21.1.22

Preuve Par 3

 
  Je fréquente assidument les sites de streaming, où je recherche d'abord des vieux films qui me sont inconnus (ou oubliés). Le 12 janvier, j'ai commencé à visionner Police Puissance 7, de Philip d'Antoni (1973).
  Je m'en suis vite lassé, et Roy Scheider dans le rôle principal m'a donné envie de revoir Meurtres en cascade (Last embrace, 1979, de Jonathan Demme).

  Scheider y est Harry Hannan, ex-agent de la CIA, parano, et sa paranoïa ne se calme pas lorsqu'il reçoit une enveloppe contenant un étrange message, deux mots en hébreu, suivis des initiales ZM.
  Son enquête lui apprend que 5 hommes ont reçu ce message au cours des deux années précédentes, et que tous sont morts peu après, dans des circonstances apparemment accidentelles.
  Les mots en hébreu sont goel hadam, "vengeur du sang", expression biblique.
  La suite de l'enquête permet de comprendre que les initiales ZM signifient Zwi Migdal, nom d'une ancienne chaîne de bordels dans les années 20, et à découvrir où était le premier d'entre eux à New York. L'ancienne plaque est découverte en arrachant un panneau.
  Le responsable des meurtres ne tarde pas à être identifié. C'est la petite-fille d'une ancienne prostituée, Ellie, laquelle a décidé de venger sa grand-mère en tuant les petits-fils des proxénètes de l'organisation.

  C'est en Argentine que l'organisation s'est développée, et Buenos Aires comptait ainsi quelque 3000 prostituées du Zwi Migdal dans les années 20. C'est ce film qui m'a fait comprendre que la nouvelle de Borges La mort et la boussole faisait allusion à cette organisation.
  J'y reviendrai, mais le nouveau visionnage de ce film, juste après Police Puissance 7, m'a fait remarquer que l'ancienne plaque du bordel était cachée sous une partie d'un panneau publicitaire pour le 7up, arrachée par Harry Hannan (Scheider), or le titre original du film dont je venais de voir le début quelques instants plus tôt est The Seven-Ups.
  Pourquoi? Parce que l'équipe de flics dirigée par Buddy Manucci (Scheider) est censée s'occuper de truands qui écoperont au minimum de 7 ans de prison.
  Ce n'est sans doute pas un hasard si la plaque ZM est cachée sous un panneau 7up, de tels clins d'oeil étant fréquents dans le milieu du cinéma, souvent relevés dans la rubrique Trivia de IMDb, mais celui-ci ne semble pas avoir été repéré. On y apprend cependant que Buddy Manucci doit probablement son prénom à Buddy Russo (Scheider), le coéquipier de Popeye Doyle (Gene Hackman) dans French Connection (1971), dont le producteur était Philip d'Antoni (réalisateur de The Seven-Ups).
  Mieux, Popeye Doyle et Buddy Russo doivent leurs prénoms (ou surnoms) aux deux réels flics ayant travaillé sur la réelle affaire, Eddie "Popeye" Egan et Sonny "Buddy" Grosso. Il y a bien ici une cascade d'échos...
  De fait, ce sont des confidences de Buddy Grosso qui ont donné à Philip d'Antoni l'idée du scénario de The Seven-Ups, qu'il a proposé à divers réalisateurs avant de le mettre lui-même en scène (son seul film).

  D'accord, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais ce n'est que le début. Ceci s'est donc passé le 12 janvier. Le soir de ce même jour, il y a eu un échange sur la liste Oulipo dont je n'ai pris connaissance que le lendemain matin. Un membre employait dans un texte le mot "épectase", et un colistier donnait quelques précisions sur ce mot, qui n'a pris le sens de "mort orgasmique" qu'après le décès du cardinal Daniélou chez une prostituée. Il citait aussi, avec lien à l'appui, le cas célèbre du président Félix Faure, lequel mourut à l'Elysée en 1899 alors que la courtisane Meg Steinheil lui prodiguait une gâterie buccale.
  Le colistier rappelait également le surnom qui avait été donné alors à Meg Steinheil, la "pompe funèbre".

  J'ai donc lu ceci le matin du 13. Peu après, sur un site de streaming, un hasard m'a fait découvrir une série diffusée en février 2021 sur Canal+, loupée alors car des circonstances relatées ailleurs m'avaient éloigné de l'actualité audiovisuelle.
  Il s'agit donc de Paris Police 1900, une série romançant l'activité des ligues nationalistes en 1899, lesquelles ont été proches de déclencher un coup d'état.
  Le premier plan montre Meg Steinheil s'activant entre les jambes de Félix Faure, puis la crise de celui-ci...
  Elle joue ensuite un rôle important dans l'intrigue, le chef de la police l'utilisant pour infiltrer les ligues. On lui attribue pour nom de code "pompe funèbre", prétendument trouvé par un policier.

  C'est ici une coïncidence personnelle, sur laquelle j'aurais pu faire silence sans un prodigieux rebond le lendemain.
  Le 14 janvier, il m'est venu au réveil que Police Puissance 7 et Paris Police 1900 étaient deux titres de même forme, deux mots débutant par P suivis d'un nombre, et je me suis demandé s'il en existait d'autres.
  Il m'est presque aussitôt venu Police Python 357, d'Alain Corneau (1976, tiens, à mi-chemin entre 1973 de Police Puissance 7 et 1979 de Meurtres en cascade). C'est un film qui m'a beaucoup marqué lors de sa première vision à la TV, je ne sais exactement quand. Ce dont je me souviens, c'est que je tenais à en voir une rediffusion un dimanche soir, fin 1982 ou début 1983, et que j'ai pour cela quitté une réunion à Moissac pour pédaler vers notre appart à Toulouse. J'ai crevé, mis le boyau de rechange, recrevé, et roulé sur le boyau crevé, sous la pluie, en espérant ne pas perdre trop de temps. Arrivé à l'appart, j'ai appris que le film était déprogrammé, à cause de la mort de je ne sais plus qui.

  Je l'ai vu et revu par la suite, et ma connaissance du film m'a permis de remarquer une coïncidence avec la première saison d'une série phare de Canal+, Engrenages (2005).
  Dans le film, l'inspecteur Ferrot (Yves Montand) et sa maîtresse Sylvia (Stefania Sandrelli, bientôt assassinée) se disputent au musée Gustave Moreau, devant un tableau. Dans l'épisode 5 de la série, l'enquête sur le meurtre d'une prostituée mène le procureur au même musée, qu'on visite plus en détail, mais Grégory Fitoussi tombe en arrêt devant le tableau Jupiter et Sémélé, comprenant que la position de Sémélé est la même que celle du cadavre de la prostituée.
  Je me suis aperçu en revenant à la scène de Police Python 357 qu'il s'agissait du même tableau, et j'ai procédé à ce montage:
 

  Me renseignant plus avant sur ce tableau, j'ai lu ceci:
La mortelle Sémélé a été traîtreusement conseillée par la déesse Junon, l'épouse de Jupiter, de demander à ce dernier d'apparaître dans toute sa splendeur divine. Mais en réalisant son souhait il provoqua sa mort violente, causée par le tonnerre et la foudre. Ce tableau est une représentation « divinisée de l'amour physique », et l'insoutenable épreuve qui consume Sémélé alors que le dieu apparaît dans sa beauté suprême a été comparée par Pierre José à « l'expression la plus somptueusement imaginable d'un orgasme ».
   Ne serait-ce point l'épectase? Ainsi la cascade de coïncidences d'abord anodines débouche sur quelque chose de significatif, du point de vue coïncidentiel, mais pas que.  
  L'attention portée au tableau m'a en effet fait découvrir qu'il apparaissait dans le film avant la visite au musée Moreau. Vers le temps 20'40", un plan débute sur une reproduction du tableau, s'y attarde quelques secondes, puis la caméra explore la pièce pour se fixer sur le lit où repose la femme (Simone Signoret) du commissaire divisionnaire d'Orléans (François Périer), lequel entre ensuite dans la pièce. Elle sait qu'il est l'amant de Sylvia, et ils parlent d'elle. Il soupçonne que Sylvia voit un autre homme.
  Le plan suivant montre Ferrot et Sylvia dans une rue de Paris. Puis on passe au musée Moreau, avec un gros plan sur Jupiter et Sémélé, la caméra passant lentement de la tête de Jupiter à son pied droit, tandis qu'on entend Ferrot et Sylvia discuter peu distinctement. Ils arrivent devant le tableau et le ton s'envenime.

