3.4.22

Ono mastique (3)


  Et voici donc le 334e billet de Quaternité, et Yoko qui vient de s'enfourner un morceau de la galette portée à sa bouche dans le billet Onomastique (2)

  Je reviens sur la mention de Nobody True (Le jour où je suis mort) dans Mort... ou presque, troisième enquête de Roy Grace. Elle survient lors de la visite par le tueur de la maison de Cleo Morey, la maîtresse de Grace. Il examine sa bibliothèque, et trouve qu'il a les mêmes goûts qu'elle:
Il vit Le rocher de Brighton, de Graham Greene, Nobody True, de James Herbert, un roman policier de Natasha Cooper, plusieurs livres de Ian Rankin et un thriller historique de Edward Marston.
  J'ai depuis lu la seconde enquête de Roy Grace, La mort leur va si bien, où Roy rencontre Cleo, visite sa maison au chapitre 63, et examine aussi sa bibliothèque, avec plus de détails. Il y voit aussi plusieurs Graham Greene, de nombreux romans policiers, mais encore un ouvrage de Jeanette Winterson, deux de James Herbert, et pas mal d'autres choses témoignant d'un intérêt pour la "vraie" littérature. L'inventaire s'achève sur L'occulte, de Colin Wilson, que Roy s'étonne de trouver là, mais Cleo lui dit qu'elle s'intéresse à ces choses et qu'elle sait qu'il est dans le même cas (de fait, la première enquête de Grace, Comme une tombe, révèle que L'occulte est un de ses livres favoris).

  J'ai lu L'occulte peu après sa traduction en français (1973), et ça m'a marqué. Wilson y expose sa conviction que l'ensemble des phénomènes paranormaux est lié, et suppose une faculté X, présente en chacun mais active à divers degrés.
  Colin Wilson intervenait dans une coïncidence qui m'avait profondément perturbé quelques années plus tôt. J'avais été voir Easy Rider, l'automne 1969 je présume, et avais été impressionné par le documentaire présenté avec le film, sur Göreme, la cité troglodyte des chrétiens d'Anatolie.
  Quelques heures plus tard, les nouvelles du soir annonçaient la découverte d'une cité troglodyte en Anatolie.
  Au lit, je me replongeais dans le roman en cours, Les parasites de l'esprit, de Colin Wilson, et il y était question de la découverte d'une cité troglodyte en Anatolie.

  Me remémorer ce cas éveille divers échos. Je sais aujourd'hui que l'Anatolie doit son nom illustration par Raban Maur de la correspondance des 4 lettres grecques ADAM avec les 4 régions du monde au grec, Anatolê, , et qu'une lecture classique du nom Adam voit dans ses 4 lettres les initiales des 4 Points Cardinaux en grec, Anatolê, Dusis, Arktos, Mesembria (Est, Ouest, Nord, Sud). Raban Maur l'a illustré par un carmen quadratum de ses Louanges à la Sainte Croix.
  Sur cette figure, l'A d'ADAM et d'Anatolê est en position supérieure, et l'on s'orientait volontiers dans l'Antiquité vers le soleil levant. Ceci me rappelle la triple occurrence début juin 2011 de la racine hébraïque zarach, "briller", avec le nom propre Zerach et le dérivé mizrach, "est".
  J'y suis revenu dans divers billets, notamment en novembre dernier, dans un billet s'achevant sur ceci:
  Le 4 mai dernier, je me suis réveillé avec en tête le nom Dietrich Tarincik. La seule occurrence en ligne est un village de la province turque de Van, s'écrivant en fait avec des i sans point, Tarıncık.
  Van, c'est en Anatolie (et à l'est de l'Anatolie). J'ai repensé à ce mot Tarincik en lisant Pig Island, où la narration alterne le récit de Joe Oakesy, à la première personne, et ce qui semble être le journal de sa femme Lexie (aussi nommée Lex et Alex (ce qui m'a fait penser au frère d'Ana dans le Domaine d'Ana (tolie?))), se présentant comme des lettres au Cher monsieur Taranici. Une recherche sur ce mot "taranici" amène essentiellement des références au roman de Hayder. Elle oriente aussi vers le taranica, dans la cuisine croate, semblant lié au tarhana turc (anatolien?).

  Au passage, le nord grec est arktos, "ours", car l'étoile Polaire appartient à la Petite Ourse.

  Le carré et les 4 directions me sont essentiels, ce qui m'a conduit à créer la forme SONÈ, à partir des initiales de Sud-Ouest-Nord-Est. J'ai remarqué que les formes anglaises South-West-North-East permettent de former NEWS, "nouvelles", WENS, le flic de Steeman, ou SWEN, prénom nordique signifiant "garçon", "jeune homme".
  La couverture française de Pig Island m'a appris qu'un certain angle de vue d'une girouette pouvait faire lire NEWS, ce qui serait bien trouvé pour une histoire dont le héros est journaliste. Il n'est cependant pas certain que ceci ait été intentionnel, et cette girouette est une particularité de l'édition française.
  Ceci a tout de même été remarqué, mais je n'ai pas trouvé de photo de girouette exploitant explicitement le fait. Tiens, je pense à la "nouvelle" de Borges La Mort et la Boussole citée dans Preuve par 3 en janvier, et constate que la façon "hébraïque" de lire NEWS dans les points cardinaux est la même que j'employai pour lire YGAL dans les initiales des 4 victimes.

  Je me souvenais avoir évoqué Colin Wilson sur Quaternité, pour l'un de ses romans. Une recherche m'a montré que c'était ici, pour La cage de verre, mais que je l'avais aussi cité, à plusieurs reprises, notamment (aussi cité dans Onomastique (2) pour Estella Klehr et Michel Rey), pour quelque chose de bien plus important.
  Il a publié en 1984 une biographie de Jung, que j'ai lue dès sa traduction en 1985. Son introduction débute par les événements de 1944, avec pour première phrase:
  Jung avait soixante-huit ans quand, au cours de sa promenade quotidienne, il glissa sur une route givrée et se fractura le pied.
  Après deux pages relatant la maladie, les visions, l'échange avec son médecin le 4 avril 1944, mais je n'avais pas alors perçu le schématisme de la date, Wilson écrit:
  Jung vécut encore dix-sept ans.
  Si je n'ai pas souvenir d'avoir remarqué à première lecture que 17 est le quart de 68, je suis au moins certain d'avoir lu attentivement ces pages, et il me semble plausible que ces nombres 68-17 et leur rapport 4 aient été enregistrés dans quelques neurones, réactivés quelque 20 ans plus tard lorsque le 4/4/44 était au coeur de mes préoccupations, déclenchant peut-être mon intuition que le 4/4/44 était aux 4/5es de le vie de Jung.
  Je rappelle que cette intuition a été immédiatement précédée d'une réminiscence d'une erreur d'un roman lu 25 ans plus tôt, où Jung était dit né le 6 juillet (mon anniversaire), au lieu du 26. J'aurais pourtant eu d'autres occasions antérieures d'exploiter cette erreur, mais elle était demeurée oubliée.

  Ainsi Colin Wilson pourrait avoir été un artisan essentiel de la découverte à l'origine de ce blog Quaternité.
  Un de ses romans a surgi des piles de livres constituant maintenant l'essentiel de ma bibliothèque, L'assassin aux deux visages (1984). Je l'ai relu, sans d'ailleurs être certain d'avoir été jusqu'au bout d'une lecture antérieure. L'intrigue tourne autour des personnalités multiples, thème déjà abordé par Robert Bloch en 1959, dans Psycho magnifié par Hitchcock, puis par Ellery Queen dans L'adversaire (1963), le roman qui a suivi Le mot de la fin.
  Ce qui m'a le plus interpelé dans le roman est une erreur sur le titre original, donné pour The James Murder Case

  Il n'y a aucun James dans cette affaire, et il s'agissait plutôt de Janus:


  James, Janus, Jonas... Le titre L'affaire du meurtre James pourrait être celui de Le jour où je suis mort, de James Herbert, puisque le mort s'y nomme James True.
  L'annonce d'une reprise de la série Demain à la une, avec une femme dans le rôle principal, m'a fait revoir quelques-uns des premiers épisodes. Dans l'un d'eux, j'ai repéré Jim True au générique.
  Souvent crédité en tant que Jim True-Frost, son nom de naissance est James True. Voyant qu'il a joué dans un épisode de Medium, une de mes séries favorites, je l'ai revu, et ce Garçon d'à-côté pourrait aussi être titré Le jour où James True est mort...
  Allison rencontre Stephen (Jim True) en faisant ses courses. Il la reconnaît comme son ancienne voisine lorsqu'ils étaient ados, et l'épisode oscille entre cette époque et le temps présent, où un crime horrible est commis à Phoenix. Allison rêve que Stephen en est l'auteur, et l'enquête révèle qu'il a bien d'autres meurtres à son actif. Stephen arrêté apprend à Allison qu'il a toujours été mal dans sa peau, et qu'il était jadis sur le point de se tirer une balle dans la tête, au moment où Allison était venue sonner à sa porte, apportant un gâteau fait par sa mère pour les nouveaux arrivants.
  On repasse alors au flashback où Allison est ado, et qui après un premier temps de copinage avec Stephen se défie de lui, et le soupçonne d'avoir tué son chat. Sa mère doit la menacer pour porter le gâteau aux nouveaux voisins, et lorsqu'elle arrive à leur porte elle tarde à sonner, jusqu'à ce qu'un coup de feu retentisse, et on comprend alors que ce qui est censé se passer au temps présent n'est qu'une virtualité, effacée par le suicide de Stephen.

