12.2.09

sur le bord de la rivière Bléone

Le 5 février dernier j'étais à Digne, où j'ai fait une promenade par le chemin de Caguerenard, qui longe la rivière.
A chaque passage à Digne je me rends à la médiathèque, et je comptais y aller après la balade. J'avais fait de même le 16 septembre dernier, 8 jours après ma découverte sur le 4/4/44 de Jung, et j'indiquais ici que c'était ce jour que j'y avais trouvé le 5e tome de Quintett, où j'ai découvert les aspects jungiens détaillés dans mon second billet.
Je signalais aussi la maison, juste avant le début du chemin, dont la porte du garage faisait la promotion des mandalas réalisés par sa propriétaire. Celle-ci a changé son panneau depuis, et l'un des nouveaux mandalas est une étoile de David (voir mon Etoile de Babel).
Reprenant la page indiquée supra, rédigée avant de débuter ce blog, je vois que j'y parlais de Bavel (Babel en hébreu), à propos de la pupille (bava en hébreu) vue par Jung au coeur de la pierre qu'il a sculptée en 1950, et cette pupille est devenue le dieu Télesphore (Bav-El, pupille ou porte de Dieu).

J'avais emmené avec moi Sur le bord de la rivière Piedra, je me suis assise et j'ai pleuré, le roman de Coelho prétexte à mon dernier billet, pour y rejeter un oeil avant de le rendre, mais je n'en ai pas eu l'occasion, pris dans le sac et le ressac de mes souvenirs, venant de me rappeler que j'avais en 72 fait les vendanges à Cessac, nom rappelant le Sesach par lequel Jérôme a transcrit le codage atbash de Babel.
J'ai donc fait ma balade et suis revenu par l'autre rive, plus civilisée. A la médiathèque, je suis d'abord passé par la cote COElho, voir si son Zahir était de retour, non, puis les récents développements m'ont porté vers la cote BAB, comme Babel, rien.
Mais entre COE et BAB, mon oeil s'est fixé sur un titre qui n'était pourtant pas à hauteur de mon regard, CINQ, à la cote BOU. J'ai d'abord pensé que c'était le nom de l'éditeur, mais c'est le titre d'un court roman de Sabine Bouyala.
Je scrute assez régulièrement les rayons de cette médiathèque, relativement peu chargés, et je n'avais jamais remarqué ce titre, alors que je suis attiré par les titres comportant des nombres, et que depuis 8 mois un autre 5 s'est trouvé riche en coïncidences, lesquelles se sont pleinement révélées il y a 4 mois, lorsque la découverte du Décorateur d'Akounine a promu ce 5 au rang de 5e livre décrivant une semaine pascale, tandis que le 4e était Les quatre coins de la nuit...

J'ai gardé ce Cinq. Ne trouvant rien à la cote BAB, j'ai tapé Babel dans le champ "titre" d'un poste de recherche, et on pourra vérifier sur le catalogue de la médiathèque ce qui m'est apparu.
21 documents, dont le 9e, en tête de la seconde page, m'a frappé :
Un Babel, donc, juste après un 5...
S'agirait-il de deux études, la première intitulée 5 ? En l'espace de deux minutes, serais-je tombé sur deux oeuvres intitulées Cinq et 5 ?
Je remarque aussi la 12e notice :
Le tome 5 d'une BD publiée en 05... La cote a pris en compte le nom du scénariste, Corbeyran, soit COR, le coeur latin (voir billet précédent), alors que Babel est en hébreu le renversement de lebab, "coeur".
La lecture à l'écrevisse donnerait phonétiquement Lebab Eiffel; autres temps, autres tours...

La cote du livre de 1911 correspond à un ouvrage en réserve, qu'il me faudra attendre quelques jours pour consulter.
Après la cote BAB comme Babel, logique dans ma dinguerie, je me rends aux cotes SES ou SIS, comme Sesach ou Sisak. Rien, mais je remarque Quatuor, de Vikram SETh. Bel écho au Cinq précédent, je prends aussi.
D'autant que Seth (frère d'Osiris) est apparu à plusieurs reprises dans mon cheminement récent, comme il est vrai d'autres thèmes que j'ai préférés garder pour moi, histoire de ne pas trop embrouiller une affaire déjà bien assez complexe.

Et un tour au rayon BD, pour y découvrir que L'effet Babel a une suite, Nom de code Babylone.
J'ai donc emprunté ces 4 titres, lu le soir même les BD, bof, et Cinq, court roman qui ne m'a pas emballé, mais qui décrit en quelque sorte une quaternité inversée. Le lecteur y suit les aventures improbables de 5 soeurs victimes d'un terrible accident de voiture, et qu'il est en droit de supposer mortes. Il s'agit en fait des visions délirantes d'une fille unique dans le coma après un naufrage (sinking en anglais, du verbe sink, ou cinq ?) en mer, son inconscient lui a inventé 4 soeurs qui lui manquent terriblement de retour en ce monde...

J'ai beaucoup apprécié Quatuor, belle histoire d'amour et de musique, dont j'aimerais parler longuement, mais je vais m'en tenir aux échos immédiats avec mes préoccupations babéliennes et quaternitaires.
Avant d'emprunter le roman, je l'avais rapidement feuilleté, et mon regard était tombé page 54 sur la dernière phrase d'une section:
Sous la flèche d'Eros, je m'asseois et je pleure.

