17.1.21

du fou, du très fou, du Ricardou

 
  Le billet précédent m'a conduit à une découverte importante concernant Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, le texte accompagnant l'édition en 1988 de deux volumes de nouvelles de Jean Ricardou, La cathédrale de Sens et Révolutions minuscules, reprise d'un recueil de 1971. Ce texte totalement inédit ouvre le second volume, et un autre inédit ouvre le premier, Le lapsus circulaire, suivi de 6 autres nouvelles parues après 1971.
  Révélations minuscules est constitué de 328 phrases en italique corps 13, écrites en symétricologie, procédé dont la règle première est un écho entre le premier mot de la phrase et le dernier, écho qui peut avoir maintes formes. Il peut y avoir aussi des échos entre mots ou expressions équidistants des deux bords, et une attention particulière est souvent donnée au centre de la phrase.
  Certaines phrases dépassent 200 mots (jusqu'à 285), et elles sont souvent si tarabiscotées que j'imagine que peu de lecteurs se soient lancés dans le décodage du texte, ce qui pourtant amène vite des gratifications.

  La complexité est déjà inouïe sans se hasarder au décodage. Le texte est présenté comme écrit par Noëlle Riçoeur, soeur de l'écrivain, dit décédé, sa plus grande partie étant constituée de dialogues avec sa soeur, au passé. On y saute à maintes reprises du coq à l'âne, souvenirs des parties de pétanque organisées par Jean Paulhan, rapports de Jean avec sa "soeur", basés sur une réalité qui ne concerne guère le lecteur lambda, théorisation de la symétricologie, laquelle aurait eu de grands précurseurs, Roussel bien sûr, avec ses textes-genèse, mais aussi Mallarmé, Valéry.
  Il est en outre suggéré des liens avec l'autre inédit, Le lapsus circulaire, où Ricardou imagine être le fils caché du poète Paul Ryvéla, utilisant parfois la symétricologie, et avec L'art du X, dernier texte du volume débutant par Le lapsus circulaire. Il y a un lien fort entre ces deux textes, avec l'exergue pratiquement identique, et Ricardou précise dans Révélations minuscules que l'écho immédiat entre les nouvelles initiale et finale de Révolutions minuscules, Jeu et Autobiographie, a d'autres niveaux.
  Si Jeu débute par "Je" et finit par "jeu", Autobiographie met en jeu les lettres ou sons I et O au premier plan dans La prise/prose de Constantinople, avec d'une part le titre, Au...ie, d'autre part le début du texte, "Infiniment", et sa fin (contraire d'infini), "pattes d'oiseaux".
  Ricardou révèle aussi dans Révélations minuscules que sa signature est une patte d'oiseau, parce que l'oiseau est un "porte-plume", et livre l'info que les lettres I-O sont équidistantes des bords dans son patronyme. De nombreuses phrases de Révélations minuscules ont des résonances non seulement I-O ou O-I, mais encore Y-O, OU-I...

  Bref, Révélations minuscules se situe au centre de deux ensembles de nouvelles offrant chacun des résonances entre les nouvelles bornant ces ensembles, et chaque nouvelle a elle-même ses propres résonances; Le lapsus circulaire débute par "Révé..." et finit par "Réve..." tandis que L'art du X débute et finit par "X".
  Révélations minuscules au centre de 4 nouvelles couplées deux à deux, c'est encore un X, un chiasme, une quintessence.

  Si la complexité est déjà fabuleuse, s'aventurer plus avant dans les textes mène à d'autres sidérations. Je donnerai en fin de billet des liens vers mes précédentes découvertes, mais je reviens ici sur celle présentée maladroitement dans le précédent billet, car survenue pendant son écriture.

  C'est en fait quelque chose que j'ai vu très tôt. Ricardou soulignant dans Révélations minuscules l'importance que doit avoir la première phrase d'un texte, et décortiquant effectivement les 61 mots de sa première phrase, il m'a semblé que la dernière phrase était non moins importante, et je l'ai analysée.
  Elle s'achève sur "demi-mots, nus, mentalement."
qui répondent évidemment au premier mot de la première phrase du texte, "Monumentalement".
  Cette première phrase s'achève sur "demi-mot", qui dans l'analyse donnée ultérieurement compte pour un seul mot, ce qui permet de résoudre l'une des incertitudes dans le dénombrement des mots de la dernière phrase, et d'arriver à 226 mots, + éventuellement le symbole entre parenthèses.
  La moitié de 226 est 113, et les mots 112-113 de la phrase sont "j'en", ce qui fait illico penser à "Jean". Je me suis alors intéressé à la pénultième phrase, laquelle compte 183 mots, dont le mot central est le 92e, "coeur". Je rappelle que Ricardou est supposé se nommer "Jean Ricoeur" dans ce texte, peut-être parce que "coeur" évoque "centre", et c'est d'ailleurs ce sens qui s'impose dans la phrase en question.
  J'avais donc une signature patente "(Ri)coeur Jean" dans ces deux dernières phrases, dont les nombres de mots m'étaient évocateurs.
   183 et 226 sont les deux dernières mesures du ruban Modulor, instrument imaginé par Le Corbusier pour tracer les plans des édifices conçus selon ses normes, utilisant deux séries de mesures en rapport d'or, la série Rouge basée sur une taille humaine de 183 cm, ou 6 pieds (72 pouces), avec un nombril à 113 cm, et la série Bleue doublant les valeurs de la série Rouge.
  Je croyais avoir vu la lettre grecque phi, φ, symbole du nombre d'or, dans le graphisme entre parenthèses, mais Erica Freiberg, laquelle avait tapé à la machine le manuscrit de Ricardou, m'a appris qu'il s'agissait du symbole du deleatur, signifiant qu'un mot doit être supprimé.
  Je n'avais alors comme seul autre indice qu'une double phrase débutant par "Or" et finissant par "nombre.", car la symétricologie semble coupler certaines phrases, avec une résonance interne entre la fin de la première et le début de la seconde. J'en ai relevé 3 premiers cas dans Révélations minuscules (pages 11-13-23), où chaque fois les deux phrases forment un paragraphe.  Le cas "Or"-"nombre" est le 4e et dernier (page 73), mais les deux phrases concernées occupent chacune un paragraphe, et je n'étais pas certain que le couplage et ma lecture "nombre d'or" reflètent les intentions de Ricardou, tant la symétricologie semble admettre de variantes. D'autres cas de couplages, plus complexes, semblent présents dans Le lapsus circulaire.

  Plusieurs éléments dont j'ai eu récemment connaissance sont venus conforter ma première lecture. Dans un article de 1983, Ricardou disait avoir lu Le nombre d'or de Matila C. Ghyka (1931) avant l'écriture de ses premiers romans, et suggérait que la suite de Fibonacci avait pu inspirer leur écriture. Je doute de ce dernier point, mais l'important pour moi est que Ricardou connaissait nombre d'or et Fibonacci, et il m'a suffi de quelques questions à ceux qui l'ont connu pour apprendre qu'il en parlait souvent, et évoquait volontiers Le Corbusier et son Modulor.

  Il s'avère donc assez certain que ces deux dernières phrases, outre la signature "Jean Ricoeur", fassent allusion au Modulor et à phi, φ, le nombre d'or. Il y a moyen d'aller plus loin, à partir d'une autre indication donnée par Ricardou sur la composition de son texte. L'une des phrases analysées est dans un premier temps vue d'une certaine faiblesse, mais il en indique une autre approche en mettant à part les mots entre parenthèses, ces parenthèses jouant le rôle de balises dans la phrase.
  J'ai vainement essayé d'appliquer cette recette à d'autres phrases, jusqu'à ce qu'il me vienne l'idée de coupler les deux dernières phrases, qui, sans les passages entre parenthèses, comptent 167 et 166 mots, soit 333 mots en tout, un nombre qui pourrait caractériser la phrase symétricologique, idéalement basée sur un écho entre 3 éléments, début, centre, et fin.
  Le mot central parmi ces 333 serait "compte-rendu", dernier mot de la pénultième phrase, un mot immédiatement significatif puisqu'il évoque le "compte", et justement mon précédent billet m'amenait à la polysémie de l'expression "les gens qui comptent".
  Il me semble encore significatif que toutes les lettres de CENTRE soient dans "CompTE-RENdu". Plusieurs phrases de Ricardou disloquent les lettres du mot "centre", ou ses phonèmes, ainsi une phrase du Lapsus circulaire,
Sans le mot "soleil" qui, en ses lettres, les rapproche, "Ile", au début de la première phrase, et "sol", à la fin, ne sont-ils pas symétriques, au plus loin l'un de l'autre?
débute par "san" et finit par "tre". J'avais rapproché ceci d'un paragraphe, formé de deux phrases, débutant par "Rev", finissant par "ver.", dont le mot central était "terme". Je remarque aujourd'hui que ce paragraphe compte 111 mots, à peut-être rapprocher des 333 mots des deux dernières phrases de Révélations minuscules (sans les parenthèses).

