4.4.09

Fred se met en quatre

4 avril : le premier 4/4 depuis ma découverte sur le 4/4/44 à l'origine de ce blog. Et l'occasion de revenir sur le 4 avril de Dans les bois éternels, dans un 4e billet sur Fred Vargas.
J'indiquais donc que la date "Lundi 4 avril" (page 278) m'avait interpellé dans ce roman paru en avril 06, parce que je pensais que l'action se passait en 2005, où ce lundi 4 avril avait été exceptionnellement pour les cathos la fête de l'Annonciation, normalement le 25 mars, tombant cette année le Vendredi saint. La précédente occurrence de ce fait avait été en 1932, où je ne crois pas qu'il avait provoqué un déplacement de l'Annonciation. En 992, le pape Jean XI avaitla première figure de Raban Maur, sur un De Laudibus Sanctae Crucis volé à la Vaticane par Tibère (voir Ceux qui vont mourir te saluent) décrété une abondance de grâces pour ces années où se rencontraient les mystères de l'Incarnation et de la Rédemption...
Je précise que ce n'est pas une quelconque ferveur religieuse qui m'a poussé à m'intéresser en 2005 à cette particularité, et à l'exploiter dans ce poème, mais un intérêt pour les dates pascales né de hasards de lecture ayant conduit aux découvertes partiellement exposées ici.

Etant donc sensibilisé à ces dates du 25 mars et du 4 avril, je les ai remarquées l'année suivante dans le roman de Vargas, où l'action n'est pas datée explicitement. Les quelques indices aidant à le faire sont :
- le voisin Velasco d'Adamsberg, qui a perdu un bras pendant la guerre civile espagnole, 69 ans plus tôt, ce qui place l'action de 2005 à 2008, cette guerre couvrant les années 1936-1939;
- la précision "lundi 4 avril" n'est compatible qu'avec 2005, aux alentours de l'année de parution.
2005 était donc parfaitement logique, à l'exclusion d'un petit détail sur lequel je vais revenir, et je décelais des échos immédiats à la crucifixion dans ce qui se passait le 25 mars (le "bois éternel" y est supposé être la croix du Christ) et à la Vierge le 4 avril (où est établie une liste de 29 vierges), mais Vargas informée indirectement sembla ne rien comprendre à mes élucubrations...

Je comprends aujourd'hui pourquoi, car après relecture du roman précédent, Sous les vents de Neptune, quiLà il n'y a pas la couleur... s'achève en novembre 2003, il est clair que l'enquête suivante s'enchaîne dans l'exacte continuité et débute donc en principe en mars 04, ce qui cadre maintenant avec le petit détail qui clochait. Ce sont alors les indices précédents qui clochent, puisque 2004 ne vient pas 69 ans après la guerre d'Espagne et que le 4 avril y était un dimanche, mais ce sont des broutilles comparées à l'âge d'Adamsberg, qui avait 45 ans dans sa première enquête se passant en 1990, L'homme aux cercles bleus, qui en a toujours 45 dans la suivante, L'homme à l'envers, en 1998, qui a quand même pris un coup de vieux en 2003, où il a 48 ans, et qui rajeunit d'un an en 2004...
Donc Vargas n'a pas un souci extrême de cohérence temporelle, ni d'un roman à l'autre, ni à l'intérieur d'un même roman, ce qui n'exclut pas qu'il puisse demeurer des dates significatives.
Ainsi, le détail qui me gênait, c'est le vendredi suivant le 4 avril, où il survient un épisode limite grotesque assez typique de Vargas, où il y a besoin le soir de donneurs de sang vers Dourdan, difficiles à trouver car C'est Pâques, commissaire, la moitié de la ville s'est barrée. (page 353)
Plutôt désireux de dater l'action en 2005, où Pâques tombait le 27 mars, je m'étais dit qu'il devait s'agir des vacances de Pâques, variables selon les zones, mais en 2004 Pâques tombait le 11 avril, et le soir du vendredi 9 était bien le début du long week-end pascal.
Et c'était Vendredi saint. Et il y a une mort ce Vendredi saint, suivie d'une résurrection, celle de la mystérieuse Violette Retancourt, déjà impliquée lors du roman précédent dans l'épisode déconcertant du portage d'Adamsberg, nu dans son dos.

Bref résumé de 6 chapitres : le vendredi matin, les enquêteurs s'avisent que Violette...mais on voit mieux les Alpha Oméga de part et d'autre de la tête de Jésus a disparu depuis une semaine, Adamsberg décrète que la seule possibilité de la retrouver est de lâcher La Boule, le chat de la brigade, sur sa piste. Le chat parcourt 38 kilomètres jusqu'à un hangar, où Violette est retrouvée à la nuit tombée, d'abord déclarée morte par un toubib... Mais il reste un souffle de vie à cet être hors du commun, transporté à l'hôpital de Dourdan. A 23h 40, l'hôpital fait savoir qu'elle va mourir si elle ne bénéficie pas d'une transfusion totale, ce qui nécessite 3 donneurs, et l'hôpital n'en a qu'un sous la main, à cause de Pâques.
Seul Adamsberg semble convenir parmi les flics présents, mais pendant que le sang de Jean-Baptiste est transfusé dans les veines de Violette arrive un 3e donneur providentiel, le lieutenant Noël, qu'Adamsberg avait banni de l'enquête au début du roman. Jean-Baptiste et Noël (Jésus), deux personnages complémentaires dans la symbolique chrétienne, ayant donné leurs noms aux deux fêtes solstitiales, Noël et la Saint-Jean, "Il faut qu'il croisse et que je diminue..." (Jn 3,30).
Quant au premier donneur, le seul du groupe A moins de Dourdan, c'est un éleveur de boeufs, or la forme de la lettre A est originellement une tête de boeuf ou taureau (hébreu alouf, à l'origine de la lettre alef devenue alpha en grec). Il est suivi par Adamsberg, groupe O, donneur universel, et Noël, "Groupe O." (derniers mots du chapitre L).

Violette reçoit donc dans cette nuit du Vendredi saint du sang A, puis du sang O, puis le sang de Noël... Or Noël-Jésus est aussi connu comme Alpha et Oméga, et le tueur du roman est encore un Alpha-Oméga ! La tueuse en l'occurrence, puisque c'est la légiste-psy qui est à l'origine de cette terminologie pour les tueurs dissociés, dans son livre De part et d'autre du mur du crime, lesquels mènent une vie paisible Alpha en ignorant tout des pulsions criminelles de leur personnalité Oméga; elle était bien placée pour l'écrire puisqu'elle est elle-même une dissociée, docteur Ariane et mistress Oriane ?

Adamsberg a été conduit dans le roman précédent à étudier l'étymologie des noms propres, or Dourdan viendrait de la liaison des mots celtiques dor ou dour, "eau", "rivière" et dan, "colline". Ce nom ressemble fort à Jourdain, en hébreu Yordan, de yar "rivière" et dan "jugement". Les deux toponymes signifieraient donc chacun "rivière de Dan", et le Jourdain évoque Jean le Baptiste, saint patron d'Adamsberg.
Quant à Adamsberg, c'est le "mont d'Adam", adam qui est en hébreu de la même famille que dam, "sang", et adom, "rouge". L'enquête débute par trois petits cailloux qui mènent Adamsberg non à "la maison de l'Ogre", selon une réminiscence erronée du conte de Perrault par un inspecteur (page 83), mais au cimetière de MONTROUGE...
Quant à la "rivière de la colline" de Dourdan, c'est l'Orge, anagramme d'Ogre.
Il faut peut-êre considérer aussi le taurobolium, dans l'Antiquité baptême par le SANG, après sacrifice d'un taureau...

Je ne me risque plus à faire des suppositions sur les intentions de Vargas, échaudé par mes premières "déductions" basées sur l'an 2005.
Déductions dont je ne renie d'ailleurs que les intentions prêtées à l'auteur, car les indices textuels demeurent quelles qu'aient été ces intentions, et je suis sidéré par la complémentarité entre les deux lectures permises par ces indices, complémentarité qui n'est possible que grâce à l'intervention de l'année 2005, peut-être la première année où l'Annonciation a été déplacée.
Donc, hypothèse 2005 :
- 25 mars, Vendredi saint : première interprétation du De reliquis dans la salle du Concile, où il est envisagé que "la croix qui vit dans le bois éternel" est une relique de la Croix.
- 4 avril, Annonciation : la liste des 29 vierges menacées par le tueur est punaisée dans la salle du Concile.
Et hypothèse 2004 :
- 25 mars, Annonciation : Adamsberg annonce à ses hommes que le tueur s'en prend aux vierges et qu'une troisième vierge est menacée.
- 4 avril, début de la Semaine sainte.
- 9 avril, Vendredi saint : "mort" et "résurrection" de Violette.
- 10 avril : pendant sa transfusion, Adamsberg rapproche la survie de Violette, grâce à 3 donneurs, de la vie éternelle que le tueur compte obtenir grâce à 3 vierges; il remarque que Violette s'est teint les cheveux il y a quelques mois, et la différence de teinte des cheveux repoussés l'amène à comprendre que "le vif des vierges" correspond aux cheveux poussés après la mort. L'interprétation littérale du De reliquis lui fait décréter qu'il doit exister un os en forme de croix dans le coeur du cerf...
- 11 avril, Pâques : Adamsberg se fait confirmer l'existence de cette croix par ses amis chasseurs de l'Eure.

Je ne serais pas surpris que Fred ne se reconnaisse pas plus dans l'hypothèse 2004 que dans l'hypothèse 2005. Quoi qu'il en soit, l'hypothèse 04 m'entraîne bien au-delà des intentions attribuables à l'auteur, car l'une des 4 seules dates précisées dans le roman serait donc le 4/4/4 (les autres dates sont le 21/3, le 25/3, et le 3/5), la date la plus quaternaire depuis le 4/4/44 jungien.
Or la candidate à la vie éternelle n'a pas choisi cette année par hasard, mais parce que c'est l'année où elle atteint 60 ans, "cinq fois le temps de jeunesse" selon le De reliquis, le moment de réaliser le grand oeuvre. S'il s'agit de l'an 2004, c'est donc qu'Ariane est née en 1944, et qu'elle a été junge, "jeune", jusqu'en 1956.

Que de résonances avec Jung, en dehors du 4/4/44, puisque je distinguais ici une première quintessence dans sa vie, avec sa maison de Bollingen, construite en 4 tranches de 1923 à 1935, des 48 aux 60 ans de Jung, et qu'il estima alors achevée, car correspondant à une quaternité, reflétant sa personnalité profonde.
Mais après la mort de sa femme, il s'imposa à lui une dernière élévation centrale, comme une germination, et c'est en 1956 que la "Tour" connaît son réel achèvement.