Sans être sûr que ce soit une allusion voulue, j'ai tout de suite pensé au psaume 137, Au bord des fleuves de Babylone, et j'en ai parlé le soir même à une amie, terminant mon mèl par Au bord de la rivière Bléone je me LEV et je ris.
Car, alors que je n'en étais pas conscient lors de ma balade, le nom de la rivière arrosant Digne, la Bléone, est tout de même sacrément évocateur, de Babylone comme du lion, leone en Italie proche, lev en russe.
La lecture du roman confirme qu'il s'agit plus que vraisemblablement d'une allusion effective au psaume 137. Son héros Michael est le second violon du quatuor londonien Maggiore, qui vit pour la musique et dans le souvenir de son amour de jeunesse Julia, pianiste. Et voici qu'il aperçoit dans un bus Julia, dont il a perdu la trace il y a 10 ans.
Il court après le bus, sans succès, et arrête sa course à Piccadilly Circus, où donc il s'asseoit et pleure sur le bord de la célèbre fontaine Eros. Il se remémore quelques sections plus loin le début de leur relation, et leur totale communion musicale, qui a débuté lorsqu'il l'a accompagnée dans le choral pour orgue BWV653, An Wasserflüssen Babylon (Au bord des fleuves de Babylone), jouant sur son violon la partie au pédalier (page 95). Ils avaient enuite fondé un trio, interrompu avec leur rupture.
Bref, ils se retrouvent tout de même, et elle est toujours pianiste, mais mariée, et célèbre sous son nouveau nom. Ils redeviennent amants, mais il leur manque encore le summum du bonheur pour des musiciens, jouer ensemble devant un public.
Le destin semble leur être favorable, car le quatuor est appelé à Vienne pour jouer La Truite, qui nécessite un piano, et c'est Julia qui est suggérée par les organisateurs... Michael est au comble du bonheur lorsqu'il l'apprend dans une cabine publique, et une section ou chapitre s'achève ainsi, page 194:
Je sors de la cabine. Debout sous la pluie, je ris. Je laisse les goutelettes coller mes cheveux et rafraîchir ma tête.

J'imagine que ce rire debout est un écho voulu aux pleurs assis précédents, de même que la conclusion de mon mèl, mais je me demande si beaucoup de lecteurs du roman l'auront vu, et je m'ébaubis en pensant que je n'aurais probablement jamais remarqué ce Quatuor s'il avait eu un titre plus conforme à l'original, An equal music.
Voici donc pour ce qui concerne Babel, et un peu la quaternité avec le quatuor requis pour jouer un quintette (mais c'est en fait un quatuor diminué d'une unité puisque La Truite est pour violon, alto, violoncelle, contrebasse et piano).
Il y a plus immédiat, avec le projet de Michael au début du roman de faire jouer à son quatuor l'opus 104 de Beethoven, qu'il vient d'apprendre être l'adaptation pour quintette à cordes par Beethoven lui-même de son trio opus 1 numéro 3.
Il s'en procure le seul enregistrement existant, par le quatuor Suk (+ un alto prénommé Karel, ce qui me rappelle le pianiste Charles du Quintett), et je remarque les majuscules sur la pochette du disque, SQ SQ KS, et surtout verticalement SSK, l'exacte transcription dans notre alphabet du codage atbash de Babel.
Il y a encore une certaine magie des chiffres : le trio de l'opus 1 arrangé en quintette, opus 104, tandis que Beethoven a inversement arrangé son quintette opus 4 pour en faire le trio opus 63.

Mardi 10 février, retour à la médiathèque où les Etudes dramatiques d'Adolphe Môny ont été exhumées par un bibliothécaire. Voici une couverture qu'on cherchera en vain sur Amazon ou autre...
C'est donc en fait un cinquième tome, et dernier, et quintessentiel car posthume. Une notice m'apprend que l'auteur, né à Paris en 1829, est décédé en son château de Sarre, près Commentry, le 8 septembre 1909.
C'est le 8 septembre dernier, 99 ans après ce 8/9/9, que j'ai fait la découverte du pivot quintessentiel du 4/4/44 dans la vie de Jung, ce que j'ai d'abord relaté sur mon autre blog le 9/9/8, avant d'y consacrer Quaternité.

Môny était un "chrétien sincère et robuste", ce dont témoigne Babel, tragédie en vers en 5 actes qu'il y a peu de chances de voir jamais sur les planches, pas seulement à cause des difficultés techniques de mise en scène. Je n'y trouve aucun vers digne d'être cité, et me bornerai au 4 derniers:
NEMROD, jetant son glaive aux pieds de Noëmi.
Frappe, je suis vaincu... vaincu par une femme!...
Hâtez-vous cependant de déserter ce lieu,
Je me retrouverais.

NOËMI
Juge mieux de ton âme,
Ce n'est pas moi, Nemrod, qui t'ai vaincu, c'est Dieu.
(Rideau.)

L'argument de la pièce a néanmoins un aspect quintessentiel. Nemrod, instigateur du projet de surpasser Dieu en construisant une tour s'élevant jusqu'au ciel, a pris comme architecte Phaleg, fils d'Héber. On aurait pu s'attendre à ce que l'effondrement de la tour survienne au dernier acte, mais c'est au 4e que ça se produit, Phaleg ayant compris la folie du projet et saboté son oeuvre.
5e acte donc, le vil Nemrod espère se venger en volant la fiancée de Phaleg, mais ça se termine mal pour lui, comme on vient de le voir.

Je suis néanmoins frappé par un petit quelque chose, le nom de la femme d'Héber, 4e patriarche après le déluge dont j'ai détaillé ici les multiples connivences avec le nombre 4. Ad. Môny l'a donc nommée Saga, or j'ai conté là l'aventure qui m'est survenue alors que j'étais en train de lire le début de Saga, roman où Tonino Benacquista a imaginé une chaîne de TV bâcler un feuilleton imposé par les quotas de production française, en engageant 4 scénaristes à la dérive. Les premiers chapitres les introduisent, Louis, Mathilde, Jérôme, et j'en étais là lorsque j'ai rencontré un camping-car allemand immatriculé MA-RK 251, ce qui a d'abord fait écho à une formidable coïncidence décrite sur la page mentionnée, qui m'a fait penser à l'évangéliste Marc.
Et puis j'ai repris ma lecture, arrivant au 4e chapitre, Moi, où se présente le dernier scénariste, Marco, et j'ai instantanément vu que les initiales des 4 scénaristes, LMJM, correspondaient à celles des évangélistes Matthieu-Marc-Luc-Jean, et ceci m'a livré une clé essentielle pour comprendre la suite du roman.
Cherchant une illustration en rapport, je redécouvre que le symbole de Saint Marc est un lion ailé, ce qui a encore de multiples échos avec mes récentes investigations babéliennes.

si je t'oublie, Babel

Il est assez indispensable d'avoir lu le billet Babel et la bête avant d'aborder celui-ci.
Pour l'essentiel, je rappelle que Jérôme, ne disposant pas d'un manuel de cryptologie, a traduit les mots lev qamay, codage atbash pour "Chaldée", par qui cor suum levaverunt contra me, faisant apparaître cor, "coeur" latin à côté de lev ou levav, les deux formes du "coeur" hébreu.

