28.4.12

la possibilité d'une hylé bis

à Corentin, un an

La relecture de mon billet du 9 novembre 10 la possibilité d'une hylé m'a ouvert les yeux sur une formidable coïncidence avec un conte du Mont Analogue, rapporté par Arthur Beaver et traduit par Ivan Lapse, Histoire des Hommes-creux et de la Rose-amère.
On trouve le conte en ligne, notamment ici avec d'autres textes de Daumal. Je me refuse à en donner un résumé qui pourrait être trompeur, mais voici le passage qui présente la famille au coeur de l'histoire :
Au village des Cent-maisons vivait le vieux prêtre-magicien Kissé et sa femme Hulé-Hulé. Ils avaient deux fils, deux jumeaux que rien ne distinguait, qui s’appelaient Mo et Ho. La mère elle-même les confondait. Pour les reconnaître, au jour de l’imposition des noms, on avait mis à Mo un collier portant une petite croix, à Ho un collier portant un petit anneau.
Le vieux Kissé avait un grand souci silencieux. Selon la coutume, son fils aîné devait lui succéder. Mais qui était son fils aîné ? Avait-il même un fils aîné ?
Le conte a été publié à part en 1943, et un commentateur en a proposé des analyses que Daumal a reconnues exactes sur certains points. Pour ces noms, le prêtre Kissé serait celui "qui sait", les jumeaux auraient à voir avec Om et Ho en sanskrit, et ils seraient des "élus", renversement du nom de leur mère.
Daumal n'a pas livré ses réelles intentions, mais il me semble que le commentateur s'est au moins fourvoyé sur le dernier point, car hulé est une autre écriture de hylé, du grec ὕλη, "matière", concept philosophique désignant essentiellement la matière première, opposée à la forme (la lettre en cause est nommée aussi bien ypsilon que upsilon).
Bien qu'étant quasi ignare en philosophie, j'avais la vague idée qu'il y avait un rapport avec le logos, présent dans Le Mont Analogue avec le nom du Père Sogol, et voici ce que j'ai trouvé ici :
Le monde tout entier résulte, selon les Stoïciens, de l'union de la substance ou de la matière (hylé) avec la force ou raison génératrice (logos spermatikos) qui s'appelle aussi la nature (physis).
Mo et Ho pourraient être liés au jeu maha aham (grand JE) vu dans un billet précédent. Le latin homo, "homme", n'est évidemment pas à négliger, d'autant qu'à la fin du conte les deux jumeaux se sont fondus en un seul être:
Avec au cou le cercle et la croix, il vient près de Hulé-Hulé : « Mère, tu n’auras plus de peine à nous reconnaître, Mo et Ho sont dans le même corps, je suis ton seul fils Moho. »
Ceci peut évoquer la fin de L'insolite aventure de Marina Sloty, où Marina et Marie-Catherine se sont fondues en Marina Catherina...

Modeste hébraïsant, je connais le mot כִּסֵּא, souvent transcrit kissé, qui signifie "trône", et qui est le plus souvent employé dans l'expression « kissé hakavod » (36000 résultats Google), "trône de gloire", "trône divin"; c'est une des deux choses préexistant à la création du monde, avec la Tora, selon la mystique juive (ou du moins certains courants d'icelle).
Je n'avais plus conscience que la possibilité d'une hylé faisait intervenir aussi ce mot kissé, pour la chaise d'Elie, kissé shel Eliahou, la chaise double utilisée à la synagogue lors de la circoncision rituelle. J'avais découvert ceci à peu près au même moment où j'apprenais que la montagne Cadair Idris, "Chaise d'Idris", géant de la mythologie galloise, pouvait se lire "Chaise d'Enoch", Idris étant le nom arabe du patriarche Enoch.
Ceci faisait coïncidence avec mon parallèle entre Jung/Haemmerli et Elie/Enoch (via les équivalences numériques 52/84), et avec ma récente découverte que les prénoms de Jung et de Haemmerli, Carl/Charles et Theodor/Théodore, étaient fêtés les 4 et 9 novembre.
Par ailleurs ce 9 novembre 2010 était la date d'une expérience au CERN qui avait conduit quelques physiciens à lancer un cri d'alarme : elle pourrait provoquer une réaction en chaîne qui transformerait notre planète en matière étrange, strange matter.
C'est cette concomitance qui m'avait conduit à étudier le parallèle avec l'île Strongylé, "ronde", lue strong hylé, "matière forte", avec l'idée non formulée explicitement du renversement de hylé en Elie. Les échos avec le conte de Daumal sont effarants, sans préjuger de ses intentions :
- Je rapprochais matter/matière de mater/mère, ce qui m'avait conduit à intituler le billet suivant son of matter; une autre curiosité était que dans le dictionnaire Strong (de grec biblique) le mot ὕλη suit immédiatement υιος, "fils". Daumal a donc imaginé une Matière-Matière mère de jumeaux.
- Alors que j'avais été amené aux mots kissé et hylé comme je l'ai indiqué, j'ai été ébahi de pouvoir les relier par un autre type de renversement. L'hébreu kissé (כסא) devient par la transformation atbash luhot (לחת), formé des lettres de valeurs 30-8-400 correspondant en grec aux lettres ληυ, permutation de υλη, hylé. J'avais été comblé de trouver un semblable jeu entre deux contraires/complémentaires, blanc/noir ou plutôt leurs équivalents héraldiques argent/sable, bien que les mots correspondants n'aient pas ces acceptions de couleurs en hébreu, et je ne sais comment décrire mon état en découvrant le jeu kissé-hylé, envisagé hardiment entre l'hébreu et le grec, "matérialisé" dans un couple mari-femme.

Je n'imagine pas que Daumal ait pu penser à quelque chose de ce type en baptisant son couple, bien que mon obsession de l'atbash me semble parfaitement légitime : si on tient à trouver des sens cachés dans la Bible, quoi de plus naturel que de s'intéresser à un code dont l'utilisation y est avérée ? et de prêter une attention particulière aux rares combinaisons faisant sens ?
Mélanger gématries grecques et hébraïques est évidemment très discutable, mais ceci est courant chez les chercheurs chrétiens, pour lesquels ce n'est pas un hasard si la Parole de Dieu a été transmise dans deux langues utilisant un même type d'alphabet numéral. Ainsi le titre du livre 373 fait-il référence à la valeur du grec logos, et cette "preuve inscrite dans la PIERRE" est supposée démontrer que le LOGOS divin a "signé" le premier verset de la Genèse, de valeur 37 x 73.
Quid du PIERRE SOGOL du Mont Analogue ? Le mot hébreu pour "pierre" réalise une élision du même type que celle envisagée pour 373, ABN étant souvent vu comme une contraction de AB-BN, "père-fils".

Le mot luhot désigne les "tables" de la Loi, les tables de PIERRE que Moïse a reçues à deux reprises de Dieu au sommet de l'Horeb, ce qui peut être évocateur dans ce conte où Kissé entend départager ses fils en les envoyant chercher la Rose-amère au plus haut des montagnes.
Le successeur de Moïse/Moshe est Osée/Hoshea rebaptisé par Moïse Josué/Jehoshua, ce qui sera aussi le nom de Jésus. Moshe et Hoshea, troublant écho à Mo et Ho, mais il y a tellement de possibilités quand on essaie de creuser la question.

Creuser est le mot qui convient pour la novelette de AC Doyle Le jour où la terre hurla, que Daumal aurait pu lire en 1938. Le créateur de Sherlock Holmes y imagine que la Terre est un être vivant, dont le corps pourrait être atteint en perçant la croûte terrestre, défi à la mesure du professeur Challenger. La curiosité est que la discontinuité entre la croûte et le manteau supérieur est appelée Moho, non dans la novelette mais le terme est connu depuis sa découverte en 1909 par Andrija Mohorovičić (à noter le prénom venant du grec aner, en latin homo).

On peut encore penser à des tas de choses, à me et he en anglais, qui réunis ressemblent au latin mihi, "à moi", à ho ôn le nom correspondant au tétragramme YHWH dans la Bible grecque, qui signifie "il est", répondant à la question de Moïse "Quel est son nom ?" (Ex 3,13); Kissé-Hylé, Qui c'est ? Il est !
A propos de tétragramme, Laurent m'a signalé un passage intéressant de La Grande Beuverie :
- Examinez bien, disait une vieille, la première phrase que le Maître a pronnoncée : "fichez-moi la paix".
Quatre mots : c'est le tétragramme cabbalistique, le sacré quaternaire du Bouddha-gourou, que les Grecs prononçaient Puthagoras.
Suit une analyse mot à mot de la formule triviale qui émerveille les auditeurs. Au moins ce passage montre-t-il que Daumal jouait déjà en 1938 avec l'équivalence upsilon-ypsilon, et qu'il avait au moins quelques vagues notions de cabbale hébraïque. Peut-être est-il utile de savoir que sa femme Véra était d'origine juive, ce qui a forcé le couple à une grande discrétion pendant l'Occupation.

