30.7.18

apsara et espoir, et expir


Chapitre 13: MIRAGE DE LA VIE AU MAX
  HV et ses acolytes ne sont pas si malins que ça puisqu'ils ne s'aperçoivent pas que le "nouveau" carton n'est autre que le précédent tourné à 180°.
  A leur décharge l'ambigramme en était à ses balbutiements en 1908, et c'est précisément en 1908 que The Strand, le journal londonien qui publiait les aventures de Sherlock Holmes, en a proposé quelques exemples.
  Le premier, envoyé par un lecteur en juin 1908, a été ce chump, "idiot", qui pourrait s'adresser à HV.

  HV & Co sont moins excusables de ne pas voir les anagrammes de NOVELROMAN (ou plutôt pour eux de VERANOMNOL) qui apparaissent maintenant dans chaque chapitre. Après Or, lev, namon en hébreu et Non volarem comme valor nomen en latin, voici l'anglais, avec le mover de Nolan, qui fait allusion au film de Christopher Nolan, Le prestige (et au roman de Christopher Priest). Je rappelle que les magiciens Borden et Angier y rivalisent d'ingéniosité pour le tour L'homme transporté.
  Borden utilise un jumeau secret, Angier un dispositif inventé par Tesla en personne, permettant de dédoubler un individu (alors que le projet de Tesla était de le déplacer).
  Il faut se débarrasser de l'Angier qui disparaît, et il a été imaginé de le précipiter dans une cuve où il se noie, rappel expiatoire de la mort sur scène de la compagne d'Angier, peut-être victime de Borden.
    Si cette noyade est invisible des spectateurs, j'ai imaginé de la suggérer sur scène, pour ajouter du piment au tour, L'inversion de Mornel, allusion à L'invention de Morel, de Bioy Casares, dont le héros se trouve confronté à des projections holographiques et tombe amoureux d'un personnage sans réalité, Faustine.
  Tiens, la redoutable Fausta du cycle des Pardaillan de Michel Zévaco est aussi apparue en 1908.

  L'échec de Nolan est un roman de Claude Olier.

  Vona Mornel a d'abord été d'origine malaise, puis je l'ai faite cambodgienne en pensant au Roi lépreux, de Pierre Benoit, où le héros se nomme étrangement Gaspard Hauser, dont un avatar apparaîtra chapitre 15. J'essaie de multiplier les liens entre les chapitres, pour "faire prendre la sauce", comme dirait Perec. Ainsi Vona habite impasse des Kroumirs (qui a existé), un mot apparu chapitre 11, emprunté à Léo Malet (né un 7 mars, comme Perec).
  Les soeurs Hortense et Rose-Andrée habitent rue Alibert en souvenir de Gaspard Lenoir, le héros de La doublure de Roussel.

  Pierre Benoit me fait aussi penser à Benoît Peeters, lequel a exploité le thème de Peter Schlehmil dans L'ombre d'un homme, où Albert Chamisso est doté d'une ombre colorée.
  Je rappelle que Roland Brasseur a consacré son Pierre de Gondol à un parallèle entre Perec et Benoit. Il a mis en ligne son roman ici (je ferais bien de même avec mon Gondol si j'en avais le texte numérisé).

  Il faisait partie de mon projet de 1998 d'avoir, de part et d'autre de la 14e victime, un groupe de 13 et un groupe de 4 débutant et s'achevant par des anadromes, Len Romanov et Vona Mornel d'une part, Morvan Léon et Noël Navrom d'autre part.
  C'est une coïncidence en cours d'écriture du chapitre qui m'a conduit à imaginer que Vona avait connu Len. Le 23 juillet, second anniversaire de la mort de Ricardou, je suis allé me baigner au lac. Un couple est venu s'installer non loin de moi, et j'ai vu que l'homme lisait Block 46, le premier roman signé Johana Gustawsson, laquelle a joué un rôle important l'an dernier dans la chaîne de coïncidences qui m'a notamment conduit à reprendre le projet Novel Roman.
  Revenant à la maison après la baignade, j'ai eu la surprise de voir la couverture d'un Match donné par une voisine, qu'Anne venait de feuilleter. "C'est une fille", annonçait ce n° 3590 de mars en montrant le ventre de Laëtitia Milot, dont je soupçonne que le roman On se retrouvera, cosigné par Johana Gustawsson, est essentiellement l'oeuvre de cette dernière. La petite Lyana est née le 14 mai.
  La coïncidence ne s'est pas arrêtée là. J'ai conté ici comment mon activité de bibliothécaire bénévole m'avait fait découvrir, et lire, le roman de Milot-Gustawsson. Ce 28 juillet était mon tour de garde à la médiathèque d'Esparron, appartenant au réseau DLVA. Les usagers de chaque médiathèque ont accès à tous les documents du réseau, et ce samedi il y avait un seul document demandé par une autre médiathèque, On se retrouvera...