  Que signifie cette présence du même tableau à trois minutes d'intervalle, trait d'union entre les quatre principaux personnages? La seule chose à peu près certaine est que ce n'est pas le béotien Ferrot qui a décidé d'aller visiter le musée Moreau.
Dernière minute: Lors de la scène dans la chambre de Simone Signoret, la caméra la découvre en train d'étudier à la loupe un livre. Lorsqu'elle le referme, on aperçoit un court instant un tableau qu'Alain Korkos (dont l'iconographie perecquienne est en ligne) a reconnu être la Salomé tatouée de Moreau (c'est un catalogue des oeuvres de Moreau qui mène les enquêteurs d'Engrenages au musée).
 

  C'est donc la femme du commissaire qui s'intéresse à Moreau, de même que sa maîtresse...
  Sémélé, Salomé, ça se ressemble, mais Salomé est liée à shalom, "paix", "complétude", tandis que Sémélé viendrait d'une 'racine indo-européenne désignant la terre.

  Je n'ai rien trouvé en ligne concernant la double présence du tableau dans le film, ni d'association avec Engrenages. Une curiosité cependant: cette page consacrée au film par le ciné-club de Caen en donne quatre images, les deux dernières étant Ferrot et Sylvia devant le tableau, et un détail du corps de Sémélé, dont la posture sera essentielle 30 ans plus tard dans Engrenages.

  Alors bien sûr il y a Eros et Thanatos, et les histoires d'amour qui finissent mal, en général, comme chantait Rita. De fait le commissaire et sa femme mourront ensuite, et Ferrot sera truffé de balles à la fin du film.
  Je ne vais pas chercher à comprendre le rôle de Jupiter et Sémélé dans le film, ni si le film a pu inspirer Engrenages, car quoi qu'il en soit c'est une cascade de coïncidences qui m'a conduit à ce tableau, or c'est l'aspect coïncidentiel qui m'intéresse au premier chef, et il y a divers rebonds.

  Ainsi dans Meurtres en cascade la tueuse se sert de sa séduction pour approcher ses victimes. Pour son dernier meurtre, le seul visualisé dans le film, elle est nue avec sa victime dans la baignoire d'une suite d'un hôtel avec vue sur les chutes du Niagara, et elle le noie... Le titre original du film est d'ailleurs Last Embrace, "la dernière étreinte".
  Ellie Fabian a noté sur une feuille les noms de ses victimes programmées, qu'elle raie au fur et à mesure. Ceci évoque fortement La mariée était en noir, où Julie Kohler (Jeanne Moreau) raie de même les noms des victimes dans son calepin. Il y a une similitude plus précise, car Julie loupe Delvaux arrêté par la police au moment où elle vient s'occuper de lui, alors elle tue le peintre Fergus (Charles Denner) en laissant des indices (un tableau la représentant) pour être arrêtée, et pouvoir tuer Delvaux en prison.
  Ellie de même a établi une liste de 7 noms, tous rayés sauf le pénultième, Harry Hannan, petit-fils de Max, dont elle est tombée amoureuse après l'échec d'une première tentative.

  Le peintre (Fer)gus alias Charles (Denner), (Jeanne) Moreau, de quoi penser à Gustave Moreau, mais aussi à Carl Gustav (Jung).
  Or l'un des maris de Jeanne Moreau a été William Friedkin (en 1977), réalisateur de French Connection, mais aussi de Cruising (1980), où Al Pacino feuillette chez un tueur un livre contenant des peintures de Jung pour le Livre rouge:
  Regarder Paris Police 1900 m'a fait penser aux Brigades du Tigre (1974-1978), la brillante série de Victor Vicas. J'y ai à nouveau pensé en revoyant Police Python 357, car je connais un peu Orléans, et un rendez-vous entre Sylvia et Ferrot se passe sur la petite place arborée à côté de la cathédrale, place utilisée dans de nombreux épisodes des Brigades du Tigre. Les équipes de tournage auraient d'ailleurs pu s'y croiser, puisque le film est de 1976.

  Police Python 357 est inspiré par Le Grand Horloger, roman de Kenneth Fearing, (1946), inspiré seulement car Corneau n'a pu en acquérir les droits. Une adaptation fidèle en a été donnée en 1948, avec Charles Laughton dans le mauvais rôle, et une autre en 1987, Sens unique, pas terrible à mon avis, malgré la présence de mon cher Gene Hackman, Popeye Doyle dans French Connection. JH Chase a aussi utilisé dans Fais-moi confiance l'idée d'un innocent chargé de se débusquer lui-même en tant que suspect d'un crime.

  En choisissant le titre Paris Police 1900, les responsables de la série ne pouvaient savoir qu'un autre événement PP défraierait l'actualité quelques mois après la diffusion de la série, les Pandora Papers qui auraient probablement connu plus de retentissement si la Pandémie Planétaire 2020 n'avait pas été à nouveau la Première Préoccupation 2021...

  Après la série de coïncidences sur les titres PP nombre les 12-13-14 janvier, j'ai été visiter le blog ami Alluvions, et découvert que Patrick y avait posté le 12 janvier un article à propos du dernier volet de la trilogie d'Adrien Bosc, trilogie composée de
- Constellation (2014), autour de la catastrophe en 1949 du Constellation dont deux victimes notables étaient Marcel Cerdan et Ginette Neveu;
- Capitaine (2018), autour de la traversée en 1941 du Capitaine-Paul-Lemerle, emmenant des réprouvés, dont diverses personnalités, de la France occupée à la Martinique;
- Colonne (2022), autour de la colonne Durutti en 1936, rejointe notamment par Simone Weil.

  A propos du premier volume, Adrien Bosc disait "Ce roman questionne le hasard, la synchronicité des dates et des chiffres. C'est mon obsession."
  C'est aussi celle de Patrick, et la mienne...
  Précisément, ce ne me semble pas des hasards si AB a publié les volets de sa trilogie tous les 4 ans, et si leurs titres consistent en un mot unique débutant par la lettre C, 3e de l'alphabet. Serait-ce aussi simple que A+B=C, ou 1+2=3?
  Peut-être pas, car les "Dates" (de publication), débutant par la lettre D, 4e de l'alphabet, sont tous les 4 ans, et que "Chiffres" débute aussi par la lettre C. Mieux, les gématries (ou gematriot, débutant par la lettre gimel, 3e de l'alphabet hébreu) sont des multiples de 3, 159, 78, et encore 78. De même les prénom et nom de l'auteur, Adrien = 51, Bosc = 39 (en 10 lettres toutes différentes, comme mon nom Rémy Schulz).

  J'avais déjà choisi le titre de ce billet, Preuve Par 3, avant de découvrir l'article de Patrick et la trilogie de Bosc.
  Je n'ai pas (encore) lu Constellation, mais j'imagine que c'est en connaissance de cause que Bosc emploie le terme jungien "synchronicité", car selon Jung une synchronicité résulte d'une constellation de l'archétype.
  Il me semblait n'avoir jamais entendu parler de ce roman, mais Patrick l'avait mentionné dans l'article La constellation et les lucioles que j'avais cité ici.

