10.10.09

morceaux choisis

au Dr Noël, au Pr Natali,

Une étrange trame de coïncidences unit trois romans qui sont, à ma connaissance, les seuls polars français évoquant le Lebensborn de Lamorlaye, la filiale française des haras humains créés par Himmler pour éduquer les bâtards semés par ses SS dans les pays conquis, quand il ne s'agissait pas d'enfants raflés à leurs familles.
Alors qu'aucun lien immédiat n'apparaît a priori entre Lebensborn et amputations, ce thème est présent au premier plan des trois romans concernés, et je ne pense pas que leurs auteurs aient été influencés les uns par les autres, mais voici d'abord les oeuvres en question :

1 - En 2004 paraît Serial Eater, de Tobie Nathan, où un tueur choisi parce qu'il est issu de la 2e génération du Lebensborn tue des femmes et en découpe des morceaux qu'il dispose dans des églises, pour écrire en hébreu la formule ototey eleh beqirbo (Ex 10,1). Il tue ainsi 4 femmes pour en écrire les 5 premières lettres, avec 2 mains (alef), 2 jambes (tav), et 1 pouce (yod). Après avoir écrit le premier mot en 3 mois avec 3 victimes, ce "mangeur en série" semble mettre les bouchées doubles le 17 janvier 2002 où il tue le matin une première victime, dont une main est déposée à ND de Lorette, et est capturé le soir de ce 17 janvier au moment où il va transformer sa 5e victime en lettre lamed, à l'emplacement du Lebensborn de Lamorlaye où était née sa mère.
Il s'agit d'un plan ésotérique pour en finir avec la race juive, en prenant "à la lettre" l'expression en hébreu, qui peut se traduire des lettres dans leurs entrailles.

2 - En 2007 paraît Les Orphelins du Mal, de Nicolas d'Estienne d'Orves (NEO), qui a imaginé très librement un Lebensborn très sophistiqué, ayant pratiqué dès avant-guerre le clonage et les techniques génétiques de pointe, menant à ce que, de nos jours, un être conçu à partir des gènes d'Adolf et d'une juive reçoive un colis destiné à servir de signe déclencheur du programme implanté en lui : il s'agit de 4 mains droites, portant des tatouages du Lebensborn, les mains des clones d'OTTO Rahn, imaginé avoir été un des principaux artisans du Lebensborn. L'enquête passe par le Lebensborn de Lamorlaye.
J'ai contacté l'auteur qui m'a assuré n'avoir pas connu le roman de Nathan, et n'avoir aucune idée que OTOT signifie "signes" ou "lettres" en hébreu.

3 - En octobre 2008 paraît Le doigt coupé de la rue du Bison, premier roman du pataphysicien de la première heure et oulipien François Caradec (1924-2008). On découvre donc un doigt coupé, et l'enquête à son sujet amène le principal protagoniste, l'étudiant Pierre Levey, à découvrir le sort de sa mère disparue pendant la guerre : elle est morte au Lebensborn de Lamorlaye, le 31 août 1944. C'est la seule date donnée dans le roman, et je rappelle que le 31 août est apparu avec insistance dans mes derniers billets.
Pierre, étudiant en fin des années 50, dont le père est mort au début de la guerre, dont la mère est disparue à la Libération, a tous ces points en commun avec Perec. S'il est difficile de ne pas y songer, il est délicat de pousser plus loin car Gisèle mère de Pierre est morte en accouchant d'Elise qui ne lui a survécu que quelques heures, dont le père était un SS nommé Elie (Gisèle-Elie-Elise...), tandis que Cécile Perec a été déportée vers Auschwitz. Caradec, bien qu'entré à l'Oulipo un an après la mort de Perec, était cependant parfaitement placé pour mesurer l'ambiguïté de ce rapprochement, et il est curieux que les intrigues des deux romans précités soient fondés sur des plans nazis d'élimination définitive de la race juive, impliquant tous deux pour réussir une certaine assimilation de l'essence de la race ennemie. Il s'agit bien entendu de fictions, auxquelles Nathan et NEO n'ont donné qu'une cohérence minimale, mais ce thème plutôt rare est assurément un autre point commun entre leurs romans, et Caradec y apporte un étange écho avec l'ambiguïté, voulue ou non, entre "Fontaine de vie" et camp de la mort.
Caradec étant mort 15 jours après la parution de son roman, j'ai demandé à un notable oulipien s'il avait donné à ses collègues quelques tuyaux; il m'a répondu que Caradec était secret à l'extrême sur ses écrits, et qu'il ne voyait pas qui pourrait en savoir davantage... Pour ma part, je ne peux imaginer qu'à 84 ans, n'ayant plus rien à prouver, il ait démarré une carrière de polardeux en pompant son sujet; je pense plutôt qu'il s'agissait d'un projet qui lui tenait spécialement à coeur, peut-être déjà en cours dès 2004 lors de la parution de Serial eater, Caradec étant donc devenu une nouvelle victime du très oulipien "plagiat par anticipation".

Les curiosités sont loin d'être finies, mais la suite est en partie subjective. J'ai découvert le 26 septembre le roman de Caradec à la bibliothèque Méjanes d'Aix, en partie par hasard car le livre était sorti du rayon, et je ne sais si je l'aurais remarqué sans cela. En août, les recherches sur Saint-Antoine m'avaient conduit à relire les romans de Tobie Nathan, alias Antoine Habt, et à rédiger cette nouvelle étude, faisant état des progrès dans leur déchiffrement. A cette occasion je me suis dit que la coïncidence des 4 membres coupés dans Serial Eater comme dans Les Orphelins du mal concernait éminemment Quaternité, d'autant qu'il existe deux autres romans qui me semblent apparentés.
Le premier est Lignes de faille, de NancyNancy Huston publie d'abord ses livres en français, mais la couverture de l'édition originale Actes Sud est fort austère Huston, publié en août 2006, auquel a été décerné le prix Femina. Le roman concerne un autre aspect du Lebensborn, la rafle par les nazis dans les pays conquis d'enfants répondant à leurs critères raciaux, enfants arrachés à leurs familles et éduqués dans l'amour du Führer...
Il s'agit ici de Kristina, une petite ukrainienne placée dans une famille de Munich dépendant du Lebensborn, et Nancy Huston étudie ce drame à rebours sur 4 générations, en 4 parties, en choisissant chaque fois de suivre la 6e année de l'enfant concerné. Ainsi la 1e partie concerne Sol, arrière-petit-fils de Kristina, et débute le Dimanche des Rameaux de 2004, tandis qu'il faut attendre la 4e partie, débutant à l'automne 1944, pour suivre le cas originel de Kristina. Bien évidemment il y a des "lignes de faille" tissées avec subtilité entre les différents épisodes, mais ce qui me touche en reprenant le roman est l'abondance des 4.
En effet le Dimanche des Rameaux de 2004 était un 4 avril, et le roman en 4 parties part donc du 4/4/4 pour arriver à la 4e saison de 44.
Je rappelle que c'est ce 4/4/4 que j'ai pris conscience de l'aspect schématique du 4/4/44 jungien, voir mon premier billet.

