4.9.20

gaLaXies douze vingt-quatre


  Je me suis avisé le 12 août que j'avais commis une erreur dans le dénombrement des phrases codantes de L'art du X, texte de Ricardou composé en hommage à Perec, après sa mort le 3 mars 82, principalement étudié ici.
  Le texte en 4 parties présente 8 formes d'un sonnet offrant divers codages en majuscules, tous apparents dans la dernière forme, intitulée L'ardu X
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
JOUer POur une lettre au terme d'une CROIX,
TEnir et S'Exalter aux vertus de SA né-
CESsaire désUNion hors la strophe. EN l'étroit
MOT Si clos, il tend SON chemin VERS les sommets.
EN oblique ascendante, NETs, SES vers abymés
COupent la ligne au tourNANT QU'Inflige le trois:
LONg tissage alenTOUR, qui asSOuplir saura,
NEuf jusqu'en le REdit de ses aPPOgiatures,
ET le verbe EN ses rêts, et le texte à SErrure!
PUIS le VEStige sûr d'un accent sur le À!
CES RÊves? Il les obtient par abracadabra.
SES sens? Il les détient par effet d'écriture...
  Le reste du texte est entièrement formé de phrases de 12 mots, contant une rencontre galante dans un bar, le Midi-Minuit. Ces phrases contiennent des "mots de passe", parfois en italique, la règle du codage étant exposée dans la partie IV:
  Tout réside dans le mot initial de la première phrase, dit-elle. C'est par lui que commence le développement de la règle secrète. Ainsi la suite se trouve dans le deuxième mot de la seconde phrase. De proche en proche, il ne reste plus qu'à faire avec.
  Le décodage des 149 phrases en romain des parties I à III donnent 118 mots du sonnet final L'ardu X, puis les 17 mots du grand X formé par les majuscules,
 X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant  ses vers en sa croix.
puis les 14 mots initiaux de chaque vers, livrant la lecture en colonne
X ajoute ces mots en colonne et puis cesse.
 Il y a aussi 40 phrases en italique dans la partie I, codant pour le début du sonnet, en deux vagues de 17 et 23 mots.
  Et enfin 95 phrases dans la partie IV, codant pour les 8 phrases du paragraphe ouvrant la partie I, avec une subtilité puisque ces 8 phrases comptent 96 mots. Ce paragraphe est un texte pouvant se suffire à lui-même, il code pour le premier vers du sonnet.
  La première version de 1983 est accessible en ligne. Je conseille de s'y reporter chaque fois que nécessaire.
  
  J'avais commenté diverses anomalies dans L'ardu X, ambigument le RICARDOU, mais un décompte erroné des phrases ne m'avait pas permis de voir l'éventuelle interprétation de l'une, l'absence d'une phrase codant pour le 83e mot du sonnet, "ET" ouvrant le 11e vers. Les mots 82 et 84 sont codés par ces phrases, vers la fin de la partie II
Dès lors, je me suis voulue attentive aux appogiatures : avant et après. Dessous, je lis « tournant » ; dessus, je vois « vers » : voici donc le signe.  
où j'ai mis en italique les mots de passe, aux positions 9 et 11, soulignant qu'il ne s'agit pas d'une simple inadvertance dans le codage. Il devrait y avoir une phrase intermédiaire avec le mot "et" en position 10 (X?), mais il n'y a pas de rupture dans le discours, le début du paragraphe évoquant le 7e vers, les mots "tournant" et "vers" étant aux vers 8 et 6.
  Les "appogiatures", 82e mot du sonnet, ce sont des notes écrites en plus petit que les notes auxquelles elles sont liées, et dont la durée n'est pas prise en compte dans la mesure. 
  L'intentionnalité semble assurée, car la partie III est calquée sur la partie II, pratiquement phrase à phrase, si ce n'est que le V du sonnet L'art duvet, d'abord vertical (V), est tourné d'un quart de tour dans la partie III (<). Ces deux parties presque identiques, certaines phrases étant exactement les mêmes, codent cependant pour des textes très différents, les positions des mots de passe n'étant pas les mêmes.
  Aux deux phrases ci-dessus correspondent celles-ci:
Dès lors, attentive aux lignes qui se coupent, j'observe les appogiatures. Dessous, je lis « tournant », et, même, « retour », le long du vers suivant.
  Ce paragraphe code pour les premiers mots des vers du sonnet, et il s'achève sur la phrase codant précisément le "ET" ouvrant le 11e vers:
L'ordre droit, puis symétrique, de chaque vers, offre syllabes et mots.
Il faut aussi prêter attention à l'expression "avant et après", juste avant le manque: c'est précisément un "ET" qui manque.
  Alors voici ce que j'ai vu "avant ET": 122 phrases codantes, plus éventuellement une autre phrase de 12 mots, en exergue
En ses calculs, que ce texte rende hommage au travail de Perec.
  En tout, 123 phrases, correspondant à la valeur du destinataire de l'hommage, selon les rangs alphabétiques, de A=1 à Z=26,
GEORGES PEREC = 76+47 = 123.
   
  Puisque le codage débute logiquement à la position 1, considérer la phrase en exergue comme faisant partie du code donnerait la position 12 pour le "mot de passe", soit "Perec".

  Sans compter la phrase en exergue, il peut aussi être significatif que la phrase manquante soit la 123e du texte, allusion au disparu dans l'oeuvre duquel était essentiel l'omission d'un élément, l'absence de E dans La disparition, l'absence d'un chapitre dans La Vie mode d'emploi, l'absence du dernier "vers" de la dernière strophe du compendium dans son chapitre 51, un vers qui aurait débuté par la lettre E.
  Je rappelle que ce compendium est formé de 3 strophes de 60 vers, chaque vers comptant 60 espaces typographiques, permettant de lire en diagonale 60 A, 60 M, et donc seulement 59 E pour la dernière strophe.

  C'est le même principe qui a guidé L'art du X, mais avec des mots au lieu de lettres, avec le nombre 12 au lieu du nombre 60, ces nombres étant les deux subdivisions du cadran de l'horloge. Il y avait 60 mots de passe indiqués par la typographie dans la première édition de L'art du X, 51 en italique dans les phrases en romain (possible allusion au chapitre 51), et 9 en romain dans les phrases en italique.

   Il faut peut-être aussi regarder ce qui se passe "avant et après" "ET" dans le sonnet qui compte 119 mots. Le "ET" correspondant à la phrase manquante partage les 118 mots restants en 82-36, des nombres qui peuvent évoquer la vie de Perec, de (19)36 à (19)82.
  A noter que "avant et après" achève la 122e phrase, avant la 123e où était attendu le mot de passe "ET". La réelle 123e phrase demande d'examiner ce qui se passe d'abord dessous, puis dessus,
Dès lors, je me suis voulue attentive aux appogiatures : avant et après. Dessous, je lis « tournant » ; dessus, je vois « vers » : voici donc le signe. 
  Faut-il comprendre d'abord 36, puis 82 ?

  Il peut y avoir davantage, car 119 et 284 permettant ces harmonies peuvent être des "nombres ricardoliens".
   Il a déjà été vu que les "nombres fondamentaux", 4 et 8 lettres de JEAN RICARDOU, somme 12, rapport 1/2, semblaient amplement convoqués avec les 8 formes du sonnet d'alexandrins, les 4 parties du texte, les phrases de 12 mots, Midi moitié de Minuit, mais il convient encore de constater que les chiffres de 284 sont ces nombres fondamentaux 2-4-8 qui composent les numéros de téléphone de Communications, et que
JEAN RICARDOU = 30+89 = 119,
selon l'alphabet usuel. J'ai déjà indiqué que Ricardou pouvait avoir recours à un système particulier, où O vaut zéro, et où les lettres suivantes sont diminuées d'une unité, mais ceci ne l'empêchait pas d'utiliser aussi le système classique, surtout s'il avait repéré l'usage qu'avait pu en faire Perec, avec les titres des premier et dernier chapitres de La Vie mode d'emploi,
DANS L'ESCALIER, 1 = 123;
BARTLEBOOTH, 5 = 123.
  Tiens, dans son système,
RICARDOU = 71,
et 284 = 4 fois 71.
  Il ne s'agit que d'hypothèses, mais pour rendre compte d'une bizarrerie manifeste, l'absence d'une phrase codée correspondant au 83e des 119 mots du sonnet, à laquelle pourrait être liée une autre bizarrerie, l'absence dans la partie IV d'une phrase codant pour le 74e des 96 mots du premier paragraphe du texte.
  J'avais compté l'an dernier 94 phrases codantes dans cette partie IV, mais je viens de m'apercevoir que ce n'est vrai que dans l'édition de 1988, une phrase de l'édition originale de 1983 ayant manifestement été perdue, avec d'ailleurs une remarquable coïncidence. Les mots de passe non directement codés sont dans l'édition de 1988 deux "il" des phrases 6 et 7 du texte,
Quatorze heures, à présent, il suppose, car les aiguilles forment un V. Vite, il évite le croisement, et, un instant, il lève le regard.
  L'omission du second "il" est explicitée par la phrase codant pour "vite":
Oublie-le vite : avec, en même temps, ce « il » bien trop redit.
  J'avais imaginé une subtile astuce pour l'omission du premier "il", lequel serait arrivé en 7e position de la 65e phrase de la partie IV, car après la 64e phrase vient la 6e version du sonnet, débutant par
                       Ars dux

X impose une règle. Il suppose un sonnet
où "il" est précisément le 7e mot. Mais après ce sonnet, il y avait dans l'édition de 1983 cette phrase, ou paragraphe
  - Mieux, même : j'aimerais dire qu'il est trop clair, le message :

X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant ses vers en sa croix.
où "il" est bien en 7e position. Il y a ici au moins un double hasard, deux "il" n'obéissant pas au codage normal dans l'édition 1988, et la possibilité de trouver le premier malgré l'oubli de la phrase le codant...
  Minutieux comme il l'était, Ricardou manquait néanmoins parfois de vigilance.
 