  Si les 226 mots de la dernière phrase font bien allusion au Modulor, il faut peut-être regarder ce qui se passe selon le partage de 226 dans la série Bleue, en 86-140 (ou 140-86). Le 86e mot de cette phrase est "centre"...
  Rien d'aussi immédiat pour la phrase précédente (sinon que "centre" en est le 81e mot, et 81+86=167, rang de "compte-rendu" sans les parenthèses), alors je me suis intéressé aux autres phrases du texte dont les nombres de mots correspondent aux séries Rouge ou Bleue. Celle qui m'a paru la plus significative est la 113e phrase qui compte 70 mots. Je rappelle que selon Le Corbusier, l'homme idéal mesure 183 cm, répartis en 113 des pieds au nombril, et 70 du nombril au sommet du crâne.
  70 se partage en 27-43 selon la série Rouge, or le 27e mot de ces 70 est "juste". Les mots "juste" et "centre" apparaissent à plusieurs reprises au centre de diverses phrases de Ricardou, et on a même "juste centre" au centre exact des 200 mots de la phrase de la page 47, la plus longue de celles qui seront ensuite analysées, mais la version reprise pages 98-99-100 est légèrement différente, elle a 197 mots, de manière à ce que le mot "centre" y soit le 99e mot, page 99, en référence à la première parution d'une nouvelle de Ricardou dans la Nouvelle Revue Française, dans son numéro 99.

  D'autres phrases ont pour centres "midi" ou "méridional", avec parfois une référence explicite à l'origine provençale de Ricardou. Il ne fait guère de doute que ces "centre" "juste" "midi" trouvent leur origine dans le "Midi le juste" au 3e vers du Cimetière marin de Valéry, poème à la vocation numérologique assumée (24 strophes de 60 pieds). Dans Le lapsus circulaire, Ricardou donne 3 phrases de Paul Ryvéla (qu'on chercherait en vain dans l'oeuvre de Valéry), 3 phrases dont les centres sont "midi" "le" "central".
  Valéry a préfacé Le nombre d'or de Ghyka, et il est fort probable que Ricardou ait lu attentivement cette préface, où Valéry déplore qu'il n'y ait pas de phi en littérature.
  La préface de "Noëlle Riçoeur" serait-elle une tentative d'infirmer cette assertion?

  Bien d'autres phrases mériteraient d'être étudiées, mais j'en viens à un autre niveau, peut-être moins assuré, vertigineux quoi qu'il en soit.
  Les mesures de la série Bleue sont proches de la suite de Fibonacci, exprimée en pouces. Conséquemment, celles de la série Rouge correspondent à la suite de Fibonacci, exprimée en demi-pouces. Le Corbusier a fait une concession au système métrique en fixant son étalon Modulor à exactement 226 cm. Toutes les autres mesures, 54-86-140-366 dans la série Bleue, 27-43-70-183 dans la série Rouge, sont des approximations commodes, l'instrument Modulor fournissant les graduations exactes.
  La raison généralement invoquée pour ce choix est que 226 cm est très proche de 89 pouces (88,97... en fait), mais il est curieux que la numérologie du nom réel de Le Corbusier donne, avec A=1, B=2, etc.
CHARLES EDOUARD JEANNERET = 226.
  Le nom figurant sur sa carte d'identité est Charles Edouard Jeanneret-Gris, mais le patronyme est le plus souvent réduit à Jeanneret, et c'est cette forme que donnent le Larousse et de multiples autres sources.
    Je ne sais si Charles Edouard était conscient de cette adéquation avant son choix, ou après car il ne manque pas de numérologues amateurs qui exercent leurs talents sur les célébrités, et qui auraient pu lui communiquer cette trouvaille. Ce qui est en tout cas certain, c'est que Le Corbusier a d'abord envisagé un système basé sur une taille moyenne de 175 cm, ce qui était précisément sa taille...

  Il fallait être arithmo-maniaque pour se lancer dans une entreprise telle que Révélations minuscules, et Ricardou ne comptait pas seulement les phrases, les mots et les lettres. Le narrateur du Lapsus circulaire parvient à découvrir le numéro de téléphone d'une CREATURE à partir des rangs alphabétiques des lettres de ce mot.
  Un arithmo-maniaque est aisément amené à calculer le nombre correspondant à son nom, en additionnant ces rangs, et Ricardou, obsédé par les 8 lettres de son nom, serait ainsi parvenu à
RICARDOU = 89, nombre de Fibonacci qui aurait pu le combler puisque c'est aussi le cas de 8.
  Comme vu plus haut, les 226 cm du Modulor sont équivalents à 89 pouces, ainsi les 226 mots de la dernière phrase de Révélations minuscules, avec "j'en" au centre, peuvent ainsi équivaloir à "Ricardou" (comme d'ailleurs à "Ricoeur"), sans qu'une telle intention implique la connaissance que 226 était la valeur du nom du créateur du Modulor.

  Cette connaissance amènerait cependant une prodigieuse corrélation. Les 183 mots de la phrase précédente ont donc pour mot central le 92e, "coeur", or 92 est précisément la valeur de JEANNERET, et ce réel patronyme de l'architecte est un dérivé de "Jean". Ainsi chacune des deux phrases peut faire allusion aussi bien à Le Corbusier qu'aux nom et prénom Jean Ricardou (Ricoeur).

  Une intentionnalité effective pourrait rendre compte du choix des nombres 183 et 226 pour les dernières phrases, car un hommage au Modulor aurait pu être plus simple avec deux mesures en rapport d'or immédiat, 113 et 183 ou 140 et 226 par exemple. Mais les théoriciens du nombre d'or apprécient aussi le rapport phi/2, tel 183/226, que Sérusier nommait "double coupe d'or". Certains peintres favorisent pour cette raison le format courant de châssis 81x100.

  Au-delà des intentions il y a d'autres curiosités, ainsi les deux créateurs ont disparu dans les mêmes conditions, d'une crise cardiaque survenue pendant un bain en Méditerranée (le "milieu" des terres),
- Le Corbusier (l'coeur brisé ?) le 27 août 1965 à Roquebrune,
- Ricardou le 23 juillet 2016 à Cannes, à 40 km de Roquebrune.

  Tiens, toutes les lettres RICOEUR sont dans le pseudo leCORbUsIER, reste LEBS qui peut former l'allemand selb, "même". Le Corbusier serait Ricoeur-même?
  L'occitan (le méridional) bles signifie "qui zézaie". Le lapsus circulaire a précisément trait au zézaiement qui permet de passer de l'alexandrin, prétendument rêvé par Paul Ryvéla, 
Délaissez des lits qu'ornent, mots nus, mentalement,
à
Des laies et des licornes, monumentalement.
avec le "s blésé", l'expression apparaissant explicitement dans le texte, où perce l'implicite jeu "blessé-blésé". Si le lien avec les premier et derniers mots de Révélations minuscules est immédiat, j'avoue que la signification du distique me reste impénétrable.
Note: Erica Freiberg me donne quelques indications, à dénicher par une lecture attentive du texte. La marquise maîtresse du comte Paul Ryvéla a délaissé son lit, orné de licornes et de laies, pour coucher avec l'électricien Jean Ricardou senior. Elle a eu deux fils de ces deux unions, échangés pour d'obscures raisons.

  Tiens, toutes les lettres JEANRICARDOU sont dans le nom réel complet de l'architecte, et dans l'ordre si l'on écrit le nom d'abord, JEANneret-gRIs ChARles éDOUard, ce qui permet de construire des anagrammes, comme
Jean Ricardou, thésard en règles

   L'anglais offre plus de possibilités, avec par exemple
Jean Ricardou, heartless gender ("genre sans coeur")
Jean Ricardou, the lesser danger ("le danger moindre")
ou encore
Jean Ricardou, he's strange elder ("c'est un étrange aîné")
que j'apprécie particulièrement car Ricardou est pour moi un étrange précurseur, ayant utilisé avant moi des contraintes que j'imaginais avoir inventées...
 
  Précisément, la confirmation que mon hypothèse sur les dernières phrases de Révélations minuscules était pertinente m'a conduit à un autre dessillement.
  Ma dernière approche de L'art du X m'a fait découvrir que la dernière forme du sonnet pouvait admettre une quadruple césure dorée. Il me semblait tout à fait improbable que c'eût été intentionnel, mais ceci a été remis en cause par la découverte qu'au moment de la publication de L'art du X Ricardou suggérait dans Oui et non avoir utilisé la suite de Fibonacci pour certains de ses textes. Il n'était plus formellement exclu qu'une ou plusieurs des césures de L'ardu X soient voulues.
  Quoi qu'il en soit, j'avais signalé qu'écrire des sonnets à triple ou quadruple césure dorée m'était familier depuis 2002, mais j'avais oublié alors un cas particulier, le projet de mai 2006 d'écrire un sonnet basé sur les nombres du Modulor, et y faisant intervenir le nom Charles Edouard Jeanneret, car il y avait alors au moins un arithmo-maniaque qui avait calculé la gématrie de ce nom, bibi.

  Ceci a figuré 10 ans sur une page de mon site, mais a disparu lorsque SFR a supprimé les pages perso fin 2016. Je crois qu'on peut retrouver la page en question telle qu'elle était sur des sites qui, moyennant paiement, proposent d'accéder au Net tel qu'il était à n'importe quelle date, et ma page avant 2016 avait l'URL www.remi.schulz.club.fr/bach/zidane.htm. (Note: Gef me signale un site gratuit d'archives du web, où cette page est accessible ici.)
  Je ne m'y suis pas hasardé car j'ai tout de même stocké l'intégralité de mon ancien site, et j'ai remis en ligne cette page, sans en changer un iota, ici.
  Petit résumé pour les paresseux. En février 2006, un colistier de la liste Oulipo, Michel Clavel, fit remarquer les possibilités qu'offrait le nom Zinedine Zidane, 8 et 6 lettres, comme les quatrains et tercets d'un sonnet. Je composais aussitôt un sonnet isocèle avec acrostiche et télostiche. Une difficulté consistait à faire rimer "i" avec "e", et j'ai utilisé en leitmotiv le général sudiste Robert E. Lee.
  Une anagramme du "numéro 10", "Dînez en dizaine", a ranimé mon inspiration, et j'ai cette fois utilisé un pseudo de Georges Perec, George Bretzlee.
  Je me suis avisé que "Bretzlee George" était un nom doré, comme "Georges Perec", et ceci m'a inspiré pour un autre sonnet, avec ces noms en télostiche et acrostiche, et des césures dorées pour les espaces et les pieds.
  J'ai encore eu l'idée de composer 3 quatrains avec "Georges Perec" en télostiche et acrostiche, totalisant 510 espaces, valeur de φι (phi), avec des césures dorées pour les mots, les pieds, et les espaces.

