai aucun scrupule à les dévoiler.

Premier volet, 65 : Les 4 côtés du triangle, où la couturière Sheila Grey est assassinée. Elle collectionnait les amants, et donnait à chacune de ses collections annuelles un nom anagramme de l'amant en titre. C'est ainsi qu'elle devait son pseudonyme à son premier amant Elisha qui lui avait fourni le titre de sa première collection, Lady Sheila; puis vinrent Allen, Hurt, Ronald, Claudel (!), Hamlet (!!), qui donnèrent les ladies Nella, Ruth, Lorna D., Dulcela, Thelma...
Le fils de bonne famille Dane est d'abord suspecté, puis c'est son père qui est accusé, jugé, et acquitté, ensuite sa mère de même... C'est enfin la découverte du nom de la dernière collection que préparait Sheila, Lady Edna, qui ramène au premier suspect, Dane, réel assassin...
Le jungien pensera ici à l'aphorisme de Marie la Juive, Un devient deux, deux devient trois, et du troisième naît l'un comme quatrième, mais le queenien pourrait relier cette curieuse affaire de dame féminisant ses amants au pseudo choisi originellement par les jeunes cousins, issus de bonnes familles, qui ne connaissaient pas le sens de queen, "homo", dans certains parlers populaires. Les deux jeunes hommes l'apprirent à leurs dépens après maints airs sous-entendus dans les hôtels où ils venaient occuper les chambres réservées au nom de Queen, lors de leurs tournées de signatures, mais il était alors trop tard pour changer de pseudo.
Le mot le plus courant pour désigner les homos était queer, "bizarre", et je crois que la ressemblance entre ces synonymes argotiques queen et queer a inspiré à Dannay la nouvelle de 52 My queer dean !, où la tendance d'un doyen (dean) à décaler les sons conduit à accuser un Morgan au lieu d'un Gorman (le mot anglais spoonerism, "contrepet", vient du nom d'un doyen d'Oxford, Spooner).
S'il était judicieux d'avancer que le Nathaniel tuant ses cousins eût quelque chose à voir avec Dan-iel Nathan, premier nom de Dannay, il le serait aussi de remarquer que DANe amène les lettres manquantes, ce Dane qui tue celle qu'il aimait, mais qui ne l'avait pris pour amant que le temps de la collection Lady Edna...

2e volet, 67 : Face à face, qui traduit parfaitement l'original Face to face, sauf qu'en anglais les lettres FACE qui constituent l'énigme laissée par la chanteuse morte sont aussi des notes, précisément les notes qui sont entre les lignes de la portée, invitation à chercher "entre les lignes" de son testament un message écrit à l'encre sympathique.
La couverture de l'édition italienne révèle d'emblée cette énigme, il est vrai peu accessible dans les pays qui utilisent la gamme do-ré-mi...
Gloria indiquait qu'elle craignait d'être tuée par son mari, mais celui-ci a un alibi, et les enquêteurs recensent ses maîtresses, certains que c'est l'une d'elles qui a fait le coup pour son compte.
Le quaternaire est présent avec le mystère des 4 lettres FACE, mais aussi avec la division du roman en 4 parties, comme le précédent. Ces 4 parties, De dos, De profil, De trois quarts, De face, donnent comme dans les 4 côtés du TRIangle une parfaite ilustration du passage du 3 au 4.

3e volet, 70 : La dernière femme de sa vie, ou La 4e femme selon l'édition danoise. Le richissime John Benedict a réuni ses 3 ex-femmes pour leur annoncer qu'il compte se remarier, et changer en conséquence les dispositions testamentaires qui leur accordaient des rentes substantielles. Il est assassiné avant cette modification, et avant d'avoir révélé qui était la nouvelle élue.
John est frappé de bégaiement, particulièrement quand il est ému, et de plus incapable de prononcer les "r", si bien que, frappé à mort, ayant réussi à appeler Ellery au téléphone, il se pose un terrible problème pour lui communiquer l'identité de son assassin. Son avocat a fait son coming out, et lui a déclaré une flamme que John a repoussée avec tant de mépris que l'autre a perdu tout contrôle. John n'a droit qu'à une seule syllabe pour accuser Al Aubrey Marsh, or ses 3 femmes se nomment Alice, Audrey et Marcia. Il pourrait dire qu'il s'agit de son avocat (lawyer), ou du seul homme (man) de la maison, mais sa nouvelle fiancée se nomme Laura Manzoni... La solution qu'il trouvera égarera les enquêteurs, qui perdront leur temps à chercher la "4e femme".
Il est laissé au "lecteur suffisant" le soin de deviner que John ne pouvait non plus utiliser le terme courant queer, qu'il aurait prononcé quee', susceptible d'être confondu avec Queen, mais certaines éditions annonçaient : Ellery's queerest case...

4e volet, 71 : Un bel endroit privé. Le milliardaire Nino Importuna est marqué par le chiffre 9. Il est né le 9/9/(18)99, il habite au 9e étage de son immeuble au 99 de la 99th street, il ne signe ses contrats que le 9 du mois, et il épouse Virginia âgée de 21 ans le jour de son 63e anniversaire, le 9/9/1962. Il est explicitement remarqué qu'il a 3 fois l'âge de sa jeune femme.
Comme la chanteuse de Face à face, il a prévu dans son nouveau testament une période de 5 ans pendant laquelle le conjoint ne peut prétendre hériter, et comme dans ce roman le testataire est assassiné aussitôt le délai écoulé (le 9/9 à 9:09).
Virginia ne semblant pouvoir avoir commis le meurtre, on cherche qui aurait été son amant.