Ce 4/4 dans la 60e année après 1944 vient après Sous les vents de Neptune, où l'illumination d'Adamsberg à Richelieu lui fait découvrir successivement 4 vents, 4 éléments, et l'année 1944, date du premier crime du JUGE amateur de mah-JONG qui était plus JUNG, jeune, qu'on ne croyait, Vanité..., les plus beaux édifices finiront en tas de gravaset avant Un lieu incertain, dont la latitude est néanmoins établie, 44°44'.
J'ai déjà indiqué l'abondance des 4 dans les romans de Vargas, ma relecture de L'homme à l'envers m'y a fait remarquer que l'assassin entend faire endosser ses 4 meurtres au coupable idéal livré aux enquêteurs, Auguste Massart, 44 ans. L'aventure a débuté dans le département 04, et elle s'achève sur la D44 en Haute-Marne, sur le dévoilement du vrai coupable par le quatuor des poursuivants.
Je m'en tiens là pour les 4 et 44 chez Vargas, je pourrais en citer d'autres, mais seul un relevé systématique de tous les nombres dans son oeuvre permettrait d'évaluer lesquels reviennent le plus souvent.

La datation en 2004 amène plusieurs échos intimes.
Je rappelle que c'est le 4/4/4 que j'ai découvert (ou redécouvert) l'aspect éminemment quaternaire du 4/4/44.
L'épisode du Vendredi saint me fait inclure Vargas parmi les auteurs chez qui apparaissent des dates pascales significatives, soit essentiellement des Vendredis saints ou Dimanches de Pâques où il se produit des morts ou résurrections. Je fais partie de ces auteurs, pour des textes publiés, mais aussi pour des projets inédits, avec notamment Le parfum de l'amant d'Anouar, offrant une coïncidence si fabuleuse que j'hésiterais à en parler si je n'avais la preuve de mes dires.

- A l'automne 2003, j'ai envoyé à divers amis et connaissances ce synopsis, où un nommé Adam Breger assassine un certain Delaunay à l'aube du Dimanche pascal 2004.
- En avril 2006 paraissait Dans les bois éternels, où le sang d'Adamsberg ressuscite Violette dans la nuit suivant le Vendredi saint 2004.
Mon Adam Breger n'avait a priori rien à voir avec Adamsberg, qui n'était alors qu'un nom perdu parmi des milliers, car je lis des centaines de livres par an et je n'avais rien lu de Vargas depuis Les quatre fleuves en 2000. Fred n'est devenue un auteur essentiel pour moi qu'en 2005, où j'ai conservé mon appréciation de lecture de Pars vite et reviens tard le 23 novembre, accompagnée de mon qualificatif le plus élogieux catégorie polar, "queenien".
"Adam Breger" était un nom résultant de telles obligations qu'il n'aurait guère pu être très différent :
- Adam, "homme", parce qu'une de mes sources était La dernière femme de sa vie, de Queen, où un homme agonisant dans la nuit de Pâques prononce une dernière syllabe désignant son meurtrier, "hom..."
- Breger, pour Berger (!), fine allusion au docteur Shepard (sheperd, "berger"), narrateur meurtrier du Meurtre de Roger Ackroyd, car Adam Breger était aussi dans mon projet le narrateur et l'assistant de l'enquêteur. Je prévoyais un niveau supplémentaire par rapport au roman d'Agatha Christie, peu importe puisque je n'ai pas écrit le roman, mes timides démarches ne m'ayant donné aucune assurance qu'il pût trouver un éditeur.

Je suis encore saisi de vertige en rapprochant ceci des autres coïncidences onomastiques étudiées dans le dernier billet, entre les oeuvres de Vargas et de Demouzon de 1999-2000:
- un tueur en série qui élimine une personne nommée OGIER, sans rapport avec ses victimes de prédilection;
- un MELCHIOR qui traque le LOUP.
Je Le Couperet... de Costa-GAVRASn'avais pas alors à l'esprit que, si Vargas avait donné à l'un de ses personnages le nom du commissaire de Demouzon qui traquerait pareillement un loup, Wolf, dans un roman inédit, sinon inécrit, j'avais fait jouer à un personnage au nom fort proche de celui du commissaire de Vargas un rôle similaire à celui d'Adamsberg dans une future aventure, puisque un meurtre le jour de Pâques relève pour moi exactement du même esprit qu'une résurrection le Vendredi saint. Mon dessillement a été induit par la datation de Dans les bois éternels en 2004, alors qu'à première lecture je m'étais demandé si Fred n'avait pas exploité comme moi la particularité de l'Annonciation 2005.

Mon Adam Breger ouvre à un autre jeu, pouvant être reporté au roman de Vargas. Mon intrigue jouait avec la lecture adom, "rouge", "roux", et l'homme tuait Delaunay à cause de l'outrage commis envers Gaston Leroux. Je remarque la possibilité de lire AMBRE dans adAMBREger, en pensant à la rue delAMBRE revenant à plusieurs reprises chez Vargas, et OMBRE dans adOMBREger. Les lettres résiduelles peuvent former GARDE, or la criminelle du roman, le docteur Lagarde, a pris soin de fournir aux enquêteurs un coupable évident pour ses crimes, la tueuse Alpha-Oméga qui a été l'objet de son livre, l'infirmière Claire Langevin, surnommée l'Ombre, arrêtée deux ans plus tôt par Adamsberg. On trouvera dans L'OMBRE et LAGARDE toutes les lettres de ADAMBERG.
Comme on pourrait lire CARLE JUNG L'AINE dans CLAIRE LANGEVIN, en utilisant les mêmes équivalences I-J et U-V rencontrées dans le classique VOLTAIRE = AROUET L(e) J(eune).
L'Ombre appartient précisément aux concepts essentiels de la psychologie de Jung, c'est la face obscure de la personnalité, "mister Hyde" pour abréger.
Et j'abrège tant l'intrication avec tout ce qui vient d'être vu semble extrême, me contentant de signaler que Carl Gustav était effectivement l'aîné des enfants Jung (d'autres anagrammes de Claire Langevin sont "Carl Jung aliéné", "Carl Jung l'a niée").
L'équivalence U-V permet encore de transformer "Fred V." en la simpliste antithèse de Jung, Freud (je rappelle que j'avais intitulé mon premier billet Carl V).

Fred V offre à ses lecteurs une seconde fausse piste, avec l'affaire entre Adamsberg et un de ses inspecteurs, survenue 34 ans plus tôt, soit donc en 1970 si nous sommes en 2004. Or le meurtre de La dernière femme de sa vie, qui a directement inspiré celui du Parfum de l'amant d'Anouar, est daté le plus logiquement du jour de Pâques 1970. Si je montrais ici que cette datation est problématique, sinon impossible, en tenant compte du "vrai Queen" précédent, c'est cette date de 1970 que j'avais prise en compte pour mon projet, et qui m'avait fait choisir 2004 pour mon propre meurtre pascal, 34 ans plus tard, 34 étant un nombre important selon mes analyses queeniennes.

C'est une autre curiosité que ces deux romans de Vargas et Queen s'inscrivent dans l'exacte continuité de leurs romans précédents, et que leurs datations immédiates soient remises en cause par la lecture de ces romans précédents.
Ce n'est pas le seul point commun entre ces deux auteurs, dont les identités réelles Fred Audoin et Fred Dannay offrent une certaine ressemblance. Ainsi, après un silence de 5 ans, Dannay est revenu à l'écriture avec un cycle de romans dont j'espère avoir démontré qu'ils ont au moins en commun une thématique pascale. Le premier de ces romans est L'Adversaire (1963), dont le tueur est, non un dissocié Alpha-Oméga selon la terminologie de Vargas, mais déjà un être à deux personnalités indépendantes. Si le thème était à la mode à l'époque, avec notamment Psychose, Dannay lui a donné une portée théologique en donnant à un être fruste, limite débile, la personnalité seconde de Dieu. Le déclic initial avancé est ses initiales, JHW, correspondant aux lettres du Tétragramme hébraïque JHWH. JHW a pris par ailleurs à son compte la vengeance de celui qu'il estime spolié par ses patrons, Nathaniel né le dimanche pascal 1924.
Je remarque qu'aux initiales d'Ariane Lagarde correspondent les lettres hébraïques alef lamed, formant le mot el, "dieu" (et aussi la particule négative al).

Le roman suivant de Fred Dannay sera Et le huitième jour... (1964), couvrant exactement la semaine sainte 1944.
La date alternative pour le dimanche 29 mars du meurtre de La dernière femme de sa vie est 1964.
1924-1944-1964, Dannay est mort trop tôt pour exploiter la Pâques 1984, et Audoin venue à l'écriture trop tard, restait 2004, et rendez-vous en 2024...

A propos, une fidèle amie de ce blog s'est souvenue, en découvrant l'importance de la rue Delambre chez Vargas, qu'elle avait lu jadis un livre de la collection Mademoiselle intitulé La maison de la rue Delambre. La consultation du catalogue de la collection lui a fait découvrir Le rendez-vous avec Vargas, de JP Vivier.
J'en ai cherché la couverture sur la toile, et ne l'ai trouvée que sur cette annonce e-bay (sans doute prochainement retirée) où un vendeur propose "4 romans de Jean-Paul Vivier". Curieusement, le 4e est un des premiers numéros de la collection, de maquette différente, et c'est surtout un Marie de Vivier.
Auteur et titre de ce 4e roman me semblent riches de sens, sachant que
- Jung considérait la quaternité essentiellement comme un 3+1;
Sainte Fred, éclairez-nous !- il voyait notamment la Vierge Marie constituer le 4e pôle de la Trinité chrétienne;
- Fred a emprunté son pseudo au personnage de Maria Vargas;
- Adamsberg devient "commissaire Lamproie", lampe-roi, pour traquer le juge porteur de pseudos évoquant lumière et grandeur;
- Adamsberg lâche ensuite "Lamproie" pour l'hombre dans son enquête suivante, son voisin Velasco l'appelant systématiquement hombre (soit "homme", ou adam).

J'ai donné des exemples de la récurrence phénoménalement complexe de thèmes et situations dans l'oeuvre de Queen. Un autre exemple serait les meurtres en carré JHWH des cousins York dans L'Adversaire, qui semblent répéter les meurtres en losange JHVH de la nouvelle de Borges de 1942, La mort et la boussole.
Or Queen a écrit en 1932 La tragédie de Y, série d'incidents criminels dans la maison des Hatter, famille un brin dégénérée dont la dernière génération est formée de JH et WH (John et William Hatter). Comme JHW tuera ses employeurs York selon les instructions données par un certain Y., le jeune John s'applique à réaliser les crimes imaginés par son grand-oncle York Hatter, qui avait écrit secrètement un polar se passant dans sa propre famille, La tragédie de Y...