  Il manque donc une phrase codante pour les deux textes clés codés, les 119 mots du sonnet et les 96 du premier paragraphe.
  Restent 118 et 95, significatifs pour le perecquien, notamment en rapport avec le thème XW, car ce sont les valeurs de BARTLEBOOTH et WINCKLER, les deux principaux personnages de La Vie mode d'emploi, liés par une obscure rivalité, conduisant à la vengeance posthume de Winckler, la mort le 23 juin 1975, à presque 8 heures du soir, de Bartlebooth, aveugle, devant un puzzle presque achevé, dont le dernier emplacement vide a la forme d'un X, alors que la pièce dans la main de Bartlebooth a celle d'un W.
  Rien ne semble expliquer la raison de la vengeance de Winckler, de même qu'on ne sait pourquoi un autre Gaspard Winckler tue son employeur dans Le Condottière; diverses confidences suggèrent un problème avec le Père, avec l'autorité familiale plutôt puisque Perec a à peine connu son père, mort le 16 juin 40. Ce père, Icek, avait pour prénom français André, que Perec associait au X, via la croix de Saint-André (on peut penser aussi à l'anagramme Ikce).

  Il y a des chances que Ricardou se soit inspiré de cette fin marquante de La Vie mode d'emploi pour composer ses sonnets qui ont deux formes principales, en V et en X, le W étant deux fois cité: pour le sonnet en Z, qui est dit appartenir "aussi aux lettres qui font W."; la forme suivante, la première en X, est d'abord suggérée devoir être régie par W. Deux V se succèdent dans les phrases 6-7 du paragraphe initial, le "V" final et celui de "Vite" codé par la 73e phrase de la partie IV qui code aussi pour le "il" qui suit. En partant de la fin, cette phrase au double code serait la 23e, rang du double V.

  J'avais déjà remarqué la répartition en voyelles et consonnes de Bartlebooth,
AAEO - BRTLBTH = 36-82,
la même répartition déterminée pour les mots du sonnet autour du "ET", remarquable car Perec a emprunté à divers auteurs des patronymes tels que Aronnax, Montalescot. Dans l'index leur sont donnés les vies (1828-1905) et (1877-1933) correspondant aux auteurs revisités, Verne et Roussel, ainsi j'imagine volontiers un index où figurerait
Bartlebooth (36-82).

  L'écriture de ce billet m'a fait découvrir un autre point. Ce dernier chapitre de La Vie mode d'emploi, numéroté 99, mais qui aurait été le 100 si Perec n'avait omis le chapitre 66, se termine par 6 paragraphes débutant tous par une phrase presque identique, un procédé cher à Ricardou. Le dernier paragraphe est
  C’est le vingt-trois juin mille neuf cent soixante-quinze et il va être huit heures du soir. Assis devant son puzzle, Bartlebooth vient de mourir. Sur le drap de la table, quelque part dans le ciel crépusculaire du quatre cent trente-neuvième puzzle, le trou noir de la seule pièce non encore posée dessine la silhouette presque parfaite d’un X. Mais la pièce que le mort tient entre ses doigts a la forme, depuis longtemps prévisible dans son ironie même, d’un W.
23 juin, 8 heures, ou encore 23/6, 8:00, toujours les chiffres 2-3-6-8, et sur un cadran de téléphone ils correspondent aux lettres C-E-N-T, 100, le carré 10 par 10, ou X par X, ayant présidé à la construction de la monumentale oeuvre perecquienne.
  Puisque les chapitres y sont numérotés en chiffres romains, on aurait eu, pour celui signifiant la mort du PERE, C.
  As simple as A, B, C, comme disent les Anglais, mais il n'est pas du tout certain que Perec ait pensé à cette lecture du 23/6, 8:00, car c'est le jour et l'heure où il a rencontré, en 1975, celle qui allait être sa compagne jusqu'à la fin de sa vie.

  Je ne sais si en 82 la raison du choix du 23 juin 1975 était aisément accessible, toujours est-il que Ricardou a aussi construit L'art du X à partir d'un événement biotextuel similaire. Une étudiante avait souhaité le rencontrer; il lui donna rendez-vous dans un café, où elle devait afficher ostensiblement La prise de Constantinople, devenu "Codex" dans L'art du X; ils développèrent ensuite une relation qui ne s'interromprait qu'avec la mort.

  Dans La prise de Constantinople, les triangles pointe en bas ▽ et pointe en haut △ marquant les chapitres y sont aussi superposés en un Sceau de Salomon, , symbole de totalité. Dans L'art du X, la couverture du Codex est dite montrer les triangles superposés en un sablier, , mais il est probable que ceci était déjà implicite dans le roman de 1965, et expliquait le choix de ces triangles, car LE SABLIÉ est la parfaite anagramme des 8 lettres ISABELLE qui interviennent de multiples façons dans les récits imbriqués, de même que les initiales LS.
  Ricardou avait sa propre "géométrie fantasmatique" à base de V dédoublé.

  Le jeu numérique peut se poursuivre. S'il est intentionnel que le 123e mot de passe soit omis, et qu'il faille considérer l'écart d'une unité des nombres de mots des deux pièces de bravoure, les 96 mots du premier paragraphe et les 119 du sonnet, on constate que
95+118 = 213, réarrangement de 123 qui n'est pas quelconque, car le texte compte
284 phrases codantes, 4 fois 71, parmi lesquelles
213, 3 fois 71, codent pour le premier paragraphe et le sonnet,
restent 71 pour les 40 phrases en italique, dont le nombre pouvait être ajusté sans difficulté, les 17 et 14 codant pour le message en X du sonnet et ses mots initiaux de chaque vers, en rappelant que, selon son système,
RICARDOU = 71.
   Les 17 phrases codant le X peuvent aussi correspondre à R, initiale de Ricardou (dans le premier texte du recueil, Le lapsus circulaire, les lettres R-U-T sont dites avoir pour corrélats dans l'alphabet 17-20-19). Je fais cette remarque après coup, mais, après coup aussi, Ricardou voyait la dernière colonne de sa grille des Lieux-dits, ETEXRTSX, se réarranger en TEXTES, X, R, soit le divers genre d'écrits convoqués dans ce roman, "l'allusion à leur osmotique croisement", et enfin l'initiale de l'auteur dont les 8 lettres du nom ont fourni la base numérique de l'ensemble.
  Aussi bien 17 que 71 mènent à 8 par l'addition des chiffres, ce qui pourrait d'ailleurs être une raison du choix de ce système. Ricardou avait lui-même procédé à l'opération à partir de sa date de naissance, le 17 juin 1932:
Si l'on ajoute les deux chiffres du nombre 17, on obtient une valeur de huit. Si l'on compte les lettres du mot "juin", on en découvre quatre.
in Le théâtre des métamorphoses (1982)
  Les 40 phrases en italique se répartissent en deux vagues, la première codant pour les 17 mots des deux premiers vers de l'ultime avatar du sonnet, L'ardu X,
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
un ensemble cohérent donc, alors que la seconde vague code pour 23 mots de la forme jumelle, mais ne correspondant à aucune des 6 variantes proposées en clair,
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au sexe dédié s'il fait subir l'émoi,
Jouir pour une lèvre, ou bien
et s'interrompant brutalement au cours d'un vers.

  Si ceci peut s'accorder avec l'idée que Ricardou ait calibré les phrases en italique pour avoir le partage 82-36 des mots du sonnet avec l'omission de la phrase 123, d'autres lectures sont envisageables, par exemple en considérant que 23 est la valeur de X dans le système ricardolien (et de W dans l'alphabet usuel!). 
  Les 68 phrases de la partie I peuvent ainsi trouver une harmonie interne avec
- 23 phrases en romain codant pour les 23 premiers mots du sonnet "textuel" (avec au terme de ces mots "terme"!);
- 8 phrases en italique codant pour le premier vers de ce même sonnet;
- 2 phrases en romain codant pour les mots 24-25;
- 9 phrases en italique codant pour le second vers du sonnet;
- 3 phrases en romain codant pour les mots 26-27-28;
- 23 phrases en italique codant pour les 23 premiers mots du sonnet "sexuel".

  A remarquer les 2+3 phrases intercalaires en romain qui peuvent aussi signifier 23. Il est aussi possible de faire intervenir l'hommage à Perec en exergue, lui aussi en italique, pour envisager des formes 1-23...

  A noter encore que 28 et 63 phrases en romain codent dans les parties I et II pour les 91 premiers mots du sonnet, dont l'absence d'un vers codant suppose un partage 82-36, ai-je besoin de souligner l'écho avec 28-63?

  Bref, il semble présomptueux de prétendre retrouver les intentions de Ricardou, d'autant qu'il a pu être conscient des liens entre diverses possibilités et les exploiter, d'autant qu'il a pu songer à des équilibres qui m'échappent. Comme le dit l'une des phrases du texte, la 70e, sinon la 71e (!) en comptant l'exergue,
Le subreptice, à s'exalter, conduit au labyrinthe, voire à l'hermétique.
  J'ai mis deux mots en italique, car la phrase revient à l'identique 63 phrases plus loin (c'est d'ailleurs la seule phrase strictement identique dans les parties II et III).

  Je suis cependant certain que les différentes anomalies de L'Art du X ont des motivations profondes.

  Les circonstances qui m'ont conduit à revenir à ce texte valent d'être contées, et recomptées.
  Je suis depuis près de 20 ans membre de la liste Oulipo, où quiconque peut partager son intérêt pour la littérature à contraintes, et accéder à ses archives.
  Un colistier, Gef, a proposé récemment de nouvelles contraintes. L'Oulipo avait envisagé le sonnet irrationnel, 14 vers en 5 strophes, 3-1-4-1-5 (les premiers chiffres de Pi), mais Gef a proposé d'autres formes de néo-sonnets, parmi lesquelles un sonnet BACH, en 2-1-3-8 vers, le 30 juillet (Bach est supposé avoir parsemé son oeuvres d'allusion à son nom, formé de 4 notes selon la notation allemande).
  Je l'avais félicité, en lui signalant que j'avais débuté jadis une forme semblable en hommage à Bach, mais avec de telles contraintes que c'était resté en plan.
  En juin, Gef a aussi proposé l'acrostiche d'hémistiches, tel que les 7 derniers vers d'un sonnet peuvent aussi se lire dans les premiers hémistiches de ses 14 vers, ce qui donne une forme apparemment lourdingue, où un hémistiche revient 5 fois, dont 3 fois dans les deux derniers vers. J'ai applaudi sa première tentative, On dit que je radote, en me disant qu'il avait exploité la seule voie possible pour une contrainte aussi répétitive, mais d'autres sonnets sont venus, prouvant que j'avais tort, de Gef comme d'autres colistiers, Noël Bernard qui a su illustrer un récent fait divers, Pierre Lamy qui a proposé une dizaine de sonnets...

  J'ai aussi eu quelques idées, et composé quelques sonnets sur ce principe, mais voici ce qui motive cette digression. Le matin du 11 août, Pierre Lamy adapta la contrainte à un sonnet irrationnel.