Il s'est passé 3 ans entre la parution de Face à face et celle de La dernière femme, pour des raisons que je ne cherche pas à deviner, mais j'imagine que Dannay savait en concevant Face à Face que le prochain Queen serait un faux "vrai Queen", étant bien entendu que les "faux Queen" n'abusaient plus les lecteurs perspicaces. Dannay me semble avoir eu une idée pour effacer ce laps, La dernière femme commence le jour où s'achevait Face à face, dans le café (anagramme de face) de l'aéroport où les Queen père et fils avaient accompagné un ami. Semble-t-il anecdotiquement, ce jour est le lendemain du dimanche des Rameaux, lundi saint donc.
Ce n'est plus anecdotique dans La dernière femme, bien qu'aucune allusion n'y soit faite à la semaine sainte. Les Queen rencontrent donc dans ce café leur ami John, qui les invite dans sa maison de campagne, et c'est dans la nuit de samedi à dimanche que John III, fils de charpentier, est assassiné en cette nuit de la résurrection (le 3e jour, et resurrexit tertia die...) à 3h03 de 3 coups d'une sculpture des 3 singes, préfiguration de l'assassinat de Nino le 9/9 à 9h09, de 9 coups d'une sculpture en forme de 9.
Ainsi la quaternité queenienne a-t-elle pour pivot un lundi saint, alors que les deux autres vrais "vrais Queen" de cette dernière période concernent des meurtres liés à Nathaniel né le dimanche pascal 1924, et la semaine sainte 1944. Mon ultime commentaire sera de remarquer que la date de l'assassinat de John III, le 29 mars, n'est compatible avec un dimanche pascal plausible qu'en 1964 et 1970, la première date étant la plus acceptable selon une lecture chronologique des 4 romans dont le premier se passe en 63 et le dernier en 67, explicitement.
Incidemment, les cousins Queen semblent s'être réconciliés peu avant la mort de Lee en 71, et celui-ci aurait repris son rôle de co-auteur pour les deux derniers titres de 70 et 71, mais il est difficile d'être sûr de quoi que ce soit dans cette affaire où le mensonge a longtemps été la règle.
Dannay avait achevé au moment de la mort de Lee le synopsis d'un nouveau roman, The tragedy of errors, qu'il a laissé en l'état après la mort de son cousin. Le texte en a été publié en anglais, et ne semble pas immédiatement lié aux thèmes des 6 précédents "vrais Queen".

Après avoir donné l'état de mes recherches sur la dernière période Queen, dont l'essentiel remonte à près de 10 ans, voici quelques remarques sur les échos avec mes récentes découvertes "quaternitaires":
- j'ai signalé dans mon premier billet le Queen de 64, se passant pendant la semaine sainte 44, notamment le 4/4/44, le mardi saint, date essentielle dans la vie de Jung, correspondant exactement aux 4/5es de sa vie, achevée le 6/6/61. Je n'avais alors plus conscience qu'un lundi saint était le pivot de la quaternité de Queen, un lundi saint qui, dans Face à face se déroulant assez explicitement en 66, aurait été le 4/4/66 (voir le billet suivant explorant les discordances de dates).
- j'ai écrit dans mon second billet que les initiales DEAN m'étaient significatives, on appréciera maintenant pourquoi.
- les recherches sur les Quintet(t) de Giroud et Altman m'ont mené aux lettres notes en quinte ou quarte, mais je ne me rappelais plus à quel point j'étais redevable à Queen d'avoir éveillé mon intérêt sur cette question, grâce à son admirable jeu sur les tierces FACE.
- j'attribuais mon intuition sur le 4/4/44 à la découverte immédiatement antérieure de la mort de Ruth Roman le 9/9/99, en ayant quelque peu oublié le 9/9/99 de Nino Importuna du dernier volet de la quaternité. RUTH ROMAN a un écho immédiat avec le premier volet, où Lady RUTH est la collection conçue par Sheila lors de son aventure avec un HURT, tandis que Dane a tenté de rejeter les soupçons sur le chauffeur RAMON en falsifiant un document, selon lequel la nouvelle collection se serait appelée Lady NORMA (l'innocence de Ramon acquise, Ellery se demande si Sheila n'aurait pas connu un Roman).
Note du 18/4/9 : Ruth Roman est née Norma Roman !
Elle a été l'amante de Ronald Reagan (l'un des amants de Sheila/Elisha est Ronald/Lorna D).
Son premier rôle marquant fut Jungle Queen en 1945...

Les couvertures illustrant ce billet viennent toutes du site très complet de Kurt Sercu.

Me replonger dans ces Queen m'a fait découvrir une belle confirmation de la finesse de cette quaternité, où les 4 assassins ont les initiales MWMW, ce qui correspond à l'évidence à Man-Woman, mais j'explore cette piste essentielle et d'autres dans le billet suivant.

13.10.08

rien que huit jours

Un de mes sujets d'intérêt est les dates pascales dans les polars. Je dois connaître des dizaines de romans qui sont concernés, mais parmi ceux-ci j'ai été amené très récemment à considérer une sous-catégorie particulière, celle des récits couvrant exactement la semaine sainte, du dimanche des Rameaux au dimanche de Pâques.
Je connais depuis plus de 10 ans deux romans de ce type, étudiés dans diverses publications :
- Le parfum de la dame en noir, de Gaston Leroux, publié en 1908, se déroule du 7 au 14 avril 1895. En fait le roman débute le 6 avril par le mariage de la "dame en noir", la mère de Rouletabille, mais Rouletabille refuse d'assister au mariage et n'apparaît que le lendemain, pour emmener son ami Sinclair en "vacances de Pâques". Si les dates ne sont jamais accompagnées de précisions nominales, ces deux détails permettaient au "lecteur suffisant" de savoir que le 6 avril de cette année-là ne pouvait être que la veille des Rameaux, la religion catholique interdisant les mariages pendant la semaine sainte.
- Et le huitième jour..., d'Ellery Queen, publié en 1964, se déroule en 1944 et en 8 chapitres titrés de Dimanche 2 avril à Dimanche 9 avril. Comme dans le roman précédent, de multiples détails peuvent mettre la puce à l'oreille, et il suffit de consulter un tableau des dates pascales pour découvrir que cette semaine était la semaine sainte.

