11.11.20

de Scalese à Thilliez, un Papillon


  En août, je contais ma découverte d'une interview de l'auteur Carter Scholz, assurant avoir utilisé la suite de Fibonacci pour déterminer le nombre et la longueur des chapitres de son roman Palimpsests. Il se demandait si quelqu'un s'en était aperçu.
  La moindre allusion à Fibonacci me met en branle, et je me suis procuré le roman. Je n'ai fait que le survoler, ayant du mal à lire l'anglais, et ai été essentiellement attentif aux structures. J'avoue n'avoir pas compris comment Fibonacci pouvait y intervenir. Il y a 4 parties de 7-11-7-1 chapitres, ce sont éventuellement des nombres de Lucas (1-3-4-7-11-...), et je n'ai rien vu de significatif dans leurs longueurs relatives.

  Ceci a plus ou moins coïncidé avec un événement complémentaire. Il y a un temps indéterminé, 2 ou 3 ans, j'avais été frappé de découvrir dans ma bibliothèque deux Pocket accolés, Le baiser de Jason, de Laurent Scalèse, et Le baiser de Qumrân, de Frédérique Jourdaa. Si je ne me souvenais pas les avoir intentionnellement rangés l'un à côté de l'autre, c'était néanmoins possible.
  Les numéros dans la collection Pocket étaient devenus importants pour moi en 2015, avec le numéro 13121 de Deuils de miel, de Thilliez. Ces deux-ci ont les numéros 12838 et 13568, 730 numéros plus tard. Ce nombre m'était significatif, car un coup d'oeil sur Le baiser de Qumrân m'apprit que le roman s'achevait sur la crucifixion de Jésus, or l'une des dates avancées pour cet événement est le 7 avril 30.
  Je m'étais intéressé ici au film Les rivières pourpres 2, où une secte apocalyptique honore  cette date sous la forme 730 dans un étrange graphisme qui est d'abord interprété comme les lettres JHW du Tétragramme.
  Ceci m'avait décidé à lire ou relire les deux romans. J'avais acheté Le baiser de Jason à cause du nom de l'auteur, Scalese, autre forme de Scalesi, anagramme de Cassiel, nom associé à de multiples bizarreries. Je l'avais lu et annoté. Je ne sais plus d'où venait Le baiser de Qumrân, ni si j'avais alors tenté de le lire, mais une autre tentative lors de la découverte avait vite été abandonnée.

  Les deux Baisers sont restés à mon chevet, peu à peu enfouis sous d'autres candidats à lecture ou relecture. Je ne peux expliquer pourquoi j'ai repris Le baiser de Jason début septembre, toujours est-il que plusieurs choses m'avaient échappé à première lecture.
  Le roman a 1 Prologue, 53 chapitres, et 1 Epilogue, soit 55 éléments, ce qui avait déclenché mon "fibomètre", mais je n'avais pas à première lecture distingué de structure 34-21 ou 21-34.
  Or il se passe bien quelque chose d'important à la fin du chapitre 33 marquant une éventuelle structure 34-21, mais ceci ne s'avère important qu'une fois le dénouement dévoilé. 
  La première phrase du Prologue est
Julia Hurbon colla son front trempé de sueur contre le hublot de l'Airbus A340.
   Les deux premières phrases du chapitre 34 sont
  Sur le chemin du retour, un bouchon retarda Vidal.
   Il jeta un coup d'oeil sur sa montre : vingt et une heures quarante cinq.
  Ainsi apparaissent aux débuts des éventuelles parties de 34 et 21 éléments les chiffres 34 et 21. Julia est une passeuse de drogue qui, arrivée à Orly à 16 h 37, est conduite à l'hôtel Barberousse à Vitry où son patron lui a réservé une chambre. On apprend chapitre 3 qu'il s'agit de la chambre 34, ce que j'avais souligné à première lecture, de même que le numéro d'enregistrement du cadavre de Julia, 2236, m'évoquant 2,236, approximation courante de la racine carrée de 5, intervenant dans la formule du nombre d'or.
 
   J'avais également noté la mention d'un Glock 34 chapitre 10, l'arme de service de l'inspectrice Agnès Jarry. Si j'avais considéré cela comme important, je ne sais comment il a pu m'échapper qu'était mentionné chapitre 42 un Glock 21, l'arme d'un truand, Shabazz Baboukar.
  Ainsi, les éventuelles parties de 34 et 21 éléments débutent par les chiffres 34 et 21, et il apparaît dans chaque partie un pistolet Glock, 34 et 21 précisément... Les deux seuls autres pistolets identifiés sont le Smith & Wesson 38 d'Eric Vidal, le flic qui dirige la traque du dealer Jason, et le Bersa Thunder 22 utilisé par Jason pour deux meurtres.
   Jason s'avère être un membre de l'équipe de Vidal, le commandant Yvan Seigner. Précisément, le chapitre 33 (34e élément) est le seul montrant une certaine intimité entre Vidal et Seigner. Yvan invite Eric chez lui, rue Saint-Just (!), et a prévu de terminer la soirée avec deux putes, une brune et une blonde, mais ceci n'est pas du goût d'Eric qui vit en couple avec Claire, et le chapitre s'achève sur cette brouille entre les deux flics.

   Plusieurs indices pourraient donc orienter vers une structure intentionnelle 34-21 du roman, mais j'ai cherché en vain des structurations significatives dans d'autres romans de Scalese, plutôt décevants comparés au Baiser de Jason. Pourquoi Jason d'ailleurs? je n'ai pas vu dans le texte de raison à ce surnom qui évoque au premier chef la Toison d'or. Et pourquoi le baiser? c'est explicitement une allusion à la dope que vend Jason, Bethsabée dite "Betty", terriblement addictive, mais aussi au "baiser de Judas", puisque Jason est un traître responsable de la mort de plusieurs de ses collègues flics.

  JUDAS est un mot de valeur 55, et c'est aussi un mot qui a une propriété très particulière, découverte en rédigeant le billet Squar' dance. Les 5 membres du Quintett de Giroud ont des initiales en quinte, CGDAE, do-sol-ré-la-mi, selon une convention musicale courante. Je m'étais demandé s'il existait des mots donnant cette exacte succession CGDAE, et le plus intéressant était JUDAS.
  CGDAE forment une gamme pentatonique, en anglais pentatonic scale.
  Le nom italien Scalese serait associé au toponyme Scala (de même sens que scale, "échelle", "gamme").

   J'ai appris que Scalese avait écrit un roman à quatre mains avec Thilliez, L'encre et le sang (2013), que j'avais en fait déjà lu, à cause de Thilliez. C'est plutôt une longue nouvelle, uniquement parue en Pocket (n° 14546). Un écrivain raté, William Sagnier, acquiert une curieuse machine à écrire: il lui manque la lettre G, et tout ce qu'on y tape se réalise...

   Curieux, car les deux romans en 34 et 89 éléments de Thilliez, Deuils de miel et Rêver (2006 et 2016), m'avaient fait consulter tous ses titres pour dénicher le Fibonacci 55 intermédiaire, sans succès, et voici qu'un candidat à une structure 34-21 est dû à un ami de Thilliez. Je soupçonne fortement ce dernier, comme vu récemment, de jouer intentionnellement avec les nombres de Fibonacci, évoqués explicitement dans deux romans, mais Le baiser de Jason (2005) est antérieur à ces romans.
  Je rappelle la coïncidence qui unit les deux romans de Thilliez, l'absence d'un chapitre, due à une erreur de numérotation de l'éditeur dans le premier cas, volontaire dans le second.
  Thilliez et Scalese sont membres de la Ligue de l'Imaginaire, à laquelle appartiennent aussi Bernard Werber et Henri Loevenbruck, deux auteurs qui mentionnent explicitement le nombre d'or dans différents romans. Le personnage le plus célèbre de Werber est la fourmi 103683, dont le numéro livre une permutation ordonnée des 6 premières décimales du nombre d'or, 618033, mais ce semble être un hasard.

  A ce propos, j'avais relevé à première lecture du Scalese l'heure prévue des retrouvailles de Vidal et de sa compagne, écartée pour la protéger de Jason, 6 h 18 à Orly, soit les trois premières décimales du nombre d'or couramment employées, 1,618 ou 0,618 (son inverse).

  Ma nouvelle lecture m'a fait envisager une élucubration plus sophistiquée. Si les Glock 34 et 21 pourraient être immédiatement significatifs, les calibres des armes du commissaire Vidal et du commandant Seigner, 38 et 22, le seraient aussi de façon tortueuse, car ces nombres sont en rapport d'or avec 62 et 35, valeurs des prénoms des deux flics:
ERIC = 35, YVAN = 62.
  Ceci implique un chiasme, et le roman a en exergue une célèbre citation de Nietzsche, chiastique,
Quand on regarde au fond des abysses, les abysses vous regardent aussi.
(j'en avais proposé jadis une forme en contrepet: Quand tu mates l'abysse, l'abysse te mate aussi.)

  En ce mois d'octobre où j'écris ceci est paru en poche le second roman de Fabrice Papillon, Régression. J'avais commenté ici son premier, Le dernier Hyver, et avais manqué la première parution du second.
   Tiens, le roman a en exergue la même citation de Nietzsche, ainsi qu'une autre citation chiastique, du Sermon sur la montagne,
Ainsi les derniers seront les premiers et les premiers seront les derniers.
   Ces citations sont appropriées, car Jésus et Nietzsche interviennent dans l'intrigue, construite comme celle du Dernier Hyver. Un récit actuel est entrecoupé de chapitres situés dans un passé de plus en plus proche, dévoilant peu à peu un mystère remontant à la Préhistoire.
  Dans Le dernier Hyver, il s'agissait d'un complot des femmes pour échapper à l'emprise de l'Homme, ici il s'agit d'une résurgence des néandertaliens visant à éradiquer Homo sapiens, l'espèce qui bousille la planète à une cadence exponentielle... La femme était l'avenir de l'homme, maintenant c'est neanderthalensis qui est l'avenir de sapiens...
  Papillon s'est inspiré du cryptozoologue Bernard Heuvelmans, lequel intervient d'ailleurs dans l'intrigue et voyait les Yeti, Bigfoot, et autres, témoigner d'une survivance des néandertaliens. L'état de la planète provoque en outre une régression épigénétique qui réactive les gènes néandertaliens de sapiens...
  C'est un peu difficile à admettre, mais sympathique et plein de bonnes intentions. Les chapitres historiques, moins nombreux que dans Le dernier Hyver, montrent diverses personnalités, Homère, Socrate, Jésus, Rabelais..., avoir pressenti que le règne de sapiens n'était qu'une parenthèse dans l'histoire de l'humanité.
   Papillon a choisi de mettre en scène Jésus le 7 avril 30, jour de sa crucifixion, et je m'ébahis de cette coïncidence peu après avoir relu Le baiser de Jason, relu précisément parce qu'il était paru 730 numéros avant Le baiser de Qumrân, s'achevant sur la crucifixion de l'Essénien Yesu, sans précision de date.
  Papillon en profite pour introduire deux théories, le mariage de Jésus, et Le baiser de Qumrân fait partie des fictions inspirées par ce sujet, et le fait que Judas obéissait à Jésus en le "trahissant". J'en profite pour présenter un ignominieux document de mes archives, issu de L'Almanach du Pèlerin 1897, l'almanach du quotidien catholique La Croix:

  Une pleine page montre Jésus vendu par Judas (et le fameux baiser), Joseph vendu par ses frères, la duchesse de Berry vendue par Deutz, la France vendue par Dreyfus, et le personnage dire à son fils "Et toi, mon petit Jacob, qui vendras-tu quand tu seras grand?"
  En 1998, La Croix a condamné son ancien antisémitisme, mais un siècle était-il nécessaire pour ce mea culpa ?

