4.11.18

Lupin 1908


  Comme je l'ai signalé récemment, un autre auteur a fait revivre le gentleman-cambrioleur, Frédéric Lenormand, avec Le retour d'Arsène Lupin, paru le 10 octobre dernier.   Lenormand est un auteur prolifique, ayant déjà repris le personnage du juge Ti de Robert van Gulik, pour une vingtaine de nouvelles enquêtes, et créé diverses séries historico-policières. J'avais remarqué son nom parce qu'il avait obtenu le prix Arsène Lupin pour un de ses romans, or l'une des identités de Lupin a été le chef de la Sûreté Lenormand.

  Il y a deux ans, je m'étais précipité sur une nouvelle aventure de Lupin, Les héritiers, et en avais été fort marri. J'en ai dit quelques mots ici, parce qu'il faisait intervenir un marchand d'armes nommé Emil Hazaroff, évident avatar du réel Basil Zaharoff, écho à un roman jungien où apparaît le vrai Zaharoff.
  Je n'avais pas jugé utile d'indiquer que ce roman se passait en 1907 (en mars), ni qu'il y intervient deux peintres réels.
  Delacroix, dont Lupin réalise une copie de La Liberté guidant le peuple, en remplaçant l'émeutière par la femme qu'il aime, Ariane, fille de Hazaroff, peintre elle-même, et en la signant de son nom.
  Picasso, piqué par le succès d'Ariane, est poussé à faire une oeuvre encore plus novatrice, Les Demoiselles d'Avignon (achevée en juillet 1907).

  J'imagine que Lenormand n'a pas lu ce roman, mais voici les échos qu'on pourrait y voir.
  Son personnage principal est Edna Bovaroff, veuve d'un industriel qui lui a laissé toute se fortune. Ce nom est évidemment calqué sur Emma Bovary; madame Bovaroff a assassiné son mari, prénommé Charles comme monsieur Bovary, et Edna est née Rouault, comme Emma...
  Madame Bovaroff avait un original de Delacroix, L'Homme au gilet vert, mais il a été remplacé par une copie, où le gilet est devenu rouge... Lupin déchiffre des lettres dans la chevelure, Picasso, et rend visite au peintre qui ne cache pas avoir effectué cette copie, sur commande.
  Picasso lui montre aussi ses Demoiselles d'Avignon, qu'il garde sous une bâche car même ses amis jugent mal la toile, et Lupin l'encourage à poursuivre dans cette voie.

  Lenormand a situé son histoire en 1908, la première date donnée étant le 20 février. Il n'y a rien de plus précis ensuite, sinon la mention du printemps.
  Lupin y a pour identité principale le détective Jim Barnett, utilisé par Leblanc dans dix nouvelles. Pourquoi pas, puisque Leblanc précise que Lupin a utilisé l'Agence Barnett avant la guerre, sans plus de précision, et de toute façon la chronologie lupinienne est très floue.
  Lenormand cite des maîtresses de Lupin qui sont obligatoirement postérieures à 1908, mais passons. L'enquête de Barnett La lettre d'amour du roi George est celle qui m'a conduite au jeu NOVEL ROMAN, relié ensuite aux 18 périodes de 106 ans conduisant à 1908. Je n'aurais pas osé situer l'activité de Barnett en 1908, année qui à partir d'avril est entièrement occupée par L'Aiguille creuse, et je ne peux qu'apprécier cette datation coïncidentielle, d'autant qu'elle est avancée par un Lenormand qui slavise Bovary, et que je serais tenté de slaviser à son tour en Lenormanov (anagramme de novelroman, le premier mort de la série étant d'ailleurs Len Romanov).
   Pour paraphraser le titre d'une des nouvelles de L'Agence Barnett & Cie, le hazaroff fait des miracloffs...

  Il y a davantage, en se souvenant que j'avais prévu en 1998 pour Novel Roman une table des chapitres formant un carré permettant de lire en diagonale ROSENCREUTZ, et que j'ai découvert en 2012 que Ricardou avait eu la même idée, pour son roman Les lieux-dits publié en 1969, avec un carré permettant de lire en diagonale BELCROIX.
  Ce roman est essentiellement une enquête menée par deux jeunes gens sur le peintre Albert Crucis, dont le nom est explicitement vu comme le génitif du latin crux, "croix", signifiant donc "de la croix", peut-être à l'origine de sa vocation de peintre.
  Seules deux années sont mentionnées dans le roman, 1917, pour la révolution russe, et 1908, année de parution d'un dictionnaire des peintres contemporains, où figure Albert Crucis.
  Il y a plusieurs occurrences de ses initiales, A. C., seules initiales mentionnées, or dans Le retour d'Arsène Lupin un seul personnage est signalé par ses initiales, le détective Augustin Cloribus, A.C. donc, qui signe ainsi une lettre où il avoue avoir joué un rôle dans la disparition du Delacroix (page 114).

  Il me semble tout à fait improbable que Lenormand ait lu Les lieux-dits, et j'en profite pour signaler que L'intégrale Jean Ricardou, que Les Impressions Nouvelles ont entrepris d'éditer, se vend fort mal, et qu'il n'est pas sûr qu'on aille au-delà du tome 4, à paraître en principe en novembre, s'il n'y a pas plus d'amateurs. On y trouvera notamment Les lieux-dits.

  Bref, Lenormand ne m'a pas du tout convaincu, et pour retrouver le personnage de Lupin j'ai relu Boileau-Narcejac, ceux qui ont le mieux réussi à faire revivre le gentleman. Tiens, dans La poudrière, on cherche 14 lettres de l'archiduc Michel à son aimée Simone, et la 14e est particulière (elle aurait provoqué la tentative de suicide de Simone). Je rappelle que c'est la 14e lettre du roi George qui m'a conduit au jeu NOVEL ROMAN.
  Tiens, dans L'affaire Oliveira, le nom complet de l'escroc est Ramon Oliveira. Le dernier héritier révélé de la fortune Monlorné est Ramon Olven.
  Tiens, dans Le serment d'Arsène Lupin, c'est M. Lenormand qui enquête sur un double meurtre commis le 27 mars 1909. Comme cela fait quelque temps qu'il est chef de la Sûreté, il est probable qu'il l'était aussi en 1908 (dans le cadre de ce roman, car c'est encore incompatible avec L'Aiguille creuse qui s'achève début 1909). Aujourd'hui je suis tenté de lire 27 mars 27/3 ou 273, valeur de l'hébreu arba', "quatre", et l'assassin tue deux autres personnes, quatre donc en tout, avant d'être démasqué.
  Tiens, dans Le second visage d'Arsène Lupin, l'intrigue s'inscrit dans la continuité de L'Aiguille creuse, et ce serait la chronologie strictement "boinarienne" qui serait prise en faute, mais ce pourrait être encore un hommage à Leblanc qui se souciait assez peu de chronologie. Lupin y a l'occasion d'afficher son goût pour la peinture moderne, et cite uniquement Picasso qu'il voit prometteur.

  J'ai promis dans le précédent billet de parler des trois romans de Contrucci se passant en 1908.
  Le premier est L'Inconnu du Grand Hôtel (2010). Il débute par un prologue, l'assassinat de l'avocat d'affaires Louis Natanson le 8 janvier 1898. Il avait un rendez-vous avec un mystérieux Anglais, Henry Brougham, séjournant depuis le 6 janvier au Grand Hôtel sous le nom d'Harold Brighton, mais Natanson est trouvé tué d'un coup de revolver. Une lettre de Brougham certifie qu'il s'agit d'un accident, mais il ne daigne pas se présenter aux autorités, et toutes les démarches pour le retrouver échouent.
  Le premier chapitre saute au 6 janvier 1908. Guillaume Natanson, qui pense être le fils de Louis, confie à Raoul Signoret qu'il soupçonne son beau-père, Jacques Bernès, d'avoir fait assassiner son père. C'était un ami de Louis, et il a épousé sa veuve, née Hélène de Cazalis, après un délai de convenance. Natanson avait épousé Hélène âgée de 16 ans, en situation embarrassante, et on apprend plus tard que Jacques Bernès était le réel père de Guillaume.
  Le mystère se dévoile après diverses péripéties, dont la mort de Jacques Bernès, laquelle a tout du suicide d'un coupable proche d'être démasqué. Ce n'était cependant pas Bernès qui avait fait tuer Natanson, mais Hélène, et ces noms Natanson et Cazalis me sont évocateurs.

  Il y a bien sûr Thadée Natanson, accessoirement avocat, premier époux de Misia Godebska dont il a été déjà question dans Quaternité (en fait indirectement, par son dernier mari, José-Maria Sert, et par son nom codé dans la musique de Ravel), mais l'association Natanson-Cazalis m'évoque un roman d'Ellery Queen, sachant que ce nom cachait Frederic Dannay, né Daniel Nathan.
  Dans Griffes de Velours (1949), Ellery et son père enquêtent sur une série de crimes à New York. Ils parviennent à identifier un suspect, le docteur Cazalis, mais n'ont aucune preuve contre lui. Ils lui tendent un piège, il y tombe et avoue tous les crimes... Il est en fait innocent, et c'est sa femme la meurtrière (leurs prénoms ne sont pas donnés).
  Bon, le nom Cazalis est courant, et le membre d'un couple qui s'accuse à la place de l'autre est un poncif du polar (en fait chez Contrucci c'est encore la Cazalis qui a tué son second mari, lequel venait d'apprendre le rôle qu'elle avait joué dans la mort du premier mari), mais l'évocation queenienne ne s'arrête pas là.