Jusqu'à il y a peu, je n'ai pas distingué de lien particulier entre ces deux romans, et puis en juin dernier j'ai découvert une nouvelle de Sébastien Fevry, Little green apples, écrite et publiée en 2001, et qui se passe pendant 8 jours consécutifs, en 8 sections intitulées de Dimanche 8 avril à Dimanche 15 avril. En 2001, le 8 et le 15 avril étaient les dimanches des Rameaux et de Pâques, mais ce n'est en rien explicite dans le texte, et le savoir n'aide pas immédiatement à comprendre les aspects intrigants de la nouvelle.
J'ai parlé ici de ce texte, en le comparant avec le roman de Queen, pareillement composé de 8 sections titrées des dates des 8 jours de cette semaine particulière.
Le 30 septembre, j'ai trouvé chez un bouquiniste Les quatre coins de la nuit, de Craig Holden (2000, 1999 pour l'édition originale Four corners of night). L'action s'y déroule du dimanche 31 mars au dimanche 7 avril 1996, et il est précisé qu'il s'agit des Rameaux et de Pâques, presque anecdotiquement pourrait-il sembler. Je ne crois pas du tout que ce soit anecdotique, mais je n'entends pas parler ici d'interprétation, toujours contestable, alors qu'il est indiscutable que les textes auxquels je m'intéresse couvrent exactement la semaine sainte.

J'ai été de plus frappé par les 38 chapitres de ce livre d'un auteur d'initiales CH. Pour comprendre pourquoi, et pourquoi j'ai eu le désir de trouver un polar de 21 chapitres d'un BA, il faudra lire ma page sur les polars BACH (où j'étudie un autre polar de C. Holden), et celle sur 21-38 chez Bach, toujours est-il que jai entrepris le 10 octobre de scruter les cotes A des rayons Romans de la médiathèque de Digne, et me suis particulièrement intéressé à la cote RP AKO, contenant 7 ou 8 romans de Boris Akounine.
Je connaissais de nom cet auteur à succès, mais n'ai jamais eu le désir de le lire, ayant peu de goût pour le polar historique en général, surtout lorsqu'il se passe dans un pays dont la culture m'est étrangère.
Pour l'heure, il n'était question que de nombres de chapitres, ce qui reste universel au-delà des lieux et des temps. Je n'ai pas trouvé mon bonheur unvigésimal, mais ma consultation des derniers chapitres m'a fait tiquer sur le titre du dernier chapitre de Missions spéciales, 5e tome du cycle des aventures d'Eraste Fandorine:
Une sale fin pour une sale histoire
9 avril, dimanche de la Résurrection, pendant la nuit

Il s'agit en fait du dernier chapitre du Décorateur, ce livre réunissant 2 enquêtes de Fandorine plus courtes que les autres romans du cycle, et Le Décorateur est composé de 9 chapitres datés du 4 avril, Mardi Saint, au matin, à la nuit de Pâques ci-dessus. Chaque nuit de cette semaine d'avril 1889, un assassin ensanglante Moscou par d'atroces crimes. Il s'agit du fou qui avait terrorisé Londres l'année précédente sous le nom de Jack l'Eventreur.
Il apparaît ici un enchaînement de faits dont la complexité infinie dépasse l'entendement, comme dit Queen à la fin du Huitième jour, et je vais essayar d'en dégager quelques traits.

Précisément, j'ai découvert le roman de Queen immédiatement après Le parfum de la dame en noir, en avril 97, ce que je relate ici. Puis il a fallu 11 ans avant que je retrouve un polar couvrant la semaine sainte, en juin dernier, particulier en ce qu'il s'agit d'une nouvelle, et 4 mois plus tard c'est la découverte coup sur coup de deux romans, en relation immédiate puisque c''est C. Holden qui m'a mené à B. Akounine (qui a choisi son pseudo en hommage à l'anarchiste Bakounine).

Il est fort possible qu'il existe des dizaines de récits policiers couvrant la semaine sainte. Je certifie ne connaître pour l'heure que les 5 susnommés, et je remarque une presque parfaite harmonie des années concernées, soit 1889-1895-1944-1996-2001. Deux couples de dates rapprochées, espacées de 6 et 5 ans, et la date intermédiaire fort proche de la moyenne des 4 autres (1945 aurait été l'idéal).
Selon cette chronologie, le 4e texte est celui intitulé en vo 4 corners of night. J'ai différé jusqu'à cet instant la révélation du titre du recueil contenant la nouvelle se passant en 2001, la 5e chronologiquement donc, 5, ni plus, ni moins...
Ceci parce qu'il s'agissait d'un concours de nouvelles sur les 5 sens, et ce n'est qu'en écrivant ce billet que je m'aperçois d'un lien entre la nouvelle de Fevry, concernant l'odorat, et Le Parfum...

Les 4 coins de la nuit est encore le 4e livre de la série que j'ai découvert, et celui qui m'a fait prendre conscience qu'il existait une série de textes formant une sous-catégorie des polars autour de Pâques.
Etant donné l'avalanche de coïncidences 4-5 qui ont précédé cette découverte, j'ai prévu l'existence obligatoire d'un 5e texte qui complèterait le sens de la série, sans imaginer qu'il me serait donné de le dénicher aussi immédiatement. Aussi, le 9 octobre, j'ai passé un message sur la liste interne de 813, association des amis du polar, donnant l'état de ma recherche et demandant si quiconque connaissait un autre titre. Le lendemain 10/10 je trouvais tout seul mon bonheur.

Je remarque que le total des années concernées par les cinq livres, 1889+1895+1944+1996+2001, est 9725, admettant pour moyenne exacte 1945.

L'année 1944 est celle du 4/4/44 aux 4/5es de la vie de Jung, ce 4 avril qui était le mardi saint. Dans le roman de Queen, ce mardi 4 avril débute par la visite au détective du Maître, vieillard sans âge. Il est perturbé car il a découvert que quelqu'un a touché pendant la nuit à la clé du "sanquetum", le lieu où sont entreposés les objets sacrés de la communauté, où lui seul a accès.
Jung avait à Bollingen une pièce où lui seul avait le droit de pénétrer, dont il gardait toujours la clé sur lui.

