18.2.17

ce fatal mystère écarlate


  Une série de coïncidences est survenue à çoeur dp aux alentours de la publication de mon précédent billet.
  Le 28 janvier, dp reçoit une alerte ebay, motivée par "Jean Le Poulain" dont elle suit toutes les mentions. Il s'agit ici d'un dessin surréaliste du peintre Lucien Coutaud, et elle voit dans les commentaires qu'il a réalisé des décors pour Le Poulain mais aussi pour Ubu enchaîné mis en scène en 1937 par Sylvain Itkine, personnage dont elle n'a jamais entendu parler.
  Elle consulte sa fiche, laquelle renvoie à un article détaillé,
Sylvain Itkine, "Diable écarlate" et "Croque-Fruits", 1908-1944
 Diable écarlate était le nom de la compagnie théâtrale d'Itkine, Croque-Fruits le nom d'une coopérative alimentaire qu'il a fondée à Marseille en 1940, pendant l'Occupation. Cette coopérative lui permettait d'abriter ses activités de résistant, mais il a finalement été arrêté à Lyon le 1er août 44, torturé et fusillé le 20 août.
  Le 30 janvier, je publie mon précédent billet, dont dp est l'une des premières lectrices. Il y est question de Léo Malet.
  Le 31 janvier, les préoccupations littéraires de dp l'amènent à défricher un coin de table où elle a entassé des livres en rapport avec Roussel. Elle y trouve un roman de Léo Malet, Le cinquième procédé. Elle se demande s'il est arrivé là à cause du mot "procédé", évoquant Roussel, mais n'est sûre de rien, sinon qu'elle n'a rien d'une lectrice assidue de Malet. Toujours est-il qu'elle feuillette le livre, et découvre dans sa préface de Lacassin que la coopérative Toufruit de Marseille transpose le Croquefruit de Sylvain Itkine...
  Le 1er février, dp reçoit un lot de 3 revues Histoires littéraires, commandées le 29 janvier sur le site de vente en ligne PM, parce qu'elle essaie de rassembler les numéros de cette revue.
  Elle commence par regarder le numéro 44, parce qu'il a Pierre Loti en couverture, et y découvre un article de Henri Béhar, Sylvain Itkine et le Diable écarlate. Elle n'avait aucune idée du contenu de la revue, et sa commande du 29 n'avait aucun rapport avec sa découverte d'Itkine la veille.

  Les mots "diable écarlate" me sont particulièrement évocateurs actuellement, après les deux précédents billets où je suis revenu sur les échos, voulus ou non, entre
- La mort et la boussole de Borges (1942), où des indices "divins" donnés par 3 crimes attirent le détective Lönnrot (rot "rouge" allemand) en un lieu où il imagine empêcher un 4e crime, mais les indices ont été forgés par Red Scharlach ("rouge-scarlatine" en anglais-allemand) qui voulait venger la mort de son frère due à Lönnrot;
- Le mystère des ballons rouges, pastiche d'Ellery Queen écrit en 1945 par Thomas Narcejac, où 3 crimes sont commis dans des lieux signalés par des ballons rouges; lorsqu'un 4e ballon apparaît dans la propriété de Jonathan Mallory, la police tente de le protéger, mais il s'agissait d'un plan de Mallory pour faire venir à lui le sergent Velie responsable de la mort de son frère;
- L'adversaire d'Ellery Queen (1963), est évidemment inspiré par La mort et la boussole, avec une série de 4 crimes géométriques correspondant explicitement aux lettres du Tétragramme, le dernier crime étant de nature différente des premiers; pas de rouge ici, sinon la première parution française dans la collection Red Label, mais un diable, ou le Diable, l'Adversaire, car tel est le sens primitif du Satan hébraïque...

  En fait le coupable du roman serait plutôt Dieu, mais l'indice permettant à Ellery de le démasquer a un remarquable écho avec le Diable écarlate ayant été la première compagnie à monter UBU enchaîné. Un personnage du roman a un chien couramment appelé BUB, et Ellery apprend que c'est le diminutif de Belzebub, nom du Diable, parce que le chien anglais, DOG, est GOD, "Dieu", lu à rebours.
  Le précédent billet m'a conduit à envisager la création de Nestor BUrma proche de l'écriture du Mont analogue de Daumal, lequel a déBUté dans la "littérature" avec le journal BUBU (en hommage à Jarry), écrit avec ses condisciples du lycée de Reims.
  Les dates de Sylvain Itkine (1908-1944) sont les mêmes que celles de Daumal. Ci-contre Itkine dans son dernier rôle au cinéma, celui du lieutenant Dessolder, amateur de Pindare dans La grande illusion (1937).

  J'évoquais aussi dans les précédents billets l'écho entre la dernière pièce du puzzle de York Square dans L'adversaire, le millionnaire Percival York que tente d'assassiner son employé Walt, et la principale histoire de VME, la vengeance de Winckler à l'encontre de son employeur millionnaire, Percival Bartlebooth, mourant avec en main une pièce de puzzle en forme de W.
   Le plus troublant dans l'affaire est la présence dans le jeu de contraintes de VME d'allusions à Cristal qui songe, de Theodore Sturgeon que Perec ne pouvait savoir être le co-auteur de L'adversaire. Le seul chapitre 92 de VME réunit allusion à Cristal qui songe et citation de Borges, et je me suis émerveillé que Perec ait choisi le jouet appelé Diable dans le premier cas, et une citation directe de La mort et la boussole dans l'autre, mais le "diable rouge" conduit à des rebonds.
  Un perecologue sait que les contraintes de Perec sont rarement gratuites, plus spécialement les citations, et qu'il importe d'aller voir le contexte originel comme celui d'accueil. Chez Borges ce sont "des restes de cigarettes de marque hongroise", trouvés dans la chambre de la troisième victime, avec "une brusque étoile de sang" et "un livre en latin - le Philologus Hebraeo-graecus".
  Perec a imaginé deux hommes jouer au morpion en utilisant "l'un des restes de cigarettes hongroises puisées dans un cendrier débordant, l'autre des pétales flétris arrachés à un bouquet de tulipes rouges." Au plus bref, j'imagine un rapport entre le "sang" de Borges et les "tulipes rouges" de Perec.
  La phrase précédente contient le mot "mouche", contrainte du chapitre, et Perec a choisi d'évoquer la création des Mouches de Sartre en juin 1943 "au Théâtre Sarah-Bernhardt, alors appelé Théâtre de la Cité". Ces "mouches" sont les Erynies grecques, émissaires infernales, et je frémis en voyant qu'elles suivent le "diable" cité dans le paragraphe précédent, de Sturgeon sous la plume duquel apparaît 13 ans plus tard "Belzebub", "Seigneur des mouches". Grecs et Hébreux se sont rejoints sur le côté diabolique des mouches, le philologue de Borges en parle-t-il ?
  Il est évidemment fort périlleux d'imaginer que Perec ait pu associer les Mouches de Sartre au Belzebub de L'adversaire, et bien plus probable que les divers éléments explicites et implicites du passage concourent à évoquer la Shoah, mais ce n'est pas ici mon problème.
  Je repère au passage les mots "mouches" et "morpion" dans deux phrases successives, pensant aux "mouches éclatantes" de Voyelles de Rimbaud devenues un "scintillant morpion" dans la version sans E de La disparition.