J'ai découvert ceci le 15 janvier, juste après avoir introduit l'atbash dans le billet précédent, daté du 8 janvier et en fait achevé quelques jours plus tard.
Le 14, à la médiathèque de Digne, j'avais regardé la cote COElho, ayant appris récemment qu'un de ses romans était intitulé Le Zahir, comme un conte de Borges. Il n'était pas en rayons, mais j'ai été intrigué par le long titre Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j'ai pleuré, que j'ai emprunté.
Je l'ai lu quelques jours plus tard, et ai alors compris que le titre paraphrasait le psaume 137 (ou 136),
1- Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion.
qui se termine, dans la traduction de la Bible de Jérusalem, par
8- Fille de Babel, qui dois périr, heureux qui te revaudra les maux que tu nous valus,
9- heureux qui saisira et brisera tes petits contre le roc !
La confusion babélienne des langues est décidément omniprésente, car l'hébreu bavel se renverse exactement en levav, "coeur" (la lettre bet se prononce obligatoirement vet en fin de mot), et le psaume s'achève sur "roc", exact renversement du coeur latin, cor.
Le portugais de Coelho s'en mêle, car le titre original du roman est Na margem do rio Piedra eu sentei e chorei, téléchargeable gratuitement.
Le dernier mot chorei fait "chorus", si l'on peut dire, avec le dernier mot du psaume, "roc" en français, petram en latin, piedra en espagnol, pedra en portugais.
Feliz aquele que pegar teus filhos
E esmagá-los contra a pedra.
Coelho avait de bonnes raisons de choisir cette rivière Piedra, qui coule près d'un monastère situé dans un magnifique site aragonais. La rivière est ainsi nommée car ses eaux riches en carbonate de calcium "pétrifient" tout ce qu'elles touchent. Ainsi cette cascade coule devant une grotte aux multiples concrétions où se passe une scène essentielle à la fin du roman.
C'est, en bref, l'histoire de Pilar, 29 ans, qui retrouve le 4 décembre 1993 un ami d'enfance qui lui dit l'aimer. Cet ami, jamais nommé, est un mystique charismatique, qui vit en communion avec la Vierge, et se dit bénéficiaire d'un don de guérison...
Ils deviennent amants au soir du 8 décembre, fête de l'Immaculée Conception, et Pilar insiste le lendemain pour qu'ils se rendent à Piedra, site qu'ils ont jadis tous deux fréquenté. Dans la grotte, il lui dit qu'il a hésité fortement entre vivre son amour ou se consacrer uniquement à sa mission divine, et que la Vierge l'a aidé à choisir la première option.
Mais le lendemain il n'est plus là, et Pilar sombre dans le désespoir. Elle entreprend d'écrire le récit de leurs retrouvailles, en pleurs au bord de la rivière Piedra, pendant des jours et des jours, jusqu'à ce qu'il réapparaisse, avec un motif peu crédible pour son absence, et Pilar est hilare...
Je n'avais jusqu'ici lu de Coelho que L'Alchimiste, en son temps, dont tout ce que je puis dire aujourd'hui est que je ne me suis pas rué sur les livres suivants. Si je n'ai rien contre sa fameuse Légende Personnelle, il me semble que c'est une simplification du processus d'individuation jungien, et Jung se refusait aux simplifications, contraires à la complexité de l'inconscient.
Pour le roman que je viens de lire, j'apprécie son thème d'un dieu au féminin, mais, depuis que j'ai pu raisonner par moi-même, je trouve particulièrement inepte l'histoire de la Sainte Vierge, et l'approche catho de Coelho m'horripile, malgré ses quelques distances avec les dogmes.
Ceci dit, j'avoue avoir composé ce poème ci-contre pour Marie, mais il s'agit d'abord d'une "traduction" d'un poème à contrainte identique de Raban Maur.

Le psaume 137 est aussi connu pour son 5e verset, cité à la fin du roman de Coelho, dans sa traduction de la Bible de Jérusalem:
Si je t'oublie, Jérusalem, que ma droite se dessèche !
Or il s'agit d'une traduction améliorée, sinon inventive, car la seule leçon connue du verset en hébreu est
אם־אשכחך ירושלם תשכח ימיני׃
soit littéralement Si je t'oublie Jérusalem, qu'oublie ma droite.
C'est le même verbe ShaKaH (שכח), "oublier", qui est employé dans les deux propositions, et les spécialistes considèrent qu'il est probable qu'il s'agisse d'une faute d'un copiste, présumant que le second verbe original était KaHaSh (כחש), "maigrir", "manquer", permutation de ShaKaH.

Il existe des cas patents d'erreurs dans la Bible hébraïque, notamment des confusions entre les lettres R (ר)et D (ד), donnant lieu à deux noms pour un même personnage, mais le respect du texte jugé sacré en a interdit les corrections raisonnables. S'il y a bien eu erreur ici, il est remarquable qu'elle ait été induite par un probable jeu initial sur les deux verbes anagrammes, alors que le lieu de l'action est Babel, à l'origine de la confusion (balal) des langues.
C'est d'autant plus remarquable que deux des lettres des verbes en question sont S et K (שכ), les codes atbash pour B et L; je rappelle que BaBeL apparaît dans le livre de Jérémie sous la forme codée SSK, transcrite Sesach par Jérôme (lequel attribue le psaume 137 à Jérémie, comme le faisait la Septante).