Curiosité, un des trois sites donnant le paragraphe ci-dessus le publie sous la signature K-ssé par un casseur (la lettre omise correspond précisément à la voyelle non écrite du mot hébreu kissé, KSA).

Dans la possibilité d'une hylé, je remarquais que, bien que les exemples atbash significatifs soient rarissimes en hébreu, plusieurs cas importants étaient liés à la Chaise d'Elie. Je n'avais pas été jusqu'au bout de cette idée, et voici quelques approfondissements.
Voici l'inscription traditionnelle qui y figure, translittérée ZH KSA SL ALYHW ZKWR LTWB, "Voici la chaise d'Elie de mémoire bénie".
- ZH a pour atbash OÇ, 'ets, "arbre", un mot important, d'abord avec l'arbre de vie au centre du jardin d'Eden.
- KSA a pour atbash LHT, les Tables donc, le témoignage de l'alliance divine dans la mystique juive. Selon un commentaire rabbinique, ces Tables auraient été jumelles, sans qu'aucun détail les différencie, preuve de leur origine divine.
- SL a pour atbash BK, bekha, "avec toi": ce mot, qui sonne comme le choc du marteau sur l'enclume, ponctue à 10 reprises les imprécations de YHWH contre Babel, "marteau" dont YHWH s'est servi pour marteler nations et individus, versets 20-23 de Jérémie 51 où il est certain que l'atbash est utilisé aux versets 1 et 41.
- ALYHW se répartit en AL, "Dieu", atbash TK, "oppression", et YHW, atbash MÇP dont l'anagramme MPÇ est précisément le "marteau" de l'oracle de Jérémie.
- Le dernier mot TWB, "bon", a pour atbash NPS, "âme", correspondance qui est la seule citée sur cette page, après l'exposé du procédé.

Il me semble exceptionnel, sinon unique, que les 3 premiers mots aient des correspondances atbash directes dans la Bible. Ma curiosité m'a poussé à additionner les valeurs de ces formes atbash, soit 160+438+22 = 620, précisément la valeur de l'atbash de Babel, SSK, donné à deux reprises dans le livre de Jérémie.
Ma fascination après la découverte des châteaux de Wewel et Sisak m'a fait proposer cette construction sur un Sceau de Salomon. En préparant ce billet, une recherche d'images sur le kissé shel Eliahou m'a fait remarquer un montage 11:11 qui m'a intrigué, car mon intérêt pour hylé était lié au nombre 1111. L'image m'a conduit à un blog d'une Juive australienne qui avait consacré une page au 11 dans la tradition juive.
L'avatar d'un commentateur du blog m'a retenu, il se translittère OM AHD BLB AHD, "un peuple UN au coeur UN". La curiosité est que le "au coeur", BLB, au coeur de ce sceau de Salomon est l'anagramme de BBL, Babel.

J'ai été fasciné par l'atbash dès mon premier contact avec l'hébreu biblique.
Lorsque j'ai fait plus tard ce qui m'a semblé une découverte essentielle, l'égalité des 620 lettres du Décalogue, celles supposées inscrites sur les Tables, avec les 620 lettres des paroles divines lors de la Création, j'ai cherché une possible relation avec un autre 620, la valeur de SSK atbash de BBL.
Parmi diverses supputations il y a eu ceci :
- la valeur de Jacob, le père des 12 tribus, est 182;
- la valeur de ses 4 femmes est 438, comme les Tables, luhot;
- 182 +438 = 620;
- cette quaternité 1-4 est soulignée par l'autre forme atbash chez Jérémie, LB QMY = 182 comme Jacob, pour KSDYM, la Chaldée, autre nom de Babel.

Je m'en tiens là, tant l'écho avec le 620 des formes atbash des 3 premiers mots de la chaise d'Elie (également 182+438) est dérangeant, si dérangeant que le confort intellectuel commanderait de considérer l'essentiel de l'affaire comme une série de hasards, mais tout ce qui est apparenté à la synchronicité est généralement tout aussi dérangeant, dès qu'on prend la peine d'y réfléchir.
Je me permets d'insister sur le fait que les Tables sont appelées dans la Bible le Témoignage, car elles étaient supposées être la preuve matérielle, hylétique avancerais-je prudemment, du contact d'Israël avec Dieu, avec le Logos, avec le Kissé Hakavod.

Il y a encore quelques bricoles que je n'ai pas réussi à caser jusqu'ici, ainsi, à propos de ce mot Kissé, "trône" qui peut être plus modestement celui d'Elie, le patriarche Enoch est devenu dans l'ésotérisme juif l'ange le plus proche du trône divin, et ce serait peut-être pour cette raison qu'il aurait reçu le nom de Metatron.
Enoch, hanokh plutôt, signifie "initié", et, rapport à Kissé lu "qui sait" à côté de Hulé lu "élu" (ou Hylé lu "Elie"), il est amusant que le renversement de la forme Enoch puisse faire entendre "connaît".

Mo et Ho, qu'on ne pouvait différencier que par la croix ou l'anneau de leurs colliers, sont donc devenus un seul être, Moho, porteur des deux colliers. L'anneau ou cercle est un symbole de totalité, la croix un symbole du centre, leur réunion forme le plus simple mandala, sous une forme récurrente dans une série d'aquarelles attribuées à Jung, présentées lors de la récente exposition autour du Livre Rouge.

Le jeu atbash KSA-LHT, "trône-tables", diffère d'une lettre du jeu KSP-LHW, soit "argent" KSP et l'anagramme de "sable" HWL. Renversé, ce substantif qui est aussi l'adjectif "profane" devient LWH, "table" au singulier.

Je remarque que le blog Pas un bruit a mis en ligne le 25 janvier dernier Histoire des Hommes-creux et de la Rose-amère, soit le mois où était mis en vente le document Daumal (pour la première fois d'après de nouveaux renseignements).
Ce 8 avril, dimanche de Pâques, le blog Itinéraire... signalé plus haut a publié une méditation à partir d'une formule de Daumal, Je sais tout, mais je n’y comprends rien.

J'avais publié à dessein la possibilité d'une hylé le 9 novembre 2010, la saint Théodore, sans bien sûr aucun souvenir de l'histoire de Kissé et Hulé-Hulé contée, entre autres, à Théodore et Karl.
Je me suis avisé il y a quelque temps que Blogger avait créé en juillet 2010 un volet Statistiques pour chaque blog hébergé. Je m'étais refusé à intégrer un quelconque compteur sur mes sites ou blogs, mais je confesse regarder assez fréquemment ces statistiques, surtout depuis une extrême bizarrerie survenue le 9 novembre 2011, mais que je n'ai remarquée que le 14, si bien que je n'ai pu avoir les détails qui auraient été disponibles le jour même.
Il y a donc eu ce jour un pic significatif de 1142 consultations, alors que la moyenne journalière sur Quaternité était alors plutôt inférieure à 50 : Je n'ai aucune idée de la raison de ce pic, que j'ai d'abord attribué à un dysfonctionnement, mais les statistiques de la semaine montraient que la page la plus consultée avait été la possibilité d'une hylé, publiée exactement un an plus tôt, ce qui l'avait faite passer en 2e position, derrière signé AL RC. La tendance s'est confirmée les jours et semaines suivants, au point que j'ai prévu le proche passage en tête de Hylé, mais ALRC a repris des couleurs, et les deux pages restent aujourd'hui à une centaine de voix d'écart (environ 800 et 900).
Avant novembre 11 la moyenne de consultations mensuelle était de l'ordre de 1500, elle est depuis de l'ordre de 2000.
J'avais aussi regardé ce qui se passait sur Blogruz, et il y avait aussi quelque chose de très curieux, un pic remarquable de 44 vues le 11/11/11 à 11h du soir :
A propos de Blogruz, le billet précédent m'a amené à chercher où j'avais parlé de la nouvelle de Narcejac où il est question du nombre d'or, et c'était dans le billet 21:13 de mai 2009.
J'avais oublié, en m'ébahissant de rencontrer le rapport 21/13 privilégié dans le document Daumal mis sur le marché au moment même où j'envisageais Nathaniel/Daumal = 21/13, que le 2 mai 09 j'avais rencontré ce panneau 21:13 au cours d'une balade où le rapport 21/13 était spécialement au coeur de mes réflexions.
Ceci était directement associé au roman de KW Jeter Le marteau de verre (marteau !), que je n'ai jamais pu finir, et le reprenant j'y vois que le premier personnage nommé est Norah Endryx = 56-90, un nom doré (équivalent à Françoise Biver = 90-56 vu dans La mode Daumal, auteur de Ça matérialise si je ne m'abuse, tandis que c'est Arthur Beaver = 86-53 qui transmet l'histoire de Kissé et Hulé-Hulé).
Sur la page précitée à propos de l'atbash, le procédé décrit ensuite est l'anagramme, et l'exemple donné est celui de nora, "terrible" (qui me rappelle Bhima), dont le renversement est aron, "arche" (l'Arche contenant les Tables).