  Le jour où j'ai rendu Mort imminente de Peter James, et Tokyo de Mo Hayder, j'ai emprunté à Gréoux 3 Peter James, tous des enquêtes de Roy Grace. J'ai d'abord lu Mort... ou presque, où est mentionné Le jour où je suis mort, puis l'enquête précédente, où dans la même bibliothèque sont signalés deux romans de James Herbert.
  J'ai ensuite lu Pour l'éternité (2014), 10e enquête de Grace (2014), et ai eu la curiosité d'éplucher les remerciements finaux. Ils s'achèvent sur un hommage à Jim Herbert, dont Peter James a appris la mort à la fin de la rédaction de son roman; il était depuis longtemps un ami pour lui.
  James Herbert est mort le 20 mars 2013, et Colin Wilson le 5 décembre de la même année.

  Jonas, Jason... Jonas Seraph tente d'emmener avec lui dans la mort le jeune Jason dans le roman de Laurie King. L'anagramme y est explicite.
  Un personnage important de Tokyo de Mo Hayder se nomme Jason Wainwright.
  Dans Pour l'éternité de Peter James, emprunté le jour où j'ai rendu Tokyo, le psychopathe Bryce Laurent se cache sous diverses identités, l'une d'entre elles étant Jason Benfield. Pour mener à bien sa vengeance, il fait accuser quelqu'un d'autre de ses méfaits, Matt Wainwright.
  Dans ce cousinage onomastique entre Peter James et Mo Hayder, je remarque que la maîtresse puis femme de Roy Grace est Cleo Morey, tandis qu'une relation privilégiée se noue au fil des cinq dernières enquêtes de Jack Caffery entre lui et Flea Marley, une autre flic. Il est conseillé de lire ces romans dans l'ordre.
  Jonas Seraph est vu ressembler à un ours, lorsque Ana le rencontre. Dans la dernière enquête de Caffery, Wolf (2014, Viscères en français), un personnage important est la petite chienne Bear (Ourse en français).
  Dans le billet consacré au roman de Laurie King, je mentionnais les analogies remarquées entre les navigations de Jason et de Jonas. A la lecture du précédent billet, l'indispensable çoeur dp m'a signalé que Jason avait utilisé une colombe pour franchir les Symplégades.

  J'ai depuis longtemps un livre de Ian Wilson, Expériences vécues de la survie après la mort (1988), qui est d'ailleurs une compilation intéressante. L'auteur a écrit de nombreux livres sur la religion et le paranormal.
  Etant par ailleurs un lecteur assidu de l'auteur de SF Ian Watson, mentionné ici sur Quaternité, je m'étais demandé s'il existait un auteur nommé Colin Watson, pour compléter le trio Colin Wilson, Ian Wilson, et Ian Watson, et avais facilement découvert, avant l'Internet, l'auteur de polars Colin Watson (j'avoue n'avoir jamais été tenté d'en lire).
  Colin Wilson réunit les trois casquettes: auteur d'essais sur le paranormal, de polars, et de romans de SF. J'ai procédé à ce montage:
 

  Parmi la dizaine de romans de Ian Watson, il y a ce Modèle Jonas, où il est question du langage des baleines. Dans le Nouveau Testament, le "signe de Jonas" fait référence aux trois jours passés par Jonas dans la baleine comme préfiguration de la résurrection du Christ, ce qui m'a fait choisir le livre de Ian Wilson sur le suaire de Turin, supposé donner l'autre face de Jésus, son négatif, d'où reprise du Janus murder case de Colin Wilson. Et pour finir un titre de Colin Watson avec "murder".

  J'ai retrouvé plusieurs Ian Watson, pas Le Modèle Jonas (The Jonah Kit en anglais, Jonah devenu Jonas, le prophète "Colombe" étant usuellement Jonah en anglais), mais notamment Le monde divin, dont l'édition originale Calmann-Lévy (1983) offre une erreur péritextuelle, éventuel écho au Janus devenu James chez Colin Wilson.
  En 4e de couverture, on lit:
Un équipage international, dont faisait partie la sociologue Amy Dove, qui nous raconte l'aventure, embarqua à bord du Croisé-Pèlerin.
  Or dans le texte la narratrice est constamment nommée Amy Colombe. Pourtant, le responsable de cette 4e de couv' a eu accès au texte traduit, le Croisé-Pèlerin étant dans l'original le Pilgrim Crusader.

  Divers événements sont survenus pendant la rédaction de cette trilogie, si bien qu'elle ne peut s'arrêter là, et se poursuivra donc dans Onomastique (4), où mon jeu de mots puéril sur Yoko Ono va trouver une formidable justification.

2.4.22

Ono mastique (2)


  Yoko continue sa mastication dans Get back... A sa seconde apparition dans le docu de Peter Jackson, au temps 16', elle bouffe encore.

  Avant de poursuivre mon onomastication, je tente de répondre à une question souvent posée: à quoi riment ces pinaillages sur de simples mots?
  Avec un seul exemple. Dès la fin des années 50, Vlaicu Ionescu a tiré de ses lectures de Nostradamus que le communisme s'effondrerait en Russie en juin 1991, ce qui n'a guère enchanté ses amis roumains, l'espoir étant si lointain...
  Arrivé à l'Ouest, Ionescu a publié en 1976 ses découvertes dans Le message de Nostradamus sur l'ère prolétaire, ouvrage de plus de 800 pages. Je n'ai lu que son Nostradamus: l'histoire secrète du monde (1987), et me suis dit qu'il prenait des risques en annonçant la chute prochaine de l'URSS, mais je n'y pensais plus lorsque est arrivée l'élection de Eltsine en juin 1991, le mois signalé par Ionescu, et l'effondrement de l'URSS en août.
  Je déteste l'idée, fort démotivante, que l'avenir soit fixé au point que Nostradamus ait réellement "prévu" au 16e siècle ces événements, mais le cas fait question. Peut-être faut-il considérer "juin 1991" comme une information, et constater que l'information est devenue un fait.
  Sans entrer dans les détails, Nostradamus a parlé d'un "commun advénement" dont la durée serait de 73 ans et 7 mois, ce que Ionescu a interprété comme le communisme, arrivé au pouvoir en Russie avec le prise du Palais d'Hiver en novembre 1917, et dont la fin a pour signe essentiel l'élection 73 ans et 7 mois plus tard d'un président ouvertement non communiste.
  C'est sensé, mais personne ne l'avait envisagé avant Ionescu. Peut-on imaginer que ceci ne serait pas arrivé sans cette interprétation, n'eût-elle rien à voir avec les intentions de Nostradamus? Dès qu'un premier pas est franchi vers "l'irrationnel", avec des guillemets, le champ des possibles s'étend considérablement, et les réponses simplistes du type "rasoir d'Occam" ne s'imposent plus.

  J'ajouterai quelque chose qui n'est vraisemblablement valide qu'en français, mais c'est en français que Ionescu a écrit ses livres. Le pouvoir léniniste de 1917 est donc devenu eltsinien en 1991, or ELTSINIEN est l'anagramme de LENINISTE.

  Ce site consacré à Ionescu est en anglais. On y voit aussi ses oeuvres picturales, où je crois repérer l'utilisation du nombre d'or, ainsi ce dessin est au format d'or, et montre au centre Luca Paccioli, l'auteur de La divine proportion, et en bas un dodécaèdre traversé par un dragon ourobore (le côté du pentagone régulier est en rapport d'or avec la diagonale).

  J'annonçais dans Onomastique (1) des approfondissements sur Iona, les voici.
  Iona, iona, que mots, que mots, aurait pu dire Mac Mahon (ce nom vient du gaélique Mathghamhain, "ours" (voir plus loin)). Je ne sais plus quand, j'ai remarqué une curiosité. Saint Colomba aurait quitté l'Irlande pour aller évangéliser l'Ecosse en 563, avec 12 moines. En route, leur frêle esquif aurait affronté une terrible tempête, et ils ne durent leur salut qu'en se réfugiant sur une île providentielle, Iona.

  Je savais qu'en hébreu iona signifie "colombe", mais l'origine du nom de l'île n'a rien à voir avec l'hébreu. Par ailleurs Iona est aussi le nom hébreu du prophète Jonas, lequel a fait naufrage en tentant de se soustraire à l'ordre divin d'aller "évangéliser" Ninive, ville dont le nom hébreu, NYNWH, s'écrit avec les mêmes lettres que Iona, YWNH.
  De plus, c'est une colombe, nom commun iona, qui indique à Noé la direction de la terre sèche. Il y a ainsi trois histoires de bateaux affrontant une mer hostile. Dans l'une, "iona" indique la terre salvatrice, dans la suivante, "Iona" est le naufragé, dans la dernière, "Iona" est la terre salvatrice.