Je vois des récurrences similaires chez Vargas, qui construit peu à peu une oeuvre cohérente malgré deux premiers romans un peu faiblards. J'ai signalé la présence de la citation Et mourir de plaisir dans 3 des 4 derniers romans, et je l'ai également trouvée dans son 2e roman, Ceux qui vont mourir te saluent, écrit en 1987 (page 110). Curieusement, il s'y trouve un peu plus loin, page 122, une allusion aux vampires, assez gratuite:
— Par où es-tu entrée ?
— Par la fenêtre, comme les vampires. Est-ce que tu sais, Richard, que les vampires ne peuvent entrer dans les chambres que si le dormeur désire ardemment qu'ils y entrent ?
A propos de vampires, Fred a évidemment imaginé l'édition de 1663 du De reliquis, comme sa recette d'immortalité, mais elle n'a pas inventé que le premier vampire historique, le premier "non-mort", ait été Peter Plogonowitz né en 1663 à Kisilova, le "Plog" qui sera au coeur de son roman suivant.
Un autre exemple numérique est la liste des 29 vierges parmi lesquelles le tueur devrait choisir sa prochaine victime, liste affichée le 4/4/4 dans la salle du Concile. Pourquoi 29 ? Il se trouve que dans "l'affaire des 4", Pars vite et reviens tard, le vengeur, qui vient de condamner une personne dans un immeuble dont il a "protégé" tous les autres habitants par des 4 tracés sur leurs portes, a multiplié les immeubles pareillement marqués, pour dérouter les enquêteurs, lesquels ne pourront protéger les "29 portes vierges"... Page 169:
— Vous passerez dans les vingt-neuf immeubles pour procéder à un nouvel examen des portes vierges. (...) Qui a continué à bosser sur ces vingt-neuf personnes ?
Quatre doigts se levèrent (...)
Je termine sur un exemple complexe qui outrepasse assez largement les motivations conscientes ou inconscientes attribuables à Fred.
Je crois entendre un fort écho entre la transfusion de Violette à l'hôpital de Dourdan, sur l'Orge, qui en semi-coma marmonne "et mourir de plaisir", et l'aventure aux sources du vampirisme à Kisilova, au bord du Danube, la Donau en allemand.
Je remarque que les lettres de Donau sont toutes dans Dourdan (comme dans Jourdain). Mieux, dans ce contexte médical, une anagramme de Dourdan est Dr Donau... et mister Ogre ?
J'indiquais dans le dernier billet mes questions à Fred en juin 2001 à propos du nom OGIER rencontré chez elle et chez Demouzon.
De même que le vrai nom de Vargas est AUDOIN = DONAU+I,
de même qu'elle a transformé le nom du village d'origine du vampirisme Kisilova en Kislova, tel que KISILOVA = KISLOVA+I,
de même qu'elle y a fait naître l'oncle Slavko de Danglard, tel que KISLOVA = SLAVKO+I,
je remarque que OGIER = ORGE+I.
Dans l'affaire Ogier du côté Demouzon, j'avais omis la remarquable unique anagramme du nom d'une autre victime de Wolf, Richeaume, donnant la "chaumière" de la grand-mère mangée par le loup, en attendant la chair fraîche du petit chaperon rouge. Voyant que OGIER est aussi OGRE+I, je me suis alors demandé s'il existait une anagramme de RCHEAUME (Richeaume sans I), et mon dictionnaire ne m'a livré qu'un substantif inconnu, "chrémeau".
Le chrémeau est un bonnet dont on coiffait l'enfant après le baptême. Ainsi un premier jeu de lettres sur Dourdan m'a mené au Jourdain du Baptiste Jean, et ces insistants jeux d'anagrammes sans I me ramènent au baptême, dans les méandres du Danube et de l'Orge...

J'ai commencé il y a quelques jours ce billet, afin d'être prêt à le mettre en ligne ce 4 avril à 19:44, en écho au 4/4/44. J'avais collecté quelques images sur la toile, pas encore intégrées au billet, mais un accident sur mon disque dur m'a fait perdre le dossier contenant les images de ce blog. J'avais notamment choisi ceci en tapant l'Alpha et l'Oméga sur GoogleImages.
Il m'a donc fallu rechercher l'image, mais une requête formulée un peu différemment, Alpha-Oméga, m'a fait découvrir le logo d'une association chrétienne US d'amateurs de 4x4 (Benoît 16 n'a-t-il pas interdit le 4x4 à ses ouailles ?), qui est basée sur le même graphisme que les Alpha-Oméga entrelacés précédents. Le 4x4 en ce 4/4 m'a fait choisir cette nouvelle image.
Après un temps froid et pluvieux ces derniers jours sur la Provence, j'ai profité du magnifique soleil de ce 4/4 pour faire une grande balade à vélo et à pied dans la montagne proche, du côté de Jaron où j'ai rencontré un chrisme pendant l'écriture de L'heure du chrisme (je songeais à reprendre pour ce billet des images de chrismes avec Alpha et Oméga); pour la seconde fois je crois depuis 25 ans que je crapahute dans ces sentiers du 04, je suis tombé sur un rallye de 4x4...

25.3.09

pique épique

Après mon billet du 8 janvier, j'avais déjà commencé un billet sur Fred Vargas, resté en plan comme quelques autres.
Je rappelle que j'envisageais dans D'un marteau l'autre un lien entre les deux Missions spéciales de Fandorine, Le valet de pique et Le Décorateur, le premier étant Jack of spades en anglais, le second étant Jack the Ripper, Jack l'Eventreur que Boris Akounine a imaginé être un russe revenu continuer ses exploits à Moscou, discrètement éliminé par Fandorine.
Les figures des jeux de cartes français sont personnifiées, ainsi le valet de pique y est Hogier ou Ogier, un nom qui m'évoque une coïncidence entre deux romans parus en 2000 :
- La promesse de Melchior (mai 2000), d'Alain Demouzon, où le commissaire Jean-François Melchior enquête sur un tueur en série. Ce tueur se sentant en danger tue une amie de Melchior, Hélène Ogier, pour le déstabiliser. Il la tue selon le rituel de ses autres meurtres, ligotage avec de la corde bleue, morsures, prélèvements de cheveux et poils, bien qu'elle ne corresponde pas au profil de ses proies, de jeunes vierges.
- Les quatre fleuves (novembre 2000), roman graphique de Fred Vargas et Baudoin, où le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg enquête sur le tueur en série surnommé Le Bélier, qui massacre ses victimes à coups de serpe et leur écrabouille le visage à la masse. Le jeune Vincent Ogier pique au Bélier une sacoche contenant les preuves de ses crimes, le tueur le retrouve et le tue, sans respecter le rituel de ses autres meurtres, puisque Ogier ne répond pas au profil de ses victimes (Scorpion ascendant Scorpion), mais en laissant sa signature, un bélier stylisé.

Deux histoires parues la même année de tueurs en série tuant chacun un Ogier en dehors de leurs séries respectives, de quoi éveiller mon attention, d'autant qu'il existe un jeu où Ogier, le Valet de Pique, est l'intrus, le Pouilleux (ou Vieux Garçon, Mistigri, Valet Noir, l'intrus pouvant être aussi le valet de trèfle). Il se joue avec un jeu de 32 ou 52 cartes dont on ôte les 3 autres valets. Après distribution des cartes, chaque joueur pose sur la table les paires qu'il peut former. Ensuite chaque joueur fait tirer une carte de son jeu à son voisin, les paires formées sont éliminées, jusqu'à ce qu'il ne reste qu'une carte au perdant, l'affreux Ogier. Dans la variante familiale que je subissais jadis, les autres joueurs pointaient alors un index comminatoire vers le perdant, en clamant en choeur "C'est l'Pouilleux !"

J'ai rencontré Demouzon et Vargas en juin 2001, à l'occasion d'un salon du polar où de nombreux auteurs étaient conviés. J'avais déjà correspondu avec Demouzon à propos de ce roman et d'autres, j'y reviendrai. Concernant Ogier, il n'a pu que me répéter ce qu'il m'avait déjà écrit, qu'il choisissait les noms de ses personnages dans l'annuaire, en variant les initiales.
Le stand de Fred Vargas était proche du mien, et elle y était bien plus sollicitée. J'ai néanmoins profité d'une accalmie pour m'entretenir quelques instants avec elle. Elle ne connaissait pas le roman de Demouzon, elle ne se rappelait plus comment elle avait choisi le nom Ogier, et je crois lui avoir appris que c'était le nom du valet de pique.

Lorsque j'ai lu par la suite Sous les vents de Neptune, j'ai pu me demander si je n'étais pas pour quelque chose dans l'idée d'un assassin choisissant ses victimes pour leurs noms correspondant aux éléments d'un jeu, mais l'idée n'est pas inédite, et elle a notamment été exploitée par...
...Demouzon, dans 822 contre Bouclard, une des énigmes du Crime de la porte jaune, où l'assassin tue successivement un Bauer (nom allemand du pion aux échecs), un Knight , un Lévêque, une Castel (knight, bishop et castle noms anglais des fou, cavalier et tour), et une Reine. Comme le Trident de Vargas, le coupable comptait finir sa série par lui-même, Evariste Rey (rey, roi espagnol).

J'avais encore remarqué que le tueur de Vargas est le Bélier, tandis que celui de Demouzon est un Loup; il se nomme Antoine Wolf ("loup" anglais ou allemand), et a effectivement tout du grand méchant loup, comme il le sera montré plus loin. C'était alors un détail qui me semblait mineur, mais un peu de mémoire m'aurait permis d'entrevoir plus avant l'extrême intrication entre les oeuvres de Vargas et de Demouzon.
Pour ma décharge, j'avais peu apprécié L'homme à l'envers, premier grand succès de Vargas (mars 1999), où mon habitude des codes du polar m'avait fait démasquer le coupable dès les premières pages, aussi en avais-je bâclé la suite de la lecture.
Si je n'étais tout de même guère excusable d'avoir oublié que ce coupable était supposé être un loup, un loup-garou tuant des brebis et des hommes, une relecture m'a fait sauter aux yeux qu'un des membres de l'improbable trio qui traque ce loup-garou est un Melchior, un nom tout de même peu courant, et que dire alors de deux Melchior traquant chacun son loup dans deux romans publiés à un an d'intervalle ?
Certes Melchior n'est qu'un élément secondaire du nom complet du personnage, Soliman Melchior Samba Diawara, mais ce nom est donné à diverses reprises, et Soliman déclare à une occasion s'appeler Melchior tout court (pour alerter ses amis).

