19.11.17

le plein d'extra-ordinaire


  L’écriture du billet précédent s'est achevée le 2 novembre, journée marquée par deux faits en rapport plus ou moins direct avec sa fin, écrite dans la journée.
  Cette fin concernait donc des homonymies, d'une part entre le célèbre poète Bernard Noël et l'oulipote Noël Bernard, d'autre part entre Henri Girard, jugé en 1943 pour le meurtre de sa famille le 24 octobre 1941 et étrangement acquitté, et devenu en 1950 l'auteur à succès du Salaire de la peur, sous le pseudonyme Georges Arnaud, alors qu'un véritable Georges Arnaud soumettait ses manuscrits à divers éditeurs. Lorsqu'il put enfin accéder à la publication en 1952, il dut choisir un pseudonyme.
  Alors que l'affaire Henri Girard revenait à l'actualité en septembre via un commentaire de Patrick Bléron et une nouvelle biographie, j'apprenais en cours d'écriture du billet l'existence d'un écrivain vivant nommé Henri Girard, et sa récente publication du titre Sous l'aile du Concombre. Parce que la parution de mon Sous les pans du bizarre avait été quasi concomitante en 2000 de celle d'un roman titré Sous l'aile du bizarre, ceci m'a fait nommer le billet Sous les pans du concombre.

  Le premier fait fut un mail du site de vente en ligne PM, à 8:22, me signalant que j'avais un acheteur pour Les Âmes Errantes. J'avais acheté ce récent essai de Tobie Nathan parce qu'il y avait un chapitre sur la secte des Haschichins, laquelle a inspiré son roman Dieu-Dope, mais je n'y ai rien trouvé de nouveau.
  A priori rien de spécial, mais en validant la commande quelques heures plus tard je vis que l'acheteur était Alexis B., de Villeurbanne, alias VITO.

  En février je relatais les coïncidences survenues sur ce site PM, où j'ai eu très rarement deux ventes le même jour. En deux de ces occasions, l'un des acheteurs était Guy Bernard, que je connais, alias Bga1958 (ses initiales et son année de naissance).
  Le 24 mai 2015, j'avais donc eu une commande de Bga1958, suivie moins de deux heures plus tard de celle de Bga2, dont le nom Alexis T. semble éloigné de ce pseudo.
  Le 16 janvier dernier, nouvelle commande de Guy Bernard, cette fois précédée trois heures plus tôt d'une commande de VITO, pseudo d'Alexis B.
  Ces deux Alexis habitent Caluire et Villeurbanne, à moins de 6 m l'un de l'autre.
  J'ai un neveu qui habite Lyon, et qui parfois réalise du streetart, c'est-à-dire des parcours soigneusement calculés pour dessiner des images grâce aux relevés de son GPS. J'avais admiré quelques jours plus tôt ce chamois réalisé le 8 janvier: 

  Je me suis avisé ensuite que le parcours passait très près des adresses des deux Alexis.

  C'était donc, résumé, l'ensemble des coïncidences repérées en février, mais il y en a une qui m'avait échappé, sans que je puisse m'expliquer pourquoi: Vito est la forme italienne du prénom Guy, et il s'ajoutait donc aux autres coïncidences que VITO m'a commandé un livre le même jour que Guy Bernard. Ce n'est pas ces derniers mois que j'ai appris la correspondance de Guy avec Vito, que je connaissais depuis 20 ans sous la forme Vitus, nom du premier ancêtre connu de Bach.
  C'est loin d'être la première fois que je constate de semblables déficiences de mon intellect, me conduisant à m'interroger: qu'oublié-je encore d'essentiel? m'en rappellerai-je un jour?
  Cette révélation Vito=Guy est survenue dans le contexte du précédent billet, où il est question des deux Bernard Noël, et de la ville Lviv, "lion", leon, à Noël, ainsi d'une part VITO fait-il un lien avec Bernard via Guy, d'autre part il habite la banlieue de Lyon qui a comme Lviv un lion comme première figure de son blason, même si lugdunum signifiait originellement "colline de lumière".
  Plutôt que le blason j'ai choisi cette réalisation du Musée des Confluences trouvée sur le blog mentionné plus haut pour Guy. 
  Je note au passage que si VITO signifie "Guy" pour Alexis B., alors un pseudo Bga1990 aurait pu convenir à ce jeune homme, né en 1990.

  Ce qui m'amène à une autre coïncidence. A cause de je ne sais plus quelle curiosité, j'ai noté à partir de fin 2014 mes ventes sur PM. Pour celle de VITO du 16/1 dernier, que j'avais calculée être la 347e, j'avais résumé le titre du livre en Le jeune homme. Le roman Inavouable, commenté dans le précédent billet pour ses coïncidences Opalka, via Bernard Noël qui m'avait appris son existence quelques jours plus tôt, et Lviv, concernée par un document retrouvé le jour même, est avant tout consacré à la réapparition dans une maison de New York du tableau de Raphaël, Portrait d'un jeune homme, disparu en 1945. Le tableau est souvent désigné dans le roman comme Le jeune homme.

  En me renseignant sur le tableau, j'ai appris qu'il apparaissait dans un film sorti en août 2013, Justice Is Mind, également dans une maison américaine (à Worcester, Massachussetts):
  Le tableau n'y est d'ailleurs pas identifié, ni sa présence explicitée, le réalisateur Mark Lund prévoyant une suite au film, In Mind We Trust.
  Ce qui est surprenant ici est la proximité avec la parution originale du roman en Pologne, en juin 2013, ce qui exclut toute influence "normale" entre les deux créateurs. A noter que l'oeil du Jeune homme apparaît sur la couverture du roman polonais.