  Il est exact que le 18e grade du Rite Ecossais soit celui de Chevalier Rose-Croix, et qu'il y soit associé le Jeudi saint.
  Après avoir découvert le jeu sur le 14e des 18 volumes des romans de Richardson, m'ayant conduit à un parallèle avec la 14e des 18 périodes de 106 ans, de l'an 1 à 1908, la vie de Rosencreutz de 1378 à 1484, j'ai vu d'autres indices rosicruciens dans L'Aiguille creuse, où Lupin est blessé le 16 avril 1908, le Jeudi saint. Beautrelet, âgé de 18 ans, retrouve l'endroit où il était caché, 53 jours plus tard, le dimanche de Pentecôte, une crypte où il descend par une échelle comptant 18 échelons. Un cadavre gît dans la crypte, mais Beautrelet démontrera que ce n'est pas Lupin...
  Ces 53 jours m'avaient fait rebondir vers Perec, sans envisager de réelle intention ésotérique de sa part, mais l'influence de Lupin était explicite dans son projet.
  Le chapitre précédent et ses commentaires ne m'ont pas donné l'occasion d'aborder la curieuse abondance des multiples de 53 parmi les 48 ensembles Prélude-Fugue du Clavier bien tempéré. 3 ensembles comptent 53 mesures, 1 106 mesures, 2 159 mesures. En tout 583 mesures, me rappelant une curiosité en hébreu, où "onze" se dit assar ehad,
OSR AHD = 570+13 = 583 = 11x53.

  De multiples indices donnent à penser que L'Art de la fugue aurait dû être publié en 1749, soit 33x53, 159 ans avant L'Aiguille creuse, avec
L AIGUILLE CREUSE = 12+76+71 = 159.
  Sans toujours en déduire quoi que ce soit, le jeu qui m'a conduit, en isolant la 14e des 18 lettres d'amour du roi George, à N; AM-OR, conduirait, en isolant cette nouvelle des 8 que compte le recueil, à B; A-CH.

18.7.18

cette note-ci égale la, celles-là si


Chapitre 12: L'ELU DE PI DUODECIMAL

  Le personnage de Marvel Noon est en partie emprunté au roman inachevé de DH Lawrence, Mr. Noon, où Gilbert Noon est un jeune professeur de mathématiques, espérant que son don pour la musique et la composition soit un jour reconnu.
  Le roman ne s'étend guère sur les orientations musicales de Noon, et j'en ai fait un compositeur d'avant-garde ayant précédé de quelques années la musique sérielle d'Arnold Schoenberg et de l'école de Vienne. Bien entendu le nom du directeur Roland Belmont du conservatoire de Vienne (Isère) est calqué sur Arnold, dont les anagrammes ont fleuri parmi ses descendants, Ronald, Randol...
  Le roman de Lawrence est en large partie autobiographique, David Herbert Lawrence ayant lui-même été enseignant avant d'être reconnu en tant que littérateur. Comme Gilbert, il a rencontré une femme fatale (en français dans le texte), Frieda Richtofen-Weekley-Lawrence-Ravagli Frieda von Richtofen, devenue Johanna dans le roman. J'ai eu l'occasion de mentionner les frasques précédentes de Frieda et de sa soeur (à Vienne notamment) ici. Certaines répliques de "ma" Johanna sont empruntées à celle de Lawrence.
  Le nom du père de ma Johanna, Adalbert von Schattenlos ("sans ombre"), fait allusion à l'auteur de Peter Schlemihl. Dans ce roman un personnage se nomme Thomas John, or John Thomas and Lady Jane est une version alternative, soft, de L'amant de Lady Chatterley.
THOMAS/JOHN = 76/47 est l'exact arithmonyme de
GEORGES/PEREC = 76/47, lequel avait Peter Schlemihl dans sa bibliothèque (numéro 1359).
 
