19.4.09

pair à pair

Encore quelque chose qui a pris du retard, ne pouvant être présenté qu'après le billet précédent sur la Lance de la destinée.
A la source il y a peut-être une coïncidence initiatrice. Lors de mon séjour à Paris en décembre, j'ai découvert par hasard le 3e volume des Léviathans de Paul Gillon à la médiathèque Clignancourt, la plus proche de ma résidence. Je me suis ensuite rendu à l'espace wifi de la médiathèque, où j'ai modifié en conséquence le billet Léviathans à gogo. Ce faisant, je me suis avisé que mon voisin lisait une BD dont le graphisme m'était familier, et il s'agissait de L'ordre Cicéron, dessiné par Gillon.
J'ai noté ce titre, et de retour dans le 04 j'ai consulté le catalogue de la médiathèque de Digne, qui ne l'avait pas, mais qui avait une BD L'ordre impair, en 4+1 tomes comme Quintett, parus de 2004 à 2008, intitulés
Anvers 1585
Séville 1600
Rome 1644
Paris 1791

et Où tout s'achève pour le dernier.

Les albums sont à la cote CUA comme Cuadra, nom de la scénariste principale, servie par le splendide dessin de Paul Teng.
L'histoire est un peu confuse. Il existe 4 exemplaires magiques d'un ouvrage maudit, Visio Veritatis, apparus lors des différentes éditions de ce texte (imaginaire) d'une certaine Mechtilde brûlée pour sorcellerie au Moyen-Age.
L'étrange Leonora Sartori semble avoir traversé les siècles, et être responsable de l'apparition de ces livres magiques. En ce début de 21e siècle, ses manigances aboutissent à placer les 4 livres entre les mains de diverses personnes liées à la situation politique indo-pakistanaise.
L'une de ces personnes est la femme du romancier Patrick Prada, Virginia, qui se suicide après avoir avalisé, contrairement à ses convictions, une exportation de matériel nucléaire sensible vers l'Inde. Patrick enquête, découvre le rôle de Leonora, ainsi que l'implication de sa propre mère, dont le décès survient bientôt. Dame Prada a souhaité se faire inhumer à Avioth, où reposent toutes ses ancêtres en lignée matriarcale.
Lors de l'enterrement est dévoilée la face cachée de la pierre tombale, montrant un couple féminin entouré d'un ourobore (serpent se mordant la queue) et d'une mystérieuse inscription rappelant la couverture du Visio Veritatis, formée de deux V symétriques.
La piste lui fait découvrir une secte féminine séculaire, dont le but est de renverser l'ordre impair, dirigé par les hommes, pour le remplacer par l'ordre pair, où la femme dominera.
La tactique de Leonora semble être de provoquer une guerre planétaire pour permettre l'émergence de l'ordre pair, mais ce n'est pas très clair. Il s'y joint une prophétie, qui prédirait le 7 janvier (2001) comme début de la guerre libératrice...
Le complot échoue, tandis que la piste mène Patrick à l'église de Saint-Julien-le-Pauvre, où une statue venant de la basilique d'Avioth contient un évangile secret témoignant de la préférence divine envers la gent féminine.
Patrick brûle le précieux manuscrit.
Les dernières images montrent Leonora sortir d'une librairie de Jérusalem. Un exemplaire du Visio Veritatis est ensuite exposé en vitrine...
Elle n'a pas renoncé...

Cette lecture a éveillé en moi de multiples échos, qui se sont précisés depuis.
J'ai notamment remarqué cette lignée matriarcale basée à Avioth, où il existe réellement une basilique et une légende d'une statue perdue, alors que ce mot m'évoque l'hébreu avoth, "patriarches". Précisément, j'ai parlé l'an dernier sur mon autre blog de la généalogie des premiers patriarches, l'une de mes premières découvertes sur la quaternité, il y a une vingtaine d'années.

