18.8.15

Livre Bleu


  J’étudiais dans le précédent billet deux romans de 34 chapitres découverts en juin et juillet, et y faisais allusion à ma relecture début juin d’un autre roman de 34 chapitres, que je me réservais de commenter le 31 août, 21/13 du calendrier pataphysique.
  Il me faut revenir sur ce qui s’est passé en août 2008. Le 2 août j’ai découvert le polar métaphysique Les silences de Dieu, où l’indice du « jumeau 0,809 » mène à Satan, qui partage avec Dieu la « divine proportion », le nombre d’or 1,618…
  Si l’argument était un peu faiblard, diverses coïncidences du roman m’ont conduit à lire d’autres œuvres de Gilbert Sinoué,  à commencer par Le Livre de saphir, que je possédais mais n’avais pas lu (ou vite abandonné). Peu d’échos jusqu’à Des jours et des nuits, emprunté à la médiathèque et lu le 31 août. La présence de Jung en tant que personnage de ce roman et les échos avec les polars minoens de Paul Halter déclenchèrent un bouillonnement qui déboucha, dans des circonstances défiant la logique, sur la découverte de l’harmonie quintessentielle de la vie de Jung autour du 4/4/44, prélude à la création de ce blog Quaternité.

  Plusieurs découvertes importantes des mois suivants présentent de remarquables échos avec Le Livre de saphir, mais je n’ai pu alors les percevoir, faute d’une mémoire parfaite. En voici un aperçu, avant d’y revenir en détail :
- le roman présente un net découpage de ses 34 chapitres en 21-13 ;
- il fait référence à Elie et Enoch, de valeurs 52-84 en hébreu (comme Jung-Haemmerli dans notre alphabet), seuls personnages de l’Ancien Testament ayant été élevés au ciel sans connaître la mort terrestre ;
- le nom Haemmerli m’a conduit à superposer en un Sceau de Salomon  les deux châteaux triangulaires toujours debout en Europe, or le jeu d’énigmes du roman fait maintes références au Sceau de Salomon et à sa composition en deux triangles, et ce jeu conduit finalement à un château triangulaire, au cœur d’un Sceau de Salomon à l’échelle de l’Espagne...

  Le Livre de saphir est une sorte d'ardoise magique sur laquelle s'inscrit la réponse à la question du consultant. Il a été fabriqué par Dieu, d'abord remis au patriarche Enoch, ensuite transmis à ses descendants, le seul clairement identifié étant Salomon. Il est en 1487 entre les mains d'Aben Baruel, lequel sait grâce au Livre qu'il va être exécuté lors d'un autodafé le 28 avril à Tolède, aussi imagine-t-il de le transmettre en ne se limitant pas à ses coreligionnaires juifs également menacés.
  Il y a quelques défauts de logique dans son plan, mais sinon il n'y aurait sans doute pas de roman... Toujours est-il que Baruel laisse un jeu d'énigmes à déchiffrer par un trio, le rabbin Samuel Ezra, le cheikh Chahir Ibn Sarrag, et le moine franciscain Rafael Vargas. Les énigmes demandent de bonnes connaissances des deux Testaments et du Coran, imposant au trio un oecuménisme mal vu dans une Espagne en fin de Reconquista.

  Il y a 8 énigmes, réparties en 3 palais mineurs et 5 palais majeurs (ce qui peut être inspiré par le nom du livre hébreu d'Enoch, Traité des Palais). La première énigme conduit en fait Ezra et Sarrag au 3e larron, et les 6 énigmes suivantes mènent les 3 associés à travers toute l'Espagne pour découvrir à chaque fois un petit triangle équilatéral en airain La dernière énigme est un seul mot, béréchit, "au commencement", signifiant aux chercheurs qu'ils doivent revenir où ils ont débuté leur quête, à Grenade.
  Après quelques jours de découragement, Ezra trouve enfin le sens de l'ultime énigme. Leurs pérégrinations leur ont fait parcourir 6 royaumes, et c'est en considérant ces 6 royaumes plutôt que l'itinéraire parcouru qu'apparaît un parfait Sceau de Salomon :
  C'est pour cela qu'il y avait 3 "palais mineurs", leur point commun étant que les lieux visés sont tous au royaume de León. 
  Le lieu où est caché le livre serait donc au centre de ce symbole, dans le royaume principal de Tolède, et le trio n'en doute plus lorsqu'il découvre approximativement en son centre un édifice triangulaire, le château de Montalbán. Le trio s'y rend et y découvre un Sceau de Salomon où s'adaptent les triangles collectés pendant la quête, déclenchant l'ouverture de la cache du Livre.
  Chacun lui soumet alors la question qui a constamment agité le trio, quelle est la vraie religion ? Le Livre donne à chacun une réponse le confortant dans sa foi... Après avoir donné les trois réponses, la tablette de saphir se désagrège.