  Dans son article du 17 janvier, Patrick cite Bosc dans Colonne: "Des instants séparés et pourtant réunis, des histoires se tissent, s'emmêlent et forment une seule étoffe, dont on dirait qu'elle est indémaillable. Des destins se croisent sans s'apercevoir, des tragédies s'écrivent sans dialogues, mais on peut tendre l'oreille pour écouter les récits enchevêtrés."(p. 108)
  Si ces histoires s'emmêlent, c'est mêlé, Sémélé...
  Tiens, en 1976 est sorti Quand la panthère rose s'emmêle, la même année que Police Python 357... Dans le volet suivant de la saga, la French Connection cherche à éliminer l'inspecteur Clouseau, de même que Charnier (Fernando Rey) envoie Marcel Bozzuffi tuer Popeye Doyle dans le film de Friedkin.

  Le mot "constellation", ainsi que sa valeur 159, a acquis pour moi une nouvelle dimension l'an dernier, car j'ai été conduit à titrer De l'algèbre à la croisade: constellation le billet 318 (2 fois 159), formant une trilogie avec les billets 317 et 319. Il s'agissait aussi des billets 137-138-139 écrits depuis notre installation à Esparron, en écho avec le volume triple 137-138-139 de Présence du Futur, et divers rebonds se sont manifestés, notamment avec les billets 173-183-193, ce dernier étant intitulés Preuves.
  L'écriture du précédent billet, 21e de l'année 2021, m'a fait remarquer que le billet 318, publié le 31/8, occupait l'exact milieu de ces 21; en conséquence, les 3 billets liés étaient au milieu des 18 autres.

  Voici comme promis une approche des rapports entre les bordels Zwi Migdal et la nouvelle de Borges, La Mort et la Boussole (1942), probablement le premier texte organisant géométriquement une série de crimes.
  La page Wikipédia avance que l'organisation doit son nom à l'un de ses fondateurs, "Luis Zwi Migdal", mais ce n'était qu'une hypothèse dans les sources que j'avais précédemment étudiées, où il n'était question que de "Luis Migdal".
  Ce qui est certain, c'est que les mots zwi, "cerf", et migdal, "tour", sont sexuellement évocateurs, et qu'ils étaient ainsi compris par les clients

  Les 4 victimes sont dans l’ordre :
– Au nord, le rabbin talmudiste Marcelo Yarmolinsky, dans un hôtel en forme de tour ressemblant à une maison close;
– A l’ouest, le rufian Daniel Azevedo, dans un quartier juif où il y a des bordels (nécessairement des Zwi Migdal au temps de Borges);
– A l’est un certain Gryphius, ou Ginzberg, ou Ginsburg, dans un autre quartier mal famé;
– Au sud enfin le détective Eric Lönnrot, assassiné dans le mirador (une tour) de la villa Triste-le-Roy.
  On constate sur le schéma ci-contre que les initiales des victimes, à la condition de les lire à l’hébraïque, de droite à gauche (mais j’ai laissé sur le schéma la succession normale prénom à gauche – nom à droite), forment la séquence MYGDAEL, ce qui ressemble pour le moins à migdal.

  Chaque meurtre est accompagné d'un message énonçant qu'une lettre du Nom a été articulée. "Le Nom", c'est HaShem, la formule désignant le Tétragramme YHWH qu'il est interdit de prononcer, et il se trouve qu'en hébreu les trois lettres écrivant HaShem (השם) se transforment par atbash en zwy (צבי), "cerf". Borges a évoqué l'atbash dans une conférence sur la kabbale.

  Cette transformation de HaShem  en zwy, et vice-versa, est assez connue, car au 17e siècle un certain Sabbataï Zwi s'est déclaré être le Messie toujours attendu par les Juifs, et a déduit de ce jeu qu'il avait le droit de prononcer le Tétragramme.
  Le rabbin Yarmolinsky assassiné vient de Podolsk, qui fut un foyer du sabbatianisme au 18e siècle.

  Selon le principe vu plus haut, les initiales des noms seuls des victimes forment YGAL, soit en hébreu "il rachète" ou "il venge", du verbe à l'origine du goel hadam biblique, et celui qui tue Lönnrot est bien un "vengeur du sang".
  Il est tout à fait curieux que les meurtres soient commis les 4 des mois successifs de décembre-janvier-etc., alors que le 4 novembre d'une année bien ultérieure (1995) sera effectivement assassiné un "rabbin", Yitzhaq Rabin. Ceci a fait la fortune de Michael Drosnin, lequel avait prévenu les autorités d'une menace concernant le premier ministre, car le "code biblique" faisait croiser son nom avec "assassin", un assassin issu d'un passage de la Bible où il est question du goel hadam.
  Précisément, le prénom de l'assassin effectif était Ygal (Ygal Amir).
  Il n'y avait pas besoin de code biblique (commenté ici) pour craindre en 1994 un attentat contre Rabin, mais c'était bien moins évident en 1942...

  Bien plus sur ma page consacrée à La Mort et la Boussole.

Alerte aux lecteurs: Au-dessus du lit de Simone Signoret, dans Police Python 357, est accroché ce tableau que des amis mieux informés que moi ont été incapables d'identifier. Alors si quelqu'un voit de quoi il s'agit, merci de le signaler (en commentaire ou par mail à mon adresse disponible sur mon profil).



31.12.21

si le flot des insanités est TAR-I

 
  Je reviens sur la prodigieuse coïncidence survenue pendant l'écriture du billet 326.

  Le billet 325 publié le 29 novembre avait été l'occasion d'une belle découverte.
  L'occultiste Aleister Crowley a publié en 1912 Sepher sephiroth, catalogue d'équivalences gématriques en hébreu. Trois équivalences étaient données pour la valeur 813:
- otot, "signes";
- ARARITA, un mot magique, acronyme de la formule "Un est ton commencement, Un le commencement de ton unité, Une ta permutation";
- le verset 1,3 de la Genèse: Dieu dit "Que la lumière soit !", et la lumière fut.

  Le roman Serial eater de Tobie Nathan (2004) débute par la découverte sur l'autel de l'église Sainte Rita d'une main humaine étrangement mutilée. On apprendra qu'elle a été disposée pour former un alef, et qu'il s'agit du début du mot otot, "signes", qui sera ensuite complété par des dépôts d'autres débris humains dans d'autres églises.
  "autel", c'est ara en latin, d'où l'autel de Rita pourrait évoquer "ara Rita".
  La juge chargée de l'affaire téléphone aussitôt au profileur Salomon Ghani, lequel ne semble guère intéressé par les faits, et préfère digresser sur les "débuts", et notamment sur ce qu'il y avait avant le premier jour de la Création. Il se réfère à la Genèse, où "Que la lumière soit !" est la première parole divine, le premier jour.
  Je ne l'ai pas souligné jusqu'ici, mais la lettre alef est aussi le nombre "un", le commencement de l'alphabet.

  Quelques jours plus tard, le 2 décembre, je tombais sur une évidente coquille, en première ligne du chapitre 8 d'un roman de Dominique Douay, emprunté peu avant à la médiathèque de Gréoux, L'impasse-temps, réédité en 2014 par Les moutons électriques:


"tria" au lieu de "tira". Je l'aurais sans doute vite oublié, si une coquille similaire n'était pas apparue à la première ligne du chapitre 10, "trié" au lieu de "tiré". Je n'ai pas repéré d'autre coquille du même ordre dans le livre.
  Ceci m'a fait prendre conscience que "tria" comme "tira" étaient des anagrammes de "Rita".