C'est une autre curiosité que le verbe français traduisant SKH soit "ouBLier", avec ces deux consonnes BL (je proposerais "s'assèche" pour le second verbe, en pensant à Sesach).

Et puisque le roman de Coelho est écrit en portugais, voici comment il cite ce verset 5:
Se eu me esquecer de ti, ó Jerusalém, que se resseque a minha mão direita.
Je constate une presque parfaite identité anagrammatique entre les deux formes verbales, esquecer et resseque (un c remplacé par un s), et les phonèmes S et K sont présents.

Quelques petites choses encore.

Si le mot "coeur" (hébreu LB ou LBB) n'apparaît pas dans le psaume 137, il est BeL et bien présent dans ses principales adaptations en "choeurs", ainsi le choral luthérien de Wolfgang Dachstein An Wasserflüssen Babylon (1525) a-t-il pour texte
An Wasserflüssen Babylon
Da sassen wir mit Schmerzen
Als wir gedachten an Zion,
Da weinten wir von Herzen.
Il a bien sûr été harmonisé par Bach (BWV 267 et 653), mais aussi par Pachelbel (partition recopiée par Bach).

Il existe une version rasta devenue un tube planétaire en 78, où ces paroles sans rapport avec le psaume ont été ajoutées:
Let the words of our mouth
and the meditations of our heart
be acceptable in thy sight here tonight
On peut préférer aux versions de Boney M celle de Jimmy Cliff, qui est aussi un interprète de la bande originale du Roi Lion, en compagnie de Lebo M...
Lebo, LeBon, LeBoney...
A propos de Boney et Lebo M, je remarque que Boney était pour les Anglais le sobriquet de Napoléon, le nom Napoleone ayant probablement été contaminé par leone, "lion".

A propos du 8 décembre, cette fête de l'Immaculée Conception est spécialement célébrée à Lyon. La fête est liée à la Nativité de Marie, le 8 septembre, 9 mois plus tard (l'Annonciation du 25 mars précède pareillement Noël).

Ce psaume 137 est attribué par la Septante (où il est 136) à Jérémie. Il en va de même dans la Vulgate.
Ce jeu 136-137 m'est l'occasion de relier Paulo (Coelho) à Pauli (Wolfgang), prix Nobel de physique mais aussi proche ami de Jung. Ce sont ses rêves qui ont inspiré Psychologie et Alchimie, et Pauli est le cosignataire du premier livre sur la Synchronicité.
Toujours est-il qu'il existe pour les physiciens une "constante de structure fine", nommée alpha, dont on a pensé un temps que son inverse pourrait être un entier, 136. L'astronome Eddington y a vu une merveilleuse corrélation avec ses théories, jusqu'à ce qu'il s'avère que la valeur soit plus proche de 137. Eddington a alors décrété que ce devait être exactement 137, en accord encore avec ses théories, mais il a été finalement établi que la valeur était légèrement supérieure à 137...
Exit Eddington, mais intrat Pauli, qui voua à son tour un culte à ce nombre, et qui répétait à qui voulait l'entendre que 137 était la valeur numérique du mot Kabbale en hébreu, qabbala signifiant "réception", ce qui n'a pas empêché sa réception du Nobel (ceci selon une source que j'ai oubliée, et cette page au beau fond d'écran ne mentionne pas le côté hébraïque de l'anecdote).
Il semble mieux référencé que Pauli eut pour dernière joie de découvrir que sa dernière chambre, celle de l'hôpital de Zurich où il allait mourir, portait le numéro 137.
J'évoquais dans le dernier billet un autre prix Nobel, Yeats, qui, s'il ne l'a pas obtenu pour Vision, affirmait que c'était son "Livre des livres".

Coelho insiste sur le fait que les manifestations de la Vierge sont souvent liées à l'eau (Lourdes par exemple), tandis que les apparitions de dieux masculins sont associées au feu (le buisson ardent, l'éclair...)
Le dernier mot du psaume 137 en hébreu est sela', "rocher", dont une exégèse est remarquable. C'est ce même mot qui est employé en Nb 20,11, pour le rocher dont Moïse fait jaillir de l'eau en le frappant de son bâton, et les rabbins ont avancé que les 3 lettres notant ce mot sela', SaMeK, LaMeD, 'aYiN, avaient pour médiales les lettres MMY se réarrangeant en MYM, mayim, "eau".
Ainsi le rocher de Moïse contenait bien de l'eau, de même que l'eau calcaire de la rivière Piedra contient du rocher...

30.1.09

l'étoile de Babel

Je rappelle que le dernier billet m'a amené à découvrir les châteaux triangulaires de Sisak et de Wewel (Wewelsburg, "château du Wewel"), dont le nom est probablement lié au Wawel dominant Cracovie, un des principaux sites de l'Europe antique, or le rapprochement entre Wawel et Babel n'a rien d'outré puisque Babel et Babylone se disent en russe вавел et вавилон qui se transcrivent en allemand ou polonais Wawel [vavεl] et Wawilon [vavilon]... Quant à Sisak, s'il est absurde d'en chercher l'étymologie de ce côté, ce pourrait être une transcription valide de SSK (ששך), le codage atbash du mot hébreu trilittère BBL (בבל), Babel ou Babylone, tel qu'il apparaît dans le livre de Jérémie (25,26 et 51,41).
La forteresse de Sisak a été construite de 1544 à 1550, Wewelsburg a été à maintes reprises détruit et reconstruit. Sa forme triangulaire est apparue en 1603.