  Si la réalité des deux premiers épisodes prête à caution, Colomba est un personnage historique. Il semble qu'il ait été exilé d'Irlande, et ait choisi de s'installer à Iona pour y fonder un monastère. Me renseignant plus avant, je trouve cet article, où j'ai la surprise de lire ceci:
Après de nombreux raids vikings sur l’île d’Iona, les reliques de Saint Colomba furent transférées au monastère de Dunkel.
  Ces billets ont été motivés par le personnage Malachi Dove dans un roman de Mo Hayder, et la mention de Iona dans un autre. Mo Hayder est le pseudo de Clare Dunkel, un nom que j'ai imaginé avoir été choisi pour l'antinomie "clair-obscur" (dunkel, "obscur" en allemand), et voici qu'il apparaît un lien entre Iona et Dunkel!
  Il s'agit en fait du bourg écossais Dunkeld, dont une orthographe Dunkel (ou Dunkel') existe, sans rapport avec l'allemand dunkel.
  Ceci dit, il reste probable que Mo Hayder ait choisi ce nom pour l'oxymore clair-obscur, et l'affreux psychopathe de son second roman, L'homme du soir, se nomme Roland Klare (l'adjectif "clair" est en allemand klar, qui se décline, et se rencontre fréquemment sous la forme klare).

  Malachi Dove et sa secte sont installés sur l'île écossaise Pig Island. Les moines sont les seuls habitants de 'île écossaise Iona, depuis l'installation de Colomba.

  Une nouvelle recherche sur Iona m'a conduit par hasard à un quatrième épisode, où c'est cette fois le bateau menacé qui s'appelle Iona, et il s'agit de deux bateaux de pêche qui ont fait naufrage à 10 ans d'intervalle sur le même rocher, le roc'h ar vran, ou "rocher du corbeau".
  Cette page conte donc comment, après un premier naufrage d'une Iona le 19 août 1912, son équipage rescapé arma une autre Iona, laquelle se fracassa sur le même rocher le 22 avril 1922, et deux des trois marins succombèrent.
 

  Il suit une autre section intitulée:
Une « Colombe » se cache derrière le « Corbeau » ?
  En 1909, le 15 décembre, la première Iona, avec le même équipage, avait secouru un bateau en perdition, le Saint-Joseph, dont l'un des trois marins n'avait pas survécu. Il s'agissait d'un nommé Béganton, cousin des frères Béganton noyés en 1922.
  L'auteur de l'article sait que iona signifie "colombe" en hébreu, mais les bateaux doivent ce nom à un moine venu de Iona dans la région il y a bien des siècles. L'auteur pense probablement au sauvetage de Noé par la colombe, après l'échec de l'envoi d'un corbeau.

  En mixant les 4 épisodes, on pourrait avoir quelqu'un nommé Iona à bord d'une Iona trouvant refuge grâce à une iona sur l'île Iona...

  Je souligne la date du second naufrage, le 22 avril 22, alors que mon billet de février était publié à dessein le 2/2/22, parce qu'il y était question du 4/4/44 de Jung, et de la mort le 9/9/99 de Ruth Roman, rescapée du naufrage de l'Andrea Doria. Cette trilogie Onomastique aurait dû suivre en mars le billet de février, mais la parution de Ce que l'on sait de Max Toppard a chamboulé ce programme. La première chose que l'on apprend de ce Max est qu'il est né le 9/9/99 (1899). Je signale que j'ai révisé ce billet, après avoir compris que la plupart des personnages fictifs du roman devaient leur noms ou prénoms au feuilleton Belphégor.
  Il se trouve qu'un autre personnage de fiction est né le 9/9/(18)99, dans la dernière enquête publiée d'Ellery Queen, Un bel endroit privé (1971). J'ai conté ici comment, après un premier arrêt de la saga Queen en 1958, dû à un désaccord entre les cousins créateurs du personnage, Dannay a repris à partir de 1963 le personnage, pour 6 nouveaux romans. Un 7e était en préparation lorsque est mort son cousin Lee.
  Comme dit dans le volet précédent, le nom Clare Dunkel m'a aussitôt évoqué le roman de 1958, Le mot de la fin, où il y a aussi un personnage né un 9/9 (de fait ses 12 personnages correspondent aux 12 mois de l'année et sont nés à des dates géminées, ce que j'ai exploité dans mon roman Sous les pans du bizarre, déclaré avoir été achevé le 9/9/99).

  Le corbeau et la colombe ferait une belle fable, mais il y aurait aussi L'ours et la colombe. J'ai conté, notamment ici, une réponse possible à une interrogation de Michel Pastoureau qui constatait que des ours étaient associés à trois saints colombins:
Peut-être est-ce dû à un jeu de mots - mais dans quelle langue ?- entre le nom du saint et celui de l'animal.
J'ai ma petite idée, car en hébreu "ours" se dit dov, parfait homonyme de dove, "colombe" en anglais.

  Incidemment, en rapport avec une tragique actualité, un autre livre est intitulé La colombe et l'ours. Son auteur Luigi Forni y envisageait un accord secret entre Jean-Paul II et Brejnev pour éviter une "opération militaire" en Pologne, où Lech Walesa mettait en difficulté le pouvoir communiste.

  Je rappelle maintenant des choses déjà souvent étudiées, en insistant sur le fait que l'ours a été longtemps considéré comme le "roi des animaux", et qu'il est associé au premier président Roosevelt, Theodore (d'où le teddy bear).

  Jean Lahougue a publié en 1998 Le domaine d'Ana, transposition du Voyage au centre de la terre de Jules Verne. Chez Verne Otto Liddenbrock et son neveu Axel se perdent en explorant le monde souterrain, accompagnés du guide Hans. Chez Lahougue, Noé et son neveu Alex, accompagnés du chien Jonas, se trouvent piégés dans un monde virtuel créé par le frère de Noé, Théo. Ce sera Jonas qui trouvera le chemin de retour au monde réel.

 Lahougue m'a affirmé qu'il ignorait que "Jonas", iona, était la colombe sauvant Noé lors du Déluge. Théo est ici un deus ex machina, rien ne permettant de supposer que ce soit un diminutif d'un autre prénom.
  Une adaptation TV du Voyage au centre de la terre est sortie en 1999. Les deux principaux personnages de Verne, Otto et Axel, y sont devenus Theo(dore) et Jonas, ce qui ne peut avoir été influencé par le roman de Lahougue, du moins de manière usuellement "raisonnable".
 
  Lahougue est impliqué dans une autre coïncidence onomastique fabuleuse. Comptine des Height, en 1980, conte une série de morts étranges dans la famille Height. Le jeune John Height, victime d'une machination, est accusé, arrêté, et se suicide en prison.
  Or La ville maudite, d'Ellery Queen en 1942, conte une série de morts étranges dans la famille Haight. Le jeune Jim Haight, victime d'une machination, est accusé, arrêté, et se suicide en prison.
  Lahougue m'a assuré qu'il ne connaissait pas le roman de Queen, ce qu'il est plus facile d'admettre en sachant que "John Height" est la traduction littérale de "Jean Lahougue" (hougue, "hauteur" en picard)
  Par contre, il avait été influencé par le film de Chabrol, La décade prodigieuse (1971), adaptation d'un roman de Queen qui a une intrigue très proche de La ville maudite (une machination criminelle est si implacable que l'innocent désigné se suicide).
  Il y a eu aussi des changements de noms dans cette adaptation qui se passe en France. Le détective Ellery Queen est devenu Paul Régis ("roi"), et le deus ex machina Diedrich peu subtilement Théo... Ce Théo est joué par Orson Welles, un "ours"!
  Orson Welles est aussi un personnage de Ce que l'on sait de Max Toppard...

  Il y a un personnage prénommé Dov, "ours", dans Hantises de Laurie King, où Jonas Seraph est comparé à un ours.
  Le premier roman de Laurie King ("laurier roi"), m'avait fait me demander si son nom n'était pas calqué sur Ellery Queen ("aulne reine"). Dans Un talent mortel (1996 en France), la peintre Vonnie Adams est assassinée dans une petite communauté en dehors du monde.
  Dans Le village de verre (1954), d'Ellery Queen, la peintre Fanny Adams est assassinée dans une petite communauté en dehors du monde.
  J'ai alors écrit à Laurie King, qui m'a gentiment répondu qu'elle s'appelait bien ainsi, et qu'elle n'avait jamais lu d'Ellery Queen...

   J'en viens à du neuf, avec le nom du flic de Peter James, Roy Grace. Un "roi", donc, et le mot "grace" m'est multiplement significatif. 
  D'abord, il y a le fameux "Noé trouva grâce aux yeux de YHWH", et en hébreu les mots Noé, NH, et "grâce", HN, sont anacycles (l'un est le renversement de l'autre). Ceci m'est important car il y a un autre cas dans la Genèse : "Er (OR) fut mauvais (RO) aux yeux de YHWH".
  Dans Le domaine d'Ana, Ana est le prénom de la femme de Noé. Anne vient de l'hébreu hanna, "gracieuse". Jean et ses dérivés viennent de la forme théophore Yohannan, "YHWH gracie". Le livre pour ados dont j'ai donné la couverture plus haut, L'ours et la colombe, est la première aventure de la sorcière Ana l'Etoilée.
  "Etoile" est un autre mot clé pour moi, parfois associée au "roi", mais dans le contexte Mo Hayder/Clare Dunkel je m'en tiendrai à rappeler le vers de Corneille:
Cette obscure clarté qui tombe des étoiles.
  En fait, je ne m'en tiens pas là, car après avoir retrouvé le vers complet du célèbre oxymore, et relu ce billet où sont le mieux développés les échos entre "roi" et "étoile", je me rends compte que c'est probablement en pensant à ce vers que Belletto a nommé Estella Klehr l'un des deux plus importants personnages de Créature. L'autre est Michel Rey ("roi" espagnol).
  Le patronyme Klehr existe, et c'est une variante de Klar.

