29.3.18

doucir, c'est mêler l'île avec le sol.


Ricarde, de tous tes oeils, ricarde
En rêve, Verne.

  Je reviens sur le procédé que Ricardou baptise symétricolexicoarithmophrastologie, découvert dans Révélations minuscules, la préface qui figurerait selon ses voeux au centre des deux séries de nouvelles publiées en mars 1988 chez Les impressions nouvelles.
  La phrase y devient un terrain de jeu (ou "je") où se multiplient les correspondances diverses entre début et fin, comme entre divers mots équidistants par rapport au centre, auquel est souvent dévolu un rôle essentiel. Ce principe s'applique à toutes les phrases (plus de 300, dont la plus longue a 285 mots) de Révélations minuscules, mais on en trouve aussi des utilisations locales dans la nouvelle qui ouvre La cathédrale de Sens, la plus longue du recueil, Le lapsus circulaire.

  La phrase ricardolienne "normale" étant déjà profuse en alambications diverses, l'addition de la symétricologie n'en simplifie pas l'approche, aussi est-il difficile de résumer Le lapsus circulaire.
  Le jeune écrivain Jean Ricardou (mais il nous assure que son réel prénom est Noël), est présenté à son maître spirituel le comte Noël Ryvéla (dont le nom devient ensuite Ryvale, puis Jean Valyre, et enfin Paul Valéry), mais les titres cités de ce maître sont des déformations de titres de Ricardou. Ryvéla lui laisse entendre qu'il est en fait son propre fils, et celui de sa maîtresse la marquise des Ays, et qu'un arrangement avait été conclu avec Jean Ricardou père, le modeste électricien dont le fils né au même moment avait une malformation cardiaque exigeant de coûteux soins.
  C'est curieusement aussi en 1988 qu'est sorti un fameux film mettant en scène une substitution de bébés de classes différentes. Avec plus d'adéquation encore, j'avais vu bien avant de connaître Ricardou la nouvelle Le cas de Jean-Louis jouer le rôle de centre de symétrie dans le recueil Les huit coups de l'horloge de Leblanc. Deux fils sont nés le même jour dans les familles d'Ormival et Vaubois (l'une noble et l'autre pas), mais l'un est mort juste après la naissance, sans qu'on sût si c'était Jean Vaubois ou Louis d'Ormival... J'avais vu le rôle de pivot de cette histoire sans savoir que Diptyque jouait un rôle identique dans Révolutions minuscules.

  Jean-Noël est victime d'un accident de la circulation en allant visiter une "créature", et est blessé au genou (je-nous). Il semble qu'il s'agisse en fait d'un infarctus du myocarde, qu'il soit mort depuis 25 ans, et que sa vie soit un rêve (la vy ré-vée à lire...)
  Jean-Noël a une soeur jumelle, Alveyola (qui apparaît sous 8 formes anagrammes, dont Alyalove). De même Révélations minuscules est signé Noëlle Riçoeur, prétendue soeur jumelle de Jean, et l'infarctus du mi-cardou souligne le rôle crucial, circulaire, circulatoire, du coeur.

  Après ce semblant de résumé, j'en viens à l'arithmologie, plus aisée à commenter. Les premières phrases suspectes apparaissent dans ce paragraphe des pages 15-16, où les phrases en italique sont supposées  de la plume de l'illustre poète, dont un critique avait souligné une ténébreuse inspiration issue du soleil.
  Déconcertantes au premier moment, j'en conviens avec le critique, des sentences comme "Ile, sans le soleil qui patiemment tout assemble en son être central, ne s'en irait-il pas au plus loin, ton sol?", "O Soleil auroral, elles finissent par te réverbérer le soir, avec leurs deux ailes semblables, les oies", "Ton oeil matinal, Soleil, ce n'est pas à midi qu'il peut prétendre s'unir aux vespérales aisselles", s'élucidaient aisément sitôt qu'on voulait bien admettre qu'elles formaient, pour l'essentiel peut-être, des logogriphes d'elles-mêmes. Ce qu'elles déclaraient en somme, chacune à leur façon, avec leurs idées respectives (un assemblage, une ressemblance, une réunion), c'est qu'une anagramme de "soleil" s'obtient si l'on unit les deux termes "île" et "sol", si l'on ajoute deux "L" au mot "oies", si l'on adjoint au vocable "oeil" les deux lettres "S" et "L".
  Les deux mots soulignés sont de mon fait. Je rappelle que, selon les règles de comptage déduites des exemples de Révélations minuscules, un mot composé comme peut-être ou chef-d'oeuvre compte pour un seul mot tandis que des formes comme n'est, qu'il, elles-mêmes, comptent pour deux mots.
  Viennent deux paragraphes de commentaires. Dans le premier, Ricardou constate que "île" et "sol" sont les premier et dernier mots de la première phrase, puis que la seconde associe "aurore" et "soir" et qu'il en va de même pour la dernière débutant par un "oeil matinal" pour finir sur de "vespérales aisselles".
  Dans le paragraphe suivant, que je donnerai ensuite in extenso, Ricardou va plus loin, en constatant que dans la première phrase de Vyréla, le mot central est "central"; dans la dernière, le mot central est "midi", entre matin et soir; dans la médiane, les mots "elles" et "ailes" sont équidistants par rapport au centre.

  Certes, mais il est loisible d'aller plus loin. Les 3 phrases de Laryvé sont données sans points finaux, et peuvent donc être comprises comme des inclusions dans la phrase débutant par "Déconcertantes" et finissant par "elles-mêmes", phrase qui compte 13+23+17+19+21=93 mots, dont le centre est donc le 47e mot, "ailes". L'autre phrase du paragraphe a 61 mots, avec pour centre "l" (voilà pourquoi j'ai souligné ces mots).
  Ainsi, alors que "elles" et "ailes" sont symétriques dans la phrase médiale de Lyvréa, voici qu'une autre approche permet de voir ce même mot "ailes" et "l" aux centres des deux phrases composant le paragraphe, lequel finit par "L". Je crois que c'est voulu, et espère pouvoir donner plus loin d'autres arguments. Je note au passage que le mot central de la phrase centrale de Vylera est "le", équidistant de "elles" et "ailes".
  Je rappelle que la règle principale régissant les phrases de Révélations minuscules est une correspondance entre le premier mot et le dernier mot, correspondance qui peut présenter de multiples formes, jusqu'au chiasme réunissant deux phrases.
  Dans les formes les plus abouties, un lien existe avec le mot central de la phrase.