  L'intention est louable, mais il y a quelques problèmes dans sa réalisation. Comme dans Le labyrinthe de la rose, autre roman en 34 chapitres, la solution des énigmes proposées semble tenir plus de l'intuition que de la déduction, et il y a quelques erreurs factuelles.
  Ainsi le Sceau paraît déterminé par ses pointes sises dans les 6 "palais", mais la pointe correspondant au royaume de León est au Portugal. S'il aurait suffi d'un Sceau à légèrement plus petite échelle pour satisfaire aux exigences, une erreur irréductible apparaît pour l'énigme concernant Salamanque, le troisième lieu de León, où est découvert le 3e triangle : lors de son énoncé chapitre 19 elle est titrée deuxième palais majeur, alors qu'il s'agirait du troisième palais mineur chapitre 32...

  Ces erreurs soulignent la répartition 21-13 des 34 chapitres, car c'est à la fin du chapitre 21 qu'est découvert le 3e triangle, à Salamanque. 3 triangles ont donc été découverts au royaume de León, dans les palais dits mineurs (chapitre 32 du moins), et les 3 autres seront découverts dans les royaumes de Castille, Aragon, Murcie.
  Le roman insiste à maintes reprises sur le symbolisme du Sceau, composé de deux grands triangles opposés, correspondant aux deux grands principes et à leur fusion dans l'unité, ou de 6 petits triangles, correspondant aux 6 jours de la semaine, aux 6 planètes, aux 6 métaux, le centre figurant le Shabbat, le Soleil, l'or...  Il est alors significatif d'avoir 3 triangles d'une part en León, et les 3 autres dans trois royaumes distincts (j'ai vu en ligne des Sceaux avec leurs triangles numérotés de 1 à 6, avec la somme évocatrice 21 au centre).
  De plus, ce que ne remarquent pas les protagonistes, le 3e triangle est trouvé à Salamanque, de son premier nom Salmantica dans lequel figure Salman, forme arabe de Salomon. En fait le nom de la ville vient du latin salmo, "saumon", mais comment ne pas faire le lien lorsqu'on est engagé dans une telle quête ? Il est vrai qu'à ce stade les héros ne savent pas encore ce que sera la totalité des objets semés par Baruel (je rappelle que le sens premier de la racine shalam signifie "être complet", et que shalom, "paix", est un sens dérivé associé à cette complétude).

   Il m'est vertigineux de constater cette primauté du León dans la constitution du symbole, car la ville et la province doivent sans ambiguïté leur nom au lion, león en castillan, présent dans leurs armoiries, bien que la réelle origine étymologique soit probablement la legio romaine qui a fondé la ville.

  Car c'est le lion qui m'a mené, via l'hébreu levia, le polonais lwew et le tokharien śiśäk,  aux deux châteaux triangulaires de Wewel et Sisak, dont les consonnes WWL-SSK peuvent correspondre au jeu hébreu entre BBL et SSK, un des premiers exemples connus de codage dans la littérature. J'ai superposé les deux châteaux en ce Sceau de Salomon que j'ai nommé l'Etoile de Babel.
  J'avais été mené à ce code atbash BBL-SSK de l'oracle de Jérémie contre Babel par le nom Haemmerli, "marteau", parce que dans cet oracle YHWH compare Babel à un marteau, MPÇ, que l'atbash  transforme en YWH, les 3 lettres composant le Tétragramme, mais tout ceci est développé dans ce billet et le suivant.

  Je remarque que cette répartition 21-13 passe par un polygone étoilé, en l'occurrence un hexagone, alors que c'est un octogone étoilé achevant le chapitre 21 du Labyrinthe de la rose qui marquait pour moi la répartition 21-13 de ces autres 34 chapitres, dont le nombre était ici clairement intentionnel (mais je doute fort que l'auteur ait été consciente que cette figure mettait en évidence une répartition 84/52 = 21/13 des 16 premiers nombres).