  Les néandertaliens, je n'ai pas bien compris pourquoi, ont choisi de manifester leur renaissance par une série de meurtres commis dans des lieux liés à la préhistoire, Filitosa, en Corse, Beraton, en Espagne, Stonehenge en Angleterre... Les enquêteurs s'avisent que ces lieux forment un parfait triangle rectangle, et cherchent s'il correspondrait un lieu symbolique au quatrième sommet du rectangle... Oui, les Externsteine en Allemagne, et ils espèrent y arriver à temps pour contrer les tueurs, mais tombent entre leurs mains, et sont emmenés au Wewelsburg, à une trentaine de kilomètres.
  Le rôle des nazis est encore assez peu clair, je n'y insiste pas, interloqué par divers échos. Trois meurtres selon une figure géométrique en appelant un quatrième font évidemment penser à La mort et la boussole de Borges, et à son triangle cachant un losange. Queen en a repris le principe avec le carré de York Square dans L'adversaire (1963). Son roman suivant, Et le huitième jour... (1964), montre l'étrange communauté "essénienne" de Quenan dont le Maître est crucifié le 7 avril 1944, Vendredi saint, pour le meurtre deux jours avant de Storicai, anagramme évidente de Iscariot (Judas l'Iscariote). J'ai étudié ici comment ce 7 avril 1944 pouvait être la première date grégorienne offrant les mêmes conditions que le 7 avril 30.
   La secte de Quenan vénère le nombre 50, de même que les Esséniens, probablement parce que ce nombre est la somme des trois carrés consécutifs du triangle de Pythagore, tels que
32 + 42 = 52 = 25 (somme 50).
   Mon roman Sous les pans du bizarre mettait en oeuvre des meurtres aux trois sommets d'un triangle de Pythagore parisien, sous-tendus par une relation équivalente sur 5 entiers consécutifs,
102 + 112 + 122 = 132 + 142 = 365 (somme 730).
  Comme chez Borges et Queen, il se passait aussi quelque chose, d'un peu différent, au 4e sommet.

   J'ai étudié diverses coïncidences associées à la représentation de ces lieux ici et là.

   Par ailleurs, une de mes découvertes concerne deux châteaux triangulaires, le Wewelsburg, haut lieu du nazisme, et le château de Sisak, haut lieu de la résistance contre le nazisme. J'ai proposé la superposition ci-contre en un Sceau de Salomon, mais j'aurais aussi pu envisager le losange borgésien, ou le sablier ricardolien (il me vient que les lettres LS essentielles pour Ricardou ont pour atbash KB, du jeu biblique BBL-SSK qui m'a mené aux châteaux WeWeL-SiSaK).
  J'ai aussi envisagé d'associer les lieux des châteaux aux lieux d'apparition de crop circles triangulaires, ou à d'autres lieux symboliques. C'est ainsi que j'ai superposé le schéma de la Grande Ourse aux lieux choisis pour les raisons détaillées ici. Voici la figure d'alors augmentée du rectangle de Papillon.
  Je n'en déduis pas grand-chose, notant que j'avais utilisé aussi un lieu espagnol, le château triangulaire de Montalban imaginé par Sinoué au centre d'un Sceau de Salomon à l'échelle de l'Espagne.

   Papillon s'est inspiré des théories astronomiques sur Stonehenge pour imaginer que chacun de ses 4 lieux ait été un sanctuaire consacré au début de chaque saison, aux équinoxes et aux solstices. La sanctuarisation de ces lieux remonterait à une haute antiquité, et les sacrifices ritualisés y sont commis pour donner un coup de pouce à la transformation de l'humanité en cours...
...et ça semble marcher, un épilogue montre en 2036 une guerre civile tournant à l'avantage des néandertaliens.

  Si j'ai plus de mal à admettre la victoire des néandertaliens que celle des femmes dans Le dernier Hyver, ce roman me semble mieux maîtrisé que le premier, encombré par de vétilleuses descriptions de procédure policière.
   Je remarque particulièrement l'écho du triangle devenant un rectangle avec Sous les pans du bizarre, où les meurtres ont aussi un aspect calendaire lié à la propriété du nombre 365 vue plus haut. Lorsque les enquêteurs y découvrent que les lieux des meurtres sont les sommets d'un triangle rectangle, ils cherchent aussi où se situe le sommet du rectangle associé.
  J'avais calqué les modes opératoires des deux premiers meurtres sur ceux de L'Adversaire, d'Ellery Queen, or la digression ouverte par la lecture de Papillon a interrompu mes commentaires sur Le baiser de Jason au moment où j'allais en venir à Queen.

   Jason, c'est donc le commandant Yvan Seigner, et à première lecture j'avais noté
YVAN SEIGNER = 62 77, que j'avais rapproché de
ELLERY QUEEN = 77 62, d'autant que SEIGNER est l'anagramme de REGINES, "reines", queens...
  J'avais remarqué ici que le nom grec Jason est lui-même anagramme de celui-de son père, le roi Eson (Ἰάσων et Αἰσων en grec, soit IASON et AISON).
   Si comparaison anagrammatique n'est pas Eson, il est frappant que le patronyme Seigner dérive du mot "seigneur", comme "sieur", "sire", ce dernier substantif étant réservé au roi.
  Par ailleurs l'explication la plus raisonnable du nom Argine de la reine de trèfle est l'anagramme de regina, "reine". Ce pourrait être aussi la fille du roi mythique Argos. Le constructeur du navire Argo des Argonautes de Jason porterait le même nom.

   J'ai parlé plus haut du roman de Scalese et Thilliez, L'encre et le sang, dont le personnage principal est l'écrivain William Sagnier, dont l'éditrice a volé le manuscrit pour le faire paraître sous le nom de son amant, Jack Malcombe, et le roman est devenu un best-seller.
  La lecture de plusieurs Scalese m'a fait remarquer qu'il réemployait volontiers divers patronymes, et j'imagine qu'il a ici pu choisir Sagnier en se souvenant de Seigner dans Le baiser de Jason. SAGNIER, c'est l'anagramme de REGINAS, "reines" latines, et la machine à écrire sans G peut rappeler la perte de la lettre G en passant du latin regina à "reine".
   Je ne sais s'il existe beaucoup de romans où intervient une machine à écrire à laquelle il manque une lettre, mais c'est au moins le cas de L'arche de Noé, de Queen (1951, The Origin of Evil, dont j'ai parlé ici). Des lettres de menace sont dactylographiées sur une machine à laquelle il manque le T, ce qui leur confère un style étrange dont Ellery finit par trouver la raison.
  Les lettres G et T ont une particularité: si on répartit l'alphabet en deux groupes de 13 lettres, G et T en sont les milieux respectifs. Ceci a pour conséquence que dans les codages de substitution les plus courants, l'atbash et le rot13, le seul couple identique est GT.

  Sagnier ne vient pas de "seigneur", mais d'un mot occitan signifiant "lieu marécageux" (selon Dauzat, plus ici). Le mot "marécage" m'évoque diverses pistes, le vieux breton "ana", et plutôt ici l'espagnol "cienega", en remarquant l'anagramme CAGNIEE proche de SAGNIER.
  Je connais ce mot à cause de l'anecdote fétiche de Jacques Vallée, lequel enquêtait en 1975 sur l'Ordre de Melchizedek, selon lequel "Le Seigneur est un extraterrestre"...
  Vallée s'interrogeait sur les raisons poussant des groupes soucoupistes à se réclamer de Melchizedek. Le 21 février 76 il donnait une interview à la station KABC, 3321 S La Cienega Blvd, Los Angeles. Il prit un taxi pour s'y rendre et vit plus tard que le reçu du chauffeur était signé Melchizedek, un fort rare patronyme.
Note ultérieure: Il me paraît devoir préciser que la chose extraordinaire ici n'est pas que Vallée ait été pris en charge par le chauffeur Melchizedek, mais qu'il y ait eu un chauffeur nommé Melchizedek, un nom qu'il n'est pas le seul à porter. Sachant qu'il existe divers mouvements se réclamant de ce mystérieus personnage biblique, il était fatal qu'une personne s'intéressant à ces mouvements montât un jour dans le taxi de Melchizedek.
  Il y a des choses bien plus étranges dans le domaine de l'ufologie, et attestées par de multiples témoins. Si cette affaire Melchizedek est emblématique pour Vallée, c'est qu'elle lui est arrivée à lui.
 
  L'affaire devient vertigineuse, car si j'imagine que le nom Sagnier ait été choisi par Scalese, en écho à Seigner, il est fort envisageable que ce soit Thilliez qui ait choisi le nom de l'autre protagoniste, Jack Malcombe, en écho au cinéaste Jacques Lacombe du Syndrome [E] (2010), or Jacques Lacombe a beaucoup à voir avec Jacques Vallée.
  Comme je l'ai indiqué ici, Spielberg a choisi pour modèle de l'ufologue de Rencontres du troisième type le français Jacques Vallée, et il a souhaité qu'il soit incarné par François Truffaut.

  Il s'y nomme Lacombe, parce qu'une combe est une vallée, et se prénomme Georges, peut-être en hommage au réalisateur Georges Lacombe.
  Dans Le syndrome [E], Jacques Lacombe a réalisé dans les années 50 des films riches en effets spéciaux et messages subliminaux. Deux amis cinéphiles étudient son oeuvre, SZPILman et RotenBERG, ce qui semble une nette allusion à SPIELBERG.

  L'intrigue de L'encre et le sang est brouillonne, peut-être parce que les deux compères ont improvisé le récit du tac au tac. Lorsqu'il découvre la machine à écrire sans G réalisant tous ses voeux, William Sagnier s'amuse un peu puis tue Jack Malcombe et concocte un sort abominable à son éditrice. Dans le pénultième chapitre, Malcombe réapparaît. C'est en fait lui qui avait d'abord possédé la machine, avait découvert que celui qui s'en servait voyait sa santé se détériorer rapidement, et avait programmé le passage de la machine à Sagnier, se trouvant donc une marionnette dont Malcombe tirait les fils...
  L'arche de Noé est aussi une affaire de vengeance par procuration. Un certain Wallace retrouve vingt ans après Hill et Priam dont il entend se venger en toute impunité. Ceux-ci ont fondé une entreprise avec l'argent dont ils avaient spolié Wallace, lequel, entré incognito dans l'intimité de Priam, comprend que celui-ci se débarrasserait bien de Hill et lui souffle un plan complexe impliquant un message typographié à Hill. Le T de la machine de Priam est défectueux, mais Wallace incite Priam à passer outre, sachant que ceci l'accusera...
  Comme je l'indiquais ici, je soupçonne que Dannay décrivait à travers le duo Hill-Priam son duo d'écrivains avec son cousin Lee, et il est ainsi curieux de voir à nouveau un duo d'écrivains mettre en scène une machine à écrire à laquelle il manque une lettre, de plus dans une querelle entre deux écrivains...

  Le plan suggéré par Wallace fait intervenir l'évolution. Des animaux morts sont envoyés à Hill, selon la progression de l'évolution, poisson, grenouille, oiseau, chien... L'étape suivante est l'homme, et le coeur malade de Hill n'y résiste pas.
  Ceci m'a fait penser au roman de Papillon, et me demander si le mot "papillon" apparaissait dans L'encre et le sang. Oui, lorsque le mystérieux individu que Sagnier a repéré dans son sillage se dévoile et se révèle être Malcombe:
L’homme ôta son feutre, faisant voler des papillons de peau.
(c'est l'un des symptômes de la maladie qui frappe les utilisateurs de la machine)

  J'avais donc commencé ce billet avant la lecture du roman de Papillon, et j'avais rédigé quelques paragraphes sur un roman de Ellory que j'ai ensuite songé à écarter, avant de revoir le titre du roman! Alors voici ces paragraphes.

  Un hasard m'a conduit à lire l'introduction au premier roman publié de RJ Ellory, Papillon de nuit (2003). Daniel Ford doit être exécuté le 11 novembre 1982, il a été jugé en 1971 coupable du meurtre de Nathan Verney, début 1970.
  Alors Ellery Queen, c'est d'abord Frederic Dannay, né Daniel Nathan, mort en 1982, qui a écrit sous le pseudo Queen à partir de 1932 d'abord avec son cousin Lee, mort en 1971. Après être tombés d'accord sur ce pseudo, c'est Dannay qui a choisi le prénom Ellery en hommage à un ami. C'est un prénom dérivé de ell, "aulne", dont un autre nom anglais est alder, ce qui a été exploité au moins dans Le mot de la fin, se passant à Alderhall. Un autre nom français de l'aulne est le verne. J'avais songé à fonder une intrigue basée sur la mort de Jules Verne en 1905, l'année de naissance des cousins Ellery Queen.
  Le jeune blanc Daniel Ford, né en 1946, était l'ami du noir Nathan Verney, alors que régnait toujours la ségrégation en Caroline du Sud. Le récit suit l'actualité américaine, avec les assassinats des Kennedy, de Martin Luther King, la guerre du Vietnam, avec des témoignages donnant à entendre que la politique américaine est orchestrée dans l'ombre, rappelant les romans d'ELLROY (anagramme de ELLORY).