  Curiosité, en cherchant "Lund" "Raphael" sur GoogleImages, j'ai vu des images de streetart tout à fait analogues à celles de mon neveu, mais celles-ci sont dues au Canadien Stephen Lund qui les réalise essentiellement dans sa ville Victoria (Vito, Victoria). Voici un raton-laveur, mais Lund a aussi dessiné un lion de mer et un ours:

    Je reviens au "Jeune homme" vendu à VITO. Il m'a fallu revenir à la liste de mes ventes sur le site PM pour me rappeler que c'était un roman de François Lelord, Le jeune homme qui voulait savoir si le paradis existait, paru le 2/11/2016, exactement un an avant la publication de mon précédent billet et la commande suivante de VITO.
  Je suis client des histoires de quête métaphysique, mais n'avais guère été séduit par celle-là.
  Voici comment apparaissent mes deux ventes du 16/01/2017 sur le site PM:
  J'ai cette fois épluché en détail mes ventes depuis le début, et découvert deux choses.
  Il y a une petite incohérence sur le site, qui indique 407 ventes jusqu'à la dernière du 2/11 pour VITO, mais il n'y a que 406 ventes "Accepté" (et une dizaine de ventes "Refusé" ou "Annulé"). Sans trop chercher à approfondir, les deux ventes ci-dessus sont bien les 347 et 348 comme je l'indiquais, tandis que celles du 24/05/2015 présumées être les 248 et 249 semblent en fait être les 246 et 247, ce qui laisse cette fois supposer une erreur de ma part.
  Je n'essaie pas d'aller plus loin et passe au point suivant. En poursuivant l'examen de mes ventes jusqu'aux premières, j'ai découvert que VITO m'avait déjà acheté un livre, le 26/03/2014, la vente 37, le mois suivant l'ouverture de ma boutique:
  Il y avait ici une autre coïncidence entre ces deux titres commandés à 16 heures d'intervalle et contenant tous deux le mot "Extraordinaire".
  Celui commandé par VITO était un "débunkage" de divers phénomènes avancés par les adeptes du paranormal, entreprise louable certes, mais un peu trop orientée à mon goût. De même je reste sceptique devant les compilations de phénomènes menées sans enquêtes approfondies.

  Ma seule autre vente d'un titre contenant le mot "Extraordinaire" est un livre dont j'ai parlé dans le précédent billet, et vendu 18 jours avant la dernière commande de VITO (avec 6 ventes entretemps):

  J'indiquais donc que cette journée du 02/11 avait été marquée par un autre fait digne d'attention. Il s'agit d'un message sur la liste Perec, envoyé à 22:39 par Alexis Z.
  Ce n'est pas la teneur du message qui est ici importante, mais son auteur, s'exprimant très rarement sur la liste, le plus souvent à propos de Martin Winckler.
  Une autre de ses interventions en 2006 avait donné lieu à une page du seul site que j'animais alors, site qui a été fermé en novembre 2016, comme toutes les pages perso chez SFR. J'en ai remis une partie en ligne sur Perecqation, mais il y a de nombreuses pages que j'hésite à republier dans leur forme originale, jugée aujourd'hui naïve.
  Voici donc ce que je juge important de savoir de cette page qui était intitulée L'affaire Alexis.

  J'étais alors membre de l'association 813, et avais reçu en décembre précédent le n° 42 de la revue 813 (mars 1993), en cadeau à la suite de ma réadhésion, contenant un résumé d’un roman de Moselli et signalant le résumé de W… Vert… paru dans le n° 23, que je pus consulter à Paris fin janvier.
  Le 1er février 2006, j’ai envoyé un message à la liste Perec, concernant au premier chef ce roman de José Moselli paru en 1910, W… Vert…, éveillant divers échos avec plusieurs œuvres de Perec. J’y signalais aussi mon étude 8 et 13 choses que je sais de 813, parue dans le n° 94 en octobre 2005, où Perec était cité.
  Le lendemain jeudi 2 j’avais un message personnel d’un nommé Alexis Z. qui m’informait que dans les Cahiers Marcoeur de Martin Winckler, deux personnages n'en font qu'un, Dolorès et Laetitia; Alexis avait obtenu de Winckler la confirmation que c’était en référence à « 813 », le roman de Leblanc, où le diamantaire Rudolf Kesselbach a une femme nommée Dolorès qu'il appelle en privé Laetitia.

  Le samedi 4 février, j’ai été à Sorgues, près d’Avignon, pour une manifestation annuelle autour du polar organisée par la société littéraire locale. L'invité d'honneur était Michel Wyn, réalisateur du téléfilm Lenormand chef de la sûreté, adaptation en 1989 de « 813 » dans la série Le Retour d'Arsène Lupin, avec François Desnoyers dans le rôle d’Arsène Lupin. Sa projection était prévue, et c'est ce qui avait principalement motivé ma venue.

  Auparavant, un intervenant, Roger Martin, a parlé de son travail sur la biographie de Georges Arnaud, et j'ai pensé à l'émission Le Vif du sujet qui lui avait consacré un reportage deux ans plus tôt.

  3 jours plus tard, le mardi 7, j'ai pensé vers 15 h 30 que j'avais raté le début du Vif du sujet, que j'écoutais volontiers alors chaque semaine. J'ai mis France-Culture, et y ai entendu Martin Winckler en train de parler, du jeune ALEXIS !
  Cinq jours plus tôt, un Alexis me parlait d’une affaire Winckler, et voici que Winckler parlait d’une affaire Alexis, qui m’a aussitôt évoqué la tuerie de Louveciennes, où le jeune Alexis Polevoï a été jugé coupable du meurtre de six personnes, dont son père, le 26 février 1995 et condamné à une peine ridicule pour ces crimes (il est sorti de prison en 2000, un an après sa condamnation).
  Cette affaire est remarquablement similaire à celle de la tuerie d'Escoire, dans le drame, série de meurtres dont le père du jeune accusé, comme dans le verdict, étonnamment clément.

  En fait Martin Winckler évoquait ce 7 février 2006 l’affaire Alexis Goulette, jeune martyr de la médecine, assigné à résidence au CHU d'Angers.

  Ce n'était pas fini: le samedi 11 suivant, j’ai écouté comme à chaque fois que j’en avais l’occasion l'émission Rendez-vous avec X, consacrée ce jour à Georges Arnaud, dont il avait été brièvement question à Sorgues le samedi précédent, et auquel Le Vif du sujet avait aussi consacré une émission.
  Ce n’est encore pas la carrière littéraire de l’auteur du Salaire de la peur qui faisait l’objet de cette émission (qu'on peut réécouter), mais toujours la tuerie d’Escoire.

  Il y a ainsi eu deux évocations de Georges Arnaud des samedis consécutifs , la première m’ayant rappelé Le vif du sujet, et l’émission hebdomadaire intermédiaire du Vif du sujet était consacrée à une affaire Alexis. C’est certes une autre affaire « Alexis » que la tuerie de Louveciennes, au premier plan de l’actualité en son temps, mais la curiosité est qu’il existe également deux affaires « Georges Arnaud », ce que je rappelais au début de ce billet.
  Autre curiosité du numéro 42 de 813  dans lequel j’ai appris l’existence de W… Vert…, ce qui m’avait conduit à passer le message sur la liste Perec m’ayant valu la réponse d’Alexis… En reprenant le numéro pour écrire la page L'affaire Alexis en 2006, je me suis aperçu qu’il contenait l'article Les mystères des vies parallèles, sur les deux Georges Arnaud, étudiant de plus des coïncidences dans leurs écrits, fortuites si l’on en croit Georges J. qui affirme s’être longtemps refusé à lire quoi que ce soit de Georges. L'article était signé Roger Martin, que j'avais vu à Sorgues, et qui participait à l’émission Le Vif du sujet le 20 janvier 2004.