  Noon vivait en Côte-d'Or (21) avant qu'il vienne en Isère (38) pour faire allusion à B-A-C-H, 2-1-3-8.

  Noon, s'il faut le préciser, signifie "midi", "12 heures", et c'est presque l'homophone de noun, "nom". Il m'a semblé s'imposer qu'il soit la 12e victime VERANOMNOL, au chapitre 12.

  L'idée de transposition duodécimale de Pi a probablement déjà été proposée, mais elle aurait été plutôt novatrice en 1908. J'ai trouvé ici d'autres adaptations, dont une utilisant la représentation de Pi en base 7.
  Le titre de la composition de Noon se trouve, par hasard, avoir la valeur 171 comme bien d'autres titres d'oeuvres (La nuit de l'anagramme) proposés dans Novel Roman:
TWELVE TONE PIE = 87+54+30 = 171 (à noter que le rapport doré 87/54 correspond au nom d'un des plus fameux viennois, SIGMUND FREUD, né en 1856 comme Noon, qui est évoqué dans Mr. Noon, où le premier mari de Johanna est un psy freudien, et Freud croise la route des soeurs Richtofen dans le roman de Tobie Nathan Mon patient Sigmund Freud).

  Les notes A et H (la et si) soulignées sur la partition sont en souvenir de ce qu'a fait Alban Berg sur sa propre partition de la Suite lyrique, correspondant à Alban et Hanna, son aimée.
  Je n'ai trouvé en ligne que les 100 premières (duo)décimales de Pi,
3,18480 9493B 91866 4573A 6211B B1515 51A05 72929 0A780 9A492 74214 0A60A 55256 A0661 A0375 3A3AA 54805 64688 0181A 36830
où les chiffres 0 et 2 ne se côtoient effectivement pas, mais c'est moi qui imagine qu'elles se jouxtent pour la première fois aux rangs 359-360 (en pensant aux réelles décimales 358-359-360 de Pi, 3-6-0).
  Il y a une erreur dans ma transcription, où le chiffre souligné ci-dessus a été oublié. J'ai laissé tel quel.
  Note: GEF m'a fourni d'autres duodécimales de Pi, et la premier côtoiement de 0 et 2 arrive en dait aux rangs 227-228.

  Dans le projet de 1998, je comptais cantonner Noon dans son activité de sérialiste inspiré par les notes B-A-C-H, avec de lointaines allusions rosicruciennes, ce qui était plutôt stupide car bien peu de lecteurs auraient pu saisir ces allusions. Il est vrai que je comptais associer aussi au roman des commentaires explicatifs sous une forme ou une autre.

  Comme dirait Dan Brown, tout ce qui concerne ici les Rose-Croix et Bach est rigoureusement authentique. Ma seule incartade a été d'imaginer rosicrucienne l'expression VALOR NOMEN, qui est bien sûr une nouvelle anagramme de NOVEL ROMAN.
  Le livre Bach et le nombre me fascine depuis plus de 20 ans, avec diverses questions. Comment les auteurs, un musicologue et un organiste, ont-ils découvert que la gématrie des diverses inscriptions du prétendu tombeau de Rosencreutz donnait l'année de la découverte de ce tombeau? Ceci était-il intentionnel dans la Fama Fraternitatis? Que penser des concordances avec la musique de Bach?
  Certaines négligences dans Bach et le nombre m'interloquent par ailleurs. Alors que les auteurs décortiquent note par note les 47 mesures de la "fugue BACH", la fin disponible du Contrepoint XIV, qu'ils y constatent des choses fabuleuses, par exemple dans les thèmes, au nombre de 14, qui se répartissent en
2 (B) thèmes BACH inversus de 7 notes
1 (A) thème BACH étendu de 12 notes
3 (C) thèmes dans la superposition finale
8 (H) thèmes BACH normaux de 10 notes,
qu'ils voient les 106 notes des 11 thèmes BACH faire allusion à Rosencreutz,
que les 59 notes de la superposition sont répartis en 21-38 (BA-CH) par le début du thème BACH,
qu'ils calculent la gématrie totale des notes composant la dernière ligne mélodique de la partition,
comment ont-ils manqué de voir que le premier thème BACH avait la valeur totale 120 répartie en 14+106, en parfaite corrélation avec leur analyse?

