18.7.18

cette note-ci égale la, celles-là si


Chapitre 12: L'ELU DE PI DUODECIMAL

  Le personnage de Marvel Noon est en partie emprunté au roman inachevé de DH Lawrence, Mr. Noon, où Gilbert Noon est un jeune professeur de mathématiques, espérant que son don pour la musique et la composition soit un jour reconnu.
  Le roman ne s'étend guère sur les orientations musicales de Noon, et j'en ai fait un compositeur d'avant-garde ayant précédé de quelques années la musique sérielle d'Arnold Schoenberg et de l'école de Vienne. Bien entendu le nom du directeur Roland Belmont du conservatoire de Vienne (Isère) est calqué sur Arnold, dont les anagrammes ont fleuri parmi ses descendants, Ronald, Randol...
  Le roman de Lawrence est en large partie autobiographique, David Herbert Lawrence ayant lui-même été enseignant avant d'être reconnu en tant que littérateur. Comme Gilbert, il a rencontré une femme fatale (en français dans le texte), Frieda Richtofen-Weekley-Lawrence-Ravagli Frieda von Richtofen, devenue Johanna dans le roman. J'ai eu l'occasion de mentionner les frasques précédentes de Frieda et de sa soeur (à Vienne notamment) ici. Certaines répliques de "ma" Johanna sont empruntées à celle de Lawrence.
  Le nom du père de ma Johanna, Adalbert von Schattenlos ("sans ombre"), fait allusion à l'auteur de Peter Schlemihl. Dans ce roman un personnage se nomme Thomas John, or John Thomas and Lady Jane est une version alternative, soft, de L'amant de Lady Chatterley.
THOMAS/JOHN = 76/47 est l'exact arithmonyme de
GEORGES/PEREC = 76/47, lequel avait Peter Schlemihl dans sa bibliothèque (numéro 1359).
 
  Noon vivait en Côte-d'Or (21) avant qu'il vienne en Isère (38) pour faire allusion à B-A-C-H, 2-1-3-8.

  Noon, s'il faut le préciser, signifie "midi", "12 heures", et c'est presque l'homophone de noun, "nom". Il m'a semblé s'imposer qu'il soit la 12e victime VERANOMNOL, au chapitre 12.

  L'idée de transposition duodécimale de Pi a probablement déjà été proposée, mais elle aurait été plutôt novatrice en 1908. J'ai trouvé ici d'autres adaptations, dont une utilisant la représentation de Pi en base 7.
  Le titre de la composition de Noon se trouve, par hasard, avoir la valeur 171 comme bien d'autres titres d'oeuvres (La nuit de l'anagramme) proposés dans Novel Roman:
TWELVE TONE PIE = 87+54+30 = 171 (à noter que le rapport doré 87/54 correspond au nom d'un des plus fameux viennois, SIGMUND FREUD, né en 1856 comme Noon, qui est évoqué dans Mr. Noon, où le premier mari de Johanna est un psy freudien, et Freud croise la route des soeurs Richtofen dans le roman de Tobie Nathan Mon patient Sigmund Freud).

  Les notes A et H (la et si) soulignées sur la partition sont en souvenir de ce qu'a fait Alban Berg sur sa propre partition de la Suite lyrique, correspondant à Alban et Hanna, son aimée.
  Je n'ai trouvé en ligne que les 100 premières (duo)décimales de Pi,
3,18480 9493B 91866 4573A 6211B B1515 51A05 72929 0A780 9A492 74214 0A60A 55256 A0661 A0375 3A3AA 54805 64688 0181A 36830
où les chiffres 0 et 2 ne se côtoient effectivement pas, mais c'est moi qui imagine qu'elles se jouxtent pour la première fois aux rangs 359-360 (en pensant aux réelles décimales 358-359-360 de Pi, 3-6-0).
  Il y a une erreur dans ma transcription, où le chiffre souligné ci-dessus a été oublié. J'ai laissé tel quel.

  Dans le projet de 1998, je comptais cantonner Noon dans son activité de sérialiste inspiré par les notes B-A-C-H, avec de lointaines allusions rosicruciennes, ce qui était plutôt stupide car bien peu de lecteurs auraient pu saisir ces allusions. Il est vrai que je comptais associer aussi au roman des commentaires explicatifs sous une forme ou une autre.

  Comme dirait Dan Brown, tout ce qui concerne ici les Rose-Croix et Bach est rigoureusement authentique. Ma seule incartade a été d'imaginer rosicrucienne l'expression VALOR NOMEN, qui est bien sûr une nouvelle anagramme de NOVEL ROMAN.
  Le livre Bach et le nombre me fascine depuis plus de 20 ans, avec diverses questions. Comment les auteurs, un musicologue et un organiste, ont-ils découvert que la gématrie des diverses inscriptions du prétendu tombeau de Rosencreutz donnait l'année de la découverte de ce tombeau? Ceci était-il intentionnel dans la Fama Fraternitatis? Que penser des concordances avec la musique de Bach?
  Certaines négligences dans Bach et le nombre m'interloquent par ailleurs. Alors que les auteurs décortiquent note par note les 47 mesures de la "fugue BACH", la fin disponible du Contrepoint XIV, qu'ils y constatent des choses fabuleuses, par exemple dans les thèmes, au nombre de 14, qui se répartissent en
2 (B) thèmes BACH inversus de 7 notes
1 (A) thème BACH étendu de 12 notes
3 (C) thèmes dans la superposition finale
8 (H) thèmes BACH normaux de 10 notes,
qu'ils voient les 106 notes des 11 thèmes BACH faire allusion à Rosencreutz,
que les 59 notes de la superposition sont répartis en 21-38 (BA-CH) par le début du thème BACH,
qu'ils calculent la gématrie totale des notes composant la dernière ligne mélodique de la partition,
comment ont-ils manqué de voir que le premier thème BACH avait la valeur totale 120 répartie en 14+106, en parfaite corrélation avec leur analyse?

  J'ai pu me demander si c'était une omission volontaire, histoire d'inciter les lecteurs curieux à persévérer, mais j'ai abandonné cette hypothèse, tant certaines propositions des auteurs sont contestables quand on les analyse de près.
  Une autre hypothèse est qu'ils auraient pu juger que c'était too much. Comme Marvel Noon l'indique, le seul nom Bach génère aisément les nombres impliqués, 106, 120, 65, à partir du moment où il est décidé de faire un thème débutant par les notes BACH, et c'est tout de même dérangeant dans le cadre de leur thèse, voyant Bach avoir eu une totale maîtrise des relations décodées dans sa musique. Cependant, il arrive à Van Houten et Kasbergen de constater que certains faits extérieurs s'accordent remarquablement avec les "nombres bachiens".