GoogleEarth m'a offert tous les renseignements désirés sur les deux édifices.
La forteresse de Sisak est un presque parfait triangle équilatéral dont une pointe (à droite ci-dessus) est assez exactement orientée plein sud. Selon la règle de GoogleEarth, la longueur de l'arête opposée, prise à l'extérieur des tours, est de 64 m, tandis que les deux autres arêtes (idem) mesurent 61 m.
Wewelsburg est un triangle bien moins régulier, plutôt isocèle, dont la pointe aiguë soulignée par la large tour Nord n'est pas loin d'indiquer le nord, avec tout de même un écart d'une dizaine de degrés. L'arête opposée mesure 64 m, les deux autres 84 et 90 m (toujours les distances maximales extérieur des tours).
L'orientation inversée et l'égalité des arêtes parallèles m'ont donné l'envie de superposer les deux images GoogleEarth, après une légère rotation de celle du Wewelsburg :

Voici les images GoogleEarth utilisées, avec les grilles de coordonnées permettant de visualiser la rotation effectuée, ainsi que les règles indiquant les longueurs des arêtes nord de Sisak et sud (environ) de Wewel:

Je n'ai découvert rien de comparable à ces deux châteaux. Il a certes existé d'autres châteaux triangulaires dont subsistent des vestiges plus ou moins importants, mais pas de triangles aussi nets avec trois tours d'angle enclosant un espace libre, et je m'émerveille de la possibilité de cette superposition faisant apparaître l'étoile de David, à partir de deux lieux dont les noms peuvent être mis en relation avec Babel, l'antithèse de Jérusalem selon la tradition judéo-chrétienne.
Si Nabuchodonosor a conquis Jérusalem au 6e siècle avant notre ère et déporté sa population, le principal artisan de la solution finale était Himmler, qui rêvait de faire de son Wewelsburg le sanctuaire de l'idéologie nazie après la victoire, le château devenant le centre d'un ensemble architectural Kolossal.
L'hexagone étoilé ou étoile de David était un symbole universel avant de devenir assez spécifiquement associé au monde juif.
La figure symbolise l'union des opposés, fusion d'un triangle pointe en haut (mâle) et d'un triangle pointe en bas (femelle). Cette dualité se retrouve dans le système concentrationnaire nazi, où les différentes catégories de détenus étaient identifiées par des triangles ou hexagones de couleur cousus sur leurs vêtements. Les hexagones ou étoiles étaient obtenus en superposant deux triangles.

J'indiquais dans le dernier billet que la lecture à rebours de BBL donnait LBB, "coeur" en hébreu. SSK se renverse en KSS, qui pourrait se lire ka shesh, "comme six".
"étoile" se dit kokav en hébreu, KKB, mot de forme identique à BBL-SSK, composé avec les mêmes lettres.
C'est une autre curiosité de constater que Himmler dirigeait le commandement (Kommando) suprême des SS (OberKommando der SS), dont le sigle était OKSS.

Ces six et hexagones m'ont rappelé une étude que j'ai relue, et qui aurait donné une autre très bonne raison pour le titre de mon billet précédent, Babel et la Bête.
Lyuben Piperov, par ailleurs chimiste bulgare, poursuit des recherches bibliques, guidé par sa conviction que la Bible est la Parole de Dieu. C'est ainsi qu'il a eu le pressentiment d'un rapport entre les 6 lettres de BBL-SSK et le nombre 666 de l'Apocalypse, qui a excité maintes imaginations.
Selon l'alphabet numéral hébreu, les valeurs des mots BBL et SSK sont 34 et 620, somme 654, à 12 points du Chiffre de la Bête. Lyuben a regardé les occurrences des chaînes de caractères BBL, LBB, SSK et KSS dans le Pentateuque, plus particulièrement saint pour les croyants, en utilisant le logiciel Torah4U2, donnant le texte hébreu sans espaces entre les mots ou versets.
Il y a donc 6 BBL, 72 LBB, 20 SSK et 6 KSS.
Lyuben trouve miraculeux ces écarts, qui le seraient effectivement s'il s'agissait de lettres distribuées au hasard, mais il s'agit d'un texte composé de mots, et les écarts s'expliquent aisément par des raisons linguistiques, ainsi la majorité des LBB sont des formes du mot LBB, "coeur".
Les autres remarques de Lyuben sont recevables. Il est curieux de trouver 2 fois 6 parmi ces 4 nombres, et surtout que les 6 occurrences de KSS fassent toutes intervenir une forme de SS, "six". Je ne vois cependant pas en quoi ces curiosités marqueraient une claire intention divine, de l'ordre de la tautologie puisque ces curiosités ne seraient probantes que si elles étaient intentionnelles, c'est-à-dire qu'il faut admettre au départ que la Bible est bien écrite par Dieu.

Bref la foi se prête peu à la discussion, et j'avoue que je n'ai de mon côté pas d'explication "rassurante" pour les coïncidences rencontrées ici et ailleurs.
Je remarque que la valeur 654 de BBL-SSK reste d'actualité pour les châteaux de Wewel-Sisak, et que le 12 manquant pourrait être diversement trouvé.
Dans les 12 intersections de l'étoile de David, par exemple, ou dans les 12 branches de ce Soleil noir, mosaïque au centre de la salle principale de la tour Nord du Wewelsburg.
J'ai eu la curiosité de regarder quelle distance séparait Wewel de Sisak, ce que GoogleEarth permet aisément, indiquant 887,95 km de la tour Nord de Wewel à la tour Sud de Sisak, autant dire 888 km, nombre étonnant dans le contexte du 666 de l'Apocalypse.
C'est que, si 666 est admis comme le chiffre de l'Antéchrist, 888 est connu comme valeur du nom grec Ιησους, Jésus, et de multiples spéculations jouent sur ces nombres.
Les nombres se prêtent à de multiples interprétations, et j'imagine que certains pourraient lire dans 888 Heil Heinrich Himmler, à la manière dont les néo-nazis reconnaissent dans 88 Heil Hitler. Détail consternant, les recherches pour ce billet m'ont fait passer par un site de vente d'objets nazis où les prix ne sont pas en X dollars 99 cents, mais tous en X dollars 88 cents...

