24.2.18

phidèles rectiphications


  Le précédent billet a été quelque peu perturbé par la découverte pendant son écriture d'une possibilité d'harmonie dorée dans les deux dernières phrases de Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, comptant 183 et 226 mots, nombres évoquant le Modulor du Corbusier, l'un de ces mots étant φ, symbole du nombre d'or au centre de la théorie de l'architecte.

  Chaque phrase du texte, qui en compte plus de 300, est ciselée de telle sorte qu'il existe un écho entre les premiers et derniers mots, et parfois des échos intermédiaires, notamment au centre.
  Le texte est signé Noëlle Riçoeur, prétendue soeur jumelle de Ricardou. Il faut probablement lire CARDOU pour COEUR, et je n'ai guère douté que le mot COEUR au centre de l'avant-dernière phrase constitue une signature, à compléter par la dernière phrase. J'ai cru en voir la confirmation en trouvant les mots J'EN au centre des 226 mots de cette dernière phrase, mais ceci demande une rectification, ne remettant néanmoins pas en cause le rôle de signature de ces phrases.

  Je vais les donner in extenso, mais il importe de d'abord préciser le contexte, l'écriture de Ricardou ou de sa çoeur étant passablement abstruse.
  Je m'en tiens à la phrase précédente, l'antépénultième donc, où "Noëlle" conte que son frère a abandonné l'écriture après la publication de son récit L'encensement d'un toilier dans le n° 99 de La Nouvelle Nouvelle Révolution Française.
  De fait, Ricardou a bien publié Lancement d'un voilier, sa seconde nouvelle, dans le n° 99 de la NRF, en mars 1961. Elle a été intégrée à Révolutions minuscules en 1971, et une version remaniée figure dans le présent volume.
  Je rappelle que l'une des phrases décortiquées dans cette préface, page 99, avait pour centre son 99e mot, qui n'était autre que "CEntre", ses premier et dernier mots étant "CE" et "concordanCE".

  J'en arrive à la phrase donnée ci-dessous, où, si je comprends bien, son frère n'ayant écrit ni Révolutions minuscules, ni La cathédrale de Sens, elle n'a pas été requise pour écrire une préface placée entre les deux séries de nouvelles. Du coup, elle lui pardonne la cédille placée sous sa seconde lèvre (le bas du C de riCoeur), ou sa troisième lettre. La suite est moins claire et demande peut-être d'avoir compris ce qui se tramait précédemment.
  Voici donc la phrase, où j'ai placé en vis-à-vis les mots symétriques par rapport au centre. Il faut donc lire un mot à la fois verticalement jusqu'au COEUR central, puis remonter avec les mots de droite jusqu'en haut.

Du compte-rendu.
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(qui déchirure,
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 coeur

  Les premier et dernier mots étant "DU" et "compte-renDU", on aurait pu s'attendre à ce que le mot central contienne la syllabe DU, mais (86) (qui (87) donc (88) a (89) garanti (90) que (91) le (92) COEUR (92) était (91) dû (90) ?)
  Il n'est pas sûr que la phrase contienne d'autres subtilités, peut-être NE EN en position 30, ou JE LUI PARDONNE face à DEUS EX MACHINA en 63-64-65.
  Je passe à la dernière phrase, selon la même présentation.

M’ mentalement.
endormir nus,
dans demi-mots,
cette vagues
histoire, divers
la déléatur
mienne, le
peut-être, proche
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terme je                  10
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Dieu  préface,
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imposer  de
sur tout
mes client,
lèvres,  singulier
si un                           110
douces, fais
j’ (tu
en conviens

  S'y posait donc le problème de (φ), à compter pour un mot ou non. J'avais opté pour oui, en constatant que ce symbole du nombre d'or répondait à Au, symbole de l'or, et ce choix m'avait paru confirmé par les deux mots au centre de ces 226, J'EN (d'autres phrases ont indubitablement des nombres pairs de mots).
  Mais voilà, mes dénombrements avaient été diversement raturés et surchargés, et après vérification les deux mots au centre doivent être décalés d'une unité, et ce sont donc EN CONVIENS (ma conjecture d'une correspondance (87) centre - choeur (78) est elle aussi fausse car centre est en fait le 86e mot de la phrase).
  Si j'invalide (φ) en tant que mot, il faut alors remonter tous les mots de la colonne de droite jusqu'à la position 9, et ceci peut mettre en évidence une correspondance en position 90, (90) circonflexe - préface (90). Ricardou emploie dans le texte l'expression "préface circulaire", et la circularité y revient à maintes reprises, comme dans la première nouvelle de La cathédrale de Sens, Le lapsus circulaire.

  Le mot central serait alors EN, et diverses hypothèses peuvent être émises pour le relier au prénom (je rappelle qu'une autre phrase associait directement prénom, j'en):
- puisque COEUR ou CARDOU impose une aphérèse au nom Ricardou, une autre aphérèse pourrait toucher le prénom;
- puisque la première syllabe du texte est répartie en deux mots, M'EN(dormir), il faudrait considérer la consonne précédent le mot central, EN;
- ou encore considérer les 3 mots centraux, J EN CONVIENS, "Jean convient";
- ou toute autre possibilité, par exemple des inadvertances de l'auteur, et j'en vois au moins une assez probable page 100 (le numéro du mot 11 est devenu 22).

  Rien de tout ceci n'explique l'apparition de (φ) dans la phrase, suffisamment absconse pour que l'ajout ou le retrait d'un mot çà ou là n'y change grand-chose.
  Il y a une curiosité proche page 103, avec un autre mot, cette fois totalement manquant, entre parenthèses: (...) et puis comment vouliez-vous, (...) que je (   ) s'il était maintenant midi ou minuit (...)
  Il faut vraisemblablement comprendre comment vouliez-vous que je sus, ou que je susse qui serait grammaticalement plus correct, mais j'avoue n'avoir aucune idée de pourquoi ce mot devait disparaître.

  Pour ce que ça vaut, je remarque que l'antépénultième phrase, résumée plus haut, a 187 mots, dont le mot central est l'adjectif possessif SON. C'est aussi l'anglais "fils", homophone de "fisse" qui pourrait être le mot disparu de la dernière phrase (mais pourquoi (φ) se lirait-il "fisse"?)

  Quoi qu'il en soit, il reste que la présence de ce (φ) parmi 183 et 226 éléments alphabétiques est ahurissante, sachant que 226 = 183 x φ/2 (j'ai utilisé pour mes dénombrements les mêmes règles que semble suivre Ricardou pour les siens, notamment en ce qui concerne les mots composés).

  Mon expérience m'a enseigné que les coïncidences ahurissantes fleurissent autour du nombre d'or, et ce 226 m'a rappelé une autre coïncidence extravagante, découverte à l'occasion de ce billet d'août 2008.
  Cette année bissextile avait 366 jours, nombre de la série bleue du Modulor, où il est précédé par 226 et 140. Le 226e jour d'une année bissextile est le 13 août, et
TREIZE AOUT = 140.

  Je venais de lire Les silences de Dieu, où φ (1,618) est imaginé réparti en deux moitiés (φ/2 = 0,809) entre Dieu et son jumeau maléfique. Ce livre a joué un rôle certain dans la découverte fondatrice de Quaternité, le 08/09, où le nombre d'or était encore présent puisque
HAEMMERLI/JUNG = 84/52 = 21/13 (φ).

  A l'époque je m'intéressais beaucoup au 813 ou 8/13 chez Truffaut, et j'observais dans ce billet:
TRUFFAUT = 113
se partage idéalement selon consonnes/voyelles en
TRFFT/UAU = 70/43 (nombres de la série rouge du Modulor).

  J'observais en août dernier que Truffaut et Ricardou étaient nés la même année, 1932, et étaient morts l'un à 52 ans, l'autre à 84, 52-84 valeurs de JUNG-HAEMMERLI.
  Ricardou donne dans Le lapsus circulaire des équivalences numériques de lettres, E-R-U-T = 5-17-20-19, ce qui peut correspondre à un alphabet où il manque une lettre entre E et R. La solution la plus classique est l'alphabet latin, où I et J sont confondus, et selon ce système
JEAN RICARDOU = 113,
pour celui donc qui a placé sa signature au COEUR d'une phrase de 183 mots, CAR JAUNIE D'OR (JEUNE CARDIOR, JOUR ARCADIEN, J'encrai Au d'or).

  J'étais en août 2008 en train de lire 2666, de Roberto Bolaño, et j'en citais dans le billet un passage de la page 113, où il est question du hasard, qui ne serait pas un luxe, mais "l'autre visage du destin, et aussi quelque chose de plus."
  L'auteur de ces mots, un peintre qui s'est amputé volontairement de sa main droite (ce qui me rappelle la récente secte des Sans-Pouces), précise ensuite sa pensée, opposant le hasard à l'ordre, à la rédemption, au progrès:
Le hasard au contraire est la liberté totale à laquelle nous sommes abouchés du fait de notre propre nature. Le hasard n'obéit pas à des lois, ou s'il y obéit, nous, nous ne les connaissons pas. Le hasard, si vous me permettez la comparaison, est comme Dieu qui, chaque seconde, se manifeste sur notre planète. Un Dieu incompréhensible, avec des gestes incompréhensibles adressés à ses créatures incompréhensibles. Dans cet ouragan, dans cette implosion osseuse, se réalise la communion. La communion du hasard avec ses traces et la communion de ses traces avec nous.
Note du 26: Les problèmes posés par cette préface m'ont fait la décortiquer avec méthode, en notant tous les couples de mots en début et fin de phrase. J'ai retrouvé les 329 phrases dénombrées selon un premier compte, mais quelques cas sont litigieux.
  Certains cas semblent exiger de coupler deux phrases pour établir une double correspondance, j'avais cité les phrases 2-3,
(1) La (2) circonférence (...) commencer (1). (1) Fin (...) un (2) rond (1).
  Il y a un autre cas pour les phrases 14-15,
(1) L' (2) on (...) nom (1). (1) Mon (...) court (1).
  Je crois que les phrases 252-253, page 74, doivent aussi être couplées:
(1) Or  (...) hombre (1)?" (1) Redirai- (...) nombre (1).
   La soeur s'interroge dans la seconde phrase sur ce qu'elle a d'abord compris des mots de son frère, "en supérieure symétrie, du spasmodique pus qui sort de l'hombre?", et décrète rétrospectivement qu'il s'agissait de "ce trop rythmique pus qui sourd du nombre?"
  Je ne vois comment trouver de réponse au (1) Or initial ailleurs qu'en nombre (1), et cette réponse ne peut alors être liée qu'à l'expression "nombre d'or", φ étant étroitement associé par Ghyka à une symétrie supérieure et au rythme.