  Ces 4 poèmes ont été publiés sur les listes Oulipo et Perec, mais j'ai eu une autre idée qui n'a été publiée que sur la page en question, dont voici maintenant la fin, sans rien y changer:

---
Enfin les dernières découvertes sur le Modulor m’ont fait imaginer un sonnet de 592 espaces, un nombre du Modulor se scindant en 366, le côté en cm du cabanon carré Modulor où Le Corbusier s’est retiré durant ses dernières années, et en 226, unité du Modulor et valeur même du vrai nom de son inventeur :
CHARLES EDOUARD   JEANNERET = 134 + 92 = 226

14 vers de 43 espaces font 602, 10 de trop que le total souhaité. Un petit miracle fait que, si ces 10 espaces tombent dans la seconde partie du sonnet, il est possible de placer les 14 lettres CHARLESEDOUARD en acrostiche, et au centre exact des vers les 9 lettres JEANNERET, en 22e position, si bien que la section d’or, 366, tombe sur le T de JEANNERET, marquant la fin du nom de valeur 226, T pouvant encore se lire Tau, également désignation de la section d’or (initiale du grec Tomê, « section »).
Les 10 espaces de trop pourraient dessiner grossièrement un bonhomme Modulor, bornant verticalement et horizontalement le T de JEANNERET.
Bretzlee George pourrait encore être un télostiche approprié. D’une part  les nombres 226 et 366 sont présents dans l’œuvre de Perec, d’autre part les valeurs 134 et 150 des acrostiche et télostiche me comblent.
134 est la valeur de Rémi Schulz, 150 celle de Rémy Schulz, mon nom selon l’état si vil.
Leur somme 284 peut se lire 28/4, jour où j’ai fait les découvertes relatées
ici.

Work in progress :
J’envisage des alexandrins qui par des jeux de diérèses permettraient d’arriver à 183 pieds totaux et 113 sur le T de Jeanneret.
Ce qui suit n’est qu’un assemblage de mots compatible avec les contraintes envisagées

Curieux tel un grand Jean débutant par un B
Hanté tel un grand poEte il vit son moduloR
Assurer l'harmonieux Accord d'un art plombE
Reçu d'un monde ancieN oraison du plus forT
Le corbusier sec scioN d'un nouvel alcatraZ
Enfermait la lumière En son carcan ponctueL
Sans la passion son gRaal simule l'épectasE
Exact et vain refus dE l'éviction virtuellE

Duo de lignes modulanT  leur frustré zigzaG
Ornements de liaison  fables en prose vaguE
Un noir espion mugit
   sa grogne à waterloO
Appelant en pompier
    l'azur l'azur l'azuR
Robespierre rechigne  à se jouer de ce jouG
Dépris de l'onction  à  reprendre la césurE

(voir plus loin si ça passe mal sur votre ordi)
70-43 mots = 113 unité du Modulor série rouge
113-70 pieds = 183 série rouge du Modulor
366-226 espaces = 592 série bleue du Modulor
305-188 lettres = 493, doré mais pas modulé
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  S'il y avait au départ quelques efforts pour coller au sujet, la suite va à vau-l'eau, un vrai Waterloo, mais il s'agissait avant tout de montrer la faisabilité du projet.
  Le "grand Jean débutant par un B" est probablement Jean-Sébastien, car des recherches parallèles m'avaient mené aux résultats exposés sur la page Bach, le Modulor, et Perec, remise en ligne ici, mais plusieurs liens pointent vers des pages indisponibles (sur le site d'archives signalé par Gef, les liens fonctionnent, et permettent l'accès à tout mon ancien site).
  Encore rapidement, j'y constatais qu'un ensemble Prélude-Fugue très particulier du Clavier bien tempéré, le n° 14 du second cahier, était en 43-70 mesures, nombres de la série Rouge. Il y a 3 dièses à la clé, et la fugue à 3 voix est la seule à 3 sujets parmi les "48".
  Je distinguais 4 autres ensembles dorés, le n° 14 du premier cahier, en 24-40 mesures, le n° 24, en 47-76 mesures, et enfin les premiers ensembles des deux cahiers, pourvu de les coupler, donnant 69-110 mesures. Ces 4 menaient à 140-226, nombres de la série Bleue. Avec le 43-70, on a 183-296, nombres de la série Rouge.
  J'en "déduisais", ironiquement, que Bach était l'inventeur du Modulor...

  J'observe aujourd'hui quelques échos entre les deux cahiers du Clavier bien tempéré et les deux recueils de Ricardou de 1988.
- 48 est un nombre fétiche de Ricardou.
- Les ensembles les plus indubitablement dorés sont les n° 14 de chaque cahier, 14 étant le nombre de BACH (2+1+3+8).
- Les autres ensembles concernés sont le premier et le dernier du premier cahier, le premier du second cahier. Il est plus remarquable encore que, en considérant les totaux pour chaque tonalité (voir ici), les deux cahiers confondus, on trouve des rapports dorés entre C et h, première et dernière tonalités (179-289), entre c et H, seconde et pénultième (125-203), et entre a et b, les tonalités BACH manquantes (175-283). Additionner les 3 mène à 479-775, nombres de la série Rouge.

  Je quitte Bach en rappelant que je n'imagine guère d'intentionnalité dans ces harmonies dorées. Je reviens à un point de ma présentation du sonnet Modulor, mon ravissement devant les valeurs de l'acrostiche et du télostiche, 134 et 150, valeurs de mon nom d'auteur, Rémi Schulz, et de mon nom selon l'état civil, Rémy Schulz.
  Je m'extasiais aussi de leur somme, 284, lue 28/4, pour le 28 avril de mes découvertes bachiennes, et je m'émerveille aujourd'hui que 284 soit le nombre des phrases de 12 mots de L'art du X, un nombre peut-être choisi, 2-4-8 étant des nombres fétiches pour Ricardou. Je rappelle que les "mots de passe" de 118 de ces phrases codent pour le sonnet aux 4 césures d'or.

  A partir de décembre 2006, où Gef a mis en ligne le Gématron, j'ai composé plusieurs sonnets à quadruple césure d'or (pieds, mots, lettres, gématries), essentiellement des anagrammes du sonnet Vocalisations de Perec, me fascinant pour diverses raisons, sa valeur 6272 notamment, multiple de son nombre de mots, et m'évoquant
ARSENE LUPIN = 62 72,
l'oeuvre de Maurice Leblanc m'étant essentielle.
  Lorsque j'ai vu que "compte-rendu" était le centre des 333 mots des 2 dernières phrases de Révélations minuscules, parenthèses écartées, je me suis intéressé à ce mot, et
COMPTE-RENDU = 72 62.
  Ce mot composé en 6-5 lettres contient toutes les lettres CENTRE, et ce mot a pour valeur
CENTRE = 65.
  Le nombre 65 m'est évocateur, en rapport avec le centre, mais ce sera pour un prochain billet. 

  Le Gématron, couplé avec Anagram Artist de Mike Keith, aide grandement à la composition d'harmonies gématriques, et j'ai retravaillé le sonnet Modulor pour obtenir un équilibre gématrique pour ses deux parties. Il n'a fallu que quelques minutes pour obtenir ceci, en changeant 18 mots:

Capable tel ce grand Jean débutant par un B
Hanté tel ce grand poEte il vit son moduloR
Agencer le favorable Accord d'un art plombE
Reçu d'un monde ancieN oraison du plus forT
Le corbusier sec scioN d'un faraud alcatraZ
Enfermait la lumière En son carcan ponctueL
Sans la passion son gRaal simule l'épectasE
Exact et vain refus dE la diction factuellE

Duo de lignes modulanT  leur affable zigzaG
Orgasmes de négation  fables en prose vaguE
Un fol aviné caguait
   sa grogne à waterloO
Appelant en pompier
    l'azur l'azur l'azuR
Ricardou ne rechigne  à babiller de ce jouG
Dépris de l'onction  à  fabriquer la césurE


70-43 mots = 113 unité du Modulor série rouge
113-70 pieds = 183 série rouge du Modulor
366-226 espaces = 592 série bleue du Modulor
305-188 lettres = 493, doré mais pas modulé
gématries 3283-2029 = 5312 série rouge du Modulor
(ou du moins de la série additive basée sur 70-113, numéro 22136 de l'OEIS)
On peut y ajouter aussi le télostiche
BRETZLEE GEORGE, 93-57 = 150
  Il paraît que le sonnet Modulor ne passe pas correctement sur tous les ordis, alors le voici sous forme image:

  J'ai oublié ici le principe des alexandrins modulables en 13 ou 14 pieds par diérèse, et plusieurs vers  comptent obligatoirement 13 pieds. J'ai pu introduire Ricardou, sans que le sens s'éclaircisse sensiblement, mais la clarté n'est pas toujours prioritaire dans l'oeuvre ricardolienne...
Note: je m'avise que la coupure des majuscules de l'acrostiche tombe entre ED et OUARD. Le chef de la Légion Solaire dans La prise de Constantinople est Ed. Word, tandis qu'un des personnages des autres séries de 8 donnant l'acrostiche ISABELLE est Edouard. Les lieux-dits est par ailleurs dédié "à Ed. Word".
Je rappelle qu'une des césures dorées du sonnet L'ardu X concerne l'acrostiche, en majuscules avec 21 lettres pour les 9 premiers vers, 13 pour les 5 derniers.


