8.8.19

sinople : rouge comme le vert


  Peu avant mon départ pour Cerisy, j'ai regardé dans une librairie la 4e de couv' d'un poche qui avait attiré mon attention, Les émeraudes de Satan, de Mathieu Bertrand.
  Il y est question d'une quête pour retrouver les sept émeraudes d'une couronne diabolique découverte à Jérusalem par les Templiers... Le Pape charge Paul Kaminsky, des services secrets du Vatican, de cette mission, mais le mystérieux Ordre Epsilon désire aussi les pierres...

  Des émeraudes et de l'Epsilon, voilà qui m'évoque aussitôt Les lieux-dits, sa fiole verte, de sinople dirait l'héraldiste, contenant un élixir rouge, comme le vase d'émeraude du Graal contenant le sang du Christ, et plusieurs allusions du roman confirment cette piste. Il y a aussi ses deux frères EPSILON, dont l'anagramme L'ESPION est explicitement donnée; c'est au lecteur qu'il revient de voir une autre anagramme dans le square LENPOIS, où a été expérimenté l'élixir, mais le mot SINOPLE est absent du roman.
  Bref j'ai acheté Les émeraudes de Satan, et sa lecture a d'étranges résonances ricardoliennes.

  Le roman a 24 chapitres. Son chapitre 8 est L'Ordre Epsilon, fraternité composée de 9 membres issus de l'élite mondiale, pesant secrètement sur toutes les grandes orientations depuis le début du XIXe siècle.
  Son chapitre 16 est intitulé L'espion, un agent de l'Ordre Epsilon très haut placé dans la hiérarchie vaticane.
  8-16 suggère 8-16-24: le chapitre 24 et dernier est intitulé Le couronnement. Les émeraudes ont été toutes décou-vertes, et serties sur la couronne originelle. Le Pape doit s'en coiffer lors d'une cérémonie annoncée comme un changement décisif dans l'histoire de la religion...

  Le sinople serait donc particulièrement à l'honneur dans ce dernier chapitre, contribuant à une structure 8-8-8 dessinée par les chapitres 8-16-24.
  Incidemment, je connaissais le sinople et n'avais pas pris la peine de me renseigner plus avant pour mon intervention à Cerisy où il était précisément question des anagrammes EPSILON-L'ESPION-SINOPLE, et j'apprends avec stupeur en me demandant soudain l'origine de ce mot que sinople désignait auparavant le rouge en héraldique, le vert étant la prasine. Les raisons de ce renversement  au XIVe siècle sont obscures, mais il apparaît crucial pour Les lieux-dits, où il est insisté sur la complémentarité du rouge et du vert, et où il y a deux frères Epsilon, qui sont dits pratiquer "deux fétichismes adverses"; l'un est antiquaire, et a affaire aux "choses", l'autre est libraire, et a affaire aux "mots". Avec le Jardin des Oppositions LENPOIS, il me semble qu'on pourrait voir ici un dispositif conçu à partir du générateur SINOPLE, l'anagramme L'ESPION étant explicite pour inciter à chercher d'autres anagrammes de EPSILON.
  Curiosité: l'espinol est en espagnol un suc tiré de l'épinard, lequel s'écrivait il y a peu EPINARS (comme ici dans l'Encyclopédie de Diderot), anagramme de PRASINE, le premier nom héraldique du vert.
  Mon intervention m'a fait mentionner l'éventuelle étymologie rapiens pour les lions "rampants" du paquet rouge de Pall Mall. RAPIENS est une autre anagramme exacte de PRASINE
  Le SINOPLE, originellement teinture rouge, venait plus logiquement de la terre ocre de la région de Sinop (ou Sinope), en Turquie. Mon intervention m'a fait évoquer, à partir de MAADRBRE, adam, "homme" en hébreu, edom, la couleur rouge, et adama, l'argile rouge.

Note: çoeur dp, qui vient de lire ce billet mais qui n'a pas lu Les lieux-dits, m'écrit que vert-rouge lui fait penser au verrou, et au tableau de Fragonard. Elle ignorait qu'il y a dans le roman de Ricardou diverses allusions au tableau, voilées mais néanmoins assez claires pour que Le verrou ait été choisi comme illustration de la nouvelle édition des Lieux-dits.
  Chapitre Chaumont, le libraire Epsilon montre à Atta et Olivier une toile d'Albert Crucis, Réflexion, montrant une chambre où est fixée au mur une gravure galante, dont la description est en tout point conforme au Verrou. Le décor de la chambre a des points communs avec cette gravure galante, et après la disparition de Crucis, elle a été recréée à l'hôtel de Monteaux, et nommée Chambre de l'Exposition.
  Chapitre Monteaux, Atta et Olivier visitent le laboratoire, un laboratoire qui a été dit par ailleurs être à Belcroix, ainsi le couple passerait bien à Belcroix, mais sans respecter l'ordre alphabétique. Le directeur leur parle de l'unique fiole qui reste de l'élixir de Gallois, un flacon émeraude contenant un liquide pourpre, et leur demande d'attendre pendant qu'il va le chercher, offrant à chacun une cigarette Pall Mall.
  Pendant l'attente, Atta dit à Olivier qu'elle se verrait plutôt avec lui dans la Chambre de l'Exposition, à Monteaux, et elle les voit jouer la scène de la gravure, lui fermant le loquet de la porte, elle tentant de l'en empêcher...
  Dans les deux descriptions sont employés les mots "loquet", "targette", mais jamais "verrou", "vert-roux"... Ceci me semble fort proche de l'absence de "sinople", signifiant donc "rouge" ou "vert" selon l'époque, le mot pouvant être suggéré par les anagrammes EPSILON-L'ESPION-LENPOIS (le Jardin des Oppositions).
  Le directeur revient avec le flacon qu'il tend à Atta, mais elle le lâche et il se brise par terre. Elle dit ensuite à Olivier qu'émue par ce qu'elle imaginait qui se passerait entre eux dans la Chambre de l'Exposition, son esprit a vu dans le flacon un symbole masculin.
  Ceci pourrait-il être lié à l'anagramme doublement phallique qu'on peut trouver dans SINOPLE (L'OS PINE)? Le plasticien Jean Dupuy, alias l'anagrammiste Ypudu, a vu de son côté une complémentarité sexuelle dans VERT-ROUGE:


  Je ne sais si Mathieu Bertrand a délibérément utilisé l'anagramme EPSILON-L'ESPION, ni s'il a joué avec le nombre 8 et ses multiples, si significatifs pour Ricardou. Je compte prendre contact avec lui après la publication de ce billet.
  Il y a 8 chapitres dans Les lieux-dits, et trois parties de 8 chapitres dans La prise de Constantinople, où rien n'est numéroté, à commencer par les pages. La 1e partie référencée a 8 chapitres introduits par ▽; la 3e partie référencée a 8 chapitres introduits par △, la 2e partie référencée a 8 chapitres introduits alternativement par △ et ▽.

  Le Sceau de Salomon, , est aussi présent dans Les émeraudes de Satan, avec une énigme demandant de découvrir un onzième sceau de Salomon dans l'église Saint Vincent, à Carcassonne. Les héros y trouvent effectivement deux fois 5 étoiles à 6 branches dans les vitraux des murs de la nef, bien que je crois dénombrer 6 vitraux sur cette photo:
  Ils découvrent ensuite à l'intérieur de l'église 3 statues de saints formant un triangle, et 3 chapelles formant le triangle opposé. C'est au centre exact de ce Sceau qu'est cachée la troisième émeraude.

  Comme dans beaucoup de romans de ce genre, chaque découverte implique la résolution d'une énigme. Il n'y a pas ici 7 énigmes, mais bel et bien 8, la première menant à la découverte des énigmes relatives aux caches des émeraudes. Ainsi la troisième émeraude correspond à la quatrième énigme parmi huit, ce qui serait encore ricardolien (Belcroix est le quatrième des huit lieux-dits, parce qu'il y a 4 et 8 lettres dans JEAN et RICARDOU).
  On avait aussi dans Le Livre de saphir, de Gilbert Sinoué, une série de six énigmes à résoudre. Elles dessinaient un Sceau de Salomon à l'échelle de l'Espagne,
et le but de la quête était au centre de ce Sceau.   Un autre point commun entre les deux romans est l'oecuménisme. Chez Sinoué un juif, un musulman et un chrétien doivent s'unir dans cette quête, tandis que chez Bertrand le père Kaminsky reçoit l'aide d'une jeune musulmane, Elaheh, curieusement fille du Vieux de la Montagne, car la secte des Haschischin, des Assassins, semble toujours active de nos jours.

  J'en viens à l'intrigue des Emeraudes de Satan, plutôt sommaire. Il y a un récit à la première personne, le narrateur étant le Pape nouvellement élu, Pie XIII. J'avoue que ça ne correspond pas tellement à l'idée que je me faisais de l'intimité d'un Pape, mais je ne me prétends aucunement expert en la matière...
  L'archange Gabriel apparaît à Pie XIII, et l'informe que toutes sortes de désastres vont intervenir s'il ne rassemble pas les 7 émeraudes cachées jadis par Clément V. Ces 7 émeraudes correspondaient aux 7 péchés capitaux, mais le port de la couronne par le Pape va les transformer en les vertus opposées...
  Pie XIII charge donc Paul Kaminsky de la mission, périlleuse car d'une part divers sortilèges sont attachés à ces gemmes, d'autre part l'espion d'Epsilon communique à l'Ordre toutes ses informations.