A signaler tout de même que Demouzon avait créé le personnage du commissaire Melchior avant que ce Melchior, fils adoptif de la première victime du loup-garou dans L'homme à l'envers, parte à sa chasse.
C'est aussi pour des raisons familiales que Melchior, sans mandat officiel, se lance sur la piste de l'assassin de la jeune Mariette Pontel, fille d'amis de sa cousine. Et son enquête gênant le "Loup" (Antoine Wolf) conduira donc le tueur à tuer l'amie de Melchior, nommée Ogier, tandis que le tueur du roman suivant de Vargas, le Bélier, exécutera aussi un Ogier
J'ai contacté Demouzon à la suite d'une relecture de Monsieur Abel (1979), où j'avais vu un beau schéma que l'auteur n’a pas reconnu comme intentionnel : cet ABEL, retraité dont on ne connaît que ce (pré)nom, décèle une série criminelle dans les morts qui surviennent dans sa petite ville, et les morts se prénomment, dans l'ordre où ils sont identifiés,
Augustin Bravier,
Bernard Noé,
Elisabeth Raguenaud,
Liliane Raguenaud,
initiales ABEL ! Abel vient finalement accuser celui qu’il estime responsable de la machination, lequel a tôt fait de lui démontrer l’inanité de sa construction : il a pris pour des meurtres un suicide, un accident et une mort naturelle, et c’est son enquête qui a provoqué l’assassinat effectif de Liliane… Abel rentre chez lui et se pend.

J'avais donné à Demouzon une des brochures que j'auto-éditais alors, où il était question de l'acrostiche ABEL comme du MKH (Mein Kampf Hitler) imaginé par Queen dans Et le huitième jour... Et voici que paraît La Promesse de Melchior en 2000, où je découvre, dans l'ordre où ils sont abordés, les meurtres de 3 femmes, les seules victimes identifiées de Wolf:
Mariette Pontel,
Karen Richeaume,
Hélène Ogier,
initiales MKH ! Je ne doute alors pas que Demouzon m'ait rendu hommage, et étudie ensuite les noms des victimes, donnant l'acrostiche PRO, comme la PROmesse du titre...
Puis je lis Perrault dans l’épellation de ces initiales P-R-O, Perrault auteur de Barbe-Bleue, conte inspiré par Gilles de Rais, or Wolf habite le pays de Retz, à Pornic, où Gilles de Rais avait un château, et le personnage est volontiers assimilé au loup-garou. PORnic débute encore par les initiales des noms des victimes; la localité est en fait nommée Saint-Marcellin-les-Grèves dans le roman, mais qui connaît la région y identifie sans peine Pornic (ce qui sera la seule chose que Demouzon admettra de mes spéculations, sans toutefois s'expliquer sur ce travestissement).

Le loup le plus connu de Perrault est plutôt celui qui a mangé le Petit Chaperon rouge.Image hébergée par Casimages.com : votre hébergeur d images simple et gratuit Alerté par les possibilités des noms des victimes,
Pontel-Richeaume-Ogier,
j'ai permuté leurs lettres jusqu'à obtenir
Le Chaperon Rouge imité
exacte anagramme me confirmant un jeu fort subtil de la part de l'auteur...
...qui a nié l'ensemble de mes spéculations, ici présentées au plus bref, tout en s'étonnant de leur pertinence, et en m'informant de quelques autres détails, le plus troublant étant que Demouzon voulait intituler son roman Melchior et le fil bleu, en référence au "fil rouge", ou point commun d’une série quelconque, mais l'éditeur n'a guère apprécié cette ficelle. Ainsi les petites demoiselles bleues mordues par Wolf avaient bien une relation immédiate au rouge...
Si donc tout ceci n'avait rien d'intentionnel, ce qui me comble d'aise, Demouzon en a été impressionné et m’a gratifié d'une discrète allusion dans son roman suivant, Melchior en Automne, où le commissaire rencontre la sœur de la Richeaume assassinée par Wolf, qu’il compare à un petit chaperon rouge…

Quelques brèves indications montreront que mes "décodages" de Demouzon n'avaient rien d'absurde, ainsi son Quidam (1980) est clairement une version moderne de La Belle au bois dormant, et les énigmes du commissaire Bouclard utilisent toute la panoplie des jeux de langage, comme l'acrostiche dans Animaux de compagnie, et l'anagramme dans Jeux de mots, jeux de vilains, où un tueur de dames de petite vertu révèle aux enquêteurs son nom et son adresse, sa rue de L'ETOILE étant notamment codée par l'anagramme de OEILLET.

Or chez Vargas, l'une des victimes du tueur de femmes de Sans feu ni lieu (1997) habite cette même rue de l'Etoile, choisie comme les autres localisations d'après un poème de Nerval, avec probablement une astuce intime de l'auteur comme indiqué dans le dernier billet.

Je n'ai pas vu d'anagramme immédiate dans ce roman, mais il est remarquable que ce tueur parisien vienne de NEVERS, où il a commis une autre série de crimes, tandis que le prochain roman de Vargas sera L'homme à l'ENVERS !

Quant au fil bleu du Wolf tueur de vierges, gardant en souvenir des cheveux et poils de ses victimes, il évoque les traces de cirage bleu accompagnant les assassinats de vierges dans Dans les bois éternels, le Vargas cru 2006, et les profanations de leurs tombes trois mois plus tard pour récolter leurs cheveux poussés après la mort...
La coupable, qui entendait dérouter les enquêteurs par ce "fil rouge" bleu, se prénomme Ariane.

C'est encore une Ariane qui est le "fil rouge" reliant les vraies proies du loup-garou de L'homme à l'envers, qui sont toutes trois des amants de la mère du tueur, Ariane Germant.

Si le nom de la femme de Barbe-Bleue n'est pas donné par le conte, Dukas et Maeterlinck l'ont baptisée Ariane dans leur opéra Ariane et Barbe-Bleue, dont l'argument est assez éloigné du conte originel. Il y a 5 épouses précédentes de Barbe-Bleue, toujours en vie mais prisonnières, et leurs noms sont propres à combler l'amateur babélien d'acrostiches :
Sélysette (mezzo-soprano)
Ygraine (soprano)
Mélisande (soprano)
Bellangère (soprano)
Alladine (rôle muet)
Dans l'ordre donné par le livret, ils forment SYMBA, or SIMBA est le nom du lion dans plusieurs langues africaines (et celui du Roi Lion). Google donne beaucoup de résultats avec cette orthographe, c'est notamment le nom d'un groupe funk californien qui a enregistré un album en 1980, dont la pochette est éloquente. Voyant que le 4e morceau de la seconde face dure 4'44", je le cherche sur YouTube, mais n'y trouve que le 1er morceau, Hold on, 7:34 sur le disque, coupé ici à 4:44...
Je rappelle que mes recherches sur Babel-Sesak m'ont mené au lion russe львев et au lion tokharien śiśäk, ce qui m'a fait découvrir le château triangulaire de Sisak.Le Triangle St-Marcellin_St-Quentin_St-Etienne Or j'avais vu que les lieux des trois crimes MKH ou PRO de La Promesse de Melchior dessinaient un presque parfait triangle équilatéral dans notre hexagone, voir ci-contre la carte GoogleEarth, avec bien sûr Pornic au lieu de l'imaginaire St-Marcellin.
Mon amie dp a eu la curiosité de faire des recherches sur le nom Adamsberg, qui s'avère étonnamment peu connu en dehors du personnage du commissaire vargasien.
Une requête correctement formulée mène à l'ancien nom allemand d'une montagne de Ceylan, Sri Pada, "le Pied Sacré", Adam's Peak, Adamspik, Pic d'Adam, lieu sacré pour 4 religions, à cause d'une empreinte de pied géant à son sommet, qui serait selon les hindouistes celle de Shiva, selon les bouddhistes celles de Bouddha, selon les chrétiens celle de saint Thomas, et enfin selon les musulmans celle d'Adam.
Une montagne quadruplement sacrée, à Ceylan au-dessus de laquelle Jung se baladait dans ses visions de 44..., et revenant à plusieurs reprises dans ce blog avec le Pont d'Adam !
Mieux, les visiteurs peuvent prendre un sacré pied le Triangle des Bermagdasà l'aurore au sommet de ce Pic d'Adam, dont le cône triangulaire se projette pendant quelques minutes sur les nuages et les vallées environnantes. J'ai d'abord pensé que cette image était un trucage, une surimpression analogue à ce que j'avais réalisé avec l'Etoile de Babel, fondant les châteaux triangulaires de Wewel et Sisak, mais on en trouve aisément d'autres photos.

Sri Pada, nom sanskrit d'Adamsberg ou d'Adamspik, offre un curieux écho au vrai nom de l'homme à l'envers, le loup-garou, Padwell, avec well signifiant "bien", un des sens du sanskrit Śrī. qu'on sert PADLOUPCe Padwell-Johnstone est un spécialiste des ours et des loups, et donc quelqu'un qui sait reconnaître leurs empreintes, leurs traces. Il évoque page 95 une grosse empreinte de patte repérée près du mont Vence.
Ce mont Vence est inconnu dans le Mercantour, comme le hameau des Ecarts où commence la piste sanglante du loup-garou, avec l'égorgement de la mère de Soliman Melchior. ECARTS est l'anagramme de TRACES, comme de CARTES.

Tout ceci m'amène au point culminant, au pic de cette Quel panard !page épique. On sait que les soeurs Vargas ont emprunté leur pseudo à la danseuse espagnole Maria Vargas, La Comtesse aux pieds nus. Or en espagnol les lettres B et V ont une prononciation quasi identique, ainsi VARGAS = BARGAS, lettres toutes présentes dans ADAMSBERG, laissant de reste les lettres DME, premières lettres de DEMouzon, sa cote dans les bibliothèques.
Ainsi le principal personnage créé par notre "reine du polar" a-t-il pour anagramme BARGAS + DEM, le nom de sa créatrice et la cote de celui qui fut dans les années 70 un autre "roi du polar", et qui a toujours son rang dans cette littérature, avec sa série des Melchior, un nom de roi mage, dérivé d'ailleurs du sémitique melech, "roi".
Il me semble qu'on a pu affubler Demouzon du diminutif Dem' (dans Métal Hurlant), ce qui n'aurait sans doute guère été de son goût, attendu qu'un écrivain catho signait du nom de plume Marc Dem.
Consultant sa fiche wiki, quelques minutes après avoir comparé Adamsberg à Padwell, je découvre que ce Dem a écrit 3 polars sous le pseudo Mark Demwell.

Quelques petites choses que je n'ai pu caser dans le fil principal :
Un lien privilégié entre Abel et Barbe-Bleue est le personnage Abel Tiffauges du Roi des Aulnes, de Michel Tournier. Quelques détails du roman donnent à penser que ses initiales AT ("athée") n'étaient pas indifférentes à l'auteur. Tiffauges est le château principal de Gilles de Rais, et mes investigations sur le triangle des crimes de Wolf m'avaient fait constater que, en partant des villes réelles de St-Quentin et St-Etienne, un triangle idéalement équilatéral aurait eu son troisième sommet à mi-distance entre Pornic et Tiffauges, les deux châteaux de Barbe-Bleue...