  J'ai pu me demander si c'était une omission volontaire, histoire d'inciter les lecteurs curieux à persévérer, mais j'ai abandonné cette hypothèse, tant certaines propositions des auteurs sont contestables quand on les analyse de près.
  Une autre hypothèse est qu'ils auraient pu juger que c'était too much. Comme Marvel Noon l'indique, le seul nom Bach génère aisément les nombres impliqués, 106, 120, 65, à partir du moment où il est décidé de faire un thème débutant par les notes BACH, et c'est tout de même dérangeant dans le cadre de leur thèse, voyant Bach avoir eu une totale maîtrise des relations décodées dans sa musique. Cependant, il arrive à Van Houten et Kasbergen de constater que certains faits extérieurs s'accordent remarquablement avec les "nombres bachiens".

  De fait, l'immersion dans la musique de Bach est une aventure dont il est difficile de sortir indemne, tant les nombres semblent s'y organiser en architectures cohérentes. Deux problèmes majeurs sont soulevés, la multiplicité des analyses pour les mêmes recueils achevés, selon les approches des différents exégètes, l'histoire de ces recueils, où certaines pièces ont connu d'autres états avant la version définitive, ce qui est incompatible avec des idées préexistantes lors de leurs conceptions.
  La question reste ouverte, alors qu'il est au moins admis  par tous les spécialistes qu'il n'était pas indifférent pour Bach que les rangs des lettres de son nom totalisent 14.

  Le retour au Contrepoint XIV (ou fugue 14) pour ce chapitre m'a conduit à une nouvelle constatation que je ne résiste pas à partager. En comptant le dernier thème BACH, dans la superposition avec les deux autres thèmes, les 12 thèmes BACH comptent 116 notes dont la valeur totale est 1687, un nombre suffisamment proche de 1685 pour voir s'il n'y aurait pas moyen...
  Et la première de ces 116 notes est évidemment un B, de valeur 2, qui occupe la fin de la mesure 193 dont le début contenait les dernières notes de la seconde partie de la fugue, en conséquence les 46 mesures complètes de la dernière partie de la fugue comptent 115 notes pour les thèmes Bach de valeur 1685.
  115 est l'un des "nombres bachiens", interprété par VH&K comme
28 JULIUS = 28+87, la date de la mort, ou encore
DATUM + MONAT = 56+59 = 115, la date et le mois...

  Ceci dit, les pièces du dossier me semblent clairement indiquer que Bach avait achevé le Contrepoint XIV, et que cette fin a été égarée par inadvertance, quelles que soient les merveilleuses relations découvertes dans la fugue inachevée, et les trouvailles de VH&K sont ici si éblouissantes qu'elles justifient une lecture attentive de Bach et le nombre, au moins sous l'angle de la synchronicité.