22.2.18

sa Révélation majuscule


  Le billet La marelle, arbre des sefirot? était essentiellement consacré à Gravitation, l'une des nouvelles du recueil Révolutions minuscules (1971) de Ricardou.
  Ayant appris qu'il en existait une seconde édition de 1988, révisée et augmentée d'une longue préface, il m'a paru devoir me la procurer.
  Cette préface, Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, occupe 98 pages d'un seul tenant contre 92 pour les nouvelles, avec quelques pages blanches, mais les réelles révélations sur les procédés d'écriture des nouvelles s'y laissent désirer, perdues dans la prose de cet "inadmissible propagateur d'extravagantes minuties", selon le mot d'un supposé critique.

  Je m'intéresse avant tout aux points communs entre nos écritures, et il y a encore ici un formidable écho avec la façon dont Ricardou a détourné l'ancien logo de l'éditeur, Les impressions nouvelles, logo qui était en principe présent sur tous les ouvrages, dans sa forme en lettres ci-dessus, comme dans sa forme stylisée qui découpe les couvertures en 4 secteurs.
  Je rappelle donc que, près de 30 ans avant que je conçoive une table des chapitres formant un carré permettant de lire ROSENCREUTZ dans sa diagonale principale, Ricardou avait fait de même dans son roman Les lieux-dits, avec 8 titres de chapitres en 8 lettres permettant de lire BELCROIX dans la diagonale principale. J'ai vu ceci en 2012, mais ce n'est qu'en juillet dernier que je me suis avisé que le projet où apparaissait ma table était intitulé Novel Roman, tandis que Ricardou est connu plus comme chef de file et théoricien du Nouveau Roman que comme auteur de fiction.
  Ce n'était évidemment pas sans penser au Nouveau Roman que j'avais choisi mon titre, mais il était d'abord fondé sur une curiosité découverte entre les lignes d'une nouvelle de Leblanc portant sur la disparition du tome XIV d'une édition en 18 volumes des romans de Richardson.
  Je n'y reviens pas, ayant notamment développé le sujet ici et . J'y ai souligné que Ricardou avait publié en 1973 l'essai Le Nouveau Roman, et je remarque aujourd'hui que sur la portion choisie en couverture d'un tableau de Mondrian peut apparaître le logo stylisé, renversé verticalement ou tourné d'un quart de tour à gauche, des Impressions nouvelles, la maison d'édition n'étant née qu'en 1985.
  Voici donc ce que donnerait le quart de tour gauche, mais voici surtout la façon dont Ricardou a détourné le logo, devenu Les romances nouvelles, de telle façon que les lettres roman novel apparaissent dans le rectangle que j'ai figuré en rouge:

  Ricardou n'a bien sûr pas volontairement écrit ici roman novel, il s'est servi du logo de la maison Les impressions nouvelles, en pensant à ses nouvelles et au Nouveau Roman, utilisant le demi-tour du n de roman(ces) pour en faire le u de nouvel(les).
  Pour quelqu'un qui tomberait par hasard sur ce volume, il convient de signaler qu'il aurait peu de chances de comprendre ce dont il est question, car le logo de la maison n'y figure exceptionnellement nulle part, alors qu'on le rencontre usuellement en couverture et dans les pages de garde. J'imagine que cette absence a été voulue par Ricardou.
  De toute manière, un lecteur naïf tombé par hasard sur ce volume aurait eu du mal à arriver à cette page 47 où figure le logo détourné, car tout ce qui précède est du style de cette longue phrase.

  En fait la nouvelle édition de Révolutions minuscules est parue exactement en même temps que La cathédrale de Sens, recueil de 7 nouvelles totalement inédites, et ce volume offre le logo de l'éditeur en 4e de couverture (ci-contre en haut à droite). Les deux volumes ont été imprimés le 24 mars 1988 et ont chacun pour numéro d'éditeur 008, ce qui a dû ravir Ricardou (à moins que ce ne soit lui qui ait insisté pour obtenir ce chiffre fétiche).
  Toujours est-il que les deux volumes offrent de multiples complémentarités dans leur présentation, comme l'échange des couleurs des différentes zones de texte des couvertures. Ricardou entend que sa préface se situe au milieu des deux séries de 7 et 9 nouvelles, dont il ne manque pas de souligner la moyenne, 8. Alors deux volumes de numéro 008 édités en 88 et contenant 8+8 nouvelles, est-ce un complet hasard ? Je rappelle que Ricardou a écrit le numéro 48 de la collection Fiction & Cie, avec en couverture les 48 pièces de sa Barbarella dénudée.

  Révélations minuscules est présenté comme un dialogue entre Ricardou et sa soeur, et c'est elle qui signe finalement, Noëlle Riçoeur... Il faut probablement comprendre que "cardou" a été transformé en "coeur", puis "coeur" en "çoeur". "Noëlle" pourrait faire allusion à "nouvelle".
  J'y vois encore un écho très personnel, car en 2012 la fantastique coïncidence Daumal m'a conduit à agrandir ma "phamille", et à décréter que Laurent qui y avait joué un rôle important serait désormais "phrère Laurent", comme Daumal et ses amis simplistes se nommaient entre eux. Pour dp qui y avait joué un rôle non moins important, j'ai imaginé la forme "çoeur dp", que je n'ai vue nulle part ailleurs depuis 2012.
  Et voici donc une autre "çoeur", et chez Ricardou, à nouveau mon précurçoeur. "çoeur Noëlle" emploie elle-même le mot "phrère", page 69, sans que ce soit une nécessaire référence à Daumal, lequel a probablement emprunté cette phacétie à Jarry (la "phynance"); d'autres mots de Révélations minuscules sont orthographiés avec ph à la place de f, Phreud par exemple.

  A peu près à la moitié de Révélations minuscules, Ricardou (ou sa çoeur) revient sur plusieurs phrases antérieures de son texte, parfois légèrement modifiées, 6 en tout. Ces phrases ont toutes des nombres de mots impairs, et Ricardou les écrit en précédant chaque mot, à partir du début et de la fin, de son numéro d'ordre. Le mot central sera donc encadré de deux fois le même nombre.
  Le plus simple est de donner un exemple, avec la phrase la plus courte, page 87, reprise de la page 14:
  Pour cette petite phrase le commentaire de Ricardou se limite (presque) à remarquer que (1) Du et assidus (1) commencent et finissent par la même syllabe qui se retrouve encore dans le central (14) du (14).

  La plus longue phrase ainsi numérotée est précisément celle donnée in extenso plus haut, couvrant désormais les pages 99-100, je n'en donne que les quelques lignes encadrant le logo:
  Les commentaires s'étendent sur trois pages, avec d'abord la constatation que le mot central de cette phrase est (99) centre (99), et qu'il se trouve page 99 (tiens, la première version de la phrase donnée plus haut, avec son central (14) du (14), était page 14).
  Ricardou note que les (51) romances (50) nouvelles (49) répond à (49) telle (50) sempiternelle (51) préface, ainsi cette préface qu'il a voulue au centre des deux séries de nouvelles se voit mise en relation avec le logo stylisé figurant aux rectos comme aux versos des deux volumes des (24) nouveaux (25) imprimeurs qui publient cet auteur (25) révolu (24).
  Un autre commentaire montre jusqu'où peut aller la sophistication du procédé avec "l'idée selon quoi l'(79) écriture pourrait bien être un (58) je avec (79) la lecture (58)"...

  Je commence par remarquer que ce procédé offre de telles latitudes dans son interprétation qu'on pourrait l'appliquer à n'importe quelle phrase naïve et y trouver du sens caché, ainsi je me demande si ce dernier exemple était calculé au départ ou si Ricardou l'a imaginé après coup.

  Se reporter aux phrases originales amène à constater des différences. Il y en a beaucoup dans ce cas, avec notamment 3 mots en plus page 47, en plus précisément dans la première moitié, et close dans la seconde.
  Comme ces mots sont assez proches du centre, ceci ne perturbe pas les symétries ci-dessus, mais la phrase n'a désormais plus de mot central, le juste centre se situant entre les mots (100) juste centre (100), et il ne semble encore pas un hasard que CENTre occupe cette 100e position.

  Une fois connu le procédé, l'examen du texte montre que les phrases auxquelles il est susceptible de s'appliquer sont bien plus nombreuses que les 6 cas analysés par l'auteur. Si le critère essentiel est une même syllabe débutant et achevant la phrase, des dizaines de phrases sont dans ce cas, y compris les phrases de commentaires du procédé... Ceci pourrait inviter à un épuisant décorticage de ces phrases, mais je vais me limiter aux deux dernières phrases du texte, essentiellement à leurs centres.
  L'avant-dernière phrase a 183 mots, elle commence par (1) Du (2) coup et s'achève par exact (2) compte-rendu (1). Son mot central est (92) coeur (92), ce qui ne semble encore pas un hasard, mais ceci peut aller plus loin que "coeur-centre" puisque la signature Noëlle Riçoeur après la dernière phrase semble suggérer que COEUR = CARDOU.
  La dernière phrase peut justifier cette interprétation, voici ses début, milieu, et fin, numérotés:
  (1) M' (2) endormir (3) dans (4) cette (5) histoire, (6) la (7) mienne, (8) peut-être, (9) au (10) terme (11) d' (12) un (13) excessif (14) cumul (15) d' (16) illusoires (17) feuillets (...)
(113) j'en (113) (...)
comment (14) vouliez- (13) vous (12) que (11) je (10) (φ) (9), proche (8) le (7) déléatur (6), divers (5) vagues (4) demi-mots (3), nus (2), mentalement (1) ?
  La phrase a 226 mots, donc son centre tombe entre les mots (113) j'en (113), qu'il convient vraisemblablement de comprendre JEAN, complétant le COEUR-CARDOU de la phrase précédente.