  Le 8 décembre, je me suis réveillé avec en tête qu'une autre anagramme en était "tari".
  Il se trouve que ce mot "tari" est pour moi associé, sous la forme TAR-I, à une formidable coïncidence, mais ceci ne m'est pas venu aussitôt à l'esprit, alors que j"avais rappelé cette coïncidence dans le billet 323, le 14 novembre.
  J'en suis confus, d'autant que j'aurais pu y penser dès la découverte de la coïncidence "ara Rita", et tout ce que je peux dire est que je connais beaucoup de coïncidences fabuleuses, tant qu'elles ne peuvent m'être toutes accessibles à chaque instant.
  Le lien m'est tout de même apparu quelques heures plus tard, en début d'après-midi, et je me suis alors souvenu qu'un texte venant d'être publié sur la liste Oulipo, à l'occasion de la journée internationale du Climat, contenait le mot "tari".  Je l'avais juste survolé, et j'ai donc mieux étudié ce texte de Robert Rapilly, publié à 11 h 49.
  Quelques phrases se résument ainsi,
Climat con
air à rat
canal tari
ci à mort
et Robert indiquait ensuite:
Ça rentre en une
matrice carrée à
double lecture :
verticalement et
horizontalement.

C A N A
L T A R
I C I A
M O R T
  Alors horizontalement, "tari" se partage en TAR-I, et verticalement, "air à rat" est l'impeccable anagramme de ARARITA. Selon Crowley, le T de ARARITA est pour temoura, un procédé de l'exégèse hébraïque analogue à l'anagramme.
  Ainsi Robert, ignorant ce mot ARARITA et de surcroît son sens, a pu en donner une anagramme, de plus faisant partie d'une proposition en 16 lettres elle-même anagrammatisée...
 J'ai pris contact avec lui. Il m'a assuré avoir composé ce texte en quelques minutes, juste avant de le poster sur la liste.

  En y réfléchissant plus avant, il m'est apparu que le découpage de "tari" en TAR-I ne pouvait se produire que dans un texte contraint. Le découpage est ici d'autant plus remarquable qu'il se produit à l'exact milieu des 16 lettres.
  J'ai encore cherché si la langue française permettait d'autres anagrammes de ARARITA. "air à rat" est l'une des seules propositions se suffisant à elle-même que j'ai trouvée, et une recherche en ligne n'en a livré aucune occurrence, pas plus que pour d'autres formes envisagées.

  L'élément temps est confondant, puisque ce texte a été composé au moment où le rapprochement "tari-ARARITA" commençait à faire son chemin entre quelques synapses neuronales, à moins que le survol du texte de Robert ait joué un rôle décisif.
  Ce facteur temps était aussi essentiel dans mon étude de 2011, déclenchée par la publication de deux numéros 813 dans la collection Rivages/Noir, rappelant que ce nombre 813 avait connu un dédoublement éditorial quelque 100 ans plus tôt, avec la publication du roman 813 de Leblanc (juin 1910) tandis que  Liber 813 vel ARARITA, un texte qui aurait été dicté à Crowley en écriture automatique pendant l'hiver 1907-08, a été publié dans ‘The Holy Books’, vol. 3 (Londres, 1909-10).
  Je n'avais alors pas trouvé de meilleure précision de date. Aujourd'hui, cette page en ligne m'apprend que la publication originale avait pour titre ΘΕΛΗΜΑ (Thélème), donnant pour seule date 1909. Mais il y a effectivement 3 volumes, et Liber 813 fait partie du dernier volume, si bien qu'il est tout à fait envisageable que ce volume ait été publié en 1910.

  Il y a une autre fascinante coïncidence temporelle l'année suivante, détaillée ici. En mars et avril 1911 sont parues les deux parties d'une nouvelle aventure de Sherlock Holmes dans The Strand, The Red Circle (L’Aventure du Cercle rouge).
  En mars 1911 est annoncée  dans Je Sais Tout la publication le mois suivant d'une nouvelle aventure d'Arsène Lupin, Les Jeux du soleil, effectivement publiée en avril.
  Dans les deux nouvelles Sherlock et Arsène sont amenés à décoder des messages lumineux selon le code simple de l'ordre alphabétique (A=1, B=2, etc.).
  Le message décrypté par Holmes débute par trois fois ATTENTA, "attention" en italien, tandis que celui lu par Lupin recèle un second niveau de codage, menant au mot ETNA (volcan italien).

  J'avais souligné que ATTENTA est formé des lettres ETNA, et ceci me semble aujourd'hui étrangement similaire à ARARITA formé des lettres TARI (ou Rita, sainte italienne).

  L'affaire du cercle rouge a eu un fort curieux prolongement. L'aventure de Holmes n'est parue en livre qu'en 1917, dans le recueil His last bow (Son dernier coup d'archet), or la même année Leblanc a eu l'étrange idée de réaliser la novélisation d'un film américain, The red circle (Le cercle rouge).
  Je ne sais comment qualifier le fait que le film comme sa novélisation débutent sur un détenu recevant dans sa prison un message lumineux répété, 2-15-2... 2-15-2... Il comprend que c'est son fils Bob qui le contacte...

  Y aurait-il une possibilité de lien entre Crowley et une Rita? Oui. Ma génération a été marquée par la beatlemania, et l'une des chansons des Fab Four est Lovely Rita. Il se trouve qu'elle fait partie du fameux album Sgt. Pepper's lonely hearts club band (1967), et que Crowley figure parmi les personnages de la pochette.
 

  Crowley y est le second personnage de la première rangée (CG Jung en est le septième, entre WC Fields et EA Poe).
  Il est même possible que ce sergent Pepper soit Crowley lui-même.

  Ceci m'a rappelé qu'avant la parution de cet album, j'avais à mon chevet trois figures tutélaires (du moins je ne me souviens que de ces trois):
- Che Guevara, la fameuse photo avec le béret étoilé, sur une page entière arrachée à un Paris-Match de ma grand-mère;
- Bob Dylan, avec la pochette de Blonde on Blonde (1966), le premier double LP de l'histoire de la pop; je me suis rendu compte, en titrant mon scan par un acronyme, que ce titre sur lequel je ne m'étais jamais interrogé forme donc BOB par ses initiales (c'est pour ça que j'ai repris ci-dessus le codage 2-15-2 de BOB); Dylan est encore le dernier personnage de la première rangée de Sgt. Pepper;
- et enfin Crowley, une autre photo pleine page arrachée à un Planète de mon grand frère; tout ce que je savais alors de Crowley venait de cet article de Planète, dont je n'ai aucun souvenir, et je ne sais donc plus ce qui m'avait séduit dans le personnage. Je crois que c'était surtout la photo qui me plaisait...

  Lors de mon enquête de 2011 sur ARARITA, je n'avais trouvé d'autre mention de la formule que chez Papus et Agrippa, sources plutôt fantaisistes, et c'est ce qui m'a fait dire que je n'imaginais pas Tobie Nathan avoir connu cette formule, que je pensais être une invention d'Agrippa, celui qui a imaginé la correspondance planétaire des carrés magiques, et forgé des noms hébraïques d'anges avec des valeurs correspondant aux constantes des carrés.
  Je me trompais. Un certain ayinyhwh ("oeil de Dieu") a approfondi le sujet en 2012, et ARARITA est attesté dès le milieu du 13e siècle dans la littérature hébraïque, précisément dans le cercle Iyoun, prédécesseur de la kabbale.
  La formule a alors suscité des commentaires sur sa valeur 813, plutôt tortueux.

  Un commentaire associe aussi la formule à ARIA, "lion" en hébreu, une tradition voulant que l'autel du Temple ait été orné de lions.
  Je suis frappé par l'association de la formule ARARITA à l'autel du Temple, alors que c'est l'autel latin, ara, qui m'a été évocateur à Sainte Rita, alors que c'est l'identification du carré Sator par Nicolas Vinel à l'autel de bronze (ara aerea) de l'autel du Tabernacle qui a ravivé ce mot ara, sans quoi je n'aurais vraisemblablement pas songé à l'autel de Sainte Rita.
  Je suis également frappé par l'apparition du lion dans l'affaire, alors que le lion est intervenu à tant de reprises dans Quaternité que je renonce à en lister les occurrences. Je pense d'abord aux grilles de lettres, et au LOVEN, "lion" nordique, qui se lit dans la grande diagonale du carré 8x8 de mon SONÈ de 2004,
 

l'un des éléments de la coïncidence TAR-I, expliquée dans le billet 326. Je rappelle que LEB, "lion" slave, apparaît en même position dans le carré 8x8 de Ricardou.