  De fait, l'immersion dans la musique de Bach est une aventure dont il est difficile de sortir indemne, tant les nombres semblent s'y organiser en architectures cohérentes. Deux problèmes majeurs sont soulevés, la multiplicité des analyses pour les mêmes recueils achevés, selon les approches des différents exégètes, l'histoire de ces recueils, où certaines pièces ont connu d'autres états avant la version définitive, ce qui est incompatible avec des idées préexistantes lors de leurs conceptions.
  La question reste ouverte, alors qu'il est au moins admis  par tous les spécialistes qu'il n'était pas indifférent pour Bach que les rangs des lettres de son nom totalisent 14.

  Le retour au Contrepoint XIV (ou fugue 14) pour ce chapitre m'a conduit à une nouvelle constatation que je ne résiste pas à partager. En comptant le dernier thème BACH, dans la superposition avec les deux autres thèmes, les 12 thèmes BACH comptent 116 notes dont la valeur totale est 1687, un nombre suffisamment proche de 1685 pour voir s'il n'y aurait pas moyen...
  Et la première de ces 116 notes est évidemment un B, de valeur 2, qui occupe la fin de la mesure 193 dont le début contenait les dernières notes de la seconde partie de la fugue, en conséquence les 46 mesures complètes de la dernière partie de la fugue comptent 115 notes pour les thèmes Bach de valeur 1685.
  115 est l'un des "nombres bachiens", interprété par VH&K comme
28 JULIUS = 28+87, la date de la mort, ou encore
DATUM + MONAT = 56+59 = 115, la date et le mois...

  Ceci dit, les pièces du dossier me semblent clairement indiquer que Bach avait achevé le Contrepoint XIV, et que cette fin a été égarée par inadvertance, quelles que soient les merveilleuses relations découvertes dans la fugue inachevée, et les trouvailles de VH&K sont ici si éblouissantes qu'elles justifient une lecture attentive de Bach et le nombre.

  Certains éléments semblent aussi s'être ajustés merveilleusement pour ce chapitre 12, avec la naissance de Noon, 171 ans après celle de Bach, conduisant à 1856, anagramme de 1685. La relecture de Bach et le nombre m'a fait redécouvrir que le rédacteur probable des manifestes Rose-Croix, Valentin Andreae, était né en 1586. C'est lui qui a fourni ses prénoms à Valentin-Andreae Monlorné, permettant dans notre alphabet:
VALENTIN ANDREAE MONLORNE = 97+48+106 = 251,
faisant apparaître les 106 ans de Rosencreutz, ainsi que le découpage 97-154 correspondant à, selon l'alphabet latin,
CHRISTIAN ROSENCREUTZ = 97+154 = 251.
  Par ailleurs la valor nomen de VALOR NOMEN, précisément, est 120, rendez-vous à 2028 pour l'ouverture du tombeau de V-A MONLORNE.
  Dans notre alphabet, ROMAN NOVEL a pour valeur 129, qui est aussi celle, latine, d'un des mots importants de l'épitathe,
SEPULCHRUM = 129, pareillement en 10 lettres.

  Comme je l'ai déjà indiqué, SFR a supprimé mes pages perso (pas seulement les miennes), et je n'ai pas tout remis en ligne, notamment mes pages BACH que je chérissais particulièrement, mais elles n'ont guère suscité de retours...
  A l'occasion de ce billet, j'ai remis en ligne l'étude où il est question de l'interprétation des 544 mesures des Sinfonien, et des 488 mesures des Inventionen qui y sont étroitement associées. J'ai rencontré depuis ce nombre 488, qui était le matricule de Jung à l'OSS. J'ai parlé ici du roman de Nicolas Beuglet, où ce fait était exploité, avec quelques défauts de "jeunesse" (Jugend), et c'est l'occasion de signaler son récent roman Complot, qui me semble beaucoup plus réussi, bien que je n'y aie pas trouvé matière à rebonds quaternitaires...

  Comme cette étude ne donnait pas le détail des inscriptions du tombeau de Christian Rosencreutz, les voici, avec d'abord les inscriptions proprement dites sur le cercueil.
  L’épitaphe en 48 lettres :
ACRC Hoc Universi Compendium Vivus Mihi Sepulchrum Feci = 544
puis les 5 inscriptions totalisant 72 lettres, formant un mandala :
Jesus Mihi Omnia      = 157
Nequaquam Vacuum = 180
Libertas Evangelii    = 162
Legis Jugum              = 118
Dei Gloria Intacta      = 142
  En tout 120 lettres de valeur 1303 auxquelles il faut ajouter l’inscription de la porte du caveau :
Post CXX Annos Patebo = 181 en 15 lettres + CXX (120 en chiffres romains)
  En tout 135 lettres de valeur 1484, l’année de la fermeture du caveau, à laquelle il suffit de rajouter les 120 de CXX pour obtenir 1604, l’année de l’ouverture du caveau.
  En tout 138 lettres de 2 (B) natures différentes, et 138 pourrait se lire 1-3-8, a-c-h... VH&K se gardent d'indiquer cette possibilité qui est encore too much.

  Dans les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz de 1616, attribuées à Valentin Andreae, apparaît une énigme gématrique où il est demandé à Rosencreutz de trouver un mot de valeur 55, avec diverses indications sur les valeurs des lettres le composant. Le problème fut proposé à Leibnitz qui trouva la solution ALCHIMIA, alors que le réel mot semble plutôt ALCHINIA.

  Il m'est venu l'idée de regarder s'il y avait des personnes nées en 1908 et mortes en 2014. Il y en a, et la première rencontrée en lançant la requête "1908 2014" est Angèla Leblanc, une Canadienne décédée le 22/4 (112e jour de l'année, a remarqué phrère Laurent). La présence à Vienne d'une cathédrale Saint-Maurice m'avait aussitôt donné envie de l'exploiter, en hommage à Maurice Leblanc qui est le grand initiateur de Novel Roman.
  La première rencontrée avec la même requête en images est une autre Canadienne, Anne-Marie Lachance, dont les cendres ont été déposées au cimetière Belmont. Je découvre ceci après avoir choisi le nom de Roland Belmont pour l'école de musique de Vienne.

  Les notes la et si de mArvel et joHanna m'ont rappelé la Guitare sommaire de Boby Lapointe, ce qui m'a aidé pour choisir le titre de ce 259e billet de Quaternité, titre de valeur correspondante à son rang, comme tous les billets de commentaires de Novel Roman jusqu'ici.

9.7.18

Caltez droit rue Lecourbe


Chapitre 11: KEPI IMPEC EN LOUCEDE

  Le colonel Sebastian Moran est emprunté à La maison vide, une aventure de Sherlock Holmes, de laquelle j'ai tiré quelques détails, comme la naissance en 1840, le meurtre de Ronald Adair en 1894.   Vonel Roman faisait partie du projet de 1998, ainsi que sa devise Non Volarem, "Poinct ne fuysse", nouvelle anagramme de NOVEL ROMAN.