L'autre roman est L'anneau de Moebius, de Frank Thilliez, paru en octobre 2008, comme Le doigt coupé... Je l'ai découvert en février, et, le titre du roman m'accrochant, j'ai jeté un oeil à la 4e de couverture commençant par
Lamorlaye, Oise.
Tiens donc ! Je l'ai acheté et lu : si le principal personnage habite Lamorlaye, il n'y est jamais question, même allusivement, de Lebensborn, mais j'ai trouvé d'autres raisons de m'intéresser à ce polar, étudiées ici.

Je me suis donc dit qu'il aurait fallu un autre polar évoquant le Lebensborn de Lamorlaye, pour avoir une double quaternité jungienne avec :
- 3 polars Lebensborn-Lamorlaye,
- 1 polar Lamorlaye sans Lebensborn,
- 1 roman classique Lebensborn sans Lamorlaye.
Et le hasard m'a donc fait découvrir ce Doigt coupé... de Caradec, environ 3 semaines plus tard, le 26 septembre. Qu'il concernât au premier chef un doigt coupé était évidemment prodigieux, mais d'autres coïncidences avec le roman de Tobie Nathan sont patentes. Pierre Levey qui enquête sur le doigt coupé soupçonne qu'il pourrait être associé à une pratique d'une secte templière, or le tueur de Serial Eater fait partie d'une secte templière, et sa 3e victime, celle dont il prélève une jambe et un pouce, précisément, appartient aussi à cette secte (dirigée par Mrs Baudouin et Payens, homonymes des fondateurs du Temple). Si les jeux de langage dans le roman de Caradec peuvent faire supposer que le doigt COUPE est un POUCE, son titre pourrait parodier le "pied gauche de la rue Oberkampf", le premier exploit de Rouletabille.

Le prénom de la victime ayant fourni une jambe et un pouce, Marie-Madeleine (Mory), m'avait évoqué l'affaire de Rennes-le-Château (RLC), ainsi que le dénouement de l'affaire le 17 janvier, mais je crois que la Saint-Antoine suffit pour expliquer ce dernier point. Pour le premier, on peut imaginer que le statut de prostituée "sacrée" de Marie-Madeleine ait été un motif suffisant pour l'inclure dans cette "sex-secte". Quoi qu'il en soit, il est à remarquer que RLC est cité dans le roman de Caradec, où Pierre Levey est déclaré fréquenter les membres fondateurs du Prieuré de Sion et être convaincu qu'ils ont raison de s'intéresser à Rennes-le-Château. Ces fondateurs, ce sont Pierre Plantard et Philippe de Cherisey, non nommés, la pierre levée des Pontilsmais on peut envisager un écho entre "pierre levée" et soit les pierres remarquables des alentours de RLC, soit l'interprétation que Plantard proposait pour son propre nom.
Je ne sais si Caradec avait une implication personnelle ici, en tout cas sa spécialisation dans la littérature comico-surréaliste lui aurait facilement permis de connaître Philippe de Cherisey, partenaire de Roland Dubillard dans le duo Grégoire et Amédée, et Caradec, pasticheur et grand amateur de canulars, aurait pu, qui sait, avoir participé à l'élaboration des fameux parchemins, revendiquée par Cherisey.
Si Les Orphelins du Mal ne concerne pas directement RLC, c'est cependant le seul roman de ma série à être distribué par la librairie Empreintes de RLC, probablement parce qu'un de ses personnages est Otto Rahn, associé à l'ésotérisme languedocien.
Je n'insiste pas sur cette piste, ne connaissant qu'assez peu l'affaire de Rennes-le-Château.

J'indiquais lors de mon premier rapprochement entre Serial Eater et Les Orphelins... que ma première nouvelle publiée, Le Cas Nard (en mars 2001), imaginait 4 soeurs se distraire en coupant les 4 mains et pieds des malheureux qui tombaient en leur pouvoir. Ceci m'avait été inspiré par le nom de la revue qui m'avait demandé un texte, CAÏN, et son numéro, 26, valeur du Tétragramme YHWH. Parce que j'étais frappé par les initiales ABEL des 4 morts de Monsieur Abel de Demouzon, supposés tués par un même individu, j'avais imaginé 4 soeurs tueuses d'initiales CAIN, etle VIDE Raymond Roussel, comme disait Caradec il m'était apparu que leur collaboration égalitaire dans le crime la plus immédiate serait cette quadruple amputation.
Comme je nourrissais par ailleurs une fascination extrême pour les "textes-genèse" de Roussel, j'avais construit ma nouvelle à la manière d'un de ces contes, et mes SOEURS MORDYLAN étaient par ailleurs l'anagramme de RAYMOND ROUSSEL. Pour les amateurs de Roussel, sa bio par Caradec est un incontournable (ainsi que les deux livres de mon ami Philippe Kerbellec, bien sûr).
J'en parlais aussi sur le billet pique épique, où j'avais évoqué le mandala ci-contre, découvert par mon as Depic en entrant dans l'antre des diaboliques soeurs. Les lettres de Scrabble JOUZ encadrant Pallas correspondaient pour moi par leurs rangs (10-15-21-26), aux combinaisons successives des lettres du Tétragramme (Y, YH, YHW, YHWH), puisque, en hommage à La mort et la boussole de Borgès et à L'Adversaire de Queen, j'avais désiré construire un mandala à partir des lettres YHWH.
J'ai eu la surprise plus tard de découvrir, en googlant "jouz", que le mot existait. Un jouz ou juz est une des divisions en 30 parties du Coran, en vue de sa lecture totale en l'espace d'un mois. Je note que le début de chaque jouz est signifié dans le Coran par ce signe qui a tout du mandala, mais le plus extraordinaire est que Serial eater cache un jeu extrêmement subtil autour de la division en 54 parachas de la Torah, en vue de sa lecture annuelle, ce que j'ai démontré ici. Je m'avise en écrivant ceci que la formule choisie par le tueur se translittère en ATTY ALH BQRBW, 3 mots se terminant par les lettres YHW du Tétragramme, l'exégèse juive étant attentive aux combinaisons de lettres du Tétragramme en début ou en fin de mots consécutifs.
Avec ce nom Mordylan, "mordillant", j'imaginais suggérer que les soeurs se repaissaient des morceaux arrachés à leurs victimes.

