19.10.19

ARDUE CROIX, décalez, EX-RICARDOU


  Le précédent billet, consacré à l'étude raisonnable de L'art du X, annonçait de prochains développements qui le seraient moins, que voici.
  Je n'étais pas loin d'ignorer jusqu'au nom Ricardou en 1999, où j'ai appris que son RAPT (Récrit Avisé Par la Textique) d'un passage de la Disparition comptait un E. C'était dans le n° 3 de la revue Formules, à laquelle j'étais abonné, mais je n'ai pas reçu ce numéro, et je n'ai accédé à un texte de Ricardou que dans le numéro suivant, en 2000, Les leçons d'une erreur, où il expliquait qu'il avait d'abord composé un texte conforme au lipogramme en E, puis que, sur épreuves, il avait au dernier moment remplacé "suivant" par "selon".
  Quelques lignes auraient suffi, mais Ricardou y avait consacré 15 copieuses pages, en partie en réponse à une lettre personnelle de Bernard Magné, spécialiste de Perec, annonçant un commentaire dans le prochain numéro de la revue. J'avais vite abandonné ce texte, où abondaient les néologismes textiques totalement rébarbatifs pour un non-initié.
  Magné et Ricardou étaient donc au sommaire du numéro 5, en 2001, l'un pour arguer qu'au-delà de l'inadvertance, Ricardou n'avait rien compris à l'écriture de Perec, et qu'aucune de ses prétendues "améliorations" n'était pertinente, l'autre pour rappeler que Magné avait suivi son séminaire de textique de 1985 à 1990, et qu'il lui avait fallu tout ce temps pour "comprendre qu'il ne comprenait pas". Ricardou éreintait en outre une des rares incursions de Magné dans la création littéraire, son texte numéro 24, suite de 24 lignes de 48 espaces typographiques mettant en évidence un grand X dessiné par des lettres X, en majuscules dans la première version publiée en 1983, en minuscules graissées dans une seconde version de 1988.
  Ricardou a jugé bon de présenter ces deux "24" sur une même page, et il s'agit de la page 224 de la revue :  Une coïncidence 24-48 m'a conduit à évoquer cette querelle, à mon sens déplorable, dans le billet Le grand jeu Hanalogue, en juin 2012. J'ignorais alors presque tout de Ricardou, ne savais même pas qu'il avait écrit des textes contraints, encore moins bien sûr que le X était essentiel dans plusieurs de ces écrits, X coeur du teXte, des lieuXdits, et que ces écrits étaient souvent basés sur les "nombres fondamentaux", 4, 8, et leur rapport 1/2.
  Ricardou a ainsi utilisé les nombres 48 et 24, notamment dans Communications où un personnages a le numéro de téléphone Maillot 24-48, aussi ce maillage de 24 par 48 lettres dessinant un X par des x serait éminemment ricardolien...
  Mais il est avant tout perecquien, puisque X et 24 sont aussi au coeur du monde de Perec. X est la lettre numéro 24, qui était aussi le numéro du salon de coiffure de sa mère, et le seul choix qui restait à Magné était la largeur de ses lignes. Sachant qu'un texte dans cette police à châsse fixe doit avoir environ deux fois plus d'espaces typographiques que de lignes pour offrir un aspect carré, le choix était limité...

  Magné, s'étant très tôt intéressé à la biotextualité, ne pouvait ignorer l'importance des 4 et 8 chez Ricardou, ainsi que du X. Peut-être y a-t-il aussi pensé en composant numéro 24, peut-être a-t-il montré le texte à Ricardou lors d'un séminaire... L'un comme l'autre ne sont plus là pour éclaircir ces points.
  Il est plus certain que Ricardou n'a pas manqué de penser à son sonnet en X lorsqu'il s'est acharné à éreinter la création de Magné. Pour sa première version, publiée en 1983 dans Petit perecédaire illustré, il dénonce la présence de majuscules intempestives en tête de ligne et dans les noms propres, alors que son propre sonnet est pareillement pollué par d'autres majuscules que celles formant le grand X, lequel souffre d'ailleurs d'une irrégularité qui me semble pouvoir être améliorée, alors qu'il n'y a rien à redire aux parfaits alignements des X de Magné.
  Une éventuelle allusion à son Art du X pourrait être cette note 18:
La place manque pour stipuler, ici, dans le domaine des occurrences médianes, ce qui distingue, sous l'angle structural, la présentation de «numéro 24», occurrence spatio-linéale, et, par exemple, la présentation d'un sonnet, occurrence linéo-spatiale
Ce n'est pas absolument limpide, mais que vient faire un sonnet dans cette galère?

  Curieusement, la première publication de L'art du X date aussi de 1983, dans le numéro de printemps de Littératures, aujourd'hui accessible en ligne, également hommage à Perec disparu en 1982. Je ne sais lequel est paru en premier, mais il me semble improbable qu'un auteur ait connu l'oeuvre de l'autre avant leurs publications.
  Ces deux textes ont aussi ont commun d'avoir été réédités, légèrement remaniés, en 1988 dans La cathédrale de Sens, et en 1989 dans Perecollages 1981-1988.

  Je rappelle que les numéros de Formules concernés sont aussi accessibles en ligne, sur le site de la revue.

  J'avais oublié que c'était la coïncidence 24-48 qui m'avait conduit à évoquer cette controverse Ricardou-Magné, et une autre pétrifiante coïncidence m'avait conduit à découvrir dans ce même billet, Le grand jeu Hanalogue, que Ricardou était l'auteur d'un roman, Les lieux-dits, et à apprendre plus tard que la fourmi "diagonale" Atta bellifera d'une nouvelle de Lahougue tirait son nom de ce roman, et sa propension à l'oblique de la diagonale BELCROIX formée par ces lieux-dits.
  Ce n'est que ce mois que j'ai découvert que le jeu diagonal des mots de la nouvelle de Lahougue était déjà utilisé dans L'art du X.

  Ceci m'avait ouvert sur deux improbables collisions entre nos écritures. Ricardou et moi avions eu, la même année 1999, la fâcheuse idée de remplacer "suivant" par "selon". 30 ans avant ma création d'une table des chapitres en carré formant la diagonale ROSENCREUTZ, Ricardou avait fait de même avec un carré formant la diagonale BELCROIX.
  J'ai ensuite trouvé d'autres rencontres lorsque j'ai surmonté mes premières impressions face à la rébarbative textique.

  De nouvelles similitudes sont apparues avec L'art du X. L'une des formes du sonnet est titrée Code X, jeu avec "Codex" qui serait le titre du livre en possession de la fille du Midi-Minuit. Relisant mon Grand jeu Hanalogue de 2012, je m'aperçois que j'y avais fait le même jeu. Les 2 formes de numéro 24, le texte en X de Magné, figurant page 224 de Formules, et 112 étant un nombre important chez Perec, j'avais imaginé que cette page 224 serait le folio 112b d'un codex, et le jeu avec "code X" m'était aussitôt venu.
  Je signalais dans le précédent billet que dans le décodage des phrases correspondant à
un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant ses vers
les mots apparaissent aux positions 1-2-3-4-8-6-7-5-9-10-11-12, c'est-à-dire que les positions 5 et 8, correspondant à "oppose" et "rêves", sont interverties. Ceci est évidemment en rapport avec la dernière phrase de la partie III, peu après:
— Or, « Ses rêves », en les retournant, ne seraient-ils pas « ses vers » ?
  Il se trouve que le 20 novembre 2002, j'avais proposé ce palindrome à la Liste Oulipo,
le rut à nos rêves oppose verso naturel
en 8 mots et 32 lettres, 4 fois 8.
  Le RUT apparaît en filigrane dans le premier texte du recueil, Le lapsus circulaire, avec l'énigmatique invitation sur une affichette:
Renverse-moi, je suis ta Créature...
Le narrateur en déduit qu'il faut scinder en deux groupes de 4 lettres, CREA donnant 4, TURE renversé ERUT, correspondant aux lettres de valeurs 5-17-20-19, pour obtenir le téléphone de la Créature de Rêve, 45-17-20-19...

  Il me souvient d'avoir envisagé d'utiliser le jeu "sonnet" "son net". J'ai fait une recherche "son net" sur la Liste Oulipo depuis ses débuts, et ai trouvé 3 occurrences.
  Le 6 mai 2003, Alain Chevrier proposait de travailler cette contrainte dite isogramme, et donnait l'exemple "son net".
  Je l'avais manifestement oublié quelques mois plus tard, car le 28 novembre je postais dans un message
Le 7 courant je me suis éveillé avec en tête "le son net" et l'idée d'écrire un sonnet qui n'ait justement pas un son net. 
C'était pour expliquer comment m'était venu l'idée du sonnet écrit le matin du 7, où "le son net" était devenu "leçon net" (voir l'annexe en fin de billet).
  Le sujet est revenu sur la liste en janvier 2014, et le 19 le même Alain Chevrier proposait ces deux sonnets lettriques isogrammes (en 14 lettres)
TRESSAGE SONNET
TRES SAGE SON NET
  J'ai utilisé le même jeu "tressage" "très sage"dans le titre de ma communication à Cerisy, de façon presque obligatoire imposée par le jeu "très fou" "tserouf", sans me souvenir de ce sonnet lettrique de Chevrier, lui-même habitué de Cerisy (mais je me souviens maintenant avoir apprécié ce jeu 4-4-3-3).

  Je reviens au billet L'art du X, et l'art du Ricardou qui m'a conduit à approfondir ce dernier texte de La cathédrale de Sens. J'y suis parvenu par un chemin tortueux, sans aucun fil logique apparent, passant par un thriller de Glenn Cooper et la suite arithmétique A003136, donnant les nombres de la forme a2+ab+b2.
  Ce roman contenait deux énigmes numériques, les réelles 112 notices de la Prophétie des papes, d'actualité puisque le pape François serait le 112e et dernier pape selon cette prophétie, et les 24 nombres tatoués à la base de la queue des Lémures, correspondant à des numéros de vers du Docteur Faustus de Marlowe, formant un acrostiche en 24 lettres,
MALACHY IS KING HAIL LEMURES.