  Pour le projet actuel, les contraintes sur les titres de chapitres influent parfois sur leur contenu, d'autant que j'ai souvent choisi le premier titre trouvé. Le titre du chapitre 11 devait débuter par un K, ce qui m'a fait penser au mot Képi, qui commandait d'y placer le militaire Moran. Les autres contraintes m'ont conduit à cette formule argotique, d'où Moran devrait s'exprimer en argot.

  Les allées et venues bizarres dans le XVe sont venues étoffer ce chapitre assez peu fourni de prime abord. Elles illustrent un riche thème littéraire, l'utilisation de la ville pour former des messages, par des acronymes ou des itinéraires sur le terrain. J'ai eu l'idée de combiner les deux, avec d'abord le projet de choisir des parcours dans divers arrondissements, par exemple le XVIIIe, le XVe, le XIIIe, le Ier, et le XIVe pour obtenir le mot ROMAN, mais les abords du domicile de Moran, déjà choisi, se prêtaient idéalement au jeu.
  Les sources principales sont les suivantes:
- La bibliothèque de Villers (1980), de Benoît Peeters, où les noms des victimes aux 4 coins de Villers et en son centre forment le mot LIVRE. Le bibliothécaire Lessing avait confié au narrateur son projet d'écrire un livre, relatant une série de crimes proche de celle qui frappe Villers, et dont le coupable aurait été un nommé Rivelle, nom dont un lecteur futé peut trouver l'anagramme, « le livre ».
- J'ai retrouvé ce nom Rivelle dans un polar de 1998, Six couleurs pour l'enfer, de Guérard & Mosseri. Le détective David Larno est engagé par un certain M pour suivre Pierre Rivelle, se livrant dans Paris à des déambulations erratiques dont Larno finit par comprendre qu'elles dessinent des lettres, et des mots, VOUS ALLEZ BIENTOT MOURIR..., mais l'assassinat de Rivelle interrompt le message.
- Ce roman ne doit rien à Peeters, dont Guérard & Mosseri ne connaissaient pas « le livre », mais ils ont reconnu avoir emprunté l'idée du message à Paul Auster, qui dans Cité de verre (1985) montre le détective Daniel Quinn de même engagé pour une filature dans New York, et découvrant de même que les déambulations erratiques de Peter Stillman dans un carré bien délimité dessinent chaque jour une lettre, composant le message THE TOWER OF BAB...
- Le Rivelle de Guérard & Mosseri habite un hôtel de la rue Lecourbe, et j'ai remarqué qu'un lieu essentiel du roman Le livre (2014) de René Belletto, est la clinique Pernette du Guillet, dans la rue éponyme et imaginaire, située entre les rues Lecourbe et Blomet.

  On peut se demander si Belletto, lui-même auteur de polars, s'est inspiré de Six couleurs pour l'enfer, car son héros, scénariste de télé, rêve qu'un patient de la clinique Pernette lui dit: VOUS ALLEZ MOURIR LE... Le message est interrompu, mais, dans la "réalité", il reçoit une lettre postée dans le XVe, contenant une feuille sur laquelle est tracé maladroitement le nombre 6.
  Le livre est truffé de détails probablement significatifs pour Belletto, mais le mode d'emploi n'est pas livré... J'y ai remarqué un personnage nommé Albin Moreno ("brun", "noir"), ce qui m'a fortement rappelé mon Alban Lenoirc, mais la coïncidence s'explique assez facilement par la communauté d'intention.

  Bref j'ai décidé d'installer Vonel Moran au coin des rues Lecourbe et Pernette du Guillet, qui selon les indications de Belletto me semble compatible avec la réelle rue Jeanne-Hachette, une jeune fille qui sous Louis XI aurait vaillamment pris sa hachette pour mener le combat contre les envahisseurs... Pernette, elle, est la poétesse qui a inspiré Maurice Scève pour sa Délie. Plutôt honorer les poétesses que celles qui rivalisent avec les hommes dans le carnage...
  HACHETTE, MAURICE, ceci me rappelle le recueil de Maurice Leblanc Les huit coups de l'horloge, que j'ai imaginé gouverné par diverses contraintes, dont l'utilisation dans chaque histoire d'un mot de 8 lettres débutant par H. Je rappelle que mon Hortense est inspirée par le personnage féminin du recueil, et que "Alban Lenoirc" est le contrepied de "Maurice Leblanc".
  Je rappelle que les éditions Hachette ont souvent réédité Maurice.

  Ayant regretté de n'avoir trouvé ni chez Auster, ni chez Guérard & Mosseri, d'itinéraire offert au lecteur pour lui permettre d'accéder à un autre niveau de signification, je me suis attelé à la tâche, avec deux idées directrices :
- les itinéraires dessinent les lettres, environ à la même échelle;
- la rue d'où part le tracé a pour initial la lettre elle-même.
  Et voici les tracés significatifs, ne prenant en compte que les parcours effectués à un train soutenu:

  J'ai donc choisi d'écrire LOVE N, ayant déjà utilisé AMOR N dans le chapitre précédent, avec les arcanes numérotés de tarot.
  Moran part de chez lui, par la rue Lecourbe, et le L est tracé avec la rue St-Lambert. Le tracé de la lettre suivante démarre rue Olivier de Serres, et impose à Moran de repasser par les mêmes rues, de tourner en rond...
  Puis vient le V partant du boulevard Victor, avec à nouveau la rue Lecourbe. Puis Moran gagne la rue des Entrepreneurs, et doit revenir plusieurs fois sur ses pas pour tracer les branches du E.

  Il y a quelque peu davantage, avec de plus ou moins petites coïncidences découvertes en effectuant mes tracés, sans incidence sur ceux-ci.
  J'ai été ravi de voir le tracé sinueux de la rue Desnouettes, exploité pour mon O, mais Fernand Desnouettes est dans le Décalogue de Giroud l'auteur des aquarelles du livre Nahik, tout aussi imaginaires que son texte, et NAHIK est l'anagramme de KNIHA, "livre" en slovaque. J'ai déjà utilisé le nom chapitre 6, avec quelques commentaires ici.

  L'hésitation de Moran devant la rue Olier est liée à une curiosité que je n'ai pas encore présentée. Dans ses Cahiers d'écolier, qui n'ont été publiés qu'en octobre 1984, Claude Ollier met en forme le 28 décembre 1959 quelques idées qui lui sont venues à New York, et qui se sont précisées en étudiant la structure encore plus absolue de Washington, composée d'avenues identifiées par des lettres, et de rues orthogonales identifiées par des nombres:
- Utiliser la ville comme cadre général, en répartissant les événements dans les trois dimensions.
- Organiser la répartition et la localisation des événements comme dans une partie d'échecs. Choisir 64 blocs dans Midtown et ne décrire que certains coups.
  C'est très proche de ce qui se passe dans Cité de verre, où Auster a choisi un rectangle à Manhattan, dans lequel les déambulations de son personnage tracent chaque jour une lettre.