  Deux ou trois petites choses encore. J'ai retrouvé le nom Sagnier dans un autre roman de Scalese, Je l'ai fait pour toi (2018), pour un personnage très secondaire, Lilian Sagnier, dont le nom n'est cité qu'une seule fois. Le roman offre une dédicace possiblement "à double entendre":
A ceux qui comptent. Ils se reconnaîtront.
  Je me demande parfois si, à l'instar des néandertaliens de Papillon, des êtres hors du commun, surdoués du bulbe, ne se cacheraient pas parmi nous, se reconnaissant entre eux par divers signes. Toutefois les romans de Scalese, comme les premiers romans de Thilliez (il a fait des progrès), ne me semblent pas dénoter un tel génie.

  Deux ans avant Le syndrome [E], un personnage de L'anneau de Moebius est le physicien Jacky Duval, un nom qui comme Jacques Lacombe ou Jack Malcombe peut évoquer Jacques Vallée. Un autre personnage se nomme Noël Siriel, alors qu'un pseudo de Vallée est Jérôme Sériel.
  Ce roman explore l'hypothèse des mondes parallèles, comme Le sub-espace de Jérôme Sériel. Il pourrait s'adresser "à ceux qui comptent", car son héros Kismet ("destin" en turc) vit une boucle temporelle de 6 jours et 20 heures (6 et 20 rangs des initiales FT de Franck Thilliez). Il y intervient deux fois le nombre 101 (valeur de THILLIEZ), et le tirage gagnant du loto 4-5-19-20-9-14 (D-E-S-T-I-N).

  Ce billet étant le 305e de Quaternité, je lui ai trouvé un titre de valeur 305.

  L'évocation plus haut de l'enquête de Jacques Vallée sur les groupes soucoupistes se réclamant de Melchizedek m'a rappelé quelque chose. En novembre 2014, j'ai été conduit à ouvrir un livre débile qui calait une étagère, La 12e planète, de Zecharia Sitchin, et à être frappé par sa théorie que le mot hébreu SM devait être traduit "vaisseau spatial" plutôt que "nom". SM est aussi le nom du patriarche Sem, et je mentionnais dans le billet son identification par la tradition juive avec Melchizedek.
  Je n'avais pas songé alors aux groupes soucoupistes se réclamant de Melchizedek, j'en suis confus. Incidemment, dans ce billet où il est beaucoup question de rois et reines, melchizedek signifie "roi de justice" mais zedek désignera ultérieurement la planète Jupiter. Tiens, la 12e planète de Sitchin, Nibiru, pourrait en fait être Jupiter.
  L'un des arguments de Sitchin est le verset Gn 11,4:
Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.
  On comprend ici comment "vaisseau spatial" pourrait être adéquat pour SM, je n'y insiste pas. Il y a un résultat du "code biblique" que j'ai depuis longtemps l'intention de présenter, et en voici l'occasion.
  A partir du mot "sommet" de ce verset, en hébreu RAS, l'ordi trouve une ELS de 10 A, unique dans la
Bible (du moins dans le texte le plus courant).


  Ce résultat vient de cette page, où il est présenté comme découlant de la sainteté de la Bible.
  Comme j'ai eu déjà l'occasion de le dire, le code biblique ne peut avoir de pertinence que pour des passages bibliques n'excédant pas quelques centaines de lettres, or le saut dans la tour des 10 A est de 1850 lettres, bien au-delà de ce qui serait raisonnablement envisageable.
  Alors il s'agit d'un hasard, objectif ou non, significatif ou non, et l'incidence du mot SM peut donner lieu à commentaires, car ce mot est formé des deux lettres mères shin et mem, symbolisant le feu et l'eau. L'autre lettre mère est A, alef, symbolisant l'équilibre entre les deux.

  J'ai eu la curiosité de regarder s'il y avait d'autres ELS comparables, avec les lettres les plus courantes en hébreu. Il n'y a de résultat que pour Y, yod, soit une série de 11 Y avec un saut de 7120 lettres, et 5 séries de 10 Y, dont une avec un remarquable saut de 82 lettres, ce qui permet à l'ensemble des 10 Y d'apparaître dans le premier chapitre du livre de Jonas.
  J'évoquais dans ce billet Blogruz l'hypothèse que l'histoire de Jonas ait été inspirée par le mythe de Jason.

  Si j'ai lu Le baiser de Jason, c'est à cause du nom de l'auteur, Scalese, dont une autre forme est Scalesi, anagramme de Cassiel, nom associé à de multiples bizarreries. Cassiel est le nom de l'ange de Saturne, altération de l'hébreu Kafziel, dont la première forme a été Zafkiel, ÇPQYAL, (צפקיאל), étymologie inconnue, forme probablement calquée sur l'ange de Jupiter, ÇDQYAL, (צדקיאל), dont la racine est tout simplement Zedeq, Jupiter.

 

10.10.20

X seul a la forme de ce qu'elle désigne


  Le précédent billet m'a fait revenir sur L’art du X de Ricardou, et déroger à ma décision de publier un billet par mois cette année, à des dates jumelées. Celui de septembre aurait dû être publié le 9/9, mais il l'a été le 4/9, parce que c'était le 248e jour de cette année 2020, 2-4-8 étant les nombres fondamentaux de Ricardou, structurant souvent ses textes, notamment L’art du X, en 4 parties contenant 8 formes du sonnet exposant un X, 24e lettre.
  Il se trouve que le 10/10 est le 284e jour de 2020, et qu'une des nouveautés du précédent billet était que la première édition de L’art du X comptait 284 phrases codantes de 12 mots, tandis qu'une phrase manquait dans l'édition suivante, la plus accessible. J'avais rapproché ce 283+1 d'un 238+1 dans l’Art de la Fugue, et le 284e jour de cette année bissextile est aussi un 283+1.
  Il s'imposait donc de revenir à L’art du X, avec d'abord un clin d'oeil à l'actualité. N'en déplaise à notre monarque (pour lequel j'ai néanmoins voté), les Amishs s'intéressent à l'essentiel, témoin ce quilt des années 1880, repris dans le Quiltmania n° 139, paru début septembre.
  Et le 10/10, c'est aussi le X/X...

  Ricardou présente 8 formes d'un sonnet, où la mise en majuscules de certaines lettres forme des messages, d'abord en V, puis en V tourné d'un quart de tour,  >, puis en Y, Z, et les 4 dernières formes mettent en évidence le message essentiel en X ayant prévalu à l'écriture, en deux branches,
 X expose un sonnet qui s'oppose à / ses rêves en retournant  ses vers en sa croiX.
(c'est moi qui ai choisi de ne mettre en majuscules que les X initial et final).

  J'ai enfin compris que la seconde forme, en  >, correspond à un double V, un W qu'il était impossible de faire apparaître directement, alors que c'est une lettre essentielle pour Perec, auquel ce texte est un hommage. Une fois l'homologation envisagée, le texte qui accompagne ce sonnet la confirme, presque explicitement (C'est donc un V double, malgré soi, que l'on découvre).
  La "géométrie fantasmatique" de Perec concerne V qui se dédouble en W ou X, alors que Ricardou utilisait dès 1965 le dédoublement du triangle ▽ en un Sceau de Salomon, ✡, ou en un sablier, ⌛.
  On peut comprendre que Ricardou ait adjoint Y et Z par souci de symétrie, ainsi on a les 4 lettres qui encadrent X, VW puis YZ, avant les 4 formes en X. Il se trouve que la structure VWXYZ apparaît aussi chez Perec, mais elle n'était guère accessible en 1982, et n'a pu être établie qu'à l'aide des travaux préparatoires au recueil Alphabets, détaillée dans le Cahier Georges Perec 5 (1992) consacré aux poèmes hétérogrammatiques
  Alphabets est formé de 16 suites de 11 onzains, de 11x11 lettres, caractérisés par leurs séries de 11 lettres de base. Chaque suite comprend les 10 lettres les plus fréquentes en français, EAISTNRULO, que Perec range dans l’ordre ESARTINULO plus immédiatement prononçable, la 11e lettre caractérisant la suite étant l’une des 16 restantes. Perec a conçu une représentation particulière pour les 11 premières suites, en BCDFGHJKMPQ, formant un monument de 11x11x11x11 lettres, formé des 21 premières lettres de A à U, centré sur la 11e lettre, K. Une autre représentation est utilisée pour les 5 suites en VWXYZ.

  Ma propre étude a révélé des choses ahurissantes. Les répartitions de lettres choisies par Perec correspondent à des rapports d'or optimaux. Les 26 lettres conduisent ainsi au partage optimal 10-16, et la somme 351 pour ces lettres donne le partage optimal 134-217, qui correspond effectivement aux 10 lettres ESARTINULO et aux 16 lettres BCDFGHJKMPQVWXYZ.
  Le mot le plus abondant du recueil se trouve être "or", avec 59 occurrences ainsi réparties entre les suites:
   Les pics observés pour les suites en J, Q, X, m'ont permis de mettre en évidence des répartitions dorées du mot "or", entre les deux parties du recueil comme à l'intérieur de ces parties:
   Qui plus est, ces rapports sont fibonacciens, c'est-à-dire qu'ils sont à leurs niveaux les meilleures approximations possibles du nombre d'or. Le premier rapport, 55/34, est pondéré, et correspond à la moyenne par suite, soit
(25/5) / (34/11) = 55/34.
  Pour n'avoir que des nombres de Fibonacci, j'avais procédé à un petit accommodement pour obtenir 34/21 pour les suites VWX/YX, mais le rapport réel est
(18/3) / (7/2) = 12/7 qui correspond aussi à un partage doré idéal de la somme 19.
  J'invite à se reporter à l'étude pour plus de détails, mais il y a un point sur lequel je n'ai pas insisté. Les "or" du groupe VWXYZ sont donc en rapport d'or pondéré avec les "or" du groupe BCDFGHJKMPQ. A l'intérieur de ce groupe VWXYZ, les "or" de VWX (les lettres de la géométrie fantasmatique) sont en rapport d'or pondéré avec les "or" de YZ.
  Enfin, dans ce groupe VWX, les 8 "or" de X sont en rapport d'or pondéré avec ceux de VW, et il s'agit d'un rapport fibonaccien immédiat puisqu'il y a 5 "or" dans V comme dans W. Ce rapport 8/5 se retrouve dans la seule suite en X, puisque ces 8 occurrences couvrent 5 onzains.

  On pourrait encore voir des lectures immédiates de 55 et 34 autour de X dans les occurrences 5-5-8-3-4 de VW-X-YZ, 55/34 étant le rapport pondéré des "or" entre VWXYZ et BCDFGHJKMPQ.

  Pour Perec, X est "cette lettre devenue mot, ce substantif unique dans la langue à n'avoir qu'une lettre unique, unique aussi en ceci qu'il est le seul à avoir la forme de ce qu'il désigne".

  Il n'y a aucune trace d'une volonté d'architecture dorée dans les brouillons d'Alphabets. Je me suis limité ici à ce qui concerne le groupe VWXYZ et la lettre X, mais mon étude est bien plus riche. Je m'y suis limité à cause de l'écho avec L’art du X, où la forme en X du sonnet est privilégiée parmi les formes en VWYZ. Le billet précédent s'achève sur la mise en évidence d'une quadruple structure dorée dans la dernière forme du sonnet, une structure que je n'imagine guère avoir été intentionnelle.