  Le lapsus circulaire semble offrir de nouvelles variantes du procédé, car il est difficile de distinguer des échos entre les débuts et fins des phrases, que ce soient celles de Lévyra ou celles de son fils. Il y a bien sûr "île" et "sol", mais ceci est déjà une innovation. Je peux envisager pour l'ensemble du paragraphe de coupler la syllabe "dé-" initiale au "L" final pour obtenir par exemple des ailes.
  Ce paragraphe compte 93+61=154 mots, dont les deux mots centraux sont "qu'on", ce qui est évocateur pour qui a quelque peu décrypté Révélations minuscules. Il y est question d'une injure adressée à son frère par Noëlle Riçoeur, explicitement "Ce minus!", mais le procédé, avec deux occurrences pour ce cas, permet de deviner qu'il s'agit indubitablement de "Ce con!" (voir la première phrase de la page 19 et surtout celle pages 62-63).
  Je me suis demandé si la syllabe infamante n'intervenait pas dans le décodage de la dernière phrase, dont les mots centraux sont "j'en conviens, tu" dans l'hypothèse 226 mots, ou "j'en conviens" dans l'hypothèse 225 mots. Quoi qu'il en soit, je constate que l'expression "j'en conviens" est aussi présente dans le présent paragraphe, dont la première syllabe de la seconde phrase est "ce", et la deuxième syllabe de la première phrase "con".

  Sur ce, je passe au second paragraphe de commentaires, pages 16-17:
  Or, si telle était, sobrement clandestine, l'esthétique précieuse du perfide vieillard, nul doute, en étais-je venu à me dire, qu'il n'avait dû en conduire l'exigence jusqu'à certaines répercussions minuscules. Ainsi m'était-il bientôt apparu que le mot "central" figurait bien, en effet, au centre exact de la première sentence, et que le vocable "midi" occupait, d'une même façon, le juste milieu de la phrase dernière. Il était donc devenu facile de comprendre, dans la seconde, que si les deux ailes étaient dites "semblables", c'est probablement parce que les deux mots "elles" et "ailes", similaires, ô vraiment, y tenaient une identique respective place en regard des extrémités. Et, dès lors, selon une subreptice réverbération des paroles, survenue certes à mon insu, je le confesse, il était devenu difficile de ne pas distinguer que la symétrie s'était d'autant mieux inscrite en mon commentaire ("Sans le mot "soleil" qui, en son être, les rapproche, "Ile", au début de la première phrase, et "sol", à la fin, ne sont-ils pas symétriques, au plus loin l'un de l'autre?") que cette idée concernait non moins, un rien parents, en son sein, dirait-on, et le "Ile", et le "ils", disposés eux aussi, dans cette phrase même, en pareil lieu, chacun, à l'égard des deux bords.
   C'est moi qui ai ajouté quelques surlignages et caractères gras, car il est loisible d'aller plus loin que cette exégèse.
  La phrase entre parenthèses est empruntée au premier paragraphe de commentaires, à un détail près ("en son être" au lieu de "en ses lettres"), ce qui ne change rien au fait que ses première et dernière syllabes sont "san" et "tre", formant le mot centre, ce qui dans le contexte ne ressemble pas à un hasard. Peut-être pas innocemment, le mot central de cette phrase est la copulative "et".
  Ce n'est certes pas à l'insu du scripteur, quoi qu'il en dise, si les 35 mots de la phrase citée entre parenthèse se situent à l'exact milieu de la phrase qui l'accueille, avec 37 mots avant et 37 mots après. Mieux, les "Ile" et "ils" soulignés dans la seconde partie sont en symétrie exacte avec les difficile et il de la première partie. En résumé, pour les 109 mots de la phrase, "il", "difficile", et "ils" sont aux positions 18, 21, et 48 (nombre-clé ricardolien) à partir du début, et "ils", "Ile", et "Ile" aux mêmes positions par rapport à la fin.

  Le paragraphe débute par trois autres phrases de 35, 38, et 42 mots, où je ne distingue pas de codage interne. Je remarque cependant que le paragraphe débute par "Or" et se finit par "bords", sur la même syllabe, d'où une certaine curiosité pour ce qui se passe au milieu de ces 224 mots, occupé par les mots "en regard".
  Il est tout à fait dans l'esprit de Ricardou que cette expression EN RegARD ait été choisie pour ses 6 lettres apparaissant selon le même ordre dans jEaN RicARDou. Je n'ai pas le courage de retrouver une proposition très analogue rencontrée il y a peu dans mes lectures de Ricardou, mais sa Naissance d'une fiction associe La prise de Constantinople à la présence dans le nom du chroniqueur de la 4e des 8 croisades, villehARDOUin, de 5 lettres consécutives de ricARDOU.
  L'expression fait partie de la proposition figurant en gras dans ma citation, une identique respective place en regard des extrémités, achevant la première partie du paragraphe, lequel se termine sur des synonymes, en pareil lieu à l'égard des deux bords.
  Les deux mots "en regard" sont donc symétriques en regard des extrémités du paragraphe, et j'observe que les mots "symétrie" et "en" sont, eux, en pareil lieu à l'égard des deux bords de la dernière phrase.