  Le fait que Le Poulain ait été au départ de cette piste me rappelle qu'une même logique a pu présider à l'apparition du nom Percival dans L'adversaire et dans VME, gouvernés par le jeu d'échecs (je rappelle que le parcours du cavalier dans le damier de l'immeuble débute du palier de Percival, case 66, pour s'achever dans son bureau, case 61).

  Que Roussel ait joué un rôle dans l'affaire me rappelle qu'il fait aussi partie des contraintes "citations" de VME, et j'ai examiné ces citations. Comme Roussel appartient à la même catégorie que Borges, il ne peut y avoir de chapitre réunissant les deux auteurs, mais il y a deux chapitres, 7 et 55, où Roussel est convié avec Cristal qui songe.
  Je ne vois rien d'immédiat pour le 7, mais le 55 est étonnant. La citation de Roussel (en jaune) est issue de Locus solus, et elle se mêle étrangement à l'allusion (en bleu) à Cristal qui songe: "il devint Mister Mephisto, le magicien, le devin, le guérisseur que toutes les têtes couronnées d'Europe avaient acclamé. En smoking rouge, avec un oeillet à la boutonnière, haut-de-forme, canne à pommeau de diamant, imperceptible accent russe, il sortait d'une étroite boîte de vieux cuir au couvercle absent un grand jeu de tarots, en disposait huit en rectangle sur une table et les saupoudrait à l'aide d'une spatule d'ivoire (...)
  La citation de Roussel se poursuit ensuite, mais le texte original contenait le détail des huit tarots, avec parmi eux le Diable, ainsi le passage fait apparaître explicitement Mephisto, nom du Diable, issu de Sturgeon, et implicitement le Diable du tarot, avec entre les deux un smoking rouge qui contrevient à la contrainte "couleur" du chapitre, prévoyant le bleu ciel.
  Mephisto et le jouet Diable sont les seules allusions "diaboliques" issues de Cristal qui songe.
  Roussel est étymologiquement un "roux", un "rouge"...
  Ce chapitre 55 contient une autre citation littéraire, issue de Calvino, du Château des destins croisés (ce qui m'évoque Jung et Haemmerli). Il est frappant que le texte source concerne aussi le tarot, avec cinq cartes nommées en italique, mais Perec a gommé toutes les références au tarot! Calvino utilise dans son récit toutes les cartes du tarot, avec un rôle particulier pour le Diable et la Maison-Dieu (laquelle a aussi des propriétés spéciales dans Locus solus).

  Perec a réduit le texte source de Calvino à une pièce de théâtre où deux reines s'affrontent, lesquelles correspondaient chez Calvino à la Reine de Deniers et la Reine d'Epées, et je note que dans L'adversaire les Queen père et fils s'identifient aux deux reines du jeu d'échecs, manoeuvrant sur l'échiquier de York Square dont les 4 coins sont occupés par les tours des "châteaux" des cousins York...
  Walt est identifié à un pion, dont les mouvements sont dictés par le mystérieux Y, et deux noms des résidents de York Square correspondent à des pièces, Tom Archer qui serait un fou, dont un autre nom est l'archer, et Percival, fameux chevalier (présent dans le roman de Calvino). C'est grâce à Archer, lui révélant pourquoi le chien est appelé Bub, et à Percival, énonçant des mots à rebours, qu'Ellery parvient à la solution de l'énigme, au matage du roi ennemi.

  Roussel est l'auteur d'une solution au mat par le fou et le cavalier, que j'avais utilisée dans les Pans, pour mater le tueur des latinistes supposé suivre le programme de L'adversaire, et j'avais aussi réuni Roussel et L'adversaire dans une nouvelle destinée à la revue Caïn. Parce qu'il s'agissait du n° 26, valeur du Tétragramme JHWH, j'avais imaginé de transformer le tueur des 4 cousins en 4 soeurs plutôt diaboliques, les SOEURS MORDYLAN (anagramme de RAYMOND ROUSSEL), d'initiales C-A-I-N, massacrant ensemble un certain Bela (anagramme d'ABEL), lequel les dénonce avec un ultime message en lettres hébraïques de sang, JHWH...

  Reprendre L'adversaire pour vérifier certains points m'a conduit à une découverte propre à réviser mes vues sur son absence de lien volontaire avec le pastiche de 1945 de Narcejac, Le mystère des ballons rouges. Dans cette nouvelle l'instigateur du plan criminel est l'homme d'affaires richissime Jonathan Mallory, lequel ne peut être soupçonné des trois premiers meurtres car il est unijambiste, et se déplace difficilement avec des béquilles. Il a payé un tueur pour ces premiers meurtres.
  Un éventuel suspect dans L'adversaire est aussi un homme d'affaires richissime nommé Mallory, nom suffisamment courant pour ne pas constituer un indice décisif, mais Mallory est innocenté car il avait une jambe cassée au moment des premiers meurtres et avait besoin de béquilles pour se déplacer... Il revient cependant au rang des suspects lorsqu'il est découvert que le tueur, Walt, n'est qu'un pion manipulé par Y.
  Il semble que Narcejac ait envoyé à Dannay (Daniel Nathan le Queen principal) sa nouvelle, ensuite traduite en anglais, peut-être pour la faire paraître dans sa revue Ellery Queen's Mystery Magazine. Du moins les archives de Dannay conservées à l'université de Columbia témoignent de la réception d'un document de 31 pages en 1960. Elle n'a pas été publiée dans EQMM, mais 5 autres nouvelles de Narcejac (seul, sans Boileau) y ont été publiées, dont 3 pastiches (en 1960 et 1961).

  Alors? En 1960 la rupture est définitive entre Dannay et son cousin Lee, et la dernière aventure d'Ellery est parue en 1958, au titre significatif, Le mot de la fin (The finishing stroke). Ultime affront, Lee décide d'utiliser la signature Ellery Queen pour publier d'autres auteurs...
  Il est très probable que Dannay, qui pouvait désormais consacrer tout son temps à la revue, dont Lee ne s'est jamais occupé, ait lu Le mystère des ballons rouges, et très possible qu'il ait perçu les points communs avec La mort et la boussole, dont il avait été l'un des premiers lecteurs en anglais car un des collaborateurs d'EQMM, Anthony Boucher, en avait fait une traduction pour la revue (s'il est dit ici que Dannay a refusé de la publier, je me souviens avoir lu lors de sa mise en vente une lettre à Boucher où Dannay trouvait la nouvelle formidable, mais trop littéraire pour le public d'EQMM). C'est aussi Boucher qui avait traduit les deux premières nouvelles de Narcejac parues dans EQMM, en 1950-51.
  Dannay avait de bonnes raisons de trouver formidable ce texte où un plan criminel est basé sur le Tétragramme, puisqu'il avait publié en 1948 Ten days' wonder, où un plan criminel amène le jeune Howard à signer ses sculptures HH WAYE, soit à profaner le nom divin YAHWEH, prononciation supposée du Tétragramme.
  Dannay avait aussi publié en 1948 dans EQMM Le jardin aux sentiers qui bifurquent, autre nouvelle de Borges bien plus "littéraire" que policière, aussi traduite par Boucher, mais qui pouvait trouver place dans la revue (voir la préface de Dannay sur la page précitée) car la première partie du recueil Fictions est supposée écrite par Herbert Quain, écrivain dont le premier roman The God of the labyrinth en 1933 a été éclipsé par le Siamese twin mystery (effectivement publié en 1933 par Queen, dont Borges était un lecteur assidu).
  Une pareille mésaventure est arrivée à Queen en 1940, lorsque son nouveau roman There was an old woman s'est avéré trop proche par son thème de Ten little Niggers venant de paraître, si bien que la parution du roman a été remise à plus tard, et qu'à la place est parue la novelette The lamp of God, quelque peu labyrinthique.