J'ai eu la curiosité de regarder les distances Wewelsburg-Wawel, 812 km, et Wewelsburg-Babil, le nom irakien de Babylone, 3592 km en pointant sur le centre de la ville.

J'ai apprécié l'idée quaternaire de Lyuben de s'intéresser aux 4 formes BBL-LBB-SSK-KSS.
D'autant que mon intérêt pour l'atbash n'est pas récent, et qu'il y a plus de 20 ans j'avais étudié conjointement les valeurs des villes opposées Babel et Jérusalem, et de leurs formes atbash.
BBL = בבל) 34)
YRWSLM = 586 (ירושלם)
total = 620
SSK = 620 (ששך)
MGPBKY = 155 (מגפבכי)

Ainsi Babel + Jérusalem = 620, comme Sheshak, et aussi comme rouhot (רוחות) les "vents" ou (4) "directions" de l'espace.
Le plus beau, pour l'amateur de quaternité que j'étais déjà, est la valeur 155, quart de 620, de l'atbash de Jérusalem, que je n'essaie pas de transcrire.
La nouvelle Jérusalem, vue par Ezéchiel ou par Jean, est une ville quadrangulaire, comme la ziggourat babylonienne.

Lyuben Piperov compare le jeu des lettres BLSK devenant SKBL (et vice-versa) à celui des bases ACTG d'un brin d'ADN devenant TGAC (idem) sur le brin antiparallèle. L'antiparallélisme des deux brins d'ADN lui permet de justifier le choix des 6 occurrences KSS plutôt que les 20 SSK.
Si ce rapprochement me semble hasardeux, je suis depuis longtemps frappé par les pré-dictions de la structure de l'ADN et du code génétique (supposés ici connus) présentes dans Vision, où WB Yeats décrivait en 1925 un symbole de la psyché humaine, qui lui aurait été transmis par channeling... Ce symbole est constitué de deux spirales ou cônes, qu'il représente le plus souvent sous forme de triangles s'interpénétrant. 4 Facultés se présentent selon divers équilibres dans ces cônes, formant deux couples complémentaires, si bien que si telle Faculté A se présente en telle quantité X dans le cône primaire, la Faculté complémentaire B sera présente en même quantité X dans le cône antithétique.
Je m'en tiens là. L'extraordinaire n'est pas que Yeats ait décrit 30 ans à l'avance une structure très proche de l'ADN, mais que l'ADN réponde remarquablement à divers modèles symboliques développés dans toutes les civilisations, essentiellement la quaternité et la double spirale, probablement exceptionnellement réunies par Yeats en un même modèle (ci-contre la Prostituée de Babylone emplissant sa coupe sous un arbre au tronc en double spirale, selon le Beatus de Gérone).
Je mentionne ceci, au-delà de toute hypothèse, ébloui par la coïncidence de trouver d'une part les lettres BBL-SSK homologuées aux triplets de bases de l'ADN, d'autre part des cônes ou spirales représentés par des triangles, tels que si les facultés du triangle primaire était réparties en 2/3-1/3 (AAG ou BBL par exemple...), le triangle antithétique serait TTC ou SSK !

Ce site très complet explore dans le détail (en anglais) le système de Yeats. J'ai été frappé par une illustration de cette page étudiant les sources qui auraient pu l'influencer. C'est un sablier renversé montrant en bas la sefira supérieure Kether, et en haut la sefira inférieure Malkuth.
Il serait fastidieux de tenter d'expliciter, surtout que ce qui me frappe ici est encore un écho à mes anciennes recherches sur la quaternité dans la Bible et la Kabbale, où j'avais vu:
Kether = 620 = 5 fois 124
Malkuth = 496 = 4 fois 124
Il s'agit donc d'un motif 4/5, où 5 correspond à 620, tandis que j'ai décrit plus haut le motif 4/5 de Babel-Jérusalem avec leurs formes atbash, où c'était le 4 qui correspondait à 620...
Il me souvient avoir vu, en feuilletant sa correspondance, Jung mentionner le couple Kether-Malkuth; une note de l'éditeur suggérait qu'il avait ici probablement confondu Kether et Thiphereth.

PS. Ceci mis en ligne, je me suis avisé que j'avais intitulé le premier billet où je mentionnais l'atbash D'un marteau l'autre, pour les raisons données en fin de billet, mais avec en arrière-pensée un titre de Céline, D'un château l'autre. Je n'avais alors aucune idée de l'existence du château de Sisak, et la vague notion que le château de Himmler avait quelque chose de triangulaire, ce qui ne m'est pas revenu immédiatement en découvrant Sisak.
Je n'ai jamais lu ce livre de Céline (ni aucun autre d'ailleurs), mais je sais qu'il y est question des tribulations en 44-45 de ce collabo, réfugié en Allemagne lors de la débâcle du Gross Deutsches Reich.

Note du 25/3/9: Ayant appris l'existence d'un roman nommé Babel 17, de Samuel Delany, je vais voir dans mon rayon SF si je ne l'ai pas. Non, mais j'ai L'Intersection Einstein, du même auteur.
Je feuillette, et découvre parmi les citations ouvrant le dernier chapitre ceci, de WB Yeats, l'homme du double cône:
Par pitié pour la pensée obscurcie de l'homme
Il traversa la pièce et en sortit
Dans l'effervescence galiléenne ;
La lueur des étoiles de Babylone y apportait
Une fabuleuse et informe obscurité.
              WB Yeats, Chant d'une pièce
Delany ayant visiblement de grandes connaissances littéraires, je suppose que son titre Babel 17 fait référence à Arcane 17, écrit en 1944 (!) par André Breton (très beau site ici). Le titre de Breton fait référence à la lame du jeu de tarots, L'Etoile...
Mon exemplaire est l'édition originale Opta, imprimée le 25/3/1977, il y a exactement 32 ans, avec une illustration triangulaire.