  La publication du précédent billet le 31/12 était prévue depuis longtemps, en dehors de tout contenu, et ce n'est qu'en cours d'écriture que m'est venue la confirmation que les 226 mots de la dernière phrase de Révélations minuscules faisaient écho au Modulor.
  Or le 31/12 est le 366e jour d'une année bissextile, 366 mesure suivant 226 dans la série Bleue. Je ne résiste pas à reprendre une belle trouvaille: le 226e jour d'une année bissextile est le 13/8, or
TREIZE AOUT = 83+57 = 140, avec 140+226 = 366.

  Je publie ce billet le 17/1 en me souvenant que le partage doré de 171 en 65-106  m'a été essentiel. 65 est donc la valeur de CENTRE, et je terminai ce billet de décembre 2019 ainsi:
  Dans le premier billet où j'avais mentionné ce cas, Puzzle échevelé en 2012, j'avais donné quelques paires de mots de valeurs 65-106, notamment "centre encrypté", ignorant que Ricardou avait créé sa symétricologie, consistant à encrypter au centre d'une phrase un mot en résonance avec les termes initial et final.
  J"avais souligné cet exemple en 2012 car toutes les lettres CENTRE sont dans ENCRypTE, et je donne aujourd'hui quelques autres mots intéressants de valeur 106 contenant les lettres CENTRE:
- THEORICIEN, Ricardou étant souvent d'abord vu comme un théoricien;
- CRETINERIE, sans commentaire;
- DECONCENTRE ou son anagramme DECONNECTER, pour la syllabe CON qui joue un rôle important dans le texte;
- ACCELERATION, parce que c'est un mot de 12 lettres.

  Voici maintenant comme promis des liens vers les billets traitant de ces différents textes:
- Sa révélation majuscule, première approche de Révélations minuscules;
- Phidèles rectiphications, où je donne ses deux dernières phrases sous forme symétricologique;
- Radoucir, c'est mêler l'île avec le sol, explorant la symétricologie dans Le lapsus circulaire;
- Unir ça, début, centre, terme, j'adore, essentiellement consacré à la c...ie dans Révélations minuscules;
- L'ardu X, ambigument le RICARDOU, première étude de L'art du X;
- Galaxies douze vingt-quatre, plus avant dans L'art du X;
et de nombreux billets concernent depuis 2012 mon cheminement ricardolien.

PS. J'ai commandé le 4 janvier un ruban Modulor, mais il n'est arrivé que ce 21. Bien que les informations données plus haut ne soient pas de mon invention, j'ai eu la surprise de constater que cet outil n'est pas basé sur les mesures exactes 113 et 226 cm dans le système métrique, mais sur les 72 pouces du système anglo-saxon, correspondant à une taille d'environ 183 cm. En conséquence ce ruban ne mesure pas exactement 226,00 cm, mais 226,05.



31.12.20

Tellier, Thilliez, ou Ricardou

 
  Quelques échos aux précédents billets.
  Alors que depuis plus de 12 ans j'ai été conduit à constater maintes occurrences du couple de nombres de Fibonacci 13-21, essentiellement dans la littérature, voici que le prix Goncourt 2020 a été attribué à L'anomalie, où les chapitres 13 et 21 mentionnent un T-shirt portant l'inscription "I zero, one, and Fibonacci".
  Je n'ai pas d'intérêt particulier pour les prix Goncourt, et la parution française que j'ai le plus attendue cette année était le nouveau Thilliez, Il était deux fois, paru en mai, un mois avant L'anomalie. Comme détaillé ici, j'y ai découvert deux relations 52-84 (52/84=13/21), moins immédiates puisqu'elles nécessitent le passage par la gématrie, mais Thilliez utilise volontiers le procédé, et la suite de Fibonacci lui est familière.

  Je donnais dans le précédent billet un écho entre Tellier et Thilliez, mais il y en a un autre qui est peut-être plus frappant.
  J'y écrivais que Le Tellier, du temps où il était journaliste scientifique, avait commenté favorablement un livre de Jean-Claude Perez, mais la relecture de ce billet essentiel d'avril 2013 m'a rappelé qu'il avait fait bien plus que cela.
  Le Tellier avait carrément permis à Perez de publier son premier article sur Fibonacci dans l'ADN, De l'ordre et du chaos dans l'ADN, dans la revue Sciences et Technologie d'avril 1991 (ici en anglais).
  Thilliez connaît Perez, dont L'ADN décrypté a indubitablement inspiré Les codes cachés de l'ADN du généticien criminel Stéphane Terney dans [Gataca]. Les commentaires sur cet essai sont extrêmement dépréciatifs...

  Sur sa page Wikimonde, où il se garde de parler du roman de Thilliez, qu'il a envisagé de poursuivre en justice, Perez cite deux romanciers qui ont plus favorablement évoqué ses travaux:
- Maurice G. Dantec dans Villa Vortex (2003);
- Le prix Goncourt Didier Van Cauwelaert dans La vie interdite (1997), Corps étranger (1998) et Hors de moi (2003).
  Van Cauwelaert a par ailleurs préfacé le premier livre de Perez, PLANèTE transgénique (1997).

  Ainsi deux prix Goncourt ont apprécié les travaux de Perez, et je remarque au passage le titre du Goncourt de Cauwelaert, Un aller simple (1994), alors qu'un titre alternatif pour celui de Le Tellier pourrait être Une arrivée double (tiens, le titre de Thilliez Il était deux fois dénote aussi la dualité en cette année jumelle vingt-vingt).
  Le billet précédent m'a fait évoquer le Goncourt 2000, et je me suis rappelé ensuite que j'avais étudié sur mes pages perso supprimées par SFR 5 romans publiés des années vigésimales, offrant une structure victimaire 4+1. Je ne suis plus très satisfait de cette page, et ai la flemme de la réécrire. Voici les 5 romans en question:
- 1920 L'île aux trente cercueils, de Maurice Leblanc: le programme criminel de Vorski lui fait crucifier 4 femmes, mais il finit crucifié à son tour;
- 1940 La mariée était en noir, de Cornell Woolrich: Julie Killeen tue 4 des 5 hommes qu'elle pense responsables de la mort de son mari, mais est arrêtée alors qu'elle s'apprête à exécuter le dernier; ces hommes étaient en fait innocents, mais l'affaire conduit à l'arrestation du réel assassin;
- 1960 Monsieur cauchemar, de Pierre Siniac: un criminel profite d'une grève de la police pour étrangler 4 personnes 4 jours consécutifs; le 5e jour son plan dérape et c'est lui qui est tué;
- 1980 La bibliothèque de Villers, de Benoît Peeters: 4 personnes meurent aux 4 coins de Villers, tous les 25 jours, leurs initiales sont IVRE; le mort suivant est le principal suspect, Lessing, au centre du carré;
- 2000 Sous les pans du bizarre, mon seul roman publié: 4 latinistes meurent les 3/3, 4/4, 5/5 et 6/6 aux 4 coins d'un quadrilatère parisien; le principal suspect, Lapnus, meurt aussi.

  Je n'avais aucune idée des possibilités antérieures en écrivant mon livre, dont l'intrigue était issue de ma fascination de longue date pour la quaternité. Incidemment, c'est en me rendant à une séance de signatures que j'ai découvert le roman de Peeters.
  Je concluais ainsi ma page de 2008
A suivre, j'espère avant 2020...
et nous y voici.
  Thilliez ne lésine pas sur les morts, mais une particularité de Il était deux fois est une association criminelle de 4 artistes. Tous sont morts à la fin du livre, mais plusieurs indices donnent à penser que c'est quelqu'un d'autre, peut-être son jumeau, qui est mort à la place de leur chef, le romancier Caleb Traskman.
  Celui-ci doit évidemment son pseudo au Caleb Trask de A l'est d'Eden, responsable de la mort de son frère jumeau Aaron, rappel du meurtre originel d'Abel par Caïn. Alors plutôt que des victimes 4+1, ce seraient plutôt ici des assassins 4+1.
  Une confirmation viendra peut-être en 2022...

   Je signalais dans le précédent billet que la proximité de mon nom avec celui du lauréat du Goncourt 2000 m'avait conduit à un petit jeu qui fut présenté en vitrine lors de la séance inaugurale de signatures.
  L'attribution du Goncourt 2000 à Ingrid Caven semble résulter de magouilles au sein de l'intelligentsia littéraire. Ce n'est sans doute pas un cas unique, mais des choses très particulières se sont produites pour les Goncourt 1940 et 1960.
  En 1940, au début de l'Occupation, le prix a été "réservé". Il n'a été décerné qu'en 1946, à un roman sur un camp de prisonniers, Les Grandes Vacances; les prix ont été décernés les autres années d'Occupation, et le prix "normal" 1946 a été décerné au roman de Jean-Jacques Gautier Histoire d'un fait divers.
  En 1960, le prix a été attribué à Dieu est né en exil, de Vintila Horia, mais non décerné car il a alors été révélé un passé fasciste gênant de l'auteur.