  Je suis loin d'avoir épuisé tous les commentaires, appropriés ou non, qu'on pourrait faire sur ces quelques phrases du Lapsus circulaire, comptant 80 pages. Les codages de ces phrases offrent tant de variantes, trop par rapport aux hors-d'oeuvre de Révélations minuscules, qu'il est difficile de déterminer quelles phrases sont effectivement codées, et, plus que fastidieux, ✹❂✸!, d'en envisager des dénombrements complets.
  Je m'en remets encore à l'auteur, lequel commente pages 66 à 68 ce passage.
  "Adieu", par exemple, les ultimes syllabes émises, avec un air plutôt rêveur, par le trop sagace amateur de physionomies, et sur lesquelles mon voyage en automobile venait à l'instant de s'achever, nul doute, selon la symétrie secrète d'un clandestin renversement, qu'elles n'aient eu pour mission de refléter son début, vous ne l'avez pas oublié, lecteur, j'espère, vers l'angle du parvis, devant, presque, la monumentale maison de Dieu.
  Ricardou rappelle d'abord que cette phrase est page 61, puis constate que la phrase a pour limites "Adieu" et Dieu,  qu'elle a 75 mots, que son centre est "la symétrie secrète", qu'en 24e position on trouve les mots "refléter" et "voyage", et en 38e position les vocables "renversement" et "achever" (c'est une ...rie).
  Il distingue dans ces deux termes la syllabe "ver" qui se renverse en "rêve", or en 12e position apparaissent "rêveur" et "vers"...

  Il est encore loisible de révéler d'autres finesses, et d'abord de relever une erreur un peu futile. Ce n'est pas à la 38e position qu'on trouve les mots "renversement" et "achever", mais sans nul doute à la 33e position. Ainsi la présence d'erreurs, volontaires ou non, du fait de Ricardou ou de l'éditeur, rend l'exacte interprétation du texte superlativement difficile...

  Je n'ai pas repéré de codages dans ces phrases ou paragraphes de commentaires, mais l'insistance sur les syllabes "rev" et "ver" m'a fait me pencher sur le paragraphe qui suit la phrase commentée, page 61:
  Revérifier dès lors, ainsi que je m'y suis risqué sans délai, le délicat double sens du très simple nom "terme", tantôt "vocable", tantôt "achèvement", a suffi pour que, non sans rigueur, mon épouvante parvienne au paroxysme de l'intelligible. En effet, et comme si, pour d'obscures raisons, la formule "vous voici quasiment au terme" avait soudain joui d'une impérieuse vertu anticipative, j'en suis venu à craindre, le temps d'un clin d'oeil, que toute ma répétitive aventure, ce fût, non seulement sur les cruelles péripéties d'une fin prévisible, mais encore sur l'énigmatique accentuation d'un mot révélateur qu'elle fût vouée à s'achever.
  Donc le paragraphe (en deux phrases) débute par "rev" et finit par "ver". Il compte 111 mots avec en position centrale le vocable "terme".
  Ce "terme" central me paraît complémentaire du "centre" ("san" "tre") formé par les deux termes d'une phrase commentée plus haut.
  Par ailleurs on pourrait rapprocher ce "terme" central du mot "symétrie" pivot du paragraphe (d'une seule phrase) précédent. Toutes les lettres de "terme" y sont présentes, et on peut songer à l'anagramme phonétique "ici terme".

  Le lapsus circulaire débute par la réplique interrompue
- Révé...
qu'on peut imaginer être un "révéré" adressé au maître spirituel Noël Révaly, avec une probable intention de signifier "rêver" au lecteur, et s'achève sur
- Réve...
qui peut avoir divers prolongements, "réverbérer" qui apparaît plusieurs fois dans le texte, "réversible" dans la même idée, mais aussi "réveil", puisque Noël Ricardou vient d'apprendre que sa vie était rêvée...

  A la fin de Naissance d'une fiction (qu'on peut lire ici, en anglais), Ricardou rappelle que dans Genèse d'un poème, Poe manque de signaler la relation sonore inverse rapprochant raven de never(more); Pour les non-anglophones, je signale que ces mots se prononcent "rêven" et "nêver", ce qui est proche du jeu "rev-ver" du Lapsus. Ricardou poursuit ainsi:
  A qui s'efforce, en écrivant, de produire un maximum de relations, il ne saurait être désagréable d'apprendre que son travail en a produit bien davantage. Tout livre qui, comme celui-là, s'est produit en le lisant, exige de ses lecteurs qu'ils continuent de le produire.
  C'est de cela qu'il va être question maintenant, en espérant que Ricardou en perçoive des bribes dans quelque monde, mais je suis de plus en plus persuadé que ce que j'étudie transcende les concepts usuels de temps et de mort.

  Il y a de multiples points communs entre Le lapsus circulaire et Révélations minuscules, les textes débutant les deux recueils de nouvelles imprimés le même jour aux Impressions nouvelles. L'un d'eux est la mention autoréférente dans le texte du numéro d'une page du livre imprimé, j'ignore si ceci avait déjà été fait avant Ricardou, lequel avait calibré dès 1969 le texte du roman Les lieux-dits, afin que son huitième et dernier chapitre s'achève page 160, et le quatrième page 80.
  Donc ici, Ricardou cite et commente la phrase de la page 61, mais il lui suffisait a priori de laisser en blanc le numéro et de l'ajouter sur épreuves, alors que, dans l'autre cas, la phrase de la page 99 a pour centre son 99e mot, "centre", et que ce nombre n'est pas indifférent puisque c'est dans le numéro 99 de la NRF qu'est parue une nouvelle de Ricardou.

  61 et 99 me sont évocateurs, je dirai plus loin pourquoi, mais d'abord ceci: je sais que
ROMAN = 61, et il m'a semblé naturel de calculer
NOUVEAU = 99, alors que les 4es de couverture des deux recueils rappellent que Ricardou est considéré comme "le chef de file du Nouveau Roman", alors que, précisément dans cette phrase de la page 99, il détourne le nom de l'éditeur pour nommer ses fictions des "romances nouvelles".
  J'ai rappelé dans mes précédents billets la profonde résonance avec mon projet Novel Roman, ce couple de mots qui m'obsède depuis plus de 21 ans, et je ne comprends pas comment les valeurs 99-61 du couple NOUVEAU ROMAN ont pu m'échapper jusqu'à ce 25/03/2018, malgré la marotte numérologique qui me fait calculer les valeurs de quantités de mots divers, marotte qui est à l'origine de ma découverte du jeu NOVEL ROMAN.