26.1.09

Babel et la bête

Mon précédent billet mentionnait l'atbash, ce codage hébraïque utilisé à trois occasions dans le livre biblique de Jérémie, consistant à remplacer les lettres d'un mot par les lettres correspondantes de l'alphabet écrit à rebours:
- deux cas (25,26; 51,41) concernent le mot Babylone ou Babel, bavel en hébreu, s'écrivant par les 3 lettres BBL (בבל), codé SSK (ששך), lu sheshakh, qui ne veut rien dire.
- l'autre cas (51,1) concerne la Chaldée, dont la capitale est Babylone, en hébreu KSDYM (כשדים), codé en deux mots LB QMY (לב קמי), lu lev qamay, qui ne veut pas dire grand-chose, mais lev tout seul est le mot "coeur".

Ces codages ne cachent rien, les mots Babel et Chaldée apparaissant à multiples reprises en clair dans ces oracles. Les désignations codées conjointes appellent quelques remarques :
- il y a en hébreu deux mots pour "coeur", LB et LBB, lev et levav, exacts renversements de Babel et de son dieu principal, Bel, alias Marduk, maintes fois désigné BL, bel, dans les oracles de Jérémie;
- la lettre Beth se prononçant "b" au début d'un mot et "v" à sa fin, lev et levav peuvent être vus comme les exacts renversements phonétiques de bel et bavel;
- il est frappant que le code transforme les deux lettres LB composant les noms de Bel et Babel en KS, les deux premières lettres du nom de la Chaldée (et inversement, puisqu'une réitération du procédé restitue le message original).

Ce dernier point est peut-être la raison qui a conduit à scinder le codage LB-QMY en deux mots, mais il s'agit d'une question extrêmement complexe, le livre de Jérémie tel qu'il apparaît dans le texte massorétique (le dernier état de la Bible hébraïque) ayant été considérablement remanié au cours des siècles. Sa première traduction, en grec dans la Septante au 2nd siècle avant JC, semble indiquer que l'oracle contre Babel du chapitre 25 était à l'origine contre Juda. Quant à celui du chapitre 51 (28 dans la Septante), les mots qui m'intéressent y apparaissent en clair, "Chaldée" et "Babel", soit qu'ils n'aient pas été codés dans le texte source, soit qu'ils n'aient pas posé problème aux traducteurs.
Il n'en a pas été de même lors de la traduction marquante suivante, la Vulgate de Jérôme au 4e siècle. Jérôme, ne semblant pas avoir tenu compte de la Septante, a rendu les deux SSK par Sesach, sans commentaires, et "les habitants de LB QMY" par habitatores eius qui cor suum levaverunt contra me, expression peu claire qui a à son tour dérouté les traducteurs de la Vulgate, la version la plus fidèle étant les hommes qui habitent au coeur de ceux qui s'élèvent contre moi. (Darby)
Jérôme a donc traduit LB par cor, "coeur", et QMY par une périphrase basée sur le verbe QWM, "se lever contre", "résister", traduit par le verbe levo, levas, de radical lev-, employé au parfait, où le radical devient levav- (levavi, levavisti). Ainsi son levaverunt fait apparaître les deux formes lev et levav de "coeur" en hébreu, alors que ce sont peut-être ces deux formes qui ont motivé le codage atbash. On pourrait même soulever l'idée, le codage étant probablement tardif, que son auteur connaissait le latin et avait entrevu cette possibilité...
De fait, si Jérôme a traduit ici QMY par levaverunt contra me, cette exacte forme QMY apparaît dans le psaume 18 (ici Ps 18,39, verset 40 d'autres versions), où il l'a traduite resistentes mihi.
Et dire que la première mention biblique de Babel est celle de l'épisode de la Tour de Babel et de la confusion des langues (Gn 11), où l'hébreu joue sur la ressemblance des mots bavel et balal, "confondre". Ci-dessus une toile de Raoul Giordan.

Le babélisme peut amener à remarquer que Jérôme est souvent associé au lion, une légende lui faisant ôter une épine de la patte d'un lion qui lui serait resté attaché, or "lion" se dit dans plusieurs langues slaves lev ou lvev (лев ou львев), apparenté au latin leo. Le Wiktionnaire indique pour étymologie
Du proto-slave lьvъ lui-même issu de l'indo-européen lewo.
Pour le vérifier, j'ai posé la requête "indo-european lion", qui m'a envoyé à cette page, mentionnant pour "lion" le tokharien A śiśäk, et le tokharien B ṣecake (voir ici ce qu'étaient ces langues indo-européennes).
Il est difficile de ne pas penser au mot SSK, sheshakh ou sesach, sans qu'il me soit envisageable d'approfondir tant mon ignorance en ce domaine est immense.

Et je ne suis pas au bout de mes surprises, la page ci-dessus poursuivant par
En revanche le mot grec leôn, latin leo, qu'on retrouve dans toutes les langues d'Europe, viendrait éventuellement des langues sémitiques (proto-sémitique *labu-).

Ainsi parti du coeur hébreu, LB ou LBB, lecture à rebours de BBL, une suggestion d'une amie m'a conduit à remarquer un semblable redoublement de finale pour le lion slave LB-LBB, et un approfondissement vers l'indo-européen me mène à un lion SSK, codage de BBL dans l'alphabet hébreu écrit à rebours, tandis qu'il faudrait plutôt regarder du côté sémitique pour le lion LB(B)...

Quelques vérifications m'ont amené à des pages très savantes, confirmant en tous points ces dernières infos. Et il y a bien en hébreu biblique un lion lavi, LBYA, moins usité que arye, ARYH.
Je ne soupçonnais pas que Shere Khan, le tigre du Livre de la Jungle, venait de l'urdu sher, qui signifiait "lion" avant "tigre"; Kipling indique que le mot doit se prononcer skere, ce qui est rarement respecté.
Shere Khan, "seigneur lion" donc plutôt que "seigneur tigre", a de multiples échos. Je remarque qu'un des compositeurs de la musique du film de Disney est Lebo M, alias de Lebohang Morake, prédestiné à écrire de la musique léonine.
Khan, "seigneur", serait l'homonyme du titre bel de Mardouk, qui existe aussi en hébreu, mais la désignation du dieu babylonien omet une lettre du mot ba'al, "maître", "seigneur", peut-être pour marquer son inanité, BL en 2 lettres, lu bal, signifiant "rien". Ainsi BL LB(YA) pourrait signifier "seigneur lion".
Dans l'autre mention du SSK biblique (Je 25,26), il s'agit du MLK SSK, se lisant tout aussi bien "roi SSK" que "roi de SSK".