  Je viens d'évoquer les deux numéro 24 au folio 112b du codex Formules, mais il y a davantage, car la journée de 24 heures, ou deux fois les 12 heures du cadran des heures, est amplement convoquée dans L'art du X (qui est toujours la lettre numéro 24, mais plutôt 23 pour Ricardou), et les 8 variantes du sonnet comptent 8 fois 14 vers, 112.
  Elles dévoilent peu à peu le grand X formé par certaines lettres,
X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant ses vers en sa croix.
et l'acrostiche étendu
X ajoute ces mots en colonne et puis cesse.
  Le 112e pape François est l'occasion de rappeler qu'un des plus célèbres acrostiches est celui du Songe de Poliphile, traduit
  François Colonne serviteur fidèle de Polia
par Béroalde de Verville.

  112 est un nombre de la suite A003136, avec a et b égaux à 4 et 8, les nombres fondamentaux de JEAN-RICARDOU:
42 + 4x8 + 82 = 16 + 32 + 64 = 112.
  Il est évidemment plus probable que Ricardou ait utilisé ses nombres fétiches avec les 4 parties du texte et les 8 sonnets.

  Mon obsession numérique m'a conduit à recenser tous les "mots de passe", en italique dans les phrases en romain,
X une règle sonnet consacré tester au d une vertus sa étroit si Vers sommets ascendante vers l alentour le texte le D ces il effet écriture qui oppose ses X tenir sont donc nécessaire il dans son en façon semble avec Au quatorze car aiguilles croisement l un son
soit 50 mots, 213 lettres, de valeur 2604,
en romain dans les phrases en italique, 
sonnet tester une règle sexe fait subir jouir une
soit 9 mots, 41 lettres, de valeur 532.
  De discernables multiples de 4, comme dirait JR, mais je remarque surtout la somme, 3136, carré de 56, et numéro de la suite OEIS qui occupait mon esprit lorsque j'ai été conduit à m'intéresser à L'art du X.
  56+56 = 112, mais il n'est guère imaginable que ceci ait été voulu, car la première édition du texte avait un autre "mot de passe", assouplir, dans la 112e phrase de 12 mots (ou plutôt d'environ 12 mots, puisqu'il y a diverses exceptions).

  Il y avait donc dans cette première version 282 phrases d'environ 12 mots, dont 60 avec des "mots de passe", et 222 sans. J'imagine que Ricardou a demandé aux Impressions nouvelles de reprendre exactement son texte de Littératures, et que quelques erreurs sont passées inaperçues lors de la lecture sur épreuve.
  60 phrases particulières de 12 mots. Ce pourrait être significatif dans un texte où le cadran d'une montre ou d'une horloge est au premier plan, et il est au moins assuré que le nombre 12 de mots ne doit rien au hasard.
  Toutefois l'éventuelle erreur sur "assouplir" amène une autre possibilité, avec 32 mots en italique du sonnet et de ses messages dans 32 phrases en romain des 3 premières parties. 32, c'est 4 fois 8.
  Je me demande si Ricardou a réellement compté ses phrases, ou du moins si leur nombre ne serait pas la conséquence d'une erreur. J'ai évoqué dans le précédent billet l'absence de la phrase codant pour le mot "Et" du sonnet, au début du 11e vers, alors que les positions des "mots de passe" l'encadrant sont aux rangs 9 et 11 de ces phrases successives:
Dès lors, je me suis voulue attentive aux appogiatures: avant et après. Dessous, je lis "tournant"; dessus je vois "vers": voici donc le signe.
  Lorsqu'il déroge ailleurs à sa contrainte, Ricardou ne manque pas d'y faire allusion dans le texte, et je ne vois rien de tel ici. N'aurait-il pas oublié une phrase?
NOTE: après réflexion, je me demande si ce manque du SON "ET" ne ferait pas pendant aux deux mots "SON NET" de la 8e phrase, aux positions 8 et 9, qui deviennent un seul mot, "SONNET", dans le décodage.

  Ce qui me mène à conclure, avec l'explicitation de mon titre. L'antépénultième billet, 290e de Quaternité, avait un titre de valeur 290, L'art du X, et l'art du Ricardou, avant que je découvre que le texte principal contenait 290 phrases de 12 mots (environ toujours), en y incluant les phrases codées.
  Dans le billet suivant, 291e, je justifiais la valeur 291 du titre L'ardu X, ambigument le Ricardou, par la phrase en exergue au texte.
  Pour ce billet, 292e, j'envisage donc la possibilité d'une phrase oubliée pour justifier des titres de valeur 292. En marge de celui choisi, j'ai trouvé l'ardu X, drôlement le RICARDOU, aussi l'ardu X, plaisamment ARDU CROI , également l'ardu X, doublement l'ARDU CROI, encore ardu X, assurément ARDU CROI.
  D'autres idées :
lieuXdits : Lardux, Arducroi
En "L'art du X", S a omis le "et" en fait.

  J'ai forgé un palindrome de valeur 248, les "nombres fondamentaux":
à "révère" s'oppose "rêvera"

  Une petite chose enfin. J'avais cité dans Le grand jeu Hanalogue un article citant un article de Magné sur Ricardou, du temps où il en était admirateur. Reprenant cet article, je vois qu'il est signé Frank Wagner, le probable frère de Nicolas Wagner, l'auteur dans Formules n° 9 de l'article qui m'avait fait découvrir la grille LETTERS de John Barth. Il y citait aussi Ricardou, et dans le même numéro il y avait le Ecrire en colonne de Cyril Epstein, où le nom Wagner apparaissait, des grilles de Robert Rapilly, et la mienne.
  L'article de Franck Wagner commence par
Par le mot par commence donc le texte de cette communication : détournement convenu – j’en conviens – de « Fable » de Francis Ponge, et exemplification de ce stéréotype de la modernité que constitue le recours aux ressources du métatextuel.
  C'est une allusion déclarée à un poème de Ponge, mais je doute que Frank Wagner ait aussi pensé alors à L'art du X, où Ricardou pratique un autre détournement, "par" y étant le mot de passe en position 12:
—Viens, Epsilon, répond-elle, écoute mon message : rien ne finit par "par".

ANNEXE: le message posté sur la Liste Oulipo à 12:08 le 7 novembre 2003 (il y a un acrostiche):
           SANS QUE (l'apparent taise)

Leçon (sans la cédille ((essentiel accessoire
Aidant (((on s'abandonne à chaque échappatoire
Pour ne pas absorber qu'un fat ragot ((((comme un
Perpignanais* (((((centriste** [un sentiment commun

Abhorre l'excentrisme [[ainsi voit-on l'ivoire
Refusé sans label "ex-Ceylan" [[[de déboire
En déboire [[[[du thé parfumé de jasmin]]]]
Nommée actuellement Sri Lanka]]] et l'humain

Ténébreux à jamais rester inconsolé]]
Tant est démérité l'effort de l'isolé]
Avide de dollars))))) qui a perdu la Têt))))

Incohérent))) à lire "arçon fut cavalier"
Sans le confondre avec "art confus ça va lier"))
Exemplaire banal d'un vaste réseau) net.


* Jacques Arago (natif de Perpignan [sur la Têt]
comme François) composa un lipogramme en A.
** Le centre du monde serait selon Avida Dollars
la gare de Perpignan

14.10.19

l'ardu X, ambigument le RICARDOU


  Le précédent billet m'amenait à ces découvertes:
- les nombres fétiches de Ricardou, 48 et 24, et leurs renversements 84 et 42, se retrouvent dans l'année de sa mort
2016 = 48x42 = 84x24;
- de 1932 à 2016, Ricardou a vécu la 24e période de 84 ans dans l'ère vulgaire, 24 correspondant au rang de la lettre X, symbole essentiel pour lui, l'ayant notamment conduit à écrire L'art du X, ensemble de 8 variations d'un sonnet;
- la dernière de ces variations a pour titre L'ardu X, "lettre au terme d'une CROIX", or ARDU CROI est l'exacte anagramme de RICARDOU.

  Si Ricardou n'a pas choisi de mourir à 84 ans et 36 jours, plusieurs lecteurs ont vu en "ardu x" un jeu péremptoire. C'est évidemment possible, mais sa collaboratrice Erica Freiberg, à laquelle il confiait volontiers ses finesses d'écriture, n'en savait rien. Je souligne la parenté de ce texte avec la grille des Lieux-dits, dont la diagonale programmée BELCROIX s'est trouvée complétée par l'autre diagonale, imprévue, MAADRBRE, cernant de près le personnage Olivier Asilus, "arbre fou".
    Au milieu de ce teXte, au croisement des diagonales, se signalent les lettres CRDR, consonnes de RiCaRDou. Les voyelles sont proches, avec précisément OI de CROIX, et DR peut être complété en ARDU avec AU de CHAUMONT. On conçoit mal qu'il eût omis de le mettre en valeur alors qu'il a consacré plusieurs textes à commenter les curiosités fortuites de cette grille.

  J'étais parvenu à ces dernières découvertes sans lien apparent avec le fil débuté dans le précédent billet, mais j'avais tenu à conserver ce début, car je pressentais des échos à venir.
  Effectivement. L'approfondissement de L'art du X est si riche que je vais consacrer ce billet à son analyse immédiate, et que j'aurai à y revenir.

  C'est un texte en 4 parties, numérotées de I à IV, où sont déclinées 8 variations d'un sonnet. 4 et 8 donc, les nombres fondamentaux, mais les choses vont bien plus loin.
  L'art du X se présente comme un rendez-vous galant dans un café, le Midi-Minuit, entre un homme et une femme, Epsilon et Marysa, mais leurs noms fluctuent au cours du récit. Hormis les sonnets, et les messages cachés dans les sonnets, distincts typographiquement, toutes les phrases comptent 12 mots. En principe du moins, car il y a quelques exceptions.
  J'ai compté 282 phrases, auxquelles il faut peut-être ajouter l'exergue,
En ses calculs, que ce texte rende hommage au travail de Perec.
  2+8+2 = 12, de même que 4+8, le nombre de lettres composant JEAN RICARDOU. C'est peut-être voulu. Les phrases se répartissent dans les 4 parties en 67-63-58-94. Tout ce que j'y décèle est 188 pour les 3 premières parties, puis 94, moitié de 188. La dernière partie a d'ailleurs un statut différent au niveau des codages.