  J'eus aussitôt l'idée de faire de même avec un sonnet BACH, et voici ce que je postai deux heures plus tard
Oyez cette leçon, l’exquis Art de la Fugue,
Ce testament suprême où le Cantor subjugue.

Avec ses douze sons d’un thème judicieux,

Bach dévoile son nom aux ultimes mesures.
A chaque fois on l’aime, en se lassant un peu,
Et puis au quatorzième on comprend la gageure.

Il revient le Grand Thème, en strette, à l’unisson,
Oyez cette leçon, ce testament suprême,
Avec ses douze sons, Bach dévoile son nom.
A chaque fois on l’aime, et puis au quatorzième,
Il revient le Grand Thème, oyez cette leçon.
Avec ses douze sons, à chaque fois on l’aime !
Il revient le Grand Thème, avec ses douze sons,
Il revient le Grand Thème, il revient le Grand Thème.

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Le 14e et dernier Contrepoint de l’Art de la Fugue est une fugue quadruple, à 4 thèmes d’abord exposés séparément, puis superposés. Le 3e thème débute par les notes BACH, valides dans la notation allemande. Curiosité, l’exposition de ce thème BACH s’achève à la mesure 1685 de l’ensemble des 14 fugues, ce qui correspond à la date de naissance de Bach.
Hélas ce Contrepoint 14 ne compte que 238 mesures complètes, et 1 inachevée, sa fin ayant été perdue, une fin où il est certain que le Grand Thème, qui n’était exploité sous sa première forme en 12 notes que dans les sept premiers contrepoints, se superposait aux 3 thèmes précédents.
Il est fort possible que la fugue finie aurait conduit au total 1750, année de la mort.
Certains suggèrent que l’inachèvement aurait été volontaire, pour faire apparaître 2-1-3-8, B-A-C-H, par les 238+1 mesures.
  Le Grand Thème est le pivot de l’Art de la Fugue, il a 12 notes dans sa première forme, mais sa principale variante a 14 notes. Ceci m'a rappelé l'expression "chercher midi à quatorze heures", employée par Ricardou dans L’art du X pour évoquer le sonnet, en 14 vers de 12 pieds. Je me suis soudain demandé si, parmi ses phrases de 12 mots, il y en avait de 60 lettres, puisque 60 était aussi convoqué dans le texte, avec 60 mots de passe signalés par la typographie.
  J'avais compté 282 phrases l'an dernier, en numérotant à part les phrases en romain et celles en italique, et je me suis vite aperçu que j'avais donné le même numéro 21 à deux phrases en italique, en changeant de page, et il y avait ainsi 283+1 phrases dans L’art du X, avec l'exergue, ce que je découvrais le jour même où j'avais posté le message parlant des 238+1 mesures du Contrepoint 14.
  J'ai passé bien plus de temps sur Révélations minuscules, la préface aux deux recueils de nouvelles parus en 1988, où j'ai dénombré 329 phrases, analysées une par une, pouvant constituer un 328+1, car une seule de ces phrases, donnée dans mon billet d'avril, n'obéissait pas à la symétricologie gouvernant le texte, ou du moins je n'ai pas vu comment elle pouvait y obéir, alors que j'ai trouvé quelque chose pour chacune des 328 autres phrases, sans d'ailleurs être toujours sûr que ma solution était celle envisagée par Ricardou, tant il y a de variantes du procédé.

  Ceci semble dépasser les limites de l'interprétation, mais c'est ce qui m'intéresse au premier chef, et Bach est pour moi emblématique en ce domaine J'y ai consacré beaucoup de pages sur mon ancien site, et je remets en ligne aujourd'hui cette page consacrée à Kunst der Fuge, le titre choisi par Bach, en 12 lettres comme il y a 12 notes dans le Grand Thème, et il y a d'autres adéquations.
  Il y a peu, j'ai estimé qu'une de ces pages, consacrée aux "signatures" 21-38, avait sa place sur Quaternité, et je l'y ai publiée juste après mes billets sur L'art du X, avec quelques ajouts. Il y était notamment question des ultimes mesures connues du Contrepoint 14, 233-239, la superposition de ses trois premiers thèmes en 59 notes permettant un 21-38. La mesure 239 est incomplète, donnant donc lieu à l'hypothèse d'une signature 238+1, BCH+A, bien que la simple logique suggère que cette mesure 239 était le début de la fin de la fugue, perdue par l'imprimeur.

  Je reviens à ma recherche des phrases de 12 mots et 60 lettres. Je me suis servi du texte en ligne de l'édition de 1983, n'en ai conservé que les phrases codantes, et ai lancé un logiciel de comptage qui a trouvé 8 phrases de 60 lettres, ce qui 'est peu, mais peut-être "juste assez", comme disent Van Houten et Kasbergen dans Bach et le nombre à propos des 14 occurrences de la première forme du Grand Thème.
  Le logiciel numérotait aussi les phrases, et en indiquait 284, alors que j'avais laissé de côté la phrase en exergue. J'ai vite vu qu'une phrase avait été oubliée dans l'édition de 1988, comme je l'ai exposé plus haut. Toujours est-il que le motif 283+1 de L’art du X résulte d'un oubli, comme probablement le 238+1 de l’Art de la Fugue.
  Tiens, j'écrivais dans le billet précédent que le chiasme était inhérent à l'écriture contrapuntique...

  Je ne détaille pas les 8 phrases trouvées, mais une a attiré mon attention:
Le temps est compté, maintenant : ne cherchons plus midi à quatorze heures.
  C'est la 237e, et sa valeur est 732, 12 fois 61. C'est encore la 48e, des 95 phrases de la partie IV, son exact milieu donc, ce qui n'est possible que parce qu'une phrase a été omise, cette fois intentionnellement, dans cette partie IV (voir supra). Le mot de passe y est "temps", achevant la 4e phrase des 8 du paragraphe codé dans cette dernière partie. Là encore il y aurait de quoi s'interroger sur cette autre apparition des nombres fondamentaux 4-8.
  J'ai  utilisé cette phrase dans un texte envoyé à la liste Oulipo le 12 août à midi:
LX représenterait le nombre soixante des minutes du cadran de L horloge
L se duplique en X suivant leurs rangs alphabétiques L évidence notable
V se duplique en X consensus possible en chiffres comme en pictogrammes
Le temps est compté maintenant ne cherchons plus midi à quatorze heures
Quatorze heures l'exact moment où les aiguilles forment un duplicable V

Chacune de ces phrases a 12 mots et 60 lettres.
Les gématries sont multiples de 12, en progression arithmétique, 696-708-720-732-744. La somme est 3600.
Les 300 Lettres ont pour moyenne 12, L.
Les 60 mots ont pour moyenne 60.
La 4e phrase est tirée de L’art du X de Ricardou, texte ultracodé auquel j’ai consacré plusieurs pages,
  LX c'est donc 60 en chiffres romains, mais aussi 12-24 selon les rangs alphabétiques usuels, peut-être également considérés par Ricardou, car, assez bizarrement*, la 4e des 8 formes du sonnet, L'art duel, expose par ses majuscules un Z, or elle n'est pas introduite par "Z expose un sonnet", mais par "L expose un sonnet". Les 8 formes débutent par V-V-V-L-X-X-X-X, donc
4e forme = L = 12 = Midi;
8e forme = X = 24 = Minuit (la rencontre se situe au Midi-Minuit).
  Il ne faut pas trop de minutie pour composer de tels textes, car je suis secondé par des outils logiciels, et par le hasard, ainsi ma première phrase avait au premier essai la valeur voulue.
  A noter qu'a 14 heures,🕑, l'angle des aiguilles est de 60°, de même qu'à 10 heures, X,🕙.
  J'avais supprimé la ponctuation des phrases pour que leur isocélisme soit immédiat en police à chasse fixe. La fenêtre du blog ne le permet pas, mais on peut voir le texte sur le Gématron.
* Il est possible qu'après les formes en V et en >, Ricardou ait pensé au lambda grec, Λ.

  Les répétitions de passages ne sont jamais totalement identiques, et l'heure du rendez-vous au Midi-Minuit varie ainsi de midi à 14 heures, ou encore minuit. On trouve aussi 10 h 25, soit l'heure où la grande aiguille est sur X, et la petite sur V.

  Je me suis avisé que mon sonnet BACH pouvait être amélioré. J'ai ainsi vu après coup que ses 4 premiers vers débutaient par OCAB, il aurait été mieux venu HCAB, d'autant que la plupart des thèmes de Bach apparaissent aussi sous forme inversée.
  Il était aussi facile d'arriver à des multiples de 14 pour le nombre de lettres et la valeur totale du sonnet. Le plus immédiat était 504 lettres de valeur 6048, soit 504 fois 12. Voici ce à quoi je suis parvenu, en 119 mots (7 fois 17):
Hypnotique leçon, l’expert Art de la Fugue,
Ce testament suprême où le Cantor subjugue.

Avec ses douze sons d’un thème, le tortueux

Bach dévoile son nom aux ultimes mesures.
A chaque fois on l’aime, en s'en lassant un peu,
Et puis au quatorzième on comprend la gageure.

Il revient le Grand Thème, en strette, en inversion,
Hypnotique  leçon, ce testament suprême,
Avec ses douze sons, Bach dévoile son nom.
A chaque fois on l’aime, et puis au quatorzième,
Il revient le Grand Thème, hypnotique leçon.
Avec ses douze sons, à chaque fois on l’aime !
Il revient le Grand Thème, avec ses douze sons,
Il revient le Grand Thème, il revient le Grand Thème.
  Lorsque j'ai passé l'ultime version au Gématron, j'ai vu qu'il indiquait une section d'or parfaite entre les lettres BA et CH, au 9e vers, alors qu'une possibilité de signature de Bach étonnamment redondante est le couple 21-38, BA-CH.
  Qui plus est, la section d'or entière de 6048 est 3738 qu'il est tentant de scinder en 37-38, ou 3.7 = 21 et 38.
  I remember the Alamo, et un tube débile de ma jeunesse, Allô mademoiselle Maillot 38-37... L'un des protagonistes de la pièce radiophonique de Ricardou, Communications, est Gilles Baseille, Maillot 24-48. Il n'a lui pas eu besoin d'y songer, car les multiples Allô ainsi que les indicatifs téléphoniques évoquent la "mise en ondes", Mermoz, Wagram, Sablons... 2448 est aussi un nombre perecquien, avec les 2448 lettres des 17 poèmes de 144 lettres de La clôture, et ce sont des coïncidences sur ces nombres 24-48 qui m'ont conduit à découvrir la grille des Lieux-dits.
  3738 et 6048, ce sont aussi 89 et 144 fois 42, 89 et 144 étant les termes 11 et 12 de la suite de Fibonacci. Dans ma page précitée, je signalais que KUNST DER FUGE avait selon l'alphabet d'alors la valeur 144 (qui est aussi celle de JOHANN SEBASTIAN), et admettait une césure 89-55.
  89 est encore la valeur de RICARDOU selon l'alphabet normal d'aujourd'hui.