La requête "śiśäk" donne d'abord des réponses pour Sisak en Croatie, où c'est une ville de 50 000 âmes, jadis la celtique Segestica puis la romaine Siscia.
Voici les "tours de SiSaK", dont le site principal est cette forteresse triangulaire, au confluent de la Kupa et de la Sava (initiales K et S !)
Les châteaux triangulaires ne sont pas particulièrement nombreux, or il en existe un autre tout à fait remarquable, le Wewelsburg que Himmler fit restaurer pour en faire le sanctuaire de l'idéologie nazie. Dynamité par les SS à la fin de la guerre, il a été reconstruit pour devenir un musée.
Il semble assez évident que son nom est apparenté à celui du célèbre château du Wawel à Cracovie, or une hypothèse plausible fait dériver Wawel de Babel. Je crains de ne pouvoir apprécier tous les arguments de cet article en polonais, qui reproduit un document de 1450 où l'étymologie Wawel-Babel était déjà privilégiée.
Cette page plus lisible (pour moi du moins) en allemand indique que Babylone se dit en russe Vavilon, et les v russes se transforment aisément en w polonais, ainsi le lion lev est un lew à Varsovie.

Jérôme est natif de Stridon, identifié notamment à l'actuel village Žejane, en Croatie, à 150 km à l'ouest de Sisak ("lion" se dit lav en croate).
Je crois rêver en voyant que ce minuscule village est situé à moins de 10 km à l'est de ROC (cor à rebours), et à moins de 10 km à l'ouest de SUSAK (SSK encore).

Je remarque aussi DANE, au-dessus de ROC, entre les deux localisations de Stridon proposées (voir le Quintett DAEN, avec Charles au Coeur).

Ici la carte Google Earth de Žejane.

Je reviens à présent au fil prévu de mon billet, bouleversé par la découverte du śiśäk tokharien.
Je comptais souligner que le lion était très présent à Babel-Babylone, témoin ce bas-relief de la porte d'Ishtar.
Les lions de Babylone sont particulièrement connus par l'épisode du livre de Daniel, où le prophète est jeté dans la fosse aux lions (Dn 6). Il est certes établi que ce livre est entièrement apocryphe et que son auteur ne savait pas grand-chose de la vie à Babylone aux temps où il place son récit, mais s'il fallait ne tenir compte que des textes bibliques aux contenus rigoureusement avérés, il ne resterait pas grand-chose à se mettre sous la dent.
Ci-contre, Daniel dans la fosse aux lions selon le Beatus de Saint-Sever.

Le livre de Daniel est écrit en araméen, langue qui ne diffère qu'assez peu de l'hébreu, la plupart des mots étant très proches. On y trouve néanmoins beaucoup de hapax, mots qui n'apparaissent qu'une fois dans la Bible, et dont le sens est parfois incertain.
Ainsi apparaît le mot BL, bal (Dn 6,15 ou 6,14 selon les découpages bibliques), interprété comme "coeur". Et ce mot BL apparaît lorsque Daniel est jeté dans la fosse aux lions ! Ces lions sont ici non LBYA, mais ARYH, dans la forme araméenne du mot.
Jérôme a traduit le mot BL par cor, "coeur" (et pro Daniele posuit cor ut liberaret eum), et c'est pour tel qu'il est donné dans les dictionnaires d'araméen biblique, qui était encore récemment nommé chaldéen, voire babylonien (mon Dictionnaire Guenassia, reprint de 1926, est Chaldéen-Français).
Le mot "coeur" apparaît à quelque 18 autres reprises dans le livre de Daniel, où il est toujours LBB ou LB, les deux formes étant aussi présentes en araméen.

L'épisode de la fosse aux lions est suivi de la vision des 4 bêtes dont la première, un lion ailé, est identifiée à Babylone.
Bel-Mardouk est plutôt représenté par un dragon, un serpent proche du Léviathan. Je n'insiste pas sur le rapprochement lev-leviathan car l'homonymie partielle n'est que phonétique, les mots s'écrivant LB et LWYTN, mais cette homophonie des lettres vet et vav est une réalité de l'hébreu moderne, qui a conduit les Juifs russes à privilégier le prénom Lev pour ses résonances hébraïques.
Mes recherches lev-lion m'ont amené à la chronique Thus spake the 'lion' of Jew-dah du journal Haaretz, évoquant le milliardaire Lev Leviev, ultra de la droite israélienne, né en Russie où il était donc un "Lev fils de Levi". Etrangement, le chroniqueur indique Lev (meaning "lion" in Hebrew) Leviev : sans doute s'agit-il d'un lapsus, pour in Russian, puisque la suite montre qu'il connaît parfaitement l'hébreu.
La forme archaïque Thus spake du titre fait allusion au Thus spake Zarathustra de Nietzsche. Une légende persane fait de Zoroastre un des bâtisseurs de la tour de Babel. Ce tableau d'Ernst Fuchs (renard allemand) se veut un jeu de mot avec Zorro (renard espagnol, cf Zorobabel, héros biblique).

Il me revient avoir été marqué ado par le titre d'un roman d'Henri Troyat, La faim des lionceaux, dont je ne connaissais pas alors le vrai nom, Lev Tarassov, doublement lion car tarass signifie "lion" en ukrainien.

Je n'en ai pas fini avec Babel, dont il sera encore question dans le billet suivant.