Le jeu sur les V et A renversés m'a rappelé le symbolisme attribué aux triangles pointe en haut (mâle) et pointe en bas (femelle), d'autant que l'A du titre est carrément un triangle hardiment dressé. Je me suis demandé si la base de la souche matriarcale avait été choisi à AVioth pour les premières lettres de ce curieux toponyme, dont l'étymologie est effectivement donnée A VITA.
Le mois suivant je découvrais l'étoile de Babel, à partir des lettres BLSK, formée des deux châteaux triangulaires de Wewel et Sisak, se superposant pour former un symbole de totalité particulièrement associé aujourd'hui au monde juif. Je m'aperçois qu'on retrouve la même ossature consonantique dans BaSiLiQue, venant du grec βασιλικὴ, basilikê, "royale", parce que les premiers sanctuaires chrétiens ont été construits sur le modèle des basiliques romaines. On retrouve dans le grec moderne vassilika l'identité des consonnes B-V en hébreu.
Ceci m'a rappelé que Jung a pu prédire le danger qui menaçait son médecin parce qu'ils s'étaient rencontrés tous deux dans "l'autre monde" sous leurs formes premières de Basileïs de Kos, le titre royal dont se paraient les premiers médecins grecs (toujours les lettres BLKS).
C'est une autre curiosité que Leonora ait choisi pour théâtre de sa première tentative l'Inde où l'étoile à 6 branches a d'abord été un symbole essentiel, bien avant de devenir le symbole d'Israël, où elle amène ensuite un de ses livres maudits, à la librairie Olam Qatan qui existe vraiment à Jérusalem.
Ce nom signifie "petit monde", "microcosme", et la librairie a sur sa page d'accueil ce mandala, qu'on peut considérer comme une double étoile de David.

Le motif 4+1 des titres des 5 albums de L'ordre impair s'est reporté dans les rayons de la médiathèque, où je n'ai d'abord pas trouvé le dernier album qui, récemment paru, était au rayon Nouveautés. Je l'ai emprunté le 26 décembre, la veille de la diffusion de la fin de la Lance de la destinée.
Il y a des points communs entre ces oeuvres, au-delà du surf sur la vague ésotérique. Leonora échoue dans sa première tentative, non sans avoir pu transmettre son message (l'arbre généalogique de l'évangile secret brûlé par Patrick débute par une Sofia) :
Ils ont créé un dieu masculin, guerrier et vengeur, en niant les sources de la vie, la femme qui donne naissance... Sofia, la sagesse, n'est qu'un des noms qu'elle a reçus.
Or le dénouement de la Lance de la destinée voit l'héroïne Sofia triompher de son frère le vilain Erick, et carrément le tuer...
Patrick triomphant de Leonora voulant promouvoir sa Sofia, alors qu'il est lui-même issu de la lignée matriarcale d'Avioth, face au duel des jumeaux Erick-Sofia... Il est difficile d'imaginer une influence directe entre les deux scénarios, la Lance ayant été tournée alors que les deux derniers tomes de L'ordre impair n'étaient pas encore parus.
S'il est assez compréhensible que l'héroïne d'un thriller ésotérique se nomme Sofia (ou Sophie comme dans Da Vinci Code), plus étrange est la proximité des localisations des dénouements des deux intrigues. C'est donc à Notre-Dame qu'était cachée la Lance, dans une crypte secrète dont l'accès est commandé par une statue de la Vierge pivotant sur son socle. La découverte de la Lance s'accompagne de multiples effets dans la crypte, tourbillons, flammes, à l'extérieur des éclairs illuminent la cathédrale.
L'évangile secret est lui caché dans le socle d'une statue de la Vierge, dans la crypte de Saint-Julien-le-Pauvre, l'église la plus proche de Notre-Dame, à 200 m, juste en face sur la rive gauche. Le manuscrit semble avoir été réellement sacré, puisque sa consumation s'accompagne de l'élévation d'une colonne ignée au-dessus de l'église...

Un petit détail encore, j'ai rapproché la présence parmi les comploteurs de la BD d'un certain Natani de celle de l'Essénien Nathan dans la série TV, second du grand maître Lévy, ce qui m'avait amené à Lévy-Nathan, et au Léviathan... Sylvie m'a appris l'existence d'un classique anar féministe, au titre difficilement traduisible, Against His-story, Against Leviathan, de Fredy Perlman, en ligne ici.
"Contre l'His-stoire" donc, vue comme his story, l'histoire vue par l'homme, plutôt que her story, l'histoire telle que la verrait la femme.