  C'est que je connais ces nombres 99-61 correspondant à ce que j'appelle un "couple doré", ce qui signifie que le partage selon le nombre d'or de la somme 160 en deux entiers est 99-61. Je connais ce couple parce que
LA VIE MODE D'EMPLOI = 160
s'achève sur un chapitre 99 dont l'indicatif, le repérage dans le damier de 10x10 cases découpant l'immeuble de Perec, est 61, ceci n'étant qu'une des possibles apparitions du nombre d'or dans l'oeuvre de l'auteur au nom doré,
GEORGES / PEREC = 76/47.

  Comme je le détaille notamment sur le billet 21-13, ma recherche a été jalonnée par les nombres 13 et 21, qui sont les 7 et 8es termes de la suite de Fibonacci (1-1-2-3-5-8-13-21...), mais aussi par d'autres 7 et 8es termes de suites additives de type Fibonacci. 61 et 99 sont les 7 et 8es termes de la seule suite additive dont 7 et 8 sont des termes consécutifs:
1-7-8-15-23-38-61-99-160...
  Je remarque que le nombre 38 apparaît dans les commentaires de la phrase de la page 61, de façon pertinente pour le 38e terme, "symétrie", au centre des 75 mots de la phrase, mais aussi de façon erronée pour les termes en 38e position, "renversement" et "achever".
  Curieusement, Ricardou reprend pages 86-87 de Révélations minuscules deux phrases données précédemment, en les agrémentant des numéros d'ordre de leurs mots, mais c'est pour constater que les correspondances s'y limitent à l'identité des premières et dernières syllabes, et que dans le cas de la première phrase de 121 mots, la présence en 61e position de "force" n'a aucune pertinence.
  Il faut peut-être ici comprendre que ces deux phrases sont maintenant incluses dans une phrase unique de 279 mots, débutant et finissant par la syllabe "ain" (un), avec au centre le mot "de" (deux), et peut-être d'autres correspondances.
  Toujours est-il que 3 phrases commentées, parmi 10 en tout dans les deux recueils, ont leurs mots centraux en positions 38, 61, et 99. J'ai signalé plus haut l'importance de la page 160 achevant le texte des Lieux-dits en 1969 (dont les chiffres pourraient former 61-99)

  Je n'imagine guère que ceci ait pu avoir dans l'esprit de Ricardou un rapport avec les valeurs 99-61 de NOUVEAU ROMAN, puisque celui-ci utilise dans Le lapsus circulaire d'autres équivalences alphabétiques que le codage ordinal classique, les lettres T-U-R-E étant données équivalentes à 19-20-17-5. Une hypothèse satisfaisante m'est venue depuis mes précédentes supputations: attendu que dans La prise de Constantinople D-O-C-A est donné équivalent à 4-0-3-1, l'idée que N=14 soit suivi par O=0, puis P=15, Q=16, R=17, etc., rend parfaitement compte des faits.

  Quoi qu'il en soit, je remarque que ces lettres TURE peuvent former le vocable anglais TRUE, lequel signifie essentiellement "vrai". Je me demande alors si la présence de VALERY et de ses anagrammes dans cette vie rêvée n'a pas à voir avec LE RAYV, dont il suffit de mouvoir une lettre pour obtenir LE VRAY. Vérité en deçà du pire aîné, rêve au-delà.
A-T-IL REVE LA VERITE ? (LA VERITE, tu es toujours RELATIVE ainsi que Jacques Perry-Salkow T'A LIVREE).

  J'ai déjà parlé de Philippe Guillemant, physicien au CNRS et auteur d'une séduisante théorie sur la synchronicité, bien que je sois peu amateur de théories, lesquelles ne me semblent en général pas rendre compte du phénomène tel que je le vis, et que je me garde bien de théoriser.
  Son premier livre a été La Route du Temps, devant son titre à une route touristique de mon département, le 04, route qui passe juste à côté du village où nous habitions jusqu'en 2014, Mézel. En fait, l'annuaire officiel me domiciliait à Beynes, et m'y domicilie toujours en 2018, le village constituant le terme de la Route du Temps.
  Lorsque j'ai contacté Guillemant pour lui faire part de certaines coïncidences entre nos démarches, il m'a appris que la traduction anglaise de son livre avait été confiée à quelqu'un habitant Mézel...

   Guillemant conte sur son site comment, lors d'une excursion dans notre 04, alors qu'il se demandait s'il allait transformer en livre ses idées sur la synchronicité, il s'est arrêté pour déjeuner dans un restaurant de La Javie. Lorsqu'il a consulté l'addition, il a découvert que l'établissement se nommait le Nouveau Roman (du nom des propriétaires, il est devenu depuis l'Auberge Roman). Ceci a joué un rôle dans sa décision d'écrire un livre, et de l'écrire de façon romancée.
  Lorsque nous sommes venus chercher une maison à proximité de Digne, en 1984, la première que nous avons visitée était à La Javie.