  J'en arrive au plus fou. Dans son système, RICARDOU = 71, et il m'est venu que les 118 mots seuls codés du sonnet pouvaient se prêter à 71+47, soit RICARDOU selon son système et PEREC suivant l'alphabet normal.
  J'ai eu la curiosité de regarder ce que ça donnait lettre à lettre:

R : 17 mots des deux premiers vers,
I : 9 mots du vers 3,
C : TEnir et S' 
A : Exalter
R : 17 mots suivants,
D : SON chemin VERS les
O : rien, nada, zéro
U : 20 mots suivants,

(ET) le mot non codé, parmi les 16 suivants
P : 16 mots (codés) suivants,
E : et le texte à SErrure!
R : 18 mots suivants,
E : sens? Il les détient par
C : effet d'écriture...

  RICA  RDOU  &PE  REC, c'est un sonnet de lettres.

  Ricardou revient à diverses reprises sur les nombres 14 et 12 produisant le sonnet d'alexandrins. Il est encore à remarquer que
DOUZE = 71 (= RICARDOU selon son système);
QUATORZE = 123 = GEORGES PEREC (suivant l'alphabet normal).

  En fait, on pourrait considérer 71+48 pour le sonnet complet, 48 étant le nombre ricardolien par excellence. Il est séduisant que la césure tombe après 8 vers et demi, soit 17 hémistiches pour 71 mots.
  La dinguerie est arrivée lorsque j'ai eu la curiosité de soumettre le sonnet au Gématron avec le code ricardolien. Les sections dorées des 491 lettres et de leur valeur 5505 tombent au même endroit, précisément après ces 17 hémistiches ou 71 mots.
  Revoici le sonnet, avec ce découpage en 17 et 11 hémistiches, 303 et 188 lettres, valeurs 3402 et 2103 (et 71 et 48 mots):
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
JOUer POur une lettre au terme d'une CROIX,
TEnir et S'Exalter aux vertus de SA né-
CESsaire désUNion hors la strophe. EN l'étroit
MOT Si clos, il tend SON chemin VERS les sommets.
EN oblique ascendante, NETs, SES vers abymés
COupent la ligne au tourNANT QU'Inflige le trois:
LONg tissage alenTOUR,
303 lettres de valeur 3402
                                           qui asSOuplir saura,
NEuf jusqu'en le REdit de ses aPPOgiatures,
ET le verbe EN ses rêts, et le texte à SErrure!
PUIS le VEStige sûr d'un accent sur le À!
CES RÊves? Il les obtient par abracadabra.
SES sens? Il les détient par effet d'écriture...
188 lettres de valeur 2103
  Ceci est si riche que j'ai d'abord pensé y consacrer le billet suivant, mais la section d'or à 303 pour les lettres m'en a dissuadé, car le présent billet est le 303e de Quaternité.
  Je ne vois d'ailleurs rien de plus à dire de cette suite 188-303-491, sinon que 188 c'est 4 fois 47, valeur de PEREC (selon l'alphabet normal). J'ai vu plus haut les 284 phrases codantes correspondre à 4 fois 71, valeur de RICARDOU suivant son système.
  5505 est le 12e terme d'une suite additive débutant par 3 et 60.
  12 et 60 sont les subdivisions du cadran de l'horloge.
  3-60 peuvent évoquer les 3 strophes de 60 vers du Compendium du chapitre 51, dont le dernier vers omis a peut-être inspiré l'omission de la phrase codant pour le ET du sonnet.
  A remarquer au passage que Perec titre ce chapitre LE CHAPITRE LI, et que l'autre mot non directement codé par une phrase dans L'art du X est "il", renversement de LI.
  La suite additive se poursuit ainsi, 3-60-63-123, avec donc pour 4e terme la valeur de GEORGES PEREC (selon l'alphabet normal). Dans ses brouillons de "53 jours", Perec avait calculé toutes les possibilités d'avoir 53 dans une suite additive, le critère retenu étant que 53 en soit au moins le 4e terme.
  Le 10e terme (X!) de la suite 3-60-63-123 est 2103, alors qu'ont été vus 123, valeur de GEORGES PEREC, et 213, valeur de WINCKLER+BARTLEBOOTH.
  Le 11e terme est 3402, dont une factorisation est 42 fois 81, dont la somme est 123. J'avais remarqué
NOM PRENOM = 42+81 = 123 = PEREC GEORGES.
  Le 12e terme 5505 peut évoquer VV-V, mais la confrontation 55-5 me rappelle d'abord la fabuleuse coïncidence survenue juste avant mon 60e anniversaire, avec une BD montrant 5 fois 12 éléments (dans un cercle, et le comptage est opéré à partir de "midi"!) correspondre aux 60 premières lettres du "mot de Fibonacci":  Il s'agit des 60 premiers termes de la suite OEIS A005614, 60 qui selon Zeckendorf se lit 55+5, et j'y découvris un commentaire d'un colistier Oulipo posté le jour de mon 55e anniversaire; mon commentaire posté exactement 5 ans plus tard fut accepté par le site.

  Et l'autre équilibre doré, 17-11 pour les hémistiches? C'est le seul cas que je connaisse où, à une harmonie dorée entre nombres, correspond une autre harmonie dorée entre les valeurs des noms de ces nombres,
DIX-SEPT / ONZE = 97/60 = 1,6166...

  Davantage, le message en colonne
X ajoute ces mots en colon/ne et puis cesse.
compte 34 lettres partagées en 21-13 entre les deux parties, parfait équilibre fibonaccien qui apparaissait aussi pour l'acrostiche de l'Hypnerotomachia Poliphili,
Poliam frater Francescus Co/lumna peramavit.
où cette césure selon les deux parties de l'oeuvre, tombant aussi dans le mot "colonne", livre selon l'alphabet latin les valeurs 252 et 156, 21 et 13 fois 12.

    Il m'est arrivé d'énoncer, à propos de diverses harmonies numériques, que c'était extraordinaire si c'était intentionnel, mais que ça l'était plus encore si ça ne l'était pas. Je me demande si l'inverse ne serait pas plus adapté ici, tant il serait difficile de construire une triple harmonie dorée de ce type, valable pour hémistiches, lettres, valeurs des lettres, pour un texte qui a de multiples autres contraintes.
  J'imagine que ces concepts d'harmonie dorée dans un sonnet sont peu familiers pour le commun des mortels, mais ils me sont essentiels depuis longtemps. Ainsi une de mes premières propositions à la liste Oulipo, le 24 janvier 2002, a été un sonnet sur le nombre d'or, avec des doubles césures sur les pieds, 64-40-64, les mots, 42-26-42, les lettres, 178-110-178. Il débutait par ces vers, présentant le nombre d'or comme solution de l'équation X=1+1/X:
Soit Un virgule ou point six cent dix-huit ; ainsi
Indique-t-on volontiers, en l'arrondissant,
X tel qu'égal à son inverse plus un, si !
  Mes 14 vers offraient aussi l'acrostiche SIX CENT DIX-HUIT (les solutions de l'équation X=1+1/X sont 1.618... et -.618...).
  Le 16 décembre 2004 j'ai proposé une traduction du sonnet d'Alberti A LA DIVINA PROPORCIÓN. L'original avait une éventuelle harmonie dorée à la petite section d'or, en 11-17 hémistiches, j'y ai adjoint des équilibres 32-51 pour les mots et 144-233 pour les lettres.
  Puis il y a eu le Gématron en 2006, et je l'ai utilisé pour ajouter la gématrie aux autres harmonies, dans divers sonnets. Ricardou, lui, ne s'est jamais mis à l'informatique, même pas à la machine à écrire.

  Je reviendrai dans un prochain billet sur d'autres coïncidences entre mes productions dorées et L'art du X.
  On pourrait avancer qu'il est normal que différentes césures de L'ardu X(=1+1/X) tombent environ au même endroit. C'est vrai, mais tout est dans cet "environ", et les césures observées sont aussi exactes que possible. Si on lance 20 fois une pièce en l'air, elle retombera environ 10 fois sur face et 10 fois sur pile, mais le calcul des probabilités prévoit que le partage exact 10-10 n'apparaît qu'une fois sur 6 (environ!), et la probabilité du partage exact 50-50 devient infime pour 100 lancers.
  J'ai passé bien des sonnets au Gématron sans y entrevoir d'équilibres aussi parfaits, il est vrai sans avoir recours au codage ricardolien, et à ce propos il est frappant qu'il y ait un fort déséquilibre entre les nombres de O, la lettre nulle, dans les deux parties du sonnet, soit 22 O parmi les 303 premières lettres, et 3 O seulement parmi les 188 autres. A priori, ceci ne favorise pas l'équilibre gématrique.

  Les différents écrits de Ricardou font souvent appel aux nombres, mais on n'y trouve pas de sophistication explicite, la revendication la plus hardie étant la construction des Lieux-dits en 8 chapitres de 8 sections chacun. Il me semble évident que certaines réalisations vont bien au-delà, je n'y reviens pas.
  Si Ricardou a procédé à la réduction 1+7 = 8 pour son jour de naissance, je ne vois pas comment il aurait pu ne pas le faire pour son initiale R, et son "corrélat dans l'alphabet" 17, plus significatif puisque son patronyme s'écrit avec 1 majuscule et 7 minuscules. Ceci aurait aisément pu le conduire à calculer la somme associée, un 71 tout aussi significatif. De là à une construction telle que L'art du X avec ses multiples 17 et 71...
  Les indices sur le nombre d'or sont des plus ténus. Il y a bien une phrase de Révélations minuscules débutant par "Or" et finissant par "nombre". Je ne vois toujours pas ce que cache sa dernière phrase, ses 226 mots peuvent-ils faire allusion au Modulor, en relation avec les 183 mots de la phrase précédente, les 113 mots de la 183e phrase?
  Dans ce texte, et ailleurs aussi, Ricardou exprime son admiration pour Valéry, lequel a préfacé Le nombre d'or de Matila Ghyka. On associe aussi Valéry au nombre d'or, à cause notamment d'un vers des Cantiques des colonnes (1922), "Filles des nombres d'or", mais je ne suis pas certain que Valéry ait eu alors Phi en tête. Tiens, Ricardou a "ajouté ces mots en colonne"...