  Je n'infligerai pas de calculs harassants pour tenter d'approcher l'extrême improbabilité de cette conjonction de "miracles":
- Perec, probablement à cause de son obsession pour le 11, répartit l'alphabet en deux séries de 10 et 16 lettres, dont les valeurs se trouvent être en rapport d'or.
- Toujours à cause de cette obsession, il structure ses 16 suites en deux séries de 11 et 5, ce qui devient pratiquement indécelable selon l'arrangement définitif des onzains dans le recueil, mais la répartition des "or" entre les deux séries forme un rapport d'or si idéal qu'on ne peut mieux faire.
- Le vertige se poursuit dans la série VWXYZ, et je ne vois pas comment la répartition des "or" dans chaque suite aurait pu être plus significative.
- Arrive Ricardou dont l'hommage à Perec ne concerne vraisemblablement que la "géométrie fantasmatique" des lettres VWX, mais qui y inclut YZ.
- Ricardou, probablement à cause de son obsession pour le 8, donne 8 versions de son sonnet, mais qui, avant moi, avait jugé crucial qu'il y eût 8 "occurrences de "or" dans la suite en X?
- La version finale du sonnet, L'ardu X, offre une quadruple structure dorée.

  Si je pense que les auteurs n'ont pas programmé ces diverses harmonies, chacun est libre d'envisager d'autres hypothèses. Après tout, Perec a évoqué à maintes reprises son intérêt pour le nombre d'or et les suites additives, et envisagé de les utiliser dans des textes à contrainte. Pour Ricardou, c'est plus diffus, et ma seule certitude est une phrase symétricologique débutant par "or" et finissant par "nombre".

  Je passe à autre chose. Il me semble significatif que les deux branches du X de L'ardu X couvrent 12 vers, du vers 1 au vers 12 pour la première, du vers 14 au vers 3 pour la seconde. Il faut quelque peu bidouiller pour aligner au mieux les majuscules formant ce X:
  Ceci est évidemment volontaire et peut avoir plusieurs motivations, par exemple 2 fois 12 font 24, rang de la lettre X.
  Plus sûr est le jeu 12-14, caractérisant le sonnet, appuyé par divers éléments, comme l'expression "chercher midi à quatorze heures". Le rendez-vous entre les protagonistes du récit est donné tantôt à 14 heures, tantôt à midi (ou minuit).
  Le texte débute par deux phrases en exergue, celle en 12 mots,
En ses calculs, que ce texte rende hommage au travail de Perec.
et une citation en 14 mots de Mallarmé, 
Sans doute l'un initial, l'autre final d'où arrêt net à X
  La citation est correcte, mais je n'ai pas le texte et ne comprends pas de quoi il s'agit.

  Incidemment, parmi les 16 suites d'Alphabets, les suites en V et X sont les 12 et 14.

  L'incertitude sur l'heure du rendez-vous me rappelle une autre incertitude sur l'heure d'une rencontre dans un café (ici plutôt un salon de thé), chapitre 31 de La Vie mode d'emploi, où le diplomate Sven Ericsson consacre sa vie à retrouver Elisabeth Beaumont. Il rêve qu’il aurait plus de chances « de découvrir Elisabeth en allant prendre le thé chez Rumpelmayer le lendemain à seize heures dix-huit minutes qu’en la faisant rechercher par quatre cent treize détectives. » Cette prémonition échoue, mais un de ses enquêteurs suggère à  Ericsson que, 413 étant l’inverse de 314, c’est à 18 h 16 et non à 16 h 18 qu’il aurait dû se passer quelque chose.
  J'ai consacré cette page à ce chapitre, le plus long du livre.

  Je me suis inspiré de ce passage pour composer un texte à l'occasion des 40 ans de Gilles Esposito-Farèse, en 2004, et j'y ai fait intervenir Bach et le nombre d'or, mes propres obsessions.
  Pourquoi Bach? parce qu'un personnage de Perec se nomme Charles-Albert Beyssandre, que ce nom a même valeur 236 que Gilles Esposito-Farèse, et que leurs initiales CAB et GEF sont aussi des notes, et des notes en rapport de quinte. Dans une fugue, un thème est obligatoirement repris à la quinte, et c'est notamment le cas du thème BACH de l'Art de la fugue:
  Pourquoi le nombre d'or, parce qu'il me semblait évident que le 16 h 18 de Perec était une allusion à 1,618..., l'approximation courante du nombre d'or, et parce que 236 appartient à une série additive construite à partir de cette approximation,
146-236-382-618-1000-1618-...
   J'ai donc composé un texte en 5 parties
- un extrait (très légèrement modifié) de La Vie mode d'emploi, en 146 lettres,
- un texte de mon cru en 236 lettres, en harmonie dorée avec les 146 lettres précédentes,
- exactement recopiés, les 22 premiers vers de Section dorée*, en 618 lettres, en harmonie dorée avec les 382 lettres précédentes,
- mon texte précédent réarrangé, toujours en 236 lettres,
- un autre extrait (très légèrement modifié) de La Vie mode d'emploi, en 146 lettres.

* de Régine Detambel, in Formules n° 6, selon laquelle ces 618 lettres sont un parfait hasard, comme la structure 8-5-8 des 21 vers précédant celui de la section dorée.

   Voici donc l'ensemble, comptant 1382 lettres, "nombre bachien". On peut le trouver ici, parmi l'ensemble du recueil composé pour GEF.
   Comme pour moi seul importait que le texte de Detambel ait 618 lettres s'achevant sur "section dorée",  il n'est pas indispensable de le lire (mais c'est un beau texte).
                                 MU

Il aurait davantage de chances de le rencontrer
en allant prendre le thé chez Rumpelmayer
à seize heures dix-huit
qu'en le faisant rechercher
par quatre cent treize détectives.

Charles-Albert Beyssandre fut à seize heures dix huit
le quinze février deux mille quatre
chez Rumpelmayer rue de Rivoli.
Il y patienta près de deux heures mais point ne se présenta
Gilles Esposito-Farèse,
alors il partit.
Il n'avait pas lu "La Vie mode d'emploi",
mais il avait lu "Section dorée" :

Dans n'importe quelle vapeur
des gouttes d'eau et des flocons
brandons dans la fumée
dans les fumerolles des cendres
ce que je sens est solide et liquide
le brouillard palpable
quelle buée se suspend
dans l'odeur du sexe des femmes ?

La poussière ne me nourrit pas
la boue n'est pas mon aliment
j'aspire aux vapeurs que tu me donneras
à travers tes membranes
quand tu t'assiéras sur ma bouche

Les ponts vers toi
jusqu'au lieu où dort le soleil
ont la largeur d'un poil
des chiens ne gardent pas les mâchoires de la terre
ton muscle est lisse et fort ton canal charnu
ton cartilage bien gorgé comme celui des femmes qui font l'amour
(et des enfants qu'elles poussent en s'activant)
et boivent du jus de persil aussi souvent qu'il le faut

Installe-moi dans ta section dorée

Gilles Esposito-Farèse fut à dix-huit heures seize
le quinze février deux mille quatre
chez Rumpelmayer rue de Rivoli.
Il y patienta près de deux heures mais point ne se présenta
Charles-Albert Beyssandre,
alors il partit.
Il n'avait pas lu "Section dorée",
mais il avait lu "La Vie mode d'emploi" :

PI, ou trois quatorze,
était évidemment l'inverse du nombre quatre cent treize,
c'est-à-dire le nombre des détectives :
c'est à dix-huit heures seize
qu'il se serait passé quelque chose.

   J'ai intitulé le texte MU parce que μ a pour valeur 40 dans l'alphabet numéral grec, et que les lettres MU dans notre alphabet ont les rangs fibonacciens 13-21.
  PI, π, a la valeur 80, et 40-80 m'évoque aujourd'hui le jeu 4-8 cher à Ricardou. Le précédent billet m'amenait à rapprocher L’art du X, pour ses 283+1 phrases selon l'édition, de l'Art de la fugue, avec les 328+1 mesures de la dernière fugue, inachevée.
  MU forme un chiasme, un X, avec ses parties 1 et 5, 2 et 4, symétriques par rapport à la partie centrale.

  Puisque j'aborde mes compositions, l'imperfection de la représentation du X, comme des autres lettres, m'a donnée envie d'essayer une représentation idéale, avec des vers isocèles.
  La forme en > m'a semblé la plus appropriée, et j'ai choisi d'évoquer Bach en paraphrasant le sonnet de Ricardou:

BACH Expose un sujet, il suppose une fugue
où s'eXPOSE son nom pour motiver les choix
la raison d'UN SUJet inspiré nous subjugue
en tissant le secrET, IL transmute la voix
d'un diable musicien, ce SUPPOt y conjugue
son contrepoint, avec en réponSE UNE croix
que révèle la fin, voilà l'art de la FUGUE
voulu par le Cantor, maître du tonal CHOIX
Si bémol la do si, faut détachER LES notes
pour souligner l'exploit MOTIVé par le nom
il y faut un summuM POUR unir les menottes
à cet épuré SON NOus liguons telle strette
là s'eXPOSE sans fard la frappante oraison
OU S'Entend à jamais une antienne parfaite


  Les deux premiers vers sont repris dans les majuscules formant un >.
  C'est loin de me satisfaire pleinement, mais du moins la contrainte est réalisée. Il y a d'abord eu un premier jet, et la valeur obtenue était si proche de 6048, la valeur du sonnet Bach en acrostiche d'hémistiches donné dans le précédent billet, qu'une légère modification m'a permis d'atteindre ce total. 6048 est un multiple de 14, de 12, mais ça ne va pas plus loin, alors que cet autre sonnet avait 504 lettres (6048=12x504), et une césure d'or remarquable.

  J'ai composé un autre sonnet en acrostiche d’hémistiches également inspiré par le X ricardolien:
Ricardou nous l’explique, en sa verve prolixe,
au terme d’une croiX on distingue une croix.
La lettre est identique à ce qu’on cache, on ixe,
en ses divers aspects, nous en avons le choix.

A l’envers ou l’endroit, ce licencieux suffixe,
confirmant nos respects, peut dédoubler sa voix,
croiX est une croicroiX, quand un reflet se mixe,
Ricardou nous l’explique, au terme d’une croiX.

La lettre est identique en ses divers aspects,
à l’envers ou l’endroit, confirmant nos respects,
croiX est une croicroiX, Ricardou nous l’explique.

La lettre est identique à l’envers ou l’endroit,
croiX est une croicroiX, la lettre est identique,
croiX est une croicroiX, croiX est une croicroiX.

  Je l'ai modifié pour parvenir à une version isocèle, avec diverses contraintes numériques inspirées par les nombres fétiches de Ricardou, 2-4-8 :
- 124 mots
- 548 lettres
- valeur totale 7056, soit 842, 84x84
- c’est un sonnet, de 84x2 pieds
- chaque vers occupe 48 espaces
- le sonnet compte 48 O et 48 I, lettres fétiches de Ricardou

Ricardou nous l’indique, en son discours prolixe,
au terme d’un mot croix, s’introspecte une croix.
La lettre est identique, à ce qu’on cache ou ixe,
en ses nombreux aspects, nous en fuyons le choix.

A l’envers ou l’endroit, ce croustillant suffixe,
sextuplant nos respects, vient dédoubler sa voix,
croiX est une croicroiX, quand un reflet se mixe,
Ricardou nous l’indique, au terme d’un mot croiX.

La lettre est identique, en ses nombreux aspects,
à l’envers ou l’endroit, sextuplant nos respects,
croiX est une croicroiX, Ricardou nous l’indique.

La lettre est identique, à l’envers ou l’endroit,
croiX est une croicroiX, la lettre est identique,
croiX est une croicroiX, croiX est une croicroiX.



   Incidemment, le billet de juillet m'a fait évoquer la suite en X, et son dernier onzain,, s'achevant sur
Or lu: or sintaxe
qui m'avait paru significatif dans mon étude d'Alphabets.

  Aujourd'hui, je m'avise que les deux mots apposés aux "or", numéros 7 et 8 dans la suite en X, débutent par les lettres LS, essentielles dans La prise de Constantinople, et dont Ricardou a vu après coup les formes (renversée pour L) associées aux chiffres 7 et 8.

  Peu après avoir découvert le jeu diagonal dans la table des Lieux-dits, ces jeux diagonaux étant nommés "bathmostiches", je me suis avisé que BATHMOSTICHE était un mot de valeur 123, comme GEORGES PEREC.  Ceci m'a fait composer cette grille avec les deux expressions en bathmostiches :

B E L L E C R O I X A G
L A N E R D A N S C E S
L E T T R E S G R O S S
I E S H E X A G R A M M
E S I M M E R G E S E N
Q U E L N O E U D D O U
B L I M A S S A C R E E
S T O M P A N T S A N S
E R R E U R B H I M A L
E G R I S A T T A C R A
N E E T F A I T E C H E
C A T O U R A B O L I E


   Voir sur le billet en question le quatrain associé dont je ne suis pas fier, mais il y a des curiosités complémentaires.