  Dans ce roman, il y a aussi le retour de la date du 6 janvier, l'arrivée de l'inconnu le 6/1/1898 au Grand Hôtel, le contact entre Guillaume et Raoul le 6/1/1908. La similitude de la date n'est pas mise en avant, comme le 4 avril 1906, où une lettre anonyme est reçue à la Préfecture dans Le Spectre de la rue Saint-Jacques, n'est pas explicitement souligné être l'exact anniversaire de la mort de Berthe Castellain le 4 avril 1896 (voir le billet précédent).
  Or le 6 janvier est la date clé de ce qui était prévu pour être le dernier Queen, Le mot de la fin (1958), où l'intrigue tourne autour du 6 janvier 1930, 25e anniversaire de John Sebastian, lequel est assassiné mais le meurtrier ignorait qu'il avait un jumeau. J'ai présumé que Dannay visait par ce Jour des Rois, 6/1 (1/6 à l'américaine), le propre anniversaire moyen des Queen, Lee né le 11 janvier 1905, Dannay le 20 octobre, à mi-chemin des deux le 1/6 (6/1 à l'américaine), Jour des Queen...
  Ce n'est pas non plus par hasard pour moi si le 20e Queen, Double, double, débute un 4 avril, 4/4.

  Mais tout ça a déjà été développé, ici par exemple, et c'est en partie un motif queenien qui m'a conduit à lire Contrucci. Milieu août a été annoncée la prochaine parution de son nouveau roman, La Nuit des blouses grises, dont le résumé en 4e de couverture disait
Dans la nuit du 18 février 1910 - alors qu’il approche de Marseille-Saint-Charles - le train 4774 est brutalement stoppé. Aussitôt des hommes armés, habillés avec la blouse grise des conducteurs de troupeaux aux abattoirs, le prennent d’assaut. A bord du wagon financier, cent vingt kilos d’or, des pierres précieuses et des bijoux.
  Je suis ainsi fait que la factorisation de 4774 en 77x62 m'est presque immédiate, or 77 et 62 sont les valeurs de ELLERY et QUEEN. J'ai eu envie d'en savoir plus, mais le livre n'a été disponible que courant septembre, aussi je me suis rabattu sur d'autres Contrucci. Lorsque j'ai pu lire ce 13e Mystère, qui mérite à peine ce nom, j'y ai découvert que ce train d'or 4774 était en fait le train 4717. Sans cette erreur, je ne sais si j'aurais jamais lu Contrucci...

  Après la lecture du Spectre de la rue Saint-Jacques, le Contrucci suivant que j'ai pu terminer est La Somnambule de la Villa aux Loups (2011), le meilleur à mon avis de ceux que j'ai lus.
  Le 4 juin 1908, le cocher d'un fiacre qui attendait ses clients entend trois détonations en provenance de la Villa aux Loups, sur les hauteurs avoisinant Marseille. Ses clients étaient un jeune homme et une femme d'âge plus mûr, il doit forcer une porte de la maison pour y entrer, avec l'aide d'un voisin, et ils découvrent la femme au lit, en petite tenue, tuée de deux balles dans la tête. Le revolver est dans la main du jeune homme, qui a aussi une balle dans la tête.
  L'affaire semble limpide, et divers documents des mains des protagonistes attestent que le jeune Henri était l'amant de Madeleine Casals, la femme d'un éminent chirurgien marseillais. Mais celle-ci ne pouvait continuer à vivre dans le péché, et les deux amants ont décidé d'en finir. Par ailleurs, le double suicide s'est produit dans une maison dont toutes les issues étaient verrouillées, et le seul éventuel suspect, le mari chirurgien, était en train d'opérer au même moment.

  Bien entendu, la vérité est tout autre. Le diabolique docteur Casals a conçu un plan machiavélique pour se débarrasser de sa femme, laquelle n'était nullement la maîtresse du jeune Henri. Il suffira ici de savoir que l'hypnose joue un rôle essentiel dans ce plan, et ceci offre un écho immédiat avec le Lupin de Lenormand.
  Car madame Bovaroff y est aussi une hypnotiseuse accomplie. Sans détailler une intrigue confuse, elle a utilisé l'hypnose pour se débarrasser de son mari quelques années plus tôt, et s'en sert aussi en 1908 pour manipuler son entourage.

  Le nom Bovary vient du vieux français boverie, "étable", tandis que Casals vient de l'occitan casa, "maison". Cazalis en est une autre forme, ainsi Casals fait tuer sa femme par une complice, tandis que Hélène de Cazalis faisait tuer son mari par un complice dans le précédent roman.
  Ceci me rappelle une inversion similaire dans deux romans de Queen, La ville maudite (1943) où une femme jalouse ourdit une machination pour tuer sa rivale et faire accuser son mari du crime, tandis que dans La décade prodigieuse (1948), c'est un mari jaloux qui ourdit une machination pour tuer sa femme et faire accuser son rival du crime.
  Question onomastique, il y a aussi une similitude de situation dans Le mystère des frères siamois (1933) et dans Le cas de l'inspecteur Queen (1957), où une femme s'accuse d'un crime et n'est pas prise au sérieux pas les enquêteurs, alors qu'elle est bien coupable; dans les deux cas elle se prénomme Sarah.

  Il y a une ressemblance plus rare entre La Somnambule et le Queen de 1953, Lettres sans réponse, où Ellery est engagé par Dirk Gordon pour surveiller sa femme Martha, qui rencontre régulièrement un homme. Tout semble indiquer un adultère, mais Martha est fidèle et victime d'une machination de son mari, lequel a eu recours à un autre moyen que l'hypnose.

  Pour ce qui est des échos avec Novel Roman, je remarque que le meurtre de La Somnambule survient le 4 juin, le lendemain du jour où meurt le dernier héritier programmé (chapitre 17).
  J'avais donc emprunté deux Contrucci en vue d'écrire mon chapitre 15, achevé le 1er septembre. S'ils ne m'ont guère été utiles, les 4 avril du Spectre de la rue Saint-Jacques, m'ont fait lire d'autres Contrucci, après avoir achevé ce chapitre, où je fais mourir mon héritier, un enfant-loup, à l'hôpital de la Conception, deux jours après une blessure reçue au jardin Valmer. Or, dans La Somnambule de la Villa aux Loups (je note ces "loups"), le jeune Henri ne meurt pas malgré la balle qui lui a traversé la tête, et il est hospitalisé à la Conception. Les enquêteurs font état d'une prochaine reprise de conscience pour tendre un piège au docteur Casals.
  Lorsque j'ai lu cela, ma femme Anne venait d'être hospitalisée à la Conception, le 6 septembre, après une brusque aggravation de son état. La Conception était une surprise, pas totale parce qu'il y a là un service spécialisé dans sa maladie, mais il y en a un aussi plus proche de chez nous à Aix, où il n'y avait pas de place. Après deux nouveaux mois d'hospitalisation elle rentre à la maison dans quelques jours.

  Le dernier Mystère de 1908 est Rendez-vous au Moulin du Diable (2012), débutant le mercredi 14 octobre 1908 par l'enlèvement du petit Paul Gauffridy, 2 ans et 2 jours, fils d'un riche entrepreneur de Marseille. Je ne vois rien de particulier à dire de ce roman, sinon que l'enlèvement a été commis par une femme en noir, or cet automne 1908 voyait la parution des premiers épisodes du feuilleton de Leroux, Le parfum de la dame en noir (le premier épisode est paru dans l'hebdomadaire L'Illustration le 26 septembre 1908). Cette femme en noir est appelée "dame en noir" à diverses reprises, avec une probable arrière-pensée pour Leroux, dont Le mystère de la chambre jaune (1907) est évoqué dans L'Inconnu du Grand Hôtel par l'oncle du journaliste Signoret, apprenti détective comme Rouletabille.

  Les romans de Contrucci évoquent souvent l'actualité régionale ou nationale, et L'Inconnu du Grand Hôtel m'a ainsi fait connaître l'affaire Ullmo, un officier de marine d'origine juive qui a dérobé des documents secrets militaires en 1907, et tenté de les vendre à l'Allemagne. N'ayant
pas été pris au sérieux, il a ensuite proposé au ministère de la marine de se faire racheter les documents, en accumulant des bourdes ayant vite conduit à son arrestation, et à son jugement à Marseille en février 1908, le condamnant au bagne. Envoyé à l'île du Diable, il y a d'abord occupé le cabanon qui avait été construit spécialement pour Dreyfus.

  Dans La Somnambule, il est question du transfert au Panthéon des cendres de Zola en juin 1908, ce que je comptais mentionner dans Novel Roman, sans forcément parler de l'attentat alors commis contre Dreyfus, mentionné par Contrucci. Un nationaliste du nom de Grégori blessa Dreyfus de deux balles, et fut acquitté trois mois plus tard...
  Je peux maintenant en venir à ce qui me trouble dans ce qui pourrait être un Rendez-vous à l'île du Diable, et que je n'imagine guère avoir été à l'esprit de Contrucci (mais mes recherches sur la question sont depuis longtemps en ligne et ont même été publiées, dans Teckel n° 2, 2004). Rouletabille est le fils de Mathilde Stangerson, la dame en noir, et de Ballmeyer, l'ennemi public n° 1, au nom de consonance assez évidemment juive, qui se cachait sous l'identité de l'inspecteur Fred Larsan dans Le mystère de la chambre jaune. A la fin du Parfum de la dame en noir, Ballmeyer démasqué se suicide le soir du 13 avril 1895, et Rouletabille emmène sa dépouille en barque au large pour se débarrasser de ce "corps de trop".
  Or, compte tenu du décalage horaire, à cet instant même en Guyane, dans l'après-midi du 13 avril 1895, Alfred Dreyfus, Fred pour ses proches, est mené en barque de l'île Royale à l'île du Diable, où il aurait dû finir ses jours si ses partisans n'avaient pas remué ciel et terre pour faire réviser sa condamnation.