  Car il y a codage, et il est explicité à partir de la phrase 180,
  Tout réside dans le mot initial de la première phrase, dit-elle. C'est par lui que commence le développement de la règle secrète. Ainsi la suite se trouve dans le deuxième mot de la seconde phrase. De proche en proche, il ne reste plus qu'à faire avec.
  Son charme est si labyrinthique que j'en suis proche de bégayer.
  Même envers l'enchaînement des mots de passe, ma négligence s'accentue.
  Marysa a un livre dont la couverture montre deux triangles inversés, évoquant un triangle pubien formant avec son reflet un sablier. Les "mots de passe", ce sont ces mots formant le texte à décrypter, et certains d'entre eux sont en italique, comme "Son" ci-dessus. Il est précisé que tous ces "mots de passe" sont soulignés dans le livre de Marysa, mais "j'en", négligent, n'en a repris qu'une partie (61 sur 282). Je signale au passage que la narration oscille entre le "il" et le "je". Les 6 mots à retenir de l'exemple ci-dessus achèvent la troisième phrase du décodage de cette partie IV, composée de 8 phrases,
X et V sont les deux lettres inscrites à l'horloge immobile.
S'impose donc à lui, de nouveau nécessaire, le principe du reflet.
Il lit une rencontre dans la première: la seconde avec son envers.
Toutefois, cela ne règle en aucune façon les labyrinthiques problèmes du temps.
Comme tout semble minuté, il consulte avec soin sa montre, au poignet.
Quatorze heures, à présent, (il) suppose, car les aiguilles forment un V.
Vite, (il) évite le croisement, et, un instant, il lève le regard.
L'autre cadran désigne douze, et un son net, réitéré, égrène midi.
  A remarquer que le premier "mot de passe" du texte donnant la clef du décodage est première, qui désigne dans le texte décodé la lettre X. Ce décodage est en fait la reprise du premier paragraphe de la partie I, dont j'ai repris la ponctuation, à quelques mots près dans la seconde phrase. Des variantes de ces 8 phrases sont ensuite données, donnant toutes après décodage le premier vers de L'ardu X,
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
dont le premier mot est "X".

  8 fois 12 font 96, mais il n'y a que 94 phrases de 12 mots dans la partie IV. Les "(il)" ci-dessus sont les mots manquants, mais le texte montre qu'il ne s'agit aucunement d'inadvertances, et deux astuces permettent de trouver ces "il", je n'y insiste pas. Ceci pourrait confirmer que Ricardou avait besoin de 94 mots ici, pour avoir le rapport 1/2 avec les 3 premières parties, et le total 282.
  Après les nombres fondamentaux 4 et 8 viennent la somme 4+8=12, et le rapport 4/8=1/2.
  A remarquer qu'un des autres textes du recueil est Enterrement d'une île, où ce titre est transformé en Enterrement d'un il.

  Le décodage des 149 phrases en romain des parties I à III donnent 118 mots du sonnet final L'ardu X, puis les 17 mots du grand X formé par les majuscules,
 X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant  ses vers en sa croix.
puis les 14 mots initiaux de chaque vers, livrant la lecture en colonne
X ajoute ces mots en colonne et puis cesse.
   Il y a en fait 119 mots dans L'ardu X,
X impose une règle. Il suppose un sonnet, 
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
JOUer POur une lettre au terme d'une CROIX,
TEnir  et  S'Exalter  aux  vertus  de  SA  né-                34

CESsaire désUNion hors la strophe. EN l'étroit
MOT Si clos, il tend SON chemin VERS les sommets.
EN oblique ascendante, NETs, SES vers abymés
COupent la ligne au tourNANT QU'Inflige le trois:       34

LONg  tissage  alenTOUR, qui asSOuplir saura,
NEuf  jusqu'en le REdit  de  ses  aPPOgiatures,
ET le  verbe EN ses rêts, et le texte à SErrure!           25

PUIS le VEStige sûr d'un accent sur le À!
CES RÊves? Il les obtient par abracadabra.
SES sens? Il les détient par effet d'écriture...             26
et le mot omis est "ET" ouvrant le 11e vers, 83e mot du sonnet. La phrase qui y correspondrait est manquante aussi, et on passe directement du mot de passe 9 au mot de passe 11 dans les phrases 82-83. Je ne vois rien dans le texte qui indique que cette absence soit voulue. Peut-être faut-il considérer que cet oubli surgit juste après le Xe vers?
  A noter une variante du décodage par rapport à la source (ou l'inverse), dans le dernier vers "détient" est remplacé par "obtient".

  Une autre curiosité, évidemment voulue. Dans le décodage des phrases correspondant à "un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant ses vers", les mots apparaissent aux positions 1-2-3-4-8-6-7-5-9-10-11-12, c'est-à-dire que les positions 5 et 8, correspondant à "oppose" et "rêves", sont interverties. Ceci est évidemment en rapport avec l'inversion des syllabes REV et VER, également convoquée dans Le lapsus circulaire, au début du recueil, qui commence et finit par la syllabe REV.

  Il y a aussi dans la partie I des interpolations en italique, où les "mots de passe" sont en romain. Ceci concerne un premier jet de 17 phrases, codant à nouveau pour les deux premières phrases du sonnet L'ardu X. Viennent ensuite 22 autres phrases, où c'est cette fois sa principale variante qui est convoquée, dont voici la forme finale.
                         L'art d'enlever

X invente une règle. Elle suppose un sonnet.
Au sEXe dédié s'il sait subir l'émoi,
JOUir POur une lèvre, ou bien par une VOIX,
TEnter  leS Expériences au plaisir conSAcrées.

C'ESt le multiple UNiversel. Lu DANS l'étroit
MOT Si bref, qu'offre SON duvet VERS tout lettré:
EN son milieu, un X, NET. SES replis secrets
COmprennent la main, tourNANT, QUI les ouvre aux joies:

LONg  aller et reTOUR, qui asSOuvir saura,
NEuf  jusqu'en le REdit  de  ses  aPPOgiatures,
ET la clef EN vigueur, et le sexe à SErrure!

PUIS l'inVEStissement qui multiplie les Ah!
CES RÊves? Ils sont venus par maints duplicata.
SES spasmes? Elle ne sait pas ce qui dans leurs cris hurle...
  Il faut quand même dire quelques mots des différentes formes du sonnet, qui ont toutes la même ossature de majuscules, révélée par étapes. Selon les deux formes de base, on a  "X" et "croix" dans la lecture textuelle,  "V" et "voix" dans la lecture sexuelle.
  On a d'abord L'art duvet, où les majuscules dessinent un V, "V expose un sonnet: ses vers dans sa voix."
  Puis L'ardent V, où le V est tourné d'un quart de tour, le message devenant "V expose un sonnet, en retournant ses rêves."
  On a les trois branches du Y dans L'art dans le V, avec "V expose un sonnet: ses rêves, en retournant ses vers dans sa voix."
  Dans L'art duel, un Z est formé.
  On passe au X dans Code X, avec le message dans sa forme presque définitive, mais finissant par "voix".
  Le sonnet prend sa forme textuelle dans Ars dux, avec le message finissant par "croix".
  Ces deux dernières formes sont reprises dans L'art d'enlever et L'ardu X, mais toutes les lettres composant la colonne "X ajoute ces mots en colonne et puis cesse." sont maintenant en majuscules, alors que seules les initiales des vers l'étaient auparavant.

  Il y a des exceptions à la règle des 12 mots. J'en ai dénombré 14 (comme les vers d'un sonnet), plus une éventuelle 15e (XVe, une phrase ou le "Midi-Minuit" doit compter pour deux mots pour parvenir à 12, alors qu'ailleurs il est indubitablement vu comme un seul mot, mais le "mot de passe" en fin de phrase valide ce doublement).
 La première irrégularité est la phrase 25 en romain (33 en ne différenciant pas romain et italique) qui a 13 mots, et c'est manifestement voulu car le 13e mot est précisément le "mot de passe", donné en italique, "une". Le mot suivant à trouver est "croix", ce qui pourrait donner une idée de la motivation de cette anomalie (à rapprocher du manque d'un mot après le vers X).

  Je n'ai pas discerné de motif dans l'ensemble des 14 phrases "fautives", et il est fort possible que certaines soient de réelles inadvertances de l'auteur, ou de l'éditeur.
  Il se trouve qu'il y avait lors de mon passage à Cerisy une petite exposition Ricardou, dont le fleuron était le manuscrit de L'art du X. Je regrette maintenant de n'y avoir prêté qu'une attention modérée, ne soupçonnant pas alors la complexité de ce texte. De toute façon, c'était vraisemblablement une mise au propre finale, après bien des brouillons qui auraient été plus instructifs.
  Les nombres de mots des phrases concernées vont de 9 à 14, et c'est précisément la 14e et dernière phrase fautive qui a 14 mots, ce qui pourrait valider un ensemble de 14 phrases. C'est la 4e phrase avant la fin,
Evidemment, superposées, elles permettent que, dans "L'art d'enlever", un net V resurgisse...
"Elles", ce sont les deux poésies jumelles. C'est moi qui ai mis en italique le "mot de passe", qui devrait être en position 10, mais qui est ici le 12e mot parmi 14. 10-12-14, nous sommes en plein dans la problématique du texte, les deux V formés par les aiguilles à 10 heures et 14 heures.