  J'ai bien sûr été attentif à ce qui s'est passé en 1980, où le Goncourt a été décerné à Yves Navarre, pour Le Jardin d'acclimatation. Rien de spécial à ce sujet, sinon que ce titre était aussi celui d'un projet romanesque de Ricardou.
  J'ai contacté Erica Freiberg, collaboratrice de Ricardou et détentrice d'une partie de ses papiers. Elle m'a confirmé l'existence de ce projet, antérieur au Goncourt 1980, mais aucun écrit n'a été réalisé; le dossier se limite à quelques dessins.

  Erica m'a aussi transmis un article de Ricardou paru dans la revue Sud en avril 1983, Oui et non. Il y répond au poète Pierre Caminade, lequel étudiait l'utilisation des nombres dans Jean Ricardou est-il pythagoricien?
  Caminade avait repéré des nombres de Fibonacci dans les deux premiers romans de Ricardou, et celui-ci confirme qu'avant de les écrire, 
un livre de Matila C. Ghyka, Le nombre d'or, ne lui était pas tout à fait inconnu et donc, entres autres, ce dont parle celui qui interroge : la série de Fibonacci.
  Le texte de Ricardou est, comme souvent, touffu et difficile. Il y redit la différence entre l'auteur, celui qui a quelque chose à dire, et le scripteur, celui qui n'a rien à dire (c'est moi qui simplifie), mais qui écrit quand même en se laissant guider par les jeux du langage.
  Précisément, La prise de Constantinople (1965) est un texte qui se veut construit à partir de rien, du mot RIEN et des éléments présents en couverture du livre, le titre, les noms de l'auteur et de l'éditeur. Ricardou avait donné dans Naissance d'une fiction (1971) quelques explications convaincantes sur la fabrication de son roman, mais il n'y était pas question de Fibonacci. Dans Oui et non, il relève les occurrences des termes de la suite, 0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, dans le roman, et suggère que ç'eût été calculé, mais je ne m'en satisfais guère.
  Pour moi, un nombre ne mérite d'être dit "de Fibonacci" que si sa propriété additive est mise en oeuvre, ainsi 13 n'appartient à la fameuse suite que lorsqu'il apparaît en tant que 8+5. Par exemple, dans un roman de Thilliez, un assassin s'est fait 13 scarifications parce qu'il a tué 8 femmes et 5 hommes, mais ce n'est que lorsqu'il est lardé de 21 coups de couteau que j'envisage sérieusement une intention fibonaccienne (et il y a d'autres indices).

  Rien de tel dans Oui et non, et je me demande si Ricardou n'aurait pas imaginé après coup une structuration fibonaccienne à son roman, mais peut-être n'avait-il pas les mêmes scrupules que moi. Je rappelle que j'ai été incapable de comprendre comment Fibonacci pouvait intervenir dans certains textes, malgré les revendications de leurs auteurs, et qu'en revanche j'ai pu repérer dans d'autres textes de telles structures déniées par les auteurs.

  Je laisse de côté cette question, le point essentiel de cet écrit étant pour moi que Ricardou s'y déclare peu ou prou influencé par Le nombre d'or de Ghyka et la suite de Fibonacci. Jusqu'ici, le seul indice péremptoire que j'avais était une phrase symétricologique débutant par "Or" et finissant par "nombre.".
  Or j'ai repéré des harmonies dorées répondant à mes critères dans d'autres oeuvres de Ricardou, notamment des 21-13 qui me touchent particulièrement.
  Le lapsus circulaire (1988) pousse à une sophistication extrême le principe de symétricologie. Ricardou s'y imagine être le fils caché de l'illustre poète Paul Ryvéla (Paul Valéry a préfacé Le nombre d'or de Ghyka). Les deux premières phrases que j'analysais forment ce paragraphe:
  Déconcertantes au premier moment, j'en conviens avec le critique, des sentences comme "Ile, sans le soleil qui patiemment tout assemble en son être central, ne s'en irait-il pas au plus loin, ton sol?", "O Soleil auroral, elles finissent par te réverbérer le soir, avec leurs deux ailes semblables, les oies", "Ton oeil matinal, Soleil, ce n'est pas à midi qu'il peut prétendre s'unir aux vespérales aisselles", s'élucidaient aisément sitôt qu'on voulait bien admettre qu'elles formaient, pour l'essentiel peut-être, des logogriphes d'elles-mêmes. Ce qu'elles déclaraient en somme, chacune à leur façon, avec leurs idées respectives (un assemblage, une ressemblance, une réunion), c'est qu'une anagramme de "soleil" s'obtient si l'on unit les deux termes "île" et "sol", si l'on ajoute deux "L" au mot "oies", si l'on adjoint au vocable "oeil" les deux lettres "S" et "L".
  Les sentences en italique sont supposées de Paul Ryvéla, et Ricardou les a inclues dans une phrase débutant par 13 mots, et finissant par 21 mots. C'est le seul extrait de l'oeuvre de Ryvéla donné dans le texte. La première approche est donnée dans la seconde phrase.
  Ensuite, le narrateur s'avise des positions symétriques des termes clés, et s'attache à deux des mots centraux des phrases 1 et 3, "central" et "midi", sans se préoccuper de la phrase centrale, dont le centre est "le". Les trois mots formeraient "midi le central", ce qui paraît une nette allusion au Midi le juste au début du Cimetière marin de Valéry, poème à la vocation numérologique assumée (24 strophes de 60 pieds).
  Le narrateur remarque encore que les mots "elles" et "ailes" sont symétriques dans la sentence centrale de Ryvéla, mais qui aurait la curiosité de décortiquer le paragraphe où Ricardou a inclus les sentences de Ryvéla découvrirait que "ailes" est le mot central de la première phrase, tandis que celui de la seconde phrase est "l".

   "L" est la 12e lettre, comme midi est la 12e heure; midi le juste, midi le central.

  J'étudie plus en détail la complexité du Lapsus circulaire , mais je ne reprends ici que ce qui concerne Fibonacci. Ce texte ouvre La cathédrale de Sens, suivi de 6 nouvelles précédemment éditées, la dernière étant L'art du X, un texte pouvant rejoindre les préoccupations de Valéry puisque le temps y est omniprésent, avec de multiples références au cadran de l'horloge, et qu'on y trouve 60 phrases spéciales de 12 mots.
  Plus immédiatement pour le lecteur lambda, il offre en exergue
En ses calculs, que ce texte rende hommage au travail de Perec.
tandis que l'exergue du Lapsus circulaire est
En ses calculs, que ce texte rende hommage au travail de mon père.
  La nouvelle présente différentes formes d'un sonnet, et j'ai été effaré de découvrir récemment dans la forme finale une possible quadruple césure dorée. Le sonnet compte 119 mots, valeur de JEAN RICARDOU, et j'ai été conduit à scinder ces 119 mots en 71, valeur "ricardolienne" de RICARDOU, et 48, nombre fétiche correspondant aux 4 et 8 lettres des prénom-nom. A cette césure correspondent 4 partages dorés idéaux:
- 17-11 des 28 hémistiches;
- 303-188 des 591 lettres;
- 3402-2103 de la valeur 5505 de ces lettres;
- 21-13 des 34 lettres composant l'acrostiche
X ajoute ces mots en colon/ne et puis cesse.
  Seule la dernière césure est fibonacienne, et il est tout de même frappant qu'elle concerne les nombres 13-21 également présents dans une phrase très particulière du Lapsus circulaire, un texte où il est assuré que Ricardou a minutieusement compté les mots de ses phrases.

  Il y a plus de détails dans le billet de septembre, où j'avouais douter de l'intentionnalité d'une telle harmonie, mais la découverte de Oui et non change quelque peu la donne.
  Certes Ricardou ne parle que de la suite de Fibonacci dans ce texte, mais ceci ne signifie pas qu'il ait ignoré les autres suites additives, convergeant pareillement vers le nombre d'or.
    Je reviens sur la découverte d'une possibilité d'harmonie dorée dans les deux dernières phrases de Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, comptant 183 et 226 mots, soit les deux derniers nombres de l'instrument Modulor du Corbusier, architecte dont il est question dans  Le nombre d'or de Ghyka (mais il n'avait alors pas encore conçu le Modulor).
  Je croyais avoir vu la lettre grecque phi, φ, symbole du nombre d'or, vers la fin de la longue dernière phrase,
mais Erica Freiberg, laquelle avait tapé à la machine le manuscrit de Ricardou, m'a appris qu'il s'agissait du symbole du deleatur, signifiant qu'un mot doit être supprimé.
  Je pensais que le mot omis pouvait être "fis" (ou "fisse", plus correct grammaticalement), mais Erica m'a fait douter...
...et puis voici le texte Oui et non, montrant que Ricardou connaissait le nombre d'or, souvent nommé phi dans le livre de Ghyka, et φ est bien "proche le déléatur", et la référence au Modulor reste une piste à suivre dans ce texte "monumental".
   Précisément, dans sa préface à Ghyka, Valéry regrette l'absence de "phi" en littérature, et Ricardou aurait pu vouloir démentir cette assertion, par cette préface et par l'autre texte "monumental" de 1988, Le lapsus circulaire où il imagine être le "phils" de Valéry...
   Je donnais ici les deux phrases de 183 et 226 mots en correspondance symétricologique. Le mot central de la première est "coeur", et j'envisageais que les mots "j'en", à un mot près au centre de la  seconde phrase, complétaient le nom du prétendu auteur, Jean Ricoeur.