  La date du 28 décembre dans le cahier de C.Ollier m'effare, car c'est le jour des Saints Innocents, or dans Le massacre des innocents,  JJ Reboux a imaginé un découpage de Paris en 64 cases, non pour un jeu d'échecs, mais pour un jeu de l'oie. Là ce n'est pas un parcours qui forme des lettres, mais des lettres qui forment un parcours...
  J'en ai parlé ici notamment. Le livre se termine le 28 décembre (1994), jour des Saints Innocents. La première case du jeu de l'oie est dans le XVe.

  Il faudra y revenir. Pour l'heure je me borne à donner les éléments qui m'ont inspiré pour écrire ce chapitre, laissant à plus tard les approfondissements. Il faut tout de même rappeler que le premier roman d'Ollier, La mise en scène, a grandement influencé divers auteurs, tel Ricardou, et que Peeters n'a pas caché que le nom de son personnage Lessing, celui qui imagine une série de crimes commis par un nommé Rivelle, vient de La mise en scène.

  La rue Lecourbe me rappelle encore que Paul Halter, grand ami de Roland Lacourbe, lequel apparaît sous divers avatars dans ses romans, a imaginé dans La nuit du Minotaure le découpage d'un coin d'Alsace en 64 cases figurant celles d'un échiquier. Roland Bayard (tiens, ROLAND = 64) y élucide des meurtres commis tous les 9 jours, dans les cases correspondant au déroulement d'une partie d'échecs... Il faudra donc y revenir.

  Je reviens au parcours de Moran. Après les lettres LOV, presque contiguës, la rue des Entrepreneurs qui a plusieurs rues orthogonales se prêtait bien à un E. J'ai cependant choisi d'utiliser pour une branche la rue de la Croix-Nivert, pas tout à fait orthogonale, car la branche médiale est la rue de la Rosière, permettant une allusion Rose-Croix.

  Comme dans les jeux précédents, il m'importait de dissocier N de LOVE ou AMOR, et son tracé a fait l'objet d'un parcours bien distinct, commençant par la rue Nélaton, toujours dans le XVe.
  J'ai fait figurer Tour Eiffel et Champ de Mars car les vieux plans de Paris font davantage ressortir les tracés d'origine, notamment un losange, dont le grand axe prolonge la rue Desaix.

  Une étape marquante du polar géométrique est le losange de La mort et la boussole, où il m'a semblé que les initiales des victimes, Marcel Yarmolinsky, Gryphius, Daniel Azevedo, et Elias Lönnrot, pouvaient former MYGDAEL, très proche de l'hébreu migdal, "tour", un mot important dans la nouvelle puisque le premier meurtre a lieu dans un hôtel-tour, et le dernier dans un mirador. Bien plus ici.

  La nouvelle a eu de nombreux avatars, notamment L'adversaire de Queen, où les meurtres en carré dessinent le N de Nathaniel, La bibliothèque de Villers, le carré LIVRE, Une affaire en or, où Alain Calame a illustré le partage d'un segment de droite en petite et moyenne raisons... Calame a imaginé une autre parodie de Borges, Meurtre au sommet, où le triangle de départ est transformé en tétraèdre, le dernier crime étant commis au sommet de la Tour Eiffel...
  Tiens, le détective de Une affaire en or se nomme Roland Turold, probablement dans un même esprit chevaleresque que celui qui a conduit Paul Halter à baptiser son héros Roland Bayard (Turold est l'auteur de la Chanson de Roland).

  Comme le programme (triangulaire!) fixait la mort de VONEL le 8 mars, 66 jours après la mort de Monlorné, il m'a paru logique de lui faire préparer son ENVOL la veille, une date qui m'est significative, naissance de Perec 28 ans plus tard. Effectuant mes scans du plan de Paris, j'ai eu la surprise de voir qu'ils étaient enregistrés sous le nom Numérisation_20180703, le programme utilisant la date américaine 07/03 pour le 3 juillet. Tiens, 703 est le triangulaire de 37.
  Je rappelle que dans ses Perec/rinations Perec imagine des parcours utilisant des artères parisiennes avec diverses contraintes. Reprenant le livre, j'y vois que dans les mots croisés consacrés au XVe apparaissent les rues Lecourbe, Entrepreneurs, et Desaix.

  Il m'est revenu que Léo Malet, dont l'argot m'a légèrement influencé, était né aussi un 7 mars, dans ces eaux-là, mais c'était en 1909 et non 1908. Malet aussi a eu l'ambition de décrire tous les arrondissements de Paris, et je rappelle que son chemin a croisé celui du borgésien Yarmolinsky ici.


30.6.18

Juste Eden du Véranomnol


Chapitre 10: JAMAIS ELMO NE DEROGE

  Elmo Orvann est un personnage plus ou moins calqué sur Xul Solar, fils d'un Allemand né à Riga, Elmo Schulz, et d'une Italienne née Solari. Devenu Argentin, il a choisi le pseudo Xul qui se prononce "choul", sans rapport certain avec la lumière latine lux, mais mon Orvann ne se prive pas d'assimiler la première syllabe de son nom à la "lumière" hébraïque, or (tiens, j'aurais pu l'appeler Rovann pour éviter le hiatus, et esquisser un parallèle avec Paco Rabanne, mais après un coup d'oeil sur ce personnage je ne regrette rien).

   Dans un premier temps, je comptais exploiter les alphabets des nouvelles langues imaginées par Xul Solar, et puis il m'a semblé devoir me concentrer sur l'hébreu, et puis encore spécialement sur le tarot.
  J'ai cependant développé l'idée du gilgoul, de la transmigration des âmes selon la kabbale lourianique. Les informations données sont tirées du Sefer ha-Gilgoulim, de Hayim Vital. Je me suis permis d'évaluer les "étincelles" à 320 au lieu de 288, pour simplifier un peu les opérations, mais l'égalité Caïn = Abel est tirée de cet ouvrage.

  Les trois principes auxquels les Orvann ne dérogent jamais sont inspirés par une autre trinité classique, qol, tsom, mamon (Voix, Jeûne, Argent), trois mots de valeur 136. Pour arriver à une anagramme de NOVEL ROMAN, j'ai dû transformer MAMON en NAMON.