  Cette coïncidence TAR-I s'est révélée après l'écriture des dix dizains de 2010. Il m'est revenu après la mise en ligne du billet 326, que les deux images des dizains étaient originellement de 813x183 pixels, et je conseille de se reporter aux notes ajoutées à ce billet.
  Pourquoi 813x183 ? parce que c'était à quelques pixels près les dimensions des grilles sur la page de mon site, et que j'avais pu ajuster mes captures à ces nombres fétiches, 813 pour le roman de Leblanc, les films de Truffaut, et pour l'association 813 des amateurs de polar dont j'étais alors membre;
183 car comme l'a vu JiBé Pouy, autre membre,
HUIT CENT TREIZE = 58+42+83 = 183.

  Les images données en 2010 sur le billet Boustan ne sont plus agrandissables. J'ai retrouvé les scans originaux, voici le premier, qu'il suffit de transférer sur son ordi pour vérifier le format 813x183:
 

  J'ai utilisé dans d'autres textes les lettres SONE des 4 points cardinaux, et notamment en 2020 pour un résumé de La mort et la boussole de Borges, un texte qui m'est essentiel au point que j'ai envisagé de lui consacrer un blog. Cette page donne une idée de mes recherches.
  Voici ce résumé,
Nord, Ouest, Est cernent des crimes. L'inspecteur Eric Lönnrot vient au Sud, naïf désigné d’avance, et  est assassiné de quatre bastos. La mort et la boussole est ce conte astucieux où Borges escamote les lois du polar. Nous unissons nos louanges.
  Le SONÈ est encore en filigrane, car ces 196 peuvent former un carré 14x14,

NORDOUESTESTCE
R
NENTDESCRIMES
LI
NSPECTEURERI
CLO
NNROTVIENTA
USUD
NAIFDESIGN
EDAVA
NCEETESTA
SSASSI
NEDEQUAT
REBAST
OSLAMORT
ETLAB
OUSSOLEES
TCEC
ONTEASTUCI
EUX
OUBORGESESC
AM
OTELESLOISDU
P
OLARNOUSUNISS
ONSNOSLOUANGES

ou encore une aiguille de boussole (il y a quelques différences, car j'ai un peu amélioré ci-dessus le texte de 2020, mais ai eu la flemme d'en refaire une image).










  L'une des curiosités de la nouvelle de Borges est qu'elle peut préfigurer l'assassinat de Rabin le 4 novembre 1995. Elle débute par l'assassinat d'un rabbin un 4 décembre, les morts suivantes survenant le 4 des mois suivants, et les 4 victimes aux 4 points cardinaux ont pour initiales YGAL, prénom de l'assassin de Rabin. Plus de détails sur la page précitée.
  La prétendue prédiction de l'assassinat de Rabin par le "code biblique" a permis à Michael Drosnin (1946-2020) de vendre quelques millions de livres, mais, sans "code biblique", ce n'était guère aventureux d'avancer cette menace en 1994, alors que la nouvelle de Borges date de 1942.
  Bref le rapport le plus immédiat avec mon affaire, c'est que j'imagine que, au lieu du prétendu message ototay eleh qu'écrirait le serial eater de Tobie Nathan, les seules lettres effectivement disposées dans des églises par le tueur sont ATTA, le nom du chef des terroristes du 11 septembre. Ce roman de 2004 pourrait être une réaction aux dérives du "code biblique", auquel aurait pu s'intéresser précédemment Nathan (voir mon analyse ici).

  Avant l"hébreu otot, les 4 groupes de lettres OT aux coins du Sator modifié par Vinel m'avaient fait évoquer Rudolf Otto et son concept du "numineux", le sentiment de crainte pouvant naître face au merveilleux divin, au "tout autre".
  Il existe une expression hébraïque proche, irat hachem, le plus littéralement "crainte de Dieu". Une recherche mène par exemple à cette page, où il est assez clair que le sens est proche du "numineux".
  Ce mot irat est l'un des rares qui peut se transcrire comme il se prononce, IRAT. Selon les conventions que j'utilise, ce serait YRAT, mais selon ces mêmes conventions ARARATI serait ARARATY, utilisant les 4 mêmes lettres. C'est la forme construite du mot ira, dont voici la rubrique sur le Sander & Trenel:
 

  Elle s'achève sur un verset des Proverbes souvent cité, La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse.

    J'avais donc cité Rudolf Otto, mais j'avais aussi pensé à Otto Gross, psy sulfureux qui prônait la liberté sexuelle et l'usage des drogues, comme son contemporain Crowley. J'en ai parlé sur ce billet, consacré au roman de Tobie Nathan Mon patient Sigmund Freud, dont Gross est le principal personnage.
  L'une des premières choses que Rita m'évoque, c'est l'ex-voto à Sainte Rita réalisé par Yves Klein en 1961, déposé anonymement au monastère de Cascia, et découvert par hasard en 1979.
 

  C'est une oeuvre étrange, comme la plupart des réalisations de l'artiste, apparu sur Quaternité ici, à cause de la lecture imprévue dans la grille des chapitres de Novel Roman de Mondo Cane, le film qui a probablement hâté la fin de Klein, le 6 juin 1962, un an jour pour jour après Jung.

  La curiosité ici est que, l'écriture du mot otot, débutée à Sainte Rita, m'évoquant Otto Gross, les mots gross et klein sont en allemand des adjectifs antonymes, "grand" et "petit".
  Il s'y ajoute que, dans le roman précité de Tobie Nathan, Freud et Gross sont présents avec leurs identités réelles, tandis que Jung ("jeune" en allemand) est devenu Carl Gustav Alt ("vieux" en allemand). Nathan ne respecte guère Jung, accusé d'avoir pris toutes ses idées à Gross.

  Une autre oeuvre concerne cette période des débuts de la psychanalyse vers 1910, A dangerous method, d'abord une pièce de théâtre, puis un film de Cronenberg. Curieusement, j'en ai parlé dans le billet Signes et cygnes en 2013 (otot, "signes", et j'ignorais alors que Ricardou avait détourné le Cygne de Mallarmé en "signe").
  J'avais remarqué que c'était Samuel le Bihan ("petit" en breton) qui jouait Jung dans l'adaptation française de la pièce. Un détail du film avait attiré mon attention: Jung a mis un terme à sa relation avec Sabina Spielrein en 1910, et un bond de deux ans la montre rendant visite à Freud, à sa fameuse adresse 19 Berg Gasse, pour lui montrer son mémoire de doctorat.
  La date, peut-être réelle, est précisée au 17 avril 1912, or je connais bien cette date, qui est celle d'un événement parisien important, une éclipse solaire presque totale dont la ligne de centralité est passée à quelques kms à l'ouest de Paris. Il n'y a ensuite rien eu de comparable en France jusqu'à l'éclipse du 11 août 1999.
  Je la connais donc à cause du 813 de Leblanc, paru en 1910 mais se passant en 1912, où un événement important se passe ce 17 avril à midi, l'heure où l'éclipse est à son maximum, à Neuilly, à l'ouest de Paris. Il s'agit de l'arrivée au Palace-Hôtel de Dolorès Kesselbach, Dolorès qui est aussi Laetitia, noeud de l'intrigue ("douleur" et "joie", autre antinomie).  De fait, ce n'est pas Dolorès qui se présente, car elle est déjà présente dans l'hôtel où elle a tué son mari, mais sa servante Suzanne, vêtue comme Dolorès (la pénombre de l'éclipse aurait pu aider à la confusion).