En y réfléchissant, je me suis avisé que je réagis fortement depuis longtemps au thème Who's got arms has armsdes 4 membres coupés. J'ai été très marqué par Limbo, de Bernard Wolfe, lu il y a plus de 30 ans. Plus tard, L'antre du cauchemar, de Tom Tessier, m'a tant impressionné que j'ai envisagé d'en recycler l'idée dans un roman qui se serait appelé Membres à part...
Alors que je ne vois dans mon enfance rien qui aurait pu me sensibiliser aux membres amputés, je suis intimement concerné par les doigts coupés, car je suis né avec un pouce bifide, avec une phalange surnuméraire en Y, qui m'a été ôtée lorsque j'avais 4 ans. Mes premiers souvenirs sont liés à ce pouce et à l'opération.
Assez curieusement, notre médecin de famille, qui l'était depuis bien longtemps avant ma naissance,l'acteur et chanteur Noël-Noël et que j'ai très peu connu car il a pris sa retraite alors que j'étais encore bambin, avait fait sa thèse sur la polydactylie. Il y en avait un exemplaire à la maison, et je me souviens avoir été un peu déçu en y apprenant que "mon" anomalie n'était pas si rare.
Plus bizarrement, il se nommait Noël (Henri je crois), et le chirurgien qui m'a opéré à Vaugirard se nommait Natali (Jean), nom de même étymologie que Noël (du latin natalis). Je n'ai pu faire ce rapprochement que récemment, postérieurement à la lecture de la nouvelle Noël, Noël, à l'origine de la fabuleuse coïncidence relatée ici.
Incidemment, L'anneau de Moebius évoqué plus haut tourne autour d'un cercle de fétichistes des anomalies physiques, parmi lesquelles les amputations et les orteils surnuméraires.

J'ai choisi de dater ce billet du 10 octobre parce que c'est à cette date que j'ai découvert l'an dernier le 5e polar couvrant exactement une semaine pascale.
Ceci est survenu le lendemain du jour où j'avais lancé un appel à ce sujet sur une liste polar, émoustillé des perspectives ouvertes par la découverte quelques jours plus tôt du 4e polar répondant à ce critère. Je ne vais pas reprendre le détail de l'affaire, me bornant à constater qu'un an plus tard il me semble toujours que c'est l'une des plus belles coïncidences que j'ai découvertes, l'une des plus accessibles, puisque le critère requis est parfaitement net, et la plus ouverte à la contestation.
Car s'il est totalement ébouriffant que parmi les 5 polars répondant à ce critère que je connais, celui correspondant chronologiquement à la 4e semaine ait quatre dans son titre, et celui correspondant à la 5e soit titré 5, ni plus, ni moins, un peu de publicité permettrait d'évaluer le côté personnel de ce petit miracle. Si le bon sens dicte qu'il devrait y avoir pour le moins des dizaines d'autres polars répondant à ce critère, mon petit pouce (car il est resté légèrement plus petit que l'autre) me dit qu'il ne sera pas si facile de les dénicher, et qu'il se pourrait bien que ce soient, sinon les seuls, du moins les 5 polars les plus aisément accessibles à un lecteur français.

J'ai eu du mal à finir ce billet, décidé dès la découverte le 26 septembre du Caradec, et que j'achève donc ce 9 novembre. Une raison en a été la difficulté d'y trouver un titre, et voici que j'ai reçu il y a quelques jours une invitation à une signature du Peintre PataPhysicien Olivier O. Olivier, pour son recueil Morceaux choisis précisément, titre que j'emprunte allègrement.
J'avais évoqué OOO dans ce billet Blogruz.

20.9.09

un an déjà

C'est aujourd'hui l'anniversaire de la création de Quaternité.
Mon premier billet datait donc du 20 septembre 08, et l'actualité jungienne honore synchronistiquement cet anniversaire, car le site du New York Times a publié ce jour un long article donné le 16 septembre dans le journal, à propos de la publication prochaine du Livre Rouge, un livre entièrement calligraphié pendant vingt ans par Jung, avec de multiples enluminures en couleurs. Seuls quelques rares élus avaient eu jusqu'ici accès au Rote Buch, au secret dans une banque.
L'article a été donné pendant quelques jours en lecture immédiate, et il faut désormais s'inscrire (gratuitement) pour y accéder, mais on peut le lire intégralement sur cette liste jungienne. Les illustrations restent cependant à ce jour entièrement libres d'accès ici.
http://www.nytimes.com/imagepages/2009/09/20/magazine/20jung.3.ready.html
Amazon donne d'autres illustrations, dont cette barque d'Hathor menacée par un Léviathan (ou plutôt Apophis, qui chaque jour tentait de boire toute l'eau du fleuve divin pour immobiliser la barque solaire, y réussissant parfois partiellement, d'où les éclipses).

J'avais débuté Quaternité un 20 parce que 20 est la quintessence de 16, 4x4, et l'article du New York Times est daté du 16 et du 20.
Je parlais dans mon premier billet, comme dans beaucoup d'autres, de ma découverte du 8 septembre. Je ne crois pas avoir évoqué jusqu'ici sur ce blog que le 8 septembre est le début de l'année pataphysicienne, selon un calendrier particulier de 13 mois de 28 jours (comme celui imaginé par Robert Graves pour les anciens Celtes).
Sur mon autre blog, j'avais honoré cette date par 2 billets les 8/9 2007 et 8/9 2008, correspondant dans ce calendrier à la Nativité de Jarry (plutôt que la Nativité de Marie), effectivement né le 8 septembre 1873, ou 1er Absolu de l'an 1 de l'ère pataphysique. Mon 8 septembre 2008 était donc le premier jour de l'an 136 de cette ère, un nombre qui m'est devenu très significatif depuis que j'ai vu l'identité des valeurs numériques de Jung et Haemmerli, 52 et 84 selon les correspondances ordinales dans notre alphabet, et de celles de Elie et Hénok, les deux seuls personnages de l'Ancien Testament à n'avoir pas connu la mort, de valeurs également 52 et 84 mais selon l'alphabet numéral hébreu.
52+84 = 136, et je retrouve donc, multipliée par 4, la triade 13-21-34 qui s'est imposée à moi avec une inquiétante insistance depuis mai.

En fait ce calendrier a été adopté en 1949 par les pataphysiciens, 42 ans après la mort de Jarry, et ne lui doit pas grand-chose. De son vivant, Jarry a publié deux Almanachs du Père Ubu, le premier en 1899, reprenant le calendrier officiel, l'autre en 1901, nettement plus innovant.
Les 12 mois de l'année sont inchangés, mais les fêtes sont quelque peu bouleversées, avec de multiples noms de saints fantaisistes, et surtout l'instauration de deux grandes fêtes proprement pataphysiques, le Grand Décervelage du 1er janvier, et la Nativité du Père Ubu, le 8 septembre, Jarry s'étant effacé derrière son personnage.
J'ai mentionné dans un précédent billet une coïncidence issue de la valeur 44 du mot PERE, doublée en 44-44, or voici que
PERE UBU = 44 44 !!!!
Je suis bien conscient que ces équivalences numériques ne sont pas considérées par tout un chacun comme des preuves objectives, et je suis le premier à me navrer des outrances de leur systématisation, mais j'entends souligner que c'est moi qui ai découvert le découpage schématique de la vie de Jung autour du 4/4/44, et que
- j'accorde une certaine importance à ces équivalences numériques, ce que j'estime ne pas avoir à justifier;
- je suis pataphysicien, ce que je ne crois pas non plus devoir justifier, alors qu'il y a certainement bien moins de pataphysiciens que d'amateurs de numérologie.
Il est assez évident que j'aurais eu peu de chances de découvrir ce PERE-UBU = 44-44 si je n'étais pas pataphysicien et arithmophile, mais en ce cas aurais-je eu l'intuition le 8/9 de la relation autour du 4/4/44 ?