Note du 1/1/21: après une conversation avec Erica Freiberg, il s'avère que Ricardou admirait Le Corbusier, et ceci conforte l'idée qu'au moins ces deux phrases de 183 et 226 mots fassent allusion au Modulor et à phi.

Note du 2/1/21: la quasi-certitude d'être très proche des intentions de Ricardou dans les dernières phrases de Préface... m'a conduit à un autre dessillement.
La version définitive du Modulor a été conçue pour séduire les Anglo-saxons, avec ses mesures approximations en demi-pouces et pouces de la suite de Fibonacci. Le Corbusier a cependant fait une concession au système métrique, les seules mesures exactes de l'instrument Modulor étant 113 cm dans la série Rouge et 226 cm dans la série Bleue, longueur de ce ruban utilisé par l'architecte.
Le vrai nom de l'architecte est Charles-Edouard Jeanneret-Gris, qu'on trouve aussi réduit à
CHARLES-EDOUARD JEANNERET = 226 selon l'équivalence ordinale de ces 23 lettres.
Une rue de Poissy porte ainsi ce nom.
J'ignore si Charles-Edouard était conscient de cette égalité, mais divers témoignages montrent que Ricardou était un arithmo-maniaque, comptant tout et n'importe quoi, et ce calcul était une broutille pour son intelligence exceptionnelle.
Il a au moins fort probablement remarqué que les 8 lettres de son nom, nombre de Fibonacci, avaient pour valeur un autre nombre de Fibonacci,
RICARDOU = 89,
or les 226 cm du Modulor sont équivalents à 89 pouces (88,97... en fait).
Je peux maintenant mieux comprendre pourquoi les mots "j'en" ne sont pas exactement au milieu de la phrase de 226 mots, où ils occupent les rangs 112-113, 113 équivalant à 89 demi-pouces
Les 183 mots de la phrase précédente, outre qu'il s'agit de la mesure précédente du Modulor, offrent aussi une remarquable possibilité gématrique, puisque le mot central a le rang 92, valeur de JEANNERET, diminutif de Jean (je rappelle que le mot central est "coeur", vraisemblablement pour "cardo").
Je suis éberlué d'avoir mentionné plus haut l'assassin de Thilliez ayant tué 8 femmes et 5 hommes, l'une de ses victimes étant Grégoire Corbusier.
Il y a plus dingue encore, mais ce sera pour un prochain billet.
Fin des notes et retour à la suite du billet initial:


  Tous ces anciens billets souffrent des titubements dans mon approche, mais l'écriture de Ricardou est si exigeante qu'aucune lecture puisse en être considérée comme définitive.
  Il y a un point sur lequel je veux revenir, bien que le billet concerné ait été annoté.

    Ricardou signait de ses initiales, JR, schématisées en une patte d'oiseau, parce que l'oiseau est un "porte-plumes", or dans une de ses nouvelles apparaît le vocable hébreu tserouf, "anagramme", ÇRWP (צרוף), qui se trouve être l'exacte anagramme de ÇPWR (צפור), tsippor, "oiseau" (la différence פ-ף vient de ce que certaines lettres ont une forme différente à la fin d'un mot).
  Un personnage de la Bible se nomme Tsippor, "oiseau", mais les noms propres bibliques ont été longtemps assujettis aux transcriptions de la Vulgate, et c'est ainsi que Tsippor est devenu Sephor dans la plupart des traductions ultérieures. Cette transcription sephor, "oiseau", pour incorrecte qu'elle fût, est l'exacte anagramme de la transcription correcte du mot "écrivain", sopher.

   Je ne sais comment j'ai pu alors oublier que la Langue des oiseaux désigne divers types de codages, notamment l'anagramme, ce qui est aussi la définition du tserouf. L'origine de l'expression n'est pas assurée.
  Je suis d'autant plus impardonnable que je connaissais Richard Khaitzine, auteur de La langue des oiseaux, un livre qui m'a grandement aidé en 1997, malgré quelques réticences. Richard est intervenu sur ce billet de Quaternité.

  Nous nous opposions notamment sur Perec, qu'il voyait avoir dissimulé un message ésotérique dans son oeuvre, ce qui est absurde pour tous ceux qui l'ont connu.
  Précisément, une découverte très récente concerne la signature de Perec, un unique G.
  Dans W ou le souvenir d'enfance, ce souvenir serait une lettre hébraïque qu'il aurait très jeune su tracer, ce qui aurait provoqué l'admiration des siens. Il y en a plusieurs versions dans les travaux préparatoires, et le graphisme finalement donné dans le livre est en fait fort proche du G qu’il utilisait comme signature, mais vu dans un miroir, latéralement, comme l'a vu Philippe Lejeune.
la signature de Georges et le graphisme donné dans W ou …
la signature de Georges et le graphisme donné dans W

 En novembre, peu après m'être souvenu de la langue des oiseaux, en rapport avec la patte d'oiseau de JR, j'ai découvert le logo de Givenchy.
  Le G en bas à gauche est symétrisé dans toutes les directions, et ce qui a aussitôt attiré mon attention est que la figure obtenue en haut à droite est fort proche d'un P hébraïque, פ.
  Voici les 3 formes données par Wikipedia pour la lettre, à comparer au logo et à la signature de Georges, symétrisée.
  La grande curiosité, c'est qu'après plus de 20 ans que je me passionne pour Perec, je découvre ces jeux de symétrie quelque mois après avoir vu que la signature de Ricardou offrait un jeu entre les racines ÇPR et ÇRP, "oiseau" et "anagramme", alors que le nom Perec vient de la racine PRÇ, "briser", miroir de ÇRP.
 .
  Si le G occidental est symétrique du P hébraïque, le J ricardolien n'est pas loin d'être symétrique du R stylisé de la signature.

  Le logo de Givenchy me rappelle le plan des lieux dans L'adversaire (1963), d'Ellery Queen, un roman dont j'ai souvent évoqué les troublants échos avec La vie mode d'emploi.
   Les cousins York, héritiers de millions de dollars, habitent les 4 demeures symétriques de York Square, chacune possédant sa tour.
  3 cousins sont assassinés par l'homme à tout faire du domaine, Walt, mais les enquêteurs découvrent qu'il est manipulé par quelqu'un signant Y, et ils se demandent si Y ne serait pas le York survivant, Percival, dans le coin supérieur droit, jusqu'à ce que Y demande à Walt de tuer Percival.
  Il m'a semblé que la forme de sa demeure était proche d'un yod hébreu, alors que de fait le mystérieux Y représente Yahweh, le Tétragramme YHWH. Je remarque sur ce graphisme trouvé en ligne la ressemblance du Y de Yod avec le gamma minuscule γ. La demeure du coin supérieur gauche peut être aussi assimilée à un gamma majuscule, Γ.
  Décidément, on peut faire beaucoup de choses avec les lettres et leurs symétries, mais les cas de quadruple symétrie tels que le logo de GivenchY et le plan de York Square sont plutôt rares. Je remarque que dans les deux cas, le graphisme évoquant une lettre hébraïque est à la même position, et je m'ébahis qu'il concerne chez Queen un Percival, parfois appelé dans le roman Perce.
 
  Je prévoyais d'autres développements pour ce 307e billet de Quaternité, mais ce sera pour plus tard. Bien sûr, son titre est de valeur 307, et je déplore qu'il ne mentionne pas Perec, pas trop prévu au départ.
 


12.12.20

d'Hervé Le Tellier à Léonard Le Pisan


   Le prix Goncourt a donc été pour la première fois attribué à un oulipien, Hervé Le Tellier.
  Un oulipien et un fibonaccien, car le nom Fibonacci apparaît dans L'anomalie. Le Tellier est déjà associé pour moi à une coïncidence fibonaccienne. En 1997 il a publié un Poulpe, La Disparition de Perek, n° 89 de la collection de poche Baleine, laquelle publiait des Poulpes et d'autres polars, avec ce petit prodige, analysé en détail ici, que le rapport entre les uns et les autres a flirté avec le nombre d'or tout au long de l'existence de la collection.
   C'est ce n° 89 qui m'a fait découvrir cette anomalie, car c'était le 55e Poulpe, avec divers échos:
- 55 et 89 sont des nombres consécutifs de la suite de Fibonacci, donnant les meilleurs rapports dorés;
- ce PEREK qui a disparu est un nom de valeur 55;
- il fait référence à GEORGES PEREC = 76/47, nom doré;
- et auteur doré, notamment d'Alphabets où j'ai remarqué le rapport des occurrences du mot "or" entre les deux parties, 55/34.
  Antoine de Kerversau, directeur des éditions Baleine, et Jean-Bernard Pouy, directeur de la collection Le Poulpe, ont été les premiers surpris de cette harmonie. J'ai eu l'occasion de partager l'info avec Le Tellier, mais je ne me souviens plus exactement de ce qu'il en a dit, sinon qu'il n'y avait rien de prémédité.

  Par ailleurs, je m'intéresse aux travaux de Jean-Claude Perez, lequel a découvert de curieuses relations fibonaciennes entre les bases de l'ADN. Je suis loin de partager ses interprétations sur la question, mais le phénomène existe, et je lui avais suggéré de le mettre en parallèle avec ce qui se passait dans la collection de poche Baleine, où toute logique semble bannie. Il m'avait appris que Le Tellier avait été journaliste scientifique, et qu'il avait été l'un des seuls à donner un compte-rendu positif du livre où Perez exposait ses découvertes.