  Il y a aussi un secret de famille dans Rendez-vous au Moulin du Diable, où le petit Paul n'est en fait pas le fils de Marius Gauffridy et de son épouse actuelle, mais de son fils Jean-Marc né de son union précédente avec Germaine Matheron, et de Bernadette Arnoux, une domestique des Gauffridy.
  Jean-Marc menant une vie déréglée avait été chassé par son père, et le fils de Bernadette avait remplacé le fils de la jeune femme de Marius, ayant fait une fausse couche.
  C'est en fait Jean-Marc qui a enlevé le petit Paul, et la dame en noir était Germaine Matheron.

  Après avoir titré ce 269e billet 1908 tout cours, je me suis avisé que
mille neuf cent huit = 197 au Gématron, et que pour arriver à 269 il manque 72, valeur de LUPIN...

26.10.18

de voir Cybèle en mon miroir...



  En vue d'écrire le chapitre 15 de Novel Roman, se passant à Marseille en 1908, j'ai emprunté deux des Nouveaux mystères de Marseille, de Jean Contrucci, se passant environ 100 ans avant leur écriture.
  Le spectre de la rue Saint-Jacques (2006) se passe donc en 1906, et débute le 4 avril, précisé dans l'incipit:
La nuit était tombée en ce 4 avril 1906.
  Une lettre anonyme envoyée à la Préfecture signalait la présence d'un corps enterré dans le parc de la bastide La Mitidja, propriété du riche Honoré Castellain.
  On découvre effectivement le squelette d'une jeune femme, dans une croûte de chaux. Les enquêteurs supposent que celui qui l'a enterrée comptait ainsi complètement décomposer le corps, mais il a omis d'ajouter de l'eau à la chaux vive, si bien que le squelette est bien conservé.
  Précisément, la soeur de Castellain, Marthe, est morte exactement 10 ans auparavant, le 4 avril 1896, ce qui a laissé à Honoré tout l'héritage de leur mère. Marthe est officiellement morte de maladie, mais il y a quelques indices contradictoires.
  Raoul Signoret, le journaliste héros de Contrucci, se trouve avoir été à l'école avec le fils de Castellain, Edouard, lequel le convie à des séances de spiritisme. L'esprit de Marthe se manifeste pendant ces séances, et accuse son frère de l'avoir assassinée...
  Bien entendu, ces séances sont truquées, par Edouard persuadé que son père a assassiné Marthe. C'est aussi lui qui avait signalé la présence du cadavre à La Mitidja, comptant qu'il serait pris pour celui de Marthe, mais le bon état du squelette permet de montrer qu'il s'agissait d'une femme plus jeune (c'était une jeune fille qu'Edouard avait tuée "accidentellement").
  Honoré Castellain n'avait pas l'âme d'un assassin, aussi avait-il organisé une fausse mort de sa soeur folle le 4 avril 1896, et l'avait fait interner sous un autre nom. Elle est toujours en vie.
  Si ce n'est pas dit dans le roman, le 4 avril 1896 était un Vendredi saint, ainsi cette femme morte le jour de la Crucifixion ressuscite 10 ans plus tard...

  Je ne crois pas que l'auteur ait choisi ces deux 4 avril dans des buts aussi tortueux. Je n'ai d'ailleurs même pas remarqué que la similitude des dates était explicite dans le roman, alors que ce sont deux des trois seules dates mentionnées (mais j'ai un peu survolé le récit).
  L'autre date mentionnée est le 15 avril, explicitement le Dimanche de Pâques, parce que c'était l'inauguration officielle de l'Exposition Coloniale, qui a effectivement eu lieu à Marseille.

  Je n'ai pas réussi à finir l'autre Contrucci que j'avais emprunté, malgré son écriture alerte et sa profonde connaissance de Marseille. Il me semble que la narration primesautière empêche de prendre au sérieux l'intrigue policière, mais je ne vais pas conseiller l'auteur, lequel a trouvé un public.
  Toujours est-il qu'à ma visite suivante à la médiathèque j'ai examiné les autres Mystères de Marseille,  histoire de voir s'il y avait d'autres 4 avril, où si certains opus concernaient "mon" année 1908.

  Pas moins de trois Mystères se passent en 1908, année la plus utilisée. Il feront l'objet du prochain billet, mais il y a plus étonnant avec Le Vampire de la rue des Pistoles (2009), lequel débute par la découverte d'un cadavre dans le quartier du Panier dans la nuit du 5 au 6 avril 1907. L'enquête révèle ensuite que la mort a eu lieu le soir du 4 avril, et la date n'a ici rien d'aléatoire.
  L'autopsie amène de curieux détails. Le ventre du cadavre a été ouvert, du pubis au sternum, les viscères ont été pas mal chamboulés, le coeur a été déchiré, il manque une partie du foie... L'incision a été soigneusement recousue, et le corps lavé, puis emmailloté dans un drap blanc, aspergé de sang.
  L'enquête cerne vite un immeuble, le 14 de la rue des Pistoles, un bordel tenu par Léonie Viacca, et le mort serait un certain Cléophas, un guérisseur qui venait souvent voir Léonie, et qui est précisément venu la voir le 4 avril, vers six heures, et qu'on n'a pas vu ressortir.
  Le vrai nom de Cléophas est Antonin Soubeyran, on le surnomme aussi l'empirique. Sa femme Cybèle reconnaît le corps.
  Léonie et les pensionnaires du bordel sont assassinées l'une après l'autre. On soupçonne Bernard Passeron, disparu depuis le drame, amant de Léonie et demi-frère de l'empirique. On découvre qu'il y avait dans la cave du bordel un très ancien sanctuaire dédié par les Phocéens, fondateurs de Marseille, à Cybèle et Attis, leurs dieux. Cléophas, s'imaginant être la réincarnation d'Attis, y organisait des réunions, où il prélevait du sang des participants, car il en avait besoin pour confectionner ses remèdes.
  Un érudit apprend à Raoul Signoret que le 4 avril était une date importante pour les Galles, les anciens prêtres du culte d'Attis, car c'était le solstice de printemps, la date où était rejouée la mort et la résurrection du dieu.

  Raoul étudie la question. La semence de Zeus tombée sur la terre engendra un hermaphrodite, Agdistis. Zeus le sépara en deux, la partie femelle devint Cybèle et les organes génitaux mâles donnèrent naissance à un amandier. Une amande de cet arbre féconda une naïade, Nana, qui mit au monde un très beau garçon, Attis.
  Attis devint berger, et fut remarqué par Cybèle qui en tomba amoureuse. Amour platonique, mais elle exigea qu'Attis demeurât chaste à jamais.
  Attis promit, mais céda à la nymphe Sagaritis. Il expia sa faute en s'émasculant, et mourut de sa blessure. Les représentations d'Attis le pourvoient de vêtements largement ouverts pour montrer la disparition du phallus. Son sang engendra un pin, et Cybèle obtint de Zeus que le feuillage de cet arbre demeurât toujours vert.
  Lors donc du solstice de printemps, un pin était coupé, enveloppé dans un drap blanc, aspergé du sang des Galles, et porté en procession jusqu'au temple consacré à Cybèle.

  Raoul comprend qu'il y a un rapport avec la mort de Cléophas, encore que tout soit loin d'être clair. Un piège est tendu à l'assassin, lequel s'avère être Cléophas lui-même. Le 4 avril, les deux demi-frères s'étaient querellés, et Bernard était mort dans la bagarre. Cléophas a alors entrepris de le ressusciter en utilisant une recette des Galles, faire manger au malade un morceau de son foie...
  Comme ça n'a pas marché, il a fait passer le mort pour lui-même, sans trop de peine puisque tous les témoins, sous sa coupe, accréditeraient cette version. Mais comme c'est un fou, il a ensuite tué ces témoins...

  J'ai relu le roman, avec un peu plus d'attention, pour préparer ce billet, et je tempère le jugement porté plus haut. C'est assez bien fichu, quoique les indices menant à une possible substitution des demi-frères soient par trop clairs...
    Il y a probablement des choses un peu plus subtiles. Cléophas a deux femmes principales sous sa coupe, d'abord sa complice Léonie, au prénom léonin, or Cybèle est presque toujours représentée avec ses fidèles lions, ainsi qu'avec une cymbale.
  Le nom de Léonie est Vaccia, forme de vacca, "vache" en italien, mais aussi "putain". Début 2016, j'ai donné écho à l'idée de Guy Trévoux selon laquelle les colonnes Jachin et Boaz du Temple représentaient les deux animaux accompagnant la Déesse Mère (dont Cybèle est un exemple), un animal sauvage et un domestique, le plus souvent un lion et une vache, ainsi Léonie Vaccia aurait été prédisposée à garder un sanctuaire dédié à la Déesse Mère..
  Il y a encore la femme de Cléophas, Marianne née Rigord, qu'il a rebaptisée Cybèle. Or Marianne est aussi le symbole de notre république, représentée coiffée d'un bonnet phrygien, comme Attis.
  Le 4 avril donné comme solstice du printemps est étrange, ce solstice étant pour les Romains le 25 mars. Quid?
  J'imagine que Contrucci a ici volontairement déformé le mythe, peut-être parce qu'il s'est souvenu avoir utilisé le 4 avril 1906 dans le roman publié trois ans plus tôt.
  Toujours est-il que le 4 avril est bien le jour où débutaient à Rome les Megalesia, fêtes en l'honneur de Cybèle, mais c'était une date purement romaine, liée à un événement très précis, sans rapport avec Attis, qui lui était effectivement fêté au solstice.
   J'ai trouvé toutes les précisions souhaitables dans le livre du très estimable Henri Graillot, Le culte de Cybèle mère des dieux à Rome et dans l'Empire Romain (1912), disponible en ligne. On trouve plus court dans l'article Cybèle du Daremberg et Saglio.