  Une autre anomalie me semblant importante est la phrase 137 (en romain, 176 en confondant romain et italique), qui n'a que 11 mots,
Car, au pire, il suffit d'inventorier jusqu'au nombre quatorze.
  Ceci pourrait valider l'hypothèse que les phrases fautives s'achèvent sur une 14e phrase de 14 mots. Cette phrase suit immédiatement la seconde version du sonnet, L'ardent V; elle donne le second des 14 mots débutant les vers du sonnet,
X-au-jouer-tenir-nécessaires-mots-en-coupent-long-neuf-et-puis-ces-ses
  A remarquer que la "pendule" a été remise à zéro, ou à midi, avant d'entamer cette série de 14. Après 11 séries de 12 phrases de 12 mots en romain, les derniers mots du grand X, "en sa croix", sont codés aux rangs 1-2-3 des phrases 133-134-135, puis on repart au rang 1 pour "X", donné en italique au début de la phrase 136.
  Après cette 12e série avortée, les 14 mots viennent dans les 13e et 14e séries. Peut-être s'agit-il d'illustrer l'expression "chercher midi à quatorze heures", en filigrane dans toute l'affaire.
  Le V formé par les aiguilles à 14 heures pile, la petite aiguille à II sur le cadran, a pour reflet celui formé à 10 heures en face, X sur le cadran. Entre les deux, midi, XII.

  Il faut encore constater que ces 14 phrases devraient contenir 14x12, 168 mots, le nombre de pieds d'un sonnet d'alexandrins, mais il n'y en a que 167, du fait de la déficience de la phrase 137. Faut-il rapprocher ce manque de celui du sonnet décodé, où il manque le mot "et", et donc un pied?

  L'absence de ce mot, et de la phrase correspondante, compense en quelque sorte la phrase surnuméraire 25 dans la seconde série, comptant 13 phrases.

  Après les 14 phrases achevant la partie III, où donc "ces-ses" sont codés aux rangs 1-2 de la 14e série de 12 phrases en romain, le codage reprend au rang 3 de la première phrase de la partie IV, où sont codées 8 phrases de 12 mots. J'ai déjà indiqué que cette partie IV ne comptait que 94 phrases de 12 mots, et non 96, car deux "il" du texte à trouver sont manquants, en conséquence, le "midi" final aurait dû tomber sur le 12e mot de la 21e série, ce qui n'aurait pas manqué de charme.
  En fait, "Midi" est le premier mot de la dernière phrase, entamant une 22e série, parce que le premier "il" n'est pas vraiment manquant, mais bel et bien présent dans le 7e mot de Ars dux, qui constitue en quelque sorte la 7e phrase de la 19e série, laquelle n'a donc que 11 réelles phrases de 12 mots.
  Mais "midi" est bien le 12e mot de la 8e phrase décodée.

  Ricardou a-t-il songé au rang 24 de la lettre X, comme 24 heures, minuit? ou au rang 22 de V? Le X du cadran indique aussi bien 10 heures que 22, le nombre de séries de mots de 12 lettres, complètes ou non.
  Le V du cadran indique aussi bien 5 heures que 17, le nombre de mots du "grand X" du sonnet.

  Les rangs des lettres mènent à la gématrie, et il est loisible de constater que
JEAN RICARDOU = 30+89 = 119,
le nombre de mots du sonnet L'ardu X, où il est lisible que
ARDU CROI(x) = RICARDOU(x).
  Je n'imagine guère que ceci ait été intentionnel, Ricardou ayant son propre système d'équivalence alphabétique, où O vaut zéro, où les lettres suivant O, 15e lettre (XVe), ont leurs valeurs diminuées de 1.

  A propos du paragraphe initial de ce dernier texte du recueil, de 8 phrases et donc de 96 mots, paragraphe repris ensuite sous trois autres formes, je constate que le prix du livre, 96, figurant en 4e de couverture sans F, peut y faire écho. J'imagine que c'est Ricardou lui-même qui a proposé ce nombre réversible, ou au moins l'absence de F. L'autre recueil publié simultanément, Révolutions minuscules, compte 208 pages, 8 de plus que La cathédrale de Sens, et porte lui 98 F.
  Le premier texte du recueil, Le lapsus circulaire, contient une allusion graveleuse au nombre 69.

  Ceci était la limite que je m'étais assignée pour ce billet consacré à l'analyse sage de L'art du X, j'y reviendrai prochainement avec les échos à ma propre recherche.

  J'avais donné pour titre au précédent billet, 290e de Quaternité,
L'art du X, et l'art du Ricardou
de valeur 290, avant d'avoir découvert
ARDU CROI(x) = RICARDOU(x).
  Je proposais en note cette alternative, toujours de valeur 290,
L'art du X, sciemment ARDU CROI ?
  J'ignorais alors la complexité de ce texte, contenant 282 phrases de 12 mots, avec un codage menant à 8 autres phrases de 12 mots, or
282+8 = 290.
  Pour ce 291e billet, j'ai envisagé divers titres de valeur 291, avant de parvenir à ce total de 290 phrases de 12 mots dans le même corps typographique, qui pourraient devenir 291 en prenant en compte l'exergue, en corps plus petit,
Que ce texte, en ses calculs, rende hommage au travail de Perec.
  J'ai donc opté pour
l'ardu X, ambigument le RICARDOU, d'autres adverbes pouvant convenir, génialement, validement.
  J'aurais aussi pu choisir
l'ardu X, tangiblement ARDU CROI, avec d'autres possibilités, étrangement, intimement.         
ou encore,                      
l'ardu X, licitement l'ARDU CROI, avec aussi exactement, évidemment.
ou enfin
l'ARDUE CROIX ? bref, l'EX-RICARDOU.


  Si je ne suis pas capable de tirer quelque chose des 14 ou 15 phrases irrégulières, d'autres y seront peut-être plus habiles, alors les voici, dans l'ordre où elles se présentent. Les mots de passe y sont soulignés, avec leur typographie originale respectée. Dans trois cas (phrases 6, 13, 15), il faudrait compter à partir du dernier mot, en présumant qu'il soit le 12e, pour obtenir le valide mot de passe. J'ai mis entre parenthèses la phrase 6, qui pourrait être correcte en comptant deux vocables dans "Midi-Minuit", mais il est fort possible que d'autres erreurs ne soient pas intentionnelles.
  En effet, en admettant que Ricardou n'eût pas commis d'erreur dans la réalisation du projet, il eût fallu qu'il recopiât exactement son texte au propre, puis qu'il décelât à relecture des épreuves de probables erreurs de composition. Il y a des erreurs dans d'autres textes contraints de Ricardou, parfois reconnues dans d'ultérieurs commentaires.
- Il suffit simplement, bégayant, d'obtenir toutes les phrases, une à une.
Elle semble subir, d'abord, l'incertitude de la prose.
Vers quels sommets, et quels velours, s'accroît l'excès qui s'accentue?
Elles le déplacent, en volute ascendante, sur l'épiderme.
Alors, ses voluptés, nul doute que le sonnet ne les soumette au V.
(Deux agents sont aux prises, au Midi-Minuit, inaugurant le bal prévu.)
Vertige des sens: inexorables, par dessus, elle en explore les exhaussements, les excavations.
Un peu plus tard, une tendresse qui enveloppe: Epsila, vers midi, l'interroge.
Le secret qui s'est transmis doit-il, maintenant, nous disjoindre
Car, au pire, il suffit d'inventorier jusqu'au nombre quatorze.
Le reflet, au moment voulu, fera, sans nul doute, son exact office velouté.
Et puis le lit, au décryptage, saura exercer diverses surprises...
- Tu te trompes, vieil Eclipson, tu aimes trop les temps révolus
Ce V, dans lèvre, ou bien dans livre, on l'a assez vu.
Evidemment, superposées, elles permettent que, dans "L'art d'enlever", un net V resurgisse...
  A remarquer que les erreurs s'annulent dans l'ensemble de ces 15 phrases, qui comptent en tout 180 mots, 15 fois 12 (13-10-13-9-13-11-13-13-11-13-10-11-13-14).
  En omettant la phrase 6, les mots de passe pourraient permettre un énoncé grammaticalement valide, comme
Un V net, subir une ascendante au reflet qui lit ses sommets, les sens.
NOTE: L'édition des Impressions nouvelles reprend un texte déjà publié dans Littératures, en 1983, pp. 35-48 (48!), accessible en ligne ici. Je n'ai vérifié que les phrases litigieuses, et seule l'une était correcte dans cette première version,
Car, au pire, il suffit d'inventorier jusqu'au précis nombre quatorze.

  Il est donc vraisemblable que le mot "précis" a été oublié lors de la réédition. Par ailleurs le mot "inexorables" de la phrase 7, bizarrement au pluriel, était alors au singulier. La phrase 9, de 11 mots ci-dessus, en avait 13 dans la première version...
  J'ai repéré quelques autres menues différences.

NOTE 2: çoeur dp me signale que le Midi-Minuit était un cinéma parisien spécialisé à partir de 1975 dans les films X. La salle était au 14 boulevard Poissonnière, dans le IXe, en face du Grand Rex.

30.9.19

l'art du X, et l'art du Ricardou


AVIS: lors de l'écriture de ce billet me sont venues d'importantes découvertes qui ont a priori peu à voir avec le fil suivi à son départ. J'ai néanmoins conservé ce début car il me semble qu'il y a malgré tout un rapport qui émergera peut-être plus tard. Les allergiques aux suites arithmétiques sont autorisés à sauter plus loin, là où sont présentées les grilles de lettres.

  Vendredi 13 septembre. Je suis parti en balade avec un livre, La Prophétie des papes de Glenn Cooper, un auteur dont j'apprécie l'inventivité, et auquel je prête plus d'attention depuis la lecture de son Livre des morts dont j'ai rendu compte en mai dernier.
  Je lis souvent en marchant, mais le terrain est plutôt accidenté autour d'Esparron, et un sentier rocailleux m'amena à quelque introspection.
  Je me repris à cogiter sur ce qui me semble un aboutissement de mes recherches sur les grilles de lettres, l'ensemble des trois grilles Epstein-Rapilly-Schulz, de 81-90-100 lettres, liées entre elles par diverses propriétés, et l'autre ensemble des trois grilles Ricardou-Barth-Schulz, de 64-88-121 lettres, liées entre elles par diverses autres propriétés. J'ai résumé toute l'affaire dans le 273e billet de Quaternité, A travers de doubles grilles, où je me suis émerveillé de trouver 273 lettres dans le second ensemble, complété depuis peu par la grille de Barth, découverte après ma décision de revenir aux grilles de lettres dans ce 273e billet.