  Un autre roman dont Jung est un personnage essentiel, Pilgrim (1999) de Timothy Findley, débute par une tentative de suicide ce 17 avril, et l'incipit du roman fait aussi apparaître son adresse:
Aux premières heures du matin, le mercredi 17 avril 1912, un certain Pilgrim pénétra pieds nus dans le jardin de sa résidence londonienne, au 18, Cheyne Walk.
  Mais Pilgrim est immortel, et après un constat de décès signé par deux médecins son coeur recommence à battre vers midi. Il est ensuite envoyé au Burghölzli où il est soigné par Jung, second personnage principal du roman.
  Midi, toujours l'heure de l'éclipse maximale, et sa ligne de centralité passait aussi par Londres, mais le choix de la date semble ici motivé par le naufrage du Titanic, le 15 avril.

  18 Cheyne Walk et 19 Berg Gasse. A l'époque, phrère Laurent m'avait signalé que les lames 18 et 19 du tarot était la Lune et le Soleil, pas mal dans le contexte de l'éclipse.
  Aujourd'hui je m'avise que "Laurent" est lui-même porteur de la conjonction des astres, avec l'anagramme LUNE - RÂ(T).
  Quant à la date du 17, c'est l'Etoile du tarot, l'étoile que certains identifient à Mercure.
  Je ne vais pas rabâcher les Soleil-Mercure-Lune sculptés sur la pierre de Bollingen, mieux vaut peut-être rappeler que Mercure est le dieu des voleurs, et que Pilgrim vole la Joconde dans le roman de Findley. Arsène Lupin avait déjà réalisé l'exploit quelques années avant...
  A partir du personnage Angus Pilgrim ("pèlerin") de Perec, j'avais imaginé l'anagramme "anus pèlerin" de Lupin dans une nouvelle.

  Pour revenir à Jung, je rappelle que ma découverte de l'harmonie de sa vie autour du 4/4/44 était liée à la rencontre d'une "île ronde" dans deux romans.
  Cette "île ronde", c'est Strongylé, qui a perdu droit à ce nom après la catastrophe qui l'a presque anéantie vers 1600 avant JC, catastrophe qui a également fait chuter la civilisation minoenne.
  Ses noms actuels sont donc Santorin, dérivé de sainte Irène, et Théra, nom d'un héros grec mythique.
  J'ai jusque ici privilégié la transcription Théra du grec Θήρα, en pensant à lanagramme heart, "coeur", et à l'infarctus de Jung de 1944, mais je me suis rappelé aujourd'hui, 30 décembre, qu'en grec moderne la lettre êta se prononce "i", ainsi ces 4 lettres grecques peuvent donner une autre permutation de "rita" ou "tari", avec encore un aspect spécial du "i" jadis prononcé "é".

  La lettre Θ, théta, est toujours translittérée "th". Elle est cousine du teth hébraïque, translittéré "t", et c'est l'inverse qui se passe souvent pour le tau grec, "t", tandis que son cousin hébraïque thaw est généralement transcrit "th" (par Crowley par exemple).

  Tout se croise, s'entrecroise, s'enchevêtre en un réseau de plus en plus labyrinthique...

  Pour conclure, provisoirement, je vais m'intéresser aux billets publiés cette année. J'essaie de terminer l'année sur un nombre significatif, par exemple l'année 2016 s'est achevée avec le 216e billet de Quaternité. 24 billets ont été publiés en 2017, pour parvenir au total 240, produit des 6 premiers fibos (1.1.2.3.5.8), puis 33 billets en 2018 pour parvenir au produit 273 des 2 fibos suivants (13.21).
  21 billets en 2019, 13 en 2020. J'envisageais de réitérer ce 13 cette année, et puis une coïncidence marquante m'a fait écrire les billets 317-318-319 autour du 31/8 dernier, en relation avec le triple numéro 137-138-139 de L'orbite déchiquetée.
  Comme j'essaie d'écrire au moins un billet par mois, il fallait oublier le 13. J'avais quelque chose de neuf à dire de la phrase 321 de la Préface de Ricardou, et je l'ai fait dans le billet 321. Comme les 8 dernières phrases de cette Préface me semblent receler des clés, j'ai alors envisagé de consacrer les billets 322 à 328 aux autres phrases, espérant me contraindre ainsi à leur élucidation. Je me suis alors avisé que ceci conduirait à 21 billets pour l'année (20)21.
  Mais la phrase 322 m'est restée hermétique, et un autre sujet s'est imposé pour le billet 322, approfondi dans les billets suivants.

  J'ai pris conscience lors de l'écriture de ce billet que les 21 billets de l'année seraient centrés sur le billet 318, alors que le 813 de ARARITA a trait à la permutation, alors que le 813 de Leblanc n'est qu'une permutation des chiffres 1-3-8, chacune d'entre elles permettant de résoudre l'énigme (accéder à une cache en appuyant simultanément sur les chiffres 1-3-8 d'une horloge).
  Le billet 318 a donc été publié le 31/8, en écho au billet 183 publié un 18/3, Déchetterie oblique, anagramme de L'orbite déchiquetée, numéro 137-138-139 de Présence du futur, titre de valeur 183, en 18 lettres et 3 mots.
  J'ai également donné un titre de valeur 318 au billet 318 publié un 31,8:
  De l'algèbre à la croisade : constellation
en 21+13 lettres, avec des motivations expliquées à la fin du billet, où je notais:
  Après coup, je remarque que les 21 lettres peuvent se découper en 3-18 (2 et 4 mots), et que les 18 lettres ont pour valeur 138.
  Encore plus après coup, je remarque l'écho avec les 3 mots et 18 lettres de L'orbite déchiquetée, alors oubliés.
 
  Depuis quelques années, j'ai souvent recours à ce petit exercice de trouver des titres de valeur correspondant au rang du billet. Cette année, il en a été ainsi pour 18 des 21 billets. Les 3 qui dérogent à la règle sont les 1-4-5 de l'année (ou 308-311-312). 
 
  Outre le billet 183, je m'étais aussi repenché sur les billets 137-138-139 de Quaternité, mais j'avais négligé d'étudier les autres permutations, 173 et 193.
  Or je comptais citer le billet 173 pour d'autres raisons, d'abord parce qu'il s'agit du billet où Borges est le plus évoqué dans Quaternité, notamment pour de nouvelles curiosités en rapport avec La mort et la boussole.
  Par ailleurs, l'interprétation de Uqbar selon la réelle absence de Ur dans une encyclopédie m'y avait fait donner les trois sens de AWR en hébreu, "lumière", "feu", et la cité chaldéenne.
 
  Quant au billet 193, Preuves, il s'achève sur une coïncidence liée au nombre 139.
 
 Note du 1/1/22: Ayant mentionné hier que seuls les billets 1-4-5 de l'année 21 dérogeaient à ma manie de leur donner un titre équivalent à leur ordre, je me suis souvenu de divers cousinages entre les permutations de 1-3-8 et de 1-4-5.
  Je citais en 2009 dans François Truffaut (1932-2015):
  - Pour acquérir les droits exorbitants de Une belle fille comme moi, Truffaut a joué pour la seule fois de sa vie au tiercé en 1971, risquant 50 000 F sur la combinaison 8-1-3. Léon Zitrone lui apprit qu'il eût fallu jouer 4-5-1, alors qu'il avait fait dire 5 ans plus tôt à Julie Christie dans Fahrenheit 451 "Why 4-5-1 rather than 8-1-3 ?"
  J'ai repris en 2015 cette citation dans le billet 183 publié le 18/3, inspiré par L'orbite déchiquetée, numéro 137-138-139 de Présence du futur, titre de valeur 183, en 18 lettres et 3 mots..., parce que les 3 premiers titres de Bradbury dans la collection avaient les numéros 1-3-8 (le 8 pour Fahrenheit 451).
  La veille de ce 18/3/15, j'avais changé l'immatriculation de notre 206, 4051 MR 04, devenue DP-831-WP. 
  Le 813 de Leblanc débute dans la suite 415 du Palace-Hôtel.
 