Je suis devenu pataphysicien début 2005, à la suite de ma rencontre avec Paul Gayot, relatée ici. J'ai commencé à prêter attention au calendrier pataphysique avec la coïncidence "Gibay", survenue peu après le 8/9/2006, soit le 1er Absolu 134 des Pataphysiciens, et c'est incidemment dans le n° 25 de Viridis Candela paru ce 1er Absolu 134 qu'a été publiée ma seule contribution pataphysique, ce quatrain palindrome phonétique :
Jarry, mot virage
en nos errements...
En me raisonnant,
j'arrive au mirage.
Je remarque aujourd'hui que GIBAY est aussi un nom de valeur 44.
L'an 134 m'avait aussi paru significatif parce qu'il s'agit de la valeur de
ARSENE LUPIN = 62 72 = 134
Comme je l'indiquais ici, j'ai pensé à ce brave Arsène lorsque j'ai découvert que l'unité du schéma 4+1 autour du 4/4/44 était 6272 jours, et à un autre Arsène, résistant abattu en 44. Sur le billet pair à pair, j'évoquais aussi l'avatar PEER Linnaus qui aurait joué un rôle en 44, ce que j'avais utilisé dans une nouvelle en le reliant implicitement au PERE.
La numérologie populaire utilise fréquemment la "réduction arithmologique", consistant à réduire à un seul chiffre chaque nombre, par additions successives de ses chiffres. Cette opération ne fait pas partie de mes lubies, aussi n'est-ce que très récemment, en découvrant un blog où cette réduction était appliquée au nom JUNG (52 = 7), que je me suis avisé que
ARSENE/LUPIN = 62/72 = 8/9
Soit le 8 septembre !

Curieusement encore, un lien apparaît entre mes préoccupations quaternitaires dans la Bible, le père Ubu, et l'année 1944, via Perec né en 1936 = 44x44... Je dois encorela magnifique édition russe de VME résumer, supposant que chacun sait que son roman La vie mode d'emploi fait intervenir une impressionnante série de contraintes, voir le travail de Willy Wauquaire pour les détails. Perec était concerné au premier chef par la déportation, sa mère ayant été déportée vers Auschwitz le 11 février 1943, et un unique chapitre devait évoquer la déportation, chapitre qui se trouve être le chapitre 43, peut-être pas par hasard.
C'est un nommé Paul Hébert qui est arrêté par la Gestapo en octobre 43, soupçonné d'un assassinat probablement commis par son père. Après plusieurs mois de tortures, il est déporté à Buchenwald, en 44 donc, d'où il ne sera libéré qu'en 45. Or cet Hébert doit son nom à une autre contrainte, imposant des allusions à Ubu, qui avait été inspiré à Jarry par le père Hébert, un de ses professeurs au lycée de Rennes.
J'avais été frappé par ce nom, car Hébert est homophone du patriarche Héber, ancêtre éponyme des Hébreux, un nom peut-être choisi à dessein. Je suis encore plus frappé aujourd'hui de trouver Ubu-Hébert associé à de multiples 4 car mes recherches bibliques m'avaient conduit à associer multiplement le patriarche Héber au 4.
J'ai déjà évoqué ici la déportation de cet Hébert-Ubu en février 1944, en la rapprochant de l'accident survenu à Jung le 11 février.

La nativité du Père Ubu, le 8/9, est donc devenue la Nativité de Jarry dans le calendrier pataphysique ultérieur, 1er Absolu, ou 1/1. Il m'est venu qu'il y avait selon cette dernière représentation un 21/13 dans ce calendrier, le 21 Phalle correspondant dans l'ère vulgaire au 31 août, date revenant fréquemment dans ma démarche, notamment date de mon dernier billet, choisie parce que c'est le 31 août 08 que j'ai lu Des jours et des nuits, le roman qui est pour une part importante à l'origine de ma découverte du 8 septembre suivant.
J'avais lu ce roman de Sinoué à la suite de ma lecture le 2 août précédent de son polar Les Silences de Dieu, où j'avais été frappé par l'énigme du jumeau 0,809, séquence se lisant aisément 08/09, le 8 septembre encore !

Mon premier billet avait été illustré par des carrés d'un "sampler" en cours d'Anne, qui est depuis longtemps achevé et dont voici l'assemblage final :

31.8.09

des blancs et des noirs

Le 5 août dernier, une chaîne de la TNT rediffusait Des jours et des nuits, le téléfilm adapté du roman de Gilbert Sinoué, dont la lecture le 31 août 08 était intimement liée à ma découverte du 8 septembre 08, comme je l'ai exposé ici.
J'avais vu la première diffusion, le 1er janvier 2005 selon IMDb, que j'avais appréciée, sans plus. J'ai pu mesurer en le revoyant la distance prise par rapport au roman. Ce blog donne un résumé du scénario, qui a déplacé l'action de l'Argentine de 1930 à la France contemporaine. L'analyse jungienne y est limitée à une très courte scène, et l'indice essentiel du roman, l'île ronde qui permet à Ricardo de trouver Dora, l'inconnue qui hante ses rêves, est bien présent, mais il n'a pas la même importance, car Richard sait avant d'atterrir à Athènes que Dora travaille avec un archéologue, grâce à un article de journal lu dans l'avion; de plus il la rencontre dans le hall de son hôtel dès l'arrivée !
C'est l'énigme de "l'île ronde" qui m'avait évoqué Le géant de pierre de Paul Halter, où la même formulation permet d'identifier Théra-Strongylé, l'île jadis ronde ravagée par une explosion volcanique. J'avais pensé aux deux autres polars "minoens" de Halter, notamment Le chemin de la lumière, où une formidable coïncidence réunit en Crète Michel à son amour de jeunesse Andrée, devenue archéologue, et le "chemin" quiq les réunit est un disque magique, un autre mandala.
Certaines innovations de l'adaptation du roman de Sinoué renforcent les liens avec ce Chemin, où c'est dans l'avion vers la Crète que Michel se remémore son ancienne aventure avec Andrée, qui l'attend à l'arrivée, tandis que Richard découvre dans l'avion la réalité de la femme de ses rêves, et la rencontre effectivement dès son arrivée à Athènes, puis la retrouve en Crète. Dans le roman Ricardo ne trouvait Dora en Crète que dans les derniers chapitres.
Dans le roman la malédiction qui avait poursuivi les amants dans plusieurs existences les frappait à nouveau : après que Dora avait admis qu'elle avait bien vécu jadis à Théra, le couple mourait dans le naufrage du paquebot les menant en Argentine.
La fin du téléfilm est ouverte : Richard et Dora viennent ici de se remémorer leur vie passée à Théra à l'époque minoenne, et ils descendent vers le canot qui les a amenés.
La scène suivante montre la femme de Richard enquêter au même endroit, interrogeant un berger qui a trouvé la montre de Richard, étrangement disparu en compagnie de Dora.
A la fin du Chemin de la lumière, Michel et Andrée sautent ensemble d'une falaise au-dessus de la mer, en Crète, pensant que le pouvoir magique du Chemin les fera passer dans un autre monde, et effectivement le récit parallèle contant les aventures d'une certaine Andréa à l'époque minoenne voit la brusque apparition d'un jeune homme à ses côtés...