  Voilà donc l'essentiel de ma page de 2006, où je soulignais aussi l'importance des initiales MW. Moselli et W… Vert…, Martin Winckler et Marcoeur (où le nombre 813 apparaît dans Le dossier vert), Michel Wyn adaptateur de « 813 »... Un chapitre de la bio de Perec par David Bellos est intitulé M/W.
  Ces initiales ont aussi pris de l'importance dans ma propre démarche, avec leur rôle dans la grille de Cyril Epstein, au centre de mes préoccupations depuis mars dernier, avec un récapitulatif dans le précédent billet.
   
  Georges Arnaud/Henri Girard s'est aussi invité dernièrement sur Quaternité, via un commentaire en septembre sur Ana Mor, mords-moi à mort, de Patrick Bléron qui avait lu un vieux billet sur Fred Vargas où il en était question.
  Quelques jours plus tard, j'apprenais la publication en août d'un roman-enquête où Philippe Jaenada étudie minutieusement la tuerie d'Escoire.
  Fin octobre, Patrick achète La serpe. 
  Alors que le présent billet était commencé, La serpe obtenait le prix Femina le 8 novembre.
  Patrick commence à en parler sur Alluvions à partir de son billet 273/313 le 15 novembre (soit le 273e jour de 2017 n'étant pas un dimanche, où Patrick publie un feuilleton sur un autre blog). Il y apprend la venue de Jaenada pour une signature le 17 novembre à Châteauroux, où il habite.
  273... Un hasard tout à fait indépendant m'a appris, via la liste de l'association 813, l'existence d'un écrivain vivant nommé Henri Girard (voir au début du billet), auteur de Sous l'aile du Concombre, ce qui m'a fait baptiser mon précédent billet Sous les pans du concombre (de valeur 273 dont il était question dans le billet), en souvenir de la parution de Sous l'aile du bizarre quasi concomitante de celle de mon Sous les pans du bizarre en 2000.
  Femina... J'avais achevé ce roman en septembre 1999, et j'y avais imaginé que Maryline Desbiolles, présentée comme auteure d'un poème formant la trame d'un polar de JB Pouy, était un personnage fictif. Elle obtint en novembre suivant le prix Femina pour Anchise.

  Qu'en était-il du message d'Alexis Z. signalé plus haut, reçu le soir de la publication de Sous les pans du concombre?
  Il informait d'une référence, d'ailleurs inadéquate, de François Ruffin à La Disparition de Perec, dans une intervention disponible sur YouTube. J'y constate une petite curiosité: les deux députés de FI (France Insoumise) qui y interviennent ont tous deux FI dans leurs noms, Caroline FIat et François RufFIn (ce sont les seuls dans ce cas).
  Je remarque aussi que Ruffin occupe le siège 628 de l'hémicycle:
  On sait que Mélenchon a choisi le sigle φ, phi, pour son parti, et Ruffin représentant de la Picardie Insoumise pourrait opter pour π, pi=3.14... pour un demi-périmètre, et 6.28 pour une révolution achevée...

  Je reviens à plus jungien avec Mark Lund, réalisateur de Justice is Mind, né le 6/6/65, soit exactement 4 ans après la mort de Jung, le 6/6/61. 4 ans, 6/6/65, de quoi penser au nombre 46665 qui a fait l'objet d'importantes avancées en avril dernier.
  Le titre du film fait référence à la formule biblique Justice is mine (Dt 32,35), avec donc un échange entre D et E.

  Je remarque semblable échange entre GIRARD, accusé du triple meurtre d'Escoire, et GIRARE, le premier mot de la lecture en colonne de la grille de Cyril, avec GIRARE ROI pour la première colonne, évoquant un retournement de situation qui a frappé la monarchie en 1789, rappelant ce qui s'est passé en Perse quelque 2000 ans plus tôt, selon le livre d'Esther. Le sort a tourné aussi pour Girard, que chacun voyait promis à la guillotine.

  La dernière colonne de la grille de Cyril est ANAGRAMME, et l'anagramme transforme LA PERSE en LA SERPE (et phonétiquement Iran en Henri)...

  Il a été remarqué que le livre d'Esther est le seul livre biblique où n'apparaît pas le Tétragramme, יהוה, YHWH, ou JEFE en transcrivant selon notre ordre alphabétique. Une façon d'écrire ce Tétragramme dont la prononciation est interdite est ידוד, YDWD, ou JDFD (voir ici).

  Je remarque encore que les lettres D et E ont les rangs 4 et 5 dans l'alphabet. Jung qui aurait pu mourir le 4/4/44, après avoir vécu 4 fois 6272 jours, s'est vu offert une 5e tranche de 6272 jours.

  Selon diverses notations musicales, D-E correspondent à nos notes ré-mi... Je rappelle que la grille de Cyril est inspirée par une carte postale signée Rémy Roi (mais j'y lis plutôt Henry Roy).