J'avais commencé ce billet fin décembre, et devais donc lui trouver une nouvelle date de publication, pour qu'il apparaisse postérieurement aux nouveaux thèmes évoqués, l'Etoile de Babel par exemple. J'ai choisi le 19 avril, en pensant au vendredi saint 19 avril 1878, la date où s'achève Léviathan de B.Akounine, et ai décidé tant qu'à faire de débuter le billet à 19:04 le 19/04.
Je prenais un bain peu avant l'heure fatidique, en relisant un roman de Paul Halter dont je réexplore l'oeuvre depuis que j'ai découvert ses liens avec celle de Fred Vargas. Ce mystère en chambre close me rappela de belles coïncidences survenues il y a quelques années, concernant la meilleure histoire de chambre close, censée être la nouvelle Le trou de mémoire, de Barry Perowne.
Sorti du bain, j'ai débuté mon billet à l'heure voulue, puis j'ai été lire la page que j'avais alors consacrée à ces coïncidences, s'achevant sur une synchronicité exemplaire : alors que j'étais en train de constater, dans un contexte holmésien, la présence d'un Mark et d'un Marc, le facteur livra une revue dont la couverture offrait une grossière erreur, Marc (au lieu de Mark) Twain, et à propos de Sherlock Holmes...
Après avoir relu la page, où il est question d'autres "trous", j'ai été visiter les "blogs amis", notamment Etienne Perrot, où j'ai voulu consulter les commentaires d'un message. Ce faisant, j'ai ouvert automatiquement le formulaire de soumission de commentaire et son image de validation, une séquence de lettres à identifier, qui était "trous".
On pourra voir une image de validation de ce type en cliquant sur le champ commentaires de ce blog, hébergé par Blogger comme Etienne Perrot. Je donne plus de détails sur la page précitée, maintenant complétée par divers ajouts. S'il était peu attendu de voir apparaître un mot valide en français, que dire d'un mot aussi significatif dans le contexte de ma page initiée par un "trou", dont le point culminant était la matérialisation immédiate de ma réflexion sur Marc/Mark ?
Je ne peux bien entendu prouver avoir pensé ceci ou cela à tel ou tel moment, et je serais le premier à ne pas croire sur parole de pareilles histoires, mais voilà, ça m'est arrivé, et je crois devoir en témoigner, d'autant que ces coïncidences m'ont porté à tenter de les approfondir, avec des résultats leur confirmant une certaine validité (Ce qui n'a pas été confirmé par le hasard n'a aucune validité, disait Hans Bellmer).

Note ajoutée le 25 avril, après publication hier du billet : On sait que Samuel Clemens a choisi pour pseudo mark twain, le cri des bateliers du Mississipi indiquant que la profondeur de deux brasses est bonne pour la navigation. Ici mark signifie "marquer", ce qui me fait me demander enfin la signification originelle du prénom : du latin marcus, "marteau", m'apprend mon dico, ainsi un lien apparaît entre le marteau, qui a initié ma dérive vers l'atbash et le jeu BBLSSK, et l'emblème de Saint Marc, le lion, dont les noms lvev et sisak m'ont mené aux châteaux triangulaires de Wewel et Sisak.
Et le dico m'apprend aussi que c'est aujourd'hui 25 avril la Saint-Marc.