  Ce billet est le 304e de Quaternité, et je lui ai trouvé un titre de valeur 304 inspiré de Perec, et de Ricardou, car dans les différentes formes du sonnet, le pronom du 1er vers oscille entre "il" et "elle".
  304, c'est 4 fois 76, valeur de GEORGES, et je me suis demandé quel était mon billet 188, 4 fois 47, valeur de PEREC. C'est Whispering, du 30 juin 2015, évoquant d'abord la série The Whispers, dont le premier épisode était intitulé X marks the spot... En français, c'est devenu Un ami qui vous veut du mal, mais le 4e épisode, originellement Meltdown, est devenu X: le repère.

  Je ne peux que conseiller de lire ou relire ce billet très riche.


4.9.20

gaLaXies douze vingt-quatre


  Je me suis avisé le 12 août que j'avais commis une erreur dans le dénombrement des phrases codantes de L'art du X, texte de Ricardou composé en hommage à Perec, après sa mort le 3 mars 82, principalement étudié ici.
  Le texte en 4 parties présente 8 formes d'un sonnet offrant divers codages en majuscules, tous apparents dans la dernière forme, intitulée L'ardu X, 
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
JOUer POur une lettre au terme d'une CROIX,
TEnir et S'Exalter aux vertus de SA né-
CESsaire désUNion hors la strophe. EN l'étroit
MOT Si clos, il tend SON chemin VERS les sommets.
EN oblique ascendante, NETs, SES vers abymés
COupent la ligne au tourNANT QU'Inflige le trois:
LONg tissage alenTOUR, qui asSOuplir saura,
NEuf jusqu'en le REdit de ses aPPOgiatures,
ET le verbe EN ses rêts, et le texte à SErrure!
PUIS le VEStige sûr d'un accent sur le À!
CES RÊves? Il les obtient par abracadabra.
SES sens? Il les détient par effet d'écriture...
  Le reste du texte est entièrement formé de phrases de 12 mots, contant une rencontre galante dans un bar, le Midi-Minuit. Ces phrases contiennent des "mots de passe", parfois en italique, la règle du codage étant exposée dans la partie IV:
  Tout réside dans le mot initial de la première phrase, dit-elle. C'est par lui que commence le développement de la règle secrète. Ainsi la suite se trouve dans le deuxième mot de la seconde phrase. De proche en proche, il ne reste plus qu'à faire avec.
  Le décodage des 149 phrases en romain des parties I à III donnent 118 mots du sonnet final L'ardu X, puis les 17 mots du grand X formé par les majuscules,
 X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant  ses vers en sa croix.
puis les 14 mots initiaux de chaque vers, livrant la lecture en colonne
X ajoute ces mots en colonne et puis cesse.
 Il y a aussi 40 phrases en italique dans la partie I, codant pour le début du sonnet, en deux vagues de 17 et 23 mots.
  Et enfin 95 phrases dans la partie IV, codant pour les 8 phrases du paragraphe ouvrant la partie I, avec une subtilité puisque ces 8 phrases comptent 96 mots. Ce paragraphe est un texte pouvant se suffire à lui-même, il code pour le premier vers du sonnet.
  La première version de 1983 est accessible en ligne. Je conseille de s'y reporter chaque fois que nécessaire.
  
  J'avais commenté diverses anomalies dans L'ardu X, ambigument le RICARDOU, mais un décompte erroné des phrases ne m'avait pas permis de voir l'éventuelle interprétation de l'une, l'absence d'une phrase codant pour le 83e mot du sonnet, "ET" ouvrant le 11e vers. Les mots 82 et 84 sont codés par ces phrases, vers la fin de la partie II
Dès lors, je me suis voulue attentive aux appogiatures : avant et après. Dessous, je lis « tournant » ; dessus, je vois « vers » : voici donc le signe.  
où j'ai mis en italique les mots de passe, aux positions 9 et 11, soulignant qu'il ne s'agit pas d'une simple inadvertance dans le codage. Il devrait y avoir une phrase intermédiaire avec le mot "et" en position 10 (X?), mais il n'y a pas de rupture dans le discours, le début du paragraphe évoquant le 7e vers, les mots "tournant" et "vers" étant aux vers 8 et 6.
  Les "appogiatures", 82e mot du sonnet, ce sont des notes écrites en plus petit que les notes auxquelles elles sont liées, et dont la durée n'est pas prise en compte dans la mesure. 
  L'intentionnalité semble assurée, car la partie III est calquée sur la partie II, pratiquement phrase à phrase, si ce n'est que le V du sonnet L'art duvet, d'abord vertical (V), est tourné d'un quart de tour dans la partie III (<). Ces deux parties presque identiques, certaines phrases étant exactement les mêmes, codent cependant pour des textes très différents, les positions des mots de passe n'étant pas les mêmes.
  Aux deux phrases ci-dessus correspondent celles-ci:
Dès lors, attentive aux lignes qui se coupent, j'observe les appogiatures. Dessous, je lis « tournant », et, même, « retour », le long du vers suivant.
  Ce paragraphe code pour les premiers mots des vers du sonnet, et il s'achève sur la phrase codant précisément le "ET" ouvrant le 11e vers:
L'ordre droit, puis symétrique, de chaque vers, offre syllabes et mots.
Il faut aussi prêter attention à l'expression "avant et après", juste avant le manque: c'est précisément un "ET" qui manque.
  Alors voici ce que j'ai vu "avant ET": 122 phrases codantes, plus éventuellement une autre phrase de 12 mots, en exergue
En ses calculs, que ce texte rende hommage au travail de Perec.
  En tout, 123 phrases, correspondant à la valeur du destinataire de l'hommage, selon les rangs alphabétiques, de A=1 à Z=26,
GEORGES PEREC = 76+47 = 123.
   
  Puisque le codage débute logiquement à la position 1, considérer la phrase en exergue comme faisant partie du code donnerait la position 12 pour le "mot de passe", soit "Perec".

  Sans compter la phrase en exergue, il peut aussi être significatif que la phrase manquante soit la 123e du texte, allusion au disparu dans l'oeuvre duquel était essentiel l'omission d'un élément, l'absence de E dans La disparition, l'absence d'un chapitre dans La Vie mode d'emploi, l'absence du dernier "vers" de la dernière strophe du compendium dans son chapitre 51, un vers qui aurait débuté par la lettre E.
  Je rappelle que ce compendium est formé de 3 strophes de 60 vers, chaque vers comptant 60 espaces typographiques, permettant de lire en diagonale 60 A, 60 M, et donc seulement 59 E pour la dernière strophe.

  C'est le même principe qui a guidé L'art du X, mais avec des mots au lieu de lettres, avec le nombre 12 au lieu du nombre 60, ces nombres étant les deux subdivisions du cadran de l'horloge. Il y avait 60 mots de passe indiqués par la typographie dans la première édition de L'art du X, 51 en italique dans les phrases en romain (possible allusion au chapitre 51), et 9 en romain dans les phrases en italique.

   Il faut peut-être aussi regarder ce qui se passe "avant et après" "ET" dans le sonnet qui compte 119 mots. Le "ET" correspondant à la phrase manquante partage les 118 mots restants en 82-36, des nombres qui peuvent évoquer la vie de Perec, de (19)36 à (19)82.
  A noter que "avant et après" achève la 122e phrase, avant la 123e où était attendu le mot de passe "ET". La réelle 123e phrase demande d'examiner ce qui se passe d'abord dessous, puis dessus,
Dès lors, je me suis voulue attentive aux appogiatures : avant et après. Dessous, je lis « tournant » ; dessus, je vois « vers » : voici donc le signe. 
  Faut-il comprendre d'abord 36, puis 82 ?

  Il peut y avoir davantage, car 119 et 284 permettant ces harmonies peuvent être des "nombres ricardoliens".
   Il a déjà été vu que les "nombres fondamentaux", 4 et 8 lettres de JEAN RICARDOU, somme 12, rapport 1/2, semblaient amplement convoqués avec les 8 formes du sonnet d'alexandrins, les 4 parties du texte, les phrases de 12 mots, Midi moitié de Minuit, mais il convient encore de constater que les chiffres de 284 sont ces nombres fondamentaux 2-4-8 qui composent les numéros de téléphone de Communications, et que
JEAN RICARDOU = 30+89 = 119,
selon l'alphabet usuel. J'ai déjà indiqué que Ricardou pouvait avoir recours à un système particulier, où O vaut zéro, et où les lettres suivantes sont diminuées d'une unité, mais ceci ne l'empêchait pas d'utiliser aussi le système classique, surtout s'il avait repéré l'usage qu'avait pu en faire Perec, avec les titres des premier et dernier chapitres de La Vie mode d'emploi,
DANS L'ESCALIER, 1 = 123;
BARTLEBOOTH, 5 = 123.
  Tiens, dans son système,
RICARDOU = 71,
et 284 = 4 fois 71.
  Il ne s'agit que d'hypothèses, mais pour rendre compte d'une bizarrerie manifeste, l'absence d'une phrase codée correspondant au 83e des 119 mots du sonnet, à laquelle pourrait être liée une autre bizarrerie, l'absence dans la partie IV d'une phrase codant pour le 74e des 96 mots du premier paragraphe du texte.
  J'avais compté l'an dernier 94 phrases codantes dans cette partie IV, mais je viens de m'apercevoir que ce n'est vrai que dans l'édition de 1988, une phrase de l'édition originale de 1983 ayant manifestement été perdue, avec d'ailleurs une remarquable coïncidence. Les mots de passe non directement codés sont dans l'édition de 1988 deux "il" des phrases 6 et 7 du texte,
Quatorze heures, à présent, il suppose, car les aiguilles forment un V. Vite, il évite le croisement, et, un instant, il lève le regard.
  L'omission du second "il" est explicitée par la phrase codant pour "vite":
Oublie-le vite : avec, en même temps, ce « il » bien trop redit.
Note du 12/6/21: Ce n'est qu'aujourd'hui que j'entrevois une possibilité d'explication à cette 73e phrase codant pour deux mots. Perec s'est imposé une quarantaine de contraintes à remplir pour chaque chapitre de La Vie mode d'emploi, et a décidé que chaque contrainte serait doublée pour un chapitre significatif pour lui, le chapitre 73. Eh bien Ricardou a doublé dans sa phrase 73 la contrainte qu'il s'était imposée.

  J'avais imaginé une subtile astuce pour l'omission du premier "il", lequel serait arrivé en 7e position de la 65e phrase de la partie IV, car après la 64e phrase vient la 6e version du sonnet, débutant par
                       Ars dux

X impose une règle. Il suppose un sonnet
où "il" est précisément le 7e mot. Mais après ce sonnet, il y avait dans l'édition de 1983 cette phrase, ou paragraphe
  - Mieux, même : j'aimerais dire qu'il est trop clair, le message :

X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant ses vers en sa croix.
où "il" est bien en 7e position. Il y a ici au moins un double hasard, deux "il" n'obéissant pas au codage normal dans l'édition 1988, et la possibilité de trouver le premier malgré l'oubli de la phrase le codant...
  Minutieux comme il l'était, Ricardou manquait néanmoins parfois de vigilance.
 
  Il manque donc une phrase codante pour les deux textes clés codés, les 119 mots du sonnet et les 96 du premier paragraphe.
  Restent 118 et 95, significatifs pour le perecquien, notamment en rapport avec le thème XW, car ce sont les valeurs de BARTLEBOOTH et WINCKLER, les deux principaux personnages de La Vie mode d'emploi, liés par une obscure rivalité, conduisant à la vengeance posthume de Winckler, la mort le 23 juin 1975, à presque 8 heures du soir, de Bartlebooth, aveugle, devant un puzzle presque achevé, dont le dernier emplacement vide a la forme d'un X, alors que la pièce dans la main de Bartlebooth a celle d'un W.
  Rien ne semble expliquer la raison de la vengeance de Winckler, de même qu'on ne sait pourquoi un autre Gaspard Winckler tue son employeur dans Le Condottière; diverses confidences suggèrent un problème avec le Père, avec l'autorité familiale plutôt puisque Perec a à peine connu son père, mort le 16 juin 40. Ce père, Icek, avait pour prénom français André, que Perec associait au X, via la croix de Saint-André (on peut penser aussi à l'anagramme Ikce).