  Il existe des génies qui échappent au sens commun, même dans leur domaine d'activité. Je cite volontiers John Hendricks, un autodidacte ayant découvert en 1950 l'arrangement des 81 premiers nombres en un hypercube magique, mais il lui a fallu 12 ans pour publier sa découverte parce que divers spécialistes auxquels il l'a soumise, estimant que c'était impossible, se sont refusés à vérifier ses calculs.
  Tiens, la constante magique de cet hypercube est 123, et elle apparaît dans 132 alignements distincts (123 et 132 valeurs des colonnes NOM PRENOM, un cas pour moi emblématique des surcodages inopinés survenant lors d'écriture codée).
  Tiens, John Hendricks est mort le 7/7/7 à 77 ans.

  L'art de Hendricks tenait à un sens exacerbé de la logique numérique, mais ceci ne l'a pas empêché de mener une vie sociale normale. Divers troubles neurologiques, comme le syndrome d'Asperger, révèlent d'extraordinaires possibilités du cerveau de procéder à des calculs très complexes de façon quasi-instantanée. Ces capacités peuvent bien sûr apparaître chez des personnes "saines".
  Les jungiens ont encore à leur disposition l'inconscient collectif et la synchronicité pour rendre compte de toutes les bizarreries, qui, quelle que soit leur origine, méritent à mon sens d'être étudiées...

   Si l'écriture de ce billet m'a conduit à ces nouvelles vues sur la dernière forme du sonnet, il m'est aussi venu quelque chose sur les seules 6 lettres de son titre, L'ardu X.
  J'avais déjà vu que, puisque la croix X est "au terme d'une croiX",
"arduX" = "arducroiX" = ricardou + X,
mais l'autre majuscule peut être prise en compte et mettre "ricardou" au centre de LX, soit le 60 du cadran de l'horloge, ou les lettres de rang 12-24 correspondant à Midi-Minuit, le café du rendez-vous.
   Je remarque encore l'homophonie L-"elle". Les 5 premières formes du sonnet débutent par
V (ou L, ou X) invente (ou impose) une règle. Elle suppose un sonnet,
tandis que les 3 dernières ont
X impose (ou invente) une règle. Il suppose un sonnet,
  Je ne sais trop qu'en déduire, sinon que le pronom semble d'abord désigner la règle, puis X. J'avais noté que les formes 4 et 8 avaient L et X, mais elles ont aussi "Elle" et "Il", deux mots de valeurs fibonacciennes, 34 et 21, un couple masculin-féminin pouvant aussi correspondre aux triangles Λ-V se superposant en X... avec toujours Λ pour le lambda grec, L, "elle"... La créature "de rut" du Lapsus circulaire donne ainsi le moyen de la joindre: "Renverse la série 19-20-17-45, chéri, et tu lambderas de l'i grec". C'est vraisemblablement à la minuscule lambda que pensait Ricardou, λ renversement du y. Erreur ou suprême astuce, le 9 du 19 donné correctement plus haut comme corrélat du T est page 47 renversé en 6, ce qui donne la lettre de rang 16, soit Q...

   Toujours est-il que pour ce 303e billet de Quaternité j'ai souhaité un titre de valeur 303 où figureraient 12, 24, et LX. Ayant casé "douze" et "vingt-quatre", il fallait pour atteindre 303 un mot de valeur 78, et l'un des rares mots de valeur 78 contenant LX est "galaxies", qui m'a aussitôt séduit en pensant que l'ami Patrick appelle lucioles les coïncidences isolées, constellations les ensembles de coïncidences. Avec galaxies on passe au stade suivant...

  Avant d'avoir découvert les nouvelles vues sur la dernière forme du sonnet, je comptais développer plus avant les parallèles entre l’Art de la Fugue et L’art du X, et un premier titre a été
"J'aurai donc ré mineur", épilogue Bach
donnant la parole à Bach, lequel aurait conclu que la tonalité de ré mineur (celle de l’Art de la Fugue) était la plus propice pour caser la séquence de notes B-A-C-H. "J'aurai donc ré" est l'anagramme de "Jean Ricardou".

   J'ai décidé de ne publier qu'un billet par mois cette année, à des dates jumelées, excepté pour celui de janvier, publié le 6 au lieu du 1er. Ceci va être rattrapé par le présent billet, publié le 4/9 au lieu du 9/9, car c'est le 248e jour de cette année 2020.

8.8.20

Homme sage,
demain tu reliras Perec


  J'ai fait de nombreux ajouts au précédent billet, après sa première publication, et j'ai finalement décidé de consacrer un autre billet aux romans de Thilliez, que voici.


  J'ai relu un Thilliez qui est loin d'être mon préféré, La forêt des ombres (2006), où l'infirme Arthur Doffre demande à David Miller d'écrire un livre sur le Bourreau 125, un affreux tueur qui a massacré sept couples 27 ans plus tôt. La rémunération est si fabuleuse que David accepte les conditions de Doffre, venir avec sa famille dans un chalet isolé en Forêt-Noire.
  Le Bourreau 125 tatouait des séries de chiffres sur le crâne des enfants des couples qu'il tuait après un atroce chantage. Il y a d'abord eu 101703, et David s'aperçoit que ça pourrait correspondre à l'inscription Oktober 1703 gravée en profondeur sur un chêne autour duquel a été construit le chalet.
  Le nombre suivant, 101005, apparaît sur une photo découverte sur place. David se pose des questions, et envisage de quitter les lieux, mais une tempête de neige l'interdit.
  Puis une jeune femme en piteux état arrive au chalet. Elle répète la suite de chiffres en allemand neun... acht... sieben... acht... vier..., 98784, le nombre trouvé tatoué sur le crâne de l'enfant du troisième couple assassiné. Lorsqu'elle recouvre ses esprits, elle dit se nommer Emma, avoir eu un accident de voiture, et que ce nombre 98784 était celui indiqué par le compteur kilométrique au moment de l'accident.
  Ma marotte gématrique m'avait fait remarquer le nom
ARTHUR DOFFRE = 86 + 54 = 140,
nombres de la série bleue du Modulor. Je rappelle que Le Corbusier a construit son système à partir de deux séries additives, la série rouge qui correspond à la série de Fibonacci exprimée en demi-pouces, et la série bleue doublant ces valeurs, en pouces donc. Les équivalences dans le système métrique donnent 16-27-43-70-113 cm pour la série rouge, 32-54-86-140-226 cm pour la série bleue (correspondant à 13-21-34-55-89 pouces).
  J'ai été sidéré de trouver les chiffres allemands correspondre à
NEUN ACHT SIEBEN ACHT VIER = 54+32+54+32+54 = 226
soit la longueur exacte en cm de l'instrument Modulor, ruban gradué avec les séries rouge et bleue, car une concession a été faite au système métrique, et les mesures 113 et 226 cm sont les seules exactes du système, les autres nombres en pouces et cm étant des approximations commodes.
  Ce croquis du Corbusier est supposé montrer la parfaite adéquation de son système avec les postures courantes d'un homme, pourvu qu'il mesure 6 pieds ou 183 cm:
  On y voit 226 construit à partir des éléments 16 et 27 de la série rouge, dont les doubles sont 32 et 54. C'est pour le moins étonnant de trouver quelque chose d'équivalent "construit" à partir des valeurs des noms de chiffres en allemand, avec d'autres curiosités:
- l'ordre des chiffres permet une quadruple césure d'or de 226 (54-32-54/32-54, 140/86, ou 54-32/54-32-54, 86/140, et 54-32-54 mène à 54-32/54, 86/54 ou 54/32-54, 54/86);
- ils sont donnés par EMMA=32, et il s'avèrera que c'était une complice de DOFFRE=54;
- ARTHUR DOFFRE = 86+54 = 140 n'est autre que le BOURREAU 125 = 101+125 = 226 (voir ces nombres énigmatiques sur le Gématron).

  L'édition Pocket peut livrer le nombre suivant, le texte du roman s'achevant page 366. Le Corbusier a fini ses jours dans son cabanon Modulor, de 366x366 cm. Je rappelle son nom réel,
CHARLES-EDOUARD JEANNERET = 226.
 
Note du 15/08: Je viens de relire Sharko (2015), et y ai trouvé de multiples indices suggérant l'intérêt de Thilliez pour Le Corbusier et la suite de Fibonacci. 
- Sharko y enquête sur l'assassin de 13 personnes, 5 hommes et 8 femmes, 5-8-13 nombres consécutifs de Fibonacci.
- Le tueur appartient à un trio, qu'il a représenté sous la forme d'1 grand diable et de 2 diablotins sur une peinture où figurent aussi les 5+8 victimes, 1-2-3 nombres précédents de Fibonacci.
 Le tueur avait inscrit dans sa chair chacune des victimes, par 13 scarifications. Sharko a maquillé son cadavre en le lacérant de 21 coups de couteau, 21 nombre suivant de Fibonacci.
- Une victime du trio se nomme Grégoire CORBUSIER (!), 34 ans, 34 nombre suivant de Fibonacci.
- Le nombre suivant 55 apparaît aussi dans le roman, et le suivant, 89, le structure car il a 1 prologue, 87 chapitres, et 1 épilogue.

  L'intrigue de La forêt des ombres est grand-guignolesque et aussi difficile à prendre au sérieux que la théorie du Corbusier, mais on a confié de grandes réalisations à l'architecte, et le romancier a pu publier d'autres livres,  bien meilleurs à mon sens.