  Mon intérêt pour Ricardou a été éveillé par diverses coïncidences, l'une en 2012 passant par Jean Lahougue, un de mes auteurs de prédilection depuis la découverte de son Domaine d'Ana en 1998, coïncidence qui avait une part de rationnel puisque Lahougue était lui-même un fervent admirateur de Ricardou.
  J'ai rappelé cette coïncidence ici, en y réétudiant la nouvelle que Lahougue a écrite en hommage à Ricardou, Histoire naturelle, parue dans un recueil en septembre 1989 aux Impressions nouvelles, l'éditeur 18 mois plus tôt des deux recueils de Ricardou.
  Ce texte est aussi basé sur les dénombrements de mots à l'intérieur des phrases, mais sans demander d'efforts harassants de la part du lecteur, lequel n'a le plus souvent qu'à vérifier s'il lui chante que la contrainte d'écriture clairement expliquée est correctement utilisée. Une étude minutieuse amène cependant à découvrir quelques finesses cachées, trois phrases particulières de 13, 13, et 21 mots. Ces nombres m'étaient devenus significatifs depuis ma première lecture en 1999, et j'ai souligné ces échos en août dernier.
  Or voici que les premiers codages de phrases du Lapsus circulaire apparaissent, semble-t-il, pour la phrase qui inclut les 3 phrases codées de Noël Avrylé, et qu'un second degré de décryptage conduit le lecteur minutieux à considérer les 13 et 21 mots situés avant et après les phrases explicitement codées (voir supra).
  Encore 13 et 21, 7 et 8es termes de la suite de Fibonacci, et j'indiquais plus haut que d'autres 7 et 8es termes de suites additives de type Fibonacci semblent me poursuivre avec insistance, comme 61 et 99.
  Les billets précédents m'ont conduit à analyser  les deux dernières phrases de Révélations minuscules, comptant 183 et 226 mots (ou 225 si (φ) n'est pas considéré comme un mot, et à imaginer une possibilité d'allusion au Modulor, basé sur la série additive 5-11-16-27-43-70-113-183, où 113 et 183 sont les 7 et 8es termes.
  Je donnais in extenso plus haut un paragraphe de 224 mots, commençant et finissant par la syllabe "or", et dont les mots centraux sont "en regard", possible signature. Je constate la proximité avec les 225 ou 226 mots de la phrase avec "(φ)"et "au" en regard, où je distingue une signature plus certaine, et me demande si l'esprit retors de Ricardou n'a pas combiné ici quelque chose.

  En considérant Révélations minuscules comme un texte, le recueil Révolutions minuscules compte alors 10 textes, contre 7 pour La cathédrale de Sens. 7/10 forment un couple doré, peu satisfaisant, mais qui le devient bien mieux avec les noms des nombres:
DIX / SEPT = 37/60, 7 et 8es termes de la suite additive que Guy Bernard nomme suite de Pythagore, 1-4-5-9-14-23-37-60...

  Diptyque étant une nouvelle en deux parties, avec chacune un titre, 7/11 serait un couple doré plus satisfaisant. Quelques recherches avec la "gématrie ricardolienne", dont j'imagine avoir trouvé la clé plus haut, m'ont mené à ceci:
Jean Paulhan = Jean Ricardou = onze sept = 101.
  Je donne ces résultats ici, avec le code ricardolien inclus, ce qui facilitera la tâche à qui aurait envie de poursuivre dans cette voie.
  J'y montre aussi l'égalité
Nouveau Roman = 81 + 45 = 126
électuricité = 126
  Ce mot a été imaginé par Ricardou à partir de la plaque apposée par son père au seuil de sa maison natale, 6 rue Louis-Braille à Cannes, Electricité générale, et il revient dans divers textes, dont Le lapsus circulaire.
  Electricité générale forme un couple doré, aussi bien en code normal (109/67) qu'en code ricardolien (106/66).

  Le titre de ce billet, "Râdoucir, c'est l'île mêlée avec le soleil.", fait appel à la symétricologie de Ricardou, à partir de la seule anagramme en un seul mot de son patronyme, "radoucir", débutant par la syllabe solaire Râ, et des deux formes de L'Eternité de Rimbaud,
C'est la mer allée avec le soleil.
C'est la mer mêlée au soleil.
  L'exergue "Ricarde, de tous tes oeils, ricarde  En rêve, Verne." a ce bizarre pluriels OEILS au centre pour former SOLEIL avec le L central du titre.

  Pour ceux que ça amuserait, j'ai composé quelques paragraphes de ce billet en symétricologie, à partir de "Je suis loin" jusqu'à "superlativement difficile". Toute autre relation symétrique le serait à mon insu, merci de me la signaler.

  Puisque, toujours selon Rimbaud, Je est un autre, et que pour moi cet autre semble être JEAN RICARDOU, désormais, aussi consciemment que possible,
J'ECRIRA AN DUO

21.3.18

Dicker than you think


  248e billet de Quaternité, 2-4-8 nombres DE (2) JEAN (4) RICARDOU (8), et je comptais bien y revenir après la réception des deux premiers tomes de L'intégrale Jean Ricardou, publiée par Les Impressions Nouvelles, comme il se devait (mais ils ne figurent pas encore au catalogue, faisant l'objet d'une offre promotionnelle).

  Ma démarche erratique est gouvernée par hasards, dessillements brutaux, révélations minuscules, ce qui me conduit fréquemment à de longues redites, et ceci a été notamment le cas cette dernière année pour le dossier NOVEL ROMAN, initié il y a plus de 21 ans par le nom Elisabeth LOVENDALE, personnage d'une nouvelle de Leblanc.
  Le dernier résumé sur la question était en novembre dernier dans Sous les pans du concombre, à compléter par le récent billet sur la valeur 171 de ELISABETH LOVENDALE (81+90). Je soulignais que c'était indirectement Ricardou qui m'avait fait découvrir la grille de 81 lettres de Cyril Epstein, en février 2017.
  Notre boîte aux lettres est au début du chemin menant à notre maison, et je la consulte le plus souvent lors de ma promenade en début d'après-midi. Ce 14 février avait lieu une séance du club de lecture d'Esparron, et j'étais parti en avance pour lire un peu au bord du lac. Je comptais trouver dans ma boîte Les lieux-dits de Ricardou, commandé quelques jours plus tôt, mais le livre n'est arrivé que le lendemain, et j'ai relu le Formules que j'avais pris pour montrer au club le texte que j'y avais publié.
  J'y avais remarqué jadis la grille de Cyril, mais un élément nouveau me fit m'y passionner et y consacrer deux billets, sans lien avec NOVEL ROMAN.
  Une série de hasards m'a ensuite conduit à rouvrir le Ferrocarril de Santa Fives, de Robert Rapilly (2011), à y redécouvrir une grille de 90 lettres qui est l'un de ses textes les plus aboutis, et à constater l'impensable: ces deux grilles ferroviaires de 9 lettres de largeur, conçues pour permettre des lectures verticales dans leurs premières et dernières colonnes, offraient dans leurs colonnes centrales des lettres identiques, anagrammes de PRENOM-NOM.
  Je ne cherche plus à évaluer la probabilité de cette coïncidence, ne se limitant pas pour moi à cette première constatation, car ces grilles de 81 et 90 lettres m'évoquaient un couple prénom-nom, ELISABETH LOVENDALE, à l'origine de mon projet Novel Roman, où j'avais imaginé une table des chapitres formant un carré, dans la diagonale duquel se lisait ROSENCREUTZ (ROSE-CROIX), ignorant que Ricardou avait eu cette idée bien plus tôt, dans Les lieux-dits précisément, où la diagonale correspondante de la table des chapitres énonçait BELCROIX.