  Certains éléments semblent aussi s'être ajustés merveilleusement pour ce chapitre 12, avec la naissance de Noon, 171 ans après celle de Bach, conduisant à 1856, anagramme de 1685. La relecture de Bach et le nombre m'a fait redécouvrir que le rédacteur probable des manifestes Rose-Croix, Valentin Andreae, était né en 1586. C'est lui qui a fourni ses prénoms à Valentin-Andreae Monlorné, permettant dans notre alphabet:
VALENTIN ANDREAE MONLORNE = 97+48+106 = 251,
faisant apparaître les 106 ans de Rosencreutz, ainsi que le découpage 97-154 correspondant, selon l'alphabet latin, à
CHRISTIAN ROSENCREUTZ = 97+154 = 251.
  Par ailleurs la valor nomen de VALOR NOMEN, précisément, est 120, rendez-vous à 2028 pour l'ouverture du tombeau de V-A MONLORNE.
  Dans notre alphabet, ROMAN NOVEL a pour valeur 129, qui est aussi celle, latine, d'un des mots importants de l'épitathe,
SEPULCHRUM = 129, pareillement en 10 lettres.

  Comme je l'ai déjà indiqué, SFR a supprimé mes pages perso (pas seulement les miennes), et je n'ai pas tout remis en ligne, notamment mes pages BACH que je chérissais particulièrement, mais qui n'ont guère suscité de retours...
  A l'occasion de ce billet, j'ai remis en ligne l'étude où il est question de l'interprétation des 544 mesures des Sinfonien, et des 488 mesures des Inventionen qui y sont étroitement associées. J'ai rencontré depuis ce nombre 488, qui était le matricule de Jung à l'OSS. J'ai parlé ici du roman de Nicolas Beuglet, où ce fait était exploité, avec quelques défauts de "jeunesse" (Jugend), et c'est l'occasion de signaler son récent roman Complot, qui me semble beaucoup plus réussi, bien que je n'y aie pas trouvé matière à rebonds quaternitaires...

  Comme cette étude ne donnait pas le détail des inscriptions du tombeau de Christian Rosencreutz, les voici, avec d'abord les inscriptions proprement dites sur le cercueil.
  L’épitaphe en 48 lettres :
ACRC Hoc Universi Compendium Vivus Mihi Sepulchrum Feci = 544
puis les 5 inscriptions totalisant 72 lettres, formant un mandala :
Jesus Mihi Omnia      = 157
Nequaquam Vacuum = 180
Libertas Evangelii    = 162
Legis Jugum              = 118
Dei Gloria Intacta      = 142
  En tout 120 lettres de valeur 1303 auxquelles il faut ajouter l’inscription de la porte du caveau :
Post CXX Annos Patebo = 181 en 15 lettres + CXX (120 en chiffres romains)
  En tout 135 lettres de valeur 1484, l’année de la fermeture du caveau, à laquelle il suffit de rajouter les 120 de CXX pour obtenir 1604, l’année de l’ouverture du caveau.
  En tout 138 lettres de 2 (B) natures différentes, et 138 pourrait se lire 1-3-8, a-c-h... VH&K se gardent d'indiquer cette possibilité qui est encore too much.

  Dans les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz de 1616, attribuées à Valentin Andreae, apparaît une énigme gématrique où il est demandé à Rosencreutz de trouver un mot de valeur 55, avec diverses indications sur les valeurs des lettres le composant. Le problème fut proposé à Leibniz qui trouva la solution ALCHIMIA, alors que le réel mot semble plutôt ALCHINIA.

  Il m'est venu l'idée de regarder s'il y avait des personnes nées en 1908 et mortes en 2014. Il y en a, et la première rencontrée en lançant la requête "1908 2014" est Angèla Leblanc, une Canadienne décédée le 22/4 (112e jour de l'année, a remarqué phrère Laurent). La présence à Vienne d'une cathédrale Saint-Maurice m'avait aussitôt donné envie de l'exploiter, en hommage à Maurice Leblanc qui est le grand initiateur de Novel Roman.
  La première rencontrée avec la même requête en images est une autre Canadienne, Anne-Marie Lachance, dont les cendres ont été déposées au cimetière Belmont. Je découvre ceci après avoir choisi le nom de Roland Belmont pour l'école de musique de Vienne.

  Les notes la et si de mArvel et joHanna m'ont rappelé la Guitare sommaire de Boby Lapointe, ce qui m'a aidé pour choisir le titre de ce 259e billet de Quaternité, titre de valeur correspondante à son rang, comme tous les billets de commentaires de Novel Roman jusqu'ici.