  Les choses vont mal pour Rome en l'an -205, lors de la seconde Guerre Punique. Malgré quelques succès romains, dont la bataille du Métaure (-207) où était mort Hasdrubal, Hannibal est toujours "aux portes de Rome", et on hésite à affronter directement ce stratège qui a infligé des défaites cuisantes aux Romains. Par ailleurs des pluies de pierres ravagent les récoltes.
  La sibylle aurait alors délivré un oracle, que voici selon la version de Tite-Live:
Quand l’ennemi de race étrangère aura porté la guerre sur le sol italien, pour le chasser et le vaincre il faudra d’abord amener de Pessinonte à Rome la Mère Idéenne. 
  La Mère Idéenne, c'est Cybèle, adorée en Phrygie, par chance chez un allié de Rome, le roi Attale. L'objet sacré était une statuette d'argent ayant pour visage une pierre noire, un aérolithe suppose-t-on. Une ambassade est envoyée à Attale, lequel accepte de livrer l'idole, embarquée vers Ostie, puis conduite à Rome, où elle arrive le 4 avril -204, accompagnée de quelques prêtres phrygiens. La date sera ensuite célébrée chaque année, car l'arrivée de la déesse a confirmé les prédictions de la sibylle. En -204 les moissons sont les plus abondantes depuis 10 ans. En -205 Hannibal quitte définitivement l'Italie.

  Le culte d'Attis n'a été introduit à Rome que bien plus tard, sous Claude, au début de notre ère. Cybèle était fêtée du 4 au 10 avril, et Attis à l'équinoxe, du 22 au 26 mars. Le 22 était donc coupé un pin dans le bois sacré de Cybèle, enveloppé d'un drap blanc, et porté en procession jusqu'au temple de la Magna Mater.
  Le lendemain était une journée de deuil, sans manifestation particulière. Le troisième jour, on se rassemblait devant le temple, au fond duquel apparaissait le soir venu une lueur, signe de la résurrection d'Attis.
  Tiens, ça rappelle quelque chose, mais le christianisme n'invite pas à se couper les choses (dont il ne faut cependant se servir que pour assurer la perpétuation de l'espèce).

  Ainsi Contrucci a confondu, ou fait semblant de confondre, les cultes de Cybèle et Attis en une seule date, le 4 avril, alors que cette date est purement romaine, alors que l'empirique et ses disciples ont repris le culte dans la lignée des fondateurs de Marseille, bien avant l'occupation romaine.
  Pourquoi? je compte le lui demander, mais en attendant une éventuelle réponse je constate que le 4 avril de son roman est un jour d'échange. Cléophas tue son demi-frère et maquille le cadavre pour que ce soit lui qui passe pour mort, et le demi-frère disparu passe pour être l'assassin.
  Le 4 avril 1944 est aussi un jour d'échange. C'est le premier jour de la convalescence de Jung, et ce même jour le médecin qui l'a sauvé doit s'aliter pour ne plus se relever.

  Le dernier livre publié de Jung était Psychologie et Alchimie, paru début 1944 à Zürich, et Jung travaillait sur sa suite, Mysterium coniunctionis, lorsqu'il a eu son infarctus en février.
  Je suis ébahi de trouver ce passage dans l'introduction de Psychologie et Alchimie (paragraphe 26):
L'évolution de la conscience vers l'aspect masculin, d'une telle importance pour l'histoire du monde, est tout d'abord compensée par l'aspect chthonien et féminin de l'inconscient. Dans certaines religions préchrétiennes déjà, on voit apparaître une différenciation du principe masculin sous la forme d'une spécification père-fils, transformation qui atteint à sa plus haute signification dans le christianisme. Si l'inconscient était seulement complémentaire, il aurait accompagné cette métamorphose de la conscience en mettant en relief la mère et la fille, et il aurait pu trouver toute la matière nécessaire dans le mythe de Déméter et Perséphone. Mais, comme le montre l'alchimie, il a préféré le type Cybèle-Attis sous la forme prima materia - filius macrocosmi (fils du macrocosme), témoignant par là qu'il n'était pas complémentaire, mais compensateur.
  Je ne vais pas commenter ces assertions, adressées à des érudits connaissant à fond la mythologie, et me borne à souligner le rôle essentiel attribué au couple Cybèle-Attis. Il en est à peine question ensuite dans l'épais volume, avec seulement deux allusion à Attis.
  Je préfère citer les deux premiers paragraphes, bien plus clairs, du livre d'Henri Graillot, historien passionné sur qui on trouvera quelques détails ici.
   Une quinzaine de siècles avant notre ère, les Crétois adoraient une divinité féminine qui nous apparaît comme le prototype de Rhéa-Cybèle. C'était la souveraine des montagnes. Lointaine et redoutable, elle réside sur les pics aigus, sur les cimes boisées, dans les profondeurs des grottes. Elle y est gardée par des lions. Quand elle parcourt ses domaines, un fauve l’accompagne. Déesse guerrière ou peut-être simplement chasseresse, elle brandit une arme, javeline, épieu ou double hache. On la figurait volontiers dans une attitude de combat. Mais elle est aussi la reine assise qui, une fleur à la main, reçoit les hommages et les actions de grâces de ses sujets. Car elle est bienveillante aux humains qui vivent sur son territoire et la révèrent selon les rites. Elle protège leurs foyers et leurs cités. On lui a réservé sa chapelle dans le palais de Cnossos. Sur les portes des palais, sur les portes des villes, ses lions se dressent autour d'un pilier bétylique ou d’un autel, en signe de possession et de protection.
   Au moment où la dame aux lions entre dans l'histoire, en plein âge du bronze, elle est le produit d’une évolution déjà longue. Avant de s’entourer de fauves, elle fut une bête fauve. Avant de se fixer sur la pointe des rochers, elle fut le rocher sacré. Avant d’être le pilier de pierre ou de bois, elle avait été la pierre brute ou l’arbre feuillu. Longtemps même, à côté de l’image anthropomorphe, subsista ce type intermédiaire du pilier aniconique. Le totémisme primitif laissait de très nombreuses survivances. Ses traditions singulièrement tenaces vont se prolonger au delà de l’ère mycénienne. Mais, dès la période finale du minoen, dans la religion naturaliste qui s'édifie sur les bases du polydémonisme, les antiques fétiches se groupent autour de quelques divinités supérieures. La plus importante paraît être la Terre, considérée dans ses forces productrices, principe féminin de vie, déesse de fécondité et de fertilité, mère et nourricière de tout ce qui naît et meurt ici-bas. « La terre fait sortir les fruits du sol », chantaient d’après un vieil hymne les prêtresses de Dodone ; « appelons donc la Terre du nom de Mère ». C'est elle que l’on adore sur les montagnes, qui sont ses trônes, dans les cavernes, qui sont ses premiers temples, dans les bois et près des sources, manifestations de sa mystérieuse et bienfaisante énergie.
  C'est beau, non?

  Je reviens au Vampire de la rue des Pistoles, dont la lecture m'aurait été significative dès sa parution, 2009, un an après ma découverte du schéma de la vie de Jung autour de l'échange du 4/4/44, mais qui aujourd'hui offre de multiples autres résonances.
  D'abord, sa date officielle de parution est le 09/09/2009, ou 09/09/09, un an exactement après le premier billet relatant ma découverte de la veille, Sur la route du mandala. J'y rapprochais la "résurrection" de Jung le 4/4/44 de la mort de Ruth Roman le 9/9/99. Je mentionne souvent ailleurs que c'est le 04/04/04 que je me suis avisé du schématisme du 4/4/44.
  Aujourd'hui, c'est donc 10 ans après ma découverte du 8 septembre que je découvre un aspect insoupçonné du 4 avril, et pour cause, puisque cet aspect n'est probablement présent que dans le roman de Contrucci (à moins que la confusion ne vienne d'une autre source dont il se serait inspiré). Je rappelle que c'est parce qu'il y avait deux 4 avril à 10 ans d'écart dans Le Spectre de la rue Saint-Jacques que je me suis intéressé aux autres romans de Contrucci.
  Je n'ai pas noté le jour exact où j'ai débuté la lecture du Vampire, c'était vers la fin septembre.