  L'Ordre Epsilon n'a en fait guère d'incidence sur l'histoire, et permet à l'auteur de remplir quelques chapitres. Le président de l'Ordre a pour objectif, contrairement au vote des membres, de s'approprier toutes les émeraudes, mais il est assassiné et remplacé par Peter Bishop, lequel entend appliquer la décision de l'Ordre, détruire une seule émeraude pour empêcher la reconstitution de la couronne.
  J'imagine que le nom Peter Bishop est une facétie faisant allusion à Pierre, premier Pape ou Evêque de Rome, et ceci me rappelle que j'ai utilisé ce mot bishop, le nom anglais du fou des échecs, dans mon intervention à Cerisy, où d'autres intervenants ont mentionné le nom de Tom Bishop, un spécialiste américain du Nouveau Roman, venu plusieurs fois à Cerisy. Ceci m'a fait penser à Tom Archer, un personnage de L'Adversaire d'Ellery Queen, roman échiquéen où ce nom est explicitement choisi parce que archer est un autre nom du fou des échecs.

  Djibril, le nom arabe de Gabriel, est aussi apparu au Vieux de la Montagne, ce qui l'a conduit à envoyer sa fille aider le père Kaminsky.

  Le déchiffrage des énigmes et les frasques de l'Ordre Epsilon remplissent 300 pages, et on arrive au dernier chapitre, Le couronnement. Les 7 émeraudes ont retrouvé leurs emplacements sur la couronne, dont le Pape doit se coiffer le 27 mars 2013 à 17 heures lors d'une messe dans la chapelle d'Urbain VIII, selon les instructions de Gabriel.
  La veille, le camerlingue a été trouvé pendu... Le suicide est fort improbable, Kaminsky et Elaheh enquêtent, et découvrent des choses fort inquiétantes. Le pape a été manipulé. Ce n'est pas Gabriel qui lui est apparu, mais le Diable, et revêtir sa couronne va instaurer son règne sur la Terre. Les héros parviennent in extremis à contrecarrer ce plan...

  Tout ceci me semble un peu léger, mais certains thèmes me sont riches en échos. Pourquoi l'Islam est-il représenté ici par le Vieux de la Montagne? Ce thème a été exploité par Tobie Nathan dans son Dieu-Dope, roman énigmatique où il m'a semblé voir une correspondance de ses 28 chapitres avec les 28 lettres du premier verset de la Genèse. L'anagramme y est aussi présente, avec un Vieux de la Montagne actuel nommé Antoine Habt, anagramme du nom de l'auteur...
  Jarry a consacré l'une des pièces de L'amour en visites (ici sur Gallica) au Vieux de la Montagne, où il est question de son mariage avec la princesse Belor. C'est un texte étrange que j'ai souvent eu envie d'approfondir...

...mais ce n'est pas encore le moment. Je passe aux 7 péchés capitaux qui me sont chers, pour diverses raisons.
  Il y a La clairière des eaux-mortes, de Raoul de Warren, où est proposée une liste alternative des péchés, donnant l'acrostiche LUCIFER. Une liste de vertus opposées est proposée, donnant l'acrostiche CHARITE, puis une liste de péchés découlant des premiers, donnant l'acrostiche PLATINE. Tiens, PATELIN conviendrait aussi, un presque synonyme de LIEUDIT.

  Il y a aussi une énigme de Demouzon, Trois fois sept, vingt-et-un! (dans Le crime de la porte jaune), où 10 ans avant Seven sont imaginés des meurtres illustrant les 7 péchés. Les meurtres sont commis aux dates correspondant aux gématries des noms des péchés, à commencer par LUXURE=101 le 10 janvier, 10/1. Le meurtrier a aussi surdéterminé son programme par d'autres 7 fameux, les Merveilles du monde et les poètes de la Pleïade.

  L'an dernier est paru MAD, premier roman de Chloé Esposito, et premier volet d'une trilogie consacrée à une héroïne totalement amorale, Alvina Knightly. Il m'a semblé indispensable de le lire car le mot MAD m'est essentiel, pour son équivalence ordinale 13-1-4 notamment.
  Le roman se déroule sur 7 jours, du 24 au 30 août 2015, en 7 chapitres intitulés des noms des 7 péchés capitaux.
  MAD ne m'a rien inspiré, mais en juin dernier est paru le second volet de la trilogie, BAD, se déroulant pendant la semaine suivante, du 31 août au 6 septembre 2015. Le 31 août m'est une date essentielle, que j'utilise chaque année depuis la création de Quaternité, et c'est le 31 août 2015 que j'ai consacré un second billet au Livre de saphir de Sinoué, mentionné supra.
  J'imagine que le dernier volet, Dangerous to Know, annoncé pour 2021, occupera la semaine suivante.
  Entre les parutions de MAD et BAD j'ai écrit Novel Roman, dont les titres de chapitres composent un carré 18x18 aux multiples contraintes. Ces contraintes m'ont conduit à envisager un chapitre 16 s'achevant par les lettres MAD, que je ne savais comment justifier. Une recherche m'a appris que mad signifie "bien" en breton, où "le bien et le mal" se dit ar mad agh ar fall. J'ai donc terminé mon titre par ar fall agh ar mad, et un seul mot français pouvait le débuter pour satisfaire aux contraintes imposées, Puez. Il m'a fallu ensuite expliciter ce titre par le contenu du chapitre.
  mad est aussi l'adjectif "bon" en breton, tandis que bad est "mauvais" en grand-breton...
  Au 5 septembre de BAD correspond le 29 août de MAD, et son chapitre Avarice. Le dernier crime de l'énigme de Demouzon a lieu le 5 septembre, le 5/9, parce que AVARICE=59.

  Il y a encore l'anthologie Les sept péchés capitaux, où Alberto Manguel (également venu à Cerisy) donne 3 textes d'auteurs classiques pour chaque péché, soit 3x7 = 21 en tout.
  Bref, il y a une certaine insistance à multiplier les sept péchés par trois, et à souligner l'antinomie péché-vertu, bien-mal. Les 3 anagrammes-acrostiches en 7 lettres de Warren m'évoquent le jeu EPSILON-LESPION-SINOPLE, probablement intentionnel chez Ricardou, probablement pas chez Bertrand, et la diagonale MAADRBRE m'a conduit à évoquer Adam et l'arbre du bien et du mal.
  Le breton mad n'était pas dans le texte de mon intervention, mais je l'ai mentionné dans le feu de l'action, sans aller jusqu'au jeu que j'avais vu compléter le jeu anglo-hébreu mad-MAD, fou-très > TSEROUF: le "très bon" sanctionnant la création d'Adam, TWB MAD, peut devenir aussi en breton-hébreu mad-MAD.

  Mon intervention le 2 août m'a évoqué Jean-Pierre Le Goff, qui aurait eu 77 ans ce jour. L'un des thèmes sur lesquels se focalisait Jean-Pierre était la complémentarité vert-rouge.
Note: je viens d'aller consulter le dossier où je conserve précieusement les courriers de JPLG, et j'ai trouvé Du rouge au vert, l'énigme du sinople, lettre où il conviait ses près de 400 correspondants à balader avec lui le 14 septembre 2002 le long de la Sinope, petit fleuve côtier de la Manche se jetant dans la mer à Quinéville (50310), à 50 km environ de Cerisy (50210).
  Cette Sinope est bien verte... quid du rouge Cerisy?
  JPLG a creusé la question, sans éclaircir l'énigme. Il m'a appris d'où venait le nom de la ville de Sinope, via Robert Graves (auquel j'ai déjà eu affaire):
  Les Argonautes arrivèrent à Sinope, en Paphlagonie, ville qui doit son nom à la fille du fleuve Asopos, à qui Zeus, qui s'était épris d'elle, avait promis le cadeau qu'elle souhaiterait. Sinopé demanda comme cadeau la virginité, s'installa dans cet endroit et passa le restant de sa vie dans une solitude heureuse.
  JPLG donne le fac-similé de la rubrique du dictionnaire de Furetière, que voici:
 
  L'étymologie donnée par ce père Menestrier conduit JPLG à envisager que les Croisés devaient parler grec à Constantinople (...), prose mal apprise, et que leur sinople, la teinture rouge, pouvait être comprise comme (pra)sina hopla, "armoiries vertes", ce qui pourrait expliquer le passage du rouge au vert...

2.8.19

Du très sage au très fou, du tressage au tserouf


  Voici le texte de mon intervention au Colloque de Cerisy Ecrire pour inventer, le 2 août à 14h30. Ce n'est qu'à mon retour que j'ai découvert un prolongement essentiel, donné dans le billet qui suit.

DU TRES SAGE AU TRES FOU, DU TRESSAGE AU TSEROUF

  J'ai lu Ricardou tardivement, avec une certaine stupéfaction car j'écris aussi, et ai découvert que Ricardou avait utilisé bien avant moi des procédés que j'imaginais avoir inaugurés.
  Ainsi, j'ai publié en 2000 un roman1 où j'avais codé un sonnet par des lettres imprimées en caractères spéciaux; Ricardou avait fait de même près de 30 ans plus tôt avec son Incroyable strip-tease blanc2.
  Ainsi, j'ai imaginé pour un projet de 1998 une table des matières avec 11 titres de chapitres en 11 lettres, permettant de former un carré de lettres où apparaîtraient d'autres messages, notamment en diagonale ROSENCREUTZ, "Rosecroix"; Ricardou avait procédé de manière parfaitement analogue dans ses Lieux-dits3 en 1969, avec 8 titres de chapitres en 8 lettres formant un carré, permettant notamment de lire en diagonale BELCROIX.

  Mon carré textuel s'est révélé répondre mieux que prévu au programme que je m'étais imposé, et il en était allé de même dans le cas de Ricardou, lequel a consacré plusieurs textes4 aux surprises découvertes après coup dans sa grille.
  Je me propose de rappeler brièvement la structure des Lieux-dits, les curiosités commentées par Ricardou lui-même, puis d'ajouter mon grain de sel avec quelques observations.