J'avais eu envie de remarquer que le découpage doré de 139 en 86-53 m'était devenu significatif au cours de l'année pataphysique 139, et je ne m'en abstiens plus.
Car la date de publication de ce billet, le 28 avril, est surtout choisie par sa correspondance avec le 9 Palotin, ou 9/9, en écho à la Saint-Théodore le 9/IXbre vulgaire.

PS : une recherche "כסא" "לחת" אתבש (hébreu KSA LHT atbash) m'a conduit à ce court paragraphe extrait d'un traité cabbalistique. Je ne comprends pas grand-chose à l'hébreu post-biblique, mais il y est question du jeu atbash KSA LHT entre trône et Tables lié à l'égalité gématrique KSA = ANKY (= 81 = 9x9, écho à la Saint Théodore !); le "trône" vaut le "JE" divin anokhi ouvrant la première parole, logos, du Décalogue, le premier mot gravé sur les Tables.
J'ai relaté ici une formidable coïncidence liée à ma découverte le 10 août 2008 que ce premier mot du Décalogue était en araméen ANA, un mot qui m'était devenu au cours des mois précédents synonyme de synchronicité.
Je suis honteux de n'avoir pas alors pensé au Mont Analogue, d'autant qu'une part de ces coïncidences touchait au monde souterrain, avec notamment les Ana, la Race à venir du roman de Bulwer-Lytton que Daumal a probablement lu.

22.4.12

la porte door

J'écrivais dans le dernier billet que Claudine Chollet ne pouvait avoir été influencée par mon blog Quaternité pour écrire son 4e Polycarpe, Le Nombre d'Or, où Jung est mentionné, puisque le roman est paru en juillet 2008, deux mois avant la création de Quaternité.
Certes, mais comment n'ai-je pu remarquer que cette parution coïncidait étroitement avec ma lecture le 2 août du polar de Gilbert Sinoué Les Silences de Dieu (2003), seul autre roman à ma connaissance où le nombre d'or joue un rôle important ? Je l'avais acheté le matin même à un bouquiniste du marché de Digne, sans savoir qu'il y était question du nombre d'or, et ceci m'a ensuite mené à lire d'autres Sinoué, dont Des jours et des nuits le 31 août, où Jung apparaît en tant que personnage, ce qui a déclenché le bouillonnement cérébral vraisemblablement à l'origine de mon intuition 8 jours plus tard des 4/5es de la vie de Jung le 4/4/44.

L'aspect temporel de la coïncidence, ma lecture des Silences de Dieu au moment de la parution du Nombre d'Or, m'est évidemment personnel, mais il reste que ces rompols français, vraisemblablement les seuls où le nombre d'or est au premier plan, sont dus à des auteurs qui citent Jung. Si Jung n'est pas cité explicitement dans Les Silences de Dieu, l'un de ses personnages se déclare convaincu
que notre évolution obéit à des schémas harmonieux et structurés, que les grandes lignes de notre destin sont tracées et font partie intégrante d'un faisceau qui échappe à notre contrôle. (page 55)
Suivent quelques exemples de "plus-que-coïncidences", comme disait Robert Graves, de synchronicités dirait un jungien, et l'idée générale du roman est plutôt jungienne, matérialisation dans notre monde de créatures, anges et démons, nées dans l'inconscient collectif...

C'est une conjecture peut-être aventurée d'avancer qu'il s'agisse des deux seuls romans où le nombre d'or soit au premier plan, puisque Le Nombre d'Or est paru chez un petit éditeur et que j'aurais eu assez peu de chances de le découvrir sans l'aide de l'auteur. Quant à Sinoué mieux coté, il m'a tout de même fallu 5 ans pour le découvrir, malgré une édition en poche en 2005, et 4 traductions. J'aurais pu le trouver à ma médiathèque, et je l'y ai sans doute aperçu puisque j'ai souvent consulté la cote voisine SINiac, mais son titre n'indique pas qu'il pourrait y être question du nombre d'or.

Il y a de par le monde quantité de romanciers imaginatifs, et il est fort probable que plusieurs aient songé à intégrer le nombre d'or dans leurs oeuvres, mais comment le savoir si celles-ci ne sont pas traduites ? Il y a au moins eu La section d'or, de Pernille Rygg, traduction en 2002 de l'original norvégien de 2000. J'ai appris son existence à l'étal d'un bouquiniste, peut-être en 2003, au moment de la parution des Silences de Dieu ?
Quoi qu'il en soit, je n'ai pas vu la moindre section dorée à la lecture de ce polar, qui ne m'a guère séduit, et il a fallu que je le fasse lire à Anne, plus attentive que moi, qui y a repéré page 230, dans la description d'un tableau:
Sur la moitié gauche de la toile, un simple coup de pinceau vif suit cette ligne appelée la section dorée, qui est censée mettre en valeur, sous un angle optique ou au figuré, ce qui se trouve là.
C'est tout. Peut-être cette phrase a-t-elle une portée essentielle dans le roman, justifiant son titre, mais ses motivations m'étaient restées obscures. Peut-être Rygg a-t-elle aussi rendu hommage à son éditeur, Gyldendal (vallée d'or).
Je n'ai pas le courage de relire le livre, mais en le feuilletant je tombe sur le nom Jung, page 306, lorsque l'héroïne, psy, est confrontée au peintre en question, animé de mauvaises intentions. Elle songe à le frapper au ventre, mais il semble avoir capté sa pensée :
Aïe, dit-il en posant la main et le couteau devant son abdomen. Jung aurait adoré ce beau synchronisme, ma pensée et son geste.
Je suppose que "synchronisme" est dû à un traducteur ignorant de la synchronicité jungienne, et de fait je trouve une traduction anglaise mieux conforme:

Peut-être s'agit-il plus de transmission de pensée que de synchronicité.

Quoi qu'il en soit, les deux polars publiés en France évoquant le nombre d'or dans leur titre, les seuls à ma connaissance, mentionnent tous deux Jung. Je présume encore que le taux de polars citant Jung est faible, nettement inférieur à 1%.
Me demandant s'il existait un lien quelconque entre Jung, qui déclarait que les seuls maths qu'il connaissait, c'était 3+1 = 4, et le nombre d'or ou une personnalité liée au nombre d'or, j'ai pensé à ses photos de 1960 par Cartier-Bresson, dont celle en couverture de Ma Vie...
Cartier-Bresson était obsédé par le nombre d'or, il en a diversement témoigné, « La divine proportion, intuitivement je sais où ça tombe. Et ça je peux rien dire de plus.», «Lorsque je vois quelque chose qui ne tombe pas sous le nombre d'or, ça m'est très pénible», notamment dans cette interview de 1998 où il était âgé de 90 ans.
Il y parle du nombre d'or à partir du temps 1:30, de façon raisonnable (qui rappelle d'ailleurs ce qu'en disait Daumal dans La Grande Beuverie) :

Son discours était bien moins cohérent dans ce qui fut peut-être sa dernière interview, le 1er mai 2003 sur France-Inter, un an avant sa mort (dans le 04, mon département). A chaque question du journaliste, il répondait en substance «La seule chose qui compte, c'est le nombre d'or.»

Les photos de Jung ont donc vraisemblablement été prises par Cartier-Bresson selon le nombre d'or, mais je ne me hasarderai pas à commenter telle ou telle sans être sûr qu'elle n'a pas été recadrée (ce que j'ai par exemple fait ci-dessus pour la couverture portugaise des Silences de Dieu). Je donne en revanche cette gidouille dont le centre est assez clairement situé à la section d'or verticale de la photo.

Si le nombre d'or reste discret dans le roman de Pernille Rygg, j'avais été frappé qu'il puisse apparaître doublement dans son nom, selon notre alphabet du moins :
- les initiales P-R = 16-18 évoquent 1.618;
- les valeurs numériques des prénom-nom 91-57 correspondent au partage doré entier de la somme 148.
En regardant sur GoogleBooks la traduction anglaise de son roman, j'ai été surpris de trouver en première position des "livres sur des sujets connexes" The Devil's Star de Jo Nesbø, que j'ai lu début juillet 2008 (tiens, lors de la parution du Nombre d'Or de Claudine), et envisagé de commenter pour ses liens avec mes études sur les meurtres commandés par la géométrie et les amputations.
4 femmes sont assassinées à Oslo; les meurtres ont lieu tous les 5 jours, les victimes habitent un 5e étage, sont trouvées amputées d'un doigt de la main droite, avec un diamant rouge taillé en pentacle. L'enquête établit que les lieux des 4 crimes correspondent à 4 sommets d'un pentacle basé sur le centre d'Oslo. Ceci semble désigner un suspect habitant au 5e sommet, Sven Sivertsen.
Il s'agit évidemment d'une mise en scène du vrai tueur, mais ce qui m'avait le plus frappé alors était les 4 amputations et le nom SVEN, en écho aux 4 mains droites amputées des 4 frères SVEN dans Les Orphelins du Mal. Par ailleurs l'enquête sur le pentacle mentionnait le nombre d'or qui y est étroitement associé.