  Le mot (φ) (9) peut faire problème. Si la proposition doit évidemment se lire comment vouliez-vous que je fis, se pose la question si cette forme particulière compte pour un mot. J'ai opté pour l'affirmative en constatant que (φ) (9), symbole du nombre d'or, faisait pendant à (9) au, Au étant le symbole de l'or, élément 79 de la classification périodique (tiens, l'ensemble des 16 nouvelles est réparti en 7-9 dans les deux volumes).
  Ceci ne fait pas nécessairement de Ricardou un précurçoeur de la Phrance Insouciante, mais m'est encore évocateur, puisque le nombre d'or est une de mes obsessions, et que j'y associe le nombre 226, mesure en cm de l'outil Modulor de Charles-Edouard Jeanneret (valeur 226), alias Le Corbusier.
  J'y suis revenu dans mon 226e billet, d'abord intitulé Des lions jusqu'au coeur, comme en témoigne son URL. Je suis ébahi de trouver ces deux phrases finales de 183 et 226 mots, car 183 et 226 sont deux des mesures du Modulor, correspondant à la taille de l'homme jusqu'à la tête, et jusqu'à son bras levé. Ce dernier point est approximatif, l'important pour les tenants du système étant la section d'or idéale des 183 cm tombant au niveau du nombril, à 113 cm.

  Je ne sais si ceci était dans l'esprit de Ricardou, mais il me semble que ma lecture CARDOU JEAN des milieux des deux dernières phrases est pertinente, et j'en trouve confirmation dans un commentaire de l'auteur, page 101 à propos de la phrase déjà donnée in extenso:
  Doit-on encore, sous Dieu sait quel prétexte, l'obscure coalescence réitérée par une signature, il me semble, consentir un quelconque crédit (d'autres disent un "credo") à la rencontre d'"(28) émergence" et de "prénom (28)", j'en doute, puisqu'à l'exact instant où l'identité fait naufrage, en général on oublie, sauf penchant avéré pour la science, de bien compter avec ses doigts.
  Cette phrase de 64 mots (ou 8x8, le carré sur lequel est construit Les lieux-dits) débute par Doit et finit par doigts. En comptant sur les doigts, les 10 mots au centre de ces 64 sont (...) à la rencontre d'"émergence" et de "prénom", j'en (...) Doute-t-on encore?
  Toujours comptant sur les doigt, 1-2-3-4-5 mène à partir du début à Dieu, un mot qui apparaît souvent dans ce texte, et à partir de la fin à bien; "Dieu" et "bien" sont presque homonymes dans diverses langues, God-good, Gott-gut... Plusieurs phrases du texte sont encadrées par "bien" et "mal" (ou l'inverse).

  Peu importent finalement les intentions de Ricardou, car, selon la formule de V. Legrand que lui-même cite, Une fois un texte publié, ce qu'en pense son auteur n'a pas plus de valeur que ce qu'en pense quiconque.

  Je reviens sur l'approche dorée des deux phrases finales qui me semble précisément beaucoup trop féconde pour être attribuable au seul calcul.
  Je ne sais si (113) J'en (113) avait son prénombril à 113 cm, mais il est fascinant que ces mesures 113 et 226 cm du Modulor correspondent dans le système anglais à 89 demi-pouces et 89 pouces, or 89, nombre de Fibonacci, est la valeur de RICARDOU (et de SCHULZ).
  Cependant, comme je l'ai déjà indiqué, il y a dans la première nouvelle de La cathédrale de sens des équivalences entre les lettres et leurs rangs alphabétiques qui témoignent d'un autre alphabet que celui à 26 lettres, sans qu'il soit possible de déterminer l'exact système employé, ces équivalences ne touchant que 4 lettres. Il est troublant que dans cette nouvelle Jean Ricardou soit présenté au grand écrivain Noël Ryvéla en lequel on pourrait reconnaître le V. Legrand dont il était question trois paragraphes plus haut.
  Ce même V. Legrand écrivait dans sa lettre d'introduction au Nombre d'or de Ghyka:
  Car je prétends qu'il y a, dans l'ordre de l'esprit, des puissances de passion et de "sentiment" aussi fortes, - quoique plus rares, - que dans l'ordre du "coeur"...
  Toutefois je ne puis pas ne pas observer que ce nombre Phi, aux merveilleuses propriétés, pourrait séduire les artistes à s'en servir en négligeant la grandeur d'exécution, la matière, et la localité des ouvrages.
  Je ne puis pas ne pas observer que les deux dernières phrases de Noëlle Riçoeur mettent en relief les mots "coeur" et "Phi".
  Je remarque aussi que Le Corbusier et Ricardou sont morts dans les mêmes conditions, à la suite d'un malaise cardiaque (!) pendant un bain en Méditerranée.

  Cette nouvelle, Le lapsus circulaire, qui serait donc selon la volonté de Ricardou la première des 16 nouvelles éditées en deux volumes, développe quelques variations autour du mot "monumentalement", lequel est le premier mot de Révélations minuscules, et se retrouve dans ses derniers mots, demi-mots, nus, mentalement. De fait Ricardou utilise dans son texte l'expression préface circulaire.

  J'ai encore un soupçon d'une autre utilisation du procédé ricardolien dans cette dernière phrase, dont le 87e mot à partir du début est "centre", tandis que le 78e à partir de la fin est "choeur".
  Après le mot "coeur" au centre de la phrase précédente, l'intentionnalité de ce 87-78 me semble d'autant plus probable qu'un nouvel examen du texte, pour y déterminer une éventuelle proportion de phrases codées, me révèle que ce sont vraisemblablement toutes les phrases qui le sont, Ricardou ayant utilisé des variantes de la première forme de son procédé, commencer et achever une phrase par la même syllabe.
  L'une de ces variantes est le renversement de la syllabe, par exemple (1) Or > numéros (1), pages 27-28, mais on trouve aussi
- contraires, (1) Or > vil (2) plomb (1), page 86;
- complémentaires, (1) Or > art (2), Jean (1), page 83 (il me semble que c'est la seule occurrence en clair du prénom associé à l'auteur dans le texte, confortant la lecture (9) au > (φ) (9) de la dernière phrase);
- anagrammes, (1) Nier > rien (1), page 23;
- associations diverses, ainsi, revenant sur les phrases 2 et 3 que j'avais écartées avant de conclure à l'omniprésence du procédé, je crois distinguer un couplage de ces deux phrases formant un même paragraphe, pour avoir (1) La (2) circonférence (...) commencer (1). (1) Fin (...) un (2) rond (1).

  Il ne s'agit donc plus de dizaines de phrases, mais de centaines (329 selon un dénombrement rapide), dont il faudrait pour chacune compter les mots afin de révéler de minuscules ou majuscules finesses de l'ordre de celles déjà exposées.
  J'y renonce, pour passer à quelques remarques sur les nouvelles formes des deux nouvelles précédemment commentées.

  Je m'étais borné à citer un passage de Sur la pierre, pour la grotesque précision de l'angle de 48° formé par les jambes d'un skieur nautique. Eh bien Ricardou semble avoir prévu ma réprobation, car il a renoncé à cette précision (alors que cette nouvelle avait d'abord été la première fiction publiée de Ricardou, et qu'il s'agissait déjà d'une réédition dans le premier recueil).

  J'avais consacré tout un billet à la 7e nouvelle, Gravitation, laquelle a subi ici de profondes modifications, à commencer par son titre, devenu L'enlèvement.
  C'était un texte avec différents niveaux de mise en abyme, d'une complexité difficile à saisir. Un homme lit un journal, où il y a des mots croisés résolus et la nouvelle Gravitation, montrant une petite fille jouer à la marelle après une pluie qui a mouillé un journal, où il y a des mots croisés résolus...
  La narration procédait à la fastidieuse énumération des mots horizontaux et verticaux de deux grilles, mots pour la plupart présents dans le texte de la nouvelle.
  Il était probablement difficile en 1971 d'inclure des grilles dans un livre à diffusion restreinte, ce qui était devenu aisé en 1988 et qui a donc été fait pour cette édition. Je l'avais aussi fait pour mon compte-rendu, prenant soin de noter en rouge les capitales BP de l'annonceur, déjà données sur la grille. Ricardou a dû renoncer à cette précision de couleur pour la nouvelle version (pour ma part ce B rouge initiale de Bleus me rappellent les séries rouge et bleue du Modulor, auxquelles appartiennent les nombres 183 et 226).
  Dans la première version, la narration voyait les ensembles OU, ER, et TSF pouvoir former le vocable hébreu TSEROUF, qui m'est très significatif, mais qui avait peu de chances d'être connu d'un lecteur lambda en 1971, et ce mot צרוּף appartenant au vocabulaire kabbalistique n'apparaît même pas dans un dictionnaire hébreu usuel, du moins dans son sens ésotérique, touchant à la combinatoire de l'alphabet.
  Il en allait de même en 1988, et Ricardou semble avoir encore prévu mes observations 30 ans plus tard car il n'est plus question de vocable hébreu, pas directement du moins. La référence au tserouf semble avoir été remplacée par l'interprétation des lettres US, que le lecteur du journal voit être les initiales de Ulrica Suphira, la dédicataire de L'enlèvement.
  Il s'agit en fait, dans Gravitation comme dans L'enlèvement, de Ursula Sephira, dont le nom correspond à un concept kabbalistique plus connu, l'arbre sephirotique dont le tracé est proche de celui de la marelle.