2.11.17

Sous les pans du concombre

au dieu Hg

  Retour aux grilles de lettres qui m'occupent depuis février dernier, avec d'abord un rapide historique des faits principaux (mais il faut revenir aux billets de mai à septembre pour tous les détails):
- octobre 1996: une relecture des aventures d'Arsène Lupin me conduit à déduire du personnage Elisabeth Lovendale, dans La lettre d'amour du roi George, le jeu ROMANAMOR-LOVENOVEL.
- printemps 1998 :  je projette un roman basé sur ce jeu, Novel Roman, et j'en rédige quelques pages, dont la table des chapitres d'un roman imaginaire, formée de 11 titres composés des lettres ESARTULINO + 1 joker; la grande diagonale du carré 11x11 permet de lire ROSENCREUTZ.
- novembre 2004 : l'idée me vient du SONÈ, carré de lettres offrant une lecture horizontale et une lecture pandiagonale, et je compose une première grille, en fait une double grille 8x8 et 6x6; mes amis de la liste Oulipo estiment qu'elle aurait sa place dans le prochain numéro de Formules, où elle paraît en mars 2005.
- janvier 2009 : mes recherches jungiennes me conduisent à des jeux palindromes en hébreu, où Babel et Bel (dieu de Babel), sont les renversements de leb et lebab, les deux formes du mot "coeur", apparentées à lebia, "lion" en hébreu, fort proche des formes slaves et germaniques, lev, lew, löwe par exemple, avec des redoublements analogues à ce qui se passe pour "coeur" en hébreu, par exemple le russe львев.
- juillet 2012 : j'apprends que Ricardou, tête de file du Nouveau Roman, a publié en 1969 Les lieux-dits, roman dont la table des chapitres forme un carré de 8x8 lettres, dans lequel se lit dans la grande diagonale BELCROIX. Je pense à ma diagonale ROSENCREUTZ (ROSECROIX) dans Novel Roman.
- février 2017 : je vais en avance au club de lecture d'Esparron, pour profiter de la journée ensoleillée en lisant au bord du lac; je comptais lire l'édition originale des Lieux-dits, commandée une semaine plus tôt, mais l'ouvrage n'était pas dans ma boîte, et je me suis rabattu sur le Formules n° 9, emmené pour montrer mon SONÈ au club. Mon attention est attirée par le texte Ecrire en colonne de Cyril Epstein, s'achevant sur un carré de 9x9 lettres dont la lecture horizontale fort obscure suggère de chercher plus avant. De fait les première et dernière colonnes livrent des messages "évidents", et je crois avoir trouvé autre chose dans la colonne médiale, avec l'anagramme de NOM-PRENOM, alors qu'au travers du nom WAGNER et du prénom MANON Epstein fait allusion aux wagons de la Shoah, mais il a démenti l'intentionnalité de cette anagramme.
-juin 2017 : mes recherches me conduisent à reprendre un livre d'un colistier oulipote, El Ferrocarril de Santa Fives de Robert Rapilly (2011), et à y prêter attention à l'un des poèmes, repris dans le rabat de la couverture. C'est une grille de 9x10 lettres, construite pour faire apparaître des messages en première et dernière colonnes, mais j'y décèle dans la colonne médiale NOMOPINMRE l'anagramme de NOM-PRENOM + I. Robert a aussi démenti toute intentionnalité ici, mais le prénom et le nom du presque unique personnage du livre sont de première importance pour lui, MANUEL MAURAENS.

  Ces deux dernières grilles sont très probablement les seules grilles "ferroviaires" de 9 lettres de largeur conçues pour faire apparaître des messages dans les "rails" latéraux, et il est déjà hallucinant que les mêmes lettres NOM-PRENOM soient présentes dans le "rail" médial, mais ce n'est que le début d'une spirale vertigineuse.
  Les grilles ont 81 et 90 lettres, ce qui m'évoque les valeurs 81-90 de ELISABETH-LOVENDALE, et le total 171 des 18 lettres de ces prénom-nom a été le déclic m'ayant conduit au jeu N-AMOR, anagramme de ROMAN, prélude à LOVE-N, anagramme de NOVEL.
  En regardant à nouveau mon SONÈ, il m'a sauté aux yeux dans une grande diagonale NEVOL, renversement de LOVEN, orthogonal à DALE. Ceci était encore involontaire, mes lectures diagonales correspondant aux lettres orientées dans le même sens.

  Ce retour à Lovendale a provoqué un autre dessillement. Alors que j'avais vu jusqu'ici ce nom plus ou moins dérivé de Lovelace, personnage de Richardson dont il est question dans la nouvelle, je me suis enfin rendu compte que c'était une forme du nom Loewenthal, "vallée des lions", reliant ainsi l'affaire Novel Roman à un autre de mes thèmes de prédilection.
  J'ai pu faire ce pas grâce à un détour par la littérature scandinave, via les Frères Coeur-de-Lion d'Astrid Lindgren, apprenant ainsi que "lion" se dit en islandais löven, et en norvégien ou danois løven.
  Ceci conduit à compléter la coïncidence BELCROIX-ROSENCREUTZ entre Ricardou et moi, puisque je peux considérer BEL comme le renversement de LEB, "coeur" ou "lion". J'ai ainsi LOVEN correspondant à LEB dans la grande diagonale d'un carré de 8x8 lettres. Ci-dessous les couvertures du Lion de Kessel en russe et danois:
  Puisque le L cyrillique était dans cette édition un V renversé (tandis que le V est B), je constate que je peux lire ΛEB ou BEΛ dans la grande diagonale du petit carré du SONÈ, où les lettres apparaissent dans tous les sens. Il s'agit de la seule lettre B du SONÈ, et le O de LOVEN est aussi l'unique occurrence de cette lettre.
  Le V est le seul du petit carré, et il apparaît dans une colonne entre les 3 seuls L du petit carré. Je pense au nom LVLL, prénom RAMON anagramme de ROMAN (aussi connu comme Raymond Lulle). Les anagrammes NORMA-RAMON-ROMAN sont explicitement données dans un Queen, Le quatrième côté du triangle, et il me vient que mon carré à diagonale ROSENCREUTZ avait pour première colonne RYEUENLQEEL, anagramme de ELLERY-QUEEN, tandis que le carré de Cyril Epstein a pour première colonne GIRARE-ROI (REINE ROI apparaissent dans la lecture horizontale de ce carré).

  Le lion du roman de Kessel se nomme King. Il a été élevé par les Bullit et est resté l'ami de leur fille Patricia après avoir été relâché dans la brousse. Un morane, jeune guerrier Masaï, veut épouser Patricia, mais doit avant cela accomplir le rite ancestral d'affronter un lion, mais c'est King qui le tue et qui est ensuite abattu par John Bullit, le père de Patricia.
  J'imagine dans la version danoise l'affrontement entre le morane et le løven. Dans l'image ci-dessus tirée de l'adaptation de 1962, ce n'est pas l'acteur noir incarnant le morane qu'on voit, mais le dompteur blanc du lion Zamba, teint en noir.
J'avais commencé ce billet avec pour premier objectif de réfléchir sur les principales coïncidences unissant les diverses grilles composées indépendamment les unes des autres, et je viens de me laisser entraîner à quelques digressions, tant chaque nouveau regard sur ces grilles peut amener de nouvelles lectures.
  Un certain recul est nécessaire pour apprécier ces lectures, et voici donc ce que je considère comme essentiel dans cette affaire.