Aujourd'hui je suis attentif au fait que j'ai lu ce roman avec un motif 4+1 deux mois avant ma découverte du motif 4+1 dans la vie de Jung. Je remarque aussi que le prénom SVEN, "cygne", est proche des initiales des 4 directions, E-W-N-S en anglais notamment. En août dernier, un réel tueur Swan m'amenait à découvrir le fabuleux agencement fibonaccien de Philadelphie, par une série de meurtres dessinant dans la ville le tangram du cygne.
Il se trouve aussi que je viens de lire le roman de Nesbø paru l'an dernier en France, Le léopard, sans motivation spéciale sinon qu'il m'est tombé sous les yeux le 3 avril à la médiathèque. Sa lecture s'est accompagnée de coïncidences personnelles fort troublantes, mais je m'en tiendrai ici à un seul point, objectif.
Tout tourne autour de ce qui s'est passé dans un refuge au nord de la Norvège, où 8 personnes ont passé une certaine nuit de novembre. Au cours des semaines suivantes, 5 d'entre elles sont assassinées, 4 femmes et 1 homme, prénommés dans l'ordre Adele, Borgny, Charlotte, Marit, et Elias.
J'ai repéré que les initiales ABCME étaient proches d'une quinte alphabétique parfaite, ABCDE, ou 1-2-3-4-5. Certaines numérologies réduisent M = 13 en 1+3 = 4, notamment le code de Cheiro dont John Lennon était un adepte, aussi je m'attendais à voir ceci intervenir dans la résolution de l'énigme, d'autant que l'auteur avait déjà utilisé des jeux alphabétiques dans d'autres romans.
Il n'en a rien été. Peut-être s'agit-il d'un private joke de Jo... Quoi qu'il en soit, il m'était important que la 5e victime soit un Elias/Elie, car j'associe étroitement Jung, et plus particulièrement le dernier cinquième de sa vie, à Elie. Ceci m'a conduit à lire La cinquième montagne, où Coelho a romancé un épisode de la vie d'Elie, mais ça ne m'a inspiré aucun commentaire.

Je suis en train de préparer pour Quaternity une série de posts abordant le nombre d'or, ce qui m'a conduit à relire le billet Blogruz en hommage au 8 septembre 2008 vulgaire ou 1er Absolu 136 de l'ère pataphysique, alors que j'ignorais que ce jour je découvrirais la relation sur le 4/4/44 (abordée dans le billet suivant).
Il y était question de gidouilles, de spirales basées sur le nombre d'or installées par un artiste dans un parc de Cambridge, et une coïncidence additionnelle que j'avais découverte était que le nom de l'artiste David Phillips était en rapport d'or gématrique avec la mention artist qui lui était accolée, 141/87.
Je remarque aujourd'hui que la date 1997 de la création est aussi celle de l'écriture du Petit lapsus un peu suspect de Claudine, qui serait publié 4 ans plus tard en tant que 141e Poulpe, dans la collection Baleine qui avait publié 87 autres polars.
Je remarquais aussi le zipcode de Cambridge, 02138, m'évoquant B-A-C-H (2-1-3-8) et mes recherches dorées sur Bach. Je ne me rappelais plus 20 mois plus tard de cet artist-87 lorsque j'ai fait une de mes plus belles découvertes bachiennes : un total équilibre doré des tonalités BACH dans le Clavier Bien Tempéré, magnifié par une propriété unique des préludes B-a-c-h initiée par les 87 mesures du prélude en B...

A propos de Bach, je rappelle la voiture BA-024-CH vue le 21 février, ma première voiture BACH rencontrée, avec un numéro 24 que j'estimais significatif car correspondant au numéro d'ordre que s'était attribué Bach dans son arbre généalogique et aux 24 tonalités.
Je n'avais plus en tête que le Jeudi de l'Oulipo du mois avait été consacré à Bach, le 9 février, 12 jours plus tôt, et sa très récente mise en ligne m'a appris qu'il avait débuté par une série de 24 variations sur le nom BACH, par Paul Fournel, calquée sur les 35 variations sur un thème de Proust, de Perec.


J'ai aussi relu ce que j'avais écrit pour célébrer le nouvel an pataphysique l'année précédente, toujours sur les gidouilles, avec quelques coïncidences dans le numéro 326 de la revue Atlantis, Crosses et spirales. Certaines coïncidences touchaient précisément au nombre 326, avec quelques spéculations qui m'avaient paru très hasardeuses sur les numérologues égéens qui privilégiaient un triangle isiaque (ou pythagoricien) de côtés 978, 1304 et 1630, soit 3, 4, et 5 fois 326.
Ceci me semble toujours fantaisiste, mais remarquablement parallèle à une relation dans Le Nombre d'Or de Claudine, que j'avais omise car elle dépendait de mon hypothèse pascale qui ne répondait à aucune intention de l'auteur.
Alors voilà : le mystère touche la famille Picard composée de
la mère VANDA = 42 = 3 x 14
le père CHARLIE = 56 = 4 x 14
la fille MARION = 70 = 5 x 14
Ceci pourrait dessiner un autre triangle isiaque, avec Vanda qui porterait la culotte et plus généralement une polarité inversée puisque dans le triangle original Osiris et Isis correspondent aux côtés 3-4, et leur fils Horus à l'hypoténuse 5.
Le facteur 14 est frappant, puisque selon le mythe Osiris a été découpé en 14 morceaux jetés dans le Nil, mais Isis n'en a retrouvé que 13, le phallus ayant été bouffé par les poissons...
Je suis aussi sensible à la possibilité
(42+70) x 56 = 6272, le nombre de jours vécus par (Charlie ?) Jung après le 4/4/44, mais le Charlie de Claudine ne survivra pas à ce mois d'avril.

Je m'en tiens là, et veux encore mentionner deux coïncidences dorées éditoriales, qui peuvent être remises en question car liées à mes connaissances actuelles du sujet.
Laurent m'a signalé, à la suite du billet La mode Daumal, la mention du nombre d'or dans La Grande Beuverie de Daumal (1938):
Quelques-uns de ces prétendus peintres ont imaginé de construire leurs tableaux selon les lois du nombre d'or et du cercle chromatique. Inutile de vous dire que ce ne sont pas le vrai nombre d'or ni le cercle chromatique. La preuve c'est que pour la relation d'or, par exemple, ils en font une construction géométriquement sur la toile, s'appliquant ensuite à habiller ce canevas, comme peut faire le premier venu; ainsi sont-ils de faux peintres et de mauvais géomètres. Au lieu que le vrai peintre, comme vous savez, possède en lui, dans ses muscles, dans sa sensibilité, dans sa pensée même, le nombre ou les nombres d'or et les lois de la couleur; il les possède, il les a payés, il les fait vivre dans tout ce qu'il vit et voit, et non seulement sur sa toile: aussi son oeuvre est-elle utile et universelle.
Cette année 1938 était aussi celle de la parution d'un roman de Simenon, Les soeurs Lacroix, qui était jusqu'ici le premier exemple à ma connaissance de fiction mentionnant le nombre d'or. Ces soeurs sont la femme et la belle-soeur du peintre Emmanuel Vernes auteur de Recherches sur le Nombre d'Or dont elles ne savent que faire après le suicide du peintre.
Le millésime est notable, car l'expression "nombre d'or", apparue pour la première fois à la fin du 19e dans son sens actuel prédominant, désignait auparavant la position de l'année dans le cycle de Méton, utilisée pour calculer la date de Pâques. C'est un nombre de 1 à 19, reste augmenté de 1 de la division du millésime par 19, ainsi 1938 était la première année du 103e cycle de Méton de l'ère chrétienne.

Les Silences de Dieu a obtenu en 2004 le Grand prix de littérature policière, prix fondé en 1948 par le critique et romancier Maurice-Bernard Endrèbe. Il en était également l'un des jurés, et sa dernière participation a peut-être été de voter pour ce roman (il est mort en 2005).
Près de 60 ans plus tôt, ce curieux personnage était l'un des responsables de la collection La Mauvaise Chance qui a publié en 1946 la première enquête policière faisant intervenir le nombre d'or (toujours à ma connaissance), une nouvelle du recueil Confidences dans ma nuit, de Thomas Narcejac.