  J'avais lu Les lieux-dits dans son édition 10-18, mais avais éprouvé en février 17 le besoin d'éplucher son édition originale, et c'était donc la première circonstance associée à ma découverte des grilles de Cyril et Robert.
  J'ai ensuite vu plusieurs points où l'écriture de Ricardou semblait avoir précédé la mienne, jusqu'à la révélation majuscule du pénultième billet.
  Ricardou avait confiné dans un espace étroit les lettres "roman novel", pour un jeu sans relation avec le "novel roman" que j'imaginerai plus tard être la clé de la nouvelle de Leblanc.
  J'aurais dû, lorsque j'ai découvert ceci, rappeler la circonstance ricardolienne qui m'avait conduit à la grille de Cyril, et la souligner, ce que je fais maintenant, invitant à partager mon vertige devant cet enchevêtrement de coïncidences.

  Rien de neuf jusqu'ici donc, mais voici quelques commentaires inédits, suggérés par cette nouvelle vision plaçant Ricardou au coeur de l'affaire.
  Les lieux-dits a pour sous-titre petit guide d'un voyage dans le livre, or le livre de Rapilly a pour sous-titre Voyage poèmes.

  La grille "roman" de Cyril est inspirée par une carte postale, explicitement décortiquée à la manière de Roussel dans son poème La Vue. Des lecteurs du premier roman de Ricardou, L'observatoire de Cannes, ont aussi pensé à La Vue, et le lui ont signalé, ce qui a conduit Ricardou à lire Roussel.
  Il y a une vache sur la carte postale, inspirant ceci à Cyril (sa grille s'achève sur IO IMPRIME):
Ainsi IO, la belle génisse, imprime sa marque sur cette carte: elle est l'union de la droite (I) et du cercle (O), union qui prend ici la forme d'une colonne érigée sur une place.
  On peut songer aux symboles sexuels, et j'avais imaginé ici que ce passionné d'informatique avait aussi pensé aux entrées/sorties, I/O, voire au langage binaire fait de 1 et de 0.
  Toujours est-il qu'un autre jeu I-O est au premier plan du second roman de Ricardou, La prise/prose de Constantinople, dont la double couverture signifiait pour lui que le livre n'avait ni début ni fin, ni ENTREE ni SORTIE, comme le livre classique linéaire barré de deux X ci-dessous:
  En 1965, Ricardou ne pouvait connaître les I/O, les In/Out informatiques, et c'est amusant que ce soit par le jeu sur les lettres I<>O en couvertures qu'il ait marqué son refus de la linéarité classique I>O.

  Je remarquais aussi qu'une définition de l'omniprésente IO des mots croisés est "Coeur de lion", or Les frères Coeur-de-Lion d'Astrid Lindgren est l'un des éléments qui m'a conduit à la grille de Robert.
  Dans ses Révélations minuscules, Ricardou transforme son patronyme en Ricoeur (et Riçoeur). Certaines de ses phrases dont la fin doit correspondre de différentes manières au début utilisent la complémentarité I-O.

  C'est grâce à Astrid Lindgren que j'ai appris que "lion" se disait löven ou løven dans diverses langues scandinaves, ce qui m'a enfin fait comprendre que Lovendale signifie "vallée des lions", alors que diverses formes de "lion" dans d'autres langues ont jalonné ma quête. Je songe particulièrement à la proximité du coeur hébreu, lev, et du lion slave, lev (en roumain notamment).
  Ceci s'est passé presque simultanément avec une autre découverte ébouriffante. Dans le Formules où il y avait la grille de Cyril et plusieurs grilles de Robert, je publiais aussi cette grille où, 12 ans plus tard, j'ai soudain pu lire LOVEN et DALE, nullement prévus lors de sa réalisation.
  Je remarque maintenant que loVeN - dAlE sont orthogonaux aux lectures principales l'Exil en A-pic au se - Ns aVéré, avec cet à-pic qui peut précisément signifier l'orthogonalité.

  Si j'ai manqué de relier à ma découverte de la grille de Cyril l'apparition de "roman novel" dans Révélations minuscules, c'est probablement parce que j'étais obnubilé par les possibilités offertes par ses deux dernières phrases, l'une en 183 mots dont le mot central était COEUR, l'autre en 226 mots dont les mots centraux étaient selon un premier calcul J'EN (> JEAN > JEAN COEUR > JEAN CARDOU).
  Je me suis ensuite avisé que ces mots J'EN n'occupaient pas les rangs 113-114, juste milieu des 226 mots, mais les rangs 112-113, et j'en ai discuté dans le précédent billet, restant certain que J'EN était une signature. De nouvelles recherches m'ont mené à une phrase de la page 35, dont le nombre de mots est indubitablement pair, 92; c'est la seule phrase où figure le nom complet JEAN RICARDOU, aux rangs 45-46, soit juste avant le milieu idéal entre 46 et 47, de même que J'EN dans la dernière phrase.