   Au départ, il y a donc l'affaire Lovendale, et plus j'y réfléchis, plus il me semble que la nouvelle de Leblanc suggère le jeu N-AMOR N-LOVE d'une manière difficile à surpasser, en fait si subtile qu'elle semble avoir échappé aux lecteurs non numérologues. Et pourtant le nom Elisabeth Lovendale est si plausible que le Lovendale ci-dessus, né d'immigrants scandinaves nommés Lovendahl, a eu une fille prénommée Laura Elizabeth dont la photo est ici.
  D'autres Elizabeth Lovendale sont recensées ici.

  Le jeu m'avait semblé péremptoire en 1996, de même que le parallélisme entre la 14e lettre d'amour parmi 18 et la 14e période de 106 ans vécue par le chevalier Rosencreutz de 1378 à 1484, tandis que L'aiguille creuse montre une découverte de la crypte où git le cadavre présumé de Lupin en 1908, 18 fois 106 ans.
  Mes découvertes ultérieures m'ont conduit à la plus extrême circonspection quant aux intentions des auteurs, mais j'avais en 1998 construit Novel Roman à partir de ces hypothèses, et donc, dans le contexte de la mort du 14e des héritiers Véranomnol, Norman Love, le 106e jour de 1908, imaginé la découverte de la table des chapitres d'un roman, formant un carré 11x11 avec la diagonale ROSENCREUTZ croisant avec ARSENELUPIN.
  J'ignorais totalement alors que l'idée eût déjà été utilisée, pour mettre en valeur une diagonale BELCROIX croisant avec MAADRBRE, à comprendre MAD ARBRE, allusion à l'un des deux principaux personnages du roman de Ricardou, Olivier Lasius, compris comme "arbre" (olivier) "fou" (asilus anagramme de lasius).

  Il y a cependant ici une communauté d'intention, et sachant que le roman de Ricardou a eu quelques milliers de lecteurs, dont quelques centaines ont pu s'émerveiller de son carré de lettres, des théories du type "centième singe" pourraient rendre compte d'une influence inconsciente.
  Par ailleurs une influence tout à fait consciente a été la liste de 12 mots de 12 lettres donnée par Perec dans "53 jours",  permettant de lire LACHARTREUSE dans la grande diagonale. Je n'ai fait qu'appliquer l'idée à une table des chapitres, avec ROSENCREUTZ en diagonale et deux autres messages, ARSENE LUPIN en diagonale brisée, et l'anagramme de ELLERYQUEEN dans la première colonne.
  Ceci rejoint étrangement les intentions de Ricardou, dont le carré recèle aussi selon lui deux autres messages que BELCROIX, l'autre diagonale MAADRBRE, et la dernière colonne anagramme de TESTER XX, "tester le croisement de la croix" (mais il ne dit pas que ce croisement au centre du carré est formé des lettres RCRD, les consonnes de son nom).

  Après ces deux seules tables des chapitres formant, à ma connaissance, des carrés de lettres, j'en viens aux deux seules grilles ferroviaires, toujours à ma connaissance, de 9 lettres de large avec des messages en première et dernière colonnes.
  Là je ne sais ce qui pourrait rendre compte des anagrammes NOMPRENOM dans la colonne centrale de chaque grille, car s'il y a une communauté ici, c'est dans la non-intention.

  Et puis il y a mon SONÈ, qui offre plusieurs liens avec ces deux paires de grilles complémentaires, et qui pourrait donc les réunir en une quaternité alchemico-jungienne, que j'ai ainsi représentée:
  J'ai disposé mes grilles et celle de Ricardou de façon à aligner les diagonales BELCROIX-NEVOLAVA-ROSENCREUTZ, et faire ressortir que mes deux poèmes "traduisent" BEL CROIX, avec CREUTZ équivalent à CROIX, et LOVEN à LEB.
  Entre les deux je peux lire NESO RAVA. Je rappelle que SONE signifie Sud-Ouest-Nord-Est (il faudrait tourner la figure de 45°, au détriment de la lisibilité), et rava' signifie en hébreu "être carré".

  Le lien entre le SONÈ et les grilles de Cyril et Robert est d'abord le n° 9 de Formules, où nous avons donné nos seules contributions poétiques à la revue.
  Je rappelle que la grille de Cyril est un "roman" inspiré par une carte postale de 1915 signée Rémy Roi, tandis que l'autre représentation de mon SONÈ est une "carpe tostale" signée Rémi.

  Les grilles carrées présentées par Robert dans ce numéro sont des formes poétiques qu'il a imaginées et que j'ai utilisées dans de serviles imitations. Le désir de créer une forme originale m'a conduit au SONÈ.

  Le lien entre les grilles de Cyril-Robert et l'affaire Lovendale est les colonnes NOM-PRENOM, et leurs nombres de lettres 81 et 90 correspondant aux valeurs de ELISABETH et LOVENDALE.
  Ceci va plus loin. Les personnages essentiels, presque les seuls, des Lieux-dits sont Olivier Lasius et Atta, dont les noms sont révélés à la fin du chapitre 3, Belarbre, et au début du chapitre 4, Belcroix. On a
OLIVIER = 90, LASIUS = 81, ATTA = 42.
  Donc Olivier Lasius est un autre 90-81, sans qu'on puisse y attribuer d'intention gématrique, Ricardou ayant probablement choisi ce nom d'un genre de fourmi pour l'anagramme avec asilus; quant au prénom, il lui était nécessaire que ce soit aussi un nom d'arbre, et le choix était donc extrêmement limité.
  Atta est aussi un genre de fourmi; c'est le seul élément du nom de la demoiselle, et si on le prend pour un prénom, on a alors
ATTA = 42 = NOM, tandis que
LASIUS = 81 = PRENOM,
joli chiasme. Si par contre Atta est un nom, on a bien
ATTA = 42 = NOM, et son compagnon
OLIVIER = 90 = PREINOM,
forme suggérée par la colonne centrale de la grille de Robert.
  Ce pourrait être une nouvelle "explication" de pourquoi le PRENOM = 81 de la grille de 81 lettres de Cyril devient un PREINOM = 90 lettres dans la grille de 90 lettres.