  Je reviens aux années précédant la publication de L'adversaire, avec la publication en 1962 d'une seconde nouvelle de Borges dans EQMM, Les deux rois et les deux labyrinthes, texte très court n'occupant qu'une seule page. Le jeu d'échecs de L'adversaire suggérant que les deux rois y sont Dieu et le Diable, je peux imaginer que cette publication était significative de la décision de Dannay de revenir à l'écriture, avec un roman inspiré par Borges, et peut-être l'avènement d'une nouvelle "reine" pour remplacer Lee, en l'occurrence un "dieu", Theodore Sturgeon.
  EQMM publiera finalement La mort et la boussole 26 ans après la mort de Dannay, en août 2008. Ce mois m'a été essentiel, avec la découverte du roman jungien de Sinoué Des jours et des nuits, et de ses corrélations avec les polars gréco-minoens de Paul Halter qui allaient me mener à la formidable intuition du 8 septembre. En septembre 2008, EQMM a publié une nouvelle de Paul Halter, Nausicaa's ball, se passant en Grèce.

  Retour aux années précédant la publication de L'adversaire, avec en 1960 la sortie de Psychose qui allait attirer l'attention du monde entier sur le syndrome des personnalités multiples, grâce à l'inoubliable prestation d'Anthony Perkins.C'est normal, c'est Norman ! Avant cela, il y avait eu en 1957 le livre Les trois visages d'Eve, et le film qui en a été tiré, et c'est à ce cas que se réfère Ellery pour Walt-JHWH-Nathaniel.
  Sachant comme tout hébraïsant que Eve comme JHWH dérivent du verbe "être" (ou "vivre"), Dannay a pu en tirer l'idée de faire de JHWH une personnalité seconde, et que le psychiatre ait nommé Eve White et Eve Black ses deux premières personnalités a pu le conduire à placer son intrigue sur un échiquier.
  Tiens, Christine Costner, la réelle Eve, née un 4 avril (!), est morte le 24 juillet dernier, la Sainte-Christine.
  Au passage, le meilleur film de Hitchcock est probablement Vertigo (1958), adaptation d'un roman de Boileau-Narcejac. Hitchcock avait précédemment voulu acquérir les droits des Diaboliques (!), mais Clouzot lui avait soufflé la mise...

  Je ne prétends aucunement restituer la démarche exacte suivie pour l'écriture de L'adversaire, mais tenter d'apporter un minimum de logique à cette affaire embrouillée. Ainsi il est difficile de voir dans deux enquêtes d'Ellery la présence par hasard de suspects richissimes nommés Mallory, innocentés par une paire de béquilles, sachant que Dannay avait depuis peu la traduction du pastiche de Narcejac. Il s'y ajoute que le prénom de Mallory, réel coupable chez Narcejac, est Jonathan, alors que l'assassin chez Queen s'identifie à Nathaniel York, et que la première victime de Jonathan est Douglas Percy, tandis que la dernière victime de Nathaniel est Percival York.
  Dannay aurait-il donné un indice de son tribut à Thomas Narcejac en prénommant Tom celui qui permet à Ellery de mettre le mystère K.O., Tom Archer ? Des échos similaires parsèment la geste queenienne, ainsi:
- dans Le mystère des frères siamois (1933) comme dans Le cas de l'inspecteur Queen (1957), une Sarah se dénonce sans être prise au sérieux alors qu'elle est réellement l'assassin;
- dans La ville maudite (1942) comme dans Face à face (1967), un indice essentiel est découvert dans un carton à chapeau le jour de la Saint-Valentin (et j'écris ceci le 14 février);
- dans Le mystère de la rapière (1938), dont le titre original est The devil to pay, un meurtre est commis comme dans L'adversaire (1963) dans un ensemble de 4 propriétés symétriques autour d'un jardin commun; l'assassin est un archer, Pink, qui a maquillé le crime en remplaçant sa flèche par une dague (la situation inverse se présente dans Le fou des échecs (1929), de Van Dine dont les romans ont d'abord inspiré les cousins Queen).

  Je n'aurais cependant aucune objection à ce que les coïncidences Narcejac-Queen soient des "hasards objectifs", pour reprendre le vocabulaire des surréalistes que fréquentait Sylvain Itkine, et il peut y avoir d'autres approches. Ainsi Mallory est le premier nom du privé de Raymond Chandler, ensuite devenu Philip Marlowe, autre joueur d'échecs, morally upright souligne la page anglaise, tandis que son principal clone est Lew Archer, créé en 1940 par Ross Macdonald.
  Il y a de toutes façons des coïncidences irréductibles, ainsi Narcejac ne pouvait savoir en 1945 que le nom de naissance de Dannay était Daniel Nathan, ni qu'il se brouillerait avec son cousin Lee, ce dont pourraient témoigner quelques romans ultérieurs.

  Lee a notamment fort peu apprécié le tournant religieux pris par Dannay en 1946 avec La décade prodigieuse, et le roman n'a pu paraître qu'en 1948, 3 ans après le Queen précédent alors que de 1930 à 1945 les cousins avaient publié 22 romans et 2 recueils de nouvelles. Chabrol en a fait en 1971 la première adaptation d'un roman de Queen au cinéma, et il est ahurissant que le jeune Van Horn amené à profaner le nom Yahweh y soit interprété par Anthony Perkins, dont la prestation dans Psychose est emblématique des personnalités multiples, que ce soit ou non ce rôle qui ait inspiré à Dannay son tueur signant Y pour Yahweh.
  Diedrich Van Horn et son fils Howard sont devenus chez Chabrol Théo et Charles, on comprend aisément pourquoi pour le père, image de Dieu, moins pour le fils, dont les prénoms originaux Howard Hendrik l'amenaient à signer ses sculptures HH WAYE lorsqu'il apprenait son nom de naissance, anagramme de YAHWEH.
  Chez Chabrol, Charles Henri apprend que ses vrais parents se nommaient Javet, d'où une profanation plus immédiate, mais je ne comprends pas pourquoi il adopte comme nouvelle signature CH JAVE.
  Le péché final du fils est qu'il semble pour son entourage vouloir tuer son père adoptif, mais c'est en fait un plan du père pour amener son fils à se suicider, chiasme qui devient pour moi significatif lorsque fils et père se nomment Charles et Théo, écho à Carl et Theodor. Il est encore remarquable que Théo (dore ou non) soit incarné par Orson Welles, en se souvenant que le teddy-bear doit son nom à Theodore Roosevelt, et je trouve piquante cette page où Welles est dit être le plus fameux "porteur", bearer, de ce prénom:
From an English surname which was originally a nickname meaning "bear cub", from a diminutive of Norman French ors "bear", ultimately from Latin ursus. American actor and director Orson Welles (1915-1985) was a famous bearer of this name.  