  Une autre curiosité est qu'au début de l'année, j'ai lu un autre roman où il y avait un assassinat le 4 avril 1907, L'effet domino. J'en ai parlé dans mon billet du 4 avril dernier. Le 4 avril n'y était pas un hasard, car c'était le 4e meurtre d'un esprit dérangé, ses autres meurtres étant commis les 1/1, 2/2, et 3/3. J'avais noté la proximité de 1907 et 1908, l'année de mon projet Novel Roman contenant aussi un programme criminel arithmétique. J'avais abandonné en 1999 ce projet pour écrire Sous les pans du bizarre, où des meurtres étaient commis les 3/3, 4/4, et 5/5 de cette année 99. Leur modus operandi était calqué sur un roman d''Ellery Queen, or j'étudierai dans le prochain billet certains échos entre Queen et Contrucci.
  Dans L'effet domino, le mort du 4/4 est un médecin de Fontenay-sous-Bois, Bernard Chabany. Si le marseillais assassiné le même jour est d'abord supposé être le guérisseur Cléophas, on apprend ensuite que c'était son demi-frère, Bernard.
  Dans Sous les pans du bizarre, que m'avait commandé Jean-Bernard Pouy, le mort du 4/4 se nomme Jacques Courtas, initiales JC, pas par hasard car ce 4/4 était en 1999 le dimanche de Pâques. Tiens, ce sont aussi les initiales de Jean Contrucci.
  Ce JC a baptisé son héros Raoul Signoret, au prénom très lupinien (dans plusieurs pseudos de Lupin, Raoul d'Andrésy par exemple), et aux initiales RS, comme moi qui ai imaginé un JC tué un 4 avril, tandis que le RS de Contrucci est confronté à plusieurs énigmes du 4 avril.

  A propos de dimanches de Pâques tombant le 4 avril, c'était aussi le cas en 1915, l'année où se passe Le Triangle d'or, de Leblanc. Là aussi, il y a un meurtre le 4/4, et là aussi la victime n'est pas celui qu'on croit. Ce n'est pas Essarès, mais Belval, qu'Essarès avait déjà cru tuer le 14 avril 1895, un autre dimanche de Pâques, et qui était "miraculeusement" revenu à la vie.
  Luis Perenna, alias Arsène Lupin, éclaircit cette ténébreuse affaire. Une de mes premières applications de la gématrie aux oeuvres récentes a été la constatation de l'abondance dans l'oeuvre de Leblanc du nombre 134, valeur d'ARSENE LUPIN. Il se trouve que ce billet est le 268e de Quaternité, 268 ou deux fois 134 (je lui ai trouvé un titre de valeur 268).

  J'ai été mené à Contrucci par l'écriture du chapitre 15 de Novel Roman, roman dont l'idée est issue d'une nouvelle lupinienne.
  C'est pendant l'écriture du chapitre 17 que j'ai lu le Vampire, chapitre où l'alchimiste Nolven Amor meurt en tentant de réaliser le Grand Oeuvre. Une coïncidence relatée dans le précédent billet m'avait conduit à faire de ce Grand Oeuvre un retour à un supposé état androgyne primitif de l'homme, or ceci est loin d'être étranger au couple Cybèle-Attis, issu d'un androgyne primitif, Agdistis.
  Agdistis n'a pas été séparé(e) directement en une déesse et un dieu, mais en Cybèle et un amandier dont naît Attis, d'où la passion de Cybèle pour Attis apparaît motivée par le désir de retrouver sa partie perdue.

  Comme je l'ai souvent rappelée, mon intuition sur le schéma de la vie de Jung autour du 4/4/44 m'est venue avant l'aube du 8 septembre 2008, jour qui était aussi le premier jour de l'an pataphysique 136. Par la suite, j'ai appris le nom du docteur qui avait en quelque sorte échangé sa vie avec celle de Jung, Haemmerli, avec
JUNG + HAEMMERLI = 52+84 = 136,
et aussi 52/84 = 13/21, deux nombres de Fibonacci.
  Je découvre que
JEAN CONTRUCCI = 30+106 = 136,
avec deux nombres qui me sont significatifs, car mon choix de l'année 1908 pour Novel Roman est motivé par 1908 égale 18 fois 106, et j'y ai privilégié le partage 30-76 de ce nombre à cause du personnage JEAN-LOUIS (30+76) de Leblanc.

  L'émule d'Attis, Cléophas, a renommé sa femme Cybèle. Pour les enquêteurs, il est le Vampire, or
CYBELE + VAMPIRE = 52+84 = 136.
  J'avais remarqué il y a 4 ans le couple VAMP/VAMPIRE = 52/84.

  La suite de Fibonacci peut apparaître chez Contrucci, car il a à ce jour publié 13 Nouveaux mystères de Marseille, dont Le Vampire est le 8e. 8 et 13 sont consécutifs dans la suite de Fibonacci, et il est appréciable que le 4 avril y soit à l'honneur car le 4 avril est aussi le 13 Clinamen, 13e jour du 8e mois du calendrier pataphysique.
  Voici leurs 13 titres:
    L'Énigme de la Blancarde
    La Faute de l'Abbé Richaud
    Le Secret du Docteur Danglars
    Double Crime dans la rue bleue
    Le Spectre de la rue Saint-Jacques
    Les Diaboliques de Maldormé
    Le Guet-apens de Piscatoris
    Le Vampire de la rue des Pistoles

    L'Inconnu du Grand Hôtel
    La Somnambule de la Villa aux Loups
    Rendez-vous au Moulin du Diable
    L'Affaire de La Soubeyranne
    La Nuit des blouses grises
  Ils comptent 313 lettres, réparties en 193 et 120 pour les 8-5 titres, ce qui correspond au partage d'or idéal de 313.
  Aux 193 lettres des 8 premiers titres correspond le partage d'or 119-74, effectivement réalisé pour le partage fibonaccien 5-3. Je rappelle que les titres 5 et 8 sont ceux où apparaissent les 4 avril.

  Je m'en tiens là pour cette analyse des titres, en soulignant que s'il n'y a rien d'extraordinaire à ce que des titres d'un même auteur aient des longueurs à peu près équivalentes, il n'est pas du tout donné d'obtenir de tels équilibres.
  Je remarque encore le nom du héros de Contrucci,
RAOUL SIGNORET = 67+107 = 174, dont le partage d'or 107,54-66,46 s'arrondit plutôt à 108-66. J'ai parfois recours au rapport voyelles/consonnes, et là on a bien
RLSGNRT / AOUIOE = 108/66.
  J'y note la présence de LNRST / AEIOU = 83/51, le partage d'or des 10 lettres les plus fréquentes en français, magnifié par le recueil Alphabets de Perec.
  J'avais noté un partage analogue des consonnes et voyelles de Sinoué et Halter, les deux auteurs qui ont joué un rôle essentiel dans ma découverte de l'harmonie de la vie de Jung autour du midi du 4/4/44,
SNHLTR / IOUEAE = 91/56 (= 13/8, et le 4 avril toujours 13/8 du calendrier pataphysique).
  J'avais trouvé plusieurs passages d'Alphabets constituant des anagrammes exactes de Sinoué-Halter, dont certaines sont des énoncés clairs, avec notamment le fabuleux Sait-on l'heure?
  Ici, les lettres du nom du JOURNALISTE (c'est un hétérogramme AEIOULNRST+J) correspondent à un vers d'un onzain en G, + OR, le mot non trivial le plus fréquent dans le recueil. On trouve ainsi plusieurs anagrammes de Raoul-Signoret dans Alphabets, sans énoncé absolument clair, mais Perec lui-même invitait chacun à effectuer ses propres lectures des grilles proposées.
  Plutôt que ELARGITNOUS OR(GUEIL) de la grille 55, je construirais plutôt, à partir du premier vers de la grille 53, Ta guérison, l'or!.

  De passage à Marseille le 22 octobre, je suis allé pour la première fois au Panier, et bien sûr rue des Pistoles, jadis une étroite ruelle, aujourd'hui élargie après l'abattage des maisons côté impair.
  Les petits immeubles aux numéros 14-16 (le 16 joue aussi un rôle dans le roman) ont été érigés avant 1900, et ils sont depuis 1998 occupés par l'atelier de poterie de la charmante Agnès, laquelle ne savait rien du passé imaginé par Contrucci pour son honorable adresse.

  Je rappelle que le prochain billet sera consacré à d'autres romans de Contrucci.

18.10.18

Ricardou, Schulz, Turing...


Chapitre 17: QUE D'OR! ANNEE DE LA FOI
  Rien de ce chapitre n'était prévu dans le projet de 1998. Le jeu N-LOVE N-AMOR, magnifié par les nouveaux ambigrammes, m'a fait ressentir la nécessité d'un personnage N. Amor pour faire pendant au N. Love du chapitre 14. Je ne lui ai pas trouvé d'autre prénom que Nolven, d'où la nécessité d'une idylle celto-ibérique... Il y a eu un film philippin de cape et d'épée intitulé Conde de Amor.
  Je l'ai d'abord vu uniquement comme un alchimiste, et me suis souvenu d'un texte marquant de Canseliet, où il conte une étrange expérience alchimique pendant laquelle les phases du Grand Oeuvre sont ponctuées par les notes de la gamme sorties d'on ne sait où. Sans me sentir tenu d'y croire, j'avais été troublé par ce texte (dans L'Alchimie expliquée sur ses textes classiques).