14.4.12

Ecole L

à Claudine N

Les rebondissements divers des deux derniers mois ont ajourné une affaire non moins digne d'intérêt, mais ce retard s'avère finalement enrichissant.
Le 1er février, j'ai reçu un mèl de Claudine Chollet, laquelle avait récemment trouvé mon site en faisant des recherches sur Perec. Ceci l'avait menée à ma page La Baleine d'or, où j'explorais comment, sans aucun calcul délibéré des responsables de la principale collection de poche Baleine, le nombre de Poulpes y avait été avec une remarquable constance en rapport d'or avec le nombre d'autres titres dans la collection.
Claudine avait publié le 141e Poulpe en 2001, Un petit lapsus très suspect, numéro 228 dans la collection. Elle put vérifier que
228/141 = 1.617...
meilleure approximation du nombre d'or à ce niveau.
Claudine a créé par ailleurs un héros récurrent, le vétérinaire retraité Polycarpe, dont 5 enquêtes ont été publiées à ce jour. La 4e est parue en juillet 2008, Le Nombre d'Or, et Claudine m'a assuré qu'elle avait imaginé cette enquête faisant intervenir au premier plan le nombre d'or sans la moindre connaissance de mes élucubrations diverses.
Nul besoin de sa parole pour deux autres coïncidences, d'abord le 4e de la série, puisque je n'ai créé Quaternité que deux mois plus tard. C'est encore dans ce seul volume de la série qu'apparaît le nom de Jung...

Je reviendrai sur le roman plus loin, tant la première coïncidence Baleine est riche.
C'est donc Perec qui a mené Claudine à mes pages, et à calculer le rapport 228/141 qui se simplifie en 76/47, soit les valeurs de GEORGES/PEREC.
C'est Perec qui m'avait mené à découvrir la curiosité dorée de la collection Baleine, par son n° 89 qui était aussi le 55e Poulpe, La disparition de Perek, de Hervé Le Tellier.
55 et 89 sont deux nombres de Fibonacci, suivis par leur somme 144 qui correspond à CLAUDINE+CHOLLET (69+75).
C'est une allusion plutôt dépréciative qui est faite à Jung dans Le Nombre d'Or. La compagne de Polycarpe, Imogène, est férue de psychanalyse, mais elle délaisse Jung, trop sulfureux, au profit de Freud et Lacan. Or SIGMUND/FREUD = 87/54 est un nom doré, et la série additive 54-87-... se poursuit par 141-228, les nombres du Poulpe de Claudine.

Il est presque universellement admis que deux grands esprits ont révolutionné le monde au début du 20e siècle, l'un dans le domaine de l'esprit, Freud, l'autre dans celui de la matière, Einstein. Presque, car certains tentent de démontrer à grands cris (Onfray par exemple) qu'ils se seraient appropriés des découvertes préexistantes.
Tous deux d'origine juive, ils ont dû quitter Berlin et Vienne à l'avènement du nazisme. Un autre point commun est bien moins connu, celui d'avoir un nom doré, car EINSTEIN/ALBERT = 95/58. Une nouvelle coïncidence avec Claudine est qu'un élément important de son Nombre d'Or est un ULM, présent en couverture, or Einstein est natif d'Ulm...
Le rapport est ici nom/prénom, ce qui permet d'imaginer un Albert Freud = 112, subordonné à un Sigmund Einstein = 182. La moyenne entre les deux serait 56/91, correspondant à Marina Sloty et à son insolite aventure, se simplifiant en le rapport 8/13 aux multiples avatars.

Ceci m'amène à un dernier écho, magnifiant le retard pris à parler du Nombre d'Or de Claudine. J'ai intitulé le dernier billet d'un palindrome phonétique, La mode Daumal. Les syllabes LA-MO m'ont fait songer à Boris Lamot, créateur et animateur de la liste 813, à laquelle j'ai participé tant que j'étais membre de l'association 813.
Depuis plus de 20 ans que je manipule les nombres et les lettres, certains processus sont devenus quasi immédiats, et il m'est venu l'idée d'une dédicace
FOR BORIS = 39+63 = 3(13+21), Daumal semblant avoir privilégié le couple Fibo 21-13. La somme 102 était encore celle de
LA MODE DAUMAL = 13+37+52 = 102
J'avais un vague souvenir que ce Boris était impliqué dans une coïncidence dorée Baleine, et c'est effectivement le dernier cas étudié sur ma page La Baleine d'or, avec le Baleine n° 231 qui est aussi le Poulpe 143, Boris au pays vermeil, de Darnaudet.
231/143 se simplifie en 21/13, les Fibos favoris de Daumal.
Je remarquais dans le billet précédent que les lettres U-M de rangs 21-13 formaient le centre de daUMal, et on les trouve aussi dans l'ULM (Ultra-léger Motorisé) en couverture du Nombre d'Or. Le roman couvre 13 jours d'avril centrés sur l'énigme de ce qui s'est passé le 21.
Et un Professeur Mumu apparaît dans La Grande Beuverie...

Mon palindrome La mode Daumal était inspiré par le Père Sogol-Logos du Mont Analogue, mais il se pourrait que Daumal ait été bien plus tôt un adepte du palindrome, et que sa première création littéraire, le Grand Jeu, en soit la manifestation.
Laurent m'a signalé que, dans La Grande Beuverie (1938), un alter ego de Daumal se nomme Aham Egomet, soit "je" en sanskrit et "moi-même" en latin.
Un brin égocentrique pourrait-on penser, mais en sanskrit le mot ahám est extrêmement symbolique, car il peut s'écrire avec les première et dernière lettres de l'alphabet, A et Ha, अ et ह, représentant Śiva et Śakti, les principes masculin et féminin. Ils s'unissent en AHam,अहं, où le bindu ou point indiquant la nasalisation de Ha en Ham représente l'union des deux principes.
ahám peut encore s'écrire en 3 lettres,
अहम् , soit l'envers du mot
महा , mahā, "suprême", "grand", ce qui peut aisément amener à penser que, au moins pour Daumal, le Grand Jeu était une transposition du Suprême Je de la mystique hindoue.

J'indiquais dans le billet précédent avoir lu sur le document de Daumal le mot hina, soit l'antonyme de mahā. J'ai depuis regardé plus attentivement et le réel mot sanskrit est हीन , hīna, alors que Daumal a plutôt écrit हिङ् , hiṅ, qui ne semble pas avoir de sens, mais mes capacités en sanskrit se bornent à identifier à peu près les lettres...
La remémoration du "jeu" maha aham m'incite à renverser hina, obtenant ainsi quelque chose qui ressemble à ani, "je" en hébreu...
Il existe en hébreu aussi des spéculations sur les mots formés avec la première et la dernière lettre de l'alphabet, alef-taw, notamment le mot at, "tu", "toi"...
En arabe ou araméen c'est ana qui signifie "je", d'où de possibles questions sur les "analogies" daumaliennes (du grec analogos, "proportionné").

Je sens qu'il faudra développer cela, mais peut-être est-il temps de cesser cette digression et de revenir aux Polycarpe.
Nous au village aussi l'on a de beaux assassinats pourrait s'appliquer à cette série, campée dans un village de Touraine. Au classique Kilafé ? (Whodunit ?), car il y a un beau petit crime dans chaque épisode, s'ajoute une peinture des problèmes relationnels au sein de cette petite communauté, servie par un style alerte.
Le roman n'est pas intitulé pour rien Le Nombre d'Or, et Polycarpe y enquête sur une bizarre secte d'Orphistes, qui ont choisi ce nom parce qu'on y trouve "or" et "phi", le symbole du nombre d'or. Ils se réunissent les nuits de pleine lune près de Rochebourg, car divers lieux sacrés des alentours dessinent un pentagone centré sur le château du village...
Ces pleines lunes ont attiré mon attention, car deux dates sont données, celle du 20 mars, puis de nouveaux phénomènes se produisent dans la nuit du jeudi 19 au vendredi 20 avril. Si la pleine lune de mars était bien le 20, alors ce n'est pas la lune vernale, laquelle doit être au minimum le 21, et donc la lune décidant de la date de Pâques sera la suivante, vers le 18-19 avril, et Pâques tombera le 22 avril.
Précisément, c'est la nuit du 20 au 21 avril, suivant alors le Vendredi saint, qu'il se produit un événement mystérieux. Un sauveur doit venir du ciel pour emmener la petite Marion malheureuse chez sa mère divorcée maquée avec un orphiste; c'est son père Charlie qui a emprunté un ULM, mais il a aussi un peu trop bu et il atterrit dans un chêne à côté de la maison de Polycarpe.
Le lendemain on trouve l'appareil accidenté, mais nulle trace du pilote, sinon un tissu ensanglanté portant la lettre grecque phi... Marion disparaît deux jours plus tard.
Charlie, Marion, Christ, Marie ? Le tombeau retrouvé vide avec seulement le suaire du Christ ? Je ne voyais pas de schéma pascal clair dans cette histoire, d'autant que les dates ne collaient pas avec l'année 2007 où le 22 avril était bien un dimanche, mais suivant une nuit sans lune...
De fait quelques courriers échangés avec Claudine clarifièrent l'affaire, elle n'avait pas du tout songé à Pâques, et pris sur le calendrier de 2008 les dates des pleines lunes.
Il fallait donc oublier cette possibilité de trouver réunies deux de mes principales obsessions, Pâques et le nombre d'or...