Chez Demouzon Ogier se prénomme Hélène, qui est l'un des noms de la dame de coeur (le plus souvent Judith, mais je me rappelle de jeux avec Hélène). Chez Vargas Ogier est tué par un Roland (Vinteuil), un des noms du valet de carreau (le plus souvent Hector).

Dans Le premier né d'Egypte, second polar de Demouzon, un tueur (manipulé) signe ses crimes en envoyant à ses victimes une dame de pique, en référence à leur faute originelle, un jeu sadique en mai 1944 (!) où elles ont obligé un jeune homme à tirer au sort sa vie ou sa mort, signifiées par les dames de coeur et de pique.

Sollicité par la revue Caïn, j'ai créé en 2001 le personnage récurrent de l'As Depic, et écrit en hommage aux victimes ABEL de Demouzon sa seconde aventure, Le cas Nard, où 4 soeurs d'initiales CAIN tuent un BELA. Si je pensais à Bartok, compositeur du Château de Barbe-Bleue, la présence d'une dame de pique au centre d'un mandala découlait du nom de mon personnage, créé avant de penser à cet hommage à Demouzon.
Mes criminelles étaient les SOEURS MORDYLAN, anagramme de RAYMOND ROUSSEL, auquel j'ai consacré une étude sur les acrostiches, avec notamment les 8 premiers vers d'un poème donnant pour acrostiche UDENAEAP, anagramme de PEAU D'ÂNE, un autre conte de Perrault...

Le billet commencé il y a deux mois se limitait à cette vidéo :

12.3.09

Richelieu Indre-et-Loire

pour Siriane, née le 12/3/8

J'ai relu depuis le dernier billet quelques romans de Fred Vargas, venus confirmer qu'elle concerne au premier chef mes intérêts quaternitaires.
Je constate une claire évolution de son oeuvre vers les thèmes ésotériques, traités d'abord rationnellement, puis de moins en moins, évolution telle qu'il était logique de voir apparaître le vampirisme, si logique d'ailleurs que j'avoue ne pouvoir imaginer ce qui viendra ensuite.
J'évoquais dans le dernier billet l'anagramme, et ce semble bien être, avec le vampirisme, un fil conducteur pour les coupables des 6 romans à partir de 1999:
- 1999: L'homme à l'envers, chasse au loup-garou, souvent nommé "vampire" par les protagonistes. Le coupable est prénommé LAWRENCE (Lawrence Donald Johnstone, dont le vrai nom est Stuart Donald Padwell).
- 2000: Les quatre fleuves, un tueur astrologue et ésotériste, qui puise sa force de ses victimes, et qui se prénomme ROLAND (Roland Vinteuil). C'est une anagramme phonétique de LAURENT, forme française du prénom du tueur précédent, dont une orthographe existante est d'ailleurs LORAND, exacte anagramme alphabétique de ROLAND.
- 2002: Pars vite et reviens tard, la peste, souvent associée au vampirisme depuis le Nosferatu de Murnau. Celui qui se venge en répandant la peste se prénomme ARNAUD (Arnaud Damas Heller-Deville, se faisant appeler Damas Viguier), dont une autre forme est ARNOLD, exacte anagramme de ROLAND.
- 2004: Sous les vents de Neptune, un mort-vivant, qui tue bien qu'il soit déjà enterré depuis 16 ans, qui étripe ses victimes mais qu'Adamsberg appelle plutôt improprement "empaleur", comme le Dracula historique surnommé Vlad Tepes, Vlad l'Empaleur (tiens TEPES est l'anagramme de PESTE). Le vrai nom du tueur est ROLAND Guillaumond.
- 2006: Dans les bois éternels, une autre tueuse ésotériste, engagée dans un rituel la menant à la vie éternelle. Une intrigue secondaire montre Adamsberg suspecté d'avoir torturé (et étripé) à 13 ans un garçon de 8 ans; le coupable était en fait un ROLAND (Roland Seyre, ceci dans le même village où le ROLAND précédent avait commis un étripage attribué au frère d'Adamsberg).
- 2008: Un lieu incertain, enfin, avec le vampirisme en clair. Le coupable est un descendant de ARNOLD Paole, "vampire" historique, Paul Josselin de Cressent.

Lawrence-Roland-Arnaud-Roland-Roland-Arnold, et qui ne voit pas le fil pourra demander de l'aide au coupable principal des Bois éternels, Ariane Lagarde... Parmi les 6 romans précédents, deux autres coupables peuvent s'intégrer à la série, en fait dans les deux premiers romans, James Arnold Gaylor dans Les jeux de l'amour et de la mort (1986), et Lorenzo Vitelli dans Ceux qui vont mourir te saluent (écrit en 1987).

La redondance des Roland me paraît inconsciente, justement à cause de leur proximité. A noter que les 3 Roland sont des êtres totalement négatifs, tandis que les autres coupables accomplissent des vengeances justifiables, qu'ils mènent d'ailleurs à leur terme théorique, avec une étrange similitude dans leurs palmarès effectifs malgré des conditions initiales différentes:
- Lawrence a 3 hommes à exécuter, et y parvient, mais son plan lui a fait sacrifier 2 victimes innocentes, total 5 morts;
- Arnaud a 8 personnes sur sa liste, qu'il croit avoir toutes condamnées en leur inoculant la peste, mais il ignore que ses puces sont inoffensives et que les morts sont causées par des tiers, arrêtés alors qu'il n'y a eu que 5 morts effectives;
- Le descendant d'Arnold a 5 "Plog" à éliminer, et y parvient, sans dégâts collatéraux.

Je rappelle donc que, quoi qu'il en soit des intentions de Vargas, elle n'a pas inventé le nom d'Arnold Paole, ni que le premier vlkoslak, "vampire", soit apparu à Kisilova, peu avant et non loin de cet Arnold, et je dois à la discrète et indispensable dp une remarquable info dans la veine vampiro-anagrammatique.
Je citais dans le dernier billet Carmilla (alias Marcilla et Mircalla), en tant que première histoire littéraire vampirique (1871), mais elle me signale bien antérieur, avec, cocorico!, La Guzla, de Mérimée (1827). Il s'agit en fait à l'origine d'un pastiche, attribué à un poète illyrien, réitérant un autre coup de maître du jeune Mérimée qui, en 1825, avait publié à 23 ans Théâtre de Clara Gazul, recueil de pièces d'une prétendue jeune comédienne espagnole, nièce d'un non moins prétendu officier pendu en 1813 par les Français, Gil Vargas.
On sait que Frédérique Audoin-Rouzeau a choisi le pseudo déjà utilisé par sa jumelle, la peintre Jo Vargas, emprunté au personnage d'Ava Gardner dans La Comtesse aux pieds nus. Rien à voir donc avec cette nièce Vargas, dont le nom Gazul sera anagrammatisé par Mérimée en Guzla, pour un recueil de légendes et poésies illyriennes où les vampires sont abondamment présents.
Mérimée y recopie des passages du traité de Dom Calmet, comme la légende de Kisilova, où le nom du vampire n'est pas cité, et l'histoire d'Arnold Paul, relatée en détail, puis imagine une anecdote dont son personnage aurait été témoin, survenue dans la famille Poglonovich, nom probablement issu du vampire de Kisilova, Plogojowitz; ainsi Mérimée aurait, 180 ans avant les "Plog" de Vargas, conçu une histoire de "Pogl"...

Concernant l'anagramme vampirique, il m'est souvenu qu'une des premières "vamps" du cinoche fut Musidora, interprète de IRMA VEP dans Les VAMPIREs de Feuillade (1915).

Il est encore curieux que le début et la conclusion de Un lieu incertain concernent Londres, LONDRA en roumain, comme chacun sait langue de prédilection des vampires, autre anagramme de ARNOLD (le roman s'ouvre sur la découverte de 17 pieds coupés à la porte du cimetière de "Higegatte", déposés donc par le descendant d'Arnold).

J'en viens à mon sujet principal, Sous les vents de Neptune, que je n'avais guère aimé en 2004, en partie peut-être parce que je l'avais lu juste après Pars vite et reviens tard, si totale réussite qu'il était difficile de rester au même niveau. Je me souviens avoir pensé à l'époque à des contraintes d'écriture : ainsi la scène grotesque de la "cavale" d'Adamsberg, caché à califourchon dans le dos de Violette, après un incompréhensible passage par Detroit, ne cachait-elle pas un jeu rousselien, Cheval de Troie-Cavale Detroit ?

Libéré du souci de suivre les méandres d'une intrigue alourdie d'épisodes semblant inutiles, j'ai discerné une nette redondance de certains nombres, à savoir 4, 8 et 44, en laissant de côté le 3 du trident arme des crimes, mais précisément le modus operandi de l'assassin lui fait utiliser 4 outils pointus identiques, 3 qu'il soude aux branches de son trident, et le 4e laissé sur place entre les mains d'un suspect idéal passera pour l'arme du crime.
La police scientifique est incapable de discerner la régularité des blessures, malgré les alertes réitérées du rêveur Adamsberg, à contre-emploi dans un rôle de calibreur obsédé par une précision millimétrique...

Une liste détaillée des occurrences des nombres en cause serait fastidieuse, et je m'en tiendrai à deux passages.
Le roman débute le 4 OCTObre (ou 4-HUIT), par une série de 4 événements perturbant Adamsberg, jusqu'au moment où il en saisira le point commun:
- un journal feuilleté machinalement en discutant avec Danglard;
- 3 documents fixés côte-à-côte par des punaises rouges,;
- une serveuse au restaurant équipée d'une fourchette à 3 dents;
- un panneau annonçant une exposition de peinture au Grand-Palais, jusqu'au 17 décembre (la Saint-Lazare soit dit en passant), avec un tableau représentant Neptune.
Il consulte un vieux manuel, y voit Neptune et son trident, se couche et se réveille vers 4 heures du matin. Ses bras se mettent à trembler, rien de commun avec les quatre précédentes tornades. Il cherche de l'alcool et trouve une bouteille de genièvre à 44°, dont il avale deux verres. Il revient au bureau étudier le journal feuilleté quelques heures plus tôt, et y découvrir ce qui l'avait alerté subliminalement : la photo d'une jeune fille assassinée en Alsace et de sa triple blessure au ventre, marque du Trident, du juge Fulgence, l'abominable tueur né en 1904 qu'il a traqué inlassablement, jusqu'à sa mort en 1987, 16 ans plus tôt. Celui qu'il appelle le diable a tué 8 personnes, de 1949 en Loire-Atlantique (44) jusqu'à 1983 en Charente (16), sans jamais être inquiété, pour 4 raisons distinctes énumérées par Adamsberg.
4 photos transmises d'Alsace lui confirment que le crime est absolument identique à ceux du juge qui, s'il n'était mort, aurait actuellement 99 ans...