  Après L'adversaire, Dannay a publié en 1964 Et le huitième jour... (qui n'est paru en français qu'en 1979), écrit en collaboration avec Avram Davidson, curieux roman métaphysique qui se passe pendant la semaine sainte de 1944. Ce huitième jour... est donc le dimanche de Pâques, et je me suis demandé si les points de suspension ouvrant le titre du Boileau-Narcejac de 1965, ...et mon tout est un homme, ne répondaient pas à ceux de Queen, d'autant que le roman débute un lundi de Pâques (correspondant à 1965). Alors que le roman de Queen fait ressusciter un "christ" adorateur de Hitler, celui de B-N fait ressusciter le criminel mégalomane Myrtil, dont la maîtresse se nomme Régine (regina, queen)...

  Je rappelle qu'il entre dans les coïncidences initiales le n° 44 de Histoires littéraires, avec son article sur Itkine mort en 1944.
  Il y entre aussi Le cinquième procédé, que j'ai relu. C'est un roman de 1948 (comme La décade prodigieuse), 5e aventure de Burma, mais 3e se passant pendant la guerre, en novembre 42.
  Çoeur dp y a repéré le personnage surnommé Roth-Kartoffel, "patate rouge", pour son teint rougeaud, se présentant d'abord comme un agent de la Gestapo, Otto Schirach (Roth Schirach évoquerait aisément Red Scharlach, mais il serait fort aventureux d'y voir un lien logique).
  On retrouve ensuite Roth-Kartoffel à Marseille, sous le nom Korb, or un autre hasard a conduit dp à découvrir en novembre dernier que le vrai nom de Francis Lemarque était Nathan Korb, ce qu'a vraisemblablement utilisé Nicolas d'Estienne d'Orves pour baptiser dans ses Orphelins du mal le millionnaire Nathaniel Korb, croyant financer un opéra alors qu'il est manipulé par les nazis. 
  Lorsque dp a rencontré la seule mention du nom Korb au chapitre 14, elle venait de voir la veille le nom de Francis Lemarque dans l'article en ligne sur Itkine:
 Les acteurs-chanteurs qu’il avait regroupés – des moins de vingt ans, l’un d’entre eux s’appelle Francis Lemarque – diffusaient dans les rues et dans les usines occupées par les grévistes, des spectacles, des chansons et des poèmes. Sur des photographies prises en mai 1935 par David Seymour et Willy Ronis, on aperçoit de jeunes militants hardiment juchés avec des porte-voix sur le Mur des Fédérés du cimetière du Père Lachaise : ils ont des pantalons et des pull-overs bleu marine sur lesquels on déchiffre le nom de guerre du groupe d'Itkine, Mars écrit en grosses lettres rouges.
  J'y vois aussi Willy Ronis, dont une photo est en couverture de la première édition française de La décade prodigieuse, montrant Howard Hendrik qui deviendra Charles Henri sous les traits de Perkins. L'édition suivante donnée plus haut montrait son père Diedrich devenu Théo sous les traits de Welles.

  Pour en revenir à Roth-Kartoffel, alias Schirach, alias Korb, il s'avère finalement être un agent anglais.
  Il y a un autre "rouge" dans Le cinquième procédé, Jean Rouget, le directeur de Toufruit, certainement inspiré par Jean Rougeul, fondateur avec Itkine de la coopérative Croquefruit, auquel est d'ailleurs dédié le roman.

  Mon billet précédent évoquait Les derniers mystères de Paris, de Noël Simsolo, où un tueur entend parachever l'oeuvre de Malet en commettant un crime dans chaque arrondissement de Paris. Les enquêteurs ne parviennent pas à le contrecarrer, et le tueur finit son programme en s'immolant dans le 20e sur la tombe de Simone Signoret, laquelle était une amie de Malet. Simsolo indique notamment que c'est elle qui a remis à Malet en 1948 le premier Prix de Littérature Policière, pour Le cinquième procédé.
  Ce prix a été fondé par MB Endrèbe dont il a été question à diverses reprises sur Quaternité, notamment pour la dernière attribution du prix de son vivant aux Silences de Dieu, de Sinoué, en 2004.
  Tiens, en 1959, le prix a été décerné à un roman de Paul Gerrard, Deuil en rouge, ce qui a été aussi le titre d'un roman inachevé de Malet, dont Enigmatika a proposé une restitution.
  Endrèbe était encore l'un des responsables de la collection La Mauvaise Chance qui a publié en 1947 Le mystère des ballons rouges, parmi d'autres pastiches de Narcejac.

  Un personnage des Derniers mystères de Paris est l'acteur Féodor Atkine, ami de Simsolo. Son nom est proche d'Itkine, vraisemblablement de même origine (hébreu "s'installer"), et son prénom est la forme slave de Théodore; c'est le 9 novembre 42, Saint-Théodore, que Nestor Burma rencontre Roth-Kartoffel.

  J'ai eu la curiosité de regarder l'adaptation TV du Cinquième procédé, avec Guy Marchand. Il n'y a guère que le titre qui rappelle le roman, mais je remarque que l'épisode a été réalisé par Joël Séria. Je savais que Séria est le mari de Jeanne Goupil, née le 4 avril 1950, or le mari de dp est né ce même jour, qui est encore celui où débute le 20e Queen, Double, double (1950), pas par hasard à mon avis car le roman semble construit à partir du nombre 4 et de la lettre D.
  J'ai aussi vu une possibilité JHWH dans cette intrigue conçue par un Dannay de 44 ans, où les 8 morts correspondent aux 8 éléments d'une comptine en 4 vers; les paires de morts ont les initiales M-H, A-J, D-H, et WW, soit aux rangs pairs HJHW.

  J'ai mentionné dans les deux précédents billets le sommaire de la revue imaginée par Perec, le Bulletin de l'Institut de Linguistique de Louvain, dont 3 rubriques consécutives me semblent faire écho à 3 coïncidences littéraires remarquables. A vrai dire, l'écho à la coïncidence Narcejac-Borges est plutôt faiblard puisque l'allusion au Tétragramme de la nouvelle de Borges ne concerne en rien Narcejac, mais je vois une autre possibilité avec les 3 premières rubriques, allusions respectives à 3 nouvelles de Fictions, Tlon Uqbar Orbis Tertius, Pierre Ménard auteur du Quichotte, et Le jardin aux sentiers qui bifurquent.
  L'article de Stephen Albert est en anglais, ce qui peut évoquer la première traduction de Borges en anglais, précisément ce Jardin traduit par Anthony Boucher pour EQMM. L'allusion suivante est, par le biais d'une citation de Freud qui est l'autre auteur programmé, à La mort et la boussole, aussi traduite par Boucher pour EQMM, mais que la revue n'a pas publiée. Boucher a aussi été le premier à traduire Narcejac en anglais, toujours pour EQMM.

  A ce propos, je resignale le roman Borges et les orangs-outangs éternels, de L. Verissimo (2000), se présentant comme le récit de Vogelstein, traducteur en portugais de la nouvelle La mort et la boussole parue dans EQMM, traducteur très libre puisqu'il s'est permis maints ajouts personnels, ce qui lui a valu les foudres de Borges.
  L'occasion de se réconcilier arrive avec un colloque sur Poe en 1985, d'autant qu'un universitaire nommé Rotkopf est assassiné au début du colloque, et Borges mène l'enquête aidé de Vogelstein.
  Une lettre finale de Borges révèle que tout ce qui précède est pure invention, que EQMM n'a jamais publié La mort et la boussole, et que Rotkopf est clairement inspiré par un personnage de l'entourage de Vogelstein, dont la principale caractéristique est une "tête rouge"...