  Les Lieux-dits, c'est donc 8 chapitres de 8 séquences chacun, 8 chapitres qui ont pour titres des noms de villages en 8 lettres, 8 noms qu'il est suggéré dans le texte de disposer en un carré, et voir ainsi que le quatrième lieu, BELCROIX, apparaît aussi dans la diagonale dextro-descendante.

  Ricardou a envisagé que les 8 séquences bien délimitées se correspondissent d'un lieu-dit à l'autre, mais ceci donnait lieu à une telle uniformité qu'il décida des débordements d'une séquence sur l'autre, et, corollairement, des débordements d'un lieu-dit sur l'autre. Ce dernier point avait une conséquence, l'un des lieux ne pourrait être visité, et Ricardou décida que ce serait le principal, Belcroix.  Cependant, si les voyageurs éludent effectivement Belcroix, un incident significatif survient pendant le trajet qui mène Atta et Olivier Lasius de Belarbre à Belcroix, trajet modifié pour conduire directement à Cendrier. Un rapprochement érotique se produit, conclu par un partage de cigarettes, et le paquet de Pall Mall est alors longuement commenté, dans une description qui occupe assez exactement le milieu de l'ouvrage.

  Ricardou avait alors abandonné le tabac, mais il fumait auparavant des Pall Mall, la question se posant de savoir s'il avait choisi cette marque à cause des particularités de son emballage, ou s'il avait scruté l'emballage des cigarettes qu'il fumait. Toujours est-il qu'il détaille ses 4 inscriptions en 4 mots chacune, tirant des conclusions de leurs nombres de lettres. Le blason central est minutieusement décrit, avec son écu écartelé montrant en tout 8 pièces, 6 lions et 2 tours. Ricardou souligne la croix ainsi formée, et la rapporte à la devise sous le blason, In hoc signo vinces, "Par ce signe tu vaincras", la formule qui serait apparue à Constantin avant la bataille du pont Milvius, et qui lui aurait permis une victoire décisive.
  Deux lions tiennent l'écu entre leurs pattes, mais Ricardou les voit se le disputer. Ce sont des lions dits rampants, que l'étymologie relie préférentiellement à rampa, "côte", des lions grimpants donc, mais une autre étymologie voit ce mot venir de rapiens, "enlevant de force", en accord avec l'interprétation de Ricardou, lequel imaginera plus tard l'acronyme RAPT, Récrit Avisé Par la Textique, "rapt" étant issu de ce même verbe rapio. Nous avons donc une double figuration des deux éléments composant BEL-CROIX, Ricardou voyant BEL relever du latin bellum, "guerre", avec d'une part les lions se disputant la croix de l'écu, d'autre part la croix de Constantin, évoquant bien sûr La prise de Constantinople, et les croisades, alliant "guerre" et "croix".


  Il y a donc deux contraintes additionnelles au choix de noms de lieux en 8 lettres, l'impératif de les visiter par ordre alphabétique, concernant essentiellement la première colonne, et que cette disposition fasse apparaître la diagonale BELCROIX.
  Ceci suggérait d'aller voir ce qui se passait symétriquement dans la dernière colonne, et dans l'autre diagonale.
  Les toponymes choisis sont si crédibles qu'ils existent bel et bien, hormis Belcroix, sous cette forme, Bellecroix en trois syllabes ayant de nombreuses occurrences.
  Ricardou a vu diverses possibilités de recomposer la dernière colonne, TEXTES au pluriel, plus X, la croix, et R, initiale de l'auteur. Ou encore TESTER XX, soit tester le croisement des deux BELCROIX, et voir que ce croisement se fait sur la lettre C, initiale de CROIX.

  C'est ici qu'il pourrait commencer à y avoir davantage, car, en interprétant ce TESTER XX, "voir ce qui se passe au croisement du X formé par les deux diagonales", on découvre au centre de la grille les lettres RCRD, les 4 consonnes  du nom RICARDOU.
  C'est l'occasion de constater que le nom RICARDOU se partage exactement par moitiés en consonnes et voyelles, de même que le prénom Jean. Les 4 et 8 lettres de ses prénom et nom, ainsi que leur rapport 1/2, ont été utilisées explicitement dans La prise de Constantinople. Ici ce sont encore les 8 lettres de RICARDOU qui sont convoquées pour justifier la saturation des 8 du roman, et il est permis de supposer que le rapport 1/2 est à l'origine de la place de Belcroix en position 4.
  Il est encore loisible de souligner que Cendrier est en position 4 à partir de la fin de la liste, et c'est donc au coeur, autre mot relié par Ricardou à son nom, au coeur de ces mots de 8 lettres en position 4 qu'apparaissent les 4 consonnes de RICARDOU, coeur qui est aussi le croisement des diagonales du carré.
  C'est déjà une curiosité majeure, puisque les noms Belcroix et Cendrier semblent bien plus que les autres lieux-dits avoir d'excellentes raisons d'avoir été choisis, indépendamment des lettres les composant. Ces raisons semblent liées à l'épisode du paquet de Pall Mall, central dans le roman, dont l'emballage évoque doublement BEL et CROIX, et les deux cigarettes allumées par Atta et Olivier finiront dans le cendrier de la voiture.
  Il y a une autre analogie entre ces deux chapitres centraux, Belcroix et Cendrier. Il est donc décidé de ne pas visiter Belcroix, et le passage par Cendrier s'avère des plus brefs. Nos fourmis, Atta et Lasius, y parviennent à la toute fin de la dernière séquence du chapitre Cendrier, et y découvrent leur but, la librairie La Cigale, rue des Octaves, réduite en cendres. Un avis sur la façade noircie apprend que le libraire, M. Epsilon, s'est installé à Chaumont.
  La magie de l'écriture les transporte aussitôt à Chaumont, et c'est Epsilon en personne qui ouvre la séquence suivante, la première du chapitre Chaumont.

  Il est possible d'aller plus loin, mais pas plus loin d'abord que les lettres adjacentes à CR et DR dans les noms BELCROIX et CENDRIER, et ces lettres sont LO et NI, formant LOIN précisément, mais aussi LION. Or les 4 lettres au centre de la grille évoquent aisément les 4 quartiers de l'écu écartelé du paquet de Pall Mall, l'écu que se disputent deux lions couronnés. Il est alors surprenant d'avoir les lettres LION de part et d'autre de ce quaternaire central RCRD, en rappelant encore que les noms Belcroix et Cendrier ont des motivations tout à fait indépendantes de ce jeu.


  Il y a moyen d'aller plus loin encore. Si l'on lit RICARDOU dans le RCRD central, la métaphore échiquéenne peut faire penser que le nom anglais de la tour des échecs est ROOK, et si l'on se hasarde à homologuer cette tour ROOK aux lettres ROUC de RICARDOU, il reste DRAI, qui dans certains dialectes germaniques signifie "trois".
  Or les deux meubles composant l'écu écartelé sont une tour et trois lions, ou plutôt trois lionceaux puisque l'héraldique veut que ces félins deviennent des lionceaux lorsqu'il y en a plus de deux.

  Je rappelle à nouveau qu'il ne s'agit aucunement de prétendre interpréter ici des intentions conscientes, voire inconscientes, de Ricardou, mais de tester minutieusement la "croisée des croix".

  En reprenant la métaphore échiquéenne, il est encore à remarquer que les consonnes RCRD correspondent aux symboles français de pièces des échecs, Roi, Cavalier, Dame.

  Après la dernière colonne, j'en viens à la diagonale dextro-ascendante, MAADRBRE, où Ricardou ne voyait d'abord que charabia, jusqu'à ce que sa collaboratrice lui fît remarquer qu'il suffisait de déplacer une lettre pour avoir MAD ARBRE, éminemment significatif dans un roman dont un personnage essentiel a un prénom d'arbre, Olivier, et un nom de fourmi évoquant doublement la folie, Lasius alienus. Le genre et l'espèce sont bien réels, et Ricardou ne se prive pas du jeu lasius-asilus. Par ailleurs il semble bien que Lasius soit en fait Gallois, un pyromane évadé d'un asile.
  Ricardou remarque que la lecture MAD ARBRE s'obtient en dérangeant les lettres, or "dérangé" est synonyme de "fou".
  En dérangeant les lettres à nouveau, "arbre" pourrait devenir "barré", qui est aujourd'hui un autre synonyme de "fou". J'ignore si cette acception existait en 1968, lors de l'écriture du roman, mais elle aurait pu être mise à profit en 2009, lors de la dernière intervention de Ricardou sur la question.
  Quelle qu'ait pu être la date effective où "barré" est devenu synonyme de "fou", il faut rappeler que Les lieux-dits se passe "aujourd'hui", mot-clé du roman (pour "au jour d'huit").

  En revanche, la "barre" désigne depuis belle lurette la diagonale senestro-descendante de l'écu en héraldique, cette diagonale même où se présentent les lettres BARRE (l'autre diagonale est appelée "bande").
  Je ne crois pas que Ricardou ait souligné que le fou des échecs se déplace en diagonale, la lecture MAD étant ici aussi diagonale. Incidemment, le symbole du fou dans les diagrammes d'échecs est une mitre d'évêque (bishop, son nom anglais), avec une croix, . Incidemment encore, sa désignation française vient d'une homophonie avec le nom originel de la pièce en persan, foul ou fil, signifiant "éléphant".
  On dit aussi d'un fou qu'il lui manque une case, et, toujours selon la métaphore échiquéenne, la lecture MAD est obtenue en "barrant" une case, au sens propre d'annuler, ou au sens populaire de faire partir.
  La barre, c'est aussi ce qui permet de diriger un navire, notamment un voilier, anagramme d'OLIVIER, dont les lettres se réarrangent encore en LIVRE I-O, la prise et la prose, et le choix du prénom Olivier semble s'inscrire dans la continuité de Lancement d'un voilier et de La Prise de Constantinople.