  Le lecteur remarque que le titre de la nouvelle change selon les pages, ce qui peut rappeler La prise de Constantinople, devenant La prose de Constantinople sur les pages paires. Ici c'est tantôt L'enlèvement, tantôt L'élève ment, et le lecteur observe que cette seconde forme est obtenue par l'enlèvement d'un n.
  Il y a encore ici quelque chose d'ahurissant. La nouvelle débute page 171 de cette seconde édition, 171 étant le nombre qui m'a conduit à supputer que la 14e Lettre d'amour disparue dans la nouvelle de Leblanc était la lettre n, voir Label 171 pour mes dernières vues sur l'affaire.
  Comble de l'éplapourdissement, si l'on suit les directives de Ricardou, selon lequel les 7 nouvelles de la Cathédrale de Sens sont les premières de la série de 16, L'enlèvement est la 14e des 16 nouvelles.
  Je rappelle que, dans ce même volume, le n de roman(ces) est retourné pour devenir le u de nouvel(les).

  Question retournement et tserouf, quelque chose m'est venu depuis l'écriture du billet précité, où je signalais diverses coïncidences personnelles concernant le tserouf.
  Le billet précédent était consacré à une autre coïncidence entre Ricardou et Schulz qui  ont tous deux imaginé (moi bien après lui) de coder un sonnet par des lettres éparses dans un texte.
  J'avais donc choisi de coder les 497 lettres de Vocalisations de Perec, un sonnet qui me fascinait par ses multiples coïncidences numériques, concernant notamment les mots BLANC et NOIR.
  Le 5e vers du sonnet avait précisément pour valeur 497, et comme l'original rimbaldien ses 3 premiers pieds achevaient les correspondances du A NOIR, tandis que les 9 suivants débutaient celles du (E) BLANC. Les valeurs correspondantes étaient 136 et 361, deux nombres figurés (triangle de 16 et carré de 19 (16+3)) dont les chiffres sont les mêmes.

  J'avais appris peu après ma découverte des harmonies du sonnet l'existence d'un polar de Donald Westlake, L'assassin de papa, dont le titre original était 361, ce qui m'avait rendu curieux de la signification de ce nombre.
  Le Roget's Thesaurus est un dictionnaire de synonymes très prisé des anglo-saxons; les rubriques y sont numérotées, ainsi 361 correspond à Death, "Mort".
  J'avais lu l'ouvrage sans y découvrir de quoi rebondir, mais il m'est donc revenu, après la découverte du tserouf chez Ricardou, que le premier titre français était tiré d'un sonnet bien connu de Georges Fourest, Le Cid, s'achevant sur les vers
le héros meurtrier à pas lents se promène :
« Dieu ! » soupire à part soi la plaintive Chimène,
« qu’il est joli garçon l’assassin de Papa ! »
  Alors 361 est l'anagramme, ou le tserouf puisque c'est le sens principal du mot, de 136, et FOUREST est aussi l'anagramme de TSEROUF, ou mieux encore, son exact retournement phonétique.
  Je rappelle qu'une autre translittération du vocable hébreu est SEROUPH, anagramme d'un autre poète, SEUPHOR, lequel a lui-même forgé son pseudo par anagramme d'ORPHEUS.

  Reprenant aujourd'hui L'assassin de papa, j'y découvre que le héros du roman tente de retrouver l'assassin de son père, lequel avant de mourir a pu articuler un obscur mot, "cap" (il s'agira en fait d'un gangster nommé Kapp).
  Je me demande à nouveau comment j'ai pu jadis manquer de suivre ce "cap", car le 5e vers du sonnet est
Caps obscurs. = 136
                      Qui, cristal du brouillard ou du Khan, = 361
  Comme la somme 497 est aussi le nombre de lettres du sonnet, il peut venir l'idée d'en examiner le partage 136-361, qui tombe précisément dans ce vers, après le P de CAP.

  Comme ce billet est le 246e de Quaternité, je lui ai donné un titre de valeur 246, se découpant de plus en 20+226, car les 226 mots de la dernière phrase contenant (φ) m'interloquent au plus haut point. C'est le seul signe étranger qui apparaisse dans tout le texte.
  Je n'avais pas choisi ce numéro, c'était celui du billet qu'il me semblait s'imposer d'écrire après la réception de l'ouvrage le 17 février. Je m'avise en relisant le texte que le titre de la préface, Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, a 12 mots répartis en 2-4-6 (alors qu'on aurait plutôt attendu de JEAN RICARDOU une répartition 4-8).

Note du 24/2 (ou 24x2): J'ai avancé plus haut 329 phrases symétriques pour la totalité du texte. Le dénombrement est assez difficile, pour diverses raisons, par exemple les cas où deux phrases sont couplées pour obtenir la symétrie en initiale et finale. Il est plus aisé de dénombrer les paragraphes débutant dans le même corps typographique, soit 220. A l'intérieur de ces paragraphes apparaissent parfois des citations, en corps plus petit, selon diverses modalités. Je remarque que parmi ces citations il y a les 6 phrases reprises avec numérotation des mots, et 220+6 = 226, le nombre de mots de la dernière phrase, et la mesure en cm de l'outil Modulor.
  Après approfondissement, l'intentionnalité des 226 mots de la dernière phrase me semble de plus en plus douteuse, j'y reviendrai dans le prochain billet. 

10.2.18

Very Verissimo


  7 février: je suis en train de relire Pandemia, le thriller de 2015 de Franck Thilliez que j'avais lu dès sa sortie, alors que j'avais entrepris de lire ou relire tous les Thilliez après la découverte d'allusions au nombre d'or dans [Gataca]. Ceci m'avait conduit en juin-juillet 2015 à la découverte en quelques semaines de trois romans en 34 chapitres, ouvrant une fructueuse piste.

  J'avais été un peu déçu par la fin de Pandemia, ne m'ayant pas paru à la hauteur de l'extrême tension développée peu à peu dans le roman. Je suis moins négatif aujourd'hui, mais je n'étais pas encore arrivé à cette fin ce 7 février en début d'après-midi où un beau soleil invitait à une "balecturade".
  Les 725 g de Pandemia n'étant pas bienvenus, j'ai choisi les 170 g du Doigt du Diable, du Brésilien Verissimo, emprunté quelques jours plus tôt à la médiathèque d'Herbès (Manosque), au hasard de mes déambulations dans les rayons.

  C'est le récit à la première personne d'un jeune journaliste venu enquêter à Manaus sur les plantes hallucinogènes, et les 7 premiers chapitres du livre sont intitulés des noms de ces diverses plantes, laissant planer quelques doutes sur la véracité du récit (ma se non è verissimo, è bene trovato). Le 8e et dernier chapitre, Eau, semble cependant confirmer les confidences qu'a faites au journaliste un certain Josef Teodor dans un bar dont il est un client attitré.

  Peut-être ces 8 chapitres surdéterminent-ils d'autres 8 du roman, où est imaginée une secte dont les membres se font amputer des deux pouces. Selon le Danois fondateur de la secte, les seuls êtres sauvés lors du Jugement Dernier seront ceux qui auront renoncé à ces doigts responsables de tous les péchés, d'après son interprétation de la fresque de Signorelli à Orvieto, où Fra Angelico est représenté le pouce levé.
  Les candidats au Salut devront ainsi n'avoir que 8 doigts, et se trouver dans l'un des 8 portails terrestres autorisant l'ascension vers les Cieux.

  Toujours selon Teodor, un candidat à ce Salut a été le docteur Curtis, se repentant d'avoir créé un virus destiné à éliminer certaines ethnies, mais qui a frappé indistinctement toutes les races.
  Teodor est un tueur, qui connaît 21 façons de tuer à mains nues, et qui a été chargé de tuer Curtis par les commanditaires du virus, le Groupe Meierhoff (évoquant le groupe Bilderberg). Theodor a suivi la trace de Curtis jusqu'à l'un des 8 portails, un triangle formé par le Rio Negro, l'Amazone et l'Equateur, et l'a tué, ainsi que le Danois qui vivait là avec quelques disciples à 8 doigts.

  Le Groupe Meierhoff est constitué des 4 associations qui dirigent le monde, comme les 4 doigts de la main (d'un Corrigé), et ils ont parfois besoin d'un coup de Pouce pour exécuter leurs basses oeuvres.
  Teodor, dit le Polak, le Missile, est l'un de ces supplétifs, aussi dits Opposables. L'Opposable est d'ailleurs le titre original du roman, O Opositor (2004), ce qui peut désigner aussi bien le doigt "opposable", le pouce, que l'opposé, l'adversaire.
  Ceci m'est évocateur, car le roman précédent de Verissimo, Borges et les orangs-outangs éternels (2000), fait pour moi partie de la nébuleuse des avatars de La mort et la boussole, avec cette particularité que Verissimo y associe Queen, auteur de L'Adversaire, roman évidemment inspiré par la nouvelle de Borges.

   J'en ai parlé à maintes reprises, en dernier lieu ici. Dans ce roman Verissimo fait enquêter ensemble Borges et Vogelstein, traducteur pour une adaptation brésilienne du Mystery Magazine d'Ellery Queen, sur le meurtre d'un certain Rotkopf.
  Il y a des liens entre les deux romans de Verissimo, où la véracité du récit est à chaque instant remise en cause. Si la prétendue victime du premier est un nommé "tête rouge", le prétendu assassin du second est aussi appelé "l'homme rouge", à cause de son teint rubicond, et finit assassiné à son tour à la fin du roman, ce qui semble valider ses confessions.
  Il ne me semble pas innocent que cet être au caractère diabolique, par ses pouces et sa couleur, soit chargé de tuer un Curtis, nom parfois utilisé pour l'anagramme Cristu(s); j'avais commenté ici le caractère nettement christique de Joe Curtis, personnage de Route pour l'enfer de Craig Holden.