  La valeur 123 de NOM-PRENOM est encore significative face aux 456 lettres que comptent les 5 grilles (ou 6 puisque le SONÈ est une double grille).
  Je rappelle que divers nombres composés des chiffres 1-2-3 ou 4-5-6 ont attiré mon attention, en relation avec les points du dé. J'ai notamment vu le découpage de la valeur 885 de la grille de Cyril en 231 et 654, correspondant aux deux triplets atbash caractérisant le chapitre 51 de Jérémie, YWH-MPÇ (le marteau de YHWH, Babel) et BBL-SSK (Babel et son code atbash).
  A propos de dé, mon obsession pour les lions m'a fait la semaine dernière emprunter et lire une nouveauté de la médiathèque, Réveiller les lions, de Ayelet Gundar-Goshen. Le docteur Ethan Green s'y trouve piégé par l'Erythréenne Sirkitt dont il a tué le mari par accident. Sirkitt le contraint à soigner des immigrés divers en Israël.
  Lecture agréable, mais ce que j'en ai essentiellement retenu est que le docteur Green compare son activité à la toupie de Hanoucca, un toton qui après avoir été lancé retombe sur l'une de ses quatre faces, marquées d'une lettre. Pour le médecin, cette lettre devrait toujours être le N, noun, initiale de nes, "miracle".
  Le N est la 14e lettre de l'alphabet hébreu, et son nom complet noun a pour valeur 106. Selon la Fama Fraternitatis, c'est frère N.N. qui découvre le tombeau de Rosencreutz en 1604, 120 ans après sa mort en 1484 = 14x106.
  Plusieurs chercheurs ont vu les lettres N.N. à côté de la cache abritant Les lettres de l'empereur dans 813 être une allusion à ce N.N., et l'un de mes avatars de Novel Roman avait pour nom Noël Navrom. La grille ROSENCREUTZ avait pour valeur totale 1604, avec une répartition immédiate 1484-120 (les 7 lettres jokers imposées par les contraintes additionnelles se trouvaient par "miracle" avoir la valeur 120, de même que les 135 lettres + 3 (CXX) des inscriptions du tombeau de Rosencreutz totalisent 1484+120).

  Les 456 lettres ont pour valeur totale 5194, soit (7x7)x106, ce qui peut faire écho à 1484, (7+7)x106.

  Réveiller les lions donne encore l'occasion de souligner à quel point le lion est omniprésent dans l'affaire, bien que je n'aie su que très récemment que l'étymologie de Lovendale est "vallée des lions". J'avais néanmoins imaginé un Morvan Léon parmi mes avatars de Novel Roman, et LOVEN s'était invité dans le SONÈ. Je rappelle que le roman de Ricardou est construit autour de l'exégèse du paquet de Pall Mall, avec son blason montrant 8 lions, que le texte d'Epstein utilise la colonne de la Bastille, où il remarque le lion sculpté à sa base, et qu'un LEON s'est aussi invité dans la grille de Rapilly.

  Voilà, il y a encore bien des curiosités détaillées dans mes divers billets, mais j'avais au départ de celui-ci la ferme intention d'aller plus loin que les faits et de réfléchir sur leur sens, et je ne peux plus décemment différer cet exercice...
...que je débute néanmoins par une nouvelle digression. J'ai lu il y a peu Extraordinaires contacts avec l'au-delà, série d'expériences menées par Gary Schwartz avec des médiums afin d'éliminer tous les arguments classiques visant à discréditer leur activité. Les résultats sont phénoménaux, et un médium parvient ainsi à livrer des informations précises à un consultant avec lequel il n'a aucun contact direct, jusqu'à des informations inconnues du consultant, ensuite vérifiées.
  Tout ceci "donne à penser", comme disait Jung, mais je ne peux suivre Schwartz qui, se déclarant sceptique au départ, affirme que ses expériences démontrent la survie de l'âme.
  Sans doute les résultats sont-ils corrélés avec cette hypothèse, mais ils peuvent l'être aussi avec bien d'autres hypothèses que cette croyance usuelle. Je ne vais pas m'aventurer sur ce terrain, me bornant à (me) demander ce que pourraient démontrer les divers éléments de l'affaire Lovendale.
  Bien qu'il ne s'agisse pas d'expériences volontaires, l'ensemble dans son extrême intrication me paraît pouvoir constituer une réponse dépassant tous les espoirs, mais une réponse à quelle question?

  Je n'en sais fichtre rien, mais l'idée d'expérience me fait remarquer que le cas BELCROIX-ROSENCREUTZ pourrait ressembler à un premier test. Deux grilles composées pour former la table des chapitres d'un roman ont volontairement leurs grandes diagonales significatives, se terminant par un même mot, CROIX ou CREUTZ (à mon souvenir ma création n'avait rien à voir avec la signification du patronyme Rosencreutz, alors que la croix était essentielle pour Ricardou).
  Ressasser les mêmes choses amène un autre dessillement. Belcroix croise chez Ricardou avec "mad arbre", et Rosencreutz chez moi avec Arsène Lupin, or j'ai découvert en écrivant un pastiche lupinien de Parsifal, basée sur l'étymologie "le pur fol", qu'une anagramme du gentleman-cambrioleur est "le pur insane" (je m'aperçois que je le mentionnais aussi sur le billet consacré à Lieux-dits, mais je l'avais oublié, que n'ai-je encore oublié d'essentiel?)
  Je songe qu'un autre roman, a novel puisque c'est un roman anglais, Cette hideuse puissance, fait aussi référence à Parsifal, avec son héros Ransom (anagramme de "romans") y devenant Fisherking, "roi-pêcheur". Les mauvais de l'histoire sont basés à Belbury, avec une nette référence au BEL mésopotamien.

  Je n'ai pas su dépasser le simple constat des coïncidences unissant les grilles BELCROIX-ROSENCREUTZ, et tout se passe comme s'il m'avait été ensuite proposé un second test, avec un degré supérieur d'improbabilité. Les grilles Epstein et Rapilly offrent dans leurs colonnes centrales, involontairement, des anagrammes de NOM-PRENOM.

  Je confesse n'être toujours pas capable d'interpréter ces tests, ne parlons pas de l'immixtion du SONÈ dans l'ensemble, mais je peux au moins tenter d'approfondir ma propre implication.
  Il est clair que les passionnés de grilles de lettres sont peu nombreux, et le fait que deux des grilles concernées soient mes créations me désignait comme un candidat privilégié, mais c'était loin d'être suffisant, et les trois autres grilles m'ont été révélées grâce à de rares coïncidences. C'est ainsi que le nom d'un genre de fourmi Ana trouvé dans un roman feuilleté à la hâte m' a fait m'interroger, connaissant le genre Atta, et chercher en ligne "fourmi" "ana". Ceci m'a conduit à la nouvelle de Yolande Villemaire où apparaît aussi le nom Atta, absent de ma requête, et il y est dit qu'il s'agit d'un personnage des Lieux-dits, ce qui m'a rendu curieux de lire le roman.
  J'ai ensuite appris que la mention originelle Ana était une erreur pour Atta dans l'édition EONS (!) des Formiciens.