  A propos de ce roman où se multiplient les anagrammes de ISABELLE, l'une de celles proposées est BEL ASILE, qu'il est vertigineux de rapprocher de BEL ARBRE et de MAD ARBRE,vu l'écho entre MAD et LASIUS-ASILUS.

  Les 8 lettres MAADRBRE permettent de former un mot, ce qui est plutôt inattendu pour 8 lettres choisies selon ces modalités. Ce mot est RAMBARDE, dont un synonyme est "garde-fou".

  Ricardou s'appuie sur la répartition en deux séries de 4 de la première colonne, BBBB formant massif, mais un massif qui découle logiquement du programme de départ, puis CCHM, pour considérer aussi les 4 premières lettres de la diagonale dextro-ascendante, MAAD. Il ne remarque pas qu'elles pourraient former le mot ADAM.
  Un hébraïsant sait que ce mot s'écrit en 3 lettres en hébreu, aleph-daleth-mem, les lettres à l'origine de nos A-D-M. En conséquence le jeu Adam-arbre pourrait être valide, et il rappelle le rôle essentiel du double arbre du jardin d'Eden. Le contexte Belarbre-Belcroix est évocateur, car la tradition chrétienne a vu la croix du Christ avoir été faite du bois de l'arbre de vie, et ceci est notamment mentionné dans le roman du Graal, cité à plusieurs reprises dans Les lieux-dits.
  Le Graal, ce serait un récipient en émeraude contenant le sang du Christ, et il semble impératif d'y relier l'épisode du dernier chapitre des Lieux-dits, où Atta et Lasius découvrent la fiole de l'élixir conçu par Gallois, peut-être le père de Lasius. C'est un élixir pourpre contenu dans une fiole de couleur émeraude, la superposition des couleurs donnant au liquide la teinte noire de l'encre.
  Gallois appelait cette fiole son encrier, et je constate que CENDRIER contient toutes les lettres d'ENCRIER.
  Olivier Lasius donne le prénom de son père, Christophe, et s'il s'agit bien de Gallois, ce prénom signifie "porteur du Christ".
  En revenant à la métaphore échiquéenne, le Gallois Perceval est un chevalier. Dans la version de la légende de Wolfram von Eschenbach, Parsifal est interprété comme le "pur fol".

  Le récit avait déjà insisté sur la complémentarité du rouge et du vert, or cette complémentarité pourrait être également marquée par la confrontation Adam-Arbre. Car les 3 lettres ADM vocalisées adam, "homme", écrivent aussi edom, "rouge". A la même famille sont reliés adama, "argile", et dam, "sang", le liquide rouge symbolisant la vie.
  Les rédacteurs de la Bible ont notoirement usé de l'anagramme, et le premier cas concerne peut-être Adam. On sait que le récit de la création est émaillé de "Dieu vit que cela était bon". Dieu se décerne par six fois ce satisfecit, sous cette forme "bon", tov, mais la septième fois, après la création de l'homme, ADM, la formule devient "très bon", tov meod, meod s'écrivant par les mêmes 3 lettres MAD.

  C'est parmi la verdure du square Lenpois, à Belarbre, qu'Olivier Lasius remarque la fille en rouge, Atta, "parmi des robes vertes et les bruns costumes des visiteurs". La rencontre était prédite dans Le Jardin des Oppositions, le nom donné au jardin Lenpois par son ancien gardien, lequel a signé cet opuscule du nom Asilus. A remarquer que Ricardou le nomme aussi "garde", à rapprocher du "garde-fou", de la RAMBARDE vue supra.
  Les couleurs complémentaires sont dites aussi "opposées" (sur le cercle chromatique).
  Atta et Olivier s'attablent au café du square, devant une menthe verte pour Atta et un jus de tomate pour Olivier, dont le prénom évoque aussi une nuance de vert.
  Lenpois est l'évidente anagramme d'Epsilon, le nom de deux personnages du roman, et Ricardou en donne explicitement une anagramme "l'espion".
  Il y en a une autre qui me semble s'imposer, "sinople", la désignation héraldique de la couleur verte.
  Difficile dans le contexte ricardolien de ne pas penser à Constantinople, et José-Maria de Heredia a exploité cette rime millionnaire pour finir un sonnet des Trophées:
Comme ceux qui jadis prirent Constantinople,
Il porte, en bon croisé, qu'il soit George ou Michel,
Le soleil, besant d'or, sur la mer de sinople.

  La métaphore échiquéenne suggère encore "les pion(s)", en oubliant un "s".

  Malte intervient pour deux raisons dans le roman, la croix de Malte à 8 pointes, aussi appelée croix de Saint-Jean, et la fièvre de Malte, aussi appelée fièvre folle, fièvre dont a souffert Gallois, mort dans un incendie provoqué par son fils.
  Malte livre par anagramme "le mat", la mort du roi aux échecs.
  C'est aussi le nom de l'arcane sans nombre du tarot, "Le Mat", qui représente un fou, et qui s'appelait aussi "Le Fol".
  On peut songer encore à (H)AMLET, mot français à l’origine, le nom commun désignant un hameau, un lieu-dit...

  Je reviens sur la confrontation entre l'anglais MAD, "fou", et le mot hébreu formé de la même séquence de lettres, meod, "très". L'ensemble ferait "fou-très", ce qui peut rappeler "fou-tree", le pendant à "mad-arbre" que Ricardou a proposé dans Le théâtre des métamorphoses. Ainsi, l'anagramme "arbre-barré" trouverait sa correspondance approchée dans l'autre mot de la diagonale.
  Sans doute pourrait-on pousser plus loin les investigations, car ces lettres FOUTRES sont une anagramme de TSEROUF, un mot hébreu désignant un ensemble de procédés alphabétiques parmi lesquels l'anagramme.
  S'il apparaît ici fortuitement, Ricardou connaissait ce mot, et sa nouvelle Gravitation de 1963 décrit minutieusement deux grilles de mots croisés.
  Sans doute pourrait-on pousser plus loin les investigations. Il ne serait point trop malaisé, notamment, de partir des trois groupes OU, ER, et TSF et de retrouver une combinaison de leurs lettres telle que le vocable hébreu TSEROUF soit figuré.
  Ricardou ne donnait pas la signification de ce vocable, mais il est permis d'imaginer qu'il la connaissait, et que cette anagramme du mot désignant l'anagramme en hébreu ait été faite sciemment.
  Parti du mot "texte", lisible dans la dernière colonne de la grille, mot de même racine que le tissu, proche du tressage, que je m'autorise à  scinder en "très sage", je suis arrivé au "très fou".

  Il est difficile de conclure puisqu'il s'agit a priori de simples coïncidences, mais une coïncidence est-elle jamais simple? Tout ce que je peux dire est que j'ai relevé de multiples coïncidences du même ordre, notamment dans mes propres écrits où je suis supposé bien placé pour juger de leur non-intentionnalité.
  Une autre coïncidence entre Ricardou et moi est que nous nous sommes interrogés sur ce phénomène.


26.7.19

ou les neuf premiers carrés


  26 juillet 1875 - 26 juillet 2019... Bon anniv Carl Gustav! Jung aurait 144 ans aujourd'hui, 144 carré de 12 et 12e terme de la suite de Fibonacci.
  Ça se fête. J'avais envisagé dans le billet Quatre quarts au carré, Carl ! de transformer le carré magique pandiagonal

 1  7 19 15 23
14 25  3  6 17
 8 16 12 24  5
22  4 10 18 11
20 13 21  2  9 


en un carré de syllabes de moyenne 44, en ajoutant 31 à chacun de ses nombres, ce qui permet d'avoir côte à côte 47-43, valeurs des syllabes GUS-TAV, comme suit

32 38 50 46 54
45 56 34 37 48
39 47 43 55 36
53 35 41 49 42
51 44 52 33 40

  Voici à quoi je suis parvenu, en me contentant d'une lecture univoque, horizontale.

blanc fier, vrai rien flou,
oui noir, Carl sied niet.
Dieu, Gustav, tombe, vie...
gris, un oeil sait: roi,
reine est Jung, Alt, blank

  J'ai accumulé les complémentarités, blanc-noir, vrai-flou, oui-niet, tombe-vie, roi-reine, jung-alt ("jeune-vieux" en allemand, il y a un Carl Gustav Alt dans Mon patient Sigmund Freud, de Tobie Nathan)...
  Une autre possibilité pour le dernier mot est "vide", avec une arrière-pensée pour l'ancienne anagramme dieu-vide. J'ai plutôt choisi blank car la diagonale dextrodescendante débute par blanc-noir. La syllabe centrale de valeur 43 pourrait correspondre à un BLANCK permettant de confondre BLANC et BLACK.

  Je dois intervenir prochainement, le 2 août à 14 heures pour ceux que cela pourrait intéresser, au colloque Ricardou à Cerisy. Les contacts ricardoliens m'ont permis d'échanger avec Sandra Simmons, la texticienne dont les Margelles étaient insérées entre les carrés de Robert Rapilly et les miens dans le Formules n° 9.
 Il y avait quelques erreurs dans mon décodage, et Sandra m'a donné sa solution:

LEVRE  VERS  EAU
RIME    PAIR   AIRE
VENT  NUEE  JOUE

  J'apprécie qu'il y ait 9 mots et 36 lettres, deux carrés, et que la gématrie de l'ensemble soit 432, 9 fois 48 et 36 fois 12..
  La valeur moyenne d'une rangée ou colonne est 144, bon anniversaire, Carl Gustav!