Une minuscule différence entre le roman et le téléfilm a eu pour moi de grandes conséquences. L'indice permettant à Ricardo/Richard d'imaginer que la femme de ses rêves vit actuellement en Grèce est qu'il la voit en vêtements modernes lire un journal grec, dans le roman Eleftheria Vima ("Tribune libre"), journal aujourd'hui disparu que les scénaristes du téléfilm ont eu à coeur de remplacer par un titre actuel voisin, To Vima ("La Tribune").
J'ai regardé attentivement cette rediffusion, et j'avais encore cette image en tête quelques jours plus tard lorsque, toujours préoccupé par Saint Antoine et son tau, au premier plan du billet du 2 août, il m'est venu l'idée de consulter Lettres, chiffres et dieux, de Guy Trévoux (1979), un livre original sur l'origine de l'alphabet, pour voir ce qu'il disait du T-taw-tau.
J'y vois que, selon lui, Tau correspondrait à Vénus, ou Ishtar, ayant donné son nom à l'Esther biblique. Ce qui m'intéresse au plus haut point, car maints spécialistes supposent que les exécutions contées dans le livre d'Esther, le plus souvent traduites par "pendaisons", aient été en fait des crucifiements, ce qui resserrerait encore les liens entre mes billets explorant l'histoire d'Esther et celui voué à la croix de Saint Antoine, le Tau.
Trévoux donne la correspondance du Tau dans le BOIBEL-LOTH, l'alphabet des arbres selon Robert Graves, et ça me donne envie d'en savoir plus sur ce nom rappelant Babel.
Je reprends le livre à son début jusqu'à ce que je trouve ce BOIBEL-LOTH, qui apparaît page 30; ce sont les 15 consonnes d'un alphabet celte que Robert Graves imaginait mémorisé sur les phalanges d'une main, en relation avec 5 voyelles symboliques, où BHMA correspond au pouce, les lettres que j'avais encore en mémoire du journal TO BHMA. TO est l'article défini en grec, et c'est un autre TAU grec qui m'a mené à ce BHMA !
L'illustration ci-dessus est extraite de La Déesse blanche, de Robert Graves (traduit par Trévoux et reparu sous le titre Les Mythes celtes). La page 30 de Lettres, chiffres... donne le tableau à gauche ci-dessous, comparé page 31 à un autre système mnémonique imaginé par Trévoux lui-même :
Je reproduis aussi sa conclusion, que je ne partage pas car la coïncidence essentielle entre les deux tableaux est la première colonne BHMA-BHiMa, or j'arrive à ce tableau avec un exact BHMA en tête qui n'a avec lui aucun rapport logique que je puisse imaginer.
Je crois pouvoir l'assurer sans avoir parfaitement compris le raisonnement qui a conduit Graves à ce tableau, en une longue démarche qui n'est guère partagée par la plupart des linguistes, voir La Déesse blanche pour plus ample information. Le tableau de droite donné par Trévoux est plus immédiat, il s'agit du découpage syllabique des noms des 5 Pandavas, demi-dieux du Mahabharata, Bhima, Arjuna, Yudhisthira, Nakula et Sahadeva, fils des femmes du roi Pându engrossées par des dieux.
Etrangement, dans le tableau comme dans ses commentaires, Trévoux omet de souligner la correspondance centrale entre T (du médius FTNgU), qu'il relie au sacrifice et au Tau de la crucifixion, et iTH, de Yudhisthira qu'il relie à la Judith biblique, où th est un Taw. Je suis particulièrement frappé par le fait, qui semble avoir été remarqué antérieurement à Graves, que cet alphabet des arbres ait une séquence centrale HDTCQ, correspondant aux initiales des nombres de 1 à 5 en gaélique, hoine duou ttri ccetuor qquenque, cette séquence centrale formant donc un mnémonique numérotant les doigts dans le système de Graves (cette numérotation est incidemment la même que celle notant les doigtés au piano).
Si je n'ai pas d'avis sur la pertinence de ces correspondances, je suis ébahi d'apprendre qu'il existe un roi Pându (ou Paandu), alors que mes Pendus bizarres du livre d'Esther m'avaient mené à cet arcane 12 du tarot, à l'orthographe singulière, et que c'est la correspondance de la lettre Tau avec Vénus-Esther qui m'a conduit à approfondir la question du BOIBEL-LOTH.
Parmi ces fils de Pandu, seul le nom d'Arjuna m'est familier, et curieusement à cause du livre d'Esther, où un ministre du roi se nomme Karshena (Es 1,14), ce qui s'écrit en hébreu en 5 lettres usuellement translitérées KRSNA (כרשנא), or c'est exactement la translitération du sanskrit Krishna, popularisée jadis par les prosélytes Hare Krishna.
J'avais appris alors que Krishna signifiait "noir", et qu'il était étroitement associé à Arjuna, signifiant "blanc".
Noir et blanc, et c'est le téléfilm Des jours et des nuits qui m'a conduit à relier ces deux coïncidences alphabétiques sur les noms de deux personnages du Mahabharata, Bhima ("terrible" en sanskrit) et Krishna. Bien que je ne trouve pas trace de cette dernière correspondance sur la toile, elle me semble trop immédiate pour être "due au hasard", et la Perse est tout de même plus proche de l'Inde que le pays de Galles.
Il m'est venu que le mot "aryen" pourrait être liée à arjuna, "blanc", mais l'étymologie le fait venir du sanskrit arya, "noble".