  Le nom du tueur Teodor m'est évocateur, car dans L'Adversaire l'assassinat des 4 cousins York est commis par quelqu'un qui se prend à la fois pour l'héritier légitime Nathaniel York, disparu en Amazonie (tiens...), et pour Dieu lui-même. Le grec Theodoros est équivalent à l'hébreu Nathaniel, "don de Dieu", et je me suis demandé si Daniel Nathan, réel nom du Queen concepteur des intrigues, n'avait pas fait appel précisément à un Theodore (Sturgeon) pour la finalisation de l'écriture de ce roman.
  Le titre de son édition brésilienne est O jogador adversario (les demoiselles en petite tenue de la couverture n'ont rien à voir avec le texte). On rencontre aussi en portugais l'expression jogador opositor, "joueur adverse".

  Je suis donc revenu de ma balecturade en ayant presque fini Le Doigt du Diable. Je l'ai fini, et suis revenu à Pandemia, intrigué par les points communs entre les deux romans. Dans l'un le docteur Curtis a déclenché une pandémie qui risque de faire disparaître l'humanité, dans l'autre un être malfaisant, connu comme "l'homme en noir", a déclenché une grippe aviaire qui inquiète fort les autorités sanitaires mais qui n'est que la première étape d'un plan diabolique, la réintroduction de la peste dont les symptômes ressemblent à ceux de la grippe, et qui ne sera donc pas soignée efficacement.
  L'homme en noir est finalement identifié dans les chapitres qu'il me restait à lire. Il s'agit de Josh Ronald Savage, un médecin sud-africain surnommé Dr Death, qui a travaillé pour son gouvernement à l'élaboration de maladies spécifiquement destinées à frapper les ethnies noires.

  Il est patent que les docteurs Curtis et Savage sont inspirés par un même personnage réel, Wouter Basson, dont les multiples crimes ont été amnistiés après 30 mois de procès en 2002, et qui n'est toujours pas radié de l'ordre des médecins à ce jour. Il n'est pas si vieux, car il a exactement mon âge, étant né le même jour que moi, le 6 juillet 1950. On va dire qu'étant nés dans deux hémisphères différents, je suis autant angélique que lui diabolique (j'ai conté ailleurs comment j'ai été partiellement amputé d'un pouce bifide à 4 ans).

   J'avais repéré la chose en 2015, à première lecture, connaissant ce Docteur la Mort par une émission de Patrick Pesnot, mais je n'avais pas alors de commentaires à en faire, et j'ai ensuite "oublié" cette implication personnelle peu glorieuse.
  Il en va tout autrement aujourd'hui, avec cette coïncidence que j'aurais toutes les peines du monde à admettre si je n'y avais tenu le premier rôle: untel abandonne Pandemia, peu avant que n'y soit identifiable le Docteur la Mort, pour lire Le Doigt du Diable, inspiré par ce même docteur, né le même jour qu'untel.
  Les coïncidences ne s'arrêtent pas là, car, une fois identifié, le docteur Savage est vite localisé, dans la banlieue de São Paulo au Brésil. Le héros de Thilliez Sharko est envoyé sur place pour accompagner l'opération de la police brésilienne, et c'est lui qui tue Savage lors de l'opération. Le journaliste non nommé du Doigt du Diable vient de São Paulo, ce qui n'est peut-être encore pas innocent car la secte des Sans-Pouces fonde en partie sa croyance sur un verset d'une Epitre aux Thessaloniciens (I,4,17).
  C'est un Polonais qui vient exécuter Curtis au Brésil, et juste avant de partir au Brésil, le 3 décembre 2013, Sharko a été envoyé en mission en Pologne le 1er décembre, où Savage a récolté son virus aviaire. C'est d'ailleurs cette mission qui permet d'identifier formellement Savage. Pologne et Brésil sont les deux seuls déplacements à l'étranger de Sharko dans le roman.

  Mon premier billet évoquant Thilliez, début mai 2015, était intitulé Nathaniel-Alexandre-Emmanuel, prénoms de même valeur 84. Il commençait par l'étude du roman Le cercle de sang (2004), dont le héros amnésique Nathan Falh enquête sur lui-même, découvre qu'il était reporter sous le nom Alexandre Dercourt, et impliqué dans une organisation utilisant des armes bactériologiques contre des populations ennemies des Chrétiens...
  Je ne pouvais connaître alors Pandemia, paru le mois suivant, dont l'un des personnages est Alexandre Jacob, chef du GIM, Groupe d'Intervention Microbiologique, qui collabore avec la police pour combattre l'homme en noir et ses séides, dont le sigle est trois cercles concentriques, symbolisant les trois derniers cercles de l'enfer. Sans vocation mystique, ces malfaisants espèrent régénérer l'humanité en éliminant ses éléments les plus faibles.

  J'ai lu Deuils de miel juste après Pandemia, et y ai découvert une structure en deux parties de 21 et 13 chapitres. Dans la seconde, le malfaisant se venge d'un village entier en y larguant une nuée de moustiques porteurs du bacille du paludisme. Ce sont me semble-t-il les seuls Thilliez mettant en oeuvre des armes bactériologiques.
  J'ai commenté en juillet 2015 Deuils de miel en même temps que Le labyrinthe de la rose, thriller que je venais de découvrir, plutôt bâclé mais encore en 34 chapitres avec un net partage en 21-13. Il y est question d'une secte chrétienne qui entend précipiter l'Apocalypse pour que ses membres puissent rejoindre Dieu, et du labyrinthe de Chartres. Chez Verissimo, où les Sans-Pouces attendent aussi avec impatience le Jugement Dernier, Curtis a tiré des interprétations diverses du labyrinthe et des autres mosaïques de Chartres, le conduisant à vénérer la forme du triangle, et à se précipiter en Amazonie dès qu'il a appris l'existence de son portail triangulaire...
  La femme de Teodor se nommait Rosa, et a été l'une des victimes du virus créé par Curtis. Le bar où Teodor s'est réfugié à Manaus se nomme aussi Rosa.

  Ces dernières coïncidences sont loin d'être aussi ébouriffantes que la principale, ma lecture le même jour de deux livres inspirés par le docteur Basson, son avatar étant tué au Brésil par un justicier venu de Pologne, mais les autres coïncidences peuvent être aussi significatives pour d'autres personnes que l'implication de Basson l'est pour moi.

  Cette couverture d'une autre édition du roman de Verissimo a pour moi un écho particulier. On y voit dans l'axe du pilier du bar le mot POLEGAR, "pouce", écrit en colonne, comme un acrostiche.
  Or ces 7 lettres formant le "doigt du péché" diffèrent d'une seule lettre des initiales de la liste canonique des 7 péchés capitaux. Il suffit de transformer Colère en Rogne (ou Rage) pour obtenir
Paresse
Orgueil
Luxure
Envie
Gourmandise
Avarice
Rogne
  J'ai parlé ici (cas 93) de La clairière des Eaux-Mortes, où Raoul de Warren trouve des synonymes des 7 péchés pour obtenir l'acrostiche LUCIFER. Il suffirait de remplacer dans la liste canonique Gourmandise par Excès et Avarice par Usure pour obtenir LE POUCE.

  Je me suis demandé si le 7 février de ma découverte pouvait être significatif. Lorsqu'il s'agit de voir quels saints sont célébrés tel ou tel jour, je sors mon Almanach du Pèlerin 1905, où sont donnés plusieurs saints par jour, avant diverses réformes. Voici donc, du 7 au 10 février, en pensant à une amie native de ce jour:
  Ainsi le second saint du 7 février est un Théodore (saint Romuald a été depuis déplacé au 19 juin), or ma précédente utilisation de l'Almanach était pour la consultation du 9 novembre, où j'avais trouvé significatif que Théodore soit suivi par Ursin (lequel ne serait autre que le Nathaniel des Evangiles):
  Wikipédia donne pour principaux Théodores ces deux-là, celui du 9 novembre et celui du 7 février.
  J'avais aussi découvert cet étonnant entrefilet page 40, donnant pour étymologies de nos deux premiers présidents Théodore et fils de l'ours:

  Refeuilletant l'Almanach, j'y trouve page 37 la nécrologie de Louis Deibler, ce qui me rappelle La dévoration, où NEO a fondu en une seule dynastie plusieurs familles de bourreaux français, avec de nombreuses anecdotes réelles. L'Almanach mentionne les difficultés de Deibler à trouver un logement, car il était une cible déclarée des anarchistes. Il avait trouvé en 1892 un appartement rue Michel-Bizot, mais le propriétaire a dénoncé le bail après l'attentat contre le restaurant Véry, où avait été arrêté Ravachol, 24 boulevard Magenta (ce qui me rappelle la mort en 1923 d'un autre anarchiste bd Magenta, Philippe Daudet).

  Ceci me fournit une cheville inespérée pour aborder ce sur quoi je comptais clore ce billet, et qui lui a en partie donné son titre. Lors de ma dernière investigation parmi les clones de La mort et la boussole, dont le plus étonnant est peut-être Le mystère des ballons rouges, pastiche d'Ellery Queen par Thomas Narcejac, j'ai découvert l'existence d'une nouvelle de Pierre Véry titrée Prenez garde aux ballons rouges, et dédiée A Ellery QUEEN, grand seigneur au royaume de la fantaisie.
  J'ai commandé le recueil où elle a été publiée, Cinéma, cyanure et compagnie (1954), mais n'y ai pas trouvé sur le coup matière à rebondir.
  Le retour à Borges via Verissimo était l'occasion d'au moins mentionner le fait, et les nouveaux éléments amènent à plus qu'une simple mention.