Intermède au Canada, dont Adamsberg revient en cavale, accusé de meurtre, couvert par le divisionnaire Brézillon qui lui a fourni de faux papiers au nom de Denis Lamproie.
Il découvre que quelqu'un qui ressemble au juge a commis 4 meurtres au trident depuis 87, dans 4 lieux où il a loué des châteaux ou manoirs sous des identités évoquant la grandeur et la clarté : Alexandre Clar, Lucien Legrand, Auguste Primat, Maxime Leclerc.
Curieusement, "lamproie" fait entendre les mots "lampe" et "roi", et c'en est exacte anagramme...
Adamsberg-Lamproie demande l'exhumation, le cercueil ne contient qu'un sac de sable...
J'indiquais dans le billet précédent que cette exhumation à Richelieu fait sens pour Fred Vargas, fille de Philippe Audoin, surréaliste spécialiste de l'étrange Maurice Fourré, auteur à la fin de sa vie de 4 romans symbolistes, dont le second, La marraine du sel, se passe à Richelieu.
Or le premier se passe dans un hôtel de la rue Delambre, et le roman précédent de Vargas tourne essentiellement autour du carrefour Edgar-Quinet-Delambre, où elle évoque une "colonne Morris" inexistante, colonne significative pour un lecteur du roman de Maurice dont l'édition originale affichait une colonne, la colonne Saint Cornille de "Tonton Coucou"...
Ma relecture de Neptune apporte une éclatante confirmation, avec la résidence précédant l'établissement du juge à Richelieu, la Tour-Maufourt (qu'on cherchera aussi vainement en Charente qu'une colonne Morris sur la place précitée), Mau-Four premières syllabes de Mau-rice et Four-ré.
Avec moins de certitude, les noms évoquant grandeur et clarté pourraient se rapporter aux deux autres prénoms de Maurice, Jules (un autre empereur) et Philibert ("très brillant").

Après l'exhumation, Adamsberg reste à l'hôtel à Richelieu, où il réfléchit sur les noms des victimes du juge:
Ventou et Soubise émergeaient, venant se ranger auprès de Wind et Autan. Quatre évocations du vent. Adamsberg (...) dressa la liste des victimes, cherchant des rapports entre leurs douze noms, mais hormis ces quatre souffles d'air il ne décelait aucun autre lien.
Le vent. L'Air. L'un des Quatre Eléments, avec le Feu, la Terre et l'Eau. Le juge avait pu chercher à rassembler une sorte de cosmogonie le rendant maître des quatre éléments. Le rendant dieu, comme Neptune avec son trident, ou Jupiter avec sa foudre.
A noter qu'Adamsberg, dans la cité "cardinale", ne penseillustration par Raban Maur de la correspondance des 4 lettres grecques ADAM avec les 4 régions du monde pas aux Quatre Vents, aux Points Cardinaux, alors qu'une lecture classique du nom Adam voit dans ses 4 lettres les initiales des 4 directions en grec, Anatolê, Dusis, Arktos, Mesembria (Est, Ouest, Nord, Sud). La première phrase du récit à Richelieu décrit Adamsberg portant un bonnet arctique.
Ne tirant rien d'autre des noms des victimes, Adamsberg repense au témoignage d'un médecin qui a soigné le mort-vivant en Alsace, et qui lui voyait 15 ans de moins que les 99 donnés par l'état civil,
Mais que pouvait faire un état civil au diable ?
Il sort de l'hôtel et déambule dans les rues droites de Richelieu, jusqu'à un parc où se dresse une statue du cardinal.
Vingt-cinq ans en 1944 et non pas quarante. Pourquoi 1944 ? Adamsberg leva les yeux vers le visage du cardinal, comme s'il attendait de lui une réponse. Tu le sais fort bien, jeune homme, sembla lui confier l'homme en rouge. Bien entendu qu'il le savait, jeune homme.
1944. Un meurtre à trois coups, en ligne droite, mais qu'il avait dû éliminer de sa moisson en raison de l'âge beaucoup trop jeune du coupable, vingt-cinq ans et non pas quarante.
Ainsi Adamsberg a fait trois découvertes successives:
- 4 vents
- 4 éléments
- 1944
qui m'évoquent évidemment aussitôt le 4/4/44, le 4 avril 1944, la date clé où Jung est entré en convalescence tandis que le docteur qui l'avait sauvé se couchait pour ne plus se relever. Jung voyait cette mort correspondre symboliquement au foudroiement par Jupiter d'Esculape, coupable d'avoir outrepassé ses fonctions de guérisseur en ramenant des hommes ayant franchi les portes de la mort, et le trident du juge est à maintes reprises assimilé à la foudre de Jupiter, comme dans la citation ci-dessus et l'illustration ci-contre...
Je n'imagine pas Vargas avoir eu Jung en tête, le 4/4/44 représentant une répétition de 4 en parfaite cohérence avec la logique de son récit, et ce ne serait qu'un hasard minime s'il ne venait s'y greffer une coïncidence de la plus extrême précision. Le juge est donc en fait Roland Guillaumond, qui a étripé sa mère le 12 mars 1944, âgé de 25 ans, au moment même où Jung était entre la vie et la mort. C'est la seule date donnée sous cette forme, avec celle du décès officiel du juge, le 19 novembre 1987.

Le juge était plus jeune (jung) qu'il n'y paraissait, et, sans autre précision, il aurait été maximalement jeune s'il avait eu exactement 25 ans ce 12 mars 44, s'il était donc né le 12 mars 1919, or du 12 mars 1919 au 19 novembre 1987, il y a exactement autant de jours (25088 jours pleins, ou 4 fois 6272), que du 26 juillet 1875, naissance de Jung, au 4/4/44, l'une des seules dates données dans Ma Vie..., celle de son retour parmi les vivants 6272 jours avant sa mort effective.

Soit 17 ans et quelque, et le juge réapparaît 16 ans après sa mort présumée, encore en parfaite santé. Comme il échappe aux flics à la fin du roman, on peut supposer qu'il vivra aisément jusqu'au 20 janvier 2005, 6272 jours après sa fausse mort du 19/11/87.
Il achèvera de toute manière en mourant son entreprise, réunir une main gagnante au jeu de Mah-Jong, soit 14 honneurs répartis en 4 brelans et 1 paire. Carrément le Mah-JONG, dont une autre graphie est d'ailleurs Mah-JUNG, et jong signifie "jeune" en néerlandais...
Et puis cette main gagnante qui est une quintessence, 4+1 combinaisons... Je me prête volontiers au jeu, avec cette tentative de reconstitution du schéma symbolique de l'entreprise, en remplissant quelques blancs laissés par Vargas:
- 12 mars 1919 : Marie Guillaumond accouche de Roland, épreuve si terrible qu'elle refusera ensuite son corps à son mari Gérard, dont elle pourrira la vie par tous les moyens possibles, notamment en le déclarant chaque soir incapable de réussir une "main d'honneurs", lors de la partie obligatoire de Mah-Jong.
- 12 mars 1944 : après la mort de son père Gérard, Roland embroche Marie avec le trident paternel. Ce sera la première tuile de sa main d'honneurs, un Dragon vierge.
- de 1949 à 1983 : sous l'identité du juge Fulgence, constitution de 4 paires d'honneurs, Dragons rouges, Dragons verts, Vents du nord, Vents du sud, par l'étripage de victimes aux noms adéquats, avec le trident légèrement modifié.
- 19 novembre 1987 : mort du juge Fulgence, non pour échapper à la traque dérisoire d'Adamsberg, mais pour des raisons symboliques profondes.
- de 1993 à 2003 : 4 crimes sous de nouvelles identités, complétant les paires précédentes en brelans (kung).

- 20 janvier 2005 : ultime achèvement, Roland Guillaumond s'éloigne en canot du Mas Jung (nom de la propriété de Jose Maria Sert, tel qu'orthographié dans La vie secrète de Salvador Dali), loué sous sa véritable identité, saborde le canot au large, et s'immole avec le trident originel du Père Gérard, constituant avec sa Mère Marie la paire de Dragons vierges complétant la main gagnante MA JUNG (car le JUGE, bien entendu, était resté puceau). Ce dragon est encore le basilic, qui se foudroie en tournant son regard meurtrier vers lui-même, le basilic également présent chez Fourré, où Basilic Affre tue son double le baron Tête-de-Nègre, figure du Diable...

Et Fourré dans tout ça, justement ? Je rappelle que je me suis intéressé à Four-ré à cause de son nom, lu 4-d, soit 4-4, et de ses 4 romans. Or ces romans ont été écrits dans la cinquième partie d'une vie (1876-1959) chevauchant étroitement celle de Jung (1875-1961).
Ceci m'a conduit à calculer la durée de vie de Fourré, né le 27/06/1876, mort le 17/06/1959, soit exactement 30303 jours pleins, nombre étrangement symétrique, immédiat écho au trident du juge vargasien...
Les 4/5es de la vie de Fourré seraient tombés le 12 novembre 42. S'il est difficile de relier cette date à un événement précis de sa vie assez peu documentée, je remarque que ce jour sont sortis deux films aux noms voisins, Frédérica de Jean Boyer et Patricia de Paul Mesnier; ce dernier est l'histoire d'une jeune fille élevée avec 4 orphelins adoptés par sa tante...
Fourré se proclamait Nantais de coeur, et le juge Fulgence débutera sa carrière fulgurante dans ce département 44, où il rendra la justice de 49 à 59, et étripera trois personnes.

Fourré était déjà nettement présent dans les romans de Vargas précédant son évolution "ésotérique". C'est ainsi que dans Un petit peu plus loin sur la droite (1996), on présente à Louis le jeune Gaël, contemplatif irréfutable (page 169), qu'il se remémore ensuite en rêveur définitif (page 210), claire allusion au livre consacré par Audoin père à Fourré.
Dans Sans feu ni lieu qui a suivi en 1997, un tueur s'inspire du sonnet de Nerval El Desdichado pour tuer des femmes square d'Aquitaine (Le Prince d'Aquitaine), rue de la Tour-des-Dames (à la tour abolie), et rue de l'Etoile (Ma seule étoile est morte).
Les enquêteurs amateurs (Louis et les 3 évangélistes) ayant compris le truc tentent de deviner le lieu du 4e crime, sachant qu'il vient ensuite dans le sonnet le soleil noir..., qui est aussi l'éditeur du livre d'Audoin père. Ils imaginent 3 rues possibles, mais le meurtrier en a choisi une 4e, où il sera néanmoins appréhendé, saint Marc ayant deviné qu'il s'agit de Paul Merlin, or un fourréphile notoire est Claude Merlin, auteur et metteur en scène d'une adaptation de La nuit du Rose-Hôtel. Sans raison évidente, sinon qu'il y a des prostituées et donc des Eros-hôtels dans la rue Delambre (du Rose-Hôtel fourréen), le roman de Vargas commence et s'achève dans cette rue par des dialogues entre deux horizontales.
Si la plupart des allusions à Fourré semblent anecdotiques, l'énigme du Soleil Noir est ici au coeur de l'intrigue, et elle est triplement associée à des quaternités jungiennes 3+1 (les enquêteurs, le 4e crime, ses 4 localisations).