La programmation de Des jours... présentait une curiosité dans mon journal TV (TéléZ édition TNT n° 1403):
Le résumé pour la 2e partie n'a rien à voir avec l'histoire. Il ne m'a pas fallu longtemps pour découvrir qu'il s'agissait du début du résumé d'un autre téléfilm en deux épisodes diffusé dans l'après-midi sur la même chaîne, Marie-Tempête, adaptation d'un roman de Janine Boissard paru le 6 juin 1998 (37e anniversaire de la mort de Jung).
Le résumé ci-dessus se poursuit par
Elle accueille pourtant Madeleine, sa maîtresse, et Maxime, son fils, tous deux menacés par la violence de Loïc Labbé. Marie se rapproche bientôt de Maxime mais c'est en mer qu'elle retrouve la paix de l'esprit. A bord, Noël Morvan, 17 ans, fait office de second.
Ce dernier nom m'a fait emprunter le livre à ma médiathèque, pour une nouvelle coïncidence onomastique, car un de mes projets romanesques, en 1998 précisément, était basé sur ma lecture en octobre 96 d'une nouvelle de Maurice Leblanc, où j'avais vu le jeu LOVE-N AMOR-N sous-entendre les anagrammes NOVEL ROMAN (novel signifie "roman" en anglais). Ceci m'avait conduit à envisager de multiples anagrammes de ces lettres, notamment les personnages Morvan Léon et Noël Navrom (palindromes).
Ainsi, à peu près au moment où j'envisageais ces anagrammes paraissait un roman mettant en scène un personnage au nom idéal, que j'ai d'ailleurs pu envisager parmi diverses combinaisons. La lecture du roman m'a appris que ce Noël Morvan était surnommé l'Indien, à cause de ses manières furtives, et que son père possédait un bateau nommé l'Honoré, en hommage à son aïeul Honoré Morvan, humble ramasseur de goëmon. Or Noël Navrom était le narrateur de mon intrigue, secrétaire du détective Honoré de Valmondada, également assisté de son fils adoptif Dom, issu d'une tribu indienne d'Amérique du Sud.
Le narrateur n'était connu jusqu'au dénouement que sous le nom d'Alban Lenoirc, qui aurait été le nom de l'auteur en couverture, nom calqué par antiphrase sur Maurice Leblanc. Blancs et noirs encore...
Le titre du roman de Janine Boissard n'était pas inédit, car il y avait eu en 1997 un roman Marie-Tempête de la canadienne Dominique Demers, et de 1990 à 94 quatre tomes d'une série BD de Cothias et Wachs.
Le nom d'un autre personnage du roman de Janine Boissard m'a frappé, Antonin Labbé. C'est le Tau d'Antoine, abbé (comme est souvent appelé Saint Antoine), qui m'a mené vers Bhima-Arjuna-Krishna. Je rappelle mon billet Sain Antoine où il était question de l'auteur de polar Anthony Abbot et du personnage Antoine Habt, anagramme de l'auteur Tobie Nathan.

Une dernière coïncidence est effarante, bien qu'il soit encore nécessaire d'en écourter la présentation. A la base de La Déesse blanche, il y a des séries d'énigmes posées dans des poèmes gallois, dont Graves a imaginé les solutions décrire un alphabet secret... Mon oeil a remarqué l'une de ces énigmes du Hanes Taliesin,
Je fus l'instructeur d'Elie et d'Enoch
Peu importe ici la solution qu'en donne Graves, mais j'indiquais dans un récent billet la correspondance numérique entre ces deux personnages de l'Ancien Testament, seuls montés de leur vivant aux cieux, avec Jung et Haemmerli, qui se seraient rencontrés dans l'autre monde en 1944, et ceci m'a conduit à tenter d'approfondir, d'autant que l'année 1944 est celle qu'indique Graves pour le début de ses recherches.
Une autre énigme du Hanes Taliesin est
J'ai été barde harpiste à Lleon de Lochlin
et la réponse qu'y donne Graves est Morvran (c'est le nom gaélique du cormoran, et c'est aussi un personnage mythologique).
Je n'essaierai pas de donner l'explication de Graves, qui me reste impénétrable, et ne ferai que résumer cette séquence ahurissante :
- 1996: Une lecture d'une nouvelle de Leblanc me fait découvrir le jeu N-AMOR.
- 1998: Je désire magnifier le jeu dans un Novel Roman écrit par Noël Navrom, alter ego de Morvan Léon, ignorant qu'il paraît cette année-là un roman avec le personnage Noël Morvan.
- 2009: Je découvre ce roman de Janine Boissard grâce à une erreur d'un programme télé, touchant un film où le mot BHMA me fait lire La déesse blanche, où une énigme à base de LLEON aurait pour réponse MORVRAN.

Par ailleurs l'énigme MORVRAN ne vaut que pour l'initiale M (de Muir, la vigne) et son inscription dans la matrice 3x5 des phalanges pour former le "mot" BHM(A). Je suis effaré de voir que chacune des "consonnes" de BHMA (dans l'alphabet oghamique car en grec H est une voyelle) s'est trouvée illustrée par mon enquête sur cet alphabet des arbres :
- C'est BOIBEL, "bouleau", qui a excité ma curiosité, et l'énigme proposée par Taliesin appelle la réponse, pour une fois évidente, BABEL.
- Le tremble, HESU, serait désigné par HUR, personnage biblique, mais c'est la correspondance avec HOINE, "un", qui me sidère, les 5 lettres de chaque séquence de l'alphabet oghamique étant notées par 1 à 5 traits.

Les lettres surnuméraires dans LLEON MORVRAN sont les liquides LR, qui s'échangent volontiers en passant d'une langue à l'autre, si bien que Trévoux considérait comme des coïncidences effectives les correspondances 'R-L et La-R dans les deux tableaux.

Je suis conscient de la fragilité de ces coïncidences onomastiques reposant en grande partie sur une théorie de Graves qu'il est impossible de comprendre sans avoir des connaissances approfondies en mythologie celte, mais la théorie, vraie ou fausse, demeure une réalité en elle-même, émanant d'une personnalité présentée comme "sans doute le plus grand écrivain anglais du 20e siècle".
Il me semble que Graves a puisé au moins une part de sa conviction communicative dans ce qu'il appelle des "chaînes de plus-que-coïncidences", qui ont marqué ses premières découvertes, lui imposant en quelque sorte de se consacrer entièrement à ce sujet, alors qu'il était en train d'écrire un roman, La Toison d'or. Dans la postface de l'édition de 1960 de La Déesse blanche (ici en anglais), il date cette première approche de Pâques 44, ce qui m'a fait réagir puisque le 4/4/44 de Jung était un Mardi saint, mais Graves démontre ici qu'il est faillible, car, La Toison d'or étant paru en janvier 44, ce serait plutôt à Pâques 43 qu'il faudrait situer l'événement.
L'année 44 a cependant son importance, puisque c'est en janvier 44 que Graves a écrit la première version de son oeuvre, sous le titre Le chevreuil dans le fourré, ensuite remaniée pour devenir La Triple Déesse, et enfin La Déesse blanche, proposée aux éditeurs en janvier 46 (et publiée en mai 48).