  Alors en quoi Fibonacci apparaît-il dans L'anomalie ? L'un des personnages est le mathématicien Adrian Miller, ressemblant tantôt à John Cusack, tantôt à Keanu Reeves, tantôt à Tom Hanks, selon ceux qu'il rencontre. Il porte un T-shirt déchiré portant l'inscription "I zero, one, and Fibonacci".

  Je n'ai pas trouvé en ligne de mention de cette inscription, mais bien d'autres T-shirts font allusion à Fibonacci, comme celui-ci portant la spirale de Fibonacci et les 21 premiers nombres de la suite de Fibonacci, dont les premiers termes F0 et F1 sont 0 et 1, les suivants s'en déduisant par la formule
Fn  = Fn-1 + Fn-2

  Il y a beaucoup de T-shirts de ce type, et j'ai choisi celui-ci parce qu'il donne 21 nombres de Fibonacci, 21 appartenant à la suite (F8, ici 9e parce qu'on part de F0), et que la spirale associée est inscrite dans un rectangle 13x21.
  Précisément, l'inscription du T-shirt est donnée à deux uniques reprises, chapitres 13 et 21 de L'anomalie, or 13 et 21 sont des nombres de Fibonacci

  Le roman a 35 chapitres, ce qui incite à aller voir ce qui se passe au chapitre 34, le terme suivant de la suite de Fibonacci, intitulé Trois lettres, deux mails, une chanson, zéro absolu.
  0-1-2-3 sont des entiers consécutifs, pouvant résulter de maints choix, et ce sont notamment les seuls nombres consécutifs dans la suite de Fibonacci. Parmi ces divers éléments, le seul se prêtant à un comptage immédiat est la chanson, et elle a 34 vers, répartis en 3 couplets de 7 vers, 3 refrains de 3 vers, et un final de 4 vers. Ceci permet entre autres un découpage 21-13.
  Le zéro absolu (-273,15°C) est souvent approximé à -273 (273 c'est 21x13).

  Les 35 chapitres du roman, en fait non numérotés, sont répartis en 3 parties de 13-9-13 chapitres. Un amateur de Fibonacci aurait certes préféré 13-8-13, mais le double partage doré de 35 mène effectivement à 13-9-13. 9 et 13 font partie de la suite additive 4-9-13-22-35-57-92-149-241..., suite que j'appelle Golden Numbers car l'expression correspond à deux termes consécutifs de la suite,
GOLDEN NUMBERS = 57 92.
  Comme je le mentionnais en janvier dernier, elle est enregistrée sur le site de l'OEIS sous le numéro 22130, 22 et 13 étant des termes de la suite. Je remarque aujourd'hui que ce numéro est formé des seuls chiffres 0-1-2-3, et me demande encore si certains auteurs n'éplucheraient pas mes écrits pour concocter des oeuvres dans le seul but de me rendre encore plus dingue... Je rappelle que je suis particulièrement obsédé par le couple fibonaccien 21-13, auquel j'ai consacré une compilation qui comptait dès sa création en 2012 une centaine de cas, et que j'actualise régulièrement.

  Il est difficile de concilier la répartition des 35 chapitres en 13-9-13 et les éventuels marquages des chapitres 13-21-34, et il est tout à fait possible que ce que j'ai repéré n'ait rien à voir avec les intentions de Le Tellier. Comme le dit son personnage d'auteur Victor Miesel,
Aucun auteur n'écrit le livre du lecteur, aucun lecteur ne lit le livre de l'auteur.
  Le précédent billet m'a conduit à évoquer un roman de Carter Scholz, lequel assurait s'être servi de la suite de Fibonacci pour déterminer le nombre et la longueur des chapitres de son roman Palimpsests. J'avoue n'avoir pas compris comment Fibonacci pouvait y intervenir.
  Le hasard a voulu que dans le même temps je lise un polar de 2005 de Laurent Scalese dont les 55 sections se prêtaient bien à un partage fibonaccien 34-21. L'un des indices pouvant appuyer ce partage était précisément un éventuel marquage numérique des premières sections selon ce partage, avec dès la première phrase de la section 1 l'apparition du nombre 34, dès la seconde phrase de la section 35 l'apparition du nombre 21.
  Or voici que je découvre chez Le Tellier un éventuel marquage concernant cette fois les dernières sections d'un éventuel partage fibonaccien, avec ce qui se passe aux chapitres 13-21-34. Quelles qu'aient été les intentions des auteurs, il me semble au moins acquis que l'approximative simultanéité de mes découvertes n'est imputable à aucune logique.
  Il y a davantage, car la découverte chez Scalese m'a fait lire d'autres romans de l'auteur, sans y découvrir quoi que ce soit de déterminant, sinon cette dédicace possiblement "à double entendre":
A ceux qui comptent. Ils se reconnaîtront.
  Quelle qu'ait été l'intention de Scalese, il se trouve que Le Tellier a collaboré avec un dessinateur oulipien pour publier en octobre dernier Les gens qui comptent, où le sens arithmétique de l'expression est patent. L'éditeur donne ici quelques planches de l'ouvrage.

  Il y a davantage encore, mais il est d'abord nécessaire d'aborder en bref l'intrigue de L'anomalie.
  Le Boeing 787 AF006 d'Air France Paris-New York a atterri deux fois, d'abord le 10 mars 2021, puis le 24 juin suivant, 106 jours plus tard, avec les mêmes 243 personnes à bord. Les premières 243 personnes ont continué à vivre pendant ce temps, où à mourir car l'auteur Victor Miesel s'est suicidé le 22 avril juste après avoir écrit la dernière ligne d'un livre qui va connaître ensuite un grand succès, L'anomalie, tandis que les nouvelles 243 personnes croient être toujours le 10 mars.
  La narration s'attache au devenir de 8 passagers (tiens 8 qui est encore un nombre de Fibonacci), dans leurs deux avatars, et bien sûr à tenter de trouver une explication au phénomène. L'hypothèse la plus plausible selon les spécialistes est que nous sommes des simulations, des programmes auxquels "on" fait subir des tests. Le thème a déjà été abordé en SF, notamment dans le splendide Simulacron 3 (1964), où un monde virtuel est précisément testé sur ses réactions face à une réalité simulée...
  L'essentiel de L'anomalie est cependant l'étude des divers cas générés par le dédoublement des passagers du vol 006.

  Quelques lignes apprennent qu'un incident similaire s'est produit en Chine, avec un Airbus A340 qui aurait atterri en janvier et en avril 2021 avec les mêmes 322 passagers à bord. Une curiosité est que la première phrase du roman de Scalese que j'avais vue pouvoir souligner le partage 34-21 est
Julia Hurbon colla son front trempé de sueur contre le hublot de l'Airbus A340.
  Tiens, c'est au chapitre 21 de L'anomalie qu'il est question de l'A340 chinois, ce chapitre où il y a la seconde mention du T-shirt Fibonacci d'Adrian Miller.
  Adrian était en 2001 un tout jeune mathématicien prometteur. Après la catastrophe du 11 Septembre, de hauts responsables des affaires aériennes lui ont demandé de modéliser des stratégies répondant à tous les incidents envisageables. Une fois ceci fait, on lui a encore demandé d'établir un protocole répondant à quelque chose de totalement imprévisible.
  C'est donc ce protocole 42 qui est activé après l'apparition du second vol AF006, et Adrian appelé pour le superviser. Il s'était quelque peu fichu de ses employeurs jadis, et ce protocole 42 est plutôt fantaisiste. Ainsi, lors des interviews prévues des passagers, Miesel identifie l'origine des questions:
VSM : Mais... Vous me faites marcher! Vous vous croyez dans Rencontres du troisième type?
FKW : Je ne comprends pas, monsieur Miesel.
DBM : J'ai vu vingt fois le film de Spielberg, je le connais par coeur: vous me posez les questions que François Truffaut pose à Richard Dreyfus, au mot près. Quel est l'abruti qui a rédigé ce questionnaire?
  Deux curiosités: l'acteur a pour patronyme Dreyfuss, avec deux s (tiens, j'avais anecdotiquement évoqué l'affaire Dreyfus dans le précédent billet), et à deux reprises au cours de l'interview les initiales VSM de Victor Serge Miesel deviennent DBM (ce sont les initiales du premier interviewé, David Bernard Markle). Comme le protocole prévoit des erreurs dans les déclarations d'identité préalables des questionnés, c'est à se demander si L'anomalie ne testerait pas ses lecteurs...
  J'ai par ailleurs réagi à cette mention de l'ufologue incarné par Truffaut, Georges Lacombe, inspiré par le réel ufologue Jacques Vallée, car le précédent billet m'a fait avancer l'idée que Vallée-Lacombe avait aussi inspiré trois personnages de Thilliez:

- Jacky Duval dans L'anneau de Moebius;
- Jacques Lacombe dans Le syndrome [E];
- Jack Holcombe dans L'encre et le sang.
  Jacky Duval est un physicien, auquel Stéphane Kismet vient soumettre son étrange expérience. Il rêve de lui-même 6 jours et 20 heures dans le futur, et les informations qu'il reçoit semblent réelles. Il s'installe une communication entre Stepas, le Stéphane du passé, et Stefur, celui du futur.
  Dans L'anomalie, les responsables conviennent de départager les dédoublés en les nommant par exemple Victor March et Victor June. L'analogie est faible, mais je suis frappé d'avoir relu L'anneau de Moebius peu avant de découvrir L'anomalie. L'anneau, L'ano..., Thilliez, Tellier...