Je me suis avisé d'une évidente ressemblance entre les noms des personnages concernés au premier chef par "Marc/k" et "trous", Perowne et Perrot. Si Etienne Perrot est un adepte de "Sainte Chronicité", qui a confié de multiples témoignages de sa propre expérience synchronistique, il m'est souvenu à l'instant, 5 jours après les "trous" d'Etienne Perrot, que Barry Perowne avait écrit une nouvelle issue d'une remarquable coïncidence vécue.
Par une autre remarquable coïncidence, je n'ai eu aucune peine à retrouver ce texte, Sachant ce que je sais maintenant, paru dans Mystère-Magazine n° 81 (1954). J'ai regardé une pile de numéros disparates de cette revue l'autre jour, pour y relire une nouvelle parue dans le n° 45, qui était resté sur le sommet de la pile, et il se trouve que le n° 81 était juste en-dessous.
Je ne dirai rien pour l'heure de cette nouvelle, tant la prolifération effrénée des coïncidences me semble devoir être canalisée. Ainsi, j'ai éprouvé le besoin de relire un pastiche d'Arsène Lupin paru dans le n° 45, Arsène Lupin contre le colonel Linnaus, à cause justement de la redondance des PER (PERowne-PERrot-PERec) qui m'a fait penser au pseudo anagrammatique Peer Linnaus utilisé dans cette nouvelle écrite en 1944, et il m'était revenu quelques jours plus tôt que, dans une nouvelle écrite en 2001, j'avais utilisé ce pseudonyme et sa valeur numérique
PEER = 16+5+5+18 = 44
pour un jeu 44-44, préfigurant en quelque sorte ma découverte du 4/4/44 (plus de détails sur la page déjà mentionnée).
Le lendemain de cet ajout sur Peer, ici prénom nordique, je me suis avisé que peer en anglais signifie "pair", et que l'irruption des différents PER avait coïncidé avec le début de mon billet sur l'ordre PAIR, opposé à L'Ordre impair titre de la BD.
Ceci m'a fait valoriser une coïncidence que j'avais écartée. Le "microcosme", olam qatan, vu plus haut m'avait rappelé le film Microcosmos, produit et commenté par Jacques Perrin, or c'est Jacques Perrin qui jouait le chef des Esséniens David Lévy, "père" des jumeaux Erick et Sofia. Outre d'incarner "un père", PERrin en est ici l'anagramme phonétique, comme de "impair".

J'ai parlé dans l'avant-dernier billet d'un problème de mon disque dur qui m'a fait perdre le fichier des images de ce blog. C'est une des raisons qui m'a fait précipiter l'achat d'un notebook, le 14 avril. J'espérais pouvoir ainsi doubler tous mes fichiers sensibles, mais je n'ai pas encore réussi à établir la liaison peer-to-peer, pair-à-pair dit-on en français, permettant cette sécurité.
Ceci m'a néanmoins fourni le titre de ce billet, qui aura pour url .../04/pair-pair, puisque Blogger supprime les caractères accentués dans les titres de billets. Ce qui me rappelle que les pythagoriciens appellent "pairement pairs" les nombres multiples de 4 (comme 44 valeur de PEER comme de PAIR).

Je crois encore devoir aborder une autre coïncidence de ce jour où j'achève ce billet, 24 avril, sans trop la développer. J'ai relu aujourd'hui Le Mort du Vendredi Saint, de JT Samat, publié en 46 dans la collection La Cagoule (et probablement écrit vers 1935). Je n'ai repéré qu'une grosse coquille dans ce livre, page 130 :
Cette répétition Chave.Chave. me frappe particulièrement, car un autre Chave était impliqué dans un autre réseau de coïncidences, étudié ici, où je rapprochais ce nom typiquement méridional de l'hébreu chave, signifiant "semblable", "identique", ce qui est un des sens de "pair"...
Donc un "pair-pair" (un peu pervers) dans ce bouquin fini le même jour que le billet pair-pair, ce jour où je me suis rappelé de la nouvelle synchronistique de PERowne.
Ce jour encore où je n'ai plus pu ignorer PERrin dans son rôle de chef des Esséniens Lévy, or la tueuse du roman de Samat a tué chaque vendredi saint de 1929 à 34 un responsable religieux, à commencer par le grand rabbin de Marseille, Abraham Lévy.

Comme le dit Perowne à propos de sa nouvelle :
Sachant que ce que je relate est vrai, je peux avoir l'espoir qu'une telle coïncidence, si elle est trop énorme pour être entièrement acceptée par le lecteur, le soit également trop pour être entièrement rejetée par lui...

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