  Donc j'ai voulu voir mon Amor alchimiste tenter une expérience de ce genre, non pour fabriquer la pierre philosophale, mais pour se transformer lui-même (comme un ancien dieu, disait Hugo). Et bien sûr, ça foirerait.
  Il fallait une raison pour que l'expérience se déroule précisément le 3 juin 1908, le jour programmé de la mort de Nolven. J'ai pensé au nombre d'or, et cherché s'il s'était passé quelque chose de marquant vers la fin 1179, au moment de l'ère chrétienne en rapport d'or avec le 3 juin 1908. J'ai aussitôt remarqué la Bataille du gué de Jacob, qui m'a frappé car ma page récente consacrée au nombre 171 m'avait fait évoquer Peniel, le nom donné par Jacob à l'endroit où il a lutté avec l'ange. J'y mentionnais le commentaire d'un chercheur qui associait la valeur 171 de Peniel au verset Gn 17,1, où Dieu apparaît à Abraham, et au verset Mt 17,1, consacré à la transfiguration de Jésus.

  Tant qu'à faire d'avoir un amateur du nombre d'or, autant en profiter pour en faire un musicologue amateur, et pouvoir ainsi aborder l'analyse de la formule Credo in unum deum, et ce qu'en a fait Bach. J'en ai profité pour remettre en ligne une première étude sur la Messe en si mineur.
  Et puis tant qu'à faire, autant faire de Love un peintre, puisque c'est en peinture que le nombre d'or s'est manifesté à la fin du 19e, et j'ai songé à Jan Verkade, celui qui a introduit le nombre d'or en France, dont le premier disciple notable a été Sérusier, qu'il a convaincu d'aller à Beuron. Sérusier en a ramené les "saintes mesures" qu'il a communiquées à ses amis nabis.
  La page Wiki anglaise m'a appris que la conversion de Verkade s'était faite en lisant Séraphîta et en écoutant la Messe en si mineur de Bach, que j'avais déjà prévue de faire commenter par Love.

  Je m'étais déjà intéressé il y a 5 ans à Séraphîta, à cause d'un personnage de AS Byatt, et le billet que j'y ai consacré est précisément intitulé Seraphita.
  Le roman de Balzac, en ligne ici, conte donc l'assomption d'un(e) androgyne, avec maints développements théoriques. J'ai adapté en conséquence l'expérience de N. Amor pour en faire un retour à une androgynie primordiale, et j'en ai fait une répétition de ce qu'aurait été la lutte de Jacob avec l'ange.
  Après avoir planifié cela, j'ai été stupéfait, en lançant une recherche "Jacob" dans le texte en ligne, de voir que Balzac mentionnait la lutte de Jacob dans sa courte dédicace.

   Les "tableaux de N. Amor" sont en fait:
1 - Un détail de L'Aven au Bois d'Amour, aussi nommé Le Talisman, de Sérusier, un tableau qui a fait date et qui est en grande partie à l'origine du groupe des nabis.
2 - Une toile de Verkade lui-même, la seule que j'ai trouvée d'un format approximativement doré, mais sa composition ne semble pas l'être.
3 - Une toile de 1912 de mon oncle Jean Souverbie, présenté ici. Né en 1891, il était un peu jeune pour faire partie des nabis, mais il avait été remarqué par Maurice Denis, et est resté proche de lui jusqu'à sa mort, où il lui a été offert de reprendre l'atelier des Saintes Mesures. Il a préféré créer sa propre Académie de la Section d'Or...
4 - Un dessin de Gustave Doré, rogné pour être doré.
5 - L'Esprit du Printemps, d'Alfons Mucha. J'ai vu cette toile sur une page sur Rennes-le-Château, commentée car l'abbé Saunière en possédait une lithographie. L'auteur de la page ne remarque pas le format assez doré de la toile, alors qu'il fait volontiers intervenir le nombre d'or dans des cas bien plus litigieux. Les sections d'or soulignent un endroit précis, que je me suis défendu de nommer ici...

  J'ai imaginé pour modèle une fille de Mucha prénommée Béa, pour avoir les 8 premiers termes de la suite de Fibonacci, AABCEHMU = 1-1-2-3-5-8-13-21.

  Il y a quelques allusions à la "belle histoire" de Rennes-le-Château, comme le nom Bernomartus, anagramme de Nestor Burma faisant apparaître deux ours, ber et artus, l'animal cher à Plantard. La date 1188 de rupture avec le Temple fait allusion à la coupure de l'Orme, et la transmission ternaire au Prieuré de Sion.

  Je n'étais plus pleinement conscient, en faisant de ce 3 juin 1908 un jour calculé selon le nombre d'or, que dans ma nouvelle castelrennaise L'enchanté réseau, Enée-Ursin Bargère parvenait au but ultime de sa vie le jour de son 53e anniversaire, le 16 avril 1908, et que, par hasard, ces 53 ans avaient pour section d'or exacte le jour de son arrivée à Rennes-le-Château, le 17 janvier 1888.
  Je rappelle que ce même Jeudi saint 16 avril 1908 est celui de la mort programmée de N. Love, lequel m'a conduit à lui trouver le pendant N. Amor.
  Dans la nouvelle, je faisais psalmodier par l'abbé Bargère lors de l'expérience finale la formule Sol Fidei, le Soleil de la Foi, deux mots importants dans ce chapitre (en rappelant au passage que l'Or et le Soleil sont des symboles équivalents). Ce que psalmodie Amor, ci d'or / de mu / mu nu, est bien entendu une anagramme de credo in / deum / unum, respectant les deux césures dorées.

  CARL JUNG = 86 a vécu presque 86 ans, dont la grande section d'or est 53, et il est mort en 1961, 37 fois 53. D'où il est logique que la petite section d'or de sa vie tombe en 1908. La petite section d'or de ses 31360,8 jours est 11978,7 jours, ce qui tombe le 13 mai 1908 (134e jour d'une année bissextile, 134 valeur d'ARSENE LUPIN, et il est paru ce mois d'octobre Le retour d'Arsène Lupin, où Frédéric Lenormand imagine un nouvel exploit du gentleman, au printemps 1908 précisément j'y reviendrai).

  Pour ce chapitre alchimique, il m'a semblé devoir trouver l'anagramme de NOVELROMAN à partir des symboles chimiques, et il m'a paru devoir mettre de côté les N pour avoir LOVE AMOR.
  Le premier essai s'est avéré satisfaisant, avec Aluminium, Molybdène, Vanadium, Oxygène, Erbium, Al-Mo-V-O-Er, permettant quelque chose comme
  A     L
  M O
  V O
  E     R
  Les numéros atomiques correspondants sont, Al 13, Mo 42, V 23, O 8, et Er 68, somme 154, soit la valeur (latine) de Rosencreutz. Et le 3 juin est usuellement le 154e jour de l'année! Certes, en 1908 c'est le 155e jour, mais il y a divers moyens de contourner ce problème (partir de la mort de Monlorné le 2 janvier par exemple).
  L'échec de l'expérience peut suggérer que de l'azote, élément N de numéro 7, pour lequel Amor n'a que haine parce qu'il signifie "non-vie", l'azote qui est un gaz de formule N2, NN qui viendrait compléter l'anagramme fatale NOVELROMAN, et qui selon les numéros atomiques donnerait
AlMoVOEr + NN = 154+14 = ROSENCREUTZ+BACH.
  L'oxygène aussi est un gaz, de formule O2, et pour n'avoir qu'un seul O j'ai imaginé l'oxygène monoatomique qu'on ne doit pas rencontrer à tous les coins de rue. La réactivité de ce gaz pourrait être une cause de l'échec d'Amor,  plus surement due à la disposition de ses damiers "en trigone", anagramme de "nitrogène", autre nom de l'azote.

  La construction imaginée par Amor pour parvenir à ses fins compte 154 points, ou cupules.

  Hier encore j'avais 20 ans... Je l'avais un peu oublié, en tout cas je n'y pensais pas en imaginant la folle expérience de Nolven.
  Achevant mon second cycle de chimie, un article de Planète m'avait fait découvrir les transmutations biologiques avancées par Louis Kervran. J'avais acheté ses livres, et pris contact avec lui, espérant faire mon troisième cycle dans son labo, mais il n'avait pas de crédits pour des thésards.
  J'avais choisi parmi ce qui m'était proposé un labo de catalyse par les métaux, où, après un temps de familiarisation, j'ai proposé de faire des expériences sur ce qui avait amené Kervran à sa théorie, la transmutation d'azote en oxyde de carbone, N2 en CO, mêmes nombres de protons et de neutrons. J'avais un type d'expérience en tête, faire passer de l'azote sur divers réseaux de métaux portés à l'incandescence, avec un piège à CO en sortie. Ceci n'a guère été du goût du patron du labo, et j'ai abandonné ma thèse...
  Plus tard, il m'a semblé que ce que j'envisageais n'était pas très éloigné des expériences de fusion froide, laquelle n'a pas été clairement établie.

  154+14 = 168, le nombre de pieds d'un sonnet en alexandrins, ce qui m'a donné l'envie de retrouver l'écriture inspirée de Valmoreno, évoqué au chapitre 5, pour un poème bien entendu issu du tome 14 de ses oeuvres. 

Le huitième revient, c'est encor le premier.
  Ami, quand tu voudras atteindre le summum,
  treize grains tu prendras de pur aluminium,
  et quarante-deux grains de molybdène émié.
  Encor il y faudra, sur le galbé damier,
  vingt-trois grains affinés de sage vanadium,
  et soixante-huit grains de délébile erbium,
  ainsi va le soleil à l'absidial fumier.