  Je ne crois pas avoir jusqu'ici rencontré une telle concentration de nombres significatifs, du moins dans un texte où une contrainte n'est pas clairement affichée, et il y a d'autres éléments ébouriffants, comme cet édifice de 32 et 54, correspondant selon le Modulor à 13 et 21 pouces, alors que c'est la construction en 21 et 13 chapitres de Deuils de miel, paru aussi en 2006, qui m'avait fait scruter les romans de Thilliez.
  Les numéros 13 et 13121 de Deuils de miel dans les collections Rail Noir et Pocket m'avaient été significatifs, et celui de La forêt des ombres en Pocket me l'est aussi, 12986, multiple de 86 (151 fois 86), le nombre au coeur de la série 32-54-86-140-226.
  Dans le Manuscrit inachevé, le faux cadavre de David Jorlain, retrouvé à moitié calciné, m'avait évoqué une autre substitution d'identité grâce à un cadavre brûlé, dans Le triangle d'or de Leblanc, où il y a aussi une étonnante accumulation de valeurs correspondant à la série bleue du Modulor.
  Et puis le nombre 98784 a quelques propriétés supplémentaires. Ses facteurs sont 25x32x73, permettant par exemple la factorisation 288x73, pouvant évoquer la naissance de Thilliez le 288e jour de 73 (15 octobre 1973).
  C'est aussi un multiple de 144, 12e terme de la suite de Fibonacci, et la valeur obtenue pour les chiffres, 226, correspond en pouces à 89, le terme précédent.
  Ces nombres sont supposés correspondre aux battements du coeur du Bourreau lors des journées de ses crimes. Comme il y a 1440 minutes dans un jour, 98784 est le seul nombre de la série livrant un résultat sans arrondi, 68,6 battements à la minute.

  Par ailleurs 987 est le 16e terme de la suite de Fibonacci, et 84 le 8e terme de la suite de Fibonacci quadruplée, celle qui m'intéresse pour l'échange Haemmerli-Jung (84/52) dont j'ai trouvé un écho dans le couple de tueurs Chmielnik-Lavache (aussi 84/52) de Il était deux fois, la mort de Chmielnik ayant peut-être quelque chose à voir avec l'éventuelle survie de Lavache, alias Traskman.
  Ceci m'a conduit au nombre 610, 15e terme de la suite de Fibonacci et valeur de la lettre grecque khi, Xi, lettre du chiasme, de l'échange. Le rapport 987/610 (1,618032...) est si proche du nombre d'or (1,618033...) que la section d'or arrondie de 98784 est 61052 (610-52 pourrait s'appliquer à Lavache ayant réussi un chiasme analogue à celui de son personnage David Jorlain).

  La curieuse égalité de trois noms de chiffres en allemand, m'a fait regarder les autres chiffres, et découvrir que sechs, "six", a aussi pour valeur 54. Ceci permet une ENG immédiate (égalité numéro-gématrique):
VIER+NEUN = SECHS+SIEBEN = 108
4+9 = 6+7 = 13
  On trouve encore selon le principe ayant mené de 98784 à 226,
86 = ACHT+SECHS = 32+54 = 86

  Les chiffres tatoués sur le crâne m'ont fait penser à un autre Thilliez, [ANGOR] (2014). Le 14 août 2012 est trouvée une jeune femme livrée à elle-même dans une grotte depuis des mois. Elle a des chiffres énigmatiques tatoués sur le crâne, et les enquêteurs découvrent qu'elle est la douzième femme enlevée dans des conditions similaires.
  Le 14 août m'est une date essentielle, car c'est ce jour que tombe la grande section d'or de l'année. Lorsqu'elle est bissextile, cette section d'or tombe vers 5 h du matin, et donc, en jours entiers, l'année de 366 jours se répartit en
226 jours du 1er janvier au 13 août, et 140 jours du 14 août au 31 décembre.
  Ce billet du 13 août 2008 m'avait été l'occasion de découvrir ceci:
TREIZE AOUT = 83+57 = 140.
  Le principal criminel de [ANGOR] est un enfant adopté qui a découvert à la quarantaine qu'il avait un frère jumeau, et qui le tue, ce qui est très proche de ce qui se passe dans le Manuscrit inachevé.

   Je rappelle que les 84 chapitres de Il était deux fois livrent par leurs lettrines ce message en 84 lettres:
  Le romancier Caleb Traskman est vivant, vous l'avez peut-être croisé entre ces pages, c'est cela la magie.
   Les deux dénouements du Manuscrit inachevé de Traskman actualisent les deux possibilités de l'affrontement entre Léane et le jumeau de son mari, David Jorlain. Les dernières phrases livrent les acrostiches
CESTLEANE et ABRACADABRA, de valeur 84 et 52, rapport 21/13, 8 et 7es termes de la suite de Fibonacci. Ces lettres ôtées, il reste dans les deux phrases 29 et 47 lettres, 7 et 8es termes de la suite de Lucas. L'une des propriétés de ces suites s'énonce ainsi
FmLn + FnLm = 2Fm+n
Pour m = 7 et n = 8, on a
F8L7 + F7L8 = 21x29 + 13x47 = 609 + 611 = 1220 = 2F8+7 = 2F15
F15 est donc 610, un nombre qui est aussi la valeur du nom de la 22e lettre de l'alphabet grec, chi, ou khi, Xi (lettres de valeurs 600 et 10 dans l'alphabet numéral grec), la lettre d'où vient le "chiasme", décrivant un ensemble quelconque où les éléments A et B s'inversent en B et A.
  Or le premier membre de l'équation vue plus haut, FmLn + FnLm, est un chiasme, de même que le double dénouement du Manuscrit inachevé, Léane vit et David meurt dans la version du fils Traskman, Léane meurt et David vit dans la version du père, Caleb Traskman, pseudo de Christian Lavache, dont le prénom est issu du grec Xριστός, "oint", débutant par un X, un chiasme.
  Les valeurs 84 et 52 de CESTLEANE et ABRACADABRA sont aussi celles de CHMIELNIK et LAVACHE, les deux principaux membres de la Société du Xiphopage.
  Les deux autres membres sont ABERGEL et KALININE, valeurs 50 et 75, en rapport fibonaccien 2/3, somme 125. Les valeurs des 29 et 47 lettres complétant CESTLEANE et ABRACADABRA sont 375 et 625, 3 et 5 fois 125.

  Tiens, 125 comme le Bourreau 125, et la valeur 101 de BOURREAU m'avait fait entrevoir quelques équivalences laissées de côté dans le précédent billet:
CHRISTIAN = 101, le vrai prénom du principal assassin de la Société du Xiphopage, or
ASSASSIN = 101
SOCIETEDU  XIPHOPAGE = 101+101 = 202
  Je rappelle que la voiture qui transporte les victimes de David Jorlain est immatriculée JU-202-MO.
  Quelques autres mots de valeur 101, miroirs, frérots, parallèles, ambidextre, simulacre, romancière, et Thilliez...


  Je passe à une autre piste vertigineuse, esquissée dans le précédent billet, le rapprochement entre Il était deux fois et The Greek Coffin Mystery, d'Ellery Queen (1932).
  Le roman de Queen a 34 chapitres, répartis en deux books, "livres", de 21 et 13 chapitres, dont les titres sont formés de mots uniques. Le titre The Greek Coffin Mystery est énoncé en acrostiche dans le premier livre, tandis que le second épelle By Ellery Queen.
  Ce jeu a été perdu dans les deux traductions françaises, toutes deux parues sous le titre Deux morts dans un cercueil. Ces deux morts sont Georg Khalkis, galeriste de New York mort accidentellement, et Albert Grimshaw, voleur d'une toile de Léonard de Vinci. Un incident conduit à ouvrir le cercueil de Khalkis quelques jours après sa mort, et on y découvre le corps de Grimshaw, assassiné.
  Le premier livre débute par une coupure de journal, Georg Khalkis, dead at 67 of heart failure, et s'achève sur le nom Albert Grimshaw, dont la face "lunaire" apparaît dans un rêve.
  Ses initiales sont AG, pouvant évoquer l'élément Ag, l'argent, par ailleurs homologué à la lune, tandis que khalkis signifie "cuivre" en grec. Les numéros atomiques de ces éléments sont 47 et 29. J'avais remarqué que c'étaient comme 21 et 13 les 8 et 7es termes des suites de Lucas et Fibonacci, mais c'est la lecture de Thilliez qui m'a fait prendre conscience que Khalkis, Χαλκίς, débute par la lettre Khi.
  Un élément secondaire du roman est que Khalkis était aveugle, mais un rebond survient dans un autre Queen, publié 36 ans plus tard, The House of Brass, où est assassiné Hendrik Brass, magnat du cuivre, aveugle (brass signifie "cuivre"). Le roman est fort décevant, et je soupçonne fortement Lee, l'autre Queen, d'avoir publié un projet avorté de son cousin Dannay, sans son accord (Dannay a dénigré ce roman dans une interview, sans en dire plus).
  Curiosité, le titre de la traduction française
LA MAISON AUX ETRANGERS = 257
a la même valeur que
THE GREEK COFFIN MYSTERY = 257

  J'ai repris ce Queen en 2001 à la suite de la lecture d'un article de la revue Europe 825-826,  Mallarmé et le Nombre d’Or, où Gehrard Goebel évoque l’acrostiche courant sur les 38 chapitres de l’Hypnerotomachia Poliphili, le Songe de Poliphile (1499), avançant l’idée que son climax est la découverte du tombeau d'Adonis au milieu du chapitre 24, divisant l’ouvrage en 23,5 et 14,5 chapitres, soit le rapport doré
23,5/14,5 = 47/29.
  Ceci m'est apparu fort contestable, d'autant que le livre a deux parties de 24 et 14 chapitres, les chapitres de la seconde partie étant bien plus courts que ceux de la première. Le tombeau grec m'a rappelé l'acrostiche du roman d'Ellery Queen, où la répartition 21/13 est immédiate.
  Je me suis intéressé à l'acrostiche du Songe,
POLIAM FRATER FRANCISCVS COLVMNA PERAMAVIT
et ai remarqué que la division de l'ouvrage en 24 et 14 chapitres le répartissait en
POLIAM FRATER FRANCISCVS CO = 252 = 12 x 21
LVMNA PERAMAVIT = 156 = 12 x 13

  La césure survient dans le nom de l'auteur présumé, Franciscus Columna, Francesco Colonna, lequel semblait prédisposé à inscrire son nom "en colonne". L'idée de Goebel de choisir comme césure d'or le milieu du chapitre 24 peut s'accorder à ce 21/13, puisque la lettrine O est au début de ce chapitre.
  C'est encore une fois Thilliez, Franciscus Tilius, qui m'a fait me demander s'il y avait du chiasme dans le Songe, ou la lettre grecque khi (chi), or le premier mot du titre original est un néologisme forgé à partir du grec, HYPNEROTOMACHIA, "combat entre le rêve et l'amour", et le "combat", μαχία, est un mot de 5 lettres avec un khi en son centre.
  L'écriture en grec livre une curiosité, car selon l'alphabet numéral grec,
Υπνερωτομαχία = 2457 = 9 x 21 x 13.
  La scission livre
Υπνερωτο  μαχία =1805 + 652, et il y a eu une fameuse bataille en 1805, terme de l'épopée napoléonienne.