  Récemment, je me suis avisé que les grilles de Epstein-Rapilly-Schulz, dont il a souvent été question, dernièrement ici, totalisaient 271 lettres de valeur totale 2904. J'avais déjà vu qu'il s'agissait de 6 fois 484, le carré de 22, mais je me suis soudain avisé de la factorisation en 44 fois 66, deux nombres qui me sont particulièrement significatifs: Jung est mort un 6/6 (61), 6272 jours après le 4/4 (44).
  Je me suis demandé si j'avais déjà commenté cette factorisation, mais le nombre 2904 n'est apparu qu'une seule fois sur Quaternité, dans le billet Tours & détours daté du 1/1/11, à propos de la grille 2904 de mots croisés du Monde publié le 1/1/11. C'était la dernière grille donnée en ligne par le quotidien (elle est datée du 02/01 selon l'étrange usage du Monde).
  Les grilles de Epstein-Rapilly-Schulz sont également des mots croisés, orthogonaux pour les deux premiers, en diagonale pour mon SONÈ.  
  J'avais alors vu la factorisation 11.11.24 pour cette grille 2904 du 1/1/11.
  C'est une grille 12x10, avec 13 cases noires, donc 107 lettres. Parmi ces 107 lettres, 6 font partie d'un seul mot, soulignées ci-dessous:
OEILSDEBOEUF
URSULINE CRI
RESTITUERA N
D ATP CRANTA
IGNE BLA GAS
SATUREE TUBS
STERILE MELE
OE SEL SESOR
IRE NENES II
RAGOTS SEIDE
  Les 101 autres lettres ont pour valeur 1156, carré de 34 (valeur de CARL).


  La ligature du titre de ce billet, Tours & détours, m'évoque une autre récente découverte.
  Il m'est donc apparu que les 6 grilles décrites dans A travers de doubles grilles constituaient un ensemble cohérent, réparti en deux nets sous-ensembles:
- les 3 grilles Epstein-Rapilly-Schulz de 9x9, 9x10, et 10x10 lettres;
- les 3 grilles Ricardou-Barth-Schulz de 8x8, 8x11, et 11x11 lettres.
  Ma grille de 11x11 lettres avait été composée en 1998 pour le projet Novel Roman, c'était la table des chapitres d'un roman intitulé Un caveau s'ouvrira. La coïncidence avec la table des Lieux-dits de Ricardou m'a fait construire une table 18x18 lettres pour les chapitres de Novel Roman, lorsque je suis passé à la rédaction effective l'an dernier. Je ne l'ai jusqu'ici pas fait intervenir dans mes analyses puisque cette grille résulte de la coïncidence Ricardou-Schulz, mais elle a été composée avant la découverte de la grille de Letters, en 88 lettres ou plutôt 88 caractères puisque l'un de ces caractères est la ligature &, concaténation de la conjonction latine et.

  En comptant 89 lettres, on arrive à une belle coïncidence entre les nombres de lettres de ces grilles commandant la structure des 4 ouvrages, les seuls de ce type à ma connaissance, et les valeurs de leurs titres
letters                           99        89  lettres
novel roman                129       324
les lieux dits                159        64
un caveau s'ouvrira      211       121
                                   ___       ___
totaux                         598       598
  Curieux, mais le nombre 598 ne m'évoque pas grand-chose. Peut-être 89.5, ou 445, le nombre de lettres de mes deux grilles. Il y a encore les 89 lettres corrigées de Barth, 89 qui est la valeur de RICARDOU comme de SCHULZ.
  J'ai imaginé comme auteur de Un caveau s'ouvrira Enyer Quelle, anagramme d'Ellery Queen. Si je signais SCHULZ Novel Roman (j'envisageais au départ de l'attribuer au narrateur Alban Lenoirc), j'arrive à ceci pour les 4 noms:
BARTH-SCHULZ-RICARDOU-QUELLE = 49+89+89+72 = 299,
la moitié de 598, curieux encore.

  89, c'est aussi le 11e terme de la suite de Fibonacci, celui précédant 144, avec donc un excellent rapport d'or,
144/89 ≈ 1,618.
  Ce billet est le 285e de Quaternité. J'ai un peu regretté que ce ne soit pas 288, double de 144, et puis j'ai pensé que 285 est la somme des 9 premiers carrés, ce qui m'a donné l'idée d'un titre exprimant ça, d'autant que 64, carré de 8, est précisément la valeur de CARRES.

  J'ai trouvé
 marge des neuf premiers carrés
en pensant aux margelles de Sandra, puis
 square des 9 premiers carrés
car square, "carré" anglais, est un mot de valeur 81, encore un carré (et le pluriel squares=100 est toujours un carré), et j'ai finalement choisi
(285,) ou les neuf premiers carrés

  Ceci m'a donné l'envie de tenter une phrase avec 9 mots de valeurs correspondant aux premiers carrés, j'ai trouvé
à ça de Cage, et les banals carrés épatent

et comme c'était un alexandrin j'ai tenté de continuer. 

à ça de Cage, et les banals carrés éludent
tenacement, inamovibles multitudes...
conceptualisez, antibéhavioristes,
superstitieuses provélomotoristes!

  L'ODS5 n'a pas de mot de valeur 256, aussi j'ai néologisé quelque peu avec ces "provélomotoristes", et les "antibéhavioristes" pour la rime et les 6 syllabes.
  Cage est l'auteur de 4'33", partition uniquement composée de silences. 4'33" correspond à 273 secondes, et
TROIS CENT SOIXANTE CINQ = 273 (gématron)
  J'avais vu l'an dernier que 273 et 365 appartiennent à des suites logiques analogues, 365 étant notamment
102 + 112 + 122 = 132 + 142 (= 365).
  Presque automatiquement, mes vers 2 et 3 correspondent à ces carrés 10-11-12 et 13-14, et ont donc tous deux la valeur 365.

  Je reviens à la factorisation 44.66 de 2904, valeur des grilles de Epstein-Rapilly-Schulz. J'étudiais dans le précédent billet Syndrome de John Case, relu à cause du personnage satanique né le 6/6/66 dans le roman suivant de l'auteur, Le huitième jour (je rappelle que l'un des chapitres de Et le huitième jour... de Queen se passe le 4/4/44).
  J'avais acheté Syndrome chez un bouquiniste d'Aix, et j'y avais pris des notes ensuite lors d'un passage à la bibliothèque de la place de l'Horloge. Trois livres contenant le nombre 44 dans leurs titres y avaient attiré mon attention, Le tour du monde en 44 jours, de Palle Huld, jeune Danois ayant décrit son voyage de 1928, à l'occasion du centenaire de Jules Verne.
  Lors de ma seconde lecture de Syndrome, j'ai été frappé par le cas du Danois Palle Hardrup, ayant commis un meurtre sous hypnose en 1951. J'ai noté la page à la fin du livre, et me suis avisé qu'il y avait déjà cet autre Danois Palle H.
  J'ai encore examiné le roman de Mark Twain, N° 44 le mystérieux étranger. J'y avais jeté un oeil lors de parution de la nouvelle traduction, sans avoir envie d'aller plus loin. Je n'ai rien noté lors de ce second regard, à part comment se présente l'étranger, n°44, nouvelle série 864962. Je souligne aujourd'hui qu'il se présente aussi comme Satan.
  L'essentiel de mes notes concernait Bérénice 34-44, roman d'Isabelle Stibbe. La jeune juive Bérénice Capel est admise à la Comédie Française en 1934, où elle devient Bérénice de Lignières, cachant sa judéité.
  Elle finira par être démasquée, et partira pour Auschwitz en janvier 44, par le convoi n° 66.
  Le roman porte en exergue une longue citation d'Alain Borne, poète et avocat. Bérénice est amoureuse dans le roman d'un poète nommé Alain Béron, également avocat.

  Le 144e anniversaire de Jung m'a fait regarder quel était le 144e billet de Quaternité, c'est Hélice ou la vraie vis, essentiellement consacré à la troublante apparition d'une double spirale dans une nouvelle de 1954 de Sturgeon, quelques mois après la parution de l'article de Watson-Crick décrivant la structure de l'ADN, dans le numéro 4356 de Nature.
  4356 est le carré de 66.

6.7.19

l'oeil vert nous espionne


  16 juin. Des points sur mon compte PM venant bientôt à expiration, j'ai décidé de faire une commande. Rien ne s'imposant actuellement, j'ai pensé à Eric Verteuil, alias Bernier-Maridat, au coeur d'une série de coïncidences dans les années 2000... Comme les pages que j'y avais consacrées ont disparu avec mon site sfr, et que, jugeant assez sévèrement certains de mes écrits de cette époque, je n'ai pas tout remis en ligne, voici pour commencer l'essentiel d'une page de 2005, intitulée
5 = 13 – 8

  Au début de 2003, les Dix Mots de la semaine francophone m'ont paru cerner un curieux événement qui nous était arrivé peu avant, le 27 novembre 02 au km 8 des 13 km de la D8 entre Valensole et Gréoux, à mon ami Jean-Pierre Le Goff (auteur du fameux Cachet de la poste) et à moi : alors que je venais d’évoquer le nombre d’or, Le Goff me dit qu’il venait de voir un panneau NOMBRE D’OR au bord de la route, en pleine campagne, et c’était exact. Nous devions découvrir par la suite qu’il s’agissait du nom d’une maison cachée dans les arbres d’une colline dominant la route, baptisée Ayguelune par son constructeur et récemment renommée Nombre d’or par ses nouveaux propriétaires. J'ai tiré des multiples coïncidences entre les "10 mots de Queneau" et cette affaire un petit texte paru dans Florilège #110, dans un cahier spécial "Dix mots".
  J’ai d’abord pensé que l’appellation "Nombre d’or" se rapportait à la situation de la propriété entre Valensole et Gréoux, à 8 km de l’un et 5 de l’autre, 5, 8 et 13 étant des nombres de la suite de Fibonacci dont le rapport de deux termes consécutifs tend optimalement vers le nombre d’or. C’est en fait un hasard, et le nom de la maison vient de ce que ses proportions ont été effectivement choisies en rapport d’or. De fait, lorsque je suis venu la visiter, sans avoir apporté de décamètre, j’en ai évalué les dimensions en comptant les planches du revêtement extérieur, 56 en largeur et 91 en longueur, soit 8 et 13 fois sept.