  Belletto semble bien être comme Clare Dunkel un amateur de clair-obscur, ou de blanc-noir, car dans Le livre (2014) un personnage se nomme Albin Moreno, ce qui m'a rappelé mon Alban Lenoirc, narrateur de Novel Roman (renversement de Maurice Leblanc).
  La date du 9/9/99 apparue dans les précédents billets m'a fait furieusement penser au 6/6/66 de Hors la loi (2010) de Belletto, date de la mort d'Albin Nomen et de la naissance de Luis Archer, lequel s'imagine en être la réincarnation.

  Les tous premiers billets de Quaternité m'ont amené à la BD Quintett, et au film Quintet de Robert Altman. Dans le film, les 5 personnages concernés ont pour initiales C-G-D-A-E, soit les notes en quinte do-sol-ré-la-mi (qui dans l'ordre inverse sont en quarte):
Christopher
Goldstar
Deuca
Ambrosia
Essex
  Dans la BD, il s'agit d'un réel quintette musical, dont les membres sont Charles, Nafsika, Dora, Alban et Elias, donnant encore C-G-D-A-E en ayant recours à une convention courante.
  Ceci m'a conduit dans Squar' dance à composer des phrases de 25 lettres dont chaque groupe de 5 lettres est une anagramme de C-G-D-A-E, après réduction selon ladite convention. La dernière phrase était:
Onc recours, gré caduc: la grâce.
  Ainsi GRACE correspond à G-D-A-C-E.

  Il m'était significatif que l'un des participants au Quintet fût Deuca, correspondant à D-E-G-C-A, un nom forgé par Altman, à partir de Deus K a-t-il confié...
  L'affaire de l'être pourvu d'une queue à Pig Island m'a fait me demander si le mot CAUDE, correspondant à C-A-G-D-E, existait dans une langue quelconque, et il y a bien en français l'adjectif "caudé", "pourvu d'une queue".

Note du 6/04: Je lis ou tente de lire tout livre portant "ange" dans son titre, ainsi j'ai emprunté à Gréoux le 26 mars Tu tueras l'ange, de Sandrone Dazieri (2016, le titre orignal étant carrément L'Angelo).
  J'ai été pas mal occupé pendant la rédaction des billets onomastiques, jusqu'au 4 avril où j'ai commencé le roman, avec une première surprise: l'enquêtrice est la commissaire Colomba Caselli.
  Une colombe qui affronte un ange, et c'est aussi à Gréoux que j'ai trouvé Pig Island, avec Malachi Dove, "ange colombe". Ce n'est pas tout, car Colomba est assistée au premier rang par un non-flic bizarre, Dante Torre, au second rang par ses équipiers flics, les trois amigos, Claudio Esposito, Alfonso Guarneri, et Massimo Alberti.
  Colomba et Dante sont le plus souvent appelés par leurs prénoms, et les amigos, par leurs noms, Esposito, Guarneri, Alberti.
  Initiales C-D-E-G-A, le quintette de quintes C-G-D-A-E, dans le désordre... Guarneri évoque le luthier, et les violons sont accordés en quinte, G-D-A-E
  Ces 5 enquêteurs apparaissent dans une trilogie dont Tu tueras l'ange est le volet médian (pas tout à fait, car Guarneri meurt à la fin de ce roman).

Histoire d'Ourse...

  En juillet 2016, j'ai lu le thriller posthume de Paul Sussmann, Le labyrinthe d’Osiris. Les enquêteurs y sont deux flics de Jérusalem, Arieh et Dov, soit “Lion” et “Ours”, les deux "rois" du monde animal (suss est par ailleurs "cheval" en hébreu). Le 10 juillet 2016, il m'est venu que OURSE était l’anagramme d’EUROS. L'actualité majeure concernait alors l'Euro de foot, qui se jouait en France. On craignait d'une part des attentats, d'autre part de ne pas remporter le tournoi.
  Le matin du 10 juillet, jour de la finale France-Portugal à Saint-Denis, j’ai proposé à la liste Oulipo l'énigme DANGERS A L’EURO, indiquant que c'était une anagramme, laissant aux amateurs le soin de la résoudre.
  La solution était pour moi LA GRANDE OURSE, mais le soir, il m’est venu que les lettres ANAG étaient présentes dans l’expression (c'est chez les oulipotes un diminutif courant d' "anagramme"), et à découvrir éberlué que chaque expression  était encore l’anag de
RESOUDRE L’ANAG... 

  Ainsi, c'était d'abord à moi-même que j'avais soumis l'énigme, autoréférence peut-être perçue inconsciemment. J'avais complètement oublié cette affaire, retrouvée en parcourant d'anciens courriers, alors qu'elle me semble tout à fait remarquable.
  Mais voilà, j'ai été confronté à tant de cas tout à fait remarquables que je suis incapable de discerner lequel pourrait être le plus remarquable...

1.4.22

Ono mastique (1)


  Je prévoyais de publier ces 3 billets le 3 mars, le 3/3, car le dernier d'entre eux serait le 333e de Quaternité. Leur écriture a cependant été difficile, et l'actualité éditoriale m'a semblé imposer de publier le 7 mars, 86e anniversaire de Perec, l'étude du roman en 86 éléments de NEO, publié quelques jours plus tôt et contenant plusieurs allusions perecquiennes.
  Ainsi ce seront 3 billets centrés sur le billet 333.
  Un calembour me tentait à partir du mot "onomastique", et la découverte d'un article What is Yoko Ono eating in Get back? m'a convaincu de l'exploiter, car Yoko semble être une bâfreuse de première... Dès sa première apparition dans le docu de Peter Jackson, au temps 12', elle est en train de becter.

  A partir de la mort de Régis Dutheil un 9/9, le billet de février me faisait évoquer l'actrice Ruth Roman, décédée le 9/9/99, et le naufrage de l'Andrea Doria, auquel elle avait survécu.
  J'avais été conduit à ce naufrage par deux romans lus juste avant ma découverte de l'harmonie de la vie de Jung autour du 4/4/44, romans tous deux situés en Crète, avec pour héroïnes des archéologues nommées Andrea et Dora.

  Après avoir rappelé cette coïncidence Andrea-Dora, j'ai lu un roman tout juste découvert, Mort imminente (1991) de Peter James, que j'aurais lu bien plus tôt si j'avais connu son existence car je suis passionné par les phénomènes OBE et NDE, l'expérience de mort imminente n'étant à mon avis qu'un cas particulier de "sortie du corps", laquelle peut être rapprochée d'états mieux étudiables, le rêve, les états de demi-sommeil, l'utilisation de substances psychotropes, la stimulation électrique de zones cérébrales...

  C'est un vaste sujet. L'essentiel me semble être que certains reviennent de ces expériences avec des informations qui n'ont pu être acquises de manière usuelle. Il y a aujourd'hui tant de témoignages qu'il semble difficile de nier la réalité du phénomène, surtout lorsqu'on a connu comme moi de telles expériences.
  Information... C'est un mot clé pour divers théoriciens du phénomène, Jacques Vallée, Philippe Guillemant, et précisément Régis Dutheil, dans l'article de Nouvelles Clés signalé dans le billet. La réalité des faits ne nous est accessible que par l'information, mais la synchronicité suggère que l'information peut créer les faits...

  Un personnage de Mort imminente, anesthésiste provoquant des arrêts cérébraux chez ses patients, pratique l'OBE à volonté, ce qui était aussi le cas du narrateur d'un roman découvert peu avant, Le jour où je suis mort de James Herbert (Nobody True), débuté, et abandonné. Je l'ai repris, pour redécouvrir que la femme du narrateur se prénomme Andrea, tandis que la médium de Mort imminente qui perçoit la dangerosité de l'anesthésiste se prénomme Dora.