  Il y a des chances que Ricardou se soit inspiré de cette fin marquante de La Vie mode d'emploi pour composer ses sonnets qui ont deux formes principales, en V et en X, le W étant deux fois cité: pour le sonnet en Z, qui est dit appartenir "aussi aux lettres qui font W."; la forme suivante, la première en X, est d'abord suggérée devoir être régie par W. Deux V se succèdent dans les phrases 6-7 du paragraphe initial, le "V" final et celui de "Vite" codé par la 73e phrase de la partie IV qui code aussi pour le "il" qui suit. En partant de la fin, cette phrase au double code serait la 23e, rang du double V.

  J'avais déjà remarqué la répartition en voyelles et consonnes de Bartlebooth,
AAEOO - BRTLBTH = 36-82,
la même répartition déterminée pour les mots du sonnet autour du "ET", remarquable car Perec a emprunté à divers auteurs des patronymes tels que Aronnax, Montalescot. Dans l'index leur sont donnés les vies (1828-1905) et (1877-1933) correspondant aux auteurs revisités, Verne et Roussel, ainsi j'imagine volontiers un index où figurerait
Bartlebooth (36-82).
   Tiens, en espagnol:
VIDA = 36 et MUERTE = 82.

  L'écriture de ce billet m'a fait découvrir un autre point. Ce dernier chapitre de La Vie mode d'emploi, numéroté 99, mais qui aurait été le 100 si Perec n'avait omis le chapitre 66, se termine par 6 paragraphes débutant tous par une phrase presque identique, un procédé cher à Ricardou. Le dernier paragraphe est
  C’est le vingt-trois juin mille neuf cent soixante-quinze et il va être huit heures du soir. Assis devant son puzzle, Bartlebooth vient de mourir. Sur le drap de la table, quelque part dans le ciel crépusculaire du quatre cent trente-neuvième puzzle, le trou noir de la seule pièce non encore posée dessine la silhouette presque parfaite d’un X. Mais la pièce que le mort tient entre ses doigts a la forme, depuis longtemps prévisible dans son ironie même, d’un W.
23 juin, 8 heures, ou encore 23/6, 8:00, toujours les chiffres 2-3-6-8, et sur un cadran de téléphone ils correspondent aux lettres C-E-N-T, 100, le carré 10 par 10, ou X par X, ayant présidé à la construction de la monumentale oeuvre perecquienne.
  Puisque les chapitres y sont numérotés en chiffres romains, on aurait eu, pour celui signifiant la mort du PERE, C.
  As simple as A, B, C, comme disent les Anglais, mais il n'est pas du tout certain que Perec ait pensé à cette lecture du 23/6, 8:00, car c'est le jour et l'heure où il a rencontré, en 1975, celle qui allait être sa compagne jusqu'à la fin de sa vie.

  Je ne sais si en 82 la raison du choix du 23 juin 1975 était aisément accessible, toujours est-il que Ricardou a aussi construit L'art du X à partir d'un événement biotextuel similaire. Une étudiante avait souhaité le rencontrer; il lui donna rendez-vous dans un café, où elle devait afficher ostensiblement La prise de Constantinople, devenu "Codex" dans L'art du X; ils développèrent ensuite une relation qui ne s'interromprait qu'avec la mort.

  Dans La prise de Constantinople, les triangles pointe en bas ▽ et pointe en haut △ marquant les chapitres y sont aussi superposés en un Sceau de Salomon, ✡, symbole de totalité. Dans L'art du X, la couverture du Codex est dite montrer les triangles superposés en un sablier, ⌛, mais il est probable que ceci était déjà implicite dans le roman de 1965, et expliquait le choix de ces triangles, car LE SABLIÉ est la parfaite anagramme des 8 lettres ISABELLE qui interviennent de multiples façons dans les récits imbriqués, de même que les initiales LS.
  Ricardou avait sa propre "géométrie fantasmatique" à base de V dédoublé.

  Le jeu numérique peut se poursuivre. S'il est intentionnel que le 123e mot de passe soit omis, et qu'il faille considérer l'écart d'une unité des nombres de mots des deux pièces de bravoure, les 96 mots du premier paragraphe et les 119 du sonnet, on constate que
95+118 = 213, réarrangement de 123 qui n'est pas quelconque, car le texte compte
284 phrases codantes, 4 fois 71, parmi lesquelles
213, 3 fois 71, codent pour le premier paragraphe et le sonnet,
restent 71 pour les 40 phrases en italique, dont le nombre pouvait être ajusté sans difficulté, les 17 et 14 codant pour le message en X du sonnet et ses mots initiaux de chaque vers, en rappelant que, selon son système,
RICARDOU = 71.
   Les 17 phrases codant le X peuvent aussi correspondre à R, initiale de Ricardou (dans le premier texte du recueil, Le lapsus circulaire, les lettres R-U-T sont dites avoir pour corrélats dans l'alphabet 17-20-19). Je fais cette remarque après coup, mais, après coup aussi, Ricardou voyait la dernière colonne de sa grille des Lieux-dits, ETEXRTSX, se réarranger en TEXTES, X, R, soit le divers genre d'écrits convoqués dans ce roman, "l'allusion à leur osmotique croisement", et enfin l'initiale de l'auteur dont les 8 lettres du nom ont fourni la base numérique de l'ensemble.
  Aussi bien 17 que 71 mènent à 8 par l'addition des chiffres, ce qui pourrait d'ailleurs être une raison du choix de ce système. Ricardou avait lui-même procédé à l'opération à partir de sa date de naissance, le 17 juin 1932:
Si l'on ajoute les deux chiffres du nombre 17, on obtient une valeur de huit. Si l'on compte les lettres du mot "juin", on en découvre quatre.
in Le théâtre des métamorphoses (1982)
  Les 40 phrases en italique se répartissent en deux vagues, la première codant pour les 17 mots des deux premiers vers de l'ultime avatar du sonnet, L'ardu X,
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
un ensemble cohérent donc, alors que la seconde vague code pour 23 mots de la forme jumelle, mais ne correspondant à aucune des 6 variantes proposées en clair,
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au sexe dédié s'il fait subir l'émoi,
Jouir pour une lèvre, ou bien
et s'interrompant brutalement au cours d'un vers.

  Si ceci peut s'accorder avec l'idée que Ricardou ait calibré les phrases en italique pour avoir le partage 82-36 des mots du sonnet avec l'omission de la phrase 123, d'autres lectures sont envisageables, par exemple en considérant que 23 est la valeur de X dans le système ricardolien (et de W dans l'alphabet usuel!). 
  Les 68 phrases de la partie I peuvent ainsi trouver une harmonie interne avec
- 23 phrases en romain codant pour les 23 premiers mots du sonnet "textuel" (avec au terme de ces mots "terme"!);
- 8 phrases en italique codant pour le premier vers de ce même sonnet;
- 2 phrases en romain codant pour les mots 24-25;
- 9 phrases en italique codant pour le second vers du sonnet;
- 3 phrases en romain codant pour les mots 26-27-28;
- 23 phrases en italique codant pour les 23 premiers mots du sonnet "sexuel".

  A remarquer les 2+3 phrases intercalaires en romain qui peuvent aussi signifier 23. Il est aussi possible de faire intervenir l'hommage à Perec en exergue, lui aussi en italique, pour envisager des formes 1-23...

  A noter encore que 28 et 63 phrases en romain codent dans les parties I et II pour les 91 premiers mots du sonnet, dont l'absence d'un vers codant suppose un partage 82-36, ai-je besoin de souligner l'écho avec 28-63?

  Bref, il semble présomptueux de prétendre retrouver les intentions de Ricardou, d'autant qu'il a pu être conscient des liens entre diverses possibilités et les exploiter, d'autant qu'il a pu songer à des équilibres qui m'échappent. Comme le dit l'une des phrases du texte, la 70e, sinon la 71e (!) en comptant l'exergue,
Le subreptice, à s'exalter, conduit au labyrinthe, voire à l'hermétique.
  J'ai mis deux mots en italique, car la phrase revient à l'identique 63 phrases plus loin (c'est d'ailleurs la seule phrase strictement identique dans les parties II et III).

  Je suis cependant certain que les différentes anomalies de L'Art du X ont des motivations profondes.

  Les circonstances qui m'ont conduit à revenir à ce texte valent d'être contées, et recomptées.
  Je suis depuis près de 20 ans membre de la liste Oulipo, où quiconque peut partager son intérêt pour la littérature à contraintes, et accéder à ses archives.
  Un colistier, Gef, a proposé récemment de nouvelles contraintes. L'Oulipo avait envisagé le sonnet irrationnel, 14 vers en 5 strophes, 3-1-4-1-5 (les premiers chiffres de Pi), mais Gef a proposé d'autres formes de néo-sonnets, parmi lesquelles un sonnet BACH, en 2-1-3-8 vers, le 30 juillet (Bach est supposé avoir parsemé son oeuvres d'allusion à son nom, formé de 4 notes selon la notation allemande).
  Je l'avais félicité, en lui signalant que j'avais débuté jadis une forme semblable en hommage à Bach, mais avec de telles contraintes que c'était resté en plan.
  En juin, Gef a aussi proposé l'acrostiche d'hémistiches, tel que les 7 derniers vers d'un sonnet peuvent aussi se lire dans les premiers hémistiches de ses 14 vers, ce qui donne une forme apparemment lourdingue, où un hémistiche revient 5 fois, dont 3 fois dans les deux derniers vers. J'ai applaudi sa première tentative, On dit que je radote, en me disant qu'il avait exploité la seule voie possible pour une contrainte aussi répétitive, mais d'autres sonnets sont venus, prouvant que j'avais tort, de Gef comme d'autres colistiers, Noël Bernard qui a su illustrer un récent fait divers, Pierre Lamy qui a proposé une dizaine de sonnets...

  J'ai aussi eu quelques idées, et composé quelques sonnets sur ce principe, mais voici ce qui motive cette digression. Le matin du 11 août, Pierre Lamy adapta la contrainte à un sonnet irrationnel.

  J'eus aussitôt l'idée de faire de même avec un sonnet BACH, et voici ce que je postai deux heures plus tard
Oyez cette leçon, l’exquis Art de la Fugue,
Ce testament suprême où le Cantor subjugue.

Avec ses douze sons d’un thème judicieux,

Bach dévoile son nom aux ultimes mesures.
A chaque fois on l’aime, en se lassant un peu,
Et puis au quatorzième on comprend la gageure.

Il revient le Grand Thème, en strette, à l’unisson,
Oyez cette leçon, ce testament suprême,
Avec ses douze sons, Bach dévoile son nom.
A chaque fois on l’aime, et puis au quatorzième,
Il revient le Grand Thème, oyez cette leçon.
Avec ses douze sons, à chaque fois on l’aime !
Il revient le Grand Thème, avec ses douze sons,
Il revient le Grand Thème, il revient le Grand Thème.