...Oublier pour ce roman, mais l'implication de Claudine dans les coïncidences dorées Baleine m'a aidé à me rappeler autre chose.
Bien que j'aie trouvé on ne peut plus louable l'idée de JiBé Pouy de permettre à tout un chacun de publier un Poulpe, les résultats ne m'ont pas semblé des plus convaincants, même pour les Poulpes d'auteurs "confirmés", aussi n'ai-je lu que peu de Poulpes, essentiellement ceux que le hasard a fait passer entre mes mains.
C'est ainsi que lors de la parution de mon Gondol, en octobre 2000, j'ai reçu avec mes exemplaires d'auteur les autres parutions Baleine du mois, dont le n° 205 et 127e Poulpe, A Freud ! sales et méchants, de Pierre Magne.
C'est l'histoire de la vengeance d'Albert Mansard, qui 15 ans plus tôt a subi avec sa compagne divers outrages sur un cargo. Ils ont ensuite été jetés à la mer, jugés morts, mais lui a survécu. Selon un journal du 14 avril 1982, l'incident a eu lieu le dimanche précédent, soit le 11 qui était un dimanche de Pâques.
Je n'ai pas cherché à contacter l'auteur, étant à peu près certain que cette date était accidentelle. La situation me semblait fort proche d'un roman déjà pour moi emblématique, Le Triangle d'or de Leblanc (1917), où Armand Belval et sa compagne sont assassinés par Essarès le 14 avril 1895, mais Belval "ressuscite" le soir de ce dimanche de Pâques, et ourdit une revanche qui est près d'échouer 20 ans après lorsqu'il est tué pour de bon par Essarès, qui lui emprunte son identité, le 4 avril 1915, un autre dimanche de Pâques.
En 2000 je n'étais sensibilisé ni au nombre d'or, ni au 4/4 jungien. Albert a 4 personnes à tuer, dont un Armand. Le rapport 205/Phi arrondi au plus proche entier donne bien 127, et il y a une remarquable autre possibilité.
J'indiquais sur ma page Baleine qu'il y avait deux numéros de la collection avec un statut particulier, le n° 99, ou 63e Poulpe, dont l'auteur a refusé d'être distribué par le Seuil lorsque la grande édition a pris le contrôle de Baleine, et le n° 186, non vendu.
En ne tenant compte que du catalogue du Seuil, le Poulpe de Magne devient le 126e, qui rapporté aux 78 non-Poulpes de la collection livre 126/78 = 21/13. Le "rapport de Daumal", et Magne peut renvoyer au Grand JE avec le lien étymologique maha/magnus.

J'avais vu plus haut le lien des numéros 228/141 du Poulpe de Claudine avec Sigmund/Freud = 87/54 apparaissant dans le titre de Magne, et je suis fasciné par les nombres obtenus en écartant les deux Baleine non vendus par le Seuil, soit 226/140.
Ce sont des nombres de la Série Bleue du Modulor, emblématiques car l'outil Modulor est un ruban de 226 cm de long, 226 cm supposés correspondre à un homme levant le bras, homme qui pourrait être Le Corbusier (cité par Polycarpe), dont le nom réel était Charles-Edouard Jeanneret = 226.
J'ai évoqué à plusieurs reprises Le Triangle d'or, dernièrement ici, et ma fascination devant l'échange du 4 avril entre Belval et Essarès, avec les valeurs de la Série Bleue :
BELVAL = 54
ESSARES = 86
TRIANGLE + D'OR (LE) = 86 + 54 = 140
Je remarque encore les équivalences en pouces de 140/86 cm, 55/34, ce qui correspond au Poulpe qui me fit découvrir l'harmonie dorée de la série, le 55e, La disparition de Perek. J'ai lu les 4 premiers Polycarpe, sur lesquels il y aurait bien plus à dire, mais je ne pouvais omettre que la première date mentionnée dans la série est un 4 avril, le mardi 4 avril 1974 jour de parution d'un journal relatant la démission du juge Léon Corbeau, le précédent propriétaire du vieux logis acquis par Polycarpe à Rochebourg.
Claudine sait de quoi elle parle puisqu'elle habite elle-même une vieille maison dans un village de Touraine, achevée de bâtir en 1877 par Charles Guinot.
Après avoir envisagé Charlie descendu du ciel comme un dieu grec, theos,
je me suis demandé si ce Charles Guinot n'aurait pas commencé sa maison en 1875, l'année de naissance de Jung dont les initiales CJ m'ont fait penser à un antichrist, car son nom est l'exacte anagramme de
CARL IUNG THEOS (Jung a parfois utilisé la forme Iung, par exemple dans l'anagramme signant les Sept sermons aux morts, ou dans les initiales CIER ornant la girouette de la maison de Küsnacht construite pour lui et sa femme Emma Rauschenbach.)

Deux jours après avoir découvert la date du 4/4/74 dans Le vieux logis, je vis en différé le téléfilm Un Meurtre en sommeil, diffusé le 17 février sur France 2. On y voit la carte d'identité d'une jeune fille, Sacha Poliakov, déclarée née le 4/4/14. La moyenne entre 4/4/74 et 4/4/14 est évidemment le 4/4/44...

J'ai commencé ce texte il y a quelques jours en envisageant de le terminer le 14/4 et de le publier ce jour, en hommage à la valeur 144 du nom Claudine Chollet, sans savoir encore à quel point les 14 avril seraient concernés (car n'ayant pas encore regardé ce que j'avais écrit sur A Freud ! sales et méchants).
Les Orphistes ont un jour de Grand Pélerinage, le 5 août, parce que 5-8 sont des nombres de Fibonacci. Pour ma part j'aurais plutôt choisi le 13-8, surtout sachant que les 8/13es de l'année tombent aux 8/13es du 8/13 (le 13 août à l'anglaise).
Cette relation m'a tant enthousiasmé que j'ai cherché d'autres possibilités, un peu moins ambitieuses, et la seule que j'ai trouvée est le 4/14, le 14 avril à l'anglaise, qui tombe aux 4/14es des 366 jours d'une année bissextile.
366 est le nombre suivant de la Série Bleue, après 140-226. Le 13 août est le 226e jour d'une année bissextile, dont il est toujours aux 8/13es, moins parfaitement bien sûr.
Bref j'envisageais de publier ce billet à 13:21, en hommage aux multiples 13-21 rencontrés, mais j'ai choisi de le retarder de 21 minutes, car les 4/14es de 2012 tombent ce 4/14 à 13:42.

Claudine m'a envoyé un commentaire qu'elle publie aussi sur son blog, ici. Comme il est peu adapté aux commentaires Blogger qui ne permettent aucune mise en page, je n'en livre ci-dessous qu'un extrait qui appelait réponse.

4.4.12

la mode Daumal

for Boris

Une récente coïncidence est si fabuleuse que je crois devoir la relater en parlant de moi à la 3e personne, dans une tentative peut-être vaine d'objectivité.
Rémi est donc un gars un peu fêlé, qui a sombré dans la dinguerie totale lorsque une intuition lui a fait découvrir que le motif 4-1, qu'il jugeait essentiel, apparaissait dans la vie de Jung se répartissant en 4 et 1 fois 6272 jours autour du 4/4/44, jour où Jung aurait pu mourir mais où son destin a été en quelque sorte échangé avec celui de son médecin, Theodor Haemmerli.
Rémi a relié cet épisode à une autre de ses obsessions essentielles, le nombre d'or, car les valeurs numériques de Haemmerli et Jung sont 84 et 52, dont le rapport 84/52 se simplifie en 21/13, deux nombres consécutifs de la suite de Fibonacci, de tels rapports tendant vers le nombre d'or.
Rémi a relevé de multiples occurrences 84/52 ou 21/13, exposées dans son blog. Sans discuter leur pertinence, la dernière fut publiée dans le récent billet Nathaniel, autre nom de René Daumal qui, en avril 44, devait poser sa plume au milieu d'une phrase du 5e chapitre du Mont Analogue, pour ne plus la reprendre et mourir le 21 mai suivant.
NATHANIEL = 84, DAUMAL = 52, et deux des aventuriers partis à la conquête de ce haut lieu initiatique se nomment Théodore et Karl. Théodore y est le narrateur, et Rémi a au moins montré que ce nom était la forme grecque de Nathaniel, nom par lequel les amis de Daumal l'appelaient depuis ses 15 ans, et qu'il utilisait lui-même.
On peut comprendre que Rémi ait été fasciné par ce Théodore/Nathaniel/Daumal dont l'état s'est aggravé en avril 44 au point de ne pouvoir poursuivre l'histoire de l'ascension de Karl et Cie, ce même mois où Carl Jung entrait en convalescence et où Theodor Haemmerli s'alitait pour ne plus se relever.