  En ce qui concerne les grilles NOM-PRENOM, j'étais en principe à armes égales avec tout lecteur de Formules, puisque la grille de Cyril n'a été publiée que là. La grille de Robert, outre sa parution papier, a été donnée sur la liste Oulipo et sur son site.

  J'ai cherché à évaluer la réception du Ferrocarril de Santa Fives en ligne. Les sites des éditeurs et libraires bien sûr, une chronique d'une collègue de la NRM à laquelle collabore aussi Robert, et une mention peut-être plus indépendante sur le site Lieux-dits, ce qui a fait tilt.
  J'ai pris contact avec la créatrice du site, Françoise Bauduin, présidente de la Maison de la Poésie de Rennes. Elle ne connaissait pas le roman de Ricardou...
  Une partie de ce Lieux-disant culturel, Eclats de lire, est consacrée aux livres lus dans l'année, selon un même schéma, Auteur-Titre-Scan de couverture, et le plus souvent un ou plusieurs extraits de l'ouvrage.
  Rapilly fait donc partie des 210 lectures de 2012, en 153e position (ce qui signifie qu'il a été le 58e ouvrage lu).

  Je repère plusieurs échos à mes préoccupations parmi les autres ouvrages:
- 2 titres de Jean Echenoz, 14 et Un an; JEAN ECHENOZ = 30-76 a mêmes valeurs que ALBAN LENOIRC = 30-76, narrateur de Novel Roman, 30-76 étant alors pour moi un partage privilégié des 106 ans de Rosencreutz. Alban Lenoirc se révélait finalement avoir pour réelle identité Noël Navrom, qu'on avait pensé être la 14e victime substituée à Norman Love. Plus haut, la recherche d'une image Jeopardy m'a conduit à la traduction de son Equipée malaise, Double Jeopardy.
- Il y a aussi 2 titres de Carlos Ruiz Zafón, dans la tétralogie duquel j'ai trouvé les adresses du couple Marlasca, 21 rue de la Lleona et 13 route de Vallvidrera, mon couple fétiche 21-13 associé à loven-dale en catalan.
- 6 titres de Jean-Paul Dollé, dont Véra Sempère qui m'interpelle car le point commun unissant la tétralogie de Ruiz Zafón est la librairie Sempere. L'extrait donné m'est aussi parlant:
(...) Schulz gardait le porche de l'ambassade, il l'avait toujours fait et le ferait toujours. Portier de l'ambassade, idée pure de la diplomatie, Schulz ouvrait la porte, fermait la porte. (...)
- plusieurs titres contenant le mot ROMAN, dont Un roman du réseau, de Véronique Taquin, une "Véro" qui pourrait être l'alter ego de Véra Sempère, et "être taquin" me rappelle l'anagramme de Quaternité, Taquin Tree. Le héros de Véro est un Névo, Véro comme Névo étant des prénoms que j'aurais pu donner aux personnages de Novel Roman:
Ainsi allaient les contes au sujet de Névo et de ses attributs, Névo at Odds Netshelterforum France, Web Master du site Web, Maître fou. Il devait lui suffire de n'être là qu'une occasion d'écrire, et comme il l'affirma une fois, dans ce nom de Névo, il aimait voir la case vide qui permet le déplacement des pièces au jeu de taquin.
- parmi les titres contenant le mot ROMAN, deux de Bernard Noël, Onze romans d'oeil, et Le roman d'un être, qui m'apprend l'existence d'un être plutôt taquin:
Pourquoi pas Le Roman de Roman? Non, dit Opalka, Le roman d'un être me paraît plus juste : c'est donc le titre retenu. De 1965 à sa mort, en 2011, Roman Opalka a peint la suite des nombres. Chaque nombre est la somme de ceux qui le précèdent, chaque instant de notre vie est la somme des précédents. « Je fais toujours la même chose et elle est toujours différente, comme est la vie. »
  Roman Opalka est effectivement un artiste coté, qui à partir de 1965 a peint sur des toiles de 196 x 135 cm la suite des nombres entiers, qu'il appelait Détails, l'oeuvre entière étant Opalka 1965/1-∞.
  Il a ainsi peint 233 Détails, avec une joie particulière lorsqu'il parvenait à des nombres tels que 333, 4444, qui étaient sur sa première toile, Détail 1-35327, dont un détail ci-dessus montre une erreur, la répétition du nombre 3999... 55555 était sur la toile suivante, avec un 5 qu'il voit comme C.G. Jung être le centre du carré, mais il lui a fallu ensuite 7 ans pour parvenir au 666666.
  Il caressait l'idée d'arriver au 7777777 mais la mort a interrompu l'oeuvre au 5607249, le 6 août 2011.

  Le 28 septembre, quelques jours après avoir découvert Opalka, j'ai été faire une dernière visite à notre maison de Mézel, l'acte de vente devant être signé le 5 octobre. Parcourant les papiers destinés aux poubelles j'ai remarqué celui-ci:
  C'est un document dactylographié de 24 pages de mars 2002 que j'avais précisément récupéré à la poubelle, attiré par cette mention "Ne pas publier", mais il ne révélait aucune information percutante...
  J'avais néanmoins conservé le document, et je l'ai récupéré pour y jeter un nouveau regard, sachant maintenant que Lviv-Lwow porte le nom d'un "lion", Lev ou Léon Ier, et que ses armes montrent un lion et trois tours, tandis que le blason du paquet de Pall Mall, longuement commenté par Ricardou, montre une tour et trois lions écartelés en croix.

  Après cette visite à Mézel, détour par la médiathèque où j'ai été séduit par une nouveauté, Inavouable, de Zygmunt Miłoszewski, recommandé par Pierre Lemaitre.
  C'est un thriller passionnant, malgré quelques longueurs. Le fameux tableau de Raphaël, le Portrait de jeune homme, disparu à Cracovie pendant la guerre, aurait refait surface aux USA, et Zofia Lorentz est envoyée officieusement là-bas pour enquêter.
  L'auteur aurait ainsi pu se passer d'une anecdote imaginaire qui occupe deux pages, et qui concerne Opałka, précisément (page 273, nombre que je lis 21x13). Un aristocrate anglais, obsédé par la mort de sa fille à 11 ans après une chute de vélo, a demandé à Opałka de lui faire une toile avec le nombre 5607260, correspondant au nombre de minutes de la vie de sa fille.
  Roman s'est exécuté (roman-vélo...), et est mort quelques années plus tard juste après avoir peint le nombre 5607259, comme si une fatalité lui avait fait définir sa fin en rompant avec son rituel.
  Amusant, mais je précise que le dernier nombre crayonné sur sa toile par Opalka est 5607249, et qu'il n'a pu le peindre.