Il est dit dans le livre où lisent les dieux
  qu'il règnera sur mer et sur les dix lieux
  l'homme de l'en-deça comme de l'au-delà,
  le rejeton du comte et de la marquisotte,
  l'homme ursin qui connaît le goût de l'or.
                                                             Cela,
c'est blanchir le soleil si l'amour ne biseaute.

  La contrainte principale est assez douce. Les 154 premiers pieds ont pour valeur 4995, la valeur d'un alphabet numéral complet grec ou hébreu, avec un partage 3087 pour les 8 premiers vers, décrivant le processus, et 1908 pour les presque 5 vers suivants, le partage d'or évoqué dans le chapitre.
  Ces presque 5 vers sont supposés décrire l'individu qui réussira le processus, avec plusieurs allusions à Ricardou. Les "dix lieux" sont bien entendu les "lieux-dits", et parmi les variantes que Ricardou propose de son titre figure "les dieux lisent". Le rejeton du comte et de la marquisotte fait allusion à la nouvelle Le lapsus circulaire, où le petit Ricardou serait le fils du comte Ryvéla et de la marquise des Ays.
  Les 14 derniers pieds laissent entendre "l'azote" par leurs rimes. Et bien sûr, "soleil blanc" c'est Nolven, et "amour"...
  J'ai composé ce sonnet dès que l'idée m'est venue d'un Nolven Amor alchimiste, bien avant qu'il s'y adjoigne le thème de l'androgynie, et je n'ai pas jugé utile de le modifier.

  Les diverses propositions numériques du chapitre sont toutes exactes, mais les personnages sont seuls responsables de leur interprétation.

  Pourquoi Richelieu? Je songeais à loger Amor dans l'île Saint-Louis, d'abord en référence à la dernière nouvelle des Huit coups de l'horloge, et puis je me suis dit qu'il y avait déjà eu bien assez d'héritiers potentiels à Paris. J'ai regardé les lieux divers utilisés jusqu'ici, voir s'il n'y aurait pas une figure quelconque à compléter. Non, il aurait fallu y songer plus tôt.
  Les départements utilisés jusqu'ici étaient le 13, le 14, le 28, le 33, le 35 (2 fois), le 38, le 75 (9 fois), somme 236. Le nombre le plus proche me tentant étant 273, il fallait le 37, et je me suis souvenu qu'en rédigeant mon billet Richelieu Indre-et-Loire j'avais vu la proximité de la ville historique avec un rectangle d'or.

  Je ne sais si le cardinal était réellement un fan du nombre d'or, mais cette page donne 620 x 390 m pour dimensions de Richelieu, ce qui est une bonne approximation.

  Canseliet utilisait la gamme naturelle dans sa réalisation de l'Oeuvre, j'ai plutôt choisi la gamme dorienne, ré-mi-fa-sol-la-si-do-(ré).
  Le huitième revient, c'est encor le premier fait allusion à la fois à la gamme, et à l'oxygène (monoatomique).
  La gamme effectivement entendue va être quelque chose comme ré-mi-fa-sol-la-si-do-la, cette dernière note étant en fait légèrement plus aiguë qu'un la. Il s'agit d'une part d'arriver à la valeur 171 pour les noms des notes, d'autre part d'avoir en finale quelque chose avoisinant la-si-do-la#, soit AHCB (BACH).

  Les oulipotes m'avaient gratifié pour mon 60e anniversaire de la BLO15, Rémi face au lacis doré, gamme dorienne phonétique. Fred Schmitter avait trouvé cette belle idée, mais quelqu'un l'avait eue avant lui. J'ai découvert quelques mois plus tard que c'était un morceau de musique de Daniel Schell, né le 5 avril 1944 (ces Daniel et Fred m'évoquent le Queen principal, Fred Dannay, né Daniel Nathan).
  Il est question dans mon billet Seraphita d'un personnage de fiction né le 6 avril 1944:


  Ce qu'il est dit des lettres Yod et Waw est légèrement fantaisiste, quoique le Yod soit effectivement assimilé à la goutte de sperme fécondatrice. Je pense encore ici aux chromosomes X et Y, X qui aurait dû être W si le compte des chromosomes avait été correct. Il y a aussi une arrière-pensée pour Perec qui voyait X et W tous deux composés de deux V.
  La lettre féminine par excellence est le Hé, et le Tétragramme YHWH est souvent vu comme une famille complète à lui tout seul, le Père Y, la Mère H, et leurs fils et fille W et H...

  Jung cite souvent l’aphorisme de Marie la Prophétesse, “ L’un devient deux, deux devient trois, et du troisième naît l’un comme quatrième “, que je me suis permis de légèrement modifier.
  Tiens, après coup je remarque que la Quaternité faisant face à AMOR est composée de Alban, Hortense, Victor, Honoré, initiales AHVH, dont la translittération en hébreu peut se lire ahava, "amour".

  L'Atalante fugitive est une étrange réalisation, alliant graphisme, texte et musique, dont il ne doit pas y avoir beaucoup d'exemples. On trouve ici le texte complet de l'édition française, avec les commentaires d'Etienne Perrot, et les fugues au format Midi, peu convaincantes. J'y vois ce commentaire, plaçant les fugues de Maier au-dessus de celles de Bach: Considero la música de "Atalanta fugiens" más importante que por ejemplo "Kunst der Fuge" de J.S. Bach.
  Je découvre ce commentaire après avoir signalé que
ATALANTA FUGIENS = KUNST DER FUGE = 144, mais au moins Bach a-t-il trouvé un titre en 12 lettres pour ce 12e Fibonacci qui est aussi le carré de 12.
  YouTube propose une version chantée des 50 fugues de l'Atalante...


  Ce billet est le 267e de Quaternité, 267 qui est 3 fois 89, le Fibonacci précédant 144. Alors, pour faire vite, j'ai choisi 3 personnes pour qui le nombre d'or a pu avoir de l'importance et dont la valeur du nom est 89. Pas de problème pour Schulz et Turing, Ricardou est plus douteux, mais il n'est plus là pour démentir que le φ, symbole du nombre d'or, apparaissant dans les deux dernières phrases de Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, comptant 183 et 226 mots, est sans rapport avec le Modulor du Corbusier, où 183 et 226 cm sont deux mesures dorées consécutives.

  A propos des suites additives de type Fibonacci, j'ai vu des relations d'or dans Le dernier homme bon, thriller qui a des points communs avec Novel Roman. Des morts mystérieuses se succèdent selon un ordre mathématique précis, dans ces deux romans comme d'ailleurs dans La bibliothèque de Villers (1980), que j'affirme n'avoir pas connu lorsque j'ai eu l'idée de Novel Roman, en 1998. Je l'affirme aussi pour Le dernier homme bon, publié en 2010.
  Je l'ai utilisé dans le chapitre 10, commenté ici, mais voici autre chose. Dans Le dernier homme bon, les 36 Justes cachés, selon une tradition juive, sont éliminés les uns après les autres dans des conditions implacables, chaque vendredi. Après 35 morts, le dernier d'entre eux, Niels Bentzon, trouve le moyen d'échapper à sa mort programmée, or
NIELS BENTZON = 59 + 96 = 155
est un nom doré.
  Or le terme suivant de la série 59-96-155 est 251, valeur latine de Christian Rosencreutz qui semble jouer un rôle dans les morts de 1908. Je n'ai fait le rapprochement qu'en écrivant ce chapitre 17 qui m'a fait signaler le découpage doré des 251 mesures du Confiteor en 155-96. Je rappelle que les exégètes de Bach emploient volontiers l'alphabet Schwenter en 24 lettres (avec W) plutôt que l'alphabet latin en 23 lettres. Dans cet alphabet Schwenter ROSENCREUTZ = 155.

  Note du 20/10: J'ai donc fait naître Nolven Amor au Pays de Galles pour justifier son prénom (autant que faire se peut), et voici que j'apprends en écrivant le billet suivant que l'émasculation volontaire dans le culte de Cybèle se nommait le sacrifice des Galles. Ce culte voyait aussi un état primitif androgyne de la déesse mère.

30.9.18

Le nombre à bénir, ici bien tempéré


  Je suis en passe de réaliser mes deux résolutions pour l'année 2018:
- écrire pour de bon Novel Roman, dont 16 chapitres sur 18 ont été publiés;
- publier 33 billets sur Quaternité, de manière à ce que celui du 31 décembre soit le 273e de Quaternité,  un de mes nombres fétiches (produit des deux Fibos 13 et 21, valeur de l'hébreu arba', "quatre").

  J'avais en tête de consacrer tout ou partie du 273e billet à une découverte récente d'une propriété de 273, mais je pense que j'aurais mieux à proposer pour cet ultime billet, et je vais m'y atteler aujourd'hui, 30 septembre, 273e jour de l'année.
  J'étais curieux de lire quelque chose de l'auteur qui signe Sire Cedric, et dont je n'ai pas trouvé le nom réel. Il déclare que son prénom est bien Cédric.
  Ce fut chose faite début août, avec une parution récente en poche, Du feu de l'Enfer.