Voilà. Je suis désolé du côté hétéroclite de ce billet, dont l'écriture a été perturbée par la découverte des possibilités jungiennes de la date du 19/11/87, ce qui a bouleversé un vague plan prévu au départ, et rejeté au prochain billet d'autres approfondissements sur l'oeuvre de Vargas.
Je suis le premier ébahi du retour du 4/4/44 sous ses diverses formes, mais néanmoins conduit à constater une certaine logique dans l'irrationnel, en parfaite continuité par exemple avec la dernière enquête d'Adamsberg à la latitude 44°44'.
Je rappelle que ma découverte du schéma du 4/4/44 aux 4/5es de la vie de Jung m'est venue plutôt bizarrement, imprimée dans ma tête au réveil le 8 septembre dernier. Pas complètement gratuitement toutefois, puisque j'étais alors occupé par les points communs entre Des jours et des nuits, roman explicitement jungien de Gilbert Sinoué, et les polars "minoens" de Paul Halter. Or il y a des crimes au trident dans l'un d'eux, Le géant de pierre, ce qui est peu banal.
Mieux, Paul Halter habite Haguenau, et c'est dans un Schloss à côté de Haguenau que le Trident s'est établi sous le nom de Maxime Leclerc, pour commettre le dernier meurtre de son programme, à Schiltigheim, celui qui relance Adamsberg sur l'affaire.
Il y a deux crimes au trident dans Le géant de pierre, celui de Maleus dans l'Antiquité (latin malleus, "marteau", voir le Marteau de Thor, avec lequel il projetait la foudre), et celui contemporain d'un gars connu par son seul prénom, Guy, évoquant facilement L'Eclair ! Bertin, propriétaire du Viking au carrefour Quinet-Delambre dans Pars vite et reviens tard, a nommé son troquet selon l'étymologie du nom Toutin de sa mère (page 46), Tor-stein, "pierre ou marteau de Thor", ce qui sera rappelé dans Dans les bois éternels (page 51).

Les crimes du juge amènent un autre curieux écho. Roland Guillaumond, 25 ans, a donc étripé sa mère le 12 mars 1944, en revenant de l'enterrement de son père Gérard, lui attribuant la responsabilité directe ou indirecte de sa mort, à Collery (localité imaginaire) en Sologne.
Ces parents assassinés d'un amateur de demeures seigneuriales, pendant la dernière guerre, m'évoquent la tuerie du château d'Escoire (Dordogne), en 1941, où un certain Henri Girard, 24 ans, fut accusé d'avoir tué son père, sa tante et une domestique à coups de serpe. Acquitté contre toute attente, il est devenu ensuite un écrivain célèbre sous le nom de Georges ARNAUD (voir plus haut les Arnaud-Arnold-Roland, et le Roland des Quatre fleuves tue ses victimes à coups de serpe; par ailleurs la 4e localisation du juge est en Dordogne, où il a tué un certain Daniel Mestre en 1977).

Ayant donné un titre au billet précédent dérivé de celui du premier roman de Maurice Bedel, Jérôme 60° latitude nord, il m'a semblé s'imposer d'utiliser pour celui-ci le second titre de l'auteur, Molinoff Indre-et-Loire. Il s'agit du département 37, or, à cause des âges clés de 37 et 60 ans d'Ariane dans Dans les bois éternels, j'ai été conduit à intégrer le peu que j'avais à dire alors sur Vargas à une page essentiellement consacrée à 37e parallèle, polar de Colette Lovinger-Richard à la structure calquée sur celle des Enfants du capitaine Grant. L'astuce essentielle du roman de Verne est la découverte d'un message en grande partie effacé, dont plusieurs reconstitutions vont être proposées tour à tour, or on retrouve le même procédé dans Neptune, avec un intérêt narratif plutôt faiblard.

Je remercie les membres de l'AAMF (Association des Amis de Maurice Fourré), notamment Béatrice Dünner (qui a repéré le rêveur définitif dans Un peu plus loin sur la droite), et Bruno Duval, qui m'a appris qui était le père de Fred Vargas.

Cette page convertit les dates grégoriennes en jours juliens astronomiques, et réciproquement, permettant de vérifier aisément les calculs vus plus haut.

Note du 6/4 : Je viens d'être informé de cette curiosité sur YouTube, Nerval récitant lui-même son Desdichado:

J'ai aussi pensé depuis que le "Soleil noir" pouvait avoir été à nouveau évoqué par Fred dans le roman suivant Sans feu ni lieu, avec le personnage du noir Sol dans L'homme à l'envers.

1.3.09

Jean-Baptiste 44°44' latitude nord

Lundi 16 février dernier j'ai acheté 3 polars au marché de Forcalquier.
J'y ai consacré cette page, mais j'entends développer un point concernant éminemment Quaternité.
Il s'agit du dernier Fred Vargas, Un lieu incertain, où un homme est assassiné et découpé en menus morceaux. L'indice essentiel est un petit billet que l'homme voulait envoyer à une Allemande, qui partagera la même infortune, billet s'achevant sur un mot écrit en cyrilique,
Кислова.
Soit Kislova, et les enquêteurs découvrent qu'il s'agit d'un petit village de Serbie, également nommé Kiseljevo, au bord du Danube frontière avec la Roumanie. C'est dans ce village qu'est né le vampirisme, avec une troublante affaire qui a fait le tour de l'Europe en 1725.
Comme par hasard Danglard, le fidèle adjoint du commissaire Adamsberg, avait un oncle originaire de ce minuscule village, Slavko Moldovan.
Je remarque aussitôt que toutes les lettres de SLAVKO se trouvent dans KISLOVA. Il y a un "I" en plus, mais curieusement le vrai nom de Vargas est AUDOIN (Frédérique), qui contient toutes les lettres du nom allemand du Danube, DONAU, avec encore un "I" surnuméraire.
Je trouve très rapidement en me renseignant sur les vampires qu'un de leurs noms est VLKOSLAK, composé des mêmes lettres que SLAVKO. C'est la page Wikipédia sur Dracula qui me l'apprend, et je vais consulter le début du roman Dracula, où, avant son rendez-vous avec le Comte, Jonathan Harker se trouve dans une auberge dont les hôtes le considèrent avec effroi et pitié, se signant en proférant des paroles en de multiples langues:
Je pris mon dictionnaire polyglotte, et cherchai la signification de tous ces mots étranges. J'avoue qu'il n'y avait pas là de quoi me rendre courage car je m'aperçus, par exemple, que ordog signifie Satan; polok, Enfer, stregocia, sorcière, vrolok et vlkoslak quelque chose comme vampire ou loup-garou en deux dialectes différents.
La version originale est plus précise:
'vrolok' and 'vlkoslak' - both of which mean the same thing, one being Slovak and the other Servian...
Décidément... Si je ne connais rien aux langues slaves, je suppose qu'il y existe d'autres consonnes que SLVK, ces lettres que j'ai vues correspondre à celles du jeu en hébreu entre BaBeL et SeSaK, le nom de la ville de la confusion des langues, et son codage alphabétique employé dans le livre de Jérémie. En fait, il semble bien qu'il y ait eu une erreur dans le texte original de Dracula, reprise dans toutes ses éditions, et que le vrai nom serbe du "vampire" soit vlkodlak.

Les enquêteurs interprètent d'abord Kislova comme un mot secret entre amoureux, à comprendre kiss (of) love, "baiser d'amour", or la morsure du vampire est souvent appelée "baiser", et souvent aussi désirée par sa victime, avec des connotations érotiques présentes dès le roman de Stoker, où Jonathan est fasciné par les lèvres gorgées de sang des créatures de Dracula :
Oui, je brûlais de sentir sur les miennes les baisers de ces lèvres rouges.

La requête Kiss of love Dracula amène quantité de résultats, dont j'extrais cet immortel kiss of love. L'expression n'apparaît pas dans le roman original, mais les deux mots clés avoisinent dans le dernier chapitre, lorsque Van Helsing découvre les cercueils des vampiresses:

Then the beautiful eyes of the fair woman open and look love, and the voluptuous mouth present to a kiss, and the man is weak. And there remain one more victim in the Vampire fold. One more to swell the grim and grisly ranks of the Undead!...

Je suis toujours sidéré de ma découverte des châteaux triangulaires de Wewel et Sisak, permettant la superposition que j'ai nommée Etoile de Babel.
La lettre bet/vet hébraïque devient souvent В en russe, se prononçant "v", et se transcrivant "w" en polonais ou allemand.
Cette page parlant de Каббала, Kabbale, confirme la parfaite adéquation du jeu en russe, avec ceci:
посредством этого способа (он называется ат-баш) слово Сесак у Иеремии, значение которого неизвестно, читается как Бабель, т.е. Вавилон;
J'y ai souligné Sesak et Vavil(on); il faut peut-être préciser que, si la Bible hébraïque n'emploie que le mot BBL pour Babel et Babylone, la traduction synodale russe n'utilise que Vavilon; voici la traduction proposée par Google:
par le biais de cette méthode (on l'appelle At-Bash) Sesak mot de Jérémie, dont la valeur est inconnue, se lit comme Babel, qui est Babylone

J'ai découvert les assonances SLaVKo-KiSLoVa-VLKoSLaK à cause de mon intérêt pour les lettres BLSK en hébreu ou VLSK en slovak au moment où j'ai lu Un lieu incertain.
Les échos ne se sont pas arrêtés là, ainsi j'ai eu la surprise de découvrir une étoile de David sur l'image en fond d'écran du principal site en français sur les vampires.
Je remarque les initiales SH au centre de l'étoile, en bas à gauche (en fait IHS, monogramme de IHSOUS, à l'envers), qui me rappellent Sherlock Holmes, magnifiquement interprété par Peter Cushing dans le Chien des Baskerville (1959), le même Cushing qui a interprété l'éternel adversaire de Dracula, le docteur Van Helsing, dans les productions Hammer Films, face à Christopher Lee qui demeure mon dracul, diable, favori (la plupart des films sont visibles sur YouTube).
La Hammer : je rappelle que c'est le marteau de Jérémie 51 qui m'a conduit à évoquer Babel et l'atbash. Mon enquête sur les morts associées aux marteaux m'avait fait passer par la Hammer, avec une brève nostalgie de mes émois d'adolescent, et voici qu'en cherchant une illustration pour ce billet, je choisis la pochette de disque donnée plus haut, pour son HAMMER sanglant, et j'y découvre que la musique composée par James Bernard est dirigée par Philip Martell.