Vu tout ce qui concerne ce 4 avril, il ne m'a pas été indifférent que Le Décorateur débute le mardi saint 4 avril 1889, au lieu du dimanche des Rameaux canonique. En ce 4 avril on découvre la victime éventrée la veille au soir, en écho au 3 avril 1888 où a été assassinée la première victime officielle de Jack l'Eventreur.
Toutefois si le fou semble avoir été guidé par un "syndrome du 3 avril", ces jours ne sont pas identiques car le 3 avril londonien était une date grégorienne, tandis que le 3 avril moscovite est une date julienne, correspondant au 15 avril grégorien.
En 1889, la semaine sainte orthodoxe du 2 au 9 avril (julien) coïncidait avec la semaine sainte romaine du 14 au 21 avril (grégorien).
Ceci m'est immédiatement évocateur, car un certain Adolf Hitler est né le 20 avril 1889 à 18h30, en Autriche, soit quelques minutes avant la nuit pascale, déjà commencée à Moscou. C'est au cours de cette nuit pascale que Fandorine appréhende le criminel (qui se nomme Pakho !) et décide sans autre forme de procès de lui mettre une balle dans la tête, pour éviter tout risque qu'il reprenne jamais sa folie criminelle.
Je ne sais si Akounine avait Hitler en tête en décrétant cette exécution quelques heures après la naissance d'un des plus grands criminels de l'histoire, mais Hitler est convoqué expressément dans Et le 8e jour, où l'arche sainte du sanquetum se trouve abriter un exemplaire de Mein Kampf, que le Maître avait cru identifier au livre sacré recherché depuis des générations par sa communauté, livre qui n'était plus connu que par l'acronyme MKH.
Fandorine attribue 18 meurtres à Pakho. 18 est un nombre clé pour les néo-nazis, à lire 1-8 = A-H, initiales de leur Führer chéri. Il y a ainsi des groupuscules Combat 18 et autres...
Pour situer son affaire dans la semaine sainte russe, Akounine a été contraint d'utiliser le meurtre d'Emma Smith qui n'est guère imputable à Jack, et qui est souvent donné pour avoir eu lieu le lundi de Pâques, alors qu'Emma a selon ses dires été agressée par 3 hommes aux premières heures du mardi 3 avril 1888. Elle est morte le jour suivant, le 4/4 (âgée d'environ 44 ans).
En cherchant si l'Eventreur avait été relié à Hitler, j'ai trouvé plusieurs pages imaginant que le héros national philippin Jose Rizal aurait été soit Jack, soit le géniteur d'Adolf (et pourquoi pas les deux ?)
Je rappelle que j'ai vu maints indices reliant le diabolique Fred Larsan, mort dans la nuit pascale du 14 avril 1895 selon Le parfum de la dame en noir, à l'ennemi public n° 1 d'alors, Alfred Dreyfus, déporté au même instant à l'île du Diable.

Le plus étonnant est peut-être encore à venir. En 2000, j'ai résumé dans une brochure auto-éditée intitulée Que sans cesse mes huit jours me pendent au nez mes recherches polardo-pascaliennes. J'y parlais (entre autres) de l'acronyme MKH des victimes d'un serial killer dans un roman de Demouzon, rapproché par le hasard de mes lectures des Prisonniers du temps, de Michael Crichton.
Un explorateur du temps est piégé en pleine guerre de Cent Ans. Trois collègues organisent une expédition de secours et débarquent à leur tour dans le passé le jeudi 7 avril 1357. Ils réussiront à sauver le professeur et à se dématérialiser tous ensemble le lendemain soir pour regagner leur époque, laissant leurs poursuivants médusés.
Il n'y a jamais eu de jeudi 7 avril 1357, correspondant à une date grégorienne projetée avant la réforme du calendrier de 1582. En 1357, le 7 avril était un vendredi, de plus le vendredi saint. Ainsi, les 4 voyageurs disparaîtraient dans la nuit pascale, commémorant la disparition du corps du Christ de son sépulchre...
Il s'agissait probablement d'une bévue de l'auteur, mais j'avais été frappé par le fait que l'année 1357 se situait 532 ans avant 1889, or 532 ans est le cycle au terme duquel les dates pascales reviennent à l'identique dans le calendrier julien. Ceci m'avait permis d'apprendre, sans avoir eu l'idée de le chercher, que la semaine sainte julienne de l'année de naissance d'Hitler couvrait les mêmes jours que l'année grégorienne du roman de Queen construit autour de la semaine sainte et de Mein Kampf.
Cet excellent site donne tous les renseignements souhaitables sur le calcul de Pâques dans différentes traditions. Cette page y donne pour chaque année sa date grégorienne, julienne, et juive.

C'est le jeu BA-CH qui m'a amené à découvrir mon 5e élément à partir du 4e, alors que le 3e en juin avait été la nouvelle de Sébastien Fevry. Le Cantor était autrefois appelé en France Sébastien Bach, or mon récent billet Saint Pôle m'a fait vérifier sur la toile que le "cinquième évangéliste" était bien un nom donné à Saint Paul. C'est donc exact, mais ce titre a été aussi conféré à Bach.
Je remarque encore que je cherchais un BA en 21 chapitres, or Le Décorateur s'achève le 9 avril julien qui correspond au 21 avril grégorien.

Je dois avouer avoir peu apprécié cette Mission spéciale, en partie à cause de ma difficulté à mémoriser les personnages en -vitch, -ine, -ovna...
Mais ma visite à la cote AKO m'a fait m'intéresser à un autre roman de B.Akounine, Léviathan, pour ses particularités de construction.
Et non seulement ça m'a passionné, mais c'est un roman qui concerne éminemment Quaternité et que je commenterai ultérieurement en détail (qu'on se dépêche de le lire avant !)
En attendant juste une petite chose. La semaine sainte des Quatre coins de la nuit ne me semble pas anecdotique parce que le héros de Route pour l'enfer du même C.Holden se nomme Joe Curtis. Ses initiales sont JC, Curtis est l'anagramme de Cristu(s), et de multiples autres détails christiques dénotent une intention marquée de l'auteur. Chez B.Akounine, le seul maître après Dieu du Léviathan est le capitaine Joshua Cliff. Initiales JC encore, Joshua est le nom hébreu Jésus, et ce Cliff est mis hors circuit le mardi saint de 1878 par un stratagème qui causera sa mort quelques heures plus tard...