  Il existe ainsi trois livres offrant une remarquable série de points communs:
- un acrostiche couvre tous leurs chapitres, acrostiche dans lequel apparaît le nom de l'auteur, réel ou présumé;
- des possibilités dorées permettent de faire apparaître les rapports 21/13 et 47/29, les 8 et 7es termes des suites de Fibonacci et Lucas, les deux suites additives particulièrement liées au nombre d'or;
- une propriété chiastique relie les suites de Fibonacci et Lucas, et elle mène dans ce cas des couples 21-13 et 47-29 au 15e terme de la suite de Fibonacci, 610, valeur du nom de la lettre chi ou khi, apparaissant dans les trois oeuvres, avec machia, Khalkis, et Christian Lavache, vrai nom de Caleb Traskman.

  Par ailleurs les chiasmes sont multiples dans Il était deux fois, voir le billet précédent, et j'en vois d'autres. L'acrostiche suggère que Christian Lavache, alias Caleb Traskman, ne serait pas mort, alors que son suicide a été officialisé début 2018, et le second membre du Xiphopage est Henri Chmielnik, alias Arvel Gaeca, mort d'une crise cardiaque en 2015. Chmielnik est le nom d'une ville polonaise s'écrivant en cyrillique Хмельник, débutant par la lettre Х, Kha, venant du Khi grec. Ce pourrait être un double chiasme, avec le prénom de l'un débutant par la même lettre que le nom de l'autre et cette lettre est celle à l'origine du chiasme.
  Les pseudos des deux tueurs sont dérivés des noms de deux assassins. Arvel Gaeca est l'anagramme de Le Caravage, le peintre qui a dû s'exiler après avoir tué quelqu'un à Rome.
  Caleb Trask est l'un des jumeaux d'A l'est d'Eden, responsable de la mort de son frère Aaron. Le père se nomme Adam Trask, et Steinbeck s'est inspiré du meurtre originel d'Abel par son jumeau Caïn. Le "man" de Traskman pourrait faire allusion à Adam, le mot adam signifiant "homme" en hébreu.
  Caïn exclu d'Eden a été marqué d'un signe, 'ot qui signifie aussi "lettre". Parmi les diverses interprétations envisagées, il y a la lettre tav, qui en paléo-hébraïque était une croix en X.
  Caïn et Abel, Caleb et Aaron, Caleb et Arvel... Je vois mal quelle relation il pourrait y avoir entre la mort d'Arvel et l'éventuelle survie de Caleb, mais peut-être Thilliez apportera-t-il une solution dans l'opus de 2022.
  Le manifeste de la Société du Xiphopage débute ainsi (ce qui peut évoquer l'édition originale de The Greek Coffin Mystery, dont la 4e de couv' débutait par The fine art of murder):
Depuis le meurtre d'Abel par Caïn, l'artiste a figuré le crime.
  Il est signé des initiales des quatre membres, CT, AG, AA et DK. Les deux premiers semblent les principaux, et leurs initiales correspondant aux bases de l'ADN font le lien avec [GATACA], où trois scientifiques ont imaginé une solution au problème de la "bombe P" (la surpopulation) en important le génome de la tribu amazonienne Ururu (un palindrome), où les mâles sont saisis de frénésie meurtrière peu après être arrivés à l'âge adulte, puis se suicident.
  Ceci est lié à la chiralité, dont la racine est un autre mot grec débutant par la lettre khi, χείρ, "main". Les Ururus sont gauchers, et leur vision s'inverse à l'âge adulte; ils voient les paysages à l'envers, et souffrent de tels maux de tête qu'ils se tuent.


  L'ADN, au centre de ce roman, est le lieu de multiples chiasmes. L'unité essentielle est le chromosome, dont la racine est un autre mot grec débutant par la lettre khi, χρώμα, "couleur", et sa structure est apparentée à un X, comme le montre le génome humain:
  C'est par hasard que les seuls chromosomes identifiés aujourd'hui par des lettres sont X et Y, parce qu'on a d'abord compté 23 paires autosomes, identifiées par les lettres de A à W, plus les chromosomes sexuels XX ou XY, mais plus de précision a conduit à 22 paires autosomes.

  Le constituant essentiel du chromosome est le double brin d'ADN, chaque brin étant une chaîne de plusieurs dizaines de millions de nucléotides. Le brin codant est dit 5'-3', portant l'information contenue par les bases distinguant les nucléotides, symbolisées par leurs initiales, ATGC. L'autre brin, 3'-5', est dit antiparallèle, il contient la même information, selon la complémentarité des bases ATGC y devenant TACG.  
  Lors de la réplication, les deux brins se séparent, et la machinerie cellulaire complète chaque brin pour former deux molécules d'ADN à deux brins.
  Lors de la transcription, un secteur de l'ADN s'ouvre pour transmettre son information par l'ARN messager, à un seul brin, les bases ATGC devenant UACG. Il est supposé que jadis l'ADN utilisait aussi l'Uracile, ensuite remplacé par la Thymine. Toujours est-il que les lettres du code génétique sont UAGC, pouvant donner les symboles Ag et Cu de l'argent et du cuivre.

  Tout ceci est fascinant, mais bien décrit ailleurs, et je reviens à [GATACA], où les scientifiques dévoyés ont fécondé une femme avec du sperme Ururu, et ont baptisé l'enfant né sous X (!) le 4 janvier 1987 Grégory Arthur Tanael Carnot, GATC... En 2011, le gène de violence activé le conduira à tuer, par hasard (?), les jumelles de Lucie Henebelle, et il se tuera peu après en prison.
  Il peut y avoir davantage, car la gématrie, utilisée ailleurs explicitement par Thilliez, livre
GREGORY ARTHUR TANAEL CARNOT = 95+86+53+71 = 305.
  Le rare prénom Tanael pourrait avoir été choisi pour évoquer le brin 5'-3', tandis que le total 305 désignerait le brin 3'-5'.
  Par ailleurs 305 est la moitié de 610, valeur du grec Khi.

  Il est le plus souvent appelé Grégory Carnot, avec pour initiales les bases complémentaires G-C. Arvel Gaeca a lui pour initiales les symboles des purines, Adénine et Guanine, tandis que Caleb Traskman correspond aux pyrimidines Thymine et Cytosine qui leurs sont complémentaires.

  Le dénouement de Caleb est donné en écriture manuscrite, probablement de la main de Thilliez, s'achevant sur une page numérotée 495. Je remarque que le rapport 305/495 est égal à 61/99, les valeurs de NOUVEAU ROMAN évoquées dans le précédent billet, à propos d'une autre dernière page. Un roman peut en cacher un autre.


  Les voisinages de 610, nombre du chiasme, et des suites de Fibonacci et Lucas me rappellent un cas extérieur à la littérature, mais je suis très loin d'être sûr qu'il existe un rapport logique entre les trois oeuvres littéraires étudiées plus haut.
  Lorsque j'ai lu l'étude d'Europe citée supra, sur le nombre d'or chez Mallarmé, j'ai été peu convaincu par les exemples donnés, et ai eu l'idée de tester un ensemble de nombres que je connaissais bien, les nombres de mesures des pièces du premier cahier du Clavier bien tempéré.
  J'ai composé trois feuilles Excel avec les nombres de mesures des préludes, ceux des fugues, et ceux des ensembles prélude-fugue. J'ai regardé parmi toutes les sommes de pièces consécutives ainsi apparentes s'il apparaissait des nombres de Fibonacci, ou des nombres de Lucas, ou leurs multiples, parce que ce sont les suites additives les plus immédiates.
  J'ai relaté dans une page aujourd'hui disparue des résultats qui m'avaient surpris, mais l'un d'eux me semble aujourd'hui bien plus frappant que je ne l'avais jugé alors.
  Il y a deux ensembles "dorés", le 14 avec 24-40 mesures, ce qui correspond au rapport fibonaccien 3/5, et le 24, 47-76, deux nombres de Lucas, donnant un excellent rapport d'or,
76/47 = 1,617... (le nombre d'or est 1,61803...), alors que
40/24 = 1,666...
  Ceci ne me semblait intéressant que dans la mesure où les 11 fugues 14 à 24 totalisent 610 mesures, 15e terme de la suite de Fibonacci, et
les 7 fugues 14 à 20 totalisent 377, 14e terme,
les 4 fugues 21 à 24 totalisent 233, 13e terme,
377/233 = 1,61802...

  Ce n'est qu'aujourd'hui, encore grâce à Thilliez, que j'entrevois où peut mener ce jeu, avec un rapport fibonaccien pour le PF 14, un rapport de Lucas pour le PF 24, et 11 fugues 14 à 24, nombre de Lucas, totalisant 610, nombre de Fibonacci, avec un parfait découpage 7-4 correspondant à 377-233.

  J'avais vu plus tard que 610 correspond au ΧΙ grec, mais XI est aussi 11 en chiffres romains, ainsi 11 fugues = 610 mesures pourrait aussi s'écrire ΧΙ = XI...
  Le piètre hébraïsant que je suis s'est aussi émerveillé des 377 mesures des 7 premières fugues, car 377 est la valeur de "sept" en hébreu, sheva'a. Quant aux 4 dernières fugues, j'ai déjà souligné la correspondance entre les 24 tonalités et le titre qu'a donné Bach à son oeuvre, DAS WOHLTEMPERIRTE CLAVIER, en 24 lettres; à ces 4 fugues correspondraient les 4 dernières lettres, VIER, "quatre" en allemand.
  Il y a aussi des choses à dire sur les 11 préludes correspondants, totalisant 297 mesures, 11 fois 27. Les 13 autres préludes totalisent 522 mesures, 18 fois 29, deux nombres de Lucas, alors que le 11e a 18 mesures, et le 18e 29 mesures. 11-18-29-47-76, la suite de Lucas semble très présente dans ce premier cahier, dont le nombre total de mesures, 2088 (4 fois 522), peut se factoriser en 3 nombres de Lucas, 4x18x29. Je rappelle qu'en comptant 48 pièces, la 47e est le prélude 24 en 47 mesures, le seul à répétitions, et la fugue associée a 76 mesures. A la fin de cette fugue, Bach a apposé l'une de ses signatures sur le manuscrit de l'ensemble, SDG, pour Soli Deo Gloria, "à Dieu seul la gloire", signature employée pour plusieurs autres oeuvres.
  Les rangs de ces lettres SDG sont dans l'alphabet latin 18-4-7, soit trois nombres de Lucas, dont la somme est un autre nombre de Lucas, 29.