  Au moment où je commençais mon chapitre, Patrick Bléron a publié sur Alluvions quelques commentaires sur les recherches d'Yvo Jacquier, à propos de Dürer et des tarots. Sans chercher à approfondir, j'ai utilisé l'idée, et n'ai pas hésité à en remettre une couche avec Léonard de Vinci complice dans l'affaire...
  J'avais fait état des recherches d'Yvo Jacquier sur Dürer dans le billet de juillet 2010 Dürer toujours.
  En octobre 2011 le tarot s'est invité dans mes recherches, dans le billet Triangles, avec de multiples résonances jungiennes. Ceci se prolongea en décembre avec le billet L'ange de la médiathèque, qui me fit découvrir que l'ange Cassiel (des Ailes du désir) était une déformation du nom d'un ange hébraïque, Qaftsiel, ange de Saturne (peut-être l'ange de Melencolia de Dürer), forgé à partir de la racine ק-פ-צ, QPÇ, avec une désinence angélique.
  Vinrent ensuite des curiosités qui m'émerveillent encore aujourd'hui. Sans que j'en ai trouvé d'explication, le nom Qaftsiel est lui-même une autre déformation, de Tsafqiel, nom de l'ange de Saturne dans les sources antérieures, de racine ÇPQ renversement de QPÇ.
  
  A ces lettres hébraïques correspondent les trois arcanes "astraux" du tarot, le Soleil, l'Etoile, la Lune. Dans certaines versions du tarot, l'Etoile est Mercure, et ces trois astres sont ceux dont Jung a représenté en gros les symboles sur la pierre de Bollingen.  J'avais donné dans le billet suivant ces arcanes dans divers jeux de Tarot, et notamment dans le jeu peint par Dali, en calquant l'ordre de la pierre de Bollingen :
   Je rappelle que j'ai relié l'échange Jung-Haemmerli, sous le signe de Mercure, au Soleil et à la Lune, par les valeurs numériques associées aux dates connues de l'affaire, et notamment le 30 juin 1944, date de la mort de Haemmerli, il y a exactement 74 ans.
  Par ailleurs les valeurs 52-84 de JUNG-HAEMMERLI apparaissent dans les 4 colonnes du carré magique de Melencolia. La réelle villa Victor-Hugo est sise dans l'avenue entre ses numéros 134, valeur d'ARSENE LUPIN, et 136, valeur de JUNG-HAEMMERLI et constante magique du carré de Dürer. Leblanc a utilisé dans Arsène Lupin contre Herlock Sholmès un passage secret entre les numéros 134 et 136 de l'avenue Henri-Martin, ce que j'ai déjà utilisé dans mon premier chapitre.

  Le Tarot universel d'Aldo di Varsal est bien sûr celui de Salvador Dali. Après avoir forgé cette anagramme, j'ai appris que varsal était en anglais une forme désuète de universal, et que le tarot de Dali avait la prétention d'être universel (mais il n'est pas seul dans ce cas).

  Le tarot Wiley-Calterreso est une anagramme d'Aleister Crowley, créateur du tarot de Thoth. J'avais déjà utilisé cette anagramme ici, en faisant visiter Rennes-le-Château par Crowley.

  C'est en cours de l'écriture du chapitre qu'il m'est venu l'idée du mage tirant le tarot pour lui-même, et les 5 arcanes seraient bien entendu les lames 1-13-15-18-14, correspondant à AMOR N. Je n'y connais rien en tarot et ai trouvé en ligne quelques infos sur le tirage et la significations des lames. Ceci m'a été l'occasion de découvrir ici ceci:
Il y a une grande similitude entre cet arcane sans nom et l’arcane du Fou. L’un est sans nom, l’autre sans numéro.
  Ainsi apparaît un net lien entre ces arcanes auxquels correspondent les lettres 13 et 21 de l'alphabet hébreu, Mem et Shin formant le mot shem, "nom". De plus ce sont les lettres mères correspondant à l'Eau et au Feu, et dans les tarots anglo-saxons le Fou correspond à la lettre alef, l'autre lettre mère. De fait, les deux correspondances du Fou, A et S, forment le mot esh, Feu.

  Je ne suis pas mécontent de l'interprétation du tirage d'Elmo. Je dois signaler que sa relation remarquable concernant l'an 1908 lui est très personnelle, car c'est 3760 avant JC que Dieu aurait créé le monde selon les calculs du Seder Olam, et c'est donc en 1880 qu'a eu lieu la conjonction soulignée par Orvann, je ne sais ce qu'il a pu se passer cette année-là. Je remarque au passage que les 56 ans ajoutés par Elmo correspondent aux 56 arcanes mineurs du tarot, qu'il prend en compte pour avoir 78 lames, triangulaire de 12, dans son interprétation de 1908 = 12 fois 159, la valeur calculée pour son tirage (j'ai imaginé de retrancher les cartes renversées, le total 241 pour les 5 lettres hébraïques A-M-S-Ç-N ne m'évoquant rien d'immédiat).

  159 m'est plus évocateur car c'est la valeur de L'AIGUILLE CREUSE, le roman où Lupin est blessé peut-être mortellement le 16 avril 1908, le Jeudi saint, 106 jours après le premier janvier (en fait cette date semble être une erreur, et le cambriolage d'Ambrumézy (embrumez-y) est daté plus loin du 23 avril, ce qui peut conduire à considérer avec plus d'attention la date erronée). Lupin se réfugie dans une crypte, où son supposé cadavre est découvert 53 jours plus tard par Beautrelet. 106+53=159, CQFD...
  L'autre interprétation d'Elmo, 1908 = 36x53, m'a suggéré l'idée de rapprocher les morts mystérieuses des 18 héritiers VERANOMNOL de celles des 36 Justes dans Le dernier homme bon, éliminés avec une effarante constance tous les vendredis. J'avais vu les lettres mères pouvoir apparaître dans le roman, avec 34 morts effectives au moment où leur schématisme dans l'espace est compris, 21 Justes identifiés, et 13 non. Il n'en reste plus que 2, l'un n'échappe pas à son sort, et l'autre trouve la solution pour accorder au monde une nouvelle chance.
  J'ai découvert ensuite que ce roman était probablement inspiré par un roman de 2006, Maudits soient les justes, où une secte déviante entreprend d'éliminer les 36 Justes, mais échoue à nouveau pour le dernier qui n'est encore qu'un embryon dans le ventre de Beth, la femme de l'enquêteur journaliste.
  Le pseudonyme SAM Bourne du réel journaliste Jonathan Vreeland m'a conduit à penser qu'il s'identifiait quelque peu au héros, et j'ai découvert que son propre fils se prénommait SAM.
  Mon billet Sam en Beth était consacré aux lettres mères hébraïques S-M-A dont l'atbash est B-Y-T, nom complet de la lettre B, Beth. J'ai hésité à ajouter ceci aux propos d'Elmo.