  Il y a un autre écho avec mon précédent billet, lequel m'avait conduit à rendre compte du roman de 2019 de Fabrice Papillon, Régression, lu à l'occasion de sa parution en poche. Papillon y imagine que la prédominance de Cro-Magnon sur Neandertal a été une catastrophe menant à l'agonie de la Terre aujourd'hui.
  Dans L'anomalie, si la thèse de la simulation est vue comme la plus probable, encore se pose la question de qui est derrière cette simulation. Une hypothèse émise est que Neandertal l'ait jadis emporté sur Cro-Magnon, et qu'il ait programmé le monde virtuel correspondant à l'autre cas.
  Tiens, Régression se passe en 2021, comme L'anomalie.
  Le premier roman de Papillon, Le dernier Hyver, avait 35 chapitres, comme L'anomalie, et j'en avais envisagé ici une répartition fibonaccienne.

  Adrian Miller avait prévu un signal de reconnaissance pour l'activation du protocole 42. On l'appellerait, sur un téléphone uniquement prévu à cet usage, pour lui dire
- Toto, j'ai l'impression...
ce qu'il devait compléter par
- Que nous ne sommes plus au Kansas.
   C'est une réplique célèbre du Magicien d'Oz, que j'ai trouvée aussi l'an dernier dans l'intéressant roman de Connie Willis, Passage (tiens, il m'est revenu que Le Passage a été le premier éditeur de Thilliez, jusqu'à L'anneau de Moebius).
  Le personnage principal en est Joanna Lander, psychologue étudiant le phénomène des NDEs (EMIs, expériences de mort imminente). J'avais été frappé qu'elle parvienne à un résultat grâce à un Carl, parce que les noms CARL et JOANNA ont les valeurs 34 et 55, des nombres de Fibonacci, et que l'expérience fondatrice de Quaternité a été ma découverte de l'échange, prédit par une NDE, entre Carl Jung et son médecin Theodor Haemmerli, avec les valeurs de JUNG et HAEMMERLI, 52/84, rapport 13/21 qui sont aussi des nombres de Fibonacci.
  Mais Joanna est tuée avant de pouvoir partager sa découverte, et les derniers chapitres du roman montrent ce qui se passe dans son cerveau en perdition. C'est chapitre 55 qu'elle émet "Je suis au Kansas", contrepied de la formule de Dorothy d'Oz, or il était important dans un thriller ésotérique que le Kansas soit le 34e état à avoir rejoint l'Union. Tiens, je n'avais pas relevé l'an dernier que Dorothy était un prénom équivalent à Theodor.

  L'un des passagers du vol AF006 était une Joanna, l'avocate noire Joanna Woods, 34 ans. Joanna June découvre que pendant les mois précédents Joanna March s'est mariée et est enceinte. Il n'y a plus de place pour Joanna June auprès de l'homme qu'elle aimait, et le FBI lui forge une nouvelle identité, Joanna Ashbury. La parenté entre wood, "bois", et ash, "cendre", peut rappeler les pseudos Gary, "brûle!" en russe, et Ajar "braise", et il est piquant qu'on parle de proposer au Goncourt le livre que Victor March a écrit avant de se suicider, L'anomalie.
  Victor June, qui ne ressent aucune pulsion suicidaire, envisage d'écrire un livre sur sa récente expérience, et regrette que le titre L'anomalie soit déjà pris...

  Incidemment, L'anomalie est le 118e Goncourt attribué (le 117e accepté par l'auteur en prenant en compte le refus de Julien Gracq). 118 se répartit selon le nombre d'or en 73-45 et le 73e Goncourt a précisément été La vie devant soi d'Emile Ajar.
  En écartant Le rivage des Syrtes, on aurait 72-45 qui se simplifie en un rapport fibonaccien 8/5.

  118 est un nombre que je connais bien, surtout en tant que double du DOUBLE (valeur 59); voir notamment ici.

  En novembre, un hasard m'a fait repérer dans une caisse de livres voyageurs Ingrid Caven, de Jean-Jacques Schuhl, qui reçut le prix Goncourt en novembre 2000, quelques jours avant la première séance de dédicaces de mon roman à la librairie Epigramme, rue Saint-Paul. La proximité de nos noms me fit concocter un bandeau qui fut présenté en vitrine.
  Il n'y avait pas de triche, ou si peu, car mon roman offrait bien un concours avec un prix à la clé, et personne n'a de toute manière été dupe. Je me suis servi ci-dessus du bandeau de 2020, le bandeau original ne mentionnait que "Prix Goncourt".
  J'avais jeté un oeil à l'époque sur Ingrid Caven, mais ne pouvais alors être pleinement sensible au fait que sa 4e et dernière partie avait pour titre 44 W. 44. Il s'agit du n° 44 de la 44e rue Ouest à Manhattan d'où l'on verrait le bleu du fleuve.
  Aujourd'hui, je pense bien sûr au 4/4/44, le jour de l'échange entre Carl et Theodor, d'autant que ce roman est plutôt un récit autobiographique où Jean-Jacques, second mari d'Ingrid Caven, y est devenu le personnage Charles. 
  Tiens, en cherchant plus haut une référence pour le roman Simulacron 3, j'ai appris que le premier mari d'Ingrid Caven, Rainer Werner Fassbinder, en avait fait une adaptation télévisée. Ingrid Caven y tient un petit rôle.

  Incidemment, lors de la création de la collection Albert Fnak, ensuite devenue Pierre de Gondol, la participation d'Hervé Letellier (sic) était ptévue. Voici l'annonce dans le catalogue Baleine 2000:
  En fait, après Pouy et Schulz, le seul auteur annoncé ayant effectivement écrit un Gondol est Jacques Vallet (Sam Suffit).
Note du 27/12: Jacques Vallet! Je me souviens que lorsque j'ai entendu pour la première fois ce nom, j'ai pensé qu'il s'agissait de Jacques Vallée. 
 
  Le nom complet de Joanna est
JOANNA  SARAH  WOODS = 55  47  76
  Je reconnais en 76-47 les valeurs de GEORGES-PEREC, en très bon rapport doré car 47 et 76 sont des nombres de la suite de Lucas, donnant les meilleures approximation du nombre d'or après la suite de Fibonacci, à laquelle appartiennent 55, valeur de Joanna, et 34, son âge.
  Mais 55 est aussi la valeur de PEREK, et je m'émerveille de trouver associées ces valeurs 55-47-76 chez celui qui a écrit La disparition de Perek.
  J'aurais bien relu ce 55e Poulpe, mais je ne l'ai pas retrouvé. C'est aussi une histoire de doubles, avec des grands de ce monde qui se sont fait faire des clones, laissés libres de mener leur vie jusqu'à ce qu'un de ces grands ait besoin d'une greffe d'organe...

  Si les 8 passagers auxquels s'attache la narration mériteraient tous d'être étudiés, je reviens à Miesel dont le nom complet est
VICTOR  SERGE  MIESEL = 87  54  63
  Le rapport 87/54 se simplifie en 29/18, deux nombres de Lucas à nouveau en bon rapport d'or.
  Un élément qui revient souvent dans le récit est la brique de Lego qu'il conserve depuis 34 ans (encore 34) en souvenir de son père. Si la marque doit son nom à une expression danoise signifiant "Joue bien!", lego signifie en latin "je lis", ce qui est approprié pour un homme de lettres. Victor June a récupéré la brique du suicidé Victor March, évidemment identique, et il les a assemblées. On peut comprendre "je lis et je relis" (ou "je lie et je relie").
MIESEL / LEGO = 63/39 = 21/13,
Fibonacci encore, rappelant les chapitres 13-21 où est mentionné le T-shirt Fibonacci.
  L'ensemble des 4 nombres 87-54-63-39 a pour somme 243, le nombre des passagers du vol AF006.

  J'ai commencé L'anomalie le 8/12/20, ce qui peut correspondre aux initiales HLT. C'était en clinique à Manosque où je venais d'être opéré la veille de la hanche. Je n'étais pas très clair ce 8/12/20, j'ai fini le livre tard dans la nuit, et l'ai relu attentivement les jours suivants.
  Rentré à Esparron, j'ai découvert une longue interview en ligne de HLT, réalisée précisément à Manosque en septembre.
  Avec deux jours de retard, je donne à ce 306e billet la date de publication prévue depuis longtemps du 12/12/2020, à 08:08 (ce qui était moins prévu).
  C'est à nouveau un titre dont la valeur correspond au rang du billet (Léonard le Pisan est une autre appellation de Leonardo Fibonacci).

  J'ai aussi eu envie de rendre un hommage poétisé au roman, alors voici, en alexandrins isocèles avec acrostiche et télostiche:

Hitler n'a donc jamais initié la ShoaH
Eva fuit le serpent, simulacre blanchI
Rien n'est imaginal si tout se réécriT
Voler c'est pas joli, atterrir illégaL
Et Joanna devine un signal de détressE
LE passé représente un miroir du futuR
Tellier déroule là sa cyclonique toiLE
En toute duplicité le simple est impuR
Léonard le Pisan, zero one one, I lovE
Le mari de la nièce avait trahi LeskoV
Ilena stimule lorsque Victor l'abaissE
Et Cro-Magnon fut occis par NeandertaL
Rompez, Hervé n'a pas écrit L'anomaliE



156 pieds, valeur de HERVE LE TELLIER
92 (ou 93) mots, 409 lettres, non calculés
gématrie totale 4698, soit 58x81 (HERVExTELLIER)