  Il y a d'autres choses à dire sur ces 11 ensembles, et j'ai remis en ligne une page qui leur était consacrée, mais pour l'heure peut-on envisager des échos entre Bach et les autres points commun entre les trois oeuvres littéraires vues supra.
  Chiasme et chiralité font partie de l'écriture polyphonique, notamment au sens propre pour "chiralité" dans l'écriture pour clavier, où au moins une voix doit passer souvent d'une main à l'autre.
  Bach a-t-il pratiqué l'acrostiche? Bien sûr, et un exemple célèbre en est le RICERCAR de l'Offrande musicale:
« Regis Iussu Cantio Et Reliqua Canonica Arte Resoluta » (À la Demande du Roi, le Chant et le Reste Résolus selon l'Art Canonique).
  Un autre exemple fait apparaître le nom BACH après le canon pour son ami FABER (et une petite énigme ensuite avec les majuscules IT):

  J'avais été conduit à évoquer les 24+40 mesures de l'ensemble 14 du Clavier bien tempéré à propos de Puzzle, de Thilliez, en 64 chapitres offrant une nette possibilité de partage 24-40. On trouve dans le roman une énigme qui fait intervenir explicitement un code alphanumérique A=0, B=1, C=2, etc., et une tout autre énigme a pour solution CA2017. J'ai eu la curiosité d'appliquer le code à 2017, et découvert CABH.
  Dans le one-shot précédent, Vertige, le responsable d'une effarante machination se nomme
MAX BECK = 38 21 (CH BA selon un code plus immédiat).

  Fusionner 24-40 mène à 2440, 4 fois 610. L'équation vue plus haut,
FmLn + FnLm = 2Fm+n
reste valable lorsque F est une série multiple de la série normale de Fibonacci, et si on prend les valeurs réelles des initiales des deux dénouements du Manuscrit inachevé, 84 et 52, avec les nombres de lettres complémentaires 29 et 47, on obtient
84 x 29 + 52 x 47 = 2 x 2440.
  Fusionner 47-76, les nombres de mesures de l'ensemble 24, mène à 4776, soit 24 fois 199. C'est une curiosité car 199 est le nombre suivant après 47-76-123 dans la suite de Lucas. Je ne connais pas d'autre exemple de ce type dans une suite additive quelconque.

  47-76 m'évoque
GEORGES PEREC = 76 47
et provoque un nouveau dessillement. Perec propose un magnifique type d'acrostiche au chapitre 87 de La Vie mode d'emploi, où les deux sociétés Marvel Houses International et Incorporated Hostellerie fusionnent pour créer 24 complexes hôteliers dans 24 lieux dont l’énoncé fait apparaître, verticalement et côte à côte, l’intitulé des deux firmes créatrices:
  Il y a maintenant près de 24 ans que je me suis avisé que la valeur des 24+24 lettres des noms des deux firmes est 576 = 24x24,
MARVEL HOUSES INCORPORATED = 296
INTERNATIONAL HOSTELLERIE = 280,
mais il ne me semble pas avoir encore accolé cet omniprésent 24 au numéro du chapitre concerné, or
24x87 = 2088, le nombre de mesures des 24+24 pièces du premier cahier du Clavier bien tempéré, en deux colonnes 24 préludes et 24 fugues, tandis que le jeu de Perec constitue à mettre en colonnes les 24+24 lettres des deux firmes (il y a 3 possibilités de conjuguer un prélude et une fugue pour parvenir au total 87, la plus intéressante semblant être les 47 mesures du prélude 24 avec les 40 de la fugue 14, les deux ensembles "dorés").
  J'ai souvent évoqué ce jeu de Perec à propos du Clavier bien tempéré, essentiellement à cause des 47-76 mesures du dernier ensemble Prélude-Fugue, mais je découvre aujourd'hui que deux constatations jusqu'ici jugées mineures, chacune à part, se superposent étrangement:
- les 8 premiers noms des lieux de Perec totalisent la valeur 444;
- les 8 premières pièces de Bach (ou 4 ensembles Prélude-Fugue) totalisent 444 mesures (j'ai donné ici le détail des deux cahiers).

  Dans l'alphabet d'aujourd'hui, X est la 24e lettre, et il est fort probable que Perec l'ait eu à l'esprit en composant ce jeu, lui pour lequel les lettres W et X formaient une "géométrie fantasmatique"; La Vie mode d'emploi s'achève sur le puzzle que tente de résoudre Bartlebooth, dont le dernier espace libre à la forme d'un X, alors que la dernière pièce a celle d'un W. Le chiasme est présent dans cette histoire des deux firmes, lesquelles créent deux holdings pour financer leurs activités, Marvel Houses Incorporated et International Hostellerie.

  On a donc acrostiche et X, qu'en est-il de Fibonacci et Lucas? 576 appartient à la suite quadruplée de Fibonacci, et les 132 lettres composant les 24 lieux peuvent se factoriser en 3x4x11, trois nombres de Lucas, tandis que leur valeur 1365 se factorise en trois nombres de Fibonacci, 5x13x21 (encore un 13x21=273, rencontré pour les nom et pseudo de Traskman-Lavache, et pour Υπνερωτομαχία = 9x273.
  1365 est encore le plus petit commun multiple de 65 et 105, les valeurs de
RAINER GOTTARDT = 65+105, le pianiste de L'enfer de Belletto, célèbre pour son interprétation du Clavier bien tempéré, notamment du Prélude-Fugue en 47-76 mesures, ce qui donne lieu à la formidable coïncidence détaillée ici.

  Je n'imagine pas que Perec ait fait ces calculs, et je suis loin d'être sûr que le plus évident, les 24+24 lettres de valeur 24x24, ait été intentionnel. Ce qui me semble certain, c'est qu'une fois trouvés les noms des deux firmes, choisir des noms de lieux de 5 ou 7 lettres permettant le double acrostiche était un exploit tel qu'y mêler un jeu numérique aurait été faramineux.

  Il y a d'autres oeuvres où interviennent acrostiche et nombre d'or, avec un statut différent car il ne fait aucun doute dans ces cas que ce soit intentionnel.
  Au premier rang figure House of Leaves, car il est fort probable que Thilliez l'ait lu, et que ceci ait au moins influencé la cauchemardesque maison de Caleb Traskman. On y trouve notamment le nom de l'auteur en acrostiche, et je crois avoir démontré que Danielewski connaissait la "quine des bâtisseurs" et avait établi sa correspondance avec le Modulor, le livre imaginaire Concatenating Le Corbusier d'Aristides Quine en étant un fort indice.
  Il y a aussi Letters, de John Barth, où acrostiche et nombre d'or sont explicites. Je rappelle que Barth y fait référence explicitement au 14 août comme phi-point de l'année, mentionné plus haut comme point de départ d'[ANGOR] de Thilliez.
  Enfin mon Novel Roman, bien sûr, où j'ai notamment utilisé un ensemble de 4 noms donnant l'acrostiche LOVE et la valeur 273 = 21x13.

  302e billet de Quaternité, et donc titre de valeur 302. X (et Y) m'ont rappelé une admirable potence d'un des premiers mots croisés de Jacques Drillon pour l'Obs,
I - X et 1 - Y
  Ma première idée a été ce jeu, incluant les solutions:
X, POL
Y (la patte d'oie)
technique
  L'écriture m'a fait reprendre La forêt des ombres, Pocket n° 12986 (302x43), découvrir son édifice de 32 et 54, et désirer l'utiliser, d'autant que le nombre 98784 utilise deux fois 8, alors que ce billet était prévu pour le 8/8. Chercher des couples de mots de valeurs 54 et 32 m'a fait trouver "homme sage", penser à un vers de Baudelaire, et donc parvenir à
Homme sage, demain tu reliras Perec

  Les jeux sur la série bleue du Modulor m'ont fait étudier d'autres nombres formés comme 98784 de 3 chiffres de type B=54, soit 4-6-7-9 (vier-sechs-sieben-neun) et de deux chiffres de type A=32, nécessairement 8 (acht).
  Avec la forme BABAB de 98784, il n'y a pas de possibilité de multiple de 226, essentiellement cherché, mais avec la forme BABBA, également fibonaccienne, étudiée ici, il y a deux résultats:
68478 = 226 fois 303
78648 = 226 fois 348
  On trouve aussi le nombre suivant de la série bleue, avec
48678 = 366 fois 133,
et 78948, formé des mêmes chiffres que 98784, mérite d'être mentionné, car
78948 = 86 x 54 x 17,
86 et 54 étant les valeurs de ARTHUR DOFFRE, qui est donc aussi le
BOURREAU 125 = 226, toujours somme des valeurs des chiffres allemands composant 78948.
  Incidemment, Doffre est responsable de 17 morts dans le roman, les 7 couples qu'il a tués jadis, et 3 nouveaux morts en Forêt-Noire, la femme et la fille de David tuées par EMMA=32, et Emma tuée par Doffre.

  Une petite chose encore. Je viens de découvrir un site russe offrant des tas de livres dans toutes les langues. C'est probablement tout à fait illégal, mais en attendant que monsieur Poutine y mette bon ordre j'en ai profité pour lancer une requête "Fibonacci", ce qui m'a ouvert de nouvelles pistes.
  Incidemment, les rares résultats français arrivent d'abord, et le résultat 4 est La mémoire fantôme de Thilliez, dont j'ai déjà dit un mot. Chez lui, ceux qui s'intéressent au nombre d'or et à Fibonacci sont essentiellement des psychopathes de la pire espèce...
  Les nouvelles pistes, ce sont les résultats 6 et 13. L'un est Lost Empire (2010), de Clive Cussler, dont les héros Sam et REMI Fargo utilisent la spirale de Fibonacci pour résoudre une énigme. On m'avait déjà dit que Remi était un prénom féminin US, mais j'ignorais qu'une Remi se passionnait pour Fibonacci.
  L'autre est une série d'essais de Bruce Sterling sur la SF. L'auteur Carter SCHOLZ y dit avoir utilisé la suite de Fibonacci pour déterminer le nombre et la longueur des chapitres de son roman Palimpsests (1984), et se demande si quelqu'un s'en est aperçu.
  Ainsi Rémi Schulz lance une requête menant parmi les premiers résultats à Remi et Scholz... Je vais me procurer ces livres (de façon légale, bien sûr), et ce sera peut-être l'objet d'un prochain billet.