  C'était un résumé d'une partie du billet du 2/2, auquel j'ai ajouté cette note:
Note du 7/2: Je suis en train de lire Mort... ou presque (2007) de Peter James. Chapitre 91, deux titres de romans d'une bibliothèque (meuble) sont précisés, Le rocher de Brighton de Graham Greene et Nobody True de James Herbert (le traducteur ne donne pas le titre français du roman de 2003, traduit en 2005). Chapitre 100, il est question d'une "expérience de mort imminente"...
  C'est la 3e enquête du flic récurrent de l'auteur, Roy Grace. Je l'ai lu agréablement, y déplorant cependant quelques ficelles des auteurs de thrillers pour allonger la sauce...
  Brian Bishop semble avoir assassiné sa femme et sa maîtresse. Malgré des preuves ADN certains éléments ne collent pas, et Grace en vient à soupçonner l'existence d'un jumeau. Oui, Bishop né sous X avait bien un jumeau, adopté par une autre famille, mais il est mort...
  Le mot de la fin est qu'il s'agissait de triplés. Belle idée, sauf qu'elle avait déjà été exploitée dans Le mot de la fin, d'Ellery Queen (1958), un roman d'une fascinante complexité.
  Le ressortant de mon rayon Queen, j'ai la surprise d'y trouver face à sa première page une citation du Bishop (évêque) Hall que j'avais trouvée je ne sais où, et notée là:
Nothing so much abates the courage of a Christian, as to call his brother, Adversary. (Rien ne diminue autant le courage d'un chrétien que d'appeler son frère Adversaire.)
  J'ignore donc totalement comment j'avais découvert cette citation, car je ne suis en rien féru d'apologie chrétienne. Je suppose que l'avais notée en partie à cause du nom Hall, car c'est le docteur Cornelius Hall qui accouche Claire Sebastian d'un garçon à Mount Kidron, et Claire meurt en mettant au monde un second bébé, que son père refuse de voir, car c'est l'assassin de sa femme, et il s'enfuit avec le premier garçon. On apprendra à la fin du roman qu'un troisième garçon était mort-né, et que le docteur Hall avait fait passer le second garçon pour son propre fils.
  Je l'avais notée aussi à cause du mot "Adversaire", car le roman suivant de Queen est L'Adversaire (1963), souvent commenté sur Quaternité. Les titres de ses chapitres se réfèrent au jeu d'échecs, et l'intrigue se déroule sur l'échiquier de York Square, aux quatre coins duquel s'élèvent des tours, et les différents personnages sont associés à des pièces du jeu. Si bishop est le nom usuel du "fou",  Queen a choisi une autre désignation, archer, pour nom d'un personnage.
  Je ne savais évidemment pas qu'une autre affaire de triplés concernerait un Bishop, et suis certain d'avoir noté cette citation avant 2007, avant l'écriture de Mort... ou presque.
  Je découvre aujourd'hui que Joseph Hall était évêque d'Exeter (l'évêché d'Exeter est célèbre chez les experts de Perec, cf Les revenentes).

  J'ai découvert il y a peu Mo Hayder, par la boîte de livres voyageurs d'Esparron, avec Rituel et Viscères. J'avais un a priori négatif envers elle, probablement parce que je confondais son premier roman, Birdman, avec un autre titre qui m'avait déplu. Toujours est-il que le 25 janvier, j'ai été voir ce qu'il y avait de HAYder à la médiathèque de Manosque, et c'est cette démarche qui m'a fait découvrir Mort imminente de Peter JAMes à proximité.
  J'ai donc emprunté le 25 janvier Tokyo et Les lames à Manosque, puis Proies et Pig Island à Gréoux, le même jour. J'ai lu les trois premiers pour le plaisir d'intrigues bien construites, sans rebond vers mes préoccupations synchronistiques, mais les choses ont changé avec Pig Island.
  Le journaliste Joe Oakesy enquête sur l'Eglise des ministres de la cure psychogénique, une secte qui refuse les soins de la médecine officielle, fondée par Malachi Dove, ensuite désavoué par ses disciples lorsqu'il s'est précipité à l'hôpital lors de l'accouchement problématique de sa femme.
  Oakesy a eu affaire à la secte 20 ans plus tôt, à Santa Fe, aux USA. Il a feint être atteint d'un cancer, la femme de Dove lui a enlevé à main nue la tumeur, dont il est parvenu à s'emparer. L'analyse a montré qu'il s'agissait d'un foie de porc en décomposition. L'article publié pour dénoncer les pratiques de la secte lui vaut un anathème de Malachi Dove, lequel lui annonce qu'il compte se tuer dans un avenir indéterminé, et qu'il associera ce jour le sort du journaliste au sien.

  Je m'arrête sur ce nom, Malachi Dove, qui est peut-être le nom "réel" du personnage. Malachi est un prénom usité chez les Anglo-Saxons, issu du prophète Malachie, dont le nom signifie "mon messager", "mon ange".
  J'ai étudié ici un roman de Laurie King, Hantises (1999), où Anne Waverly, professeur de théologie,  infiltre sous le nom Ana Wakefield la secte Change. Son leader Jonas Seraph est soupçonné de préparer un suicide plus ou moins collectif.
  Il est né Jonas Fairweather, et sa vocation messianique lui a fait adopter le nom Seraph, en hébreu nom d'un type d'ange, le séraphin, mais c'est aussi le "serpent brûlant" dont il a été question dans l'hypothèse d'une origine hébraïque du carré SATOR.
  Jonas est comme Malachie l'un des douze petits prophètes de l'Ancien Testament. C'est la grécisation de l'hébreu Iona (ou Yona), qui en tant que substantif signifie "colombe".
  Ainsi ce gourou suicidaire est un "colombe ange", tandis que Malachi Dove serait un "ange colombe", puisque c'est aussi le sens de l'anglais dove.

  Lorsque j'ai découvert ceci, je me suis souvenu avoir vu peu avant le mot Iona dans un roman. Je ne savais plus où, sinon que c'était dans un roman anglais, et GoogleBooks m'a permis de trouver que c'était dans Proies (2010), le premier que j'avais lu des Hayder empruntés le 25 janvier.
  C'est dès le chapitre 2, où Jack Caffery, le flic héros de plusieurs romans, vient visiter le pasteur Jonathan Bradley dont la fille Martha vient d'être enlevée. Le pasteur porte un sweatshirt bordeaux, avec le mot Iona brodé sous une harpe. Il existe le groupe de musique celtique Iona, et des T-shirts associés, comme celui ci-dessus. J'imagine que des modèles antérieurs avaient une harpe.

  Je reviendrai sur ce mot Iona qui m'est extrêmement significatif. La rencontre de ce gourou "ange colombe" m'a fait me renseigner sur Mo Hayder, pour apprendre qu'elle était morte en juillet dernier, à 59 ans.
  Son nom selon l'état civil était Clare Dunkel, ce qui m'a ébahi, car Clare est évidemment parent de "clair", tandis que l'allemand dunkel signifie "sombre", "obscur", et je connaissais un autre jeu "clair-obscur", précisément dans Le mot de la fin mentionné plus haut, où Claire Sebastian meurt en mettant au monde des triplés, à Mount Kidron; kidron signifie "obscurité" en hébreu. Un autre personnage du roman a un nom pouvant faire écho à cette antinomie, Samson Dark; samson signifie "solaire" en hébreu, et dark "obscur" en anglais.

  Le roman Hantises de Laurie King a pour titre original  A darker place.

  Cette page en anglais, The double life of Clare Dunkel, amène d'intéressantes précisions, encore que "double vie" soit une litote.
  Elle est née Clare Damaris Bastin à Londres le 2 janvier 1962, et a eu une vie agitée dans le swinging London, "défonce, sexe, et rock'n roll"... 
  Sous le nom Candy Davis, elle a participé à un sitcom et d'autres programmes télévisuels, et posé pour des revues...
  A 25 ans, elle est partie au Japon, où elle a galéré pendant 3 ans, mais cette expérience lui servira pour écrire Tokyo.
  Puis elle est allée étudier le cinéma à Los Angeles, et est revenue en 1995 en Angleterre, où elle a pris le nom "Clare Dunkel", j'imagine en toute connaissance de l'antinomie.
  Elle s'est donc consacrée à l'écriture de polars, publiés à partir de 2000 sous le pseudo Mo Hayder. Je constate que c'est l'anagramme de l'expression courante Oh, my dear, par exemple titre d'une comédie musicale de 1918, d'une chanson de 1972, d'un roman récent.
  Un nouvel avatar venait de voir le jour, avec un nouveau genre style SF, et un nouveau pseudo, Theo Clare, sous lequel vient de paraître un nouveau roman, The book of sand. Je constate que c'est l'anagramme de The oracle, notamment nom d'un personnage féminin de la saga Matrix.

  Je reviens à Pig Island, son 4e roman (2006). L'Eglise des ministres de la cure psychogénique refait parler d'elle, car elle s'est installée sur une petite île écossaise, Pig Island, et quelqu'un qui passait par là a pris une étrange photo, montrant un être d'apparence humaine, mais semblant pourvu d'une queue.
  Joe Oakesy n'avait de problème qu'avec Malachi Dove, rejeté par la secte, laquelle lui permet de venir enquêter sur place. Il a la surprise de découvrir que Malachi Dove habite aussi sur l'île, mais vit isolé depuis longtemps, barricadé dans un terrain surveillé par des caméras.
  En bref, Joe découvre que la créature entrevue sur la photo est la fille de Malachi, Angeline (ce qui semble montrer que Hayder savait que malach signifie "ange"), 18 ans, dont l'existence était inconnue.
  Angeline n'a connu que son père et sa mère, morte récemment. Elle a une particularité, car son embryon s'est fusionné avec un embryon jumeau dans l'utérus de sa mère, et elle est née avec une jambe supplémentaire, comme Franck Lentini. Cette jambe part de sa colonne vertébrale, et ressemble à une queue.
  Joe est fasciné par cette malformation. Angeline lui dit que son père est devenu fou, se livre à d'abominables expériences, et a de sombres projets.
  De fait, les 30 membres de la secte sont tués, dynamités dans leur église, et Malachi a disparu. Joe revient sur le continent avec Angeline, mais Malachi semble rôder autour d'eux, et la femme de Joe est torturée et assassinée...