  Attendu que les nombres 8 et 13 apparaissaient à d’autres reprises dans l’affaire, j'ai eu la curiosité de regarder quels étaient les textes 8 et 13 du cahier, qui étaient d'Alain BERNIER et Roger MARIDAT, dont les noms ne me disaient rien, et les textes pas plus. Ils avaient néanmoins un point commun. Parmi les 33 textes du cahier spécial, 15 émanaient de membres de la liste Oulipo par laquelle j’avais appris ce projet de publication de Florilège, et 18 d’auteurs inconnus de moi : parmi ces 18 seuls Bernier et Maridat avaient signé plusieurs textes, respectivement 2 et 4, de rangs 8 et 30 pour Bernier, 13-18-19-22 pour Maridat.

  Le Goff était venu dans ma région pour achever une série de voyages « allé à Thouars », qui l’avaient  mené à Thoires (21), puis à Thouars (79), et enfin à Thoard (04), non loin de chez moi. Une recherche internet sur "nombre d’or" et "Moreau", le constructeur de la maison, nous a menés au château de Thoiry, construit pour le trésorier royal Raoul Moreau par Philibert de l’Orme, auteur d’un traité d’architecture mentionnant la "divine proportion".
  La boucle de Thoires à Thoiry suffit à Le Goff pour décider une intervention à Thoiry le 29 mars 03, et je descendis à Paris quelques jours plus tôt. Chez un soldeur parisien, je vis une cassette des Maîtres du mystère intitulée Les demoiselles de Douarnenez, que j'ai prise pour offrir à un copain parisien fan de Simenon (lequel a écrit Les demoiselles de Concarneau).
  Mais je n’y pensais plus lorsque je l’ai rencontré, et j'ai oublié la cassette au fond de mon sac, où elle a côtoyé des exemplaires de Florilège destinés aux participants de l'intervention à Thoiry. Je l'ai exhumée rentré chez moi, eu la curiosité de la regarder de plus près, et découvert que les auteurs de cette dramatique étaient Alain BERNIER et Roger MARIDAT.
  Lorsque j’en ai parlé à Le Goff, celui-ci m’a appris qu’il était natif de Douarnenez.

Note de 2019: On peut écouter sur YT cet épisode de 1972 des Maîtres du mystère.

  Je suis repassé ensuite en 2003 à diverses reprises par cette D8, en vélo ou en auto, 3 ou 4 fois environ, sans rien de notable à signaler.
  Et puis en 2004, pour la première fois de cette année, le samedi 24 avril, une balade en vélo m'a de nouveau conduit de Valensole à Gréoux, par la D8, avec une petite surprise : une course cycliste se déroulait au même moment ; c’était une étape du Tour PACA, effectuant une boucle autour de Gréoux par de petites routes et ne nécessitant pas l’arrêt de la circulation des autres véhicules. Venant de Puymoisson, je rejoignis à Valensole la course qui venait d’Allemagne(-en-Provence), et le dernier concurrent me dépassa au km 8 de la D8, au niveau de "Nombre d’or".
  Il y avait là une belle coïncidence, la section d’or 8 des 13 km de Valensole à Gréoux se trouvant soulignée par cette chevauchée de concert, mais elle n’était qu’un élément de ce qui devait se révéler le soir même lorsque je revins chez moi et consultai mon courrier électronique.
  Je suis depuis longtemps membre de l’association polar 813, laquelle édite une revue trimestrielle et dont un membre porté sur les technologies modernes avait créé depuis peu une liste électronique, rejointe par une centaine de "treiziens".
  J’avais dans ma boîte un message de la liste 813 intitulé [lectures] Concarneau et Douarnenez..., ce qui m’évoqua aussitôt Bernier et Maridat (leurs Demoiselles et celles de Simenon). Le message émanait d’un membre spécialisé dans le polar breton, et semblait en fait n’avoir aucun rapport avec Bernier, Maridat, ou Simenon. Il y était question de nouveautés chez les éditeurs bretons, CHILI-CONCARNEAU de Stéphane Jaffrézic, sans commentaires, puis LA VOIX DANS RAMA de Jean-François Coatmeur, qui se passe à Douarnenez. Je commençais à me rabattre sur le lot de consolation de ce "Concarneau et Douarnenez" pouvant évoquer Bernier-Maridat lorsque je découvris un 3e livre recommandé par ce lecteur, PIEGES DANS LE GOLFE d'Alain BERNIER & Roger MARIDAT !!!

  Ce golfe est celui du Morbihan, alors que Concarneau et Douarnenez sont dans le Finistère, ainsi l’intitulé du message n’avait bien rien à voir avec Bernier-Maridat, mais le message les concernait néanmoins, et il ne commentait que ces trois livres (Pièges dans le Golfe se passe du côté de La Trinité/mer!).
  Je m’étais renseigné sur Bernier-Maridat après la coïncidence des Demoiselles de Douarnenez, et j’avais découvert qu’ils avaient jadis écrit une flopée de polars au Fleuve Noir, sous le pseudonyme Eric Verteuil. J’avais cru comprendre que cette activité polardeuse était terminée, qu’ils se limitaient maintenant à des textes poétiques (Bernier est né en 1922, Maridat n’est guère plus jeune), et ce nouveau polar était une surprise.

  Autre coïncidence, le flic de Chili-Concarneau était l’inspecteur Moreau, le nom du constructeur de "Nombre d’or".

  Dans un numéro récent, en juin 03, la revue 813 avait publié une nouvelle intitulée Treize cent huit, pastiche de Lupin dans lequel Arsène déchiffrait l’énigme 1308 livrant le secret de la cache de l’or des Templiers : il fallait lire « 13 sans 8 », soit 13 – 8 = 5.

  Le titre de Bernier-Maridat, Pièges dans le Golfe, m’évoquait Le Goff.

  Golfe ou Legof est encore l’anagramme de Folge, « suite » en allemand, et cette histoire n’était effectivement pas finie.
  Je ne crois pas être repassé plus d’une fois par cette D8 jusqu’au 29 mai 2005, où je fis le trajet en voiture, avec le vélo dans le coffre. Surprise en arrivant à Valensole, des gens en tenue orange réglant la circulation, des groupes de cyclistes avec des dossards… J’étais encore en pleine course, pour la première fois depuis celle du 24 avril 04… Dans les mêmes conditions, la circulation des voitures demeurant possible. Je me suis demandé si je n’allais pas doubler le peloton de tête au niveau de "Nombre d’or"…
  Ce ne fut pas le cas, cette course annuelle des Boucles du Verdon étant ouverte à tous, au rythme de chacun, mais il se passa néanmoins quelque chose de notable à ce point fatidique. D’abord je vis que les propriétaires avaient remplacé le grand panneau "NOMBRE D’OR", écrit en palimpseste sur le panneau "Ayguelune" de Moreau, par deux panneaux plus discrets, de part et d’autre du chemin de terre menant à la maison, puis que les organisateurs de la course avaient fixé juste en dessous d’un de ces panneaux leur panneau annonçant l’arrivée à 5 km.
  Il ne m’avait pas été simple de décréter que "Nombre d’or" se trouvait à 5 km de Gréoux. Une carte routière indique bien 13 km de Valensole à Gréoux, mais à partir de quels points dans les deux villages ? Je passe sur les diverses justifications de mon partage 8-5, peut-être influencé par mes désirs, en tout cas plus proche de la réalité que 7-6 ou 9-4, et voici que la distance souhaitée était officialisée avec une exactitude inespérée !  

  A mon premier passage le 27/11/2 à "Nombre d’or" je ramenais Le Goff à la gare Aix-TGV, où j’étais venu le chercher la veille pour l’intervention à Thoard. J’en avais profité ensuite pour faire en vélo le tour des bouquinistes d’Aix-en-Provence.
  C’est un plan similaire qui m’avait fait conduire le matin du 24/5/5 ma compagne à Aix-TGV, et mon après-midi à Aix n’avait pas été stérile. Depuis l’affaire des Demoiselles de Douarnenez début 2003 je m’intéressais à tout ce qui pouvait être signé Bernier-Maridat, Verteuil ou Berma, leurs pseudonymes, mais je n’en ai jamais trouvé, malgré une attention éveillée à chaque fois que j’apercevais des romans de la collection Spécial-Police.
  Jusqu’à ce 24/5/5 où je découvris dans un casier d’un bouquiniste d’Aix Achève monsieur Seguin, d’Eric Verteuil, Spécial-Police # 1576.
  Je n’ai pas été pressé de dévorer ce roman, légèrement échaudé par ce que j’avais pu entendre ou lire jusqu’alors du tandem, mais son format réduit était idéal pour mes projets du dimanche 29/5/5. Ma compagne arrivait à 19 h 12 à Aix-TGV, et j’avais prévu de passer l’après-midi à faire le tour en vélo de la chaîne de l’Estaque, avec une petite trempette dans la Méditerranée (le Golfe du Lion) si le temps s’y prêtait, ce qui fut le cas.
  J’avais donc emmené Achève monsieur Seguin, que j’avais donc à portée de la main au moment où je passais devant les panneaux superposés "Nombre d’or" et "Arrivée 5 km". Il se trouve que monsieur Moreau, le constructeur doré, élevait des chèvres mohair dans sa propriété.