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Le 14e et dernier Contrepoint de l’Art de la Fugue est une fugue quadruple, à 4 thèmes d’abord exposés séparément, puis superposés. Le 3e thème débute par les notes BACH, valides dans la notation allemande. Curiosité, l’exposition de ce thème BACH s’achève à la mesure 1685 de l’ensemble des 14 fugues, ce qui correspond à la date de naissance de Bach.
Hélas ce Contrepoint 14 ne compte que 238 mesures complètes, et 1 inachevée, sa fin ayant été perdue, une fin où il est certain que le Grand Thème, qui n’était exploité sous sa première forme en 12 notes que dans les sept premiers contrepoints, se superposait aux 3 thèmes précédents.
Il est fort possible que la fugue finie aurait conduit au total 1750, année de la mort.
Certains suggèrent que l’inachèvement aurait été volontaire, pour faire apparaître 2-1-3-8, B-A-C-H, par les 238+1 mesures.
  Le Grand Thème est le pivot de l’Art de la Fugue, il a 12 notes dans sa première forme, mais sa principale variante a 14 notes. Ceci m'a rappelé l'expression "chercher midi à quatorze heures", employée par Ricardou dans L’art du X pour évoquer le sonnet, en 14 vers de 12 pieds. Je me suis soudain demandé si, parmi ses phrases de 12 mots, il y en avait de 60 lettres, puisque 60 était aussi convoqué dans le texte, avec 60 mots de passe signalés par la typographie.
  J'avais compté 282 phrases l'an dernier, en numérotant à part les phrases en romain et celles en italique, et je me suis vite aperçu que j'avais donné le même numéro 21 à deux phrases en italique, en changeant de page, et il y avait ainsi 283+1 phrases dans L’art du X, avec l'exergue, ce que je découvrais le jour même où j'avais posté le message parlant des 238+1 mesures du Contrepoint 14.
  J'ai passé bien plus de temps sur Révélations minuscules, la préface aux deux recueils de nouvelles parus en 1988, où j'ai dénombré 329 phrases, analysées une par une, pouvant constituer un 328+1, car une seule de ces phrases, donnée dans mon billet d'avril, n'obéissait pas à la symétricologie gouvernant le texte, ou du moins je n'ai pas vu comment elle pouvait y obéir, alors que j'ai trouvé quelque chose pour chacune des 328 autres phrases, sans d'ailleurs être toujours sûr que ma solution était celle envisagée par Ricardou, tant il y a de variantes du procédé.

  Ceci semble dépasser les limites de l'interprétation, mais c'est ce qui m'intéresse au premier chef, et Bach est pour moi emblématique en ce domaine J'y ai consacré beaucoup de pages sur mon ancien site, et je remets en ligne aujourd'hui cette page consacrée à Kunst der Fuge, le titre choisi par Bach, en 12 lettres comme il y a 12 notes dans le Grand Thème, et il y a d'autres adéquations.
  Il y a peu, j'ai estimé qu'une de ces pages, consacrée aux "signatures" 21-38, avait sa place sur Quaternité, et je l'y ai publiée juste après mes billets sur L'art du X, avec quelques ajouts. Il y était notamment question des ultimes mesures connues du Contrepoint 14, 233-239, la superposition de ses trois premiers thèmes en 59 notes permettant un 21-38. La mesure 239 est incomplète, donnant donc lieu à l'hypothèse d'une signature 238+1, BCH+A, bien que la simple logique suggère que cette mesure 239 était le début de la fin de la fugue, perdue par l'imprimeur.

  Je reviens à ma recherche des phrases de 12 mots et 60 lettres. Je me suis servi du texte en ligne de l'édition de 1983, n'en ai conservé que les phrases codantes, et ai lancé un logiciel de comptage qui a trouvé 8 phrases de 60 lettres, ce qui 'est peu, mais peut-être "juste assez", comme disent Van Houten et Kasbergen dans Bach et le nombre à propos des 14 occurrences de la première forme du Grand Thème.
  Le logiciel numérotait aussi les phrases, et en indiquait 284, alors que j'avais laissé de côté la phrase en exergue. J'ai vite vu qu'une phrase avait été oubliée dans l'édition de 1988, comme je l'ai exposé plus haut. Toujours est-il que le motif 283+1 de L’art du X résulte d'un oubli, comme probablement le 238+1 de l’Art de la Fugue.
  Tiens, j'écrivais dans le billet précédent que le chiasme était inhérent à l'écriture contrapuntique...

  Je ne détaille pas les 8 phrases trouvées, mais une a attiré mon attention:
Le temps est compté, maintenant : ne cherchons plus midi à quatorze heures.
  C'est la 237e, et sa valeur est 732, 12 fois 61. C'est encore la 48e, des 95 phrases de la partie IV, son exact milieu donc, ce qui n'est possible que parce qu'une phrase a été omise, cette fois intentionnellement, dans cette partie IV (voir supra). Le mot de passe y est "temps", achevant la 4e phrase des 8 du paragraphe codé dans cette dernière partie. Là encore il y aurait de quoi s'interroger sur cette autre apparition des nombres fondamentaux 4-8.
  J'ai  utilisé cette phrase dans un texte envoyé à la liste Oulipo le 12 août à midi:
LX représenterait le nombre soixante des minutes du cadran de L horloge
L se duplique en X suivant leurs rangs alphabétiques L évidence notable
V se duplique en X consensus possible en chiffres comme en pictogrammes
Le temps est compté maintenant ne cherchons plus midi à quatorze heures
Quatorze heures l'exact moment où les aiguilles forment un duplicable V

Chacune de ces phrases a 12 mots et 60 lettres.
Les gématries sont multiples de 12, en progression arithmétique, 696-708-720-732-744. La somme est 3600.
Les 300 Lettres ont pour moyenne 12, L.
Les 60 mots ont pour moyenne 60.
La 4e phrase est tirée de L’art du X de Ricardou, texte ultracodé auquel j’ai consacré plusieurs pages,
  LX c'est donc 60 en chiffres romains, mais aussi 12-24 selon les rangs alphabétiques usuels, peut-être également considérés par Ricardou, car, assez bizarrement*, la 4e des 8 formes du sonnet, L'art duel, expose par ses majuscules un Z, or elle n'est pas introduite par "Z expose un sonnet", mais par "L expose un sonnet". Les 8 formes débutent par V-V-V-L-X-X-X-X, donc
4e forme = L = 12 = Midi;
8e forme = X = 24 = Minuit (la rencontre se situe au Midi-Minuit).
  Il ne faut pas trop de minutie pour composer de tels textes, car je suis secondé par des outils logiciels, et par le hasard, ainsi ma première phrase avait au premier essai la valeur voulue.

Note du 28/09/23: Je m'avise que les 8 lettres initiant les 8 sonnets sont toutes également des chiffres romains, tels que
VVVLXXXX = 105, selon les règles usuelles dans les chronogrammes. C'est ainsi le résultat affiché par le Gématron.
105 est la somme des nombres de 1 à 14, 14 nombre de vers du sonnet.

  A noter qu'a 14 heures,🕑, l'angle des aiguilles est de 60°, de même qu'à 10 heures, X,🕙.
  J'avais supprimé la ponctuation des phrases pour que leur isocélisme soit immédiat en police à chasse fixe. La fenêtre du blog ne le permet pas, mais on peut voir le texte sur le Gématron.
* Il est possible qu'après les formes en V et en >, Ricardou ait pensé au lambda grec, Λ.

  Les répétitions de passages ne sont jamais totalement identiques, et l'heure du rendez-vous au Midi-Minuit varie ainsi de midi à 14 heures, ou encore minuit. On trouve aussi 10 h 25, soit l'heure où la grande aiguille est sur X, et la petite sur V.

  Je me suis avisé que mon sonnet BACH pouvait être amélioré. J'ai ainsi vu après coup que ses 4 premiers vers débutaient par OCAB, il aurait été mieux venu HCAB, d'autant que la plupart des thèmes de Bach apparaissent aussi sous forme inversée.
  Il était aussi facile d'arriver à des multiples de 14 pour le nombre de lettres et la valeur totale du sonnet. Le plus immédiat était 504 lettres de valeur 6048, soit 504 fois 12. Voici ce à quoi je suis parvenu, en 119 mots (7 fois 17):
Hypnotique leçon, l’expert Art de la Fugue,
Ce testament suprême où le Cantor subjugue.

Avec ses douze sons d’un thème, le tortueux

Bach dévoile son nom aux ultimes mesures.
A chaque fois on l’aime, en s'en lassant un peu,
Et puis au quatorzième on comprend la gageure.

Il revient le Grand Thème, en strette, en inversion,
Hypnotique  leçon, ce testament suprême,
Avec ses douze sons, Bach dévoile son nom.
A chaque fois on l’aime, et puis au quatorzième,
Il revient le Grand Thème, hypnotique leçon.
Avec ses douze sons, à chaque fois on l’aime !
Il revient le Grand Thème, avec ses douze sons,
Il revient le Grand Thème, il revient le Grand Thème.
  Lorsque j'ai passé l'ultime version au Gématron, j'ai vu qu'il indiquait une section d'or parfaite entre les lettres BA et CH, au 9e vers, alors qu'une possibilité de signature de Bach étonnamment redondante est le couple 21-38, BA-CH.
  Qui plus est, la section d'or entière de 6048 est 3738 qu'il est tentant de scinder en 37-38, ou 3.7 = 21 et 38.
  I remember the Alamo, et un tube débile de ma jeunesse, Allô mademoiselle Maillot 38-37... L'un des protagonistes de la pièce radiophonique de Ricardou, Communications, est Gilles Baseille, Maillot 24-48. Il n'a lui pas eu besoin d'y songer, car les multiples Allô ainsi que les indicatifs téléphoniques évoquent la "mise en ondes", Mermoz, Wagram, Sablons... 2448 est aussi un nombre perecquien, avec les 2448 lettres des 17 poèmes de 144 lettres de La clôture, et ce sont des coïncidences sur ces nombres 24-48 qui m'ont conduit à découvrir la grille des Lieux-dits.
  3738 et 6048, ce sont aussi 89 et 144 fois 42, 89 et 144 étant les termes 11 et 12 de la suite de Fibonacci. Dans ma page précitée, je signalais que KUNST DER FUGE avait selon l'alphabet d'alors la valeur 144 (qui est aussi celle de JOHANN SEBASTIAN), et admettait une césure 89-55.
  89 est encore la valeur de RICARDOU selon l'alphabet normal d'aujourd'hui.

  J'en arrive au plus fou. Dans son système, RICARDOU = 71, et il m'est venu que les 118 mots seuls codés du sonnet pouvaient se prêter à 71+47, soit RICARDOU selon son système et PEREC suivant l'alphabet normal.
  J'ai eu la curiosité de regarder ce que ça donnait lettre à lettre:

R : 17 mots des deux premiers vers,
I : 9 mots du vers 3,
C : TEnir et S' 
A : Exalter
R : 17 mots suivants,
D : SON chemin VERS les
O : rien, nada, zéro
U : 20 mots suivants,

(ET) le mot non codé, parmi les 16 suivants
P : 16 mots (codés) suivants,
E : et le texte à SErrure!
R : 18 mots suivants,
E : sens? Il les détient par
C : effet d'écriture...

  RICA  RDOU  &PE  REC, c'est un sonnet de lettres.

  Ricardou revient à diverses reprises sur les nombres 14 et 12 produisant le sonnet d'alexandrins. Il est encore à remarquer que
DOUZE = 71 (= RICARDOU selon son système);
QUATORZE = 123 = GEORGES PEREC (suivant l'alphabet normal).