  30 morts sur une île évoquent aisément L'île aux 30 cercueils, de Maurice Leblanc, un nom également antinomique ("maure" signifie "sombre"). Si l'auteur ne l'a pas choisi, il l'a utilisé, notamment dans ce roman gothique où le principal personnage de l'île est le druide Maguennoc ("blancheur" en breton), connaissant son secret, une pierre sombre au pouvoirs miraculeux.
  Je soupçonne Agatha Christie de s'être inspirée de cette île où personne ne survit, réalisant ainsi une ancienne prophétie, pour écrire ses Dix petits nègres, avec peut-être un indice de reconnaissance envers Leblanc: l'homme qui organise le séjour des personnes choisies sur l'île du Nègre se nomme Morris.
  Mais le "racialement korrekt" a opéré, d'abord aux USA où le titre est devenu And Then There Were None, sans altération du texte, et 80 ans après l'écriture de ce roman vendu à plus de cent millions d'exemplaires, il n'y a plus de nègres dans une nouvelle "traduction". Ils sont maintenant des soldats, après avoir été des Indiens dans diverses adaptations au cinéma.
 

  Pig Island est un polar, et il y a des retournements. Cette affaire de "queue", bien qu'il ne s'agisse finalement pas d'une vraie queue, m'éveille plusieurs échos.
  Le jour où j'ai emprunté Pig Island à Gréoux, j'y rendais un roman emprunté peu avant, Mortel sabbat, de Preston et Child (2015), une enquête de leur inspecteur Pendergast présent dans de nombreux romans. J'avais lu quelques mois plus tôt Credo, de Douglas Preston seul, qui m'avait beaucoup plu, et ai donc été tenté de lire un Pendergast.
  Hélas! l'inspecteur est horripilant, et son enquête ne m'a pas retenu, aussi j'ai vite abandonné. Toutefois, il faut traverser un parc pour accéder à la médiathèque de Gréoux, et j'ai mis à profit ces quelques minutes pour aller voir la fin du roman, et y découvrir que la créature terrorisant les habitants d'Exmouth (Massachusetts) avait une queue, comme un démon...
  Après la découverte de la "queue" d'Angeline, j'ai réemprunté Mortel sabbat, et n'ai encore pas réussi à suivre l'intrigue. Nous sommes dans la région de Salem, où subsiste depuis des siècles une communauté pratiquant la sorcellerie. Une famille de cette communauté est dotée de gènes permettant les naissances épisodiques d'êtres pourvus d'une queue, les Morax, sacrifiés pour amadouer le Diable, mais le dernier Morax a échappé à tout contrôle...

  En 2019, j'ai parlé dans ce billet de La prophétie des papes, de Glenn Cooper (2013), essentiellement pour une formidable coïncidence numérique, que je laisse de côté ici.
  Cette prophétie est la fameuse prophétie de Malachie... Cooper imagine l'évolution à côté des humains "normaux" de Lémures, humains maléfiques pourvus d'une queue, et Saint Malachie était l'un d'entre eux. Sa prophétie couvrant 112 papes s'achève à notre époque, et un complot ourdi de longue date vise à faire élire un pape Lémure...

   Je ne me souviens d'aucune autre fiction "réaliste" où des humains sont caudés, et ici l'un d'eux est l'auteur présumé de la prophétie des papes, Malachie, sans lien immédiat avec le Malachi(e) de Hayder, père d'une créature pourvue d'un appendice monstrueux. Mais ma mémoire est faiblarde, je le sais.

  L'intrigue de La prophétie des papes utilise une version alternative du Docteur Faust de Marlowe, contenant un message caché:
MALACHY IS KING, HAIL LEMURES (Malachie est roi, salut aux Lémures)
  Retrouver ce message dans le contexte du Malachi Dove de Hayder et du Jonas Seraph de King me rappelle qu'il y a une forte ressemblance en hébreu entre les mots "roi", MLK (מלך), melekh, et "messager", "ange", MLAK (מלאך), melakh.
  J'ai consacré trois billets successif à ce rapport "roi-ange",
Jour des rois,
J'm'en calisse,
Cassiel, Maleldil, Nathaniel,
mais ce nouveau cas provoque un dessillement, et je n'avais pas pensé à cette ressemblance pour le "Malachie est roi" de Glenn Cooper, ni pour l'ange Seraph de Laurie King.

  Et c'est un Régis (Dutheil) qui a démarré ces échos en cascade, Régis venant du latin rego, "diriger", et plus loin de l’indo-européen commun *reĝ-, "droit, juste, roi".

  Je tenterai dans le billet suivant de récapituler les histoires d'anges, colombes, rois, et autres.

7.3.22

d'un grain d'orge à Gen Rigardo


  Ce 3 mars, j'ai vu en tête de gondole un nouveau roman de NEO (Nicolas d'Estienne d'Orves), Ce que l'on sait de Max Toppard.
  Découvrant l'achevé d'imprimer en juin 2021 et le dépôt légal en août suivant, je me suis demandé comment j'avais pu le manquer, mais le site de l'éditeur donne bien comme date de parution le 2 mars 2022. Premier mystère... Existe-t-il encore une censure qui aurait retardé la publication de cet ouvrage probablement sulfureux, vu la tendance de l'auteur à l'outrance?

  J'ai lu avec passion, parce que le sujet m'intéresse, et parce que les échos synchronistiques déjà rencontrés dans d'autres romans de NEO n'ont pas tardé à se manifester.
  Max Toppard serait donc une figure essentielle du 7e art, restée dans l'ombre. Ceci m'a aussitôt évoqué La conspiration des ténèbres (1991) de Theodore Roszak, étudié ici, roman centré sur le réalisateur méconnu Max von Castell, lequel a commencé sa carrière en Allemagne avant d'émigrer aux USA où il est devenu Max Castle. Il a aussi travaillé en France sous le nom Maurice Roque (car castle, "château" est un nom de la tour des échecs, aussi nommée rook, d'un mot persan également à l'origine du roque).

  Or Max Toppard est né Maurice Taupard, et il n'y a rien d'immédiat à ce que le prénom Maurice devienne Max, ou vice versa.
  De fait, NEO cite dans la bibliographie finale le roman de Theodore Roszak, mais sous son titre original Flicker, plutôt que le calamiteux titre français laissant augurer d'un thriller quelconque... Il cite aussi Le livre des illusions de Paul Auster que j'avais étudié parallèlement à Flicker.

  Le roman de Roszak se présente comme l'enquête sur Castle de deux cinéphiles, le narrateur Jonathan Gates et sa copine Clare Swann, de 1960 à 1977.
  Celui de Néo alterne l'enquête sur Toppard, fin 1965, de Caroline Ménardier, journaliste aux Etudes cinématographiques (imaginées par NEO), et le journal de Max Toppard, s'arrêtant en 1939..
  Tiens, CARoLinE contient CLARE, et un personnage important de NEO est le réel Bernard Natan, né Natan Tannenzaft (ou Tanenzaph selon Wikipédia),

  Le nom Gates chez Roszak est probablement inspiré par les Doors, et leur chanson The end, au générique d'Apocalypse now, suggéré être inspiré par les conspirateurs de l'ombre, après qu'un autre projet d'adaptation d'Au coeur des ténèbres par Orson Welles et Castle ait échoué.
  Castle est néanmoins supposé avoir joué un rôle essentiel dans la réalisation de Citizen Kane, mais NEO nous apprend que le premier film de Welles doit tout à Toppard, que Welles a rencontré à Paris.
  Caroline rencontre Welles, et d'autres personnalités réelles, tel Jacques Bergier qui lui confie que le livre écrit par Toppard, Al-Cinéma, est une porte (door, gate), permettant d'accéder à un autre seuil de réalité.

  L'une des premières phrases du livre est ceci,
Je m'appelle Maurice Taupard, et suis né à Arras, voici bientôt quarante ans, le 9 septembre 1899.
au début de ses mémoires.
  Un 9/9/99, et une date importante pour moi est le 9/9/99 du siècle suivant, mort de l'actrice Ruth Roman, évoquée à diverses reprises, notamment dans le précédent billet.
  NEO est né un 10 septembre (1974), et semble utiliser cette date, ou celles immédiatement adjacentes:
- L’Enfant du premier matin (2011), Valentin Bédarrieux, est né le 11 septembre 2001;
- l'écrivain Nicolas Sevin, narrateur de La Dévoration (2014), est né un 10/6 (le jeu 9-6 est un classique), et est le fils du bourreau ayant réalisé la dernière exécution capitale, le 10/9/1977.