    Je comptais mentionner, à propos de Leblanc, que Rita est un diminutif de Margarita, Marguerite, et que le le grand amour de sa vie a été Marguerite Wormser.  
   

14.12.21

c'est dû, trois cent vingt-sept !

 
  J'annonçais au début du billet 321 que je comptais consacrer les billets 321 à 328 aux phrases 321 à 328 de la Préface de Ricardou (Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, in Révolutions minuscules, 1988). C'était une manière de me forcer à élucider ce qui me demeurait obscur dans ces phrases, mais ça n'a guère fonctionné, et d'autres choses se sont présentées pour les billets 322 à 326.
  Il y a pourtant du neuf sur la phrase 327, que voici:

      Du coup, puisque de cette manière, ni Réimpressions minuscules, ni, à plus forte raison, La cathédrale de cendres, loin de quérir les éventuelles rigueurs de son abstruse plume, jamais ne furent composés par ses soins, et puisqu'ainsi nulle préface, à l'évidence, excessive ou bien non, ne fut sollicitée auprès de moi pour figurer dans le vide intervalle séparant tels volumes, je lui pardonne ma cédille (qui donc vous parle d’un accent ?), sous ma seconde lèvre, aucunement au centre, à la troisième lettre (qui donc a garanti que le cœur était ?), lors de la déchirure, à moins que je confonde, voilà-t-il pas, selon l'ultime habile tour de sa modestie somptueuse, que le deus ex machina, dont l'avis décisif, un dimanche matin, en les Arènes de Lutèce, eût mérité pourtant, de la part des lecteurs évités dans la suite des siècles, une très haute gratitude, m'avait en même temps retiré la meilleure chance de concourir, si peu fût-il, voyez mes pages blanches, à son insigne gloire, en disposant pour l'avenir le plus exact compte-rendu.

   L'avis décisif, c'est celui de Paulhan, donné dans la phrase 325 (voir ici), selon lequel le projet d'écriture de Ricardou était trop compliqué pour que quiconque, y compris lui-même, puisse jamais le comprendre intégralement.
  La phrase a 183 mots, que j'ai donnés ici selon leur correspondance symétricologique.

  Le mot central est "coeur", (92) coeur (92) aurait écrit Ricardou s'il avait donné la phrase avec ses mots numérotés. Ce n'est pas seulement un synonyme de "centre", mais aussi une allusion au nom alternatif de l'auteur, Ricoeur (la Préface est signée de sa prétendue soeur, Noëlle Riçoeur). Je crois avoir établi que la phrase suivante, la dernière, était construite pour faire figurer au centre "j'en", pour "Jean".
  La base de la symétricologie est un écho entre le début et la fin de la phrase. Ici l'écho est la syllabe "du" ("Du coup" et "compte-rendu."). Le degré suivant est un écho avec le centre de la phrase, et il y a une finesse ici avec "qui donc a garanti que le cœur était ?". Le coeur ici n'est pas "dû", mais "coeur".
  Je l'ai déjà souligné, mais j'ai compris depuis qu'il y a davantage. L'une des 6 phrases donnée précédemment avec ses mots numérotés, page 87, débute également par "Du coup":
(1) Du (2) coup, (3) l' (4) envoi (5) de (6) cet (7) objet (8) à (9) partir (10) de (11) tel (12) centre (13) exige (14) du (14) tireur (13), qui (12) hélas (11) quelquefois (10) n' (9) en (8) a (7) cure (6), un (5) luxe (4) de (3) soins (2) assidus (1).

   Ricardou la présente d'abord comme sans intérêt, se limitant à la manie d'avoir la syllabe "du" aux deux extrémités et au centre, alors que le mot "centre" n'y est nullement au centre.
  Après diverses digressions, Ricardou commente ainsi les positions 12 et 14 des mots "centre" et "du":
         Restait-il à interpréter, du surcroît, tel jeu circonstancié du "(12)" et du "(14)", comme une transparente allusion au sonnet (lequel, nul ne l'ignore, c'est le meilleur enseignement parmi tous ceux de l'excellente Sorbonne, vient réunir quatorze vers formés chacun de douze sons), ou, pourquoi non, le vocable méridien comme un cryptique message spécifiant simplement que la place du mot "centre", en le milieu de toutes phrases (quitte à faire advenir, à point nommé, enfin utile, la précédente marque circonflexe), n'est pas pour la lectrice un dû, ou bien encore, ne valait-il pas mieux, je vous le demande, se plaire à hésiter, selon d'interminables minutieux labyrinthes, dans l'espace entr'ouvert par cette double conjecture ?

   Je vais laisser de côté la référence au sonnet, laquelle invite probablement à se reporter à L'art du X, texte fortement codé auquel j'ai consacré plusieurs billets.
  Le mot "dû" de la phrase 327 est souligné par son écriture en romain, et l'autre message de la phrase commentée serait donc que sa syllabe "du" signifie que la place du mot "centre" au milieu d'une phrase n'est pas un .
  Du coup, il est plutôt évident qu'il y a une résonance voulue entre "coeur était dû" de la phrase 327, avec "coeur" milieu de la phrase, et "centre exige du" de la phrase 23, page 15, reprise numérotée page 87, avec "du" milieu de la phrase.
  Il y a encore quelque peu davantage, car, avant cette reprise page 87, Ricardou a donné page 86 une autre phrase numérotée, à l'origine la phrase 12, page 13, en déplorant son manque de correspondances, en dehors des syllabes initiale "Nier", et finale "Fanny.". Il explique page 93 que plusieurs correspondances sont présentes, à condition de considérer à part les expressions entre parenthèses.
  Or il y a deux expressions entre parenthèses dans la dernière phrase donnée in extenso, exprimant que le mot "centre" au milieu d'une phrase n'est pas un , et sans les parenthèses de 26 et 13 mots, il reste 81 mots dont le mot central est "milieu", au rang 41 qui n'est peut-être pas par hasard le renversement de 14.

  La première phrase reprise numérotée est la phrase 197, dont la première forme est page 59:
Certes, et sauf, bien entendu, à se trouver hélas démuni du minutieux concept d'expertise scalaire, a-t-il poursuivi dans son insupportable jargon méridional, il y a, selon la très secrète coutume, deux symétriques façons, ce désir, pour réussir, décisivement avec l'une peut-être, à enfin l'exaucer.

   La phrase est reprise page 67, avec quelques menues variations ("hélas" devant "se trouver", et "exhausser" au lieu de "exaucer"), et certaines syllabes en romain: "muni du minutieux" et "désir, pour réussir, décisivement".
  Ricardou commente de façon peu claire les anagrammes "muni-minu" et "désir-sir dé", en lesquelles il faut peut-être déchiffrer "dire minus", "ce minus" étant la formule explicite remplaçant l'implicite "ce con", désignant le pauvre professeur Jean-Pierre Richard, auteur d'une phrase débutant par "Combien" et finissant par "Lutèce.", relevée acrimonieusement par Ricardou (voir ici).
  Ensuite est donnée la phrase numérotée, page 68:
(1) Certes, (2) et (3) sauf, (4) bien (5) entendu, (6) à (7) hélas (8) se (9) trouver (10) démuni du (12) minutieux (13) concept (14) d' (15) expertise (16) scalaire, (17) a (18) -t- (19) il (20) poursuivi (21) dans (22) son (23) insupportable (24) jargon (25) méridional (25), il (24) y (23) a (22), selon (21) la (20) très (19) secrète (18) coutume (17), deux (16) symétriques (15) façons (14), ce (13) désir (12), pour (11) réussir (10), décisivement (9) avec (8) l' (7) une (6) peut-être (5), à (4) enfin (3) l' (2) endosser (1 ).
  Viennent ensuite les commentaires sur les correspondances, "démuni du minutieux" aux mêmes rangs que "désir pour réussir", de même pour "d'expertise scalaire" et "deux symétriques façons", mais Ricardou se garde bien de souligner les mots intermédiaires, "(13) concept" et "ce (13)", autour desquels ont été forgés ces énoncés, permettant de décoder l'une des occurrences de "ce con". La contrepèterie "muni-minu" pourrait inviter à semblable opération sur les syllabes "ques çons" de "deux symétriques façons".