Pour revenir à ces "plus-que-coïncidences", ou synchronicités jungiennes, il me semble aventureux de leur attribuer du sens au-delà du phénomène lui-même.
Je m'explique, en prenant pour exemple un cas non personnel (bien qu'il ait de multiples composantes personnelles détaillées dans de précédents billets), l'identité numérique entre Elie-Enoch (ou Hénok) et Jung-Haemmerli.
On peut évidemment décréter qu'il s'agit d'un pur hasard, auquel cas il n'y a plus rien à dire, sinon "Jusqu'à quand cela restera-t-il un pur hasard ?"
Sinon, l'esprit qui, peut-être forcé par d'autres circonstances, aura franchi ce premier pas, demeure malgré tout un esprit rationnel, binaire, pour lequel les choses sont ou ne sont pas, tenté de voir cette synchronicité valider des propositions tranchées telles que :
- Les histoires d'Elie et de Hénok ne sont pas des fabulations.
- Jung et Haemmerli se sont réellement rencontrés dans un autre monde.
Pour la première, il faut rappeler que de multiples générations ont considéré les dires bibliques comme des vérités intangibles, et que cette croyance n'est pas totalement éteinte... Pour l'autre, si Jung ne décrit son expérience de 44 que comme une "vision", il lui a accordé une telle "réalité" qu'il a tenté de prévenir Haemmerli du danger qui le menaçait.
Fantastique pour fantastique, qui peut assurer que, si Jung avait considéré ses visions comme du pur délire, le sort de Haemmerli eût été le même ? et surtout que sa maladie ait été si exactement symétrique à la convalescence de Jung ?
Je n'en sais strictement rien, et Jung lui-même professait qu'il s'agissait d'un mystère ultime, que comme Rudolf Otto il appelait volontiers tremendum, "terrible"...
... et je me sens au bord d'un terrible abîme en me souvenant que c'est aussi le sens du sanskrit bhima...

T'as vu ce Bhima

Wow !

Il est Terrible !

PS Les nouvelles pistes ouvertes depuis la décision d'écrire ce billet m'ont fait oublier un point important. La trame du Mahabharata est une guerre entre les Pandavas et leurs cousins les Kauravas, qui, en trichant aux dés, ont gagné l'unique épouse commune aux 5 Pandavas, Draupadi.
Il est probable que j'ai jadis su cela, ayant au moins commencé à regarder jadis l'adaptation du Mahabharata par Peter Brook et JC Carrière, toutefois je n'y pensais pas en concoctant mes personnages anagrammes de Novel Roman., faisant souvent écho à des personnes réelles ou fictives. Ainsi j'avais pensé à LORd carNArVON, devenu LOR MENAVON pour les besoins de l'anagramme. Pour justifier le passage de Lord à Lor, j'ai imaginé que ce Lord ait jadis joué sa femme bien-aimée aux dés, certain que la chance allait enfin tourner dans une partie qui l'opposait à un repoussant Egyptien. Hélas... Apprenant trop tard que sa défaite était due à une tricherie de son adversaire, Menavon avait développé une phobie des dés et de la lettre D, dont un effet avait été la transformation officielle de son nom en LOR MENAVON.

16.8.09

it's real

to Kristin
Comme il l'est dit dans le texte introductif de ce blog, je relate mes expériences comme elles viennent, si déconcertantes pour moi que je n'ose imaginer comment elles peuvent être ressenties par mes lecteurs.
Je suis tout à fait conscient de l'apparente gratuité du cheminement qui m'a mené, à partir du nom du docteur Haemmerli, à Babel, aux châteaux triangulaires de Wewel-Sisak, au livre d'Esther, aux crop circles, à la revue Planète... J'ai été le premier à douter de la pertinence d'en parler ici, alors que diverses pistes immédiates envisagées au tout début de mon expérience quaternitaire sont toujours en plan, et voici que deux films vu en août viennent valider ma démarche.
C'est une validation par le hasard, comme disait Hans Bellmer (Ce qui n'est pas validé par le hasard n'a aucune réalité), dont il ne faut pas attendre une "explication" définitive.
Je commence donc par 1984, emprunté le 29 juillet à ma médiathèque, en partie par hasard parce que le DVD était en tête d'une rangée. Je ne crois pas l'avoir vu précédemment, mais j'étais motivé pour y prêter attention depuis la coïncidence du Planète 34, quelques jours plus tôt, qui m'avait remémoré mes propres créations littéraires inspirées par Orwell, le roman 2048 et la nouvelle Le dernier des 84.
L'un des premiers plans du film montre Winston Smith commencer un journal intime, et il le fait en inscrivant la date du 4 avril.
Cette date était déjà dans le premier chapitre du roman, et j'apprends ici que la scène du film a été tournée le 4 avril 84. Par ailleurs le tournage a respecté autant que possible les autres indications temporelles du roman, plus vagues.

Avant d'aller plus loin je dois évoquer quelque chose qui m'a frappé lors de mes recherches sur les crops. Kristin donnait dans ce message sur le forum Unus Mundus cette photo du crop apparu à Oliver's Castle, le 16 août 2008 :Je ne commentais que sa forme, semblant basée sur le Sceau de Salomon, et m'étais abstenu de signaler que le site m'avait frappé, dès mon premier survol du forum, par ces ondulations qui me rappellent des paysages de ma région, les robines.
Et voici qu'en regardant 1984 j'arrive à cette image :
Julia a donné son premier rendez-vous à Winston Smith, en campagne où les citoyens ne sont plus espionnés par les télécrans omniprésents en ville. Elle l'emmène à travers des bois touffus, qui soudain s'ouvrent sur cette vue :
- Look ! fait Julia (Regarde !)
- It's a dream... s'émerveille Winston (C'est un rêve...)
Après vérifications, par exemple ici, je peux affirmer que cette colline est indubitablement Oliver's Castle, l'endroit dont le nom m'a fortement interpellé, où est apparu en juillet 1992 un crop triangulaire "château de Sisak", et qui a ensuite vu apparaître 6 autres crops.
La seconde apparition fut celle du 16 août 1996, miraculeusement filmée "en direct" par un innocent campeur, en fait un vidéographe professionnel qui a évidemment monté l'affaire avec des complices qui ont tracé le crop. Je donnais parmi mes hexcentricités le lien vers ce debunkage :

A mon avis, les images montrant Oliver's Castle dans 1984 sont elles aussi truquées, l'utilisant en arrière-plan. Par exemple le lieu apparaît dans le film alors que Julia et Winston émergent d'une forêt inexistante selon l'angle de vue donné, et les images apparaissant ensuite à diverses reprises sont clairement des rêves fantasmés par Winston, ainsi Oliver's Castle semble-t-il un lieu privilégié pour les trucages vidéo.