  En fait, on pourrait considérer 71+48 pour le sonnet complet, 48 étant le nombre ricardolien par excellence. Il est séduisant que la césure tombe après 8 vers et demi, soit 17 hémistiches pour 71 mots.
  La dinguerie est arrivée lorsque j'ai eu la curiosité de soumettre le sonnet au Gématron avec le code ricardolien. Les sections dorées des 491 lettres et de leur valeur 5505 tombent au même endroit, précisément après ces 17 hémistiches ou 71 mots.
  Revoici le sonnet, avec ce découpage en 17 et 11 hémistiches, 303 et 188 lettres, valeurs 3402 et 2103 (et 71 et 48 mots):
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
JOUer POur une lettre au terme d'une CROIX,
TEnir et S'Exalter aux vertus de SA né-
CESsaire désUNion hors la strophe. EN l'étroit
MOT Si clos, il tend SON chemin VERS les sommets.
EN oblique ascendante, NETs, SES vers abymés
COupent la ligne au tourNANT QU'Inflige le trois:
LONg tissage alenTOUR,
303 lettres de valeur 3402
                                           qui asSOuplir saura,
NEuf jusqu'en le REdit de ses aPPOgiatures,
ET le verbe EN ses rêts, et le texte à SErrure!
PUIS le VEStige sûr d'un accent sur le À!
CES RÊves? Il les obtient par abracadabra.
SES sens? Il les détient par effet d'écriture...
188 lettres de valeur 2103
  Ceci est si riche que j'ai d'abord pensé y consacrer le billet suivant, mais la section d'or à 303 pour les lettres m'en a dissuadé, car le présent billet est le 303e de Quaternité.
  Je ne vois d'ailleurs rien de plus à dire de cette suite 188-303-491, sinon que 188 c'est 4 fois 47, valeur de PEREC (selon l'alphabet normal). J'ai vu plus haut les 284 phrases codantes correspondre à 4 fois 71, valeur de RICARDOU suivant son système.
  5505 est le 12e terme d'une suite additive débutant par 3 et 60.
  12 et 60 sont les subdivisions du cadran de l'horloge.
  3-60 peuvent évoquer les 3 strophes de 60 vers du Compendium du chapitre 51, dont le dernier vers omis a peut-être inspiré l'omission de la phrase codant pour le ET du sonnet.
  A remarquer au passage que Perec titre ce chapitre LE CHAPITRE LI, et que l'autre mot non directement codé par une phrase dans L'art du X est "il", renversement de LI.
  La suite additive se poursuit ainsi, 3-60-63-123, avec donc pour 4e terme la valeur de GEORGES PEREC (selon l'alphabet normal). Dans ses brouillons de "53 jours", Perec avait calculé toutes les possibilités d'avoir 53 dans une suite additive, le critère retenu étant que 53 en soit au moins le 4e terme.
  Le 10e terme (X!) de la suite 3-60-63-123 est 2103, alors qu'ont été vus 123, valeur de GEORGES PEREC, et 213, valeur de WINCKLER+BARTLEBOOTH.
  Le 11e terme est 3402, dont une factorisation est 42 fois 81, dont la somme est 123. J'avais remarqué
NOM PRENOM = 42+81 = 123 = PEREC GEORGES.
  Le 12e terme 5505 peut évoquer VV-V, mais la confrontation 55-5 me rappelle d'abord la fabuleuse coïncidence survenue juste avant mon 60e anniversaire, avec une BD montrant 5 fois 12 éléments (dans un cercle, et le comptage est opéré à partir de "midi"!) correspondre aux 60 premières lettres du "mot de Fibonacci":  Il s'agit des 60 premiers termes de la suite OEIS A005614, 60 qui selon Zeckendorf se lit 55+5, et j'y découvri/s un commentaire d'un colistier Oulipo posté le jour de mon 55e anniversaire; mon commentaire posté exactement 5 ans plus tard fut accepté par le site.

  Et l'autre équilibre doré, 17-11 pour les hémistiches? C'est le seul cas que je connaisse où, à une harmonie dorée entre nombres, correspond une autre harmonie dorée entre les valeurs des noms de ces nombres,
DIX-SEPT / ONZE = 97/60 = 1,6166...

  Davantage, le message en colonne
X ajoute ces mots en colon/ne et puis cesse.
compte 34 lettres partagées en 21-13 entre les deux parties, parfait équilibre fibonaccien qui apparaissait aussi pour l'acrostiche de l'Hypnerotomachia Poliphili,
Poliam frater Francescus Co/lumna peramavit.
où cette césure selon les deux parties de l'oeuvre, tombant aussi dans le mot "colonne", livre selon l'alphabet latin les valeurs 252 et 156, 21 et 13 fois 12.

Note du 9/10/23: L'art du X a d'abord été publié dans le numéro 7 de Littératures, en 1983, pp. 35-48 (14 pages pour cet hommage au sonnet, et l'ardu X est page 48!), accessible en ligne à cette URL:
https://www.persee.fr/doc/litts_0563-9751_1983_num_7_1_1231.
J'y remarque le 1231 final, renversement de 13-21, faisant partie de mes coïncidences 21-13 (138 cas à ce jour). A ce que je comprends, "num 7" est le numéro de la revue, dont les 22 articles sont identifiés par les nombres 1226 à 1247


    Il m'est arrivé d'énoncer, à propos de diverses harmonies numériques, que c'était extraordinaire si c'était intentionnel, mais que ça l'était plus encore si ça ne l'était pas. Je me demande si l'inverse ne serait pas plus adapté ici, tant il serait difficile de construire une triple harmonie dorée de ce type, valable pour hémistiches, lettres, valeurs des lettres, pour un texte qui a de multiples autres contraintes.
  J'imagine que ces concepts d'harmonie dorée dans un sonnet sont peu familiers pour le commun des mortels, mais ils me sont essentiels depuis longtemps. Ainsi une de mes premières propositions à la liste Oulipo, le 24 janvier 2002, a été un sonnet sur le nombre d'or, avec des doubles césures sur les pieds, 64-40-64, les mots, 42-26-42, les lettres, 178-110-178. Il débutait par ces vers, présentant le nombre d'or comme solution de l'équation X=1+1/X:
Soit Un virgule ou point six cent dix-huit ; ainsi
Indique-t-on volontiers, en l'arrondissant,
X tel qu'égal à son inverse plus un, si !
  Mes 14 vers offraient aussi l'acrostiche SIX CENT DIX-HUIT (les solutions de l'équation X=1+1/X sont 1.618... et -.618...).
  Le 16 décembre 2004 j'ai proposé une traduction du sonnet d'Alberti A LA DIVINA PROPORCIÓN. L'original avait une éventuelle harmonie dorée à la petite section d'or, en 11-17 hémistiches, j'y ai adjoint des équilibres 32-51 pour les mots et 144-233 pour les lettres.
  Puis il y a eu le Gématron en 2006, et je l'ai utilisé pour ajouter la gématrie aux autres harmonies, dans divers sonnets. Ricardou, lui, ne s'est jamais mis à l'informatique, même pas à la machine à écrire.

  Je reviendrai dans un prochain billet sur d'autres coïncidences entre mes productions dorées et L'art du X.
  On pourrait avancer qu'il est normal que différentes césures de L'ardu X(=1+1/X) tombent environ au même endroit. C'est vrai, mais tout est dans cet "environ", et les césures observées sont aussi exactes que possible. Si on lance 20 fois une pièce en l'air, elle retombera environ 10 fois sur face et 10 fois sur pile, mais le calcul des probabilités prévoit que le partage exact 10-10 n'apparaît qu'une fois sur 6 (environ!), et la probabilité du partage exact 50-50 devient infime pour 100 lancers.
  J'ai passé bien des sonnets au Gématron sans y entrevoir d'équilibres aussi parfaits, il est vrai sans avoir recours au codage ricardolien, et à ce propos il est frappant qu'il y ait un fort déséquilibre entre les nombres de O, la lettre nulle, dans les deux parties du sonnet, soit 22 O parmi les 303 premières lettres, et 3 O seulement parmi les 188 autres. A priori, ceci ne favorise pas l'équilibre gématrique.

  Les différents écrits de Ricardou font souvent appel aux nombres, mais on n'y trouve pas de sophistication explicite, la revendication la plus hardie étant la construction des Lieux-dits en 8 chapitres de 8 sections chacun. Il me semble évident que certaines réalisations vont bien au-delà, je n'y reviens pas.
  Si Ricardou a procédé à la réduction 1+7 = 8 pour son jour de naissance, je ne vois pas comment il aurait pu ne pas le faire pour son initiale R, et son "corrélat dans l'alphabet" 17, plus significatif puisque son patronyme s'écrit avec 1 majuscule et 7 minuscules. Ceci aurait aisément pu le conduire à calculer la somme associée, un 71 tout aussi significatif. De là à une construction telle que L'art du X avec ses multiples 17 et 71...
  Les indices sur le nombre d'or sont des plus ténus. Il y a bien une phrase de Révélations minuscules débutant par "Or" et finissant par "nombre". Je ne vois toujours pas ce que cache sa dernière phrase, ses 226 mots peuvent-ils faire allusion au Modulor, en relation avec les 183 mots de la phrase précédente, les 113 mots de la 183e phrase?
  Dans ce texte, et ailleurs aussi, Ricardou exprime son admiration pour Valéry, lequel a préfacé Le nombre d'or de Matila Ghyka. On associe aussi Valéry au nombre d'or, à cause notamment d'un vers des Cantiques des colonnes (1922), "Filles des nombres d'or", mais je ne suis pas certain que Valéry ait eu alors Phi en tête. Tiens, Ricardou a "ajouté ces mots en colonne"...

  Il existe des génies qui échappent au sens commun, même dans leur domaine d'activité. Je cite volontiers John Hendricks, un autodidacte ayant découvert en 1950 l'arrangement des 81 premiers nombres en un hypercube magique, mais il lui a fallu 12 ans pour publier sa découverte parce que divers spécialistes auxquels il l'a soumise, estimant que c'était impossible, se sont refusés à vérifier ses calculs.
  Tiens, la constante magique de cet hypercube est 123, et elle apparaît dans 132 alignements distincts (123 et 132 valeurs des colonnes NOM PRENOM, un cas pour moi emblématique des surcodages inopinés survenant lors d'écriture codée).
  Tiens, John Hendricks est mort le 7/7/7 à 77 ans.

  L'art de Hendricks tenait à un sens exacerbé de la logique numérique, mais ceci ne l'a pas empêché de mener une vie sociale normale. Divers troubles neurologiques, comme le syndrome d'Asperger, révèlent d'extraordinaires possibilités du cerveau de procéder à des calculs très complexes de façon quasi-instantanée. Ces capacités peuvent bien sûr apparaître chez des personnes "saines".
  Les jungiens ont encore à leur disposition l'inconscient collectif et la synchronicité pour rendre compte de toutes les bizarreries, qui, quelle que soit leur origine, méritent à mon sens d'être étudiées...

   Si l'écriture de ce billet m'a conduit à ces nouvelles vues sur la dernière forme du sonnet, il m'est aussi venu quelque chose sur les seules 6 lettres de son titre, L'ardu X.
  J'avais déjà vu que, puisque la croix X est "au terme d'une croiX",
"arduX" = "arducroiX" = ricardou + X,
mais l'autre majuscule peut être prise en compte et mettre "ricardou" au centre de LX, soit le 60 du cadran de l'horloge, ou les lettres de rang 12-24 correspondant à Midi-Minuit, le café du rendez-vous.
   Je remarque encore l'homophonie L-"elle". Les 5 premières formes du sonnet débutent par
V (ou L, ou X) invente (ou impose) une règle. Elle suppose un sonnet,
tandis que les 3 dernières ont
X impose (ou invente) une règle. Il suppose un sonnet,
  Je ne sais trop qu'en déduire, sinon que le pronom semble d'abord désigner la règle, puis X. J'avais noté que les formes 4 et 8 avaient L et X, mais elles ont aussi "Elle" et "Il", deux mots de valeurs fibonacciennes, 34 et 21, un couple masculin-féminin pouvant aussi correspondre aux triangles Λ-V se superposant en X... avec toujours Λ pour le lambda grec, L, "elle"... La créature "de rut" du Lapsus circulaire donne ainsi le moyen de la joindre: "Renverse la série 19-20-17-45, chéri, et tu lambderas de l'i grec". C'est vraisemblablement à la minuscule lambda que pensait Ricardou, λ renversement du y. Erreur ou suprême astuce, le 9 du 19 donné correctement plus haut comme corrélat du T est page 47 renversé en 6, ce qui donne la lettre de rang 16, soit Q...

   Toujours est-il que pour ce 303e billet de Quaternité j'ai souhaité un titre de valeur 303 où figureraient 12, 24, et LX. Ayant casé "douze" et "vingt-quatre", il fallait pour atteindre 303 un mot de valeur 78, et l'un des rares mots de valeur 78 contenant LX est "galaxies", qui m'a aussitôt séduit en pensant que l'ami Patrick appelle lucioles les coïncidences isolées, constellations les ensembles de coïncidences. Avec galaxies on passe au stade suivant...

  Avant d'avoir découvert les nouvelles vues sur la dernière forme du sonnet, je comptais développer plus avant les parallèles entre l’Art de la Fugue et L’art du X, et un premier titre a été
"J'aurai donc ré mineur", épilogue Bach
donnant la parole à Bach, lequel aurait conclu que la tonalité de ré mineur (celle de l’Art de la Fugue) était la plus propice pour caser la séquence de notes B-A-C-H. "J'aurai donc ré" est l'anagramme de "Jean Ricardou".

   J'ai décidé de ne publier qu'un billet par mois cette année, à des dates jumelées, excepté pour celui de janvier, publié le 6 au lieu du 1er. Ceci va être rattrapé par le présent billet, publié le 4/9 au lieu du 9/9, car c'est le 248e jour de cette année 2020.