Dernière minute : dp me signale qu'à la fin de la pièce Le noir te va si bien, mise en scène par Jean Le Poulain, lui et Maria Pacôme, incarnant le couple criminel John et Lucy, sont emmenés aux enfers par un diable écarlate...

30.1.17

Mystères DQ de Paris


  Le précédent billet m'a conduit à un point de rencontre entre deux coïncidences éditoriales.
  Chacune de ces coïncidences a de multiples aspects, et je conçois qu'il est fort difficile de les maîtriser tous. Je le conçois d'autant mieux que j'en suis incapable, ainsi je ne sais comment j'ai pu manquer que le point de rencontre concernait aussi une troisième coïncidence.
  Quelques brefs rappels d'abord. La première coïncidence, repérée il y a 20 ans, concerne le premier Ellery Queen publié en 1963 après la rupture de Frederic Dannay (né Daniel Nathan) avec son cousin Manfred B. Lee. L'adversaire n'a été traduit en français qu'en 1978, où paraissait La Vie mode d'emploi (VME), le texte majeur de Perec. On pourrait résumer ainsi les intrigues principales des deux oeuvres : Le vengeur W, employé du millionnaire Percival, cherche à tuer son patron pour de mystérieuses raisons, dans des livres dont la construction fait intervenir le puzzle et le jeu d'échecs.
  La séquence de 3+1 crimes de L'adversaire, dans un carré énumérant les lettres du Tétragramme JHWH, est à l'évidence inspirée par la séquence de 3+1 crimes énumérant JHWH en losange de La mort et la boussole, nouvelle de Borges écrite en 1942. Si Perec aurait pu lire le roman de Queen en VO, il ne pouvait savoir que son coauteur était Theodore Sturgeon. Un formidable réseau de contraintes a régi l'écriture de VME, impliquant notamment des citations d'un auteur étranger, qui dans dix chapitres concernent Borges, et des allusions à une oeuvre littéraire, qui dans dix chapitres concernent Cristal qui songe, de Sturgeon.
  Un seul chapitre de VME réunit ces deux contraintes, et Perec a choisi pour citation de Borges un extrait de La mort et la boussole, et pour allusion à Cristal qui songe une évocation du jouet appelé "Diable" (l'adversaire du roman de Queen est Dieu, ou le Diable).
  Perec fait une seule autre citation de La mort et la boussole, au chapitre 56, avec le sommaire d'une revue imaginaire dont un article concerne le Tétragramme. Alors que Sturgeon n'est pas prévu pour ce chapitre, l'article précédent est une allusion à Cristal qui songe.

  La seconde coïncidence est aussi temporelle. Au début de septembre 1999, alors que j'envoyais le manuscrit de Sous les pans du bizarre à JB Pouy qui me l'avait commandé, sortait en librairie Pandore et l'ouvre-boîte, sous-titré Romans comme VME. Ses auteurs ne pouvaient connaître mon projet, et je certifie n'avoir eu aucune connaissance du leur, bien que le docteur Postel, co-auteur de Pandore, ait créé pour son ami Tonino Benacquista l'élixir allégorique lyophilisé du Dr Wagner, destiné à soigner la crampe de l'écrivain; Benacquista a connu Pouy au collège Romain-Rolland d'Ivry/Seine...
  Toujours est-il qu'il y a de multiples points communs très précis entre Pandore et les Pans, détaillés ici. Je me suis limité dans le précédent billet au cas de Noël Medec, latiniste spécialiste de Virgile que j'avais domicilié 11 rue Simon-le-Cribleur, anagramme du 11 rue Simon-Crubellier de VME. Il m'avait été inspiré par le réel Marcel Bénabou, latiniste et ami de Perec qui habitait alors rue Simon-le-Franc, or cette minuscule rue apparaît aussi dans Pandore, domicile de l'académicien Virgile Grünenwald...
  Il s'y adjoint une autre coïncidence, car cet académicien est dit "n'avoir écrit aucun de ses livres", or Bénabou a écrit en 1986 Pourquoi je n'ai écrit aucun de mes livres, et je ne pense pas que les auteurs de Pandore s'en soient inspiré.

  L'unique mention de Bénabou dans VME apparaît pour l'auteur de l'article précédant l'allusion sauvage à Sturgeon, dont le titre est supposé résoudre la contrainte "Philémon" (mais qui l'aurait deviné sans les notes de Perec?):

  Je ne sais comment je n'ai pas vu aussitôt qu'une troisième coïncidence éditoriale était à l'évidence concernée, alors que j'avais lié ce cas aux deux autres dans ma dernière publication papier, Livres et échos.
  Donc la nouvelle de Borges, publiée pour la première fois en revue en mai 1942, parue en livre en 1944, n'a été traduite en français qu'en 1957, et il n'est guère envisageable que Thomas Narcejac ait pu s'en inspirer pour écrire en juillet 1945 Le mystère des ballons rouges, pastiche d'Ellery Queen paru en 1947 dans Nouvelles confidences dans ma nuit).
  Borges avait imaginé les indices de 3 crimes ou pseudo-crimes mener le flic Lönnrot à un lieu précis un jour précis pour empêcher un nouveau crime, mais c'était un piège tendu par Red Scharlach, un truand dont le frère arrêté par Lönnrot était mort en prison. Scharlach tue Lönnrot.
  Chez Narcejac 3 crimes sont commis dans New York, avec à chaque fois un ballon rouge signalant l'appartement de la victime. Lorsqu'un 4e ballon est trouvé dans la propriété du banquier Jonathan Mallory, les flics comptent être là pour empêcher un nouveau crime, mais Mallory n'accepte que la présence d'un simple flic pour le protéger, rôle assigné au sergent Velie, le principal assistant de l'inspecteur Queen dans la série. En fait Mallory voulait venger son frère gangster abattu par Velie quelques années plus tôt, et ce plan lui permettait en principe d'approcher Velie sans être soupçonné.

  Il semble que Dannay/Nathan ait eu en sa possession une traduction anglaise de la nouvelle de Narcejac, jamais publiée cependant dans sa revue EQMM, et je n'imagine pas qu'elle ait pu lui inspirer peu ou prou L'adversaire, dont la source évidente est La mort et la boussole. Daniel Nathan avait de bonnes raisons pour imaginer une vengeance au nom d'un Nathaniel ("Dieu donne"), mais il est remarquable que Narcejac ait choisi pour le vengeur la forme Jonathan, "JHVH donne", et pour la cible Velie, contenant les lettres IEVE, autre transcription du Tétragramme.

  Il y a aussi le balLON ROUGE, avec rot "rouge" en allemand, et donc LON ROT...
  Je pensais pouvoir apporter du neuf avec le prénom de la première victime chez Borges, Marcel, soit "marteau", lié en hébreu aux lettres du Tétragramme, mais je vois que je l'avais déjà fait dès ma première approche du cas, en mai 2009.
  Je n'avais cependant pas donné les noms des trois victimes, Douglas Percy, Teddy Carson et Grace Michell. Percy peut être le diminutif de Percival, et a de toute manière la même origine. Teddy est probablement le diminutif de Theodore, et GRACE peut se réduire modulo 7 à GDACE, ou CGDAE, la gamme pentatonique qui m'a occupé pendant plusieurs billets au tout début de Quaternité.
  Parmi les mots équivalents à cette gamme, j'avais repéré COEUR, avec l'infarctus qui a réuni Jung et Haemmerli, CRANE, avec Le livre des crânes qui m'a aussi occupé en rapport avec cette gamme, et le crâne est réapparu dans les récents billets, SQUAR', le carré anglais, notamment York Square, et JORGE, premier prénom de Borges.