Le titre de ce billet est un souvenir d'une chanson de notre brillant Hallyday national, Rien que huit jours, qui était l'adaptation du 40 Days de Chuck Berry. Ce qui m'a paru adéquat pour parler de 5 semaines saintes de 8 jours.
La version de Cliff Richard:

et celle de Jojo :

9.10.08

quatterine

Ce billet aborde des notions un peu compliquées. J'en suis désolé, mais j'essaie de rendre compte de mon expérience de ces dernières semaines le plus fidèlement possible, et ne peux donc omettre ceci, qu'on peut cependant fort bien se passer de lire, ou sinon de comprendre entièrement car les billets suivants exploreront d'autres pistes.
Je disais dans mon avant-dernier billet qu'il me semblait y avoir un lien entre les anagrammes dans l'épisode Les noces de sang de Barnaby, le 7 septembre, et l'étrange (surtout parce qu'exacte) intuition qui m'est venue le lendemain au réveil, que la vie de Jung correspondait à une quaternité idéale autour du 4/4/44.
Qu'étaient exactement ces anagrammes ? Barnaby avait découvert une photo de Robin Lawson, une des victimes, avec au dos CAST NO SIN HERE. A ses moments perdus, Barnaby fait des mots croisés et sèche sur un mot que sa femme Joyce parvient à trouver, il s'agissait d'une anagramme entre GLANE et ANGLE... Bon sang mais c'est bien sûr ! fait Barnaby, l'inscription mystérieuse était une anagramme qu'il a tôt fait de décrypter, CATHERINE'S SON. Robin était le fils caché de Catherine.
Je me suis réveillé cette nuit avec l'évidence de cette anagramme :
QUATTERINE = QUATERNITE
Un peu forcé dira-t-on, mais il se trouve que c'est moi qui ai eu cette bizarre intuition, et que j'ai déjà eu l'occasion sur cette page de faire le jeu Catherine-QUATRINE.
Il faudrait lire cette page, et d'abord ma première page sur le recueil Alphabets de Perec, l'un des livres les plus curieux qui soient. Il s'agit d'un recueil de 176 onzains composés de 1974 à 76, répartis en 16 séries de 11 onzains. Un onzain est un poème de 121 lettres répétant 11 fois une séquence de 11 lettres différentes, le tout présentant si possible un sens minimal.
Perec a débuté son entreprise par une série ESARTINULOC, avec des contraintes supplémentaires portant sur toute la série. Voici les matrices 11x11 de ces poèmes rassemblées dans un tableau par Roland Brasseur:Cette série est axée sur l'anagramme de ESARTULINOC "L'usine à troc", expression décrivant idéalement l'entreprise anagrammatique de Perec. L'expression apparaît en clair dans le premier et le dernier poème, mais aussi dans ces mêmes poèmes en acrostiches, final ou initial, soulignés en rouge ci-dessus (on peut ouvrir le tableau agrandi dans une autre fenêtre en cliquant dessus, touche Maj/Shift enfoncée).
L'emploi et le sens de l'expression vont plus loin, car l'acrostiche final du premier poème est soumis dans les poèmes suivants à la permutation en onzine, ainsi LUSINEATROC devient au stade suivant UIETOCRANSL, puis UIETOCRANSL devient ITCASLNROEU, etc. La dernière itération CLOURSTIANE redonnerait au stade suivant LUSINEATROC.
Pour le 7e poème, l'acrostiche vertical final (souligné en jaune sur le tableau) est NOTSUACELIR, qui se renverse en RILE CAUSTON. Et voici où apparaît Barnaby, dont les enquêtes se déroulent dans le comté imaginaire de Midsomer, dont la ville importante est la non moins imaginaire Causton.
Ce n'aurait pas été suffisant pour me motiver, si je n'avais déjà connu une curiosité concernant l'initiatrice de la série TV, l'auteur Caroline Graham qui a donc imaginé Barnaby, Midsomer et Causton.
Il faut d'abord savoir que j'ai vu le nombre d'or présent à de multiples niveaux dans Alphabets, ce que j'explique abondamment dans les pages susmentionnées. Par ailleurs Georges Perec a ce que j'appelle un nom doré, car la valeur numérique de son nom complet se partage idéalement entre prénom et nom :
GEORGES+PEREC = 76+47 = 123

C'est une excellente relation d'or, car , 123/76 = 1.618, le nombre d'or avec 3 décimales (et 47/76 = 0.618).
Chacun des 176 poèmes d'Alphabets a 121 lettres, et le partage doré idéal de 121 est 75-46, or
CAROLINE+GRAHAM = 77+48 = 125
On a ainsi les partages d'or peu satisfaisants 77-48 et 75-46 encadrant l'excellent rapport 76-47 correspondant à Georges Perec.

Le meilleur partage de 11 est de même 7-4, or les 11 poèmes de Perec se répartissent en 7-4, parce que les 4 derniers poèmes sont les seuls sans enjambements, et il correspond selon ce partage 7-4 dans la colonne sensible du 7e poème NOTSUAC-ELIR, s'inversant donc en RILE CAUSTON, où rile fait aussi sens dans la langue de Barnaby. C'est un verbe venant du vieux français ruile, forme ancienne du mot règle. Le verbe ruiler signifie "remplir des joints de plâtre ou de mortier", tandis que le verbe anglais a un sens plutôt éloigné, "agacer", "exaspérer".
Au moment de commencer ce billet, j'avais la certitude qu'il signifiait "railler", mais je ne trouve rien en ce sens dans mes dictionnaires ni sur la toile (sinon que "rail", anciennement "raille", est aussi de la famille de "règle"). Ce qui m'agace, car je comptais exploiter ce sens de "railler" pour citer Hans Bellmer (au "nom doré" de 11 lettres), qui a exprimé mieux que je ne saurais le faire l'aspect irrespectueux de la synchronicité, aspect qui peut d'ailleurs être exaspérant pour certains esprits :
Un "génie" ardemment appliqué derrière le "moi" semble ajouter beaucoup du sien afin que "je" perçoive et imagine. Un génie irrespectueux sans doute, pour qui la logique d'identité, la séparation du corps d'avec l'esprit ou les balivernes du "bien" et du "mal" sont tout au plus matière à plaisanteries et qui ne chante de tout cœur que la gloire de l'improbable, de l'erreur et du hasard. (Petite anatomie de l'image)