J'ai encore eu la curiosité de me renseigner sur Kislova/Kiseljevo, pour découvrir la réalité historique de son "vampire", Peter Plogojowitz. Cette page wikipédia a été recopiée mot pour mot ici, par un certain valsacha, où je peux voir la forme (Se)sach donnée par Jérôme pour Sesakh.
J'ai été voir sur GoogleEarth l'endroit, pour découvrir Carte GoogleEarth avec Kisiljevo et Kisilova de part et d'autre du bras mort du Danube(cliquer pour agrandir)qu'il semble y avoir en fait deux villages, Kisiljevo, au bord d'un bras mort du Danube nommé Lac d'Argent, et Kisilova, dans l'île ou presqu'île formée par ce bras mort.
Le lieu est réellement incertain, dans le roman de Vargas du moins où il n'est question que d'un seul village qui a plusieurs noms, et Wikipedia n'éclaircit pas la question. Vargas confirme dans cette interview qu'elle ne s'est pas rendue sur place.
Du moins Kisiljevo est-il le village principal, et je suis éberlué par la latitude donnée par le repère affiché par GoogleEarth,
44° 44' 00" N
Il semble que ces repères soient placés à des coordonnées entières exprimées en minutes, ainsi celui pour Kisilova est à 44° 46' N, les longitudes correspondantes étant 21° 25' et 21° 27' E.
Je rappelle que la longitude est une donnée subjective, dépendant du choix d'un méridien d'origine, tandis que la latitude reflète une réalité absolue, pourvu que soit admise la mesure en degrés et minutes, héritée précisément du système sexagésimal babylonien...

Bien sûr je suis émerveillé de voir apparaître un 44 44 alors que ce blog a débuté autour du 4/4/44, alors que mes déambulations diverses m'ont mené au jeu Babel-Sesak ou Wewel-Sisak, alors que je me suis souvenu dans le billet précédent que j'avais dès ma première approche associé Babel à la quintessence jungienne... Et puis le 4/4/44 est la date décrite par Jung comme pivot entre vie et mort, où il a commencé sa convalescence tandis que son médecin le docteur Haemmerli se couchait pour ne plus se relever. Les vampires, ou non-morts, se situent aussi au-delà des oppositions usuelles entre vie et mort.
Il apparaît cependant aussi un écho interne au vampirisme dans le double 44 de cette latitude, car 44 s'exprime en hébreu par les lettres-nombres mem-dalet, qui, ensemble, forment le mot DaM, "sang", et le sang, hein, chez les vampires...
Le commissaire Adamsberg vient en personne enquêter à Kiseljevo, bien qu'il ne parle ni serbe ni aucune langue étrangère semble-t-il. Son nom signifie "montagne d'Adam", or adam, "homme" en hébreu, et nom du premier homme, est de la même famille que dam, "sang", adom, "rouge", adama, "argile", entre autres.

Adamsberg et Danglard enquêtent aussi à Highgate, cimetière de la banlieue londonienne où aurait été dans le récit transféré le cercueil de Plogojowitz, et où des affaires "vampiriques" ont effectivement défrayé la chronique dans les années 1870 et 1970. La première réponse à une requête highgate Plogojowitz est encore une page écrite (ou plutôt recopiée) par le même valsacha rencontré plus haut, que je suis tenté de lire BaLSaKa.
Or high gate, "haute porte", pourrait être rapproché de Babylone, dont l'étymologie serait "la porte de Dieu", ou "des Dieux", et dont l'ambition aurait été caractérisée par la "hauteur" de la tour de Babel.

J'attendais avec une certaine impatience de lire ce nouveau Vargas à cause d'une remarquable coïncidence dans le précédent, en 2006.
Un autre hasard babélien m'a fait mentionner récemment ce poème, composé pour le mariage d'un ami en avril 2005. 2005 a été la première année depuis 1932 où le jour traditionnel de l'Annonciation, le 25 mars, a coïncidé avec le Vendredi saint (mais selon des dispositions particulières propres au catholicisme romain, récusées par les traditionalistes, l'Annonciation a été déplacée en 2005 au 4 avril).
J’ai pré-texté cette coïncidence pour tenter une imitation d'un poème figuré de Raban Maur, en latin, qui avait inscrit dans un carré de 35 vers de 35 lettres 4 croix de 69 lettres, porteuses de vers indépendants, leurs 276 lettres correspondant aux 276 jours passés par Jésus dans le ventre de Marie, du 25 mars de l’Annonciation au 25 décembre.
Après le mariage, le poème a été mis en ligne, sur mon site et ailleurs. Doutant fortement que Fred Vargas l'eût lu, j'ai été surpris en découvrant une vierge au premier plan de Dans les bois éternels, paru l'an suivant, où j'ai relevé deux dates essentielles:
- le 25 mars, où se tient un Concile, réunion de tous les inspecteurs de la brigade; c'est au cours de ce Concile qu'Adamsberg apprend à ses hommes que la prochaine victime du tueur qu'ils traquent sera une vierge;
- le lundi 4 avril, les enquêteurs ont établi une liste de 29 vierges susceptibles d'intéresser le tueur.
Ce seul jour précisé nominalement, lundi 4 avril, est l'un des indices permettant de situer le récit en 2005, où ce 4/4 était donc l'Annonciation, tandis que le concile se tenait le Vendredi saint... Je donnais plus de détails ici, évoquant la possibilité de liens intentionnels avec le fondement ésotérique de l'intrigue, mais Vargas consultée indirectement n'y a pas reconnu ses petits...

J'avais oublié ce 4/4/5, alors que le 4/4/4 avait été la date où un hasard m'avait fait découvrir le 4/4/44 de Jung.
Je remarque une possibilité de lien avec le roman suivant, dans les vers marmonnés par Violette Retancourt dans le coma, pour dénoncer l'assassin, les vers de Corneille finissant par Et mourir de plaisir, et ces 4 mots sont repris dans Un lieu incertain, sous un prétexte dérisoire. On sait que c'est aussi le titre de l'adaptation par Vadim de Carmilla, la première histoire littéraire de vampire, dont Bram Stoker n'a pas nié s'être inspiré (intégral sur YouTube). A noter que Carmilla est un avatar de Marcilla et de Mircalla, préfigurant le Slavko d'Audoin à Kislova sur la Donau ? La Hammer a aussi produit sa version, The vampire lovers, avec le fidèle Peter Cushing.

Au plus bref, j'avais noté des éléments quaternaires dans les précédents romans de Vargas, de la geste Adamsberg:
- Les quatre fleuves (2000): pas besoin d'aller plus loin que le titre...
- Pars vite et reviens tard (2002): un certain Damas (de la famille Adams ?) trace des signes ressemblant à des 4...
- Sous les vents de Neptune (2004): en cette année 04 s'est peut-être révélé un aspect méconnu de l'auteur, fille de Philippe Audoin, spécialiste de Maurice Fourré, écrivain qui a attiré mon attention quaternitaire, parce qu'il est l'auteur de 4 romans, parce que son nom se décompose en four-ré, soit 4-d; sa Marraine du sel (1955) se passe dans la ville de Richelieu, dont la structure quadrangulaire est constamment invoquée, or les vents de Neptune mènent Adamsberg à Richelieu, 4 ans avant de le pousser vers la latitude 44° 44'...
Si les romans se passant dans un petit hôtel près de la gare Montparnasse sont sans doute plus nombreux que ceux évoquant la ville "cardinale", il est néanmoins remarquable que ce soit le cas des romans immédiatement antérieurs dans les oeuvres des deux auteurs. Dans La nuit du Rose-Hôtel (1950), cet hôtel fourréen est situé rue Delambre, tandis que, dans Pars vite et reviens tard, Adamsberg surveille à un saut de puce les occupants du Decambrais (dont le Damas qui trace des 4) sis à ce que Vargas nomme carrefour Edgar-Quinet-Delambre (place Fernand-Mourlot depuis peu), où elle a soin de mentionner une colonne Morris (qu'on y cherchera en vain), alors que sur la couverture du roman de Maurice se dressait hardiment la colonne Saint-Cornille...
...et la citation de Corneille, Et mourir de plaisir, est déjà présente dans Pars vite et reviens tard, où le criminel est appréhendé sous un panneau portant ces mots que Corneille avait placés dans la bouche de Camille, Camille qui était déjà l'aimée d'Adamsberg dans L'homme à l'envers, comme si Vargas avait conçu dès 2000 un jeu Corneille-Cornille-Carmilla-Camille.

Le mile nautique a été originellement défini comme la longueur d'un arc d'une minute sur un méridien, soit environ 1852 m, ce qui donne une idée de la probabilité pour un petit village de se trouver exactement à la latitude 44° 44' .
Ma curiosité m'a fait suivre cette latitude jusqu'en France. Elle passe à proximité de lieux divers, le plus notable étant peut-être Crest, dans la Drome, où subsiste la plus haute tour médiévale d'Europe, mais celui qui m'a le plus frappé est la petite commune de Cessac, en Gironde, où je me suis rappelé dans mon dernier billet avoir fait les vendanges en 1972, notant la ressemblance avec la Sesach de Jérôme.
Me demandant si Cessac s'écrirait Сесак en cyrillique, comme cette Sesach, j'en trouve confirmation sur cette page (où je subodore qu'il doit s'agir de généalogie) :
Pierre de Bérail de Cessac - Пьер дё Берай дё Сесак

Comme beaucoup de communes du bordelais, Cessac est éclatée en propriétés viticoles. J'ai reconnu ici celle où j'ai vendangé, aux coordonnées
44°44'34" latitude N
0°10'40" longitude O
Je me demande si j'ai alors vendangé les pieds de vigne sis exactement latitude 44°44', ou 44°44' 44"...
Wikipédia donne des coordonnées très voisines pour la commune.

Si je n'ai pas entendu parler de vampire à Cessac, il y a eu le fameux Vampire du Sussex, aventure imaginée par Conan Doyle et résolue par SH, Sherlock Holmes.
A propos du nombre 4 vampirique, mes recherches sur Plogojowitz m'ont amené à l'album de Stage Four, Love Finds Peter Plogojowitz, paru en novembre 2007, quelques mois avant Un lieu incertain, dont l'essentiel était évidemment déjà écrit. Ce monsieur "Scène 4" indique qu'il s'est intéressé au cas de Plog lorsqu'il a appris en avril 05 qu'il était atteint d'un mélanome le condamnant à brève échéance. Je suppose que, idéalement, la pochette montrerait le Danube vers la latitude 44°44'.

Le titre de ce billet fait allusion au prix Goncourt 1927, Jérôme 60° latitude nord, de Maurice Bedel.

Je conseille à nouveau la consultation de ma page sur les autres polars lus juste après Un lieu incertain, ainsi que le billet sur The Fountain d'Aronofsky, en étroit rapport avec la quaternité.