  Ainsi les articles consécutifs du BILL peuvent désigner le cas de l'adresse de Bénabou dans Pandore et les Pans, le cas de Sturgeon dans L'adversaire et VME, le cas du pastiche de Narcejac recréant le canevas de la nouvelle de Borges, avec de multiples intrications, ainsi
- Perec avait d'abord situé l'immeuble de VME juste en-dessous de la rue Simon-le-Franc;
- les crimes des Pans calquaient explicitement ceux de L'adversaire, et j'y citais son co-auteur Sturgeon; si je ne pensais pas au départ à des localisations des crimes en triangle de Pythagore complété ensuite en un rectangle, de même que les crimes de La mort et la boussole forment un triangle équilatéral à compléter en losange, divers hasards m'ont conduit à l'utiliser dans l'intrigue...

  Etc, etc... je ne vais pas reprendre tous les éléments de cet épais dossier. Il y a autre chose que j'ai oublié dans le précédent billet, mais je m'en étonne moins car ce n'est pas un bon souvenir.
  J'ai été plusieurs années membre de l'Association Georges-Perec, laquelle organisait chaque mois un séminaire où un intervenant venait présenter un sujet perecquien, pendant environ une heure et demie. J'avais souhaité y participer, et proposé un sujet sur Queen qui me semblait plus consensuel que mes recherches numériques, et ceci avait été accepté par Bénabou, alors président de l'Association. Le séminaire s'est tenu le 26 février 2000, mais je m'y étais très mal préparé, et je me suis borné à lire le fascicule que j'avais achevé en hâte la veille, Quelle queenerie, la Vie (qu'on peut consulter à la Bilipo), en évitant de trop lever les yeux vers l'assistance.
  Face au public il y avait aussi, assis à mon côté, le Président, Marcel Bénabou donc, lequel me chuchotait souvent "et Perec? et Perec?"...
  Le point fort de mon intervention était bien sûr les points communs entre L'adversaire et VME.

  Je poursuis avec la suite prévue du précédent billet, où je n'avais pas développé toutes les pistes issues de Mortelles Voyelles de Gilles Schlesser.
  On y voit les spécialistes du Loup poli découvrir dans le roman A noir divers niveaux de codages, ainsi dans le chapitre 15 un message apparaît en prenant la première lettre de chaque 150e mot: Je est un autre et habite dans l'absente. La lettre absente du roman est Y, et il existe un village de la Somme de ce nom, à 150 km de Paris, juste au nord d'un bourg nommé Voyennes...
  Par ailleurs le logiciel du Loup poli révèle une surabondance des lettres J et B dans le texte, et comme Y n'a que 94 habitants il est aisé d'y dénicher Jean Baudry, ce qui a d'ailleurs été un pseudonyme utilisé par Rimbaud, mais c'est pour trouver cet "écrivassassin" mort, pendu, de même que Gondol découvrait Tom Lapnus mort à Courcelles/Yvette. Ce thème des indices menant à un suspect fraîchement mort est plutôt récurrent dans le polar.
  Il l'est moins de trouver Je est un autre associé à Y, or dans les dernières lignes de L'adversaire, Ellery cite cette expression de Rimbaud après avoir démasqué l'assassin Y.

  Le criminel d'initiales JB me rappelle qu'à la fin des Pans Gondol en vient à soupçonner JB Pouy de la plupart des morts de l'affaire, mais se refuse à en faire part à la police.

  Je n'en déduis pas que Schlesser ait pu s'inspirer de mon roman, et il y a une coïncidence bien moins banale qu'une paire d'initiales. Le spécialiste du Loup poli indique que le finitif clairon aux accords d'aiguisoir trouvé dans A noir est "du pur Rimbaud", mais ce n'est pas exact, et Schlesser le sait forcément, puisqu'il cite en exergue du roman le sonnet de Rimbaud in extenso, dont le 12e vers est
O, suprême clairon plein des strideurs étranges, 
  Le finitif clairon... en est la version de Perec dans Vocalisations, l'adaptation sans E de Voyelles dans La disparition, poème qui m'obsède tant que j'en avais codé chaque vers dans un chapitre des Pans. Ainsi le vers de Perec est présent de façon cachée dans les deux romans, au chapitre 12 du mien, ...aime, qui suit le chapitre Elle..., dans la logique KLMNO de ma dernière partie, Le mystère K.O.
  Dans ces chapitres LM, Gondol découvre que la femme de son ami Roland Boulenger, M.A., était la maîtresse de Noël Medec. Il en déduit que les autres assassinats de latinistes avaient été commis pour brouiller les cartes, avertit le commissaire Yèble chargé de l'enquête, et un indice accablant est trouvé rue Simon-le-Cribleur, trop accablant selon Yèble qui incite Gondol à chercher autre chose, et de nouvelles hypothèses apparaîtront aux chapitres Haine et Oh!.

  Bien avant d'avoir décidé de coder Vocalisations dans le roman, j'avais forgé le nom YEBLE à partir du flic archétypique JAVERT et de la séquence vocalique rimbaldienne, lue A/E-I-U/O.
  J est une forme du I, Y en est une autre
  E blanc est complémentaire de A noir.
  Il reste le u VERT placé par Rimbaud avant le o BLEU, et YEBLE sonnait mieux que YEBLEU...

  Je suis fasciné par la proximité de YEBLEU avec BAULAY, l'enquêteur journaliste de Schlesser, dont le nom est forgé explicitement selon l'oxymore beau-laid. Pour passer de l'un à l'autre il suffit de transformer A noir en E blanc, autre oxymore (blau est encore l'allemand "bleu").
  Jean Baudry, l'auteur de A noir, a un petit-fils prénommé Maurice, ce qui dans le domaine du polar évoque aussitôt Leblanc, l'E blanc...
 
  Le roman codé A noir m'a fait me demander s'il y avait des codages dans Mortelles voyelles. Si je n'ai rien vu d'indubitable, quelques points sont à signaler:
- c'est au chapitre 25 qu'est commis un nouveau crime "vocalique", celui correspondant à la lettre Y, de rang 25;
- le roman compte 39 chapitres, et le spécialiste du Loup poli cite parmi les propriétés de "Y" le symbole de l'élément Yttrium, numéro atomique 39;
- ces 39 chapitres se répartissent en 2 parties de 13 et 26 chapitres, nombres qui évoquent à l'hébraïsant la profession de foi juive, YHWH est Un, en hébreu YHWH AHD, mots de valeurs 26 et 13.

  Je pense évidemment aux crimes JHWH ou Yahweh de L'adversaire, 26e roman de la série Queen, sans imaginer que Schlesser ait eu ceci à l'esprit.

  Il y a quelque chose de curieux avec les en-têtes de chapitres, des dates sous la forme Lundi 1er février, 23 heures, par exemple (pour le premier chapitre). Les 13 chapitres de la 1e partie peuvent correspondre à 2010, l'année de publication du roman, ce qui concorde avec la série de crimes de 1979 donnée pour dater de "plus de 30 ans".
  Les choses se gâtent avec le chapitre 14, daté du mardi 8 juillet, or le 8 juillet était un jeudi en 2010. Les chapitres 15 à 31, du samedi 4 septembre au jeudi 28 décembre, sont à nouveau compatibles avec 2010, puis les 8 derniers chapitres se passent du mardi 2 janvier au samedi 6 janvier, comme si décembre n'avait eu que 30 jours en 2010.