  J'espère avoir pu faire entrevoir à quel point me bouleverse cette histoire de Sceau de Salomon centré sur un château triangulaire, et je suis loin d'en avoir fini avec les autres échos, ainsi le premier triangle est  découvert au sommet d'une des 6 tours du château des Templiers de Jerez de los Caballeros, château qui selon le premier palais mineur serait "au coeur de la plaine de Shinéar", le lieu où selon la Genèse a été construite la tour de Babel, et c'est cet indice "Babel" qui donne finalement l'emplacement exact du premier triangle d'airain (j'avoue n'avoir guère compris pourquoi).
  "Au coeur de la plaine de Shinéar" : je rappelle que le mot BBL a pour valeur 34 en hébreu, et qu'il est le renversement de LBB, "coeur". L'énigme du premier palais fait aussi appel à la valeur numérique des mots, mais en arabe.
  Le couple coeur-lion est important pour moi depuis mes premières découvertes sur Babel, et j'y ai adjoint récemment le mot "roi", aussi m'est-il évocateur que ce "coeur de Babel" soit au royaume de León.

  Le château de Montalbán existe bien, mais rien sur cette page détaillée n'indique qu'il ait jamais été triangulaire, voici ce qu'il en reste aujourd'hui vu sur GoogleEarth. Le nom Salomon apparaît cependant sur la page, non pour le Sceau, mais pour la Table (mesa ou missorium) que les Templiers auraient pu y cacher.
  Une investigation rapide ne m'a pas non plus confirmé qu'il y ait eu 6 tours au château des Templiers de Jerez (mais la ville fortifiée avait bien 6 portes). Si la Tour Sanguinaire du château est toujours debout, je n'ai pas non plus trouvé confirmation des 272 marches que lui alloue Sinoué, un nombre qui m'est significatif, notamment en tant que 8 fois 34, rencontré récemment pour les deux noms de Carolyn "Cat" Tyler (168/104 = 21/13), épouse de Leonard "Len" Barliss (tiens les Léonards sont les habitants du Léon breton).
  Dans Les silences de Dieu, qui présente un certain oecuménisme comme Le Livre de Saphir, Dieu revient sur terre sous le nom de Morcar, dont un personnage calcule la valeur numérique, 68 (2 fois 34).

  Un Sceau de Salomon dont 3 sommets présente une unité, une complétude, est évocateur pour le jungien. Il y avait un point de divergence entre Jung et Pauli sur le symbole essentiel de la totalité. Pour Jung c'était la Quaternité, avec 3 éléments d'une part et un 4e de l'autre, avec pour exemple la trinité masculine divine complétée par Marie, mais Pauli en tant que physicien récusait cette asymétrie, et privilégiait le Sceau de Salomon, un triangle masculin complété par un triangle féminin.
  Le Sceau de Sinoué pourrait concilier les deux points de vue, avec ses 3 triangles trouvés en León et les 3 autres dans des royaumes distincts.
  Il y a dans son roman un quaternaire plus nettement jungien, car aux trois hommes désignés par Baruel s'adjoint une femme, Manuela Vivero, qui prétend avoir été l'amie de Baruel et détenir des clés importantes pour leur quête. C'est en fait une espionne envoyée par la reine Isabel, quelques échos ayant filtré au sujet de leur recherche d'un livre exceptionnel, mais le stratagème réussit et elle s'intègre au groupe.

  C'est au chapitre 13 que doña Vivero rejoint le groupe, et ceci rejoint maintes histoires où une première étape est la constitution d'un groupe autour d'un projet, la seconde sa réalisation, induisant ici une autre répartition des 34 chapitres en 13-21.
  De fait c'est chapitre 14 qu'est découvert le premier triangle, avec l'aide active de doña Vivero qui est celle qui trouve le sens de l'indice "Babel".
  Le code atbash n'est pas spécifique à l'hébreu, et c'est une curiosité que cette jeune dame férue de Babel ait son nom formé dans l'ordre des lettres VIERO, qui dans notre alphabet de 26 lettres devient ERVIL, le renversement de LIVRE
  On peut trouver en ligne le codage de VIVERO en EREVIL. Attendu que ces lettres forment ELVIRE, la vieille dame sans merci héroïne de MB Endrèbe, déjà apparu dans mes coïncidences 21-13, je suis tenté de voir en doña Vivero une gracieuse jeune dame. Malgré sa traîtrise elle a finalement un rôle très positif dans l'histoire, et la dernière phrase du dernier chapitre laisse supposer une concrétisation de l'idylle esquissée entre elle et le moine Rafael Vargas :
 Alors il marcha vers elle.
Ce dernier mot ELLE du chapitre 34 a pour valeur 34 (j'ai déjà repéré le couple fibonaccien IL/ELLE = 21/34, et le chapitre 21 débute par "Il leur fallut six jours...").
  Je ne crois pas avoir encore remarqué qu'en hébreu
YWH/BBL =  21/34 (les mots ayant pu donner naissance aux codages atbash MPÇ/SSK du chapitre 51 de Jérémie).
  Si le Livre de saphir ne privilégie dans ses réponses aucune des religions dites du Livre (la Bible), la tablette affiche lorsqu'elle est placée devant le questionneur le Tétragramme hébreu, YHWH.