9.7.18

Caltez droit rue Lecourbe


Chapitre 11: KEPI IMPEC EN LOUCEDE

  Le colonel Sebastian Moran est emprunté à La maison vide, une aventure de Sherlock Holmes, de laquelle j'ai tiré quelques détails, comme la naissance en 1840, le meurtre de Ronald Adair en 1894.   Vonel Roman faisait partie du projet de 1998, ainsi que sa devise Non Volarem, "Poinct ne fuysse", nouvelle anagramme de NOVEL ROMAN.

  Pour le projet actuel, les contraintes sur les titres de chapitres influent parfois sur leur contenu, d'autant que j'ai souvent choisi le premier titre trouvé. Le titre du chapitre 11 devait débuter par un K, ce qui m'a fait penser au mot Képi, qui commandait d'y placer le militaire Moran. Les autres contraintes m'ont conduit à cette formule argotique, d'où Moran devrait s'exprimer en argot.

  Les allées et venues bizarres dans le XVe sont venues étoffer ce chapitre assez peu fourni de prime abord. Elles illustrent un riche thème littéraire, l'utilisation de la ville pour former des messages, par des acronymes ou des itinéraires sur le terrain. J'ai eu l'idée de combiner les deux, avec d'abord le projet de choisir des parcours dans divers arrondissements, par exemple le XVIIIe, le XVe, le XIIIe, le Ier, et le XIVe pour obtenir le mot ROMAN, mais les abords du domicile de Moran, déjà choisi, se prêtaient idéalement au jeu.
  Les sources principales sont les suivantes:
- La bibliothèque de Villers (1980), de Benoît Peeters, où les noms des victimes aux 4 coins de Villers et en son centre forment le mot LIVRE. Le bibliothécaire Lessing avait confié au narrateur son projet d'écrire un livre, relatant une série de crimes proche de celle qui frappe Villers, et dont le coupable aurait été un nommé Rivelle, nom dont un lecteur futé peut trouver l'anagramme, « le livre ».
- J'ai retrouvé ce nom Rivelle dans un polar de 1998, Six couleurs pour l'enfer, de Guérard & Mosseri. Le détective David Larno est engagé par un certain M pour suivre Pierre Rivelle, se livrant dans Paris à des déambulations erratiques dont Larno finit par comprendre qu'elles dessinent des lettres, et des mots, VOUS ALLEZ BIENTOT MOURIR..., mais l'assassinat de Rivelle interrompt le message.
- Ce roman ne doit rien à Peeters, dont Guérard & Mosseri ne connaissaient pas « le livre », mais ils ont reconnu avoir emprunté l'idée du message à Paul Auster, qui dans Cité de verre (1985) montre le détective Daniel Quinn de même engagé pour une filature dans New York, et découvrant de même que les déambulations erratiques de Peter Stillman dans un carré bien délimité dessinent chaque jour une lettre, composant le message THE TOWER OF BAB...
- Le Rivelle de Guérard & Mosseri habite un hôtel de la rue Lecourbe, et j'ai remarqué qu'un lieu essentiel du roman Le livre (2014) de René Belletto, est la clinique Pernette du Guillet, dans la rue éponyme et imaginaire, située entre les rues Lecourbe et Blomet.

  On peut se demander si Belletto, lui-même auteur de polars, s'est inspiré de Six couleurs pour l'enfer, car son héros, scénariste de télé, rêve qu'un patient de la clinique Pernette lui dit: VOUS ALLEZ MOURIR LE... Le message est interrompu, mais, dans la "réalité", il reçoit une lettre postée dans le XVe, contenant une feuille sur laquelle est tracé maladroitement le nombre 6.
  Le livre est truffé de détails probablement significatifs pour Belletto, mais le mode d'emploi n'est pas livré... J'y ai remarqué un personnage nommé Albin Moreno ("brun", "noir"), ce qui m'a fortement rappelé mon Alban Lenoirc, mais la coïncidence s'explique assez facilement par la communauté d'intention.