  J'avais déjà vu que les nombres de lettres du premier ensemble pouvaient se factoriser
9*9 + 9*10 + 10x10 (= 271), soit un nombre de la forme a2+ab+b2, or le nouvel ensemble pouvait livrer
8x8 + 8x11 + 11x11 (= 273), autre nombre de la forme a2+ab+b2, ces nombres étant décrits sur l'OEIS par la suite A003136.
  La propriété essentielle de ces trois dernières grilles est qu'elles constituent les tables des matières des romans correspondants. J'avais composé ma grille 11x11 pour un roman imaginaire cité dans mon projet de 1998 Novel Roman, et découvert en 2012 que Ricardou avait procédé de même dès 1969 avec la table des chapitres des Lieux-dits.
  Lors de la réalisation effective du projet l'an dernier, j'ai aussi donné à Novel Roman 18 titres de chapitres en 18 lettres, avec diverses contraintes dans la grille ainsi formée. Comme cette grille était directement inspirée par celle de Ricardou de 1969 et par la mienne de 1998, je ne pouvais en principe pas inclure cette nouvelle grille dans mes supputations qui ne concernent que des coïncidences totalement fortuites...
...mais cette grille a été composée avant ma découverte de la grille de Letters, précisément au moment où j'achevais Novel Roman, dans les circonstances ébouriffantes relatées ici.
  Alors donc je réfléchissais à ce que deviendrait mon ensemble de 544 lettres des 6 grilles si je prenais en compte ma grille de 18x18, soit 324 lettres.
544+324 = 868, ou 14x62, ou encore 2x14x31. Ceci pouvait se prêter à l'écriture de deux sonnets isocèles en vers de 31 lettres, peut-être l'un en anglais, car les grilles de Barth et Epstein contiennent des W difficiles à caser en français.
  Je me demandais encore si 868 était un nombre de la forme a2+ab+b2, mais je n'avais pas approfondi la suite A003136 au point de pouvoir déterminer quels nombres y étaient éligibles.

  Le terrain se fit plus plat, et je revins à mon livre. L'héroïne en est Elisabetta Celestino, jeune archéologue se consacrant à des fouilles dans les catacombes de Rome, lorsque inexplicablement son autorisation lui est retirée par le Vatican. Au même moment un incident semble-t-il fortuit place un tueur fou sur sa route. Son fiancé est tué à sa place.
  Nous la retrouvons dix ans plus tard, où elle est devenue nonne. Diverses circonstances font que ses compétences archéologiques sont requises pour explorer le site dont l'accès lui avait jadis été refusé, et il se passe des tas de choses, dont le retour du tueur de jadis, lequel tente à nouveau de la tuer, mais c'est lui qui est tué par le frère d'Elisabetta.
  Surprise, le tueur a une queue, et une série de 24 nombres tatoués à la naissance de cette queue... Elisabetta découvre qu'il faisait partie des Lémures, des êtres maléfiques qui partagent la vie des hommes depuis des temps immémoriaux. Certains sont identifiés, Néron, John Dee, Christopher Marlowe, l'auteur du Docteur Faustus, dont il existe deux versions.
  L'édition originale de la seconde version est très recherchée par les collectionneurs, notamment à cause de sa couverture où "History" est devenu "Histoy".
  36 vers de la première version ont été supprimés dans la seconde, dont le second acte a en revanche 676 vers supplémentaires. J'ai vérifié ensuite que c'était bien exact, car j'ai été frappé que ces deux nombres soient des carrés, de 6 et de 26, ce qui m'a aussitôt conduit à un petit calcul:
62+6x26+262 = 36+156+676 = 868
  Ainsi, quelques instants après m'être demandé si 868 était un nombre de la forme a2+ab+b2, voici que la réponse me venait de bien étrange façon.

  Si donc ces 36 et 686 vers sont une réalité effective, de même que l'accentuation anticatholique de la seconde version, il est bien moins certain que la pièce ait été un manifeste des Lémures qui auraient été à l'origine du rejet anglais de l'autorité papale.


  Si le symbole zodiacal des Poissons se présente usuellement comme ceci, Elisabetta en a trouvé chez les Lémures une autre représentation, tournée d'un quart de tour avec une barre verticale allongée, si bien qu'elle pourrait évoquer un bonhomme avec une queue.
  Elle voit ce même symbole figurer dans la couronne au milieu de laquelle se tient Faust, mais le quart de tour allégué est fort contestable car les autres symboles zodiacaux sont pareillement orientés...

  Les 24 nombres mystérieux correspondent à des rangs de vers de l'acte II de la pièce, livrant en acrostiche
MALACHY IS KING HAIL LEMURES,
soit "Malachie est roi, salut aux Lémures".
  Le message de 24 lettres est décodé au chapitre 24, sans qu'il soit souligné que 24 pourrait être un nombre fétiche des Lémures, en relation avec les 24 ans de réussite obtenus par Faust en échange de son âme.
  La fameuse prophétie des papes attribuée à l'évêque irlandais Malachie au 12e siècle serait en fait un apocryphe destiné à influer sur le conclave d'octobre 1590. C'est une liste de 112 brèves notices censées s'appliquer aux papes successifs, à partir de Célestin II en 1143. Les correspondances sont indubitables jusqu'en 1590, et beaucoup moins évidentes ensuite, quoique l'obscurité des formules permette bien des interprétations.
  Le 112e pape de la liste serait celui de la fin de la chrétienté, et il correspond précisément au pape actuel...
  Dans le roman, le 111e pape vient de mourir, et le conclave se prépare. Malachie était un Lémure, et ses congénères oeuvrent depuis des siècles à une apothéose, l'élection d'un pape Lémure. La chapelle Sixtine a été minée, et le cardinal à queue joue le designated survivor en prétextant une indisposition au moment adéquat... Elisabetta Celestina et ses amis parviennent à déjouer le complot, et le nouveau pape prend le nom de Célestin VI en remerciement.

  Mon intérêt pour les nombres de la forme a2+ab+b2 m'a donc d'abord conduit à la suite A003136, laquelle décrit tous les cas quels que soient les entiers a et b. Lorsque b est nul, le résultat est le carré de a, et comme 3136 est le carré de 56, 3136 appartient à la suite d'ordre 3136 sur l'OEIS.
  Je suis attentif à de telles rencontres, et j'ai donc regardé quel était le rang de 3136 dans la suite 3136, à laquelle est associé ce fichier en donnant les 10000 premiers termes, et c'est le rang 784 qui m'est aussitôt évocateur.
  C'est le carré de 28, ou le quart de 3136, ce qui satisfait mon obsession quaternitaire. De fait, la proportion de nombres de la forme a2+ab+b2 décroît petit à petit; elle est supérieure à 4 jusqu'à 3136, inférieure peu après. S'il est déjà joli d'avoir face à face le cardinal (sans queue) 3136 et l'ordinal 784, deux carrés, j'y vois aussi un écho à l'harmonie de la vie de Jung en 4 fois 6272 jours avant le 4/4/44, et 6272 jours après. Ces nombres de jours sont encore 8 fois 3136 et 8 fois 784.

  D'autres suites de l'OEIS concernent ces nombres de la forme a2+ab+b2, A024614 où a et b sont tous deux positifs, A118886 donnant les nombres ayant plusieurs représentations de cette forme, A198773 ceux qui en ont exactement deux représentations, A007645 les nombres premiers de cette forme, permettant d'accéder à tous les termes de A003136, ayant pour facteurs ces premiers de A007645 à n'importe quelle puissance et les autres premiers à des puissances paires.
  Les premiers termes de A007645 sont 3-7-13 dont le produit est 273, ce qui explique pourquoi ce nombre est l'un des premiers offrant deux représentations a2+ab+b2,
82+8x11+112, celle des grilles Ricardou-Barth-Schulz, et
12+1x16+162, qui me séduit car ces nombres 1-16-256 sont trois carrés, pouvant être représentés sous cette forme quaternitaire
40+42+44, et j'avais de fait songé à ceci car l'un des caractères de la grille de Barth est particulier, &, et j'avais pensé à répartir les autres lettres pour avoir 42 & 44.

  L'enquête m'a fait découvrir que 868 avait deux représentations, 36+156+676 vu grâce à Marlowe, et 256+288+324 grâce à A198773. Ceci peut encore donner des idées car ma table de Novel Roman est en 18 titres de 18 lettres, 324 lettres.

  Triturer ces grilles m'a conduit à une autre approche. Leur dénominateur commun me semble être ELISABETH LOVENDALE, ou la valeur 171 correspondant à ce personnage de Leblanc. Ses prénom et nom de valeur 81 et 90 correspondent aux grilles de 81 et 90 lettres d'Epstein et de Rapilly, j'ai vu apparaître LOVEN DALE dans mon SONÈ, publié dans le même numéro de Formules que la grille d'Epstein:


   La grille de Ricardou offre la diagonale imprévue MAADRBRE, dérangée en MAD ARBRE, surprenante évocation du personnage du roman, le fou OLIVIER LASIUS, dit ASILUS, dont les valeurs sont 90-81, renversement du 81-90 d'ELISABETH LOVENDALE.
  Sans calcul, la valeur des 100 lettres de mon SONÈ était 1024, carré de 32. La valeur des 64 lettres de la grille de Ricardou est 686, or
1024+686=1710, 10 fois la valeur d'ELISABETH LOVENDALE ou d'OLIVIER LASIUS, ainsi le rapprochement de ces deux grilles, évoquant fortuitement des personnages essentiels pour leurs auteurs, apporte une nouvelle "confirmation par le hasard", comme dirait Bellmer, de l'importance de ces noms, et du nombre 171.

  Il y a bien davantage, car chacun des 18 titres de ma table de Novel Roman a 18 lettres de valeur 171, et il en va de même pour les colonnes extrêmes et les diagonales du carré formé, la première colonne étant l'ordre alphabétique ABCDEFGHIJKLMNOPQR, parce que c'est cette équivalence qui m'avait conduit au jeu ROMAN NOVEL. Ricardou avait de même utilisé l'ordre alphabétique pour la succession de ses lieux-dits.
  La double grille du SONÈ correspondrait à un carré de 10, celle de Ricardou est un carré de 8,
10+8=18, et la somme des 18 premiers nombres ou lettres est 171, un nombre qui fait aussi partie de la suite A003136:
171 = 62+6x9+92, ou
6x6 + 6x9 + 9x9 qui reste inchangé après un demi-tour, ce qui peut souligner que 171 est un palindrome.