  La nouvelle semble inspirée par le roman de Queen de 1937, The Door Between, dont je donne encore une couverture brésilienne. La romancière Karen Leith est trouvée la gorge ouverte dans une chambre close, nulle arme à proximité... Ellery montrera qu'il s'agissait d'un suicide, une pie étant venue dérober la branche de ciseaux étincelante utilisée, mais un suicide provoqué: Karen a mis fin à ses jours car son médecin et fiancé John MacClure l'avait persuadée qu'elle était atteinte d'un grave cancer. Je m'étais inspiré pour la mort de Tom Lapnus dans Sous les pans du bizarre de cette branche de ciseaux disparue, ensuite découverte cachée chez Noël Medec.
  Dans la nouvelle de Véry, l'excentrique Beauregard, "un vrai sauvage" dit-on de lui, est trouvé la gorge ouverte dans la lande, nulle arme à proximité... Comme on le voyait souvent se promener avec des ballons rouges, son médecin le docteur Vinson suggère qu'il a pu se suicider avec une lame de rasoir, et l'attacher aux ballons pour faire croire à un meurtre. C'est en fait le docteur Vinson qui a commis le crime, pour des raisons sordides.
  Vinson rime avec Basson, le "vrai" Docteur la Mort, le "sauvage" peut faire penser au docteur Savage, et il devient encore plus hasardeux de rapprocher le docteur MacClure de Curtis, mais il y a déjà là de quoi s'inquiéter des médecins assassins dans la réalité et dans la fiction.

  Il n'y a pas lieu d'imaginer que Prenez garde aux ballons rouges n'ait pas dû son titre au Mystère des ballons rouges, que Véry connaissait probablement, d'ailleurs l'une des nouvelles du recueil, qui tiennent plus du "à la manière de" que du pastiche, La police de Dieu, est dédiée A Thomas Narcejac.
  On y voit un criminel qui se fie au hasard pour déjouer les recherches policières, mais le "hasard" se retourne contre lui, et le fait condamner pour un crime qu'il n'a pas commis. Si Dieu est absent du Mystère des ballons rouges et n'est convoqué que pour masquer un plan criminel chez Borges, il joue un rôle majeur dans divers roman de Queen et notamment dans L'Adversaire.
  Tiens, il y a eu une récriture récente de La police de Dieu, que je vais me procurer.

Note du 14/2: quelqu'un a suggéré que Pologne et Brésil de Thilliez auraient pu être empruntés à Verissimo. C'est possible, mais Thilliez n'avait aucun besoin d'avoir lu Verissimo pour introduire le Dr Death dans son roman, et les deux romans n'ont que cela en commun, le Dr Death tué au Brésil par quelqu'un venu de Pologne.
  En revanche, cela m'a rappelé qu'il y a diverses ressemblances entre des thèmes de Thilliez et des oeuvres antérieures, la plus nette étant l'intrigue du Syndrome [E] qui semble très proche de La conspiration des ténèbres de Theodore Roszak. Il semble aussi que Thilliez y ait rendu hommage par les noms de certains de ses personnages. Je n'y reviens pas, mais constate surtout que le héros du roman de Theodore se nomme Jonathan, trahissant une évidente identification. Roszak est par ailleurs un nom de famille juive de Pologne.
  Ainsi ces deux romans de Thilliez peuvent-ils évoquer deux autres romans, l'un écrit par Theodore Roszak, issu d'une famille juive polonaise, et l'autre dont un personnage essentiel est le Polonais Josef Teodor. Par ailleurs Le syndrome [E] est le premier volet d'une pentalogie s'achevant avec Pandemia, où Franck Sharko et Lucie Hennebelle affrontent des forces maléfiques téléguidées par le cercle de l'homme en noir.

3.2.18

label cent septante-et-un


  Divers fils suivis lors de ma recherche se sont croisés et recroisés, tissant un enchevêtrement si complexe qu'il m'est désormais impossible d'en envisager une présentation claire et raisonnable.
  Il ne saurait être question désormais que d'angles d'attaque, et je vais reprendre ici l'angle 81-90 qui m'a conduit via deux grilles de 81 et 90 lettres, très probablement les deux seules grilles"ferroviaires" de 9 lettres de largeur, à retrouver une découverte essentielle d'octobre 1996, les valeurs 81-90 des prénom-nom ELISABETH LOVENDALE, personnage d'une Nouvelle de Leblanc, La lettre d'amour du roi George.
  J'ai alors été convaincu d'avoir révélé l'intention secrète de l'auteur en constatant que cette nouvelle concerne au premier chef  une édition en 18 volumes des romans épistolaires de Richardson, contenant 18 lettres du roi George IV à sa maîtresse Dorothée. Sa petite-fille Elisabeth Lovendale recherche le volume 14 disparu, et surtout la lettre 14 qui prouverait son ascendance royale... Les lettres missives restantes 1-13 et 15-18 m'ont conduit aux lettres caractères A-M et O-R,  et la lettre manquante au jeu N-AMOR, anagramme de ROMAN, tandis que l'anglais N-LOVE est l'anagramme de NOVEL...
  Le nom complet de l'Anglaise a 18 lettres, de même valeur 171 que la somme des nombres de 1 à 18, et dans ce nom la seule lettre à sa place est la 14e, N:
E L I S A B E T H L O V E N D A L E = 171
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R = 171


  Je ne suis plus aussi affirmatif aujourd'hui, car Le hasard fait des miracles (titre d'une autre nouvelle de ce recueil de Leblanc), et les deux auteurs des grilles de 81 et 90 lettres susmentionnées m'ont certifié que les anagrammes de NOM-PRENOM présentes dans les colonnes centrales de leurs grilles sont tout à fait fortuites, double coïncidence dont j'ai renoncé à évaluer la probabilité.

  Après ces redites j'en viens à du nouveau, en partie du moins car j'ai déjà abordé ici le dernier roman publié du vivant de Leblanc, en 1939, Les milliards d'Arsène Lupin, roman dont l'intrigue échevelée déconcerte par rapport à l'impeccable architecture des romans antérieurs.
  Il semble y avoir dans cet ouvrage de multiples allusions à d'autres oeuvres de Leblanc, ainsi il s'achève sur un voyage transatlantique de Lupin en compagnie d'une belle Américaine, mais les autorités sont averties que Lupin est à bord et Ganimard attend à New York pour l'arrêter, situation qui se trouvait à l'identique dans la première nouvelle faisant figurer Lupin, en 1905, L'arrestation d'Arsène Lupin.

  Pour ce qui m'intéresse au premier chef, Lupin venait de récupérer les dix milliards que lui avait volés le banquier Angelmann, transportés par 18 camions. Ledit banquier se trouve ruiné, car il avait placé dans le camion n° 14 sa propre fortune, mais Lupin bon prince lui restitue ce camion n° 14. Difficile de ne pas penser à la 14e parmi les 18 lettres d'amour du roi George.

  Pour en arriver là, il a fallu passer par le nom mystérieux Paule Sinner, que la journaliste Patricia Johnston découvre noté par son patron Mac Allermy, lequel lui dit que c'est le nom de l'héroïne d'un roman français, dont le titre original est Paule la Pécheresse.
  Mac Allermy est ensuite assassiné, et il se révèle au fil des chapitres qu'il faisait partie d'une maffia de 11 personnes résolues à s'emparer de la fortune d'Arsène Lupin, et ayant choisi de se nommer par cette anagramme PAULE SINNER, en 11 lettres; le roman compte 11 chapitres, dont le premier est Paule Sinner.
  Lupin infiltre le groupe, et dérobe une à une les cartes de ses membres, intitulées Paule Sinner n° 1 à n° 11. Ceci n'empêche pas la maffia de mettre la main sur les milliards que Lupin avait imprudemment abrités dans des coffres-forts dont la combinaison était PAULE.

  J'avais repéré que
PAULE LA PECHERESSE = 171,
mais je suis sidéré aujourd'hui de n'avoir pas commenté que ce nom était suggéré être le titre d'un ROMAN français, traduit en Paule Sinner pour le NOVEL correspondant. De plus les titres des trois romans épistolaires de Richardson comportent des prénoms, et Paule, or the Sinner, pourrait faire pendant à Pamela, or Virtue Rewarded.

  Les milliards d'Arsène Lupin, paru en feuilleton en 1939, a ensuite été publié en livre en 1941, sans que Leblanc, malade, ait pu le réviser. Ainsi la 23e parmi les 29 livraisons du feuilleton a été omise dans cette première édition, comme dans la suivante pour l'intégrale Bouquins en 1987. Ceci fait bizarrement écho à la perte du volume 14 de Richardson, d'autant que les rapports 23/29 et 14/18 sont proches.
  Ce n'est qu'en 2015 qu'une édition intégrale a vu le jour, et c'est ce texte complet qui est proposé par cet e-book gratuit.

  Mes investigations de 1996 m'avaient fait découvrir un autre prénom-nom de valeur 171 dans la nouvelle suivant La lettre d'amour du roi George dans le recueil, La partie de Baccara, et pas le moindre car
MAXIME TUILLIER = 65+106 = 171
s'avérait être l'assassin recherché (de Paul Erstein).
  J'avais alors relié ceci à Bach et à Christian Rosencreutz, morts à 65 et 106 ans, et aux fantastiques hypothèses de Van Houten et Kasbergen dans Bach et le nombre. Il y a aussi chez Bach une 14e pièce manquante (ou plutôt inachevée) parmi les 18 de son testament musical, L'art de la fugue, et j'avais par ailleurs relié aux dates essentielles rosicruciennes la "mort" supposée de Lupin le 16 avril 1908 dans L'Aiguille creuse, le Jeudi saint, et la descente dans son tombeau 53 jours plus tard par Beautrelet, au moyen d'une échelle comptant 18 échelons. 1908 c'est 18 fois 106 ans, et Rosencreutz est censé avoir vécu de 1378 à 1484, la 14e période de 106 ans parmi ces 18; le Jeudi saint joue par ailleurs un rôle important dans les écrits rosicruciens.