  Bref j'ai décidé d'installer Vonel Moran au coin des rues Lecourbe et Pernette du Guillet, qui selon les indications de Belletto me semble compatible avec la réelle rue Jeanne-Hachette, une jeune fille qui sous Louis XI aurait vaillamment pris sa hachette pour mener le combat contre les envahisseurs... Pernette, elle, est la poétesse qui a inspiré Maurice Scève pour sa Délie. Plutôt honorer les poétesses que celles qui rivalisent avec les hommes dans le carnage...
  HACHETTE, MAURICE, ceci me rappelle le recueil de Maurice Leblanc Les huit coups de l'horloge, que j'ai imaginé gouverné par diverses contraintes, dont l'utilisation dans chaque histoire d'un mot de 8 lettres débutant par H. Je rappelle que mon Hortense est inspirée par le personnage féminin du recueil, et que "Alban Lenoirc" est le contrepied de "Maurice Leblanc".
  Je rappelle que les éditions Hachette ont souvent réédité Maurice.

  Ayant regretté de n'avoir trouvé ni chez Auster, ni chez Guérard & Mosseri, d'itinéraire offert au lecteur pour lui permettre d'accéder à un autre niveau de signification, je me suis attelé à la tâche, avec deux idées directrices :
- les itinéraires dessinent les lettres, environ à la même échelle;
- la rue d'où part le tracé a pour initial la lettre elle-même.
  Et voici les tracés significatifs, ne prenant en compte que les parcours effectués à un train soutenu:

  J'ai donc choisi d'écrire LOVE N, ayant déjà utilisé AMOR N dans le chapitre précédent, avec les arcanes numérotés de tarot.
  Moran part de chez lui, par la rue Lecourbe, et le L est tracé avec la rue St-Lambert. Le tracé de la lettre suivante démarre rue Olivier de Serres, et impose à Moran de repasser par les mêmes rues, de tourner en rond...
  Puis vient le V partant du boulevard Victor, avec à nouveau la rue Lecourbe. Puis Moran gagne la rue des Entrepreneurs, et doit revenir plusieurs fois sur ses pas pour tracer les branches du E.

  Il y a quelque peu davantage, avec de plus ou moins petites coïncidences découvertes en effectuant mes tracés, sans incidence sur ceux-ci.
  J'ai été ravi de voir le tracé sinueux de la rue Desnouettes, exploité pour mon O, mais Fernand Desnouettes est dans le Décalogue de Giroud l'auteur des aquarelles du livre Nahik, tout aussi imaginaires que son texte, et NAHIK est l'anagramme de KNIHA, "livre" en slovaque. J'ai déjà utilisé le nom chapitre 6, avec quelques commentaires ici.

  L'hésitation de Moran devant la rue Olier est liée à une curiosité que je n'ai pas encore présentée. Dans ses Cahiers d'écolier, qui n'ont été publiés qu'en octobre 1984, Claude Ollier met en forme le 28 décembre 1959 quelques idées qui lui sont venues à New York, et qui se sont précisées en étudiant la structure encore plus absolue de Washington, composée d'avenues identifiées par des lettres, et de rues orthogonales identifiées par des nombres:
- Utiliser la ville comme cadre général, en répartissant les événements dans les trois dimensions.
- Organiser la répartition et la localisation des événements comme dans une partie d'échecs. Choisir 64 blocs dans Midtown et ne décrire que certains coups.
  C'est très proche de ce qui se passe dans Cité de verre, où Auster a choisi un rectangle à Manhattan, dans lequel les déambulations de son personnage tracent chaque jour une lettre.

  La date du 28 décembre dans le cahier de C.Ollier m'effare, car c'est le jour des Saints Innocents, or dans Le massacre des innocents,  JJ Reboux a imaginé un découpage de Paris en 64 cases, non pour un jeu d'échecs, mais pour un jeu de l'oie. Là ce n'est pas un parcours qui forme des lettres, mais des lettres qui forment un parcours...
  J'en ai parlé ici notamment. Le livre se termine le 28 décembre (1994), jour des Saints Innocents. La première case du jeu de l'oie est dans le XVe.