  Maurice est un enfant prodige qui, dès 7 ans, se passionne pour le cinéma et réalise des petits films, avec l'aide de son père, gardien de phare en Bretagne. Ses créations, projetées au café du village, deviennent une attraction. Au-delà de la projection, ses images s'impriment dans les rêves des spectateurs, jusqu'à ce que, la nuit suivant une adaptation d'une nouvelle de Poe, une spectatrice meure d'épouvante, tous les autres villageois ayant partagé en rêve son agonie...
  Maurice part à Paris, où il devient le secrétaire de Max Linder, et lui souffle des idées... Linder est mobilisé en 1914, et Maurice part à Hollywood, où il devient Max Toppard, et joue un rôle essentiel dans les réalisations de Griffith, Chaplin, et d'autres... Il doit revenir en France se battre, et devient dans les tranchées inséparable de 4 autres jeunes hommes, Augustin Trébuchon, William Hodwin, Igor Tcherniak, Benoît Alvarez.
  Augustin Trébuchon meurt quelques minutes avant la célébration de l'armistice, et ses amis fondent en son souvenir une association, Le Trébuchet, que Benoît matérialise par un croquis.

  Max expose ses idées dans un manifeste, rédigé par Igor, le littéraire de la bande (un Tcherniak, "noir", bien nommé pour représenter cette conspiration des ténèbres). Al-cinéma est édité au printemps 1920 par Grasset, mais pilonné quelques semaines plus tard car il ne s'en est vendu que quelques exemplaires.
  L'un d'eux est parvenu entre les mains du producteur Bernard Natan, lequel engage la bande pour tourner des petits films "coquins", destinés à être visionnés dans les bordels... Il achète un immeuble aux Halles pour y ouvrir un cinéma, le Belphégor, tandis que les sous-sols sont aménagés en studio. Vient la crise de 29, l'arrivée du parlant, la ruine de Natan qui cède le Belphégor au Trébuchet.

  Je passe à l'enquête menée en 1965 par Caroline, que son journal envoie au Belphégor. Elle y voit dans une salle presque vide Dialectique des corps, de Finzi Trabucco, assurément un fort mauvais film, mais qui lui laisse après coup de curieuses impressions.
  Elle fréquente le cinéma, apprend qu'il est financé par un mystérieux inconnu, entend parler de Toppard, rencontre diverses personnalités, Carné, Renoir, Michel Simon, lesquels lui disent tout ce qu'ils lui doivent.
  Max Toppard serait mort pendant la guerre. William Hodwin est mort en déportation, Igor Tcherniak est devenu "pape du Nouveau Roman", sous le nom René Graindorge, Benoît Alvarez est un architecte de renom, disciple favori de Le Corbusier. Il est précisément responsable du projet de rénovation des Halles, qui va faire disparaître la rue Pirouette où est sis le Belphégor.

  Un chapitre marquant est une Radioscopie où Jacques Chancel a réuni deux écrivains que tout oppose, d'une part Graindorge, celui qui a posé les bases du Nouveau Roman, bien qu'il n'ait publié que deux romans, aux éditions de Minuit, Le Flou (1953), et Non (1960), d'autre part Athanase Gautrand-Bernard, auteur de romans d'espionnage à succès, les AGB. Les deux hommes s'injurient en tels termes qu'il est inimaginable que l'antenne n'ait pas été coupée (mais de toute façon Radioscopie n'a débuté qu'en 1968), et Chancel a la surprise une fois l'antenne rendue de les voir se congratuler et s'échanger des compliments. 
  Si AGB fait aisément penser à SAS et Gautrand-Bernard à Gérard de Villiers, bien qu'une exacte identification ne soit pas de mise, on peut se demander si quelqu'un de précis est visé avec Graindorge.
  Il est déjà sûr que ce n'est ni Robbe-Grillet, ni Butor, ni Simon, cités par ailleurs. L'anagramme
GRAINDORGE = GEN RIGARDO
pourrait livrer une piste. Jean Ricardou a été présenté comme "chef de file du Nouveau Roman", et en 1965 il n'avait publié que deux romans, aux éditions de Minuit, en 1961 et 1965; il a présenté le second, La prise de Constantinople, comme une déclinaison sur le mot "Rien." qui le débute.
  Encore ici, la superposition serait loin d'être parfaite, puisque Ricardou est né en 1932 tandis que Graindorge était poilu pendant la Grande Guerre.

  Je n'aurais probablement jamais vu sans NEO que "grain d'orge" pouvait se prêter à une telle anagramme, fût-elle approximative, et c'est un choc immédiat, d'autant que Graindorge serait un ami du plus cher disciple de Le Corbusier (mort quelque mois plus tôt, le 27 août 1965).
  Ricardou admirait Le Corbusier, et était fasciné par son système, le Modulor, mesures basées sur la suite de Fibonacci exprimée en pouces et demi-pouces.
  Si l'idée que le Modulor soit une solution aux problèmes de l'humanité est plutôt folle, il y a plus fou encore... Le chanoine Jean Bétous a imaginé que Le Corbusier se soit inspiré d'un système de mesures remontant au moins au Moyen-Age, la quine des bâtisseurs, basée sur une unité secrète, le grain d'orge des initiés, et ses multiples par les nombres de la suite de Fibonacci.
 
   Ainsi le diamètre du grain d'orge initiatique serait 0,2247 cm... Si ce Cahier de Boscodon n° 4 (1987) semble d'une loufoquerie évidente, les élucubrations du père Bétous ont été largement diffusées, jusqu'à être offertes à nos enfants dans des manuels de maths.

  Mon obsession fibonacienne m'a conduit à voir de possibles constructions dorées dans plusieurs romans de NEO, dans L’Enfant du premier matin, dans La Dévoration, et surtout dans Les derniers jours de Paris, où la première partie est composée de 34 chapitres numérotés de l'histoire de Sylvain, entrelacés avec 21 chapitres dans une autre police de caractères, le récit à la première personne de la jeune Trinité. Sylvain et Trinité se rencontrent à la fin de cette première partie, et sont réunis pour les 34 chapitres de la seconde partie.
  Dans La gloire des maudits (2017), la romancière Sidonie Porel a fait partie du juré Goncourt de 34 à 55 (1934 à 1955), "pendant 21 ans" est-il précisé.
 
  Dans Ce que l'on sait de Max Toppard, l'enquête de Caroline est en 53 chapitres numérotés, entrecoupés de 32 sections du journal de Max, non numérotées  mais pourvues chacune d'un titre.
  Si 53 et 32 ne sont pas des nombres de Fibonacci comme 21, 34 et 55, 32 est la section d'or entière de 53, mais il y a peut-être mieux, car après ces 53 chapitres numérotés vient le climax annoncé dans les derniers chapitres, conté dans une sorte d'épilogue, la projection au Belphégor du seul film conservé de Max Toppard, L'illusion absolue, le 28 décembre 1965, 70e anniversaire de la première séance des frères Lumière.
  Je ne dirai rien de cette fin, sinon que la prendre en compte mène aux nombres 54 et 32 de la série Bleue du Modulor (approximations en cm de 21 et 13 pouces).

  70 fait partie de la série Rouge.

  Incidemment, La conspiration des ténèbres a 32 chapitres.

  Je me garde bien d'affirmer que ces constructions sont intentionnelles, et ne fais que constater que les nombres, que chacun peut vérifier, se prêtent à l'hypothèse. Je suis prudent, car je connais maints exemples où l'intentionnalité ne peut être retenue, quelle que soit la pertinence des indices.
  L'un de ces cas est précisément un texte de Ricardou, auquel j'ai consacré plusieurs billets ces dernières années, texte écrit en symétricologie, procédé demandant au lecteur de compter les mots de toutes les phrases (il y en a 328, et certaines ont plus de 200 mots).
  J'ai donc décelé de multiples phrases semblant magnifier soit la suite de Fibonacci, soit le Modulor, et une architecture dorée de l'ensemble basée sur les mots NOUVEAU ROMAN, dont les valeurs 99 et 61 sont en rapport d'or optimal, mais l'étude des brouillons de ce texte m'a montré que certaines des relations que j'avais vues, dont certaines essentielles pour la structure d'ensemble, n'avaient pas été calculées.

  Alors? C'est pour moi un élément de plus montrant que la littérature, ou plus généralement l'art, va bien plus loin que les intentions de l'auteur, ou de l'artiste. Néanmoins, certaines phrases n'ont pas changé au fil de l'élaboration du texte de Ricardou, notamment une phrase de 140 mots, donnée ici, que la symétricologie découpe en 54-32-54.
  L'anagramme est encore révélatrice, quand elle montre que PAUL AUSTER, chantre de la musique du hasard, est PAS L'AUTEUR de ses livres (trouvaille d'Elisabeth Chamontin).
  Je pense aussi à Franck Thilliez, également auteur d'un roman sur un cinéaste maléfique, Le syndrome [E], où apparaissent aussi des coïncidences onomastiques avec La conspiration des ténèbres. Je sais qu'il a lu le billet que j'y ai consacré, mais il n'a pas daigné le commenter, peut-être parce qu'il n'apprécie pas mes suggestions de plagiat. Mais tout le monde plagie, plus ou moins, et je pense que Le syndrome [E] est un très bon roman, dont sera bientôt diffusée une adaptation en série; la moindre des choses est cependant d'indiquer ses sources, comme l'a fait NEO.
  Mais il est fort possible que Thilliez ne connaisse pas La conspiration des ténèbres, et qu'il soit une autre victime du syndrome [D], comme Danielewski, lequel a écrit:
Je crois que nous sommes autant influencés par les auteurs que nous ne lisons pas que non influencés par ceux que nous lisons.
  J'ai aussi vu des structures fibonacciennes dans des romans de Thilliez, et celui-ci a d'ailleurs révélé avoir utilisé des contraintes mathématiques, dont la suite de Fibonacci, dans une émission du 15 août dernier (au temps 28').
  Mais des fois la perfection des jeux semble outrepasser l'intellect, le mien du moins, et je demeure ébahi devant ce que j'ai trouvé dans La forêt des ombres, un des premiers Thilliez, que j'ai par ailleurs trouvé fort  mauvais, où tout semble issu des briques 32 et 54 du Modulor, les nombres de chapitres de Ce que l'on sait de Max Toppard. Dans un autre roman fourmillant de nombres de Fibonacci, un personnage se nomme Corbusier.