  J'ai vite eu un sain recul par rapport à ces hypothèses, s'articulant néanmoins de manière fascinante avec la geste lupinienne.
  Cette fascination m'a conduit à imaginer en 1998 le scénario de Novel Roman, couvrant toute l'année 1908 où sont éliminés tour à tour les 18 héritiers VERANOMNOL, le milliardaire A-V MONLORNE ayant légué sa fortune à ceux dont le nom était l'anagramme du médicament qui lui avait procuré une nouvelle jeunesse.C'est normal, c'est Norman ! Il y avait bien sûr un climax pour le 14e assassiné, le 16 avril, NORMAN LOVE, inspiré du Norman Bates de Psychose.
  A l'instar de Lupin, Norman Love n'était pas mort et réapparaissait 120 jours plus tard pour réclamer sa part d'héritage, à partager avec trois autres anagrammes (Omar el Vonn, Noël Navrom et Ramon Olven), mais, le 1er septembre, le train transportant l'immense fortune était détourné par le gentleman-cambrioleur Maxim Dufrax, lequel ne daignait restituer parmi les 18 wagons que le 14e, contenant des valeurs non négociables.
  J'avais forgé ce nom, calculé pour avoir la même valeur que
ARSENE LUPIN = 134 = MAXIM DUFRAX,
à partir de 4 sources:
- Maxime Dutilleul, personnage secondaire du Prince de Jéricho;
- Charlotte Dufrêne, "compagne" de Raymond Roussel (frax = "frêne" en latin);
- le précité Maxime Tuillier, partageant un important contingent de lettres avec Maxime Dutilleul;
- mon père Maxime Schulz, né le 1er septembre 1908.

  Je ne crois pas avoir alors fait de lien entre les valeurs 134-171 de Maxim Dufrax et Maxime Tuillier, et celles de Paule Sinner et Paule la Pécheresse, sa supposée traduction.
  Je crois encore moins avoir pensé au secret de famille auquel mon père doit son prénom. Son grand-père Max Souverbie était le bâtard d'une lingère de la cour impériale, qu'elle aurait eu avec un haut personnage. Ma grand-mère penchait pour Maximilien d'Autriche, tandis que son frère Jean Souverbie en tenait pour Napoléon III... Le secret de cette naissance était paraît-il contenu dans une cassette scellée, laquelle a disparu lors d'un vol dans notre maison...
  Je suis tout à fait certain de n'avoir pas su que ce Maximilien avait épousé Charlotte de Belgique, alors que, toujours dans une optique rousselienne, mon Maxim avait pour compagne une Charlotte.

  Le partage 81-90 de Elisabeth Lovendale ne m'était pas significatif en 1998, et celui 65-106 de Maxime Tuillier ne l'était que par Bach-Rosencreutz.
  Aujourd'hui je vois en 81-90 un cas particulier d'une relation générale touchant les nombres triangulaires pairs, pouvant s'énoncer:
Le triangle de 2n est égal à la somme du carré de n et de deux triangles de n.
  Je le savais peut-être en 1996, mais il y a un rebond récent avec la grille carrée de 81 lettres de Cyril Epstein et celle de 90 lettres de Robert Rapilly qui est clairement répartie en deux séries de 45 lettres. La répartition ci-dessous peut illustrer la relation, avec la grille de Cyril en jaune, et les deux séries de Robert disposées en triangle.

  F
  R E
  I N A
  B O L I
  L O C O M
  O T I V E S
  E M B A L L E
  E S S O L E I L
  S E M A P H O R E
  G A R E O P E R A L
  I W A N M A N O N E R
  R O M A N P R I A A I L
  A W A G N E R E G D E F I
  R E N E M A I N R L E I N F
  E I N E R O I M A I N I L E I
  R I A G E M I R M T M O T I V L
  O O N W O M A N M O G O R R H E E
  I O I M P R I M E E N T R E P A Y S

  J'ai représenté en gras les lettres NOMPRENOM, qui ne sont bien sûr plus centrales dans ce réarrangement de la grille de Robert.

  Je n'avais pas d'intérêt particulier pour le nombre d'or en 1996-98, et ne connaissais que les séries additives de Fibonacci et Lucas. Je n'avais donc aucune idée du partage optimal de 171 selon le nombre d'or, 65-106, présent donc dans le nom Maxime Tuillier.
  Ceci a pris une certaine importance en 2012 lorsque je me suis avisé des collisions entre l'écriture de Ricardou et la mienne, avec d'abord deux cas remarquables:
- mon idée pour Novel Roman d'une table des chapitres formant un carré de lettres avec ROSENCREUTZ en diagonale, alors que 30 ans plutôt Ricardou avait proposé une table des chapitres de ses Lieux-dits offrant en diagonale BELCROIX;
- une même erreur commise la même année, 1999, le mot "suivant" remplacé par "selon".

  Je rappelle que cette erreur, assez vénielle pour moi, était plutôt catastrophique pour Ricardou car ce "selon" faisait partie d'un lipogramme en "E".
  Pour moi, il s'agissait de la simple recopie d'un vers de Roussel,
Combien change de force un mot suivant les cas !
devenu
Combien change de force un mot selon les cas !
  Je ne comprends pas comment j'ai pu commettre cette erreur, et encore moins comment la même interversion a pu apparaître, à peu près au même moment, dans une adaptation en opéra des Nouvelles Impressions d'Afrique. De tels cas me font suspecter une certaine labilité de la réalité...
  Ceci m'avait été l'occasion de découvrir que
SELON = 65 et 
SUIVANT = 106 sont en rapport d'or, et de retrouver ensuite le nom Maxime Tuillier, dont je ne savais alors que faire. Et voici que mes investigations ricardoliennes m'ont conduit à La prise de Constantinople, dont l'un des personnages se nomme Sylvère Dandolo, avec 
SYLVERE DANDOLO = 106+65 = 171 tandis que
MAXIME TUILLIER = 65+106 = 171.
  J'avais vu précédemment que l'un des deux personnages essentiels de la fiction suivante de Ricardou, Les lieux-dits, est
OLIVIER LASIUS = 90+81 = 171 tandis que
ELISABETH LOVENDALE = 81+90 = 171, personnage de la nouvelle précédant celle où apparaît Maxime Tuillier.
  Ricardou n'a pas créé le nom Dandolo, emprunté au doge Enrico Dandolo qui a détourné la 4e croisade de son but initial pour aller assiéger Constantinople.

  Cette double collision entre Leblanc et Ricardou me touche particulièrement car, dans une étude consacrée aux deux recueils de 8 nouvelles chacun, Les Huit Coups de L'Horloge et L'Agence Barnett & Cie, j'avais hasardé l'expression "centre d'irradiation sémantique ricardolien", rencontrée dans mes lectures, sans idée de son application dans l'oeuvre de Ricardou.
  Or de même que le nombre 8 et les mots de 8 lettres débutant par H m'ont paru gouverner les nouvelles de Leblanc, Ricardou semble avoir construit son oeuvre à partir des nombres de lettres de son prénom et de son nom, 4 et 8.
  J'avais vu qu'en prenant en compte 'l'aventure d'amour" qui prolonge la collaboration d'Hortense et de Rénine dans Les Huit Coups, on parvenait à 9 "Histoires" formant 4 couples autour de l'histoire centrale, double, Le cas de Jean-Louis, ce qui est exactement ce qui se passe pour les 9 nouvelles de Révolutions minuscules, autour de la nouvelle centrale Diptyque.

  Il n'y aurait pas eu de roman intitulé La prise de Constantinople si Jean Ricardou n'était pas formé de 4 et 8 lettres, et si la 4e des 8 croisades ne s'était pas arrêtée au milieu de son parcours, à Constantinople, comme en témoigne ce schéma préparatoire:
  Le roman est construit en 3 parties de 8 chapitres: la 1e partie référencée a 8 chapitres introduits par ▽; la 3e partie référencée a 8 chapitres introduits par △, la 2e partie référencée a 8 chapitres introduits alternativement par △ et ▽.
  Ceci permet d'imaginer un rôle double de la 2e partie, pour peut-être une structure 4x8, et les personnages des différents récits constituant le roman semblent obéir au même schéma:
- 8 membres d'une expédition sur Vénus (), Berthold, Elise, Léon, Lou, Annie, Sylvère, Edgar, Irène;
- 8 enfants, Bertrand, Emilie, Lucien, Laura, Armande, Sylvain, Edouard, Isabelle, jouant une saynète, La Princesse Interdite (ceci fait pour moi écho au film que tourne la soeur d'Hortense dans le 4e  des Huit Coups, La Princesse Heureuse; HEUREUSE est un mot de 8 lettres débutant par la 8e lettre, H, et INTERDITE est un mot de 9 lettres débutant par la 9e lettre, I);
- 8 enfants en vacances, Blaise, Edith, Laurent, Léonie, Alice, Serge, Edmond, Isa, et les mêmes se retrouvent, adultes, engagés dans une activité théâtrale.

  On aura remarqué que les 3 (ou 4) groupes ont les mêmes initiales, BELLASEI, formant Isabelle qui est peut-être le seul "réel" personnage du livre, avec le narrateur, Ed. Word ou Edouard (Ed Ardou ?).
  Ces lettres se retrouvent dans différents noms ou lieux, il y a un docteur BASEILLE, un BEL ASILE, une cité vénusienne SILAB LEE, quelqu'un qu'on surnomme LE BASILE, des ABEILLES, une ILE de SABLE...
   Bref, ceci me rappelle furieusement mon projet Novel Roman, où il y avait au moins une quarantaine d'anagrammes de NOVEL ROMAN, car à chaque personnage était associée une anecdote faisant intervenir une autre anagramme, et il y avait quelques autres cas épars.
  La source de ces lettres était on ne peut plus littéraire, celle de Ricardou ne l'est peut-être pas moins, car la recherche de la cité perdue de SILAB LEE est associée au jeu "Les Syllabes".