Ayant un peu éclairci la notion de "onzine", mieux commentée sur mes pages Perec, je peux maintenant en venir à la "quatrine", qui obéit au même principe. Il faut encore savoir que Alphabets est dédié "à Catherine" (Binet), qui avait été une proche amie de Bellmer et de sa compagne Unica Zürn.
Voici donc ce que j'écrivais sur la page déjà signalée :
La onzine (des onze suites de B à Q) débutée en 74 s’achève en 76. Dans la série des N-ines existe aussi la tétrine ou quatrine qui, à partir de 7476, ferait apparaître 7647, ou 76-47 = GEORGES-PEREC. Il est remarquable que le déblocage de la construction de l’édifice se situe fin juin 75, soit peu après le coup de foudre avec une Catherine qui restera sa compagne jusqu’à sa mort.

Si quatrine n'est pas quatterine, ce sont les mêmes lettres qui forment les mots quatrine et quaternité, ce qui les rend "presque" identiques pour certains jeux de langage.
Je remarquais sur cette même page de multiples quaternités dans Alphabets, formé de 176 poèmes = 4x44, et 1936 "vers" = 44x44. Un point fondamental de l'architecture dorée du recueil est précisément les occurrences du mot "or", qui sont en rapport d'or dans les deux parties d'Alphabets, or il y a 59 occurrences contenues dans 44 poèmes, le quart exactement.

Peut-être est-il temps de donner le texte "en clair" du poème Rile Causton, soit :
Cet ours lainé : un cristal oculaire
n'ostenta cru l'oison : le cas
rituel court (insanité !) l'ours
à cru ; son laïc tenace sourit :
le tronc l'a suinté, suc à loir.

Paris, 23 janvier 1974

Oui... Comme je l'ai dit, cette première série obéit à des contraintes beaucoup plus strictes que les autres, offrant souvent des textes bien plus fluides.
Il se trouve que ce poème a une particularité unique, la double occurrence du mot "ours", or j'ai vu les 23 occurrences de ce mot dessiner un autre rapport numérique, la racine de 2, la diagonale du carré ou "division sacrée" des anciens.
L'exégèse perecquienne "officielle" a pour sa part vu dans cet "ours" perecquien récidiviste un synonyme de "règle", ce qui résonne étrangement avec le RILE apparenté à "règle" (latin regula) lu "irrégulièrement" dans la dernière colonne de la grille, où il correspond à TROC selon la règle de troc de "l'usine à troc" appliquée à LUSINEATROC...

Cette règle de troc ne concerne pas seulement les 44x44 vers d'Alphabets, ou les 11 dernières colonnes des grilles en C. D'une manière si complexe que je ne l'ai même pas abordée sur mes pages, Perec a redistribué l'ordre de ses poèmes dans le recueil, où ce 7e poème selon la chronologie de composition s'est retrouvé au 22e rang. Ainsi le poème particulier parmi les 22 contenant le mot "ours", parce qu'il a deux "ours", a-t-il la position 22.
Je rapproche ceci des 44 poèmes contenant "or", où il y a 13 poèmes à "or" multiple, dont 2 avec 3 "or", le 74 et le 114, nombres significatifs lorsque lus 7-4 et 11-4 (7-4 partage doré de 11). Le 114 m'est particulièrement cher car c'est la 7e grille en Q, devenue 4e poème du chapitre "q" d'Alphabets, tandis que "causton", 7e grille en C, est devenue le 11e poème du chapitre "c".
La grille du poème 114 débute par
LESINQUARTO
SONTRELIQUA
IRES
Les in-quarto sont reliquaires
Cette formule m'a tant plu que j'en ai fait le titre web d'une de mes plus belles pages sur Bach. Selon ma lecture quaternaire d'Alphabets, l’or sans quoi l’art ne troque (selon la première grille en Q ou poème 105), présent dans un quart exactement des poèmes, est donc surreprésenté significativement dans cet in-quarto.

Si le poème 44 contient une occurrence "or", je n'y voyais rien de particulier jusqu'à ce que je remarque aujourd'hui sa date de composition, le 8 septembre 75, 33 ans jour pour jour avant mon intuition sur le 4/4/44. C'est de plus la 7e grille en F, devenue 11e poème du chapitre "f", comme la 7e grille en C est 11e du chapitre "c".

J'ai indiqué en quoi mon intuition du 8/9 dernier était liée à la date du 9/9. Perec semble avoir été particulièrement inspiré pendant un séjour à Venise en septembre 75, où il a composé 28 poèmes en 16 jours, avec un record pour le 9/9 qui a vu l'écriture de 3 poèmes.
Le second d'entre eux, 9e grille en F et poème 46 dans le recueil, semble faire référence à sa date d'écriture et/ou à son ordre dans la série F par deux NEUF en têtes des "vers" 1 et 6, soulignés en rouge ci-contre.
J'ai reproduit ici la grille du recueil, où ces matrices constituent des rectangles d'or presque parfaits, d'environ 30 x 49 mm.

Voilà donc quelques éléments qui me semblent pouvoir être reliés à mon intuition du 8/9. Si je n'ai pas pensé à Perec le soir des anagrammes de Barnaby, il me semble que la cogitation sur Perec constitue une des tâches de fond de mes neurones, certaines trouvailles sur son oeuvre étant survenues dans des circonstances très comparables à ce qui s'est passé le matin du 8/9.
CATHERINE'S SON : le fils de l'ours est l'ourson, mot également présent énigmatiquement chez Perec, où il est interprété our son, "notre fils" en anglais.
Il n'y a pas d'ourson dans Alphabets, mais il y a un oursin, qui était originellement l'ourson en vieux français, et qui peut se lire our sin, "notre péché"; l'anagramme de Catherine's son contenait précisément le mot sin...
Je frémis devant l'état civil réel de ce Catherine's son, Robin LAWson, fils de la LOI, de la REGLE, de l'OURS...