  Depuis j’ai lu Achève monsieur Seguin, et je n’y ai rien trouvé de notable, pas plus que dans Pièges dans le Golfe, Les Demoiselles de Douarnenez, ou les petits textes de Florilège. Il semble que ce soient uniquement les titres de Bernier-Maridat qui fassent sens (pour moi du moins), et je ne peux que constater l’association quasi inéluctable de chaque épisode "Nombre d’or" avec un improbable écrit de ce tandem peu connu. Je remarque encore que les quatre épisodes concernés sont datés de millésimes successifs :
– 27/11/2 : premier passage à "Nombre d’or", donnant lieu au texte paru dans Florilège où je remarque les textes de Bernier et Maridat, sans soupçonner de rapport entre ces deux auteurs.
– 29/3/3 : intervention à Thoiry, où une succession de hasards fait que la cassette d’une pièce radiophonique de Bernier-Maridat de 1972 se trouve côtoyer dans mon sac les exemplaires de Florilège destinés aux participants.
– 24/4/4 : le jour où je "participe" à une course cycliste de Valensole à "Nombre d’or", un stupéfiant hasard m’apprend que Bernier-Maridat viennent de sortir un nouveau roman.
– 29/5/5 : alors que j’ai avec moi mon premier Bernier-Maridat écrit sous pseudo (en 1980), une autre course officialise le partage doré 8-5 des 13 km de la D8.
 
  Je n’ai pas repris ici les coïncidences annexes, pour mieux souligner la curieuse gémellité des trois dernières dates, 3/3, 4/4, 5/5 ; pour la première, bien des numérologues pratiqueraient la « réduction » de 11 à 2 (1+1), mais son côté Bernier-Maridat n’a été révélé qu’à la parution de Florilège le 15 mars 03.

  La dernière journée du 29 mai a été marquée par une autre formidable bizarrerie, telle qu’il me semble utile de préciser que je n’entends nullement en proposer une quelconque interprétation, pas plus que des coïncidences précédentes d’ailleurs, mais ces coïncidences étaient à l’évidence liées à mon univers privé, alors que celle-ci est offerte à tous, et a évidemment attiré l’attention de tous ceux qui s’intéressent au nombre d’or.
  Ce 29 mai se tenait donc certain référendum, avec le résultat que l’on sait.
 Le soir, je regardais les résultats en zappant d’une chaîne à l’autre, et j’aperçus sur FR3 le score des Bouches-du-Rhône, 61,8 % NON, 38,2 % OUI, en rapport d’or idéal à ce niveau de précision. J’ai acheté le lendemain La Marseillaise pour avoir les chiffres en détail, à savoir :
806 447 suffrages exprimés
498 410 NON
308 037 OUI
  Le rapport des NON aux suffrages exprimés est 0.618032, alors que la section d’or arrondie à 6 décimales est 0.618034. Idéalement, la section d’or de 806 447 serait 498 411.6, mais il est absurde à ce niveau d’imaginer que le changement de vote d’1 ou 2 électeurs aurait améliORé ce taux, car il doit bien y avoir quelques erreurs dans ces décomptes.

  Quelques jours plus tard le Ministère de l’Intérieur donnait les résultats officiels, validés par le conseil constitutionnel :
806 453 suffrages exprimés
498 413 NON
308 040 OUI
  Le rapport des NON aux suffrages exprimés n’est « plus » que 0.618031, ce qui représente tout de même une approximation à moins de 5 millionièmes du nombre d’or. Le nombre de NON idéal aurait été 498 415, mais la remarque ci-dessus me semble toujours valable.
  De nombreuses personnes ont pu voir cela, notamment les autochtones de ce département particulièrement concerné par le nombre d’or. La Cité Radieuse du Corbusier est à Marseille, où sévissent aussi les éditions Chalagam spécialisées dans la question.
  Pour ma part, j’ai passé la majeure partie de ce jour référendaire dans ce département, le 13, et quelques kilomètres avant d’y entrer des circonstances objectives me semblaient actualiser la position d’or de « Nombre d’or » parmi les 13 km de Valensole à Gréoux.
 En me documentant ensuite sur la course, je vis que La Provence de la veille, du 28 mai, annonçait : BOUCLES DU VERDON : ILS VOTENT TOUS « OUI ».
  Dans mon département, le 04, la commune de plus de mille habitants dont le vote a le mieux approché l’idéal d’or est Valensole, avec 906 NON sur 1471 suffrages exprimés ; l’idéal aurait été 909.
 Le NON est massivement allé à Thoard, avec 270 adeptes sur 364 suffrages exprimés.
Rémi Schulz, le 5 juin 05

  C'était donc le corps de la page de 2005, mot pour mot. Elle se poursuivait par un volume comparable de remarques diverses que j'oublie ici.


  J'avais vu dans le billet Belletto de janvier un personnage né le 6 juin 1966, sans qu'il soit souligné le schématisme 6/6/66. J'ai rencontré un autre personnage né le 6/6/66, le diabolique Zerevan Zebek dans Le huitième jour, de John Case (2002), emprunté le 15 juin à la médiathèque de Volx. Cette facétie n'est pas non plus soulignée dans le roman, où Zebek est un Yézidi qui a fraudé pour se faire reconnaître Grand Imam de la secte, afin de disposer des fonds nécessaires à une entreprise maléfique.
  Ce n'est qu'en achevant ce livre le 19 juin qu'il m'est revenu que j'avais utilisé cette date du 6/6/66, en suggérant à la fin de Sous les pans du bizarre que mon roman avait été écrit du 6/6/66 au 9/9/99. La dernière date était presque exacte, puisque j'ai achevé le 7 septembre le seul chapitre qui me faisait problème, Irène Lapnus, et découvert que ce jour était la Ste Reine, anagramme d'Irène.
  Les morts du roman ont lieu à des dates jumelées, la dernière étant le 6/6/99.

  J'ai ajouté une note le 19 juin au billet Belletto, et vu que j'achevais ce billet avec les noms Reine et Irène rencontrés dans des circonstances similaires chez Belletto.
  Je n'avais pas encore rencontré la mention du 6/6/66 lorsque j'ai fait ma commande Verteuil, et lorsqu'elle est arrivée le 20 juin j'ai vu qu'un des 10 titres commandés était L'affaire du collier d'Irène.
  Je l'ai lu aussitôt, et je n'ai rien à en dire.

  Le lendemain, j'ai lu Carine et châtiment, dont le premier chapitre montre Carine commettre une première manipulation, âgée de 13 ans, au mois de juillet. Le second chapitre mène 8 ans plus tard, toujours au mois de juillet, et la suite du récit est dans la continuité. Alors que le titre de ma page originale était 5=13-8, Verteuil réalise ici l'opération 21=13+8.

  Le 22, ce fut le tour de La mémoire rongée, le second titre de Verteuil au Fleuve Noir, paru dans la collection Angoisse. Je l'ai lu en grande partie pendant une balade.
  Isabelle Marnay rencontre au bois de Boulogne quelqu'un qui prétend la reconnaître, et lui donne des détails sur un séjour qu'elle a fait à Châteaurenard, dans les Bouches-du-Rhône, avant son mariage. Le mot "renard" m'étant important (voir l'affaire DARREN ERRAND), je me suis promis de regarder dès que possible si cette commune existait.
  La journée a été très occupée, et je n'ai pu ouvrir mon ordi que le soir. J'ai commencé par regarder mon courrier, et ai été éberlué de ce mèl de FaceBook:
CHATEAURENARD et 13 autres groupes font partie des nouvelles suggestions de groupes pour vous
  Parmi les 14 groupes suggérés 4 concernaient Châteaurenard, commune de 15 000 âmes, proche d'Avignon, code postal 13160. Je sais bien qu'il suffit de taper quelques mots sur un clavier pour être assailli de spams divers en rapport avec ces mots, mais précisément je suis certain de ne pas avoir fait de recherche "châteaurenard" avant l'arrivée de ce mèl FB. C'est au point de se demander si le flicage n'est pas passé au stade supérieur avec le décodage à la source des ondes cérébrales...

  Réfléchir sur la question m'a conduit à une hypothèse. Je me suis inscrit en janvier dernier à un groupe FB sur Rennes-le-Château, et les algorithmes FB pourraient déceler des analogies entre Rennes et Renard... La coïncidence serait donc essentiellement temporelle, et je ne peux d'ailleurs assurer n'avoir reçu d'autre invitation antérieure à un groupe Châteaurenard, ce qui n'aurait eu aucune raison de retenir mon attention avant ce 22 juin. Les autres propositions de groupes du 22 juin étaient liées à d'autres groupes auxquels je suis abonné, et je n'ai pas souvenir de propositions de groupes non liées à mon compte FB.
  Je viens de recevoir un autre mèl de FaceBook
Devinettes et petits jeux oulipiens et 13 autres groupes font partie des nouvelles suggestions de groupes pour vous
qui me fait penser que tous les courriers de ce type proposent 14 groupes, selon cette forme 1+13. La nature de ces autres groupes confirme ce que j'envisageais: ils dépendent uniquement des groupes auxquels je suis déjà abonné.