  Le roman donne la valeur numérique du Tétragramme, 26, et  il est à remarquer que les 12 premiers nombres peuvent être arrangés en un Sceau de Salomon où chaque ligne de 4 nombres donne la somme 26,

  Le Livre de saphir me semble inspiré par l'oracle Urim we-Tumim, porté par le pectoral du grand-prêtre, sur lequel 12 pierres représentaient les tribus d'Israël (avec le saphir pour Issachar, en hébreu YSSKR qui contient les 3 lettres SSK codant BBL). J'ai relaté ici qu'une exégèse reliait le jeu atbash BYT > SMA à la valeur de l'expression Urim we-Tumim:
   BYT  est ici l'initiale du mot BRASYT, béréchit, "au commencement", écrite en plénitude. C'est ce mot béréchit qui a été le dernier indice ramenant le groupe à Grenade.
  Attendu que SMA sont les 3 lettres mères selon le Sefer Yetsira, où B est la lettre centrale parmi les lettres doubles, j'ai aussi vu en B(YT)-SMA une possibilité de conciliation des divergences entre Jung et Pauli sur le symbole de la totalité.

  A propos d'atbash, Baruel mentionne dans sa lettre à Ezra que le Livre pourrait bien être le fameux Graal, symbole du centre, du coeur :
Tu l'ignores peut-être, mais le hiéroglyphe égyptien du coeur est à la fois un vase et... un livre. Oui, un livre.
  J'ai déjà eu affaire à ce hiéroglyphe F34 nommé ib,
Je ne trouve pas trace qu'il puisse être un livre, mais l'essentiel pour moi est que Sinoué l'y associe. Je remarquais dans Coeur primitif que ib pouvait être vu comme les lettres hébraïques YB, qui par atbash donnent MS, les lettres de rangs 13-21.
  Je remarque maintenant que le numéro du hiéroglyphe dans la catégorie F, 34, correspond à la valeur du coeur hébreu, LBB, et du livre allemand, Buch.
  Il y a de plus dans maintes traditions, dont l'hébraïque, une étroite association entre coeur et foie, liver en anglais. Le foie hébreu, KBD, a même valeur 26 que le Tétragramme (je rappelle que 26 et 34 sont les constantes des étoiles magiques à 6 et 8 sommets). C'est un rêve sur Liverpool qui a inspiré à Jung sa Fenêtre sur l'éternité, dans le Livre Rouge.
  Je note encore que le prénom du rabbin Ezra est Samuel, en hébreu SMWAL ("son nom est Dieu"), débutant par les lettres SM de rangs 21-13 (et la gématrie du nom est 377, 14e Fibonacci). Chaque énigme de Baruel débute par la formule "Le nom est en..." suivie d'un nombre; le "nom" est toujours SM, 21-13.

   J'imagine que Sinoué avait déjà des préoccupations jungiennes en 1996, et qu'il ne s'y est pas intéressé uniquement en 2001 pour l'écriture de Des jours et des nuits,Et le désir s'accroît dont un personnage est Jung, toujours est-il que j'ai repris le roman et y ai vu de nouvelles choses.
  Ainsi il débute à Buenos Aires à la fin de 1930, et il y est mentionné chapitre 11 la prise du pouvoir en Argentine par le général Uriburu, or le billet Sunshine Superman m'a conduit à diverses coïncidences liées à ce personnage.