  La lecture en a été agréable, mais ne m'a pas semblé renouveler un genre mieux exploité par Thilliez ou Chattam.
  Donc il ne va pas être question du contenu, mais de sa forme, en 9 parties de
11-12-10-9-11-11-13-14-15 chapitres, soit 106 chapitres en tout, un des nombres structurant Novel Roman. Tiens, l'héroïne de Sire Cedric se nomme Manon Virgo, à deux lettres près de mes anagrammes (l'un de mes personnages est Manon Revol).
  J'ai d'abord repéré que
11+12+10+9+11 = 11+13+14+15 = 53,
puis que le nombre 11 apparaissait des deux côtés de cette répartition, et qu'on avait donc
11+12+10+9 = 13+14+15 = 42.
  Il saute aux yeux que les nombres concernés sont consécutifs. Je savais que 1+2 = 3, et j'ai donc étudié la question pour voir qu'il s'agissait d'une propriété inhérente à la suite des entiers, qu'on pourrait énoncer ainsi:
Les 2n+1 nombres allant du carré de n inclus au carré de n+1 exclu se répartissent en deux ensembles consécutifs de somme égale, les n+1 premiers nombres et les n suivants.

  C'est aisé à démontrer, mais voyons ce que ça donne
n=1 : 1+2 = 3 = 3
n=2 : 4+5+6 = 7+8 = 15
n=3 : 9+10+11+12 = 13+14+15 = 42
n=4 : 16+17+18+19+20 = 21+22+23+24 = 90
n=5 : 25+26+...+29+30 = 31+32+...+34+35 = 165
n=6 : 36+37+...+41+42 = 43+44+...+47+48 = 273
n=7 : 49+50+...+55+56 = 57+58+...+62+63 = 420
n=8 : 64+65+...+71+72 = 73+74+...+79+80 = 612

  Je n'ai guère imaginé être le premier à avoir vu ça, et effectivement la suite 3, 15, 42, 90, 195, 273,... est présente sur l'OEIS, numéro A059270. J'y repère qu'elle se poursuit par 855, 1155, 1518, 1950, mon année de naissance au 12e rang.
  Ce qui m'avait d'abord retenu, et fait poursuivre l'investigation, était au 6e rang 273, un de mes nombres fétiches. C'est notamment comme vu plus haut la valeur de l'hébreu ARBO, arba', "quatre", mais le même mot vocalisé arve'a signifie "je suis carré", et une manière de définir les égalités ci-dessus est que chaque séquence concernée part d'un carré pour aller au nombre précédent le carré suivant.

  Or un autre hasard m'avait conduit en 1995 à une découverte arithmétique offrant un immédiat écho avec
9 + 10 + 11 + 12 = 13 + 14 + 15 (= 42),
102 + 112 + 122 = 132 + 142 (= 365).
  La similitude est assez immédiate pour se passer de commentaires. L'internet était balbutiant à l'époque, et il m'a fallu quelque temps pour trouver cette relation dans un recueil de curiosités mathématiques. Aujourd'hui il suffit de quelques clics pour trouver que ces égalités entre n+1 et n carrés successifs sont régies par la suite A059255 de l'OEIS. Son premier commentaire est
The analog for sums of integers is A059270,

  Il y a quelque peu davantage. Parmi diverses façons de mettre en équation les propriétés de ces suites,  je suis séduit par celle-ci:
Si la somme de n+1 entiers consécutifs égale celle des n entiers suivants, l'entier médian est n(n+1).
  Une formule très analogue apparaît pour les sommes de carrés:
Si la somme de n+1 carrés consécutifs égale celle des n carrés suivants, le carré médian est celui de 2n(n+1).
  Il n'y a qu'un seul cas où un même nombre médian apparaît dans les deux suites, 12 en l'occurrence, au coeur des deux égalités que j'ai découvertes par hasard. Il y a plus surprenant, car le roman de de Sire Cedric compte aussi Prologue et Epilogue en sus des 106 chapitres, soit 108 éléments en tout.
  Ma découverte sur les carrés est liée à la 8e églogue de Virgile, qui compte 109 vers, mais l'un des vers pourrait être une addition d'un copiste, si bien qu'on aurait pu avoir aussi là 108 éléments.
  Plusieurs des églogues de Virgile font intervenir les chants amébées, compétitions entre bergers s'affrontant en utilisant une forme poétique imposée. La 8e églogue en est de loin l'exemple le plus complexe, avec une forme de 45 vers répartis en 3 parties de 15 vers. Chaque partie contient 3 strophes de 3-4-5 vers, avec des permutations, chaque strophe étant ponctuée par un vers refrain (R).
  On a d'abord le chant de Damon, dont la première partie est structurée ainsi:
4 vers - R - 3 vers - R - 5 vers - R.
  Puis lui répond le chant d'Alphésibée, dont la première partie est structurée ainsi:
4 vers - R - 3 vers - R - 3 vers - R? - 2 vers - R.
  Peut-être un copiste a-t-il désiré souligner un des vers les plus connus des églogues, à moins que Virgile lui-même ait eu une secrète intention en rompant la correspondance des deux chants. Toujours est-il que j'ai étudié la valeur de ce vers refrain intempestif, 365 selon l'alphabet latin.
Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Daphnim.
  La césure du vers conduit à
Ducite ab urbe domum, = 169 = 132 
mea carmina, ducite Daphnim. = 196 = 142
  Les 4 mots débutant par D ont pour valeur 244, soit 102 + 122, les 4 autres 121 = 112.
  La 3e strophe normale de 5 vers survenait après 9 vers des deux premières strophe, et donc le vers refrain intempestif était intercalé entre les vers 10-11-12 et 13-14. Ceci intervient dans un poème construit en strophes de 3-4-5 vers, alors que le monde antique vénérait le premier triangle rectangle pythagoricien d'entiers, de côtés 3-4-5, tels que
32 + 42 = 52 (la première relation de la suite A059255).

  Comme par ailleurs,
- la 5e églogue offre deux chants amébées de 25 vers (52) dont la seule césure marquante commune est 16+9 (42+32),
- les églogues ont été composées juste après la mort de César, lequel venait d'instaurer le calendrier solaire de 365 jours, César parfois identifié au Daphnis du chant d'Alphésibée,
je n'ai pas douté en 1995 d'avoir révélé le sens profond des Bucoliques, ou au moins de la 8e églogue. J'ai rencontré depuis tant de relations du même ordre, dont certaines ne sont assurément pas intentionnelles, que je me garde maintenant de toute interprétation, d'autant que les circonstances des découvertes des relations sont souvent plus ébouriffantes que les relations elles-mêmes.
  Ainsi, sans être mathématicien, j'ai redécouvert ces suites A059270 et A059255 à partir de textes structurés tous deux par le nombre 108, sans qu'il soit établi que ce nombre ait été essentiel pour Virgile ou Sire Cedric, lesquels n'ont guère de points communs (sinon que Dante a fait de Virgile son guide parmi les cercles de l'enfer).
  Incidemment, je m'étais penché sur la 8e églogue à cause des 108 marches menant les héros de Rabelais au Temple de la Dive, ce qui faisait paniquer Panurge se demandant si cet escalier conduisait vers l'enfer.

  Les propriétés de l'ensemble des entiers décrites par la suite A059270 m'amènent à une autre constatation personnelle (je rappelle 1950, l'année de ma naissance, au 12e rang).
  Au 6e rang il y a donc 273, un nombre qui m'est depuis longtemps essentiel, mais la suite me l'a fait voir comme 6*7*(6+7)/2, évoquant mon jour de naissance, le 6 juillet.
  Ou encore, puisque 546 double de 273 m'est également important pour des raisons spécifiques,
546 = 6*7*(6+7).

  Une autre propriété relie les nombres 365 et 273 hors de toute logique arithmétique:
TROIS CENT SOIXANTE CINQ = 273 (gématron),
en 21 lettres, soit une moyenne exacte de 13 par lettre.
  Malgré la répartition bizarre des nombres de jours dans les mois de l'année, 273 correspond exactement aux 8 premiers mois d'une année normale de 365 jours.

  Jadis, j'ai feint d'y voir un rapport avec une des plus célèbres oeuvres musicales du siècle dernier, 4' 33" de John Cage. Sa partition indique comme instrumentation "Pour n'importe quel instrument ou ensemble d'instruments", et comprend 3 mouvements totalisant 4' 33", soit 273 secondes.

  Je reviens à la suite A059270 dont les termes 0 à 6, (0)-3-15-42-90-165-273-... peuvent aussi se lire
(1*0)-3*1-5*3-7*6-9*10-11*15-13*21-...,
soit à chaque rang l'entier impair 2n+1 multiplié par le triangulaire de n.
  Là, l'OEIS m'a appris quelque chose, à savoir que l'ensemble des entiers peut, de même que A059270  le découpe en segments consécutifs impairs, être découpé en segments consécutifs pairs offrant la propriété suivante:
La somme des triangulaires de n nombres est égale à la somme des triangulaires des n-2 nombres suivants.
  C'est la suite A222176, et les premiers termes en sont
T1+T2+T3 = T4 = 10
T5+T6+T7+T8 = T9+T10 = 100
T11+T12+T13+T14+T15 = T16+T17+T18 = 460

  Pour ce 266e billet de Quaternité, j'ai choisi un titre de valeur 266 inspiré par Das wohltemperirte Clavier, de Bach, ensemble de 24 prélude-fugue ans toutes les tonalités. Que ceci ait été intentionnel ou non, ce titre a 24 lettres, de valeur 266 se répartissant également en 133 pour les 12 premières lettres et 133 pour les 12 dernières, selon l'alphabet Schwenter de 24 lettres (l'alphabet latin + W).
  Donc mon titre a 28 lettres de valeur 266, réparties en 133 pour les 4 premiers mots, en 14 lettres, et 133 pour les 3 derniers mots, en 14 lettres idem. Les 7 mots ont 1-2-3-4-5-6-7 lettres.