  Il faudra y revenir. Pour l'heure je me borne à donner les éléments qui m'ont inspiré pour écrire ce chapitre, laissant à plus tard les approfondissements. Il faut tout de même rappeler que le premier roman d'Ollier, La mise en scène, a grandement influencé divers auteurs, tel Ricardou, et que Peeters n'a pas caché que le nom de son personnage Lessing, celui qui imagine une série de crimes commis par un nommé Rivelle, vient de La mise en scène.

  La rue Lecourbe me rappelle encore que Paul Halter, grand ami de Roland Lacourbe, lequel apparaît sous divers avatars dans ses romans, a imaginé dans La nuit du Minotaure le découpage d'un coin d'Alsace en 64 cases figurant celles d'un échiquier. Roland Bayard (tiens, ROLAND = 64) y élucide des meurtres commis tous les 9 jours, dans les cases correspondant au déroulement d'une partie d'échecs... Il faudra donc y revenir.

  Je reviens au parcours de Moran. Après les lettres LOV, presque contiguës, la rue des Entrepreneurs qui a plusieurs rues orthogonales se prêtait bien à un E. J'ai cependant choisi d'utiliser pour une branche la rue de la Croix-Nivert, pas tout à fait orthogonale, car la branche médiale est la rue de la Rosière, permettant une allusion Rose-Croix.

  Comme dans les jeux précédents, il m'importait de dissocier N de LOVE ou AMOR, et son tracé a fait l'objet d'un parcours bien distinct, commençant par la rue Nélaton, toujours dans le XVe.
  J'ai fait figurer Tour Eiffel et Champ de Mars car les vieux plans de Paris font davantage ressortir les tracés d'origine, notamment un losange, dont le grand axe prolonge la rue Desaix.

  Une étape marquante du polar géométrique est le losange de La mort et la boussole, où il m'a semblé que les initiales des victimes, Marcel Yarmolinsky, Gryphius, Daniel Azevedo, et Elias Lönnrot, pouvaient former MYGDAEL, très proche de l'hébreu migdal, "tour", un mot important dans la nouvelle puisque le premier meurtre a lieu dans un hôtel-tour, et le dernier dans un mirador. Bien plus ici.

  La nouvelle a eu de nombreux avatars, notamment L'adversaire de Queen, où les meurtres en carré dessinent le N de Nathaniel, La bibliothèque de Villers, le carré LIVRE, Une affaire en or, où Alain Calame a illustré le partage d'un segment de droite en petite et moyenne raisons... Calame a imaginé une autre parodie de Borges, Meurtre au sommet, où le triangle de départ est transformé en tétraèdre, le dernier crime étant commis au sommet de la Tour Eiffel...
  Tiens, le détective de Une affaire en or se nomme Roland Turold, probablement dans un même esprit chevaleresque que celui qui a conduit Paul Halter à baptiser son héros Roland Bayard (Turold est l'auteur de la Chanson de Roland).

  Comme le programme (triangulaire!) fixait la mort de VONEL le 8 mars, 66 jours après la mort de Monlorné, il m'a paru logique de lui faire préparer son ENVOL la veille, une date qui m'est significative, naissance de Perec 28 ans plus tard. Effectuant mes scans du plan de Paris, j'ai eu la surprise de voir qu'ils étaient enregistrés sous le nom Numérisation_20180703, le programme utilisant la date américaine 07/03 pour le 3 juillet. Tiens, 703 est le triangulaire de 37.
  Je rappelle que dans ses Perec/rinations Perec imagine des parcours utilisant des artères parisiennes avec diverses contraintes. Reprenant le livre, j'y vois que dans les mots croisés consacrés au XVe apparaissent les rues Lecourbe, Entrepreneurs, et Desaix.

  Il m'est revenu que Léo Malet, dont l'argot m'a légèrement influencé, était né aussi un 7 mars, dans ces eaux-là, mais c'était en 1909 et non 1908. Malet aussi a eu l'ambition de décrire tous les arrondissements de Paris, et je rappelle que son chemin a croisé celui du borgésien Yarmolinsky ici.