  Je ne poursuis pas plus avant dans cette voie, laquelle demanderait un décorticage exhaustif des plus de 300 phrases (allant jusqu'à 285 mots) que compte le texte, alors que Ricardou a peut-être livré ailleurs ses propres calculs et intentions.
  Je m'étais arrêté à l'écho des 183-226 mots des deux dernières phrases avec les mesures 183-226 cm du Modulor, mais il m'est venu depuis une autre possibilité pour le nombre 226.
  J'ai expliqué ailleurs comment j'ai relié la Lettre d'amour du roi George et d'autres fleurons de la geste lupinienne au mythe des Rose-Croix. Trois dates essentielles sont attribuées au chevalier RosenCreutz, dont se réclame la Fraternité:
- sa naissance en 1378 (13x106);
- sa mort en 1484 (14x106), ainsi sa vie de 106 trouve-t-elle une harmonie immédiate dans l'ère chrétienne;
- la découverte de son tombeau 120 ans plus tard, en 1604, et c'est la réelle naissance de la Fraternité, 226 ans (106+120) après la naissance de RosenCreutz.

  Sans envisager ici une quelconque intention de Ricardou, je constate que cette dernière phrase de 226 mots survient juste avant la signature Noëlle Riçoeur, montrant un découpage du patronyme en Ri-Coeur ou Ri-Cardou, en à-pic au sens avéré de cette variante du germanique Richard, Ric Hard, "puissant fort". Les Rose-Croix sont censés se reconnaître par les initiales RC.
  Je remarque en écrivant ceci que ce sont les grilles de Robert et Cyril, encore RC, qui m'ont ramené à Elisabeth Lovendale, à mon projet Novel Roman, et à la grille ROSENCREUTZ, clone involontaire de la grille BELCROIX des Lieux-dits que j'aurais dû feuilleter le 14 février 2017 au lieu du Formules où j'ai découvert la grille de Cyril (tiens, c'était la Saint-Valentin, et le mythe Rose-Croix semble avoir été un canular imaginé par le jeune Valentin Andreae).

  Les secondes parties de BEL-CROIX et ROSEN-CREUTZ sont identiques à la langue près; j'ai imaginé un rapprochement entre le renversement LEB, pouvant signifier "lion", et LOVEN; il restait pour boucler la boucle à rapprocher LOVEN de ROSEN, en ne se contentant pas des trois lettres en commun.
  Lovendale-Loewenthal m'a fait m'orienter vers Rosenthal.
  Manuel Rosenthal a été un compositeur français, pas vraiment marquant.  
  Frank Rosenthal a été un mafieux US, que Scorsese a pris pour modèle de Sam Rothstein dans Casino. Plus inspirant, mais je ne vois rien d'immédiat pour l'instant.

  Peu de temps après ces recherches est paru début mars La Disparition de Stephanie Mailer, de Joël Dicker. J'avais consacré en 2014 le billet du 1er juin, "jour des Queen", à son premier best-seller, La Vérité sur l'Affaire Harry Quebert, à cause de diverses coïncidences avec Queen, entre autres. Son roman suivant, Le Livre des Baltimore, ne m'avait rien évoqué, mais le présent opus est un coup de maître, dont j'ai dévoré les 620 pages d'une seule traite, ou presque.
  Je n'ai pas besoin ici de spoiler l'intrigue policière, une belle mécanique dont les rouages se révèlent peu à peu. Toujours est-il que l'enquêteur principal se nomme Jesse Rosenberg, et qu'un personnage important, l'ex-flic devenu dramaturge Kirk Harvey, s'obstine à l'appeler Leonberg.
  Leonberg est le nom d'une ville allemande, dont les armoiries sont explicites. C'est aussi le nom d'une race de chiens, ce à quoi fait plus probablement allusion l'odieux Kirk Harvey.
  Ainsi est apparu un jeu Rosen-Leon, rose-lion, peu après mes recherches, et ce jeu passe par berg, "montagne", alors que ma compréhension de Lovendale en tant que "vallée des lions" est passée en mai-juin dernier par divers "berg".

  Au passage, l'enquêteur de Novel Roman se nomme Honoré de Valmondada, un nom comme Elisabeth Lovendale en 18 lettres de valeur 171 avec un N en 14e position, et j'avais été attentif en forgeant ce nom à la succession VAL-MON(t).

  Quelques mots tout de même du roman de Dicker, sans en déflorer l'intrigue (contenant tout de même plusieurs coïncidences qui passeraient mal à seconde lecture).
  Le samedi 30 juillet 1994, le jour de la première du nouveau festival de théâtre d'Orphea, un quadruple meurtre a ensanglanté cette petite ville de l'état de New York. L'enquête des jeunes détectives Jesse Goldenberg et Derek Scott les conduit à un suspect qui s'enfuit et meurt lors de la poursuite qui s'ensuit.
  Ceci a clos l'enquête jusqu'à ce qu'une journaliste la reprenne 20 ans plus tard, avec de forts doutes sur la version officielle. Elle est assassinée à son tour.
  Kirk Harvey, qui avait été ridiculisé lors de la première édition du festival, annonce que la pièce qu'il va présenter pour la 21e édition, le samedi 26 juillet 2014, révèlera toute la vérité sur les événements de 1994.
   Les deux premières parties du roman sont organisées selon un compte à rebours menant à cette date du 26 juillet, débutant par un chapitre -7, Disparition d'une journaliste - 33 jours avant la première du 21e festival de théâtre d'Orphea, et s'achevant sur un chapitre 0, Le soir de la première. Vient ensuite une 3e partie en 4 chapitres numérotés normalement et un épilogue.

  J'ai publié le billet Revolution 139 ce 26 juillet 2014, lequel était le 139e anniversaire de la naissance de Jung. Sachant que 139 est en rapport d'or avec 86, valeur de CARL JUNG qui a vécu presque 86 ans, j'ai eu la curiosité de calculer quelle date serait en rapport d'or avec les 31360 jours effectifs vécus par Jung, jusqu'au 6 juin 1961, et le résultat était le 30 juin 2014, 70e anniversaire de la mort du docteur qui serait mort à sa place, le 30 juin 1944, avec un autre rapport d'or en corrélation,
HAEMMERLI / JUNG = 84/52 (=21/13).
  Je rappelle que début juin 2014 j'avais publié mon 169e billet consacré à Joël Dicker et à ses rapports avec Ellery Queen, puis le 30 juin le 170e billet, Rêvolutions, mot de valeur 170, puis le  171e, Alphabet, puzzle, où je mentionnais l'affaire Novel Roman et le couple SELON-SUIVANT avec l'erreur commune à Ricardou et moi, ignorant ses Révolutions minuscules, et enfin Revolution 139.