On peut voir sur la vidéo précédente le paysage vu d'Oliver's Castle, ce qui m'a permis de situer le champ concerné. J'ai reporté en jaune le diagramme du crop sur cette carte GoogleMap, ainsi que celui du 16 août 08, simplifié en un Sceau de Salomon. J'ignore où se trouvait le "Sisak's Castle" de 1992.J'ai encore souligné en blanc le contour de l'ancien fort, de l'âge du Fer, dont il ne subsiste qu'un talus planté de quelques hêtres caractéristiques. Il me semble que ce contour peut être qualifié de triangulaire, ce qui est particulièrement net sur cette photo du crop de 2007 (dans le même champ que celui de 2008).
Je pensais en écrivant Hexcentricités que c'était l'ensemble du plateau qui constituait Oliver's Castle, et non cette seule pointe triangulaire, ce que je n'aurais probablement jamais découvert si 1984 ne m'avait mené à approfondir la question. J'invite à se reporter à Hexcentricités pour évaluer à quel point il est phénoménal que ce lieu, identifié par le nom OLIVER auquel j'ai vu la même propriété que l'hébreu BBL-SSK qui m'a mené aux châteaux triangulaires de Wewel et Sisak, corresponde à un ancien fort également triangulaire, et que ce soit là que soit apparu l'un des premiers "château de Sisak", en juillet 1992, alors que deux autres motifs analogues apparaissaient le même mois en Allemagne, l'un à 50 kms de Wewelsburg.
J'ai aussi appris que le lieu devait son nom à Oliver Cromwell, bien qu'il soit douteux qu'il fût venu en personne sur les lieux. C'est encore curieux, car la seule occurrence de "oliver" dans le roman 1984 concerne Oliver Cromwell, dont il y aurait une statue équestre sur la place de la Victoire, et c'est quelques paragraphes après la mention de cette statue, chapitre 9, que Julia indique à Winston la façon de se rendre au coin de campagne qu'elle connaît, qui sera donc Oliver's Castle dans le film (où aucune statue n'est visible sur la place de la Victoire).

Julia dévoile ses cercles intimes devant Oliver's Castle, ce qui m'évoque les crops "Julia", des figures plus ou moins inspirées des fractales de Gaston Julia, dont la première, particulièrement commentée, serait apparue en quelques minutes, en plein jour le 7 juillet 1996, juste à côté de Stonehenge.
Cette page analyse sans complaisance les "preuves" de ce prétendu prodige.

Je comptais explorer la piste d'un réel cheval sur un flanc d'Oliver's Castle, l'un des chevaux de craie du Wiltshire. On trouvera quelques renseignements en français sur la question ici.
Cette page donne une vue en janvier dernier d'Oliver's Castle sous la neige, semblant s'extasier sur le fait que le crop de l'été demeure visible... Certes, mais il en va de même des tramlines, les traces des tracteurs qui n'ont a priori rien de paranormal.
Ce long reportage vidéo sur le 6e crop à Oliver's Castle émane d'un partisan de l'origine supranaturelle.
D'autres photos d'Oliver's Castle...

Je ne fais que mentionner ces pistes parce que, grâce au retard pris à écrire ce billet, j'ai découvert en septembre un sensationnel écho à la mention d'un haut-lieu de la cropologie dans 1984, associée au 4 avril.
J'ai vu en septembre la série Taken (2002), en français Disparitions, donnant une vision du phénomène OVNI-ET de 1944 à 2002. La série débute lors d'un raid de bombardiers au-dessus de l'Allemagne en 44, où une Forteresse Volante B-17 abattue est prise en charge par des soucoupes volantes... La série suit ensuite la famille de son commandant, dont l'arrière-petite-fille Allie Keys sera le personnage principal des 4 derniers épisodes, se déroulant en 2002.
Les crop circles sont présents en une unique occasion, au début du 4e épisode, et il s'agit d'un crop apparu le 4 avril 1970 dans un champ de l'Indiana :
Il peut être utile de préciser qu'en 1970 on était au tout début du phénomène, et que les crops se limitaient alors à d'effectifs "cercles" de plantes aplaties, de petite taille par rapport aux formations ultérieures. Après quelques petites fantaisies dans les années 80, ce n'est qu'au début des années 90 que sont apparus des motifs plus imaginatifs, et le motif ci-dessus semble inspiré par le premier crop de Barbury Castle le 7 juillet 1991, ci-contre (un autre château, une autre forme triangulaire).
Toujours est-il que le colonel dirigeant le programme secret OVNI se rend aussitôt sur place, ce 4/4. Il assure qu'il s'agit d'une piste d'atterrissage, que les ET vont bientôt y débarquer, et qu'il est impératif que le Président vienne immédiatement pour les accueillir. Il monte avec des responsables gouvernementaux dans un hélicoptère pour survoler la zone, et il y a dans un champ voisin cet autre crop qui est un évident canular (howdy est un raccourci pour How do you do ?, et le motif est le symbole de la paix et de la contre-culture).
L'affaire ridiculise le colonel et provoque sa destitution, à la suite de cet article : "Des plaisantins mystifient le gouvernement pour dévoiler le secret".
On y voit mieux le motif du crop, et sa ressemblance avec celui de Barbury Castle. L'article est de Tom Clarke, qui est peut-être à l'origine du canular, et qui est par ailleurs un sceptique auteur de livres sur le phénomène, le seul dont le titre est déchiffrable étant Flying Saucers : a Modern Mythology. Carl Jung est l'auteur d'un livre sur la question, Ein moderner Mythus, paru en français avec le sous-titre : Un Mythe Moderne - Des "Signes Du Ciel" Ou La Question Des Soucoupes Volantes.
Si le premier crop ci-dessus est fortement apparenté au triangle "château de Sisak", apparu à Oliver's Castle, un triangle de lumières est constamment associé aux manifestations OVNI dans la série. Ci-contre cette image montre l'OVNI de Roswell, peu avant le crash supposé de 1947, et ces trois sources lumineuses apparaissent ensuite à chaque manifestation, présentes d'ailleurs dans le générique de la série. Je suppose que ce triangle est inspiré par les photos et témoignages de la "vague belge", que je supposais à l'origine du motif du crop d'Oliver's Castle.
Dans l'épisode 7, God's Equation, il est avancé que les manifestations OVNI se produisent selon la suite de Fibonacci, ce qui conduira au décodage des inscriptions ET sur un mystérieux transmetteur... Il me semble que c'est une idée originale, quoique j'avoue ne pas suivre assidument toutes les spéculations sur le phénomène. Je remarque la coïncidence dans cette série diffusée pour la première fois en décembre 2002 d'un code Fibonacci alors que Dan Brown avait vraisemblablement fini son Da Vinci Code, paru le 18 mars suivant, dont j'évoquais dans le billet précédent le début utilisant la suite de Fibonacci comme codage.

Ceci est une des dernières images tournées par Richard Burton, mort en août 84, juste après le tournage du film achevé en juillet. O'Brien a été son dernier rôle.
Comme je l'ai dit plus haut, je ne pense pas que lui et John Hurt se soient déplacés à Oliver's Castle pour tourner la scène, purement onirique. Quoi qu'il en soit, je m'émerveille de voir O'Brien devant un paysage qui me fait aussitôt penser aux robines de ma région. Ci-contre une vue de La-Robine-sur-Galabre.
Car ROBINE est l'anagramme de OBRIEN, et ma nouvelle Le dernier des 84 s'achevait sur une vision cauchemardesque du monde, désormais entièrement soumis à Big Brother. Le héros y remarquait que le nom d'un des ministres du gouvernement d'alors, Gilles de ROBIEN, était l'anagramme de OBRIEN.
Une autre vue typique de "robines noires", où la végétation est rare.