  Je n'ai pour l'instant pas grand-chose à ajouter sur les Verteuil, sinon que La balle au petit lit blanc a le numéro 1358 dans la collection Spécial-Police. Si j'avais intitulé la page Bernier-Maridat 5=13-8, c'est que les nombres 1-3-5-8 avaient joué un rôle important pour moi en 2005, notamment sous la forme 51-83, qui est  le partage doré de la gématrie 134 d'ARSENELUPIN et l'angle d'or 51,83°, l'angle dont le cosinus est phi. Sans le savoir, j'avais réalisé ce partage 51-83 avec mon personnage Irène Lapnus dans Sous les pans du bizarre (voir supra), et c'est le 13 avril (13/4) que je me suis avisé qu'il correspondait au partage voyelles/consonnes AEIOU/LNRST magnifié dans Alphabets.

  J'ai lu assez récemment (il y a 2 ou 3 ans) un autre thriller de John Case, pseudo de Jim et Carolyn Hougan, les auteurs du Huitième jour où il y a un personnage né le 6/6/66. J'avais d'ailleurs acheté ce livre à Aix, dans le 13, comme mon premier Verteuil.
  J'avais conservé à portée de main ce Syndrome, leur roman précédent (2001), car il y avait des éléments intéressants, notamment un 4 avril. Ceci n'avait alors pas été suffisant pour en parler, mais une relecture s'est imposée, fructueuse.
  Le roman a une belle construction, faisant d'abord découvrir le psy de Washington Jeff Duran, lequel n'a que deux clients, Henrik De Groot et Nicole Sullivan, que le lecteur suit en Floride où elle assassine un vieillard avec un fusil de précision.
  Nicole se suicide, et sa soeur Adrienne veut faire un procès à Duran, mais le détective qu'elle engage découvre des choses ahurissantes. Jeffrey Duran n'existe pas, il porte l'identité d'un garçon mort en bas âge le 4 avril 70 (une date déjà rencontrée). On ne découvre aucune trace de lui dans les universités qu'il assure avoir fréquentées, mais il est de si bonne foi que le détecteur de mensonges ne peut le prendre en défaut.
  Adrienne emmène Jeff à New York voir un spécialiste, Raymond Shaw, Ray pour ses amis. Je ne crois pas m'être souvenu à première lecture que c'était le nom du Manchurian Candidate, le soldat revenu de Corée en héros, si populaire qu'on envisage sa candidature à la vice-présidence, mais Raymond Shaw a subi un lavage de cerveau, et est programmé pour tuer le président. En français, c'est Un crime dans la tête, roman de Richard Condon et film de John Frankenheimer (1962) dont j'avais parlé en 2012.

  Chez John Case, Ray Shaw découvre que Duran a un implant dans la tête. Une fois l'implant ôté, et sa personnalité fictive déprogrammée, la personnalité originelle revient par bribes, et Duran était en fait Lew (Lewis) McBride, universitaire qui passait pour mort.
  Trois ans après la parution de Syndrome est sorti un remake de Un crime dans la tête, avec Liev Schreiber dans le rôle de Raymond Shaw. Liev et Lew sont deux formes slaves de "lion" (même si Lewis n'a aucun rapport). Par ailleurs je rapproche volontiers ray de rey, "roi" (même si Raymond n'a aucun rapport), et bien sûr "lion" de "roi".
  Quelques années plus tard ce fut Homeland, ressemblant bien plus à Un crime dans la tête qu'à la série israélienne dont la série US est censée s'inspirer. L'individu manipulé, Brody, a comme dans le remake été reprogrammé par les islamistes, et il est aussi pressenti à la vice-présidence. Il est interprété par Damian LEWIS...

  Retour à Syndrome, où Adrienne s'avise que le petit objet qu'elle avait trouvé dans les cendres de sa soeur est un implant identique à celui de Lewis McBride. Elle s'étonne qu'un implant et une programmation annexe ait pu transformer sa soeur en une tueuse, mais Ray Shaw lui révèle que l'hypnose permet de lever toutes les barrières pourvu de savoir s'y prendre.
  Il lui cite le cas du Danois Palle Hardrup, lequel a commis des holdups à main armée dans les années 50, et tué un gardien, en état de suggestion hypnotique.
  Ceci m'a éberlué, pour deux raisons. D'abord, il y avait également dans Au bout... la mort, le premier Verteuil publié au Fleuve Noir, une énumération de divers cas d'hypnose criminelle, et je me souvenais que l'un d'eux concernait un pays scandinave. Il s'agit en fait de l'affaire Sala, qui s'est passée en Suède en 1936 (voir ici). La page citée précédemment envisage que l'hypnotiseur qui dirigeait Palle s'était inspiré de l'affaire Sala.

  Ensuite Nielsen, l'hypnotiseur qui dirigeait Palle, l'avait convaincu qu'il suivait les ordres de Dieu, lequel se manifestait à lui par la lettre X. Je n'avais pas pris garde à ceci à première lecture, et c'est très proche de ce qui se passe dans L'adversaire de Queen (1963), où John Henry Walt agit sous l'emprise de Y, pour Yahweh, le Dieu de l'Ancien Testament, mais ceci va un peu plus loin car Y est une autre personnalité de Walt.
  J'en ai parlé à maintes reprises, dernièrement ici., dans le contexte d'un polar norvégien où le tueur agit aussi au nom de Dieu. J'en ai parlé souvent car Queen, ou plutôt Dannay délivré de son cousin Lee qui freinait ses ambitions métaphysiques, s'est libéré dans ce roman où Dieu est l'assassin, et dans le suivant, Et le huitième jour..., se passant pendant la semaine sainte de 1944 dans une étrange communauté où se rejouent la passion et la résurrection.
  Le 4/4/44 est l'un des 8 chapitres de ce roman, et je suis donc frappé de trouver un autre 4/4 dans Syndrome de John Case, alors que son roman suivant a précisément été Le huitième jour, dans lequel un individu diabolique est né le 6/6/66. Il me semble imaginable que les Hougan aient choisi leur pseudonyme d'initiales JC pour leur premier roman, Genesis, où une faction de religieux oeuvre à ressusciter le Christ à partir de l'ADN du Suaire de Turin.
   C'est le 4/4/70 qu'est mort le vrai Jeff Duran dans Syndrome, et Queen a assassiné dans La dernière femme de sa vie un certain John Benedict III, charpentier (!), le 29 mars 70, dimanche de Pâques, dans un contexte multiplement trinitaire (il est enterré le 3 avril).

  Si la lettre X était le symbole permettant à Nielsen d'exercer son emprise sur Palle, le signe déclenchant l'état second de Raymond Shaw dans les premières versions de Un crime dans la tête était la dame de carreau, laquelle a été emblématique au début de la série Ellery Queen, en couverture des éditions originales des six premiers romans.

  Il n'y a pas seulement un 4/4 dans Syndrome, il y a aussi Kussnacht, Young, et le mandala...
  C'est à Küsnacht, faubourg au sud de Zurich, qu'habitait Jung (Bollingen étant non loin de là). J'ai d'abord imaginé que c'était une erreur, mais il se trouve que Küssnacht existe aussi, ville de 13000 âmes, bien plus loin de Zurich. Il est difficile de savoir à laquelle pensait John Case, car il situe Kussnacht au nord de Zurich, à partir de laquelle les héros prennent un tramway pour Kussnacht, où se situe l'Institut abritant les responsables du programme de manipulation des cerveaux.

  Jeff Duran confronté à sa non-existence se rend compte que ses souvenirs sont factices, sans rapport avec les souvenirs "eidétiques", terme employé par Ernst Young à propos de Proust. J'ai cherché vainement qui pourrait être cet Ernst Young, la toile étant encombrée par Ernst & Young, l'un des plus importants cabinets d'audit financier du monde.
  Ironiquement, le sigle du cabinet est EY, alors qu'un psychiatre et philosophe apprécié des verbicrucistes est Henri Ey.

  Les séances entre Duran et ses seuls deux patients sont assez cocasses, tous ayant des personnalités fabriquées. Il revient dans les propos de De Groot le mot "mandala", et Duran se renseignant dans les ouvrages spécialisés apprend que les mandalas sont des hallucinations fréquentes chez les schizophrènes qui trouvent dans la stricte symétrie de ces symboles une espèce d'ordre et d'équilibre qui n'existe pas dans leur esprit. Jung était-il schizo? lui qui écrivait
Je savais que j'avais atteint, avec le mandala, l'expression du Soi, la découverte ultime à laquelle il me serait donné de parvenir.

  L'ironie de l'affaire est que le blason de Küssnacht est un mandala, résolument quaternitaire, comme d'ailleurs le drapeau suisse (une croix d'argent sur gueules).
  En fait, ce n'était pas "mandala" qui revenait dans le délire de De Groot, mais Mandela, car la prochaine cible de l'Institut était Nelson Mandela, et Adrienne et Lew parviennent de justesse à déjouer l'attentat préparé par De Groot.


  Question  quaternité, ce billet se trouve être le 284e du blog, 284 qui est 4 fois 71, valeur de BERNIER. En pensant à Quand Harry rencontre Sally, j'ai d'abord trouvé Quand Bernier inspire Maridat, de valeur 284, et puis Verteuil et l'affaire du groupe Châteaurenard suggéré par Face Book m'ont conduit à
L'oeil vert nous espionne (= 284 encore),
avec en arrière-pensées l'oeil plutôt rouge de HAL (CARL dans la version française de 2001 l'odyssée de l'espace), et la complémentarité vert-rouge qui était chère à Le Goff.

note: si John Case convoque Proust, çoeur dp me rappelle que Berma, pseudo de Bernier-Maridat formé par leurs premières syllabes, évoque "la Berma", tragédienne de La recherche, et que VER-TEUIL semble composé à partir de la salonnière VER-durin et du compositeur vin-TEUIL.