  Ces carrés de 8, 10, et 18 sont "ricardoliens", car 8 est le nombre fondateur des Lieux-dits, et 10 et 18 sont les rangs de ses initiales JR dans l'alphabet. Je m'étais émerveillé ici que le roman ait été aussi édité dans la collection 10-18, et le jour où je l'avais remarqué, le 10 JAN 18, j'avais rencontré un cyclo immatriculé J 84 R, avec 4 et 8 nombres fétiches de JR, pour les 4 lettres de JEAN et les 8 de RICARDOU.

  Donc, les 10 fois 171 et 18 fois 171 peuvent aussi évoquer JR, et le nombre de lettres de ces grilles est
64 + 100 + 324 = 488, un nombre qui m'est à nouveau évocateur.
  C'est d'une part le matricule de l'agent Jung, recruté par Allen Dulles en personne, dans l'éventualité que Jung ait été requis pour soigner un haut dignitaire nazi, ce qui a donné à Nicolas Beuglet l'idée d'un roman, d'autre part le nombre de mesures des Inventions à 2 voix.
  Ceci me rappelle aussitôt mon émerveillement en constatant que les 6 grilles d'abord retenues totalisaient 544 lettres, soit le nombre de mesures des Inventions à 3 voix, ou Sinfonies. Sans partager leurs conclusions, j'ai admiré l'ingéniosité des trouvailles de Van Houten et Kasberger sur ces pièces, conduisant à l'idée que le nombre de jours de la vie de Bach ait été significatif.
  Je suis revenu récemment sur leurs recherches, y rappelant le rôle du nombre 69, symbole zodiacal de l'écrevisse ou du Cancer (tiens, la Prophétie des papes m'a conduit au symbole des Poissons).
  Le nombre de jours de la vie de Bach aurait été de 23869, tandis que le produit des valeurs des prénoms et nom de Bach est 69832, d'où l'idée de considérer 238-69 et 69-832, 832 étant l'écrevisse de 238.
  Je m'étais alors livré à un parallèle entre Bach et Jung, avec notamment le constat que
CARL x JUNG = 34x52 = 1768, à scinder en 17-68, pour l'équilibre de sa vie en 68 ans avant le 4/4/44, et 17 ans après.

  Il y a de même une certaine adéquation entre la vie de Ricardou et son obsession pour les multiples de 4, essentiellement 4 et 8, qu'il a fusionnés en 48 et 84. Né en 32 (1932), mort en 16 (2016), il a vécu 84 ans (et 36 jours), et 32+16 = 48.
  Mieux, 2016 est multiple à la fois de 48 et de 84,
2016 = 24x84 = 42x48,
et il est assez fabuleux que le texte que j'évoquais, Communications, mette en scène des personnages dont les numéros de téléphone contiennent ces nombres,
MERmoz 42-24.
MAIllot 24-48.
WAGram 84-42.
SABlons 48-24.
  Davantage, ce texte, une pièce radiophonique, est donné aux pages impaires du Théâtre des métamorphoses, tandis que les pages paires sont occupées par divers textes associés, 16 en tout, dont le dernier, "Postface", est consacré au "biotexte", à l'analyse des éléments définissant Ricardou, les 4 et 8 lettres de ses prénom et nom, sa naissance en 1932, "discernable multiple de 4".
  Le texte précédent s'achevait sur la constatation que le nombre marquant la place de ce livre dans la collection Fictions & Cie était 48.
  Je l'avais remarqué aussi, soulignant l'adéquation avec la répartition en 48 zones de Barbarella en couverture, mais c'est Erica Freiberg, collaboratrice pendant près de 50 ans de Ricardou, qui m'a signalé ce passage. Elle ignore si ceci avait été arrangé avec le directeur de la collection, Denis Roche, proche de Ricardou.

  Davantage encore, si Ricardou est mort à 84 ans en 2016, discernable multiple de 84, il va de soi que 1932 en est le multiple précédent, 23x84, ou 28x69, proche des 238-69 jours de Bach. J'ai assimilé la vie de 106 ans de Rosencreutz, de 1378 à 1484, 13 et 14 fois 106, à la lettre N de romaN ou de Novel, et la vie de Ricardou correspondrait à la lettre X, alors qu'il a écrit L'art du X, un texte en hommage à Perec, et aux lettres V et X de la "géométrie fantasmatique" du chapitre XV de W ou le souvenir d'enfance.
  Ce dernier texte de La cathédrale de Sens propose différents états d'un sonnet, où des majuscules permettent de lire des messages formant tour à tour un V, un Y, un Z, un X enfin. A noter qu'en 4e de couverture, le prix du livre, 96 F, est tronqué en 96 tout court, pour souligner sa réversibilité par symétrie (l'autre recueil publié simultanément, Révolutions minuscules, a lui 98 F au même emplacement). Voici le dernier état du sonnet L'art du X, ayant probablement beaucoup à voir avec les 4 lectures additionnelles du carré des Lieux-dits, lectures prévues ou non.

X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
JOUer POur une lettre au terme d'une CROIX,
TEnir  et  S'Exalter  aux  vertus  de  SA  né-

CESsaire désUNion hors la strophe. EN l'étroit
MOT Si clos, il tend SON chemin VERS les sommets.
EN oblique ascendante, NETs, SES vers abymés
COupent la ligne au tourNANT QU'Inflige le trois:

LONg  tissage  alenTOUR, qui asSOuplir saura,
NEuf  jusqu'en le REdit  de  ses  aPPOgiatures,
ET le  verbe EN ses rêts, et le texte à SErrure!

PUIS le VEStige sûr d'un accent sur le À!
CES RÊves? Il les obtient par abracadabra.
SES sens? Il les détient par effet d'écriture...

  Ici tout est manifestement prévu, avec le X des diagonales donnant cette lecture
X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant  ses vers en sa croix.
  La dernière colonne est la contrainte des rimes, et Ricardou livre avec le dernier état du sommet le message de la première colonne qui était présent dès le premier état
X ajoute ces mots en colonne et puis cesse.
  Je constate que ces dernières découvertes n'ont, au premier abord, aucun rapport avec le fil suivi au départ, que j'ai néanmoins conservé parce que ces découvertes sont arrivées lors des cogitations sur ce fil. Il est évident que lorsque j'ai vu apparaître LOVEN DALE dans mon SONÈ en juillet 2017, un rapprochement s'imposait avec le MAD ARBRE de Ricardou, rapprochement que j'ai effectivement fait, en soulignant l'égalité
ELISABETH LOVENDALE = OLIVIER LASIUS = 171,
mais comment n'ai-je eu alors la curiosité d'additionner les gématries des grilles, qui m'étaient pourtant familières,
1024+686 = 1710,
et comment ne l'ai-je fait plus tard, lorsque j'ai procédé à diverses combinaisons de grilles?
  A noter qu'en prenant le décodage du SONÈ suivi de la grille de Ricardou,
Au paradis on attend l'exil, en à-pic au sens avéré.
Relève Eve au rédimé délit.
Tari Eden, élans mêlé//s, été privé de baie, là finir.
B a n n i è r e
B e a u f o r t
B e l a r b r e
B e l C R o i x
C e n D R i e r
C h a u m o n t
H a u t b o i s
M o n t e a u x
on obtient au partage en 78//86 lettres les valeurs 810//900 correspondant à ELISABETH LOVENDALE, 81//90. Vérification sur le Gématron.
  C'était en partie un hasard que les 3 lignes de ce décodage donnassent l'acrostiche ART, en tout cas ce n'était pas prévu au départ, ainsi ce SONÈ était un autre "art du X".

  Je constate tout de même que la valeur 686 de la grille de Ricardou m'est revenue dans le contexte de ma réflexion sur les 868 lettres des sept grilles, incluant celle de Ricardou.

  Une autre approche consisterait à ne considérer que les grilles publiées, celles que je connaissais en 2017 du moins. Les grilles d'Epstein et de Rapilly, de 81 et 90 lettres, offrent fortuitement dans leur colonne centrale l'anagramme NOM PRENOM. Les grilles de Schulz et de Rapilly offrent un découpage 810-900 correspondant à 10 fois 81-90, et elles contiennent des allusions fortuites à des personnages de nom et prénom de valeurs 81-90.

  Les fusions et scissions de chiffres et nombres, comme 48 obtenu en fusionnant les 4 et 8 lettres de JEAN RICARDOU, mènent à une curiosité en considérant 1710 comme 17-10.
  J'ai émis l'idée d'une "gématrie ricardolienne", à partir de O=0 dans La prise de Constantinople et de T-U-R-E=19-20-17-5 dans Le lapsus circulaire. S'il reste une conjecture que toutes les lettres après O doivent être diminuées de 1, R=17 est explicitement donné, et il n'y a pas de raison de refuser J=10. D'où R-J = 17-10...

  La scission de 3078, la valeur de la grille de Novel Roman, 18 fois 171, conduirait à 30-78, ce qui m'évoque une des curiosités associée à Elisabeth Lovendale et au jeu ROMANAMOR dans le dossier mis en ligne il y a 17 ans.
  En 1979, l'oulipien Braffort, ayant constaté que l'Oulipo comptait alors 21 membres, nombre de Fibonacci, a décidé de composer en hommage à chacun de ses confrères 20 poèmes, liés entre eux par le théorème de Zeckendorf. Selon ce théorème, le poème 18 doit contenir des allusions au poèmes 5 et 13, et selon l'ordre alphabétique il est dédié à Jean Queval, or
JEAN / QUEVAL = 30/78 = 5/13.
  Il est fabuleux que ce poème ait pour titre
ROMAN AMOR = 108 (= 30+78).
  Je m'y étais particulièrement intéressé puisque j'avais découvert le jeu ROMANAMOR LOVENOVEL, à partir d'Elisabeth Lovendale et du nombre 171, et avais alors contacté Braffort. Tout ce que j'avais envisagé pour ses poèmes était fortuit. 
  D'une certaine façon, Queval est revenu à l'actualité lors de ma découverte de la grille de Robert Rapilly. Queval Jean, Q-J, serait un 17-10 selon l'alphabet usuel.