  Parmi mes 10 lettres, il y en avait 2 répétées, ON, et c'est aussi le cas parmi les 8 lettres de Ricardou, LE. 
  Ces lettres forment ensemble LEON, un mot qui m'est particulièrement significatif, et qui l'est aussi pour Ricardou, avec notamment les lions du paquet de Pall Mall dans Les lieux-dits. L'un des explorateurs vénusiens est Léon Doca, et sa collègue Lou constate que des fissures dans une pierre pourraient former son prénom.
- Pas du tout, rétorque Doca. Il suffit de ne plus hésiter à inverser complètement la lecture pour découvrir le simple nombre 4031 qui n'offre pas le moindre rapport avec l'un quelconque d'entre nous. D'ailleurs...
- En es-tu si assuré, Doca ? dit Elise Sas. J'aimerais avancer une brève démonstration. Donnons au zéro la valeur d'un O, puis considérons en chaque chiffre la lettre qui lui correspond dans l'alphabet. Nous découvrons alors le sens de ce mystérieux message: 4 égale D, zéro donne O, 3 signifie C, 1 indique le A de Doca.
  Voici donc l'irruption d'une gématrie ricardolienne, dont un autre exemple apparaît dans La cathédrale de Sens (1988), où le numéro de téléphone d'une créaTURE, 45-17-20-19, se déduit de ses 4 dernières lettres, 5-17-20-19 pour E-R-U-T (avec un rang de moins pour les 3 dernières lettres, comme s'il manquait J ou K dans l'alphabet ricardolien).

  Faute de précision antérieure, l'application de la gématrie sur 26 lettres donne 65 pour les 8 lettres ISABELLE, et 48 pour les 6 lettres BASILE. Tiens, 48 que l'auteur chouchoute particulièrement, avec notamment l'angle d'une absurde précision de 48° dans sa première nouvelle, Sur la pierre, en 1960 (j'ai appris depuis l'antépénultième billet que c'était à partir de ce texte qu'il avait construit Révolutions minuscules), et le découpage en 48 pièces de Barbarella dans Le Théâtre des métamorphoses, 48e titre de la collection Fiction & Cie.
  48, c'est 6 fois 8, moyenne pour une lettre de BASILE.
  Si je n'ai pas mené à son terme le roman Novel Roman, j'ai recyclé son idée d'un événement rosicrucien survenant le 16 avril 1908 dans ma nouvelle l'illustration telle qu'elle figure dans le livre, réalisée avec peu de soinL'enchanté réseau, écrite en 2006 et publiée en 2009. L'anagramme y était encore au premier plan, avec essentiellement le décodage de la stèle d'un BASILE.
  Les nombres 65, 106, 171 étaient mentionnés, ainsi que la date du 17 janvier, pouvant se lire 17/1.

  Le créateur du site BibleWheel a consacré une page à ce 17:1 qui peut devenir 171. Les deux passages commençant en Gn 17:1 et Mt 17:1 sont des récits de théophanies. Le premier montre l'apparition de YHWH à Abraham, ce qui le fait se prosterner face contre terre. Le second est le récit de la transfiguration de Jésus devant trois apôtres, dont Jacques (Jacobus); la face de Jésus brille comme le soleil, ce qui fait se prosterner les apôtres face contre terre.
  Richard rapproche cette même expression "face contre terre" de l'hébreu paniel, "face de Dieu", nom que Jacob donne au gué du Jabboq, l'endroit où il rencontre YHWH lors de son retour en Canaan, là où il lutte avec Dieu et reçoit son nouveau nom, Israël.
  Paniel est donc un mot de valeur 171, et Richard remarque la ressemblance entre l'hébreu panim, "face", et le grec phainein, "apparaître". Me souvenant que dans la Vulgate Paniel apparaît sous une forme du genre Phaniel, qui serait encore plus proche de "théophanie", je sors la Vulgate de 1710 (!) héritée de mon père, éditée à Lyon chez Petrum Valfray, et constate une curiosité.
  Au verset 32,22, le gué du Jabboq apparaît sous la forme vadum Jacob, au lieu de Jaboc qui est déjà l'anagramme exacte de Jacob. C'est une erreur compréhensible, d'ailleurs commune, ainsi la requête "vadum jacob" sur GoogleBooks a 1560 résultats, contre 740 pour la forme correcte "vadum jaboc".
  Je découvre par exemple celle-ci, avec la traduction française à côté:

  Il y a 6 autres occurrences du nom de la rivière dans la Bible, plus correctement données dans ma Vulgate (avec cependant 3 formes différentes, Jaboc, Iaboc, et Jeboc).

  Pour ce qui concerne "Phaniel", verset 32,30, Jérôme écrit Phanuel, comme au verset suivant, négligeant une curiosité de la Bible hébraïque où P'niel, פניאל, PNYAL = 171, devient P'nuel, פנואל, PNWAL = 167, au verset suivant. Il y a d'autres exemples de bizarreries similaires touchant des lettres se ressemblant fortement en hébreu, s'expliquant aisément par des erreurs de copistes que la sacralité du texte a ensuite empêché de rectifier, invitant alors aux exégèses les plus aventureuses...

  J'aurais bien des choses à dire sur l'histoire de Jacob et Esaü, qui semble fondée sur le tserouf abordé dans le précédent billet, mais ceci risque de m'entraîner dans d'assez longs développements, que je compte aborder dans un prochain billet.
  Pour l'heure, les nombres 171 et 167 de PNYAL et PNWAL m'évoquent le début de la collection Pierre de Gondol. J'ai été l'été 1999 le premier à écrire une aventure de Gondol, ce qui a d'ailleurs sonné le glas du projet Novel Roman. Pouy malade a dû retarder l'écriture de la sienne, et nos deux romans sont parus en octobre 2000. Entretemps j'avais soumis mon texte à des amis qui avaient été emballés par le projet, si bien que les deux Gondol suivants étaient dus à deux de ces amis, le rousselien Philippe g. Kerbellec, qui tient à son g. intermédiaire, mais qui n'y a pas eu droit en couverture de La montre du Mède, et le perecquien Roland Brasseur.
  Ces ouvrages n'ont guère contribué à populariser la collection que Pouy voulait intello-populaire, mais ce qui me motive ici est les valeurs des auteurs
PHILIPPE G KERBELLEC = 91+7+73 = 171,
ROLAND BRASSEUR = 64+103 = 167,
les deux faces de Dieu...
  Et moi dans tout ça ? Les Gondol "schulziens" numéros 2-3-4 étaient donc centrés sur le 171 de Philippe, et
CENT SOIXANTE ET ONZE = 234,
que j'ai dû belgifier pour obtenir le titre de ce 244e billet., publié le jour de BLAISE, comme il se devait (ce que je n'ai cependant compris qu'au dernier moment, n'ayant d'abord opté que pour le 3 février 34e jour de l'année).

  Ces deux Gondol font largement appel à l'anagramme, avec un "centre d'irradiation" pour Philippe qui est son titre, dérivé de Maître du Monde de Jules Verne, et qui fournit divers épisodes du roman, Le démon du tréma, De Nemrod à mulet, Etude normale MD (Marcel Duchamp), Du métal de renom...
  Roland a dissimulé dans son enquête au sein de la galaxie perecquienne les noms réels des protagonistes par des anagrammes.
  Pour ma part, les divers crimes émaillant mon affaire étaient accompagnés d'anagrammes du nom divin ALCIMEDON trouvé chez Virgile, DOMENICAL, CALOMNIE D, DEMON LAIC, LECON D'AMI.
  J'avais par ailleurs introduit une anagramme d'Arsène Lupin avec le personnage d'Irène Lapnus, sans songer que le découpage prénom-nom
IRENE LAPNUS = 51/83
correspondait au partage d'or de la somme 134, comme à l'angle d'or 51,83°, dont le cosinus est 0,618...
  Le nom d'un des explorateurs vénusiens de Ricardou,
IRENE BLANC = 51/32,
se compose aussi de deux termes de cette même série dorée 32-51-83-134.

  Je n'ai pas encore rappelé que l'une des deux grilles totalisant ensemble 171 lettres est due à
ROBERT RAPILLY = 78+93 = 171,
Robert qui publiait dans le numéro de Formules où figurait la grille de Cyril un schizonnet de valeur 3762 = 22x171.

  171 est un nombre triangulaire offrant la propriété assez rare d'être la somme de deux triangulaires,
171 = 66 + 105, ou
T(18) = T(11) + T(14),
et il est encore plus rare qu'il vienne ensuite
105 + 171 = 276, autre triangulaire, T(23). Tous ces nombres apparaissent dans l'histoire éditoriale des Milliards d'Arsène Lupin, en 11 chapitres et 29 livraisons dont la 23e a été omise dans l'édition de 1941, et où il est question du 14e camion parmi 18.
  Je remarque qu'à ROBERT ou PHILIPPE correspondent aussi des valeurs triangulaires, 78=T(12) et 91=T(13), ainsi il est possible d'utiliser la représentation en 18 rangées donnée plus haut des 171 lettres de Cyril et Robert pour y lire 12 premières rangées correspondant à ROBERT et les 6 autres à RAPILLY.

  J'avais imaginé pour Novel Roman un nom 18 lettres de valeur 171 tel que la somme obtenue jusqu'à la 14e lettre, N, soit 105, T(14), Clarissa Abadanlost (en pensant à Clarissa Harlowe, l'un des romans épistolaires de Richardson):
CLARISSAABADAN + LOST = 105+66 = 171
  Je ne me souviens plus si je lui avais trouvé un rôle précis dans l'intrigue...

Note du 3/2 au soir. En revenant de Manosque vers 16:30, j'écoutais La conversation scientifique où Etienne Klein avait pour invité Raphaël Enthoven. Celui-ci donnait pour exemple d'un "jour parfait" (pour lui) le 9 mai dernier où il avait commenté la victoire de Macron par un lipogramme en E. Il y employait l'expression italienne a volo, "à la volée", mais certains ont retranscrit "à vau-l'eau", introduisant donc une erreur dans le lipogramme (parfait ici sur son blog).
  Cette Saint-Blaise j'ai aussi reçu Nouveau Roman: hier, aujourd'hui,  s'achevant sur Naissance d'une fiction, la communication de Ricardou au colloque de Cerisy à propos de La prise de Constantinople, dont le texte serait dérivé des éléments présents en couverture, le nom de l'auteur et le logo des Editions de minuit. Lors de la discussion qui suit, Jean Alter demande à Ricardou s'il n'aurait pas aussi bien pu surdéterminer son texte à partir du mot "roman" plutôt que des mots "Editions de minuit".