  Je crois plus à des erreurs de Schlesser qu'à un plan tortueux, ainsi la façon la plus simple de résoudre la première erreur est d'imaginer qu'il aurait fallu Mardi 6 juillet, or le 6 juillet est mon anniversaire, et plusieurs faits marquants sont associés à cette date, notamment des erreurs.
  Juste avant mon intuition sur l'harmonie 4-1 de la vie de Jung m'était venue la réminiscence d'une erreur dans le roman Un monde transparent de Morris West, lu 25 ans plus tôt, où Jung était dit natif du 6 juillet.  Je ne m'en étais pourtant pas rappelé lorsque j'avais lu une étude sur Unica Zürn, que je savais native du 6 juillet (1916), où lui était donnée la date du 16 juillet.

  Le 6 juillet 2010 est encore pour moi une date mémorable, car mes confrères de la listeoulipo m'ont envoyé ce jour un recueil composé pour mes 60 ans, la BLO 15 (Bibliothèque Liste Oulipo). Dans Mortelles voyelles, le tueur du Y, continuateur de l'oeuvre de Jean Baudry, se nomme Jacques Blot, autre JB...
  L'un des contributeurs de ma BLO était Eric Angelini, et quelques jours plus tôt la présence dans une BD des 60 premières lettres du mot infini de Fibonacci m'avait conduit à la suite correspondante sur le site de référence des suites d'entiers, et à y découvrir un commentaire d'Eric Angelini, posté le 6 juillet 2005, soit le jour de mon 55e anniversaire, or un amateur de Fibonacci lit aussitôt 55+5 dans 60. J'ai posté ce 6 juillet 2010 un commentaire poursuivant celui d'Eric, et il a été accepté par les responsables du site, si bien qu'on peut le voir ici à la date voulue.

  J'ai conté ici les circonstances de ma découverte de Cristal qui songe, le jour de mon 21e anniversaire, le 6 juillet 1971, grâce à ma cousine Françoise Angelini.

  La première parution du roman était en février 1950, l'année de ma naissance.
  Je suis revenu ici sur ces coïncidences zürno-angeliennes, avec la naissance d'Unica 34 ans avant la mienne, ma découverte de Cristal qui songe 21 ans plus tard, ce qui aurait le 55e anniversaire d'Unica si elle ne s'était défenestrée 9 mois plus tôt, le 19 octobre 1970, et enfin le commentaire d'Eric Angelini (sans rapport avec ma cousine Françoise) 34 ans plus tard. 34-21-34, Fibo...

  Autre chose maintenant. Les Gondol sont généralement parus par paires, d'abord celui de Pouy et le mien, en novembre 2000. Les numéros 7 et 8 sont parus en février 2002, Les derniers mystères de Paris, de Noël Simsolo, où Gondol enquête avec Yèble sur un tueur en série inspiré par Léo Malet, et Hortense Harar Arthur, de Pierre Brasseur, où Gondol est chargé de résoudre le mystère de l'Illumination H de Rimbaud; sa conclusion est que la véritable Hortense est l'androgyne Horton-Hortense de Sturgeon dans Cristal qui songe, et son avatar perecquien dans VME, le chanteur Sam Horton devenu "Hortense" après un traitement médical approprié...
  Brasseur fait aussi allusion à la Hortense de Leblanc, 8e victime de la Dame à la hache, une des 8 nouvelles du recueil Les huit coups de l'horloge, construit autour du nombre 8 et de la 8e lettre H, et le Hasard a voulu que ce Gondol au triple H dans le titre reçoive le numéro 8.
  Il y a plus à dire du numéro 7, pouvant rappeler Mortelles voyelles, où un nouveau tueur s'inspire de la série AEIUO de 1979, commise par un écrivain, pour y ajouter 30 ans plus tard un crime Y.
  Chez Simsolo, Charles Aumère, auteur d'un roman en 20 chapitres contenant chacun un crime, a entrepris de tuer des traductrices en 1983-84, en commençant par Aline Anse d'initiales AA dans le 1er arrondissement, puis une BB dans le 2e, puis une CC dans le 3e, mais sa santé l'a contraint d'arrêter là la série, et il a confessé ses crimes à sa mort. En 2002 l'obscur Jean Dupont entreprend de poursuivre la série, avec un programme très élaboré. Comme Léo Malet a écrit ses Nouveaux mystères de Paris, série d'enquêtes de Nestor Burma se passent chacune dans un arrondissement, comme cette série a d'abord couvert logiquement les 3 premiers arrondissements, puis a sauté ensuite anarchiquement d'un arrondissement à l'autre, comme seuls 15 romans de la série sont parus, les autres étant restés à l'était de projets, Dupont entreprend de choisir dans chacun des 12 autres arrondissements une victime par mois dans le monde du sexe, en suivant l'ordre de Malet, chaque victime ayant pour initiale une lettre de rangs correspondant à l'arrondissement, par exemple Dora dans le 4e, et madame Quentin dans le 17e, en novembre et décembre.
  Car les deux derniers Mystères sont Du rébecca rue des Rosiers et L'envahissant cadavre de la Plaine Monceau, couvrant le 4e et le 17e, ce qui m'évoque aussitôt les deux localisations de la rue Crubellier chez Perec, dans le 4e puis le 17e, précisément dans la Plaine Monceau. Wikipédia m'apprend qu'il s'agit du 66e quartier administratif de Paris, et je pense à l'indicatif 66 du premier chapitre de VME, apparaissant précisément au paragraphe suivant celui localisant l'immeuble dans la Plaine Monceau (avec le domino double-six).
  Tiens Léo Malet est né un 7 mars, comme Perec (mais en 1909, 27 ans avant lui), et il est mort un 3 mars, toujours comme Perec (mais en 1996, 14 ans avant lui).
  Le tabac ne tue pas toujours vite ses adeptes, car Malet était inséparable de sa pipe. J'ai découvert récemment une photo de Theodor Haemmerli, le montrant aussi fumer la pipe, ce qui m'a donné l'envie de réaliser ce montage de trois fumeurs de pipe l'ayant cassée en 44, 61, et 96, Theodor, Carl et Léo:

  Curieusement, les deux meurtres parisiens survenant pendant le temps de narration des Pans se produisent le 5/5 dans le 4e, parce que Pouy avait choisi d'y faire résider Gondol, et le 6/6 dans le 17e, parce que c'était le 4e sommet du triangle dessiné par les lieux des morts des autres latinistes.