  Je l’ai détaillé dans Homme sage, demain tu reliras Perec, et l'évocation de Perec m'amène à une autre coïncidence du roman de NEO.
  Lors de la Radioscopie, Graindorge s'enthousiasme pour le prix Renaudot attribué aux Choses de Perec, et ces mots sont page 382, ce qu'on ne peut guère considérer comme intentionnel (mais Ricardou a calibré le texte dont je parlais pour qu'une certaine phrase y apparaisse page 99, en hommage à sa nouvelle publiée dans le n° 99 de la NRF).
  Or le roman a été publié le 2 mars, la veille du jour où diverses manifestations ont été organisées pour célébrer le 40e anniversaire de la disparition de Perec, le 3 mars 1982, ou 3/3/82. Il se trouve que je l'ai découvert et acheté ce 3/3/22.

  Il y avait une autre mention du prix Renaudot de Perec page 199, et le premier chapitre "Caroline" la montre descendant les escaliers de la rue Vilin, filmant avec une caméra super 8, en compagnie de son ami Vincent. Ils ont décidé de réitérer l'entreprise d'Eugène Atget qui, 70 ans plus tôt, avait photographié les vestiges du vieux Paris, mais leur projet "Atget 65" est filmique. Les 70 ans avancés sont approximatifs, puisque Atget a oeuvré pendant des dizaines d'années, et j'imagine qu'ils préfigurent le 70e anniversaire de la première projection des frères Lumière auquel conduira la quête de Caroline.
  Descendre la rue Vilin est immédiatement évocateur pour les amateurs de Perec, car son ami Robert Bober a tourné en 1992 En remontant la rue Vilin, la rue où Perec a vécu ses premières années (on peut voir le documentaire ici). S'il est clair que NEO a pensé ici à Perec et à Robert Bober, la présence d'un Vincent me rappelle que, après que les ayants droit du père Bétous se sont opposés à la réédition de son livre, d'autres ont pris le relais, notamment Robert Vincent avec Géométrie du nombre d'or (1997), qui a connu plusieurs éditions.
  Bien sûr, Robert et Vincent sont des noms très courants, mais cet explicite Vincent et cet implicite Robert surviennent dans le contexte des 86 éléments répartis en 54 et 32, et du nouveau romancier Graindorge, alors j'y vois au moins un écho synchronistique.

  La mort de Perec le 3/3/82 peut être soulignée par le fait que ses cendres reposeront dans la case 382 de la division 87 du columbarium du Père-Lachaise.

  Le nombre 382 apparaît dans la table d'un numéro d'une revue fictive dans  La vie mode d'emploi. Selon le jeu des contraintes du texte, l'article page 382  fait allusion à la fois à Freud et à la nouvelle La mort et la boussole, de Borges :

  Cette nouvelle, parodie policière, s'achève sur la mort de l'enquêteur un 3 mars. Je ne reviens pas sur l'autre rubrique, étudiée par exemple ici.

  Le nombre 382 est aussi significatif en relation avec les suites additives, notamment avec la quine des bâtisseurs, car il est évident que ses mesures n'ont aucun rapport avec l'hypothétique grain d'orge de diamètre 0,2247 cm, mais sont issues des puissances du nombre d'or, arrondies à 3 décimales, puis multipliées par 20. Le père Bétous s'en cache à peine, livrant ce schéma:


  Ainsi la paume correspond à 0,382. Je crois avoir trouvé une piste essentielle pour l'élucidation de La maison des feuilles de Danielewski, exposée ici et . La maison Navidson aurait donc un rapport avec la quine des bâtisseurs, et je m'émerveille que la seule allusion explicite au nombre d'or, hormis un document en annexe, soit la note 382.

  Voilà donc quelques échos à la présence de Perec en page 382 de Ce que l'on sait de Max Toppard.

  Je ne rappelle pas mes investigations dorées chez Perec, lequel a envisagé explicitement dans ses écrits l'utilisation littéraire des suites de type Fibonacci. Ricardou a fait de même.
  A propos des 53 chapitres numérotés de NEO, je rappelle que les brouillons de "53 jours" de Perec montrent qu'il y a envisagé diverses façons d'inclure 53 dans une suite de type Fibonacci.

  J'ai peut-être bâclé ce billet, car il m'a semblé important de le publier ce 7 mars, qui aurait été le 86e anniversaire de Perec, né le 7 mars 36, s'il n'était mort 4 jours avant son 46e anniversaire, bien trop tôt.
  Il y a donc 86 éléments dans le roman de NEO, construit en 4 parties (+ le final). Les deux premières parties comptent 46 éléments, 24 chapitres "Caroline", et 22 sections du journal de Max.

  Le découpage selon le Modulor 32-54 est-il évocateur? Peut-être, car ceci mènerait à 1968, et le dernier article au sommaire du Bulletin de l'Institut de Linguistique de Louvain, celui avec l'article sur le Tétragramme page 382, est:


Note du 10: Après l'écriture un peu rapide de ce billet, je voudrais essayer de clarifier un peu les choses, dans la mesure du possible.
  Deux auteurs se sont inspirés du prodigieux roman de Roszak, et de son cinéaste maléfique Max Castle/Maurice Roque. NEO le revendique, et prénomme son personnage Max et Maurice. Thilliez omet cette source, mais nomme Chastel le colonel qui a exploité les travaux du cinéaste Jacques Lacombe, et il y a d'autres ressemblances onomastiques.
  Incidemment, Carole Ménardier commence son enquête en rencontrant en novembre 65 Lucien Rebatet lors d'une projection pour les journalistes de La vie de château, film sorti en salle en janvier 1966.
  Je viens de découvrir que bien des noms du roman de NEO, Ménardier, Bellegarde, Hodwin, William(s), Isaac, Alvarez, sont empruntés aux personnages ou acteurs du feuilleton Belphégor de 1965, certains noms étant déjà présent dans le film de 1927. Ceci va jusqu'à Toppard, le récitant du prologue du feuilleton étant Jean Topart...
...et jusqu'à Graindorge, ce qui atténue fortement l'intentionnalité d'une identification intentionnelle avec "Gen Rigardo"...
  Mais voilà, comme le disait Ricardou à la suite de Valéry, une fois un texte publié, c'est l'écrit qui importe, et son auteur ou scripteur n'a pas plus d'autorité que quiconque à le commenter ou l'interpréter.
  Alors il m'est significatif que, parmi les dizaines de noms du générique de Belphégor, NEO ait choisi Graindorge pour le "pape du Nouveau Roman", même si Ricardou n'est pas visé, même si NEO ne sait rien du grain d'orge des initiés, même si la structure du roman en 32 et 54 éléments n'est pas intentionnelle.
  Ceci n'est qu'un exemple de plus des curiosités étudiées  sur Quaternité, et les prochains billets seront consacrés à d'autres coïncidences onomastiques sidérantes.

Note du 22/06; Je me suis demandé quel rôle jouait Graindorge dans la série. C'est en fait un personnage qui n'apparaît qu'au tout début, aux Puces de Saint-Ouen. Après un survol des étalages, commenté par Jean Topart, la caméra se fixe sur André Bellegarde (Yves Rénier), disant à un ami: "L'avion supersonique, la fusée dans la lune, ça l'épatait pas, ce qui l'épatait, c'étaient les coïncidences."
  Un vieil homme se manifeste alors, Graindorge: "Madame votre mère avait raison." Pour Graindorge tout est lié, comme une île qui, si on enlève l'eau, est liée à la terre. Il emmène André chez lui, où il stocke des milliers d'articles de journaux dans des boîtes de conserve. Ce sont des fait fortéens, comme ces "empreintes de ventouses sur l'Everest". Pourquoi la Science ne s'en occupe-t-elle pas? Parce qu'ils sont invraisemblables. Qu'importe qu'ils soient invraisemblables s'ils sont vrais.
  André objecte que les fait cités soient dans des contrées lointaines, et Graindorge lui montre alors un article sur l'apparition d'un fantôme dans la galerie des Glaces de Versailles, le 3 août 1925.
  André passe devant l'immeuble de Graindorge peu après l'apparition de Belphégor au Louvre. On embarque un cercueil dans un corbillard, et André apprend qu'il est mort au moment exact où était tué le gardien Sabourel. "Une coïncidence", dit son interlocutrice, "Y a-t-il des coïncidences?", s'interroge André.
  "Gen Rigardo" a étudié les coïncidences dans les écrits des autres et les siens.