  Au moment où j'achevais ce chapitre, nous avons revu le 28 et le 29 Breaking the waves (1996), de Lars von Trier. Son héroïne se nomme Bess, et peut-être est-elle marquée par la mort de son frère Sam, en tout cas elle fait tout, au-delà du raisonnable sinon du possible, pour sauver son mari Jan condamné par la médecine, et y réussit, y laissant sa propre vie. Ceci m'évoque bien sûr l'échange Jung-Haemmerli.
  Je découvre que ce film est le premier de la trilogie Coeur d'or, ce qui m'évoque les deux premiers termes de la devise des Orvann, Or (Lumière), et Lev (Coeur). Pas de Namon ou d'Argent en vue, mais la responsable des costumes est Manon Rasmussen, MANON anagramme de NAMON (et l'une des victimes VERANOMNOL était MANON REVOL, qui manifestait son anticonformisme par des "revolutions" minuscules).
  REVOLUTIONS est un mot qui m'a retenu, pour le découpage de sa valeur 170 selon voyelles consonnes en
EOUIO / RVLTNS = 65/105 = 13/21.
  Je constate que le titre du film a même valeur 170
BREAKING THE WAVES = 67+33+70 = 170,
et que son réalisateur est
LARS VON TRIER = 50+51+70 = 171,
un des nombres clés structurant Novel Roman, où chaque chapitre a un titre en 18 lettres de valeur 171.

21.6.18

le carré du carré du carré VIER


Chapitre 8: HONORE DE VALMONDADA
  Pas grand-chose à ajouter, sinon que les 98 éléments de l'affaire Levert sont empruntés à The Greene Murder Case, de SS Van Dine, ou Philo Vance numérote ces 98 éléments, puis donne l'ordre exact qui a conduit à la résolution de l'affaire...Je ne me suis pas hasardé à vérifier si cet ordre avait une réelle pertinence.
  HV cultive des roses et habite Croissy en écho à la piste Rose-Croix.

Chapitre 9: IDEALE ! L'AVAL EN AMOUR
  Nous avons maintenant le nom de celui qui est prévu pour être le 14e des 18 héritiers Monlorné, Norman Love, bien sûr inspiré de Norman Bates, le Psycho.
  J'ai déjà commis l'anagramme AUSTRALIEN-NATURALISE ici, sans avoir pu y caser le CHARENTAIS ANARCHISTE. C'est fait...

  Hortense (Daniel) est la compagne de Lupin-Rénine dans Les huit coups de l'horloge. Sa demi-soeur Rose-Andrée est actrice, et ceci avait été un des indices à l'appui de la piste Rose-Croix chez Lupin (X croix de Saint-André).

  J'ai donné ailleurs les contraintes afférentes à la table des chapitres du roman Le cercueil s'ouvrira, titres que j'ai présentés selon le même style que les chapitres de Novel Roman.
  Voici donc ce à quoi mènent ces titres:

 RAISONAUTEL
 YOUSIRELTAN
 ETSUSALORIN
 ULCERATIONS
 EONINTRUSLA
 NELUICASTOR
 LADUNEROSIT
 QUISORTELAN
 ESPOIRALUNT
 EBRISUNALTO
 LOIUNESTRAZ

  Le carré est tel que je l'avais concocté en 1998, alors qu'à l'époque j'envisageais de modifier quelque peu les titres parfois plus qu'abstrus. Chaque titre est formé des lettres ESARTULINO plus un joker, avec deux nettes allusions. Ulcérations est le titre du premier poème hétérogrammatique de Perec, et Un raz est loi est le dernier vers d'Alphabets.
  Fernando Escartin était alors un champion cycliste espagnol, que j'avais transformé en Lou Escartin.

  En 1998 le traducteur kleptomane se nommait Trikkala, nom d'un interprète dans The Greek Coffin Mystery, dont les 21 chapitres du livre I épellent cet acrostiche, tandis que les 13 chapitres du livre II énoncent By Ellery Queen.
  Sachant maintenant que Ricardou avait aussi proposé en 1969 une table des chapitres formant un carré avec divers messages à lire en colonne ou diagonale, il me fallait lui rendre hommage, et le traducteur est donc devenu Ricardo/a Corleone, L'ambivalence Ricardo/a fait écho aux Noël/le des nouvelles de 1988.
  L'auteur original de Un cercueil s'ouvrira est devenu Enyer Quelle, anagramme de ELLERY QUEEN qui peut évoquer la question: Parmi les divers personnages ayant utilisé la signature ELLERY QUEEN, LEQUEL est la vraie REYNE?

  J'ai achevé la table des chapitres de Novel Roman, que voici présentée en carré:
 
 AVECUNDEBUTCOMMECA
 
BILANLETALEDULCORE
 
CEJEUBRIDELARAISON
 D
OSESDANAGRAMMESLA
 E
LLECHERCHAITNOISE
 FATALEAUBEENEGYPTE
 GRIFFELESAMBIANTES
 HONOREDEVALMONDADA
 I
DEALELAVALENAMOUR
 J
AMAISELMONEDEROGE
 K
EPIIMPECENLOUCEDE
 L
ELUDEPIDUODECIMAL
 M
IRAGEDELAVIEAUMAX
 NORMCEDEADIEUNEANT
 ORPHELINIMPLACABLE
 PUEZARFALLHAGARMAD
 QU
EDORANNEEDELAFOI
 R
ICHEDRAMEDHERITER

  J'y reviendrai. Tous les titres en 18 lettres de valeur 171, de même les 4 alignements en gras.

  A propos de carré, ce billet se trouve, par hasard, être le 256e de Quaternité, 256 étant non seulement un carré, mais un bicarré, et mieux encore un bibicarré, le premier bibicarré après le trivial 1. On peut l'écrire
256 = ((2^2)^2)^2, ou encore
256 = 4.4.4.4, ce qui est très quaternitaire.
  J'ai donc cherché un titre de valeur 256, et suis assez content de
LE CARRE DU CARRE DU CARRE VIER,
en rappelant que VIER, "quatre", correspond aux initiales des 4 victimes assassinées aux 4 coins de Villers, dans le roman de Benoît Peeters de 1980 qui a beaucoup d'analogies avec Novel Roman, mais dont j'ignorais l'existence lorsque m'en est venu l'idée.
  Sachant que CARRES = 64, j'ai songé à quelque chose comme
CARRER SACRES? SACRER CARRES!,
mais l'autre forme l'a emporté.

23.5.18

la théorie des signes de vie


  Quelques lectures récentes.
  Un pavé de mai était Signe de vie, de JR Dos Santos, un émule portugais de Dan Brown, dont le héros, Tomas Noronha, est comme il se doit professeur de cryptologie.
  J'avais commenté ici son premier succès, La formule de Dieu, intéressant par sa comparaison avec un autre roman où est recherchée une ultime formule laissée par Einstein. Dans les deux romans le secret était lié à la lumière, or en hébreu, et le nombre d'or était présent, anecdotiquement chez Dos Santos, au premier plan dans l'autre roman.