Rémi a quelques amis, par exemple Laurent qui l'a amené à relire Le Mont Analogue. Il y a aussi dp, habituée du site de vente en ligne eBay, qui a cherché le 26 mars s'il s'y trouvait quelque chose concernant Daumal. Oui, et au premier chef, car le site proposait un objet dit d'une insigne rareté, une page de dessins et de calculs de Daumal jeune.
On peut encore voir l'ensemble du document sur le site eBay (descendre vers le bas de la page). Rémi y remarqua aussitôt que les calculs concernaient le nombre d'or et la suite de Fibonacci. Ainsi, parmi quelques formules classiques telle b/a = a/(a+b), Daumal a tracé un grossier pentagone étoilé, et noté les points correspondant à un rapport d'or. Il a aussi écrit les 9 premiers termes de la suite de Fibonacci, de 1 à 34, et les premiers rapports de termes consécutifs : Il a omis 13/8 et est passé directement à 21/13, qui semble avoir particulièrement retenu son attention, puisqu'il a posé ensuite l'opération 212 + 132 = , et tracé un rectangle de côtés a21 et b13.
En fait il semble qu'il ait surtout cherché une expression algébrique de la diagonale c d'un rectangle d'or de côtés a et b. C'est peut-être dans un second temps, n'y parvenant pas, qu'il a tenté une autre approche, avec les nombres de Fibonacci, en choisissant la paire 21/13. Il semble bien que sur la figure ci-contre Daumal ait d'abord écrit a-b-c, puis dans un second temps donné les valeurs 21-13 aux côtés a-b.

Quoi que Daumal ait exactement cherché, le document est fort remarquable, à au moins trois niveaux :
1 - D'abord l'existence d'un document montrant l'intérêt opératif d'un écrivain de renom pour le nombre d'or, ce qui constitue peut-être une première si on exclut le cas de Matila Ghyka, grand propagandiste du nombre d'or à partir de 1927, également auteur de fictions. Valéry a préfacé son Nombre d'or en 1931, mais sans témoigner d'un réel intérêt littéraire, allant jusqu'à écrire qu'il n'y a pas de Section d'or en littérature.
Ceci n'est valable que pour l'Occident, car la suite de Fibonacci est connue au moins depuis -200 en Inde, et a été utilisée en prosodie. Il est fascinant que Daumal soit probablement le premier poète français qui ait été aussi un érudit en sanskrit, au point d'en écrire une grammaire. Le "verso" du document en témoigne, avec ce mot, hin, "inférieur", "bas".
Il ne semble pas que la relation entre la poésie sanskrite et la suite de Fibonacci ait été connue en Occident à l'époque du document.

2 - Il est curieux que Daumal ait privilégié le couple 21/13, que Rémi a associé à Nathaniel/Daumal = 84/52 = 21/13.
S'il est douteux que Daumal ait procédé à la même opération, du moins peut-on imaginer qu'il ait été sensible au fait que les deux lettres centrales de son nom, UM, correspondent aux rangs 21-13 dans l'alphabet. Il ne s'agit que d'une hypothèse "raisonnable", visant à amoindrir la coïncidence avec les élucubrations de Rémi.
Adepte des métaphysiques orientales, Daumal était probablement sensible au fait d'avoir en son nom la syllabe aum, somme et substance de tous les mots (mot : du bas latin muttum)...
En 1928 Daumal présentait ainsi son projet :
Le Grand Jeu groupe des hommes qui n'ont qu'un Mot à dire, toujours le même Mot qui fut proféré par les Rishis védiques, (...)
3 - L'élément temps est fascinant :
-le 3 janvier le propriétaire du document, venant des archives de Pierre Minet, ami de Daumal mort en 1975, l'a mis en vente sur eBay, pour une durée de 90 jours;
- le 17 février un échange de courrier avec Laurent conduisait Rémi à relire Le Mont Analogue, et à Nathaniel/Daumal = 84/52;
- le 22 mars Rémi publiait les résultats de ses investigations sur son blog, déjantés au point qu'on puisse présumer que personne n'avait précédemment associé aussi étroitement Daumal et Fibonacci;
- le 26 mars dp lançait une "alerte Daumal" sur eBay et découvrait le document, qui aurait été retiré de la vente le 2 avril; son propriétaire ne comptait pas l'y remettre en vente en cas d'insuccès.

Il semble que ç'ait été la première mise sur le marché du document, et l'esprit vacille devant la concomitance avec les élucubrations de Rémi, en soulignant que :
- l'objet aurait fort bien pu trouver acquéreur pendant les 83 premiers jours, auquel cas il ne serait plus apparu sur l'outil de recherche consulté par dp;
- ç'aurait de toute manière été le cas une semaine plus tard, et ça l'a été 3 jours plus tard puisque Rémi a acheté l'objet.
68 ans après la mort de Daumal, un retard d'une semaine aurait donc suffi pour que soit reportée, peut-être définitivement, l'information sur ce document. Bien évidemment les coïncidences étudiées ici seraient alors restées potentielles, et sans doute cela porte à réfléchir, car, si on récuse les insinuations de Rémi tendant à supposer qu'une force mystérieuse le guide vers les informations en rapport avec ses recherches, il faut admettre que, pour un cas révélé de formidable coïncidence entre une idée zarbi et un rare document, il existerait statistiquement des centaines d'autres cas qui restent cachés, virtuels...

Je suis las de cette tentative d'objectivité, et reprends la plume en mon nom propre.
J'ai acheté le document pour avoir le droit de le reproduire à ma guise, car je déplore depuis plusieurs années de ne pouvoir donner les brouillons où Perec a également joué avec la suite de Fibonacci, m'étant engagé envers le détenteur de ces documents.
Et puis les modalités de la vente étaient encore riches en coïncidences, par exemple le supplément de 6,10 € pour l'expédition du document en recommandé, ou 610 cts correspondant au résultat de l'addition posée par Daumal quelque 84 ans plus tôt :
212 + 132 = 441 + 169 = 610
cas particulier de la relation fibonaccienne
Fn 2 + Fn+1 2 = F2n+1

J'ai écrit 84 ans en imaginant que le document ait été inspiré par le premier livre de Ghyka, Esthétique des proportions dans la nature et dans les arts (1927), où il était déjà question du nombre d'or et de la "série de Fibonaci" (sic), mais il y avait certainement d'autres sources antérieures. Le document était donné d'environ 1925, et Eisenstein n'avait pas eu besoin de Ghyka pour réaliser cette année-là le Cuirassé Potemkine selon le nombre d'or.
Curieusement, dans son livre très postérieur Le film: la forme, son sens, Eisenstein donne les premiers rapports de la suite de Fibonacci, s'arrêtant à 13/21:En fait, les sections dorées dans le film étaient peu précises, sauf pour la séquence la plus connue L'escalier d'Odessa, nettement divisée en deux parties de durées 260 et 420 s, soit dans le rapport 13/21. Extraordinairement, ceci correspond en mètres aux première (13 m en haut) et dernière marche (21 m) du fameux escalier, pour un effet de perspective unique.

Le détenteur du document était passé par un intermédiaire, le vendeur d'art professionnel Françoise Martel, rue Vernier, qui tient plutôt sa boutique sur eBay. Son nom m'a interpellé, puisque l'équivalence Nathaniel-Haemmerli m'avait conduit à rappeler tout ce vers quoi ouvrait la comparaison de Babel à un marteau dans le chapitre 51 de Jérémie, et je connais aussi la rue Vernier, remarquée pour sa "diagonalitude" lors d'un itinéraire cherché sur un plan, rappelant l'oblicité de la rue Simon-Crubellier.
Elle m'évoquait Perec par ailleurs, Hugo Vernier étant le personnage principal de son dernier récit achevé, Le voyage d'hiver.
J'ai souvenir de l'avoir empruntée deux fois, la première pour aller à Louise-Michel, point de ralliement d'une intervention à Thoiry initiée par Jean-Pierre Le Goff. C'est l'occasion de signaler qu'il est décédé le 26 février dernier, et que j'envisage de lui rendre prochainement hommage.
Cette intervention était d'ailleurs un prolongement d'une aventure commune 3 mois plus tôt, qui nous avait fait passer au moment où nous parlions du nombre d'or devant la maison "Nombre d'or" construite par Nathaël Moreau (Nathaël !). Une recherche Moreau "nombre d'or" avait conduit Jean-Pierre au château de Thoiry, prétendu construit selon le nombre d'or par Philibert Delorme pour Raoul Moreau. C'est du moins l'idée de Paul de la Panouse, l'actuel propriétaire, qui voit les nombres de Fibonacci gouverner tout l'édifice :J'ai fait part de mes doutes ici, mais je remarque la hauteur de 34 pieds du corps du château, répartis en 21-13.
En relisant cette page, je vois que l'expédition à Thoiry, comme mon passage rue Vernier, s'est tenue le 29 mars 03, 9 ans jour pour jour avant mon achat du document Daumal.