  Puis vient l'explication du mot "méridional", page 71:
       — Il me semble, du moins à un brin réfléchir, que le terme du centre, signalé, de part et d'autre, avec le même chiffre, "(25) méridional (25)", puisqu'à l'évidence il supporte l'idée d'un milieu divisant le jour juste, moire son site, précisément, d'un accent peu subtil...

   Là encore, il appartient au lecteur de faire ses propres dénombrements, et de découvrir ainsi que cette phrase a 49 mots, de même que la phrase commentée, et que "(25) méridional (25)" en est aussi l'exact milieu, au rang 25.
  Il faut s'attendre à quelque peu davantage, et effectivement les mots "(14) centre" et "milieu (14)" occupent des positions symétriques (et il en va de même des mots "(9) réfléchir" et "moire (9)").

  Peut-être la position 14 de ces "centre" et "milieu" est-elle à rapprocher du centre discuté de la phrase (1) Du ... (14) du (14) ... assidus (1)., elle-même ayant un rapport plus certain avec la phrase 327, (1) Du ... (92) coeur (92) ... compte-rendu (1)..
  Le mot "centre" est aussi présent dans cette phrase 327, en position 81 à partir du début, et il a pour symétrique "confonde", en position 81 à partir de la fin.
  Ceci pourrait être une autre occurrence de "ce con", valide selon les règles que se donne Ricardou, lequel par exemple fait "rimer" dans la phrase essentielle numérotée page 99 "(99) centre (99)" avec "(1) Ce" et "concordance (1).".


  J'avais donné ici cette forme plus lisible, où seuls apparaissent les nombres significatifs, soulignant que la rime "ce" apparaît aussi pour les mots à mi-chemin des extrémités et du centre, "(50) préface" et "romances (50)", ce que Ricardou s'était abstenu de mentionner dans ses commentaires, alors que c'était probablement pour lui essentiel.
  Je suis aussi admiratif de ce tour de force, et de tout le travail fourni pour arriver à ce que cette phrase figure page 99 du livre, en hommage à la parution d'une nouvelle de Ricardou dans le numéro 99 de la NRF.
  Je le suis beaucoup moins de trouver encore "ce con" dans le dernier mot de la phrase, "concordance" (lequel remplace "correspondance" dans sa première version, non numérotée, page 47). Je trouve navrant d'afficher publiquement un différend qui aurait pu rester privé, et heureusement cette diatribe semble être restée lettre morte du vivant de sa victime. J'imagine que Ricardou n'a pas manqué d'envoyer "amicalement" au professeur Richard un exemplaire de Révolutions minuscules, et que ce dernier a peut-être abandonné une éventuelle lecture après quelques paragraphes de cette prose tarabiscotée, sans déceler la "structurale injure" qui lui était adressée.

  Ce n'est heureusement qu'une des facettes de la Préface, laquelle en a de plus nobles: présentation du jeu de boules, éloge de Paulhan, historique de la symétricologie, évocations biotextuelles qui ne peuvent être comprises que par des proches...

  Il est fort possible que Ricardou n'ait pas prévu ces dernières occurrences de "ce con". Un problème d'une contrainte est qu'il ne suffit pas de l'appliquer là où on le souhaite, mais qu'il faut aussi s'assurer que son application ailleurs ne livre pas de significations intempestives.
  Il y a de toute manière des erreurs dans les deux recueils de 1988, qu'elles soient dues à l'auteur, à la dactylographe, ou à l'éditeur, malgré l'attention portée par Ricardou lors de ses multiples relectures. Certaines de ces erreurs peuvent être désastreuses, comme l'omission d'une phrase dans L'art du X.

  Les occurrences certaines de "ce con" interviennent dans le contexte de "minus", or juste avant "d'une improbable concordance", on a "la mise à nu", pouvant précisément hypographier "minus"... à moins que ce ne soit une résonance avec le "minuit" du début de la phrase, "Ce soir donc, il est bientôt minuit", et il n'est pas exclu que Ricardou ait envisagé ces deux possibilités, ou que la raison profonde de cette symétrie "mi" en position 7, non commentée, soit une incitation à aller voir ce qui se passe à mi-chemin, entre les extrémités et le centre.

  Qu'en est-il de la phrase 327? Il est assuré que le décodage symétricologique impose pour certaines phrases de mettre à part ses parenthèses, et il y a deux propositions entre parenthèses dans cette phrase, de 7 et 9 mots. Les 167 mots restants ont alors pour centre "moins", minus en latin ou anglais, et le mot "centre" n'y est alors plus symétrique de "confonde", mais de "ultime".
  Les mots "moins" et "moindre" peuvent avoir leur rôle dans des combinaisons précédentes, ce que j'ai abordé ici, et Ricardou lui-même a souligné une correspondance entre "moindre" et "moi", dans l'avant-dernière phrase numérotée.

  Bref, une certaine indécidabilité est patente, donnant raison à Jean Paulhan, dont "l'avis décisif" aurait conduit Ricardou à abandonner l'écriture, selon la virtualité avancée dans ces dernières phrases, la Préface n'étant qu'un pur exercice mental de la "soeur" de l'ex-auteur.
  Mais la Préface existe, ainsi que les autres textes des deux recueils de 1988, avec toujours de nombreux points à élucider, et je déplore que Ricardou n'en ait livré plus de clés, alors qu'il était bien placé pour savoir que les écrits vont parfois bien au-delà des intentions de leurs auteurs.
  Peut-être d'autres exégètes pourront-ils aller plus loin que moi...

  Cette analyse était plutôt sage, alors je vais terminer sur une petite fantaisie.
  J'ai mentionné à plusieurs reprises la mort de Ricardou (17 juin 1932- 23 juillet 2016) à 84 ans et 36 jours, alors que 1932 et 2016 sont des multiples de 84, alors que 24-42-48-84 sont des nombres fétiches de Ricardou (formant les numéros de téléphone de Communications), et que 2016 se factorise en 42 fois 48 comme en 24 fois 84.
  Dans les pages associées à Communications dans Le théâtre des métamorphoses,  Ricardou indique à propos de son jour de naissance
Si l'on ajoute les deux chiffres du nombre 17, on obtient une valeur de huit. Si l'on compte les lettres du mot "juin", on en découvre quatre.
  Je remarque pour ma part que le 17/6 est le 168e jour d'une année non bissextile, 168 étant le nombre de pieds d'un sonnet d'alexandrins, et que considérer le nombre correspondant à juin, 6, mène à 8-6, le nombre de vers du sonnet, deux quatrains et deux tercets.
  Quant à l'année de la mort, elle peut encore se factoriser en 12 fois 168, toujours le sonnet d'alexandrins, à la source de deux créations importantes de Ricardou, la transposition du Cygne de Mallarmé dans Improbables strip-teases, et L'art du X.
  Si la phrase
...(11) tel (12) centre (13) exige (14) du (14) tireur (13), qui (12) hélas (11)...
fait donc selon Ricardou référence au sonnet, j'observe que "(12) centre" forme avec son symétrique
"qui (12)" le mot "centrique".
  L'épithète "égocentrique" convient certes à Ricardou, et la mise en avant de son nom est probablement à nouveau à l'oeuvre dans le "coeur dû" de la phrase 327, au-delà de l'équivalence "card(i)o"-"coeur".  
  Ainsi les indices des mots "...(12) centre ... (14) du ... qui (12)... livrent encore
12 x 14 x 12 = 2016.