  Les romans de Dos Santos semblent calqués sur ceux de Brown, chapitres courts se terminant très souvent par un climax, ce qui permet de débuter le chapitre suivant par un rappel d'une dizaine de lignes, et augmenter artificiellement la taille du pavé. Ceci devient horripilant quand on dépasse la centaine de chapitres, surtout lorsque les climax sont de purs artifices.
  Les romans des deux auteurs débutent aussi par un avertissement du genre Toutes les informations scientifiques présentées dans ce roman sont vraies. Si pour Dan Brown, "vraies" signifie "trouvées sur le web", il m'avait semblé que Dos Santos était mieux documenté, et la vulgarisation des théories physiques présentée dans La formule de Dieu recoupait ce que j'avais lu ailleurs.

  Je n'ai pas attendu la parution en poche pour lire Signe de vie, car son thème m'intéressait au plus haut point. Dos Santos y imagine que les radiotélescopes du projet SETI viennent de capter un signal venu de l'espace, sur la même fréquence que le réel signal dit "Wow!" en 1977.
  Wow! est le commentaire fait par l'astrophysicien JR Ehman dans la marge des résultats du 15 août 1977, où un signal puissant est apparu sur la fréquence 1,42 GHz, précisément la fréquence sur laquelle on s'attend à recevoir d'éventuels signaux de civilisations extraterrestres, je passe sur le pourquoi.
  Le radiotélescope qui a capté le signal bouge en permanence, et 6EQUJ5 correspond à la croissance et à la décroissance du signal pendant les 72 secondes où il était dirigé vers un secteur de la constellation du Sagittaire (selon un code allant de 1 à 9 puis de A à Z). Comme le résultat n'a été observé que quelques jours plus tard, il a été impossible d'obtenir d'autre précision concernant ce signal exceptionnel qui n'a pas eu d'équivalent depuis, et dont aucune tentative d'explication n'a trouvé de consensus.

  C'est un bon point de départ pour un roman, et Dos Santos a imaginé la réception d'un nouveau signal sur cette fréquence 1,42 GHz, en provenance d'un objet en mouvement vers la Terre, mais cette fois le signal est continu et porteur d'un message, 42 chiffres se répétant en boucle, qui ne sont autres que les premiers chiffres de Pi dans le système décimal, 3141592653589...
  Pourquoi Pi? parce que c'est en principe une constante universelle.
  Pourquoi 42? Je m'attendais à ce que le cryptologue s'aperçoive que le message impliquait d'ajouter un signe, la virgule après 3, pour obtenir la réelle constante, et que ces 42 symboles en impliquant 1 autre étaient une allusion à la fréquence 1,42 qui les transmettait.
  Non, c'est un autre personnage, l'astrophysicien Seth Dyson, qui prétend avoir effectué le calcul, et trouvé que ces 42 premiers chiffres "permettent d'établir avec une précision millimétrique le périmètre d'un cercle qui couvre la dimension de tout l'univers visible à partir du rayon d'un électron" (page 205).
  Selon un réel astrophysicien (Gef), cette formulation est fort sujette à caution, et "précision millimétrique" signifie ici "très précis" et non "au millimètre". Le fait réel probablement visé est qu'il y a effectivement un facteur d'environ 1042 entre le rayon classique de l'électron, 2,8 x 10-15 m, et le périmètre actuel de l'univers observable, environ 2,8 x 1027 m, en constante croissance.
  De toute manière, un scientifique n'utiliserait pas ceci pour communiquer avec d'autres scientifiques, ce rapport entre les deux grandeurs étant anecdotique. Je pourrais imaginer que l'auteur ait pensé au 42 de Douglas Adams, mais ceci discréditerait tout le discours à prétention scientifique qui occupe au moins les trois quarts du livre.

  Il n'y a de toute façon pas besoin d'aller beaucoup plus loin pour trouver des aberrations, car dès la page 207 on trouve
Par exemple, si nous choisissons deux nombres entiers, la probabilité que ces deux nombres entiers soient premiers est de six divisé par Pi au carré. Qu'est-ce que Pi a à voir avec le choix aléatoire de nombres premiers? C'est incompréhensible!
  Or, d'une part, s'il existe bien certain "théorème de Cesaro" qui donne ce résultat, il touche des nombres premiers entre eux, ce qui est tout à fait différent, et, surtout, ce "théorème" est contesté, ce que je découvre aisément sans être mathématicien (mais Gef me dit qu'il est exact, et il a certainement raison).

  Il est possible que certaines de ces aberrations viennent d'erreurs de traduction, mais tout cela reste quand même bien approximatif. Le chapitre 34 vient me conforter dans mes doutes, car Noronha y avance que le nombre d'or pourrait être un autre moyen de communiquer avec une intelligence extraterrestre, car ce serait un facteur d'harmonie présent dans tout l'univers. Et tout le folklore de bas étage y passe, Léonard de Vinci et Phidias, la suite de Fibonacci miraculeusement présente dans le monde végétal (ce qui pouvait effectivement être vu comme miraculeux jusqu'aux expériences qui l'ont parfaitement expliqué).

  Il y a d'ailleurs de sérieux problèmes de traduction dans ce livre, où je relève notamment, bien qu'ayant sauté bien des paragraphes:
page 299: Einstein a déclaré que Dieu ne jouait après aux dés.
page 535: Et ce qu'ils voyaient était un invraisemblable.
  Je trouve pour ma part invraisemblable qu'une intelligence humaine ait pu commettre ces bourdes, et je soupçonne l'utilisation d'un logiciel de traduction, suivie d'une vérification sommaire.  

  Enfin Quaternité n'est pas le lieu de l'analyse des dérives de l'édition des best-sellers, et cette aventure de Noronha est tout de même bien plus intéressante que les trois précédentes parutions françaises de Dos Santos.
  Si je commente Signe de vie, c'est pour ses coïncidences avec ma démarche, et d'abord ceci.
  En mars 2017, j'ai publié le billet Wow! dont le titre venait de la grille 9x9 publiée en 2005 par Cyril Epstein, où il m'avait semblé très significatif de trouver en colonnes les lettres WOW et AMAN. Je n'y reviens pas, et invite à se reporter à ce billet.
  Wow était pour moi une forme de la lettre hébraïque waw, effectivement courante, et la vérification de son usage m'avait fait découvrir le signal "Wow!". J'avais noté que ce signal était apparu un 15 août, date mariale, alors que la grille de Cyril est aussi marquée par son intérêt pour les apparitions mariales, et que son découvreur se nommait Ehman (אהמן en hébreu), à rapprocher de Aman (המן en hébreu, qu'on transcrit aussi Haman).