La seconde fois où je suis passé rue Vernier, c'était le 30 septembre dernier lors de mon dernier passage à Paris. J'avais passé la matinée à l'espace Champerret pour une rencontre organisée par l'INREES, et c'est presque par hasard (mais aussi parce qu'elle est idéalement orientée) que j'ai emprunté la rue Vernier pour me diriger vers l'Etoile, puis l'expo sur le Livre Rouge au musée Guimet.
Sans concertation préalable, mais pas complètement par hasard car Béatrice est l'une des traductrices du Livre Rouge, j'y ai rencontré mes amis Bruno et Béatrice. Bruno était étroitement associé à l'incroyable coïncidence "Bernier-Maridat" liée à l'intervention à Thoiry, contée sur la page citée plus haut.

Le nom Françoise Martel m'a aidé aussi à me rappeler quelque chose qui n'avait pas été loin de me revenir (anagramme de vernier) lors de la rencontre du nom doré Arthur Beaver parmi les huit membres de l'expédition vers le Mont Analogue.
En mai 2007, un texte de Françoise Biver, Ça matérialise si je ne m’abuse, m'avait inspiré mon schizonnet le plus réussi. Françoise/Biver = 90/55 est aussi un nom doré.
Il s'agit d'un carré de 21 x 21, mais les vides dessinant un mandala font que 8 lignes comptent 13 lettres. Je remarque notamment maintenant, car ce n'était pas prémédité lors de la réalisation, que la 5e ligne a 13 lettres, la 6e 21, et les deux suivantes ensemble 34.
Dans le cas présent, ça matérialise aussi si je ne m'abuse, avec l'apparition quasi magique d'un document dont je n'aurais pas osé rêver l'existence lorsque j'ai relié Daumal à Fibonacci.

J'aurai probablement l'occasion de revenir sur le document, qui pourrait receler d'autres intérêts. Ainsi, par-dessus un triangle (qui ne semble pas d'or), Daumal s'est appliqué à dessiner une balle, encadrée par trois têtes.
Outre le suicide à petit feu par le tétrachlorométhane, les Phrères Simplistes expérimentaient des méthodes plus expéditives comme la roulette russe... S'ils n'ont pas multiplié les tentatives réelles, Daumal a été marqué par une expérience rémoise où il a cru sa dernière seconde arrivée, mais son ami Robert Meyrat avait retiré la balle du revolver...
Laurent m'a appris cet épisode, en supposant que le dessin y faisait allusion.

J'avais songé dans mon billet Nathaniel à parler d'une lettre de Philadelphie envoyée à Paulhan en 1933, reproduite dans le Dossier H Daumal, où il traite la ville de prison, avec ses rues de 15 kms de long se coupant à angle droit.
Or j'ai conté dans Naccipolis comment Philadelphie avait été conçue comme idéalement "fibonaccienne", avec 3-5-8-13 rues autour des axes principaux se croisant sur une place curieusement excentrée.En fait, 5 autres rues principales est-ouest seront ajoutées à ce projet, amenant à un centre historique de 21 x 13 blocs, avec toujours la place William Penn les partageant selon Fibonacci.
Penn, fondateur de Phi-la-del-phia = Phi-13-21-34, a eu le rare privilège de devenir Citoyen honoraire des Etats-Unis, ce qui fut promulgué par la Proclamation Présidentielle 5284.

Daumal n'a pas trouvé l'expression algébrique de la diagonale d'un rectangle d'or parce qu'il est parti de l'équation de l'harmonie de ses côtés, sans la résoudre en
a/b = (√5+1)/2 = Phi
Ensuite la relation de Pythagore a2 + b2 = c2 livre aisément
c2 = a2 √5/Phi = b2 √5.Phi
En prenant les approximations communes à 3 chiffres, on a
Phi = 1.618
√5 = 2.236
et le produit Phi.√5 = 3.618
Ceci m'est évocateur car mon second ébahissement après la découverte que la vie de Jung se répartissait en 4+1 fois 6272 jours autour du 4/4/44 a été la reconnaissance de ce nombre, valeur hautement significative pour moi du sonnet Vocalisations de Perec, dont j'avais composé en 2006 une anagramme qui se trouvait être le 5e arrangement des mêmes lettres de valeur 6272, ainsi moi qui avais découvert l'harmonie 4+1 fois 6272 de la vie de Jung avais précédemment complété ce même schéma 4+1 fois 6272.
De récents approfondissements sur le sonnet original m'ont fait découvrir que, en omettant le vers final, à la répartition fibonaccienne des 13 vers en 8-5 correspondait un partage gématrique doré idéal en 3618-2236. J'avais été charmé qu'aux 5 vers corresponde quelque chose ressemblant fort à √5, et voici que je trouve, grâce à Daumal, un sens à 3618 (la diagonale d'un rectangle d'or correspond au petit côté multiplié par √3.618).

J'ai omis aussi de commenter dans le billet Nathaniel les coordonnées du centre (52° N, 20° E) des terres émergées connues, supposées équilibrées par le Mont Analogue dans l'autre hémisphère (52° S, 160° W, mais le calcul réel demande des ajustements divers) :Il m'était apparu que 20 et 52 étaient des nombres de la suite Fibo quadruplée, 4-8-12-20-32-52-84..., à laquelle appartiennent Daumal-52 et Nathaniel-84, mais je n'osais alors imaginer que Daumal se fût intéressé aux suites de Fibonacci.
Aujourd'hui je remarque que le MONT 52+20 pourrait devenir 62 72 (MONT = 62), pas vers les 6272 jours vécus par Jung après le 4/4/44.
Je remarque encore que 6 lettres de RENE DAUMAL ont des rangs alphabétiques correspondant à des nombres de Fibonacci, EEAUMA, et que le même calcul sur LE MONT ANALOGUE livre les 6 mêmes lettres.

Pourquoi Nathaniel ? Parce que Gide a marqué toute une génération avec Les Nourritures terrestres (1897, ici le texte complet, en 136 pages, 84+52), récit de la transmission, via le narrateur, de l'enseignement du maître Ménalque au jeune Nathanaël. Les Phrères simplistes n'y ont pas échappé, et c'est Gilbert-Lecomte, alias Coco le Colchide, qui a trouvé ce nom pour Daumal.
Pourquoi Nathaniel plutôt que Nathanaël ? Je ne sais, sinon qu'il s'agit de noms équivalents pour un des apôtres (qui n'est nommé que chez Jean, supposé correspondre à Barthélémy chez les autres évangélistes), Nathaniel étant la forme anglaise. Si les noms sont équivalents, les gématries ne le sont pas et Nathanaël/Daumal ne permettait pas le jeu 84/52.
Peut-être est-il entré dans le choix du surnom que Nathanaël-Barthélémy aurait évangélisé l'Inde, qui a très tôt fasciné Daumal. Il est moins probable que Gilbert-Lecomte ait su qu'en sanskrit nath ou natha signifie "seigneur", "protecteur", mais c'est évidemment en connaissance de cause que Daumal a adopté plus tard les signatures Nath et Natha.

A l'hébreu Nathaniel, "don de Dieu", correspond donc le grec Theodoros, ou Theodor(e) narrateur du Mont Analogue.
En regardant les DVD à la médiathèque il y a quelques jours, j'ai cru voir un titre THEODOR, avant de mieux déchiffrer THEDOOR, "LA PORTE" (du passé).
Ceci ouvre de multiples "portes", précisément :
- lors de la vision essentielle de 44, proche d'une NDE type, c'est Theodor qui a empêché Carl de franchir le seuil du temple bâti dans un roc planant à 1500 km de la Terre.
- l'anglais DOOR est l'anagramme du latin ORDO, "ordre", "rang", ce qui me rappelle Rien voilà l'ordre, anagramme de l'auteur Olivier Larronde, où il est question d'un "double enfui des sections d'or" (La nappe au cerf).
- le français PORTE est l'anagramme de TROPE, ce qui me rappelle les Hypertropes de Paul Braffort, probablement la première série de poèmes explicitement revendiqués comme fibonacciens.
- les pages 84-85 (Nathaniel-Theodor) des Nourritures terrestres dans l'édition en ligne correspondent aux deux premières portes de LA FERME.
- BAB-EL, la Porte de Dieu, revient avec constance sous diverses formes depuis le début de ma recherche jungienne (dès les premiers jours, voir ici).
- Daumal a relaté peu avant sa mort l'expérience décisive qu'il a eue vers 16 ans, comparable à une NDE; ce texte, en ligne ici, s'achève ainsi :
Voici, il y a une porte ouverte, étroite et d’accès dur, mais une porte, et c’est la seule pour toi.