  Diverses péripéties conduisent Zofia et son équipe en Suède pour consulter l'expert Borg, mais celui-ci est assassiné et les "bons" pourchassés par les tueurs se réfugient dans un zoo. Là Zofia face à un lion a soudain un éclair qui n'est pas explicité: Le lion. Les trois mousquetaires. Un secret de famille.
 
  Cet éclair la conduit à Lviv, en Ukraine où a vécu son père, alors que la ville était encore la polonaise Lwów. A mon sens, le traducteur aurait pu indiquer que ce nom signifie "lion", ce qui est évident pour les Polonais.
  Toujours est-il que c'est à Lviv, à Noël, que Zofia retouve la piste du Raphaël. Il est d'ailleurs alors question de deux autres Noëls de son père, en 1931 et 1938, et je repense au jeu NOEL-LEON qui lui n'est peut-être pas évident pour les Polonais.
  Il y a une autre curiosité, en rapport, car la dernière localisation connue du Raphaël est le palais du Wawel à Cracovie, or il a été avancé que ce nom vient de Babel, et c'est le renversement Babel-lebab qui m'a conduit via divers "lions" aux châteaux triangulaires de Wewel et Sisak.

  Une curiosité en rapport moins direct apparaît page 402, avec une belle tirade de Lisa, membre de l'équipe de Zofia, à son amant Anatol, à propos de la primauté de la beauté de l'art:
La nature est belle par hasard. Le soleil est une boule de matière, le cheval est devenu tel qu'il est au cours de l'évolution parce que c'était plus pratique pour lui, les montagnes (...)
  Je m'ébaubis de ce que les premiers exemples de beauté de la nature soient le soleil et le cheval, car "cheval" et "soleil" ont fait partie du processus qui m'a conduit à la grille de Robert dans El Ferrocarril de Santa Fives, ce qui est relaté dans Queval-Utu, "cheval-soleil" précisément.
  Quant au troisième et dernier exemple, les montagnes, c'est encore un mot qui était au premier plan des deux billets précédents, sous la forme berg essentiellement, et il y a ici un suédois Borg, "château", de même étymologie.

  Il y a un secret "inavouable" associé à la recherche du Raphaël. Le père de Zofia faisait partie d'un réseau d'agents créé par les USA dans les années 20 pour favoriser la prise du pouvoir par les nazis et contrer le bolchevisme. L'un de ces agents est devenu le Reichsführer Himmler...
  D'une part Himmler est celui qui a décidé de faire du Wewelsburg le centre du monde nouveau; si le château n'est pas cité, l'Ahneerbe est désigné comme la plus folle création de Himmler, et il était étroitement associé au Wewelsburg.
  D'autre part j'ai soumis mon premier manuscrit à différents éditeurs en 1983, 2048, où l'inventeur d'une machine à voyager dans le temps allait tuer Hitler en 1918; de retour dans son présent, il constatait que rien n'avait changé, et en concluait que l'assassinat de l'obscur caporal appartenait à une histoire inamovible, ainsi que le remplacement de l'assassiné par un personnage doté de toutes les connaissances du futur, mieux à même de mener son irrésistible ascension.

  Le loup Adolf est devenu l'ours Arturo chez Brecht. Ceci m'est l'occasion de revenir sur Bernard "ours fort" Noël, dont le nom est donc le renversement de Léon, "lion". La coïncidence "Opalka" avec le livre de B. Noël dans Inavouable s'est doublée d'une coïncidence Lviv avec le document récupéré à Mézel (toujours aussi inintéressant après nouvel examen), et c'est à Noël que Zofia se rend à Lviv.

  J'ai déjà commenté des Léon-Noël, Lyov-Voyl, Liev-Veil, et dernièrement Lav-Val qui traduirait Lovendale en un parfait palindrome bilingue serbo-français. J'ai aussi eu plusieurs occasions de souligner que le lion avait détrôné l'ours dans la hiérarchie animale...
  Une autre coïncidence renversante est qu'un colistier de la liste Oulipo a pour réel nom Noël Bernard, amateur comme moi de contraintes extrêmes, mais aussi auteur de poèmes plus fluides, qu'on peut lire sur son site Talipo. Il est arrivé qu'on le confonde avec Bernard Noël, ce qui l'a conduit à cette mise au point.
  L'un de ses poèmes que je préfère est un hommage en 21 vers de 13 pieds à une mathématicienne au nom en 13 lettres, contrainte de signer d'un nom masculin, en 21 lettres, en un temps machiste.

  Cette homonymie renversée me permet d'en venir à ce qui a motivé le titre de ce billet. Le récent Ana Mor mords-moi à mort a reçu un commentaire de Patrick Bléron, à propos de la tuerie d'Escoire qui s'est soldée par l'acquittement inattendu de Henri Girard en 1943. Celui-ci a choisi un pseudonyme lorsqu'il a commencé une carrière d'écrivain, Georges Arnaud, ce qui a contraint un vrai Georges Arnaud, moins connu, à signer Georges-J. Arnaud.
  Quelques jours après ce commentaire, j'ai appris qu'il était sorti en août  une bio de Girard, La Serpe, soutenant son innocence.
  Encore quelques jours plus tard, j'ai appris par un amateur de polars qu'un Henri Girard avait publié un roman en juillet, Sous l'aile du Concombre. Sachant que, sans aucun lien, il était paru presque en même temps que mon Sous les pans du bizarre un roman anglais traduit Sous l'aile du bizarre, je me suis dit que Sous les pans du concombre serait un titre sympathique, et je l'ai pris pour ce 237e billet, séduit de plus par sa valeur 273 (21x13), dont il est question plus haut, pour la page 273 de Inavouable où apparaît Opalka connu quelques jours plus tôt via Bernard Noël, et pour les 273 pieds du poème de Noël Bernard.
  Sous l'aile du Concombre a en fait eu une première édition en 2003. J'ai commandé et lu le roman, et ne vois pas comment il pourrait être classé polar, d'où c'est encore une bizarrerie qui m'a mené à ce concombre...

  Je reviens au site Lieux-dits, où Françoise, curieuse, a lu le roman de Ricardou, et l'a donc ajouté aux Eclats de lire 2017, ainsi que mon billet Un Ricard, ou le Jean.