  Une autre curiosité de la grille de Cyril était sa colonne centrale, où j'ai vu l'anagramme de NOM PRENOM, ce qu'il m'a assuré n'avoir pas été intentionnel. J'ai représenté ci-contre cette colonne en gras, alors que la seule accentuation de la grille publiée était son M central.
  En juin 2017, j'étais conduit à rouvrir le Ferrocarril de Santa Fives de Robert Rapilly (2011), à y redécouvrir une grille 9x10, et à m'apercevoir que sa colonne centrale contenait aussi une anagramme de NOM PRENOM, avec en plus la lettre I. J'avais remarqué que cette grille avait deux lettres centrales, et que ces lettres étaient PI. Se reporter à ce billet récapitulatif.

  Alors Dos Santos a imaginé que les auteurs du signal "Wow!" récidivent avec un signal Pi...

  Les 42 chiffres de Pi me rappellent une curiosité du roman de Sinoué, Les Silences de Dieu, ayant joué un rôle important dans mes découvertes de septembre 2008. On y trouve les mêmes faits controuvés concernant Fibonacci et le nombre d'or, qui y est donné avec 42 décimales. Dieu s'y incarne sur terre (pour la première fois!) sous la forme d'un jeune homme, MORCAR, dont est calculée la valeur numérique, 68, et j'avais vu 42/68 = 21/34, deux nombres de Fibonacci.
  Signe de vie a un prologue, 108 chapitres, et un épilogue, soit en tout 110 éléments, 42+68, mais je ne vois rien justifiant un partage 42-68 de ces éléments. Je pense à la gématrie de l'hébreu hayim, "vie", 68 (son "signe" étant les 42 chiffres de Pi).

  Le chapitre 34 de Signe de vie dédié au nombre d'or et à Fibonacci me rappelle les 34 chapitres du Labyrinthe de la Rose, où 34 est décliné à toutes les sauces, avec notamment son appartenance à la fameuse suite.

  La NASA remet en service la navette Atlantis pour aller voir le mystérieux objet, en fait une comète, sur laquelle a été fixé un cube bleu clair, que Noronha parvient à détacher et à amener à la navette. J'ai lu ceci au moment où j'étais en train de rédiger le chapitre 7 de Novel Roman, où je fais intervenir aussi un cube bleu, inspiré par le mystérieux cube bleu de Mulholland Drive, et je me demande si Dos Santos n'y a pas pensé aussi, car son cube abrite des créatures aussi inquiétantes que celui de Lynch...

  Voilà pour Dos Santos, auquel je me permets de contester le titre de "roi du thriller bien informé.
  Pendant sa lecture, je suis passé à la médiathèque de Gréoux où quelques polars étaient mis en évidence, dont Hortense (2016), de Jacques Expert, un auteur que je ne connais pas. J'aime le nom HORTENSE, m'évoquant aussitôt la Dame à la hache, une nouvelle de Leblanc qui m'a semblé receler une clé pour aborder le recueil dont elle fait partie. Je compte introduire prochainement une Hortense dans Novel Roman, en fait déjà présente dans ce chapitre 7, où il n'est pas indiqué le nom de l'actrice qui interprète Ornella.

  Je n'ai pas grand-chose à dire de ce Hortense, sinon que le nom du commissaire chargé de l'enquête sur la disparition d'Hortense se nomme Bernard Dupouy, un nom probablement choisi en hommage à Jean-Bernard Pouy.
  Ceci fait écho à une curiosité d'il y a quelques mois, où la 4e de couverture du polar Avant l'aube de Xavier Boissel m'avait conduit à le lire, parce que le héros du roman en était l'inspecteur Philippe Marlin, exact homonyme de l'éditeur de L'Oeil du Sphinx, auquel je suis redevable de m'avoir édité, de même que l'a fait JB Pouy.
  Tiens, l'écriture du chapitre 6 m'a fait employer l'expression "avant l'aube", sans penser à ce polar déjà presque oublié.
  La nouvelle que j'ai écrite pour Phil, L'enchanté réseau, fait aussi grand usage de l'anagramme, et elle s'achève le 16 avril 1908, le jour J (ou plutôt la nuit N) de Novel Roman. Sa publication en mai 2009 a été fortement synchronistique.
  Lorsque j'ai cherché en ligne des confirmations de l'assertion de Dos Santos sur le "périmètre de l'univers visible", je n'ai trouvé que des références à Signe de vie, et, parmi elles, le compte-rendu de lecture de Philippe Marlin (plus positif que le mien).


  Parmi le petit lot de polars en évidence à Gréoux, il y avait un autre Jacques Expert, La théorie des six (2008), que j'ai aussi emprunté.
  C'est plus intéressant, surtout pour l'amateur de structures fibonacciennes. Le roman a un prologue, 33 chapitres, et un épilogue assez particulier, car il compte près de 60 pages alors que les 33 chapitres font moins de 6 pages en moyenne. Par ailleurs l'intrigue principale d'un roman s'achève généralement dans son dernier chapitre, et l'éventuel épilogue n'est qu'un... épilogue, précisément.
  Ce n'est pas le cas ici, où le dénouement apparaît à la fin de l'épilogue, et où il y a une dernière section qui tient lieu de réel épilogue, Deux ans plus tard.
  C'est que dans les chapitres courts la narration suit une seule personne, tandis qu'elle passe de l'une à l'autre dans l'épilogue.
  Toujours est-il que les 34 sections constituant l'essentiel du récit peuvent se découper ainsi:
- 21 sections où l'assassin se confie, à la première personne
- 13 autres sections, et parmi ces 13 sections il y en a 8 consacrées au récit du commissaire chargé de l'enquête, également à la première personne.
  Donc, 5-8-13-21-34, c'est parfaitement fibonaccien, mais probablement sans intention car il n'y a pas d'harmonie interne séquentielle, les chapitres "assassin" étant prépondérants au début de l'intrigue.
  J'ajoute que l'intrigue se passe de janvier à mai 2008, sans guère de dates précises dans le texte. Je suis très attentif aux romans se passant en 2008 ou publiés en 2008.

  Pour le titre du roman, je vais laisser la conclusion à Dos Santos, toujours au chapitre 34:
— Or le 6 ne fait pas partie de la suite de Fibonacci
—Non, mais c'est un multiple d'un chiffre de Fibonacci. Six est le double de trois.
  Je ne résiste pas à remarquer ici "chiffre" au lieu de "nombre". Il y a de toute façon des fleurs qui obéissent à une suite de Fibonacci double, avec par exemple 6 spirales dans un sens et 10 dans l'autre.