  139 est aussi la valeur de ELLERY QUEEN, décidément étroitement associé à Dicker. J'ai vu des harmonies dorées chez Queen, à commencer par les 21 et 13 chapitres des deux "livres" du 4e roman, The Greek Coffin Mystery, dont la "traduction" française imaginée dans Novel Roman offrait la fameuse table des chapitres avec la diagonale ROSENCREUTZ (et la première colonne anagramme de ELLERY QUEEN).
  Il y a des possibilités dorées dans le roman de Dicker, avec sa construction en 8 chapitres jusqu'au 26 juillet, et 4 plus l'épilogue ensuite, soit 8+5=13, nombres de Fibonacci. Et le 21 est là avec la 21e édition du festival d'Orphea.

  Orphea, ville imaginaire, doit probablement son nom au mythe d'Orpheus, visiteur des Enfers, l'obscurité étant au coeur du roman: la pièce de Kirk Harvey a pour titre La nuit noire.
  Je remarque
ORPHEUS / ORPHEA = 102/63,
se simplifiant en 34/21, nombres de Fibonacci.
  De même,
KIRK / HARVEY = 49/79 est un nom doré, et Harvey a quelque ressemblance avec Orphée.
  Je rappelle que la rencontre du vocable tserouf chez Ricardou, désignant l'anagramme en hébreu, m'a conduit à une autre translitération, serouph, anagramme d'Orpheus, et au poète Michel Seuphor qui a choisi ce nom par l'anagramme d'Orpheus.

  J'avais certainement calculé précédemment
JOEL DICKER = 42 50,
mais m'étais abstenu de mentionner que ces nombres représentent pour moi une formidable correspondance entre deux curiosités de textes sacrés, la Bible avec les noms Michel et Daniel, 42e et 50e noms formés par une curieuse lecture de 3 vers consécutifs de 72 lettres chacun dans l'Exode, et le Coran avec les 42e et 50e sourates, seules préfixées par la lettre Qaf.
  Mon dernier apport à ce thème date du 17 avril 2014, deux billets avant celui consacré à Dicker. Ce 17 avril était le Jeudi saint situé 106 ans après le Jeudi saint 16 avril 1908, une date donnée dans L'Aiguille creuse qui m'avait conduit à suspecter des intentions rosicruciennes chez Leblanc. Je citais mon projet Novel Roman dans ce billet.
  Si je m'étais abstenu en 2014 de commenter les valeurs 42-50 de Joël Dicker, c'est que je ne voyais pas alors d'écho notable avec son roman. Il en va autrement avec le nouvel opus, où un personnage important se prénomme Michael.
  J'aurais pu penser pour La vérité sur l'affaire Harry Quebert que l'initiale Q unissait les deux auteurs des Origins of Evil, et que le nom de naissance du Queen principal était Daniel Nathan.


  Je reviens à Ricardou et aux récentes parutions. Un des éléments troublants associé à la coïncidence des tables des chapitres est que la mienne découle plus ou moins directement du nom
ELISABETH LOVENDALE = 81+90,
tandis que celle de Ricardou est étroitement liée à l'un des deux protagonistes des Lieux-dits, le pyromane échappé de l'asile
OLIVIER LASIUS = 90+81.
  L'anagramme lasius-asilus est donnée explicitement dans le roman, et Ricardou indiquera ensuite que l'autre diagonale du carré BELCROIX doit se lire MADARBRE, en référence à cet "arbre fou" qu'est Olivier échappé de l'asilus...
  L'intégrale Ricardou contiendra tous les textes publiés de l'auteur, avec toutes leurs variantes éditoriales. Dans le premier volume sont donnés ses tout premiers textes, publiés dans de petites revues, comme Les Souffre-Douleur de 1957, où on découvre que, 12 ans avant Les lieux-dits, Ricardou associait déjà arbre et asile, olivier et folie:
VI
ASILE
  Je me demande pourquoi l'on n'a pas encore interné tous les gymnastes. Si ils prétendent faire "l'arbre droit" c'est que dans la rue ils se prennent pour des arbres renversés.
XXVIII
ADRESSE AUX OLIVIERS
(...) Pour pouvoir jouer le rôle des arbres qu'ils ne sont pas, pendant des siècles et des siècles, il leur a été nécessaire de devenir fous.
  Ils sont fous et l'on voit leurs petites feuilles tourner leurs têtes dans le ciel calme comme autant de girouettes.
  L'olivier est le fou qui entraîne Jésus à poser la question absurde?
  Vengeance est le nom que prend la folie quand les hommes la voient pénétrer dans leurs artères.
  Adieu, Oliviers du soleil!
  Avant d'être réunies dans Révolutions minuscules en 1971, les neuf nouvelles avaient déjà été publiées dans diverses revues.

  A propos des nombres fétiches de Ricardou, 4-8-1/2, j'avais cité un passage de Sur la pierre où l'apparition d'un angle de 48° me semblait particulièrement ridicule. J'ai ensuite constaté que dans la réédition de 1988, cette précision avait disparu. Elle était en fait aussi absente de la première parution de la nouvelle, en 1960, et il semble bien que le marquage "biotextuel" ait été instauré lors de l'édition en recueil, probablement pour créer l'une des catégories d'échos entre les nouvelles.

  Tiens, la ville de Leonberg a été fondée en 1248, sous le nom de Levinberch.

  Ce matin, 21 mars, 10 cm de neige sont tombés sur Esparron. J'ai pris une photo du forsythia en fleur de mes voisins, sous la neige, et lorsque je leur ai envoyée j'ai constaté qu'elle portait le numéro 1248.
  Voici plutôt une photo de notre maison:
  J'ai peut-être un peu bâclé ce billet, car j'ai hâte de passer au suivant, avec de nouvelles révélations ricardoliennes...