  Les vers 2 et 3 de L'art du X,
Au texte consacré s'il sait tester les choix,
Jouer pour une lettre au terme d'une croix,
montrent des réminiscences des anagrammes de la dernière colonne de la grille des Lieux-dits, "textes R X", et "tester XX", tester les croix. Les lettres finales des vers du sonnet,
txxe tsss ase aae,
permettent aussi des anagrammes voisines,
texte sas, axe sas
ou
axe sassa textes.
  Dans "textes R X", Ricardou a vu le R pouvoir désigner son initiale; je rappelle que j'ai imaginé dans Novel Roman un avatar de Rosencreutz ayant vécu 106 ans de 1802 à 1908, 18e (R=18) période de 106 ans dans l'ère vulgaire.

  Je rappelle les numéros de téléphone donnés dans Communications,
MERmoz 42-24.
MAIllot 24-48.
WAGram 84-42.
SABlons 48-24.
  Le plus petit commun multiple de ces nombres est 336, or c'est précisément leur somme, se répartissant en
24+24+48+48+24 = 168 pour les multiples de 24, et
42+84+42 = 168 pour les multiples de 42, 168 qui est le nombre de pieds d'un sonnet d'alexandrins.
  Tiens, l'anniversaire de Ricardou le 17 juin est le 168e jour de l'année, lorsqu'elle n'est pas bissextile.

  En vue du passage de ce texte sur les ondes, Ricardou y a multiplié les allusions maritimes, avec les centraux téléphoniques MERmoz, WAGram ("vagues", et RAM inverse de MAR), MAILLOT (de bain), SABLONS, et avec les noms des abonnés, basile EMBRUN (double de l'auteur), MARina rohMER, MARcel, MARtine, les DANDOLO (personnage de La prise de Constantinople, lu "dans de l'eau"), Ondine...
  BASILE (qui apparaissait aussi dans La prise de Constantinople sous la forme LE BASILE, parmi les multiples anagrammes d'ISABELLE), est un nom de valeur 48. Le Dandolo du même roman, nom emprunté au doge qui a conduit la 4e croisade, est
SYLVERE DANDOLO = 106+65 = 171,
où je retrouve le partage doré de 171 en 106 et 65, les âges de Rosencreutz et Bach.

  Tiens, les 36 jours que Ricardou a vécus après son 84e anniversaire correspondent à la différence 84 moins 48.

  Comme je l'avais détaillé ici, l'un des créateurs des grilles NOM-PRENOM, de 81 et 90 lettres, total 171, est lui-même un 171,
ROBERT RAPILLY = 78+93 = 171.
  L'une des coïncidences stupéfiantes de l'affaire est la présence de trois grilles de Robert dans le Formules n° 9 où figurent la grille de Cyril Epstein et mon SONÈ. Ce sont à tous trois nos seuls poèmes publiés par la revue.
  La dernière grille de Robert est ce schizonnet, carré de 19x19 lettres offrant deux lectures, toutes deux de valeur 3762, soit 22 fois 171. Lors de cette constatation, je n'avais pas encore pris la décision de reprendre Novel Roman, et encore moins de lui donner une table des chapitres formant un carré ricardolien, en 18 titres de valeur 171 qui se retrouve dans les deux diagonales et les colonnes extrêmes, soit donc 22 lignes de valeur 171 en tout.

  Ces dernières découvertes remuent pas mal de choses, et j'imagine qu'il faudra y revenir.

  Le titre de ce 290e billet de Quaternité a pour valeur 290. Comme RICARDOU et SCHULZ ont même valeur 89, une alternative est possible...
NOTE:  J'avais le sentiment de passer à côté de quelque chose de crucial, et une intuition nocturne a pallié à mes déficiences. Ricardou a titré la dernière forme de son sonnet L'ardu X, or le X était pour lui la CROIX, où le X est redondant, CROI suffirait.
ARDU CROI est l'exacte anagramme de RICARDOU.
  Une alternative à mon titre serait donc
L'art du X, sciemment ARDU CROI ?

20.9.19

devine qui vient illuminer


  Une parution récente a attiré mon attention, Le gène Atlantis de AG Riddle. C'est en fait le premier volet d'une trilogie US, originellement paru en 2013.
  Je suis preneur de thrillers génétiques, et feuilleter celui-ci, avec en première attention sa structure, m'a appris qu'il avait 144 chapitres, ce qui me motiva pour débourser le prix plutôt modique de ce pavé de 600 pages. Car 144, c'est un nombre de Fibonacci, et j'examine de près tous les livres chapitrés Fibo...

  Bon, ce bouquin est à mon sens une catastrophe, malgré son n° 1 des ventes annoncé. Les scènes d'action me fatiguent souvent dans les films, mais ça devient franchement assommant dans les livres, surtout quand comme ici les bagarres traînent sur des dizaines de pages...
  J'ai tout de même lu avec un peu d'attention, en zappant les bagarres, après avoir vu le découpage du livre en 3 parties de 39-55-50 chapitres. Des coïncidences récentes m'ont porté à prendre en compte l'idée du luthiste Guy Marchand, pour lequel un rapport d'or valide dans un ensemble A-B-C est B/(A+C). Juste après avoir vu une application de cette idée pour la fugue BWV 544, je suis tombé sur le roman Passage de Connie Willis en 18-23-19 chapitres, avec 23/37 constituant un bon rapport d'or. De plus, les nombres 23-37-60 concernés apparaissent aussi dans les études sur les NDE, sujet de Passage.

    Donc 55/(39+50), ou 55/89 est un parfait partage doré, de plus fibonaccien. Le sujet du livre est en principe la génétique, or Jean-Claude Perez a consacré de nombreux écrits à ses travaux sur une répartition dorée des bases de l'ADN, notamment selon Fibonacci. Comme je l'ai déjà indiqué, j'admire son travail, mais je ne peux le suivre dans son interprétation, d'abord parce que j'ai rencontré des harmonies dorées ailleurs, dans des circonstances qui me semblent totalement ininterprétables. Par ailleurs, j'ai jadis été attiré par la biochimie, mais l'approche de cette science à l'époque était inacceptable pour ma rationalité, et j'ai choisi la voie de la chimie pure, laquelle n'a d'ailleurs pas satisfait mes désirs... J'en ai parlé dans ce billet, à propos d'une nouvelle de Sturgeon prédisant étrangement la théorie de la panspermie dirigée.
  Je suis néanmoins toujours les progrès en biochimie. Les dogmes qu'on m'avait enseignés en 70 ont été balayés, et les nouvelles découvertes ont apporté de nouvelles complexités à la machinerie du vivant, de nouveaux défis à la compréhension de comment tout ceci a pu arriver. Une nouveauté essentielle est ce qu'on a appelé le "génie génétique", l'ingénierie génétique plutôt aujourd'hui, la possibilité de transformer le vivant alors que ce vivant est encore largement inconnu...

  La théorie des mondes multiples peut rendre compte de cette extrême improbabilité que représente la vie. Le monde subatomique est régi par la mécanique quantique où le hasard a une part importante, mais il a été imaginé qu'il n'y avait pas de "pile ou face", mais "pile et face", chaque possibilité étant actualisée dans un nouveau monde, sans qu'un observateur perçoive de discontinuité.
  C'était déjà dingue dans la formalisation d'Everett pour lequel les lois physiques demeuraient constantes dans ces multivers, mais certains théoriciens prévoient maintenant d'autres niveaux de multivers où toutes les lois sont possibles...
  Il paraît que cette théorie a séduit une majorité de théoriciens. Si je n'ai aucun argument logique à lui opposer, je constate qu'elle est désespérante et totalement démotivante. Puisqu'elle résout toutes les questions, à quoi bon s'en poser? Je me désole particulièrement de ce que les découvertes de gens qui comme moi décèlent des anomalies dans l'ancien paradigme, en voie d'être perdu, pourraient être utilisées comme confirmations des multivers.

  Le roman de Riddle ne dit que quelques mots de ces problèmes essentiels. En bref, ce seraient les "Atlantes" qui auraient amené la vie sur Terre, ou du moins les gènes nécessaires à l'apparition de l'intelligence humaine. Les Atlantes avaient des bases sous-marines, une à côté de Gibraltar, l'autre sous l'Antarctique, mais communiquant ensemble d'une mystérieuse façon. Tout n'est pas révélé dans ce premier volet, j'imagine que l'auteur en a gardé sous le coude pour les suites.
  Il y avait des humains qui partageaient le secret de leur création avec les Atlantes, les Immaru, dont le groupe a perduré jusqu'à nos jours dans l'Himalaya. Un groupe dissident s'est formé, les Immari, lesquels craignent la science des Atlantes et veulent être prêts à les combattre à leur retour. Tout ça est un peu compliqué car dans chaque camp il y a des traîtres et des manipulateurs...