  J'évoquais dans le précédent billet le quadrilatère criminel de La mort et la boussole, débutant par la mort du rabbin Marcel Yarmolinsky. J'ai eu la surprise en cherchant des images "Marcel Yarmolinsky" de trouver parmi les premiers résultats Léo Malet.
  Il s'agit d'un extrait d'un ancien catalogue d'une librairie qui a fermé en 2016, Entropie, boulevard Voltaire (ce qui me rappelle qu'un meurtre est commis avec un buste de Voltaire dans Pandore). D'autres extraits sont donnés, avec les rubriques des livres vendus pareillement rayées par un quadrilatère avec ses diagonales, ce qui m'est aussi évocateur du mandala, notamment de celui dessiné par les morts des Pans, ce qui faisait s'intéresser Gondol au centre des diagonales (le musée d'Orsay).
  Le grand quadrilatère centré convient particulièrement à Vacances sous le pavillon noir, le pavillon des pirates qui figure effectivement sur la couverture, avec un CRÂNE au centre des deux tibias...
  Ceci me rappelle que le pavillon noir apparaissait dans mon anagramme de Vocalisations, mais j'ignorais alors qu'il était apparu dans un titre de Malet, anar notoire, le vers au "noir pavillon" s'achevant d'ailleurs sur le mot "anars":
haut50 a1, noir56 pavillon101, ficin41 pour70 maints76 anars53, [448]
  Si j'avais placé un adjectif devant "a", c'est pour avoir les mots "a noir" aux mêmes rangs que dans Vocalisations, où ces rangs me semblaient significatifs.

  Pourquoi ceci est-il apparu lors d'une recherche Yarmolinsky? C'est que le catalogue recelait quelques perles de littérature imaginaire, comme l'ouvrage de S. Lim sur la page Malet. Il donnait aussi réalité à un titre de la bibliographie du rabbin donnée par Borges:

  Narcejac a aussi écrit un pastiche de Malet, Bonne et heureuse, pour un nouveau recueil rassemblant ses pastiches au Masque en 1951, Faux et usage de faux. Le mystère K.O. y revient à diverses reprises, mais Nestor se targue de mettre aussi le hasard K.O...

  Il y a de multiples échos à l'apparition de Malet et Simsolo dans mon affaire, que j'aborderai brièvement.
  Léo-Malet-Nestor ont les initiales LMN intermédiaires entre K et O.
LEO / MALET = 32/51 est un nom doré proche de
EMMA / JUNG = 32/52, or mes chapitres LM, Elle... ...aime, désignaient comme coupable les amants M.A et Noël Medec; M.A. évoquait pour moi l'archétype de la femme adultère, Emma Bovary (mais dans le couple Jung Carl est plus connu pour ses écarts que sa femme).

  Si de multiples polars imaginent des plans criminels utilisant l'alphabet ou un nombre attaché à une série, des points communs précis réunissent le Gondol de Simsolo et Le mot de la fin de Queen (1958), signalé dans les Pans, aussi paru sous le titre L'ABC du crime:
- les 2 romans ont 20 chapitres, en écho aux plans criminels, 20 arrondissements, 20 lettres de notre alphabet directement issues de l'alphabet sémitique originel;
- la série criminelle de Simsolo se répartit en 3 crimes AA-BB-CC commis par Charles A. en 83-84, puis 12 crimes commis chaque mois de 2002 par Jean D., respectant l'ordre des 12 derniers Mystères de Malet, puis 5 crimes début 2003 dans les derniers arrondissements;
- le roman de Queen a 3 parties, la première en 1905, la seconde en 12 chapitres se déroulant chacun des jours suivant Noël (pas Simsolo) 1929, jours correspondant traditionnellement aux mois de l'année, dans une propriété où sont réunies 12 personnes chacune native d'un mois; les crimes commis alors ne seront élucidés par Ellery que dans la troisième partie, 27 ans plus tard.
  Je m'émerveille de ces corrélations 12-20 à 44 ans de distance éditoriale, alors que la série se poursuit par 32-52-84-136. Je rappelle que c'est le premier jour de l'an pataphysique 136 que j'ai découvert l'harmonie de la vie de Jung autour du 4/4/44, jour de l'échange Jung-Haemmerli (52-84).
  Il s'y ajoute qu'après les premiers crimes de Charles A., les deux seuls crimes de Jean D. dont l'ordre correspond au numéro de l'arrondissement sont le 12e et le 20e.
  Je rappelle que le roman Hasard (1999) de Le Clézio compte 20 chapitres dont seuls 12 sont titrés, avec une frappante répartition.

  32-20 est aussi un calibre de pistolet, objet du célèbre blues de Robert Johnson, en 12 mesures comme il se doit.
  Tiens Actes Sud a édité une bio, sous le titre Léo Malet revient au bercail, "bercail" anagramme de "calibre", et sa couverture montre Malet brandissant deux calibres, précisément, les bras croisés comme un pavillon noir...
  Ce bercail était pour lui Montpellier, où il est né et demeure désormais dans son cimetière, ce qui m'avait été l'occasion de faire une belle anagramme:
A MONTPELLIER = RIP LEON MALET,
car tel était son nom de naissance.

  Que Noël soit un passionné de Léon me rappelle tous les jeux léonins palindromes, LYOV-VOYL, LIEV-VEIL, etc. 

  SIMSOLO = 102 est encore un nom dont le rapport voyelles/consonnes est doré, mieux fibonaccien:
IOO / SMSL = 39/63 = 13/21 (à ajouter aux autres 13-21).

  Au moment où j'ai commencé ce billet, son point primordial était la coïncidence des arrondissements 4 et 17 dans VME, les Pans et Malet-Simsolo. Désirant comme pour le billet précédent avoir un titre de même valeur que le rang du billet, soit 217, je me suis avisé que
MYSTERES DE PARIS = 196, ce qui m'était évocateur car j'avais nommé les parties 1 et 3 des Pans
VIGILES DES MORTS = 196
LE MYSTERE K.O. = 148
  Il m'avait manqué 21 pour avoir 196+21+148 = 365, nombre clé du livre, tout comme il m'a manqué 21 à partir cette fois de 196; j'avais choisi pour titre IL, il s'est imposé DQ correspondant à 4-17.

  Les lettres DQ ou QD me rappellent que j'ai intitulé un récent billet S.N.C.F.Q.D., mêlant deux sigles connus, or les deux premières aventures publiées de Burma, écrites pendant la guerre, sont 120, quai de la Gare et Nestor Burma contre C.Q.F.D., la première évoquant aisément la SNCF.
 En relisant ce billet de juin, je m'effare d'avoir oublié une découverte réalisée lors de son écriture, à propos des valeurs des mots grecs présents dans un même verset de Matthieu, Golgotha, lieu-dit signifiant "crâne", et krânion:
Γολγοθα = 186, en parfait rapport d'or avec
κρανιον = 301
  Il se trouve donc que le poche Baleine n° 186 est le 115e Poulpe, exemple d'un des multiples rapports d'or de la collection, et que son sous-titre est
C'EST UN BON JOUR POUR GABRIEL = 301
  J'avais oublié ceci lors des deux précédents billets où il était question des nombres 186-301, alors que j'étais l'un des quelque 130 contributeurs à ce recueil en hommage aux 40 ans du Poulpe. Noël Simsolo en était un autre...

  J'évoquais aussi dans ce billet la traduction en tchèque du Mont analogue de Daumal, dont la couverture montre un triangle stylisé pointe en haut qui m'a aussitôt rappelé les triangles pointe en bas de la collection Le Labyrinthe où sont parus les premiers Burma.
  Comme ce Mont de Daumal a quelque analogie avec la tour de Babel, j'ai eu envie de procéder à une superposition comme je l'avais fait avec les châteaux de Wewel et Sisak, et voici donc ci-dessus à quoi pourrait ressembler l'ouvrage de Léo-René Daumalet...
  Je frémis à l'idée que des passages de ces livres aient pu être écrits simultanément, de plus peut-être à peu de distance car Daumal a passé la fin de sa vie à Paris, avant sa mort en mai 44.