Ce 9 octobre où j'ai perçu les possibilités Catherine-Quatterine-Quaternité-Quatrine, j'ai lancé une requête Google "quatrine" qui parmi les premiers résultats indiquait un retour à la scène de Catherine Ringer, sous le nom de Quatrine.
J'apprécie énormément son talent, et ai été illico voir sur YouTube s'il n'y avait pas un clip sous ce nouveau nom. Non, mais écoutant quelques-unes de ses chansons, je me suis trouvé être le 448844e spectateur de C'est Comme Ca :

8.10.08

squar' dance

Ebahi par les initiales en quinte des membres du Quintet d'Altman comme du Quintett de Giroud, j'ai été saisi d'une frénésie alphabétique. Y avait-il des mots intéressants, comme le "décan" du Quintett, formés de 5 lettres-notes en quinte, selon la convention alphabétique ci-dessous :

la .si .do ..mi .fa .sol

.A . B . C . D . E . F . G
.H . I . J . K . L . M . N
.O . P . Q . R . S . T . U
.V . W . X . Y . Z


Je n'ai sous la main d'autre exemple que les menuets sur le nom de Haydn, hommage de 1909 au centenaire de la mort du compositeur. On y retrouve la convention ci-dessus, que je sais être très générale, mais, la gamme allemande se différenciant par l'utilisation de la lettre H pour si (B étant si bémol), cette particularité a été prise en compte pour le thème proposé, la correspondance cyclique sur 7 notes de l'alphabet déjà employée antérieurement ayant néanmoins été conservée.

Quelques rappels de solfège. SOL est la quinte de DO, ou dominante, parce qu'elle est la 5e note à partir de DO(-ré-mi-fa-)SOL, et DO est la quarte de SOL , parce que SOL(-la-si-)DO. Ainsi les notes CGDAE en quinte des deux Quintet(t) sont aussi les notes EADGC en quarte (formant quatre quartes) et, les membres particuliers des deux Quintet(t) étant en bout de chaîne, ils se distinguent des 4 autres en quarte, E(ssex) vs ADGC et C(harles) vs EADN(afsika = G).

Il existe 3 "quintes de notes en quinte" possibles, avec les notes naturelles, mais je me suis arrêté à la série do-sol-ré-la-mi trouvée chez Altman et Giroud, des do-mi-nantes de do à mi...
Après avoir trouvé quelques beaux mots, comme "coeur", il m'est venu l'idée d'aller plus loin, et de composer, à la manière des hétérogrammes de Perec, des courtes phrases de 5 fois 5 lettres, chaque séquence de 5 lettres correspondant à 5 notes différentes, permettant donc une transcription "pentaphonique".

Voici un premier résultat, en 5 vers de 5 fois 5 lettres:

Coeur, axe du crâne au décor cul,
Ce grand lac où XeroX éduquera,
Source du Ça, course du cher chu.
Ce doux rush s'y joua deux à deux...
Onc recours, gré caduc : la Grâce.


Voici les mêmes vers sous formes de matrices de 5x5 lettres :

COEUR . CEGRA . SOURC . CEDOU . ONCRE
AXEDU . NDLAC . EDUCA . XRUSH . COURS
CRANE . OUXER . COURS . SYJOU . GRECA
AUDEC . OXEDU . EDUCH . ADEUX . DUCLA
ORCUL . QUERA . ERCHU . ADEUX . GRACE

Et maintenant ces matrices réduites aux 5 lettres ou notes initiales, CGDAE. J'ai répété 5 fois l'ensemble, en faisant ressortir chaque fois l'une des lettres-notes, à la manière des "semis" proposés par Perec dans son recueil Métaux :



Quelques autres essais. "CARL G" se réduit à CADEG, et toutes les lettres de CARL JUNG appartiennent à la famille CGDAE. Il n'est pas possible de faire apparaître JUNG dans un énoncé pentaphonique, car les 3 mêmes notes UNG se suivent, mais la traduction JEUNE est autorisée, et j'ai trouvé ceci, qui ressemble à un oracle du Yi-King :
- Do : jeune carré yang, créance or.

JUDAS est la combinaison équivalente à CGDAE la plus remarquable que j'ai trouvée. Me souvenant que Jorge Luis Borges était très attaché au personnage de Judas, qu'il a réhabilité dans divers contes ou poèmes, je propose ceci :
- Judas a cru. Lex, rançon de Jorge.

Les patchworks proposés plus haut datent d'une dizaine d'années, et leurs couleurs sont un peu passées. Ils sont composés de blocs dits "5-patch", résultant du découpage en 5x5 zones d'un carré. Et chaque oeuvre est composée de 5 fois 5 blocs, ce qui m'a paru adéquat.
Ces oeuvres n'ont pas été planifiées au départ. Le projet était de faire une pièce rectangulaire, à partir de 6 tissus unis et 9 tissus à motifs. Anne a assemblé 54 blocs correspondant à tous les appariements uni-motifs, mais ensuite la perfection combinatoire ne s'est pas traduite par un résultat esthétique satisfaisant. 50 blocs ont permis de réaliser les deux oeuvres ci-dessus, les scories ayant donné naissance à ce coussin.

6.10.08

Saint Pôle

Je pensais hier en achevant mon billet sur Quintet pouvoir me consacrer à autre chose que le blog Quaternité, et puis l'actualité s'en est mêlée.
Il serait trop long d'expliquer pourquoi je suis la série Inspecteur Barnaby, toujours est-il que j'étais au rendez-vous hier soir pour un épisode inédit, Une alliance maléfique.
Je ne regardais en fait que d'un oeil, tout en tentant de l'autre (et surtout des mains) d'arriver à une exécution minimale de la première section de The Entertainer, de Scott Joplin, la musique de L'Arnaque, rediffusé jeudi dernier en hommage à Paul Newman, ce qui m'a donné l'envie de travailler autre chose que Bach ou Scarlatti.
Je m'aperçois à l'instant que les notes syncopées caractéristiques du thème, répétées mesures 5, 9, et 13, sont (ré-ré#-)mi-do-mi-do-mi-do, soit ECECEC selon la gamme anglaise, alors que j'ai découvert en écrivant le billet d'hier qu'Altman avait, intentionnellement ou non, décliné dans Quintet une gamme pentatonique entre Gassman et Newman, alias Christopher et Essex, initiales C et E (les initiales des 5 participants au Quintet sont CGDAE, accord de la Viola pomposa).
Ainsi ce qui est probablement la musique la plus immédiatement associée à Paul Newman est-elle caractérisée par les notes EC.