  Le roman suit de près 4 personnes. Du côté des Immari, les "mauvais", leurs chefs Dorian Sloane et Martin Grey (Dorian Gray?, Martin Gray?) entreprennent une vaste opération pour contrôler l'ensemble de la planète.
  Du côté des "bons", il y a Kate Warner (c'est le nom d'une Jack Bauer girl), médecin qui met toute son énergie et sa compassion dans un institut de recherche sur l'autisme à Djakarta, sans savoir que ce programme est commandité par les Immari, en vue de sélectionner des gènes résistants à une arme atlante, la Cloche (qui aurait aussi fait l'objet d'expériences par les nazis). L'autre "bon" est David Vale, le "soldat", qui arrive à échapper aux hordes des Immari, à comprendre leur objectif secret, s'emparer de Kate Warner, et à mettre celle-ci en sécurité.
  Ceci occupe toute la première partie, succession de bagarres diverses. Dans la seconde partie, la narration suit essentiellement Kate et David, le plus souvent réunis, certains chapitres revenant aux Immari, où à des nouvelles du monde. J'ai bien sûr eu la curiosité de dénombrer les types de chapitres, et il y en a 34 Kate-David pour 21 autres, encore Fibonacci pour ces 55 chapitres au coeur des 89 chapitres des parties 1 et 3.
  Il n'y a pas ici de régularité dans la distribution des chapitres. Après de nouvelles bagarres avec les Immari, Kate et David sont sauvés par les Immaru, en sécurité dans leur sanctuaire de l'Himalaya. Ils y découvrent le journal de Patrick Pierce, un sapeur blessé sur le front en 1917, soigné à Gibraltar, et prié dès sa convalescence de participer à un programme de fouilles sous-marines. Ce journal occupe l'essentiel des 14 derniers chapitres Kate-David de la seconde partie.
  Pierce y conte sa découverte de l'Atlantide méditerranéenne, endroit étrange où temps et espace sont bouleversés. Kate et David s'y rendent dans la dernière partie, riche en révélations. Ceux qui ont visité cette Atlantide vieillissent très lentement, ainsi Pierce est toujours présent sur place, ainsi qu'une compagnie de Waffen SS. David n'est autre que le propre fils de Pierce, né en 1918, et sauvé de la mort par son transport en Atlantide. Sloane et Grey sont aussi des membres de cette première expédition; quant à Kate, elle a des gènes atlantes selon une hérédité que je n'ai pas bien comprise...

  Tout ça est un peu confus, et je n'ai guère envie de lire en anglais les deux autres volets de la trilogie. Si je me suis accroché, c'est que j'ai vite vu certaines ressemblances avec le second thriller de Nicolas d'Estienne d'Orves (NEO), Les derniers jours de Paris, paru en 2009 mais il me semble peu probable que Riddle ait pu s'en inspirer car le roman n'a pas été traduit en anglais.
  Je n'ai pas été tendre non plus avec ce roman où il est demandé d'accepter qu'il puisse exister un continent inconnu sous Paris, la mythique Arcadie, peuplée d'hominidés civilisés envisageant de noyer Paris en restant au sec dans leurs profondeurs...
  On trouve de multiples références sur des parallèles entre Arcadie et Atlantide, voire sur une même origine à ces mythes (pour les hypothèses "raisonnables").

  Il y a deux héros dans ce roman, Sylvain, 34 ans, et la jeune Trinité, 13 ans, lesquels tentent d'enrayer la catastrophe qui menace Paris, et qui s'avèrent tous deux être des hybrides entre Humains et Arcadiens. Le roman est aussi en 3 parties, le première de 55 chapitres, alternant 34 chapitres d'une narration suivant Sylvain et 21 chapitres du récit à la première personne de Trinité. Le dernier chapitre de cette partie est marqué par leur rencontre, et la narration les suit ensemble pendant une seconde partie de 34 chapitres.
  13-21-34-55-89-144: je crois que ni NEO ni Riddle n'ont consciemment utilisé la suite de Fibonacci... L'énigme se drape de vertige en constatant le parallélisme des intrigues obéissant à un même schéma:
- une première partie où l'on suit séparément le héros et l'héroïne, se rencontrant à la fin, alors qu'un péril lié à une race extra-humaine menace;
- une seconde partie où l'on suit le couple maintenant formé, luttant contre ce péril;
- les deux héros ont du matériel génétique commun avec la race extra-humaine.

  J'avais lu Les derniers jours de Paris après le thriller suivant de NEO, L'enfant du premier matin, où j'ai aussi vu une structure remarquable, sans être aussi immédiatement fibonaccienne.
  Certans personnages de ce roman traversent le temps sans vieillir, comme les "Atlantes" de Riddle, et ceci est aussi lié à une communauté de sages installée sous l'Himalaya, comme les Immaru (mais c'est le vieil autre mythe de l'Agarttha).
  Chez Riddle comme chez NEO sont données des interprétations du Onze Septembre en écho à leurs intrigues respectives.

  J'ai étudié sur Quaternité divers romans au chapitrage fibonaccien. Je passe sur divers "34 chapitres", nombre un peu faible qui doit concerner des centaines d'ouvrages,  pour en venir aux seuls 55 et 89 dont je me souviens.
    89, c'est Pilgrim, en 1 Prologue, 6 parties de 21-13-14-13-13-13 chapitres, et 1 Epilogue, 89 éléments en tout donc. C'est çoeur dp qui m'a fait découvrir ce roman en septembre 2008, juste après ma découverte de l'harmonie de la vie de Jung autour du 4/4/44, ce roman dont les deux personnages sont Pilgrim et Jung. Comme je ne connaissais pas alors le nom du médecin qui serait mort à la place de Jung en 1944, je n'avais pu rapprocher ce couple
PILGRIM/JUNG = 84/52 = 21/13 de
HAEMMERLI/JUNG = 84/52 = 21/13.
  Non seulement le roman a-t-il un nombre d'éléments fibonaccien, mais ses deux premières parties ont 21 et 13 chapitres. Je n'y reviens pas, renvoyant à mes précédents commentaires.

  L'autre roman est  Le chemin de la lumière, directement lié à ma découverte de septembre 2008. La lecture en août des Silences de Dieu, polar métaphysique faisant intervenir explicitement le nombre d'or, m'a fait lire d'autres romans de Sinoué, et ma découverte est intimement liée à Des jours et des nuits, dont un personnage est aussi Jung. L'intrigue est liée à la catastrophe de Théra, et à la disparition de la civilisation minoenne, ce qui m'a aussitôt évoqué les polars "minoens" de Paul Halter, notamment Le chemin de la lumière et Le géant de pierre.
  Le premier compte 55 chapitres, répartis en deux parties de 13 et 42 chapitres, la seconde partie offrant une division évidente en 21 et 21 chapitres. Le "chemin de la lumière" y est une réplique d'un objet réel, le Kernos à 34 cupules de Milia.
  J'ai quelques commentaires à ajouter, d'abord que le mythe de l'Atlantide est souvent associé aux diverses catastrophes qui ont frappé la civilisation minoenne. L'Arcadie est aussi vue comme une région de Crète.
  Par ailleurs les Immaru et Immari de Riddle doivent leur nom au mot sumérien immaru, signifiant "lumière".

  A propos d'Atlantide, j'ai commenté en décembre dernier le roman de Bernard Werber, La Boîte de Pandore, dont le héros découvre que sa première incarnation a été un Atlante. Le roman est en trois parties, dont une de 55 chapitres qui m'avait fait évoquer Le chemin de la lumière.
  J'avais pu trouver un sens à chacune des répartitions de ses 3 parties de 37-42-55 chapitres. Je vois aussi une possibilité fibonacienne au partage 39 et 55+50 chapitres du Gène Atlantis:
39 = 3x13
105 = 5x21 (3+5=8; 13+21=34; encore 6 Fibos consécutifs).

  L'an dernier est paru un thriller basé sur la génétique, La Séquence, de Stefan Catsicas, neurobiologiste suisse. J'avais acheté, mais en avais rapidement interrompu la lecture, lassé par les longues scènes de bagarre.
  Je l'ai repris après le Gène Atlantis, et il y a des ressemblances entre les deux romans. Il est d'ailleurs tout à fait possible que Catsicas ait lu Riddle, qui a tardé à être traduit en français, mais les ressemblances tiennent surtout à l'abondance des bagarres.

  L'argument est un peu plus scientifique que chez Riddle. Daniel Fox vient de recevoir le prix Nobel pour sa découverte de la séquence d'ADN qui aurait permis l'hominisation, le passage à la pensée évolutive, à la civilisation... Cette Séquence agirait d'abord par sa structure tertiaire possédant une activité enzymatique, ce qui rejoint certaines hypothèses sur l'énigme de l'apparition de la vie que je ne développerai pas.
  Le prologue montre la Séquence être venue de l'espace, dans un nuage de lumière...
  Cette Séquence de quelque 3000 bases est remarquable en ce qu'elle est invariante, alors que les séquences codant pour des protéines sont soumises à des mutations. Fox a cependant gardé pour lui une information dont il n'est pas sûr qu'elle n'ait pas été un artéfact, la découverte d'un échantillon avec une base thymine remplaçant la cytosine. Or le moment où il reçoit le Nobel coïncide avec la révélation qu'il existe d'autres cas, avec T remplaçant C en même position, concernant de plus des personnalités de premier plan, avec de l'ADN d'Akhenaton, de Jésus...
  Le roman s'achève sur un coup de théâtre, mais ici encore une suite est prévue...

  Pas de structure fibonacienne, mais j'ai remarqué la composition de l'équipe de Fox, 21 personnes, dont 5 doctorants et 8 postdoctorants (page 79).

  J'ai tilté en repérant sur une même page (137) de La Séquence les mots "Ciénaga" et "taxi".
   J'ai parlé ici d'une coïncidence survenue à Jacques Vallée alors qu'il se préoccupait de groupes soucoupistes se réclamant de Melchizedeq. Devant donner une interview à la station KABC, 3321 S La Cienega Blvd, Los Angeles, il prend un taxi et conserve le reçu du chauffeur; il le regarde plus tard et voit qu'il est signé Melchizedek.
  Ceci a eu une profonde influence sur Jacques Vallée, lequel montre souvent le reçu lors de ses conférences.
  Je suis certain de ne pas avoir vu depuis 2013 le mot cienaga, ou cienega  autre orthographe d'un mot signifiant "marais", et il s'agit chez Catsicas d'une ville de Colombie, tandis que son taxi emmène un protagoniste à l'hôtel Waldorf de New York.
  Pas de Melchizedek ici, mais un peu plus loin, page149, il est émis l'idée que Akhenaton et Abraham aient été un seul et unique personnage. C'est une thèse rejoignant l'idée que les Juifs aient emprunté le monothéisme aux Egyptiens, ou du moins à Akhenaton.
  Un curieux épisode biblique est la rencontre entre Abraham et Melchizedek. Une recherche que je n'ai guère envie d'approfondir mène à ce livre où Melchizedek semble identifié à Meryre, prêtre d'Akhenaton.

  Voilà pour ce 289e billet de Quaternité, dont le titre a comme il se doit la valeur 289 (avec une allusion à l'anglais riddle, "devinette". C'est aujourd'hui le 11e anniversaire de la création du blog.