Mais mon attention s'est tournée entièrement vers Barnaby lorsqu'il est apparu un mandala à l'écran.
La nuit de Halloween, Aloysius téléphone à Barnaby pour lui communiquer une piste sur les deux récents meurtres de Jean et Hugo venant d'ensanglanter Midsomer. Il y a 30 ans, les 2 victimes, lui-même et une 4e personne ont participé à une cérémonie d'initiation à la secte du Temple de Thoth qui a mal tourné.


Bien sûr, on retrouve Aloysius assassiné le lendemain, et il faudra quelques péripéties pour identifier E à l'Est et R au Centre (une image plus claire sera donnée plus loin), soit Ernest Balliol, le chef de la secte, et sa première femme Rosemary ayant perdu la raison lors de son initiation, schématisée par le mandala ci-dessus.
Leur fils Tristan a imaginé pouvoir améliorer son état en faisant disparaître les 4 âmes maléfiques des responsables, mais Barnaby le démasque au moment où il tente d'assassiner son père.
Le web m'apprend que cet épisode, The Magician's Nephew, est le 5e de la série 11, dont la première diffusion originale a eu lieu le 27 juillet. Le 1er épisode de cette série 11, Bloody Wedding, avait été diffusé le 6 juillet, mon anniversaire, tandis que j'ai vu sa version française le 7 septembre, où Barnaby découvrait la clé de l'affaire grâce à une anagramme, ce qui m'avait plutôt séduit.
Quelques heures plus tard, j'avais l'intuition sur les 4/5es de la vie de Jung relatée dans mon premier billet, mais j'y ai omis ce qui m'est d'abord venu en me réveillant, le rappel fulgurant qu'un roman lu 25 ans plus tôt, Un monde transparent de Morris West, donnait faussement à Jung le même anniversaire que moi.
J'aurais bien aimé pouvoir le vérifier, mais ne pensais pas avoir ce livre, or je suis tombé dessus en cherchant d'autres livres le 25 septembre, et voici le passage de ce roman publié en avril 83 :


Je remarque le prénom Paul du papa pasteur, et le passage de 4 à 5 (enfants).
Je suis bien en peine d'expliquer pourquoi, mais je voyais un rapport possible entre mes intuitions et les anagrammes de Barnaby, et la date originale de diffusion du 6 juillet donne un singulier écho à mes vaticinations : c'est la vraie date de naissance d'Unica Zürn, obsédée jusqu'à la démence par les anagrammes (et on pourrait peut-être en dire autant de moi...).

Mais je reviens à l'épisode d'hier, qui devait me réserver une telle surprise que je n'ai pas pensé à faire une copie d'écran, qui n'aurait d'ailleurs guère été significative.
Tristan a une soeur, Isolde (la famille Balliol a de la suite dans les idées), qui est restée fidèle à son père et au culte de Thoth. Elle séduit le neveu du magicien pour se procurer un document précieux qui serait caché dans un grimoire de sa bibliothèque, et qui démontrerait l'authenticité du culte de Thoth.

Le document est retrouvé, mais n'a rien à voir avec la révélation ésotérique escomptée, c'est le manuscrit original d'une épître de Saint Paul traduite par William Tyndale.
Alors que mon billet d'hier m'avait amené à Saint Paul en tant que 5e évangéliste, ainsi qu'au village Saint-Paul en rapport avec le Pôle Nord, voici qu'apparaît Saint Paul à côté d'un mandala, à l'origine d'une série de meurtres débutant au pôle nord (admettons ici qu'il y a 5 pôles avec le centre).
Isolde qui n'a rien à faire de Saint-Paul jette le précieux manuscrit au feu, mais Barnaby arrive à temps... Ironiquement, la première édition de la Bible traduite par Tyndale a été brûlée à Londres devant la cathédrale Saint-Paul, puis c'est Tyndale lui-même, condamné par Charles Quint, qui a été supplicié et brûlé en Belgique le 6 septembre 1536...

L'empereur Charles Quint, ou Kaiser Karl V outre-Rhin... Ce n'est pas sans arrière-pensées que j'avais intitulé mon premier billet Carl V; une de mes quadrisaïeules était lingère à la cour de Napoléon III, et mon trisaïeul bâtard aurait eu pour géniteur Maximilien d'Autriche, frère de François-Joseph, descendant de Charles Quint... Maximilien est parti au Mexique pour y finir fusillé, non par le bandit Juan Carrasco alias Paul Newman, mais par le démocrate Benito Juárez (Paul Muni au cinéma).

Mais retour à Barnaby, en train d'élucider l'affaire grâce à un schéma lumineux:
Je remarque le ritual axe souligné à droite. Des couteaux et hachettes (axe en anglais, pluriel axes) ont été retrouvés sur les lieux des crimes. Ce sont des objets liés au culte satanique, mais je remarque que l'assassin suit aussi un rituel axial : il a d'abord éliminé l'axe nord-sud (axis en anglais, pluriel axes), avant de s'attaquer à l'axe ouest-est, mais il échoue à compléter sa tétralogie, Barnaby sauvant in extremis (ni est remix...) le principal objectif de Tristan à l'est, son père Ernest (It's again earnest to be Ernest...)

La série a ses fans qui ont créé plusieurs sites, le plus complet semblant être celui de Joan Street, qui s'attache notamment à retrouver les lieux de tournage des épisodes. Elle indique ainsi que la boutique de livres rares où est assassiné Hugo Cartwright est située à ETON, écho aux initiales des 4 narrateurs du Livre des Crânes (et j'ai pensé hier en écrivant mon billet à cette ville bien connue des cruciverbistes), mais plus évocateur est le nom du café de Beaconsfield où Barnaby rencontre Tristan, sans encore soupçonner qu'il est l'auteur des meurtres schématisés par un mandala :