  Lors d'une autre relecture de Des jours et des nuits, j'avais remarqué une possibilité de césure 18-11 de ses 29 chapitres (11-18-29 sont des termes de la suite de Lucas). Ricardo rêve donc d'une femme aux cheveux de jais noués en chignon, jadis aimée follement avant une catastrophe; un nouveau rêve lui montre la même femme dans la Grèce actuelle, aussi s'y rend-il; le dernier paragraphe du chapitre 18 montre leur croisement par hasard dans un hall d'hôtel, sans que Ricardo y prête attention, et il ne rencontre effectivement Dora qu'au chapitre 25.
  Jung n'intervient qu'indirectement dans l'histoire, via la psy jungienne Adelma Maizani consultée par Ricardo à Buenos Aires, laquelle informe Jung de son cas. Je m'étonne de n'avoir pas vu bien plus tôt que les noms des deux psys sont en rapport d'or :
CARL GUSTAV JUNG = 34+90+52 = 176
ADELMA MAIZANI = 36+73 = 109
176/109 = 1.615
  Le livre s'achève sur ces remerciements, de valeur 1597, 17e terme de la suite de Fibonacci :
L'auteur tient à exprimer sa plus profonde gratitude à Carl Gustav Jung. La quasi-totalité des rêves et théories exprimés par Adelma Maizani lui est empruntée.
  Je suis d'autant plus sidéré que le livre lu pour la première fois après Des jours et des nuits était Pilgrim, où ce Pilgrim qui n'a pas de prénom est directement confronté à Jung, et il m'a fallu presque autant de temps pour m'apercevoir que PILGRIM/JUNG = 84/52 = 21/13.

  Je suis fasciné depuis fort longtemps par le recueil Alphabets de Perec, où j'ai repéré une stupéfiante architecture dorée qui semble reposer plus sur la structure de l'alphabet français que sur de réelles intentions de Perec. Lorsque j'ai découvert l'harmonie de la vie de Carl Gustav Jung (=176) autour du 4/4/44, j'ai vite fait le lien avec les 176 poèmes et 1936 vers (44x44) du recueil. J'y suis revenu ensuite à diverses reprises, notamment lorsque j'ai découvert que les deux auteurs qui m'ont conduit à calculer l'heure exacte de cette harmonie, Sinoué et Halter, trouvaient leur anagramme exacte dans un des poèmes de Perec, sait-on l'heure ?
  Je ne vois pour l'heure aucun écho bouleversant dans le poème 109, ni dans l'ordre du recueil, ni dans l'ordre de composition, mais le poème 110 dans ce dernier ordre est dans le recueil le 105, de la séquence remarquée il y a peu 65-105-170 (5 fois 13-21-34).

  Je relatais dans le précédent billet les circonstances qui m'ont conduit à avoir deux exemplaires de Deuils de miel, et à constater que dans l'un le dernier chapitre était le 34, dans l'autre le 33. Possédant l'exemplaire de poche du Livre de saphir, j'ai eu la curiosité d'emprunter à ma médiathèque son édition originale.
  Je n'ai pas eu la patience de tenter de repérer des différences au mot à mot, mais un hasard m'a conduit à une étrange constatation.

  Dans l'édition originale, le Tétragramme, donné à 7 reprises chapitres 2 et 34, est écrit en lettres hébraïques inversées latéralement.
  La forme correcte est donnée dans l'édition de poche.
  C'est plutôt étrange. De multiples polices hébraïques étaient disponibles en 1996, sans possibilité d'erreur. Si Sinoué avait donné une image à son éditeur, alors c'est l'expression entière qui aurait dû être retournée, et non lettre par lettre.
  L'auteur consulté m'a répondu qu'il s'agissait d'une erreur de l'imprimeur pour la toute première édition, de janvier 1996, corrigée dès la réimpression suivante chez Denoël (de Léon ?). Il m'a aussi confirmé que c'était pour les besoins de la fiction qu'il avait imaginé que le château de Montalbán était triangulaire.
  Le renversement est renversant, d'abord parce qu'il touche un mot si sacré qu'il est souvent substitué par d'autres formes, notamment HSM, "le Nom", avec toujours SM 21-13.
  Ensuite il y a le fait qu'une autre lettre hébraïque apparaît dans le roman, dans l'énigme de Salamanque, la lettre B également lue en plénitude BYT, beth, "maison" ou "temple", indiquant que le 3e triangle se trouve dans une église de Salamanque.

  Cette lettre est renversée à 180°, ce qui est explicite dans le texte.
  Voici sa forme normale :
  Il se trouve que dans le billet Coeur primitif où je donnais le hiéroglyphe "coeur" ib (voir plus haut), je donnais un seul autre hiéroglyphe,
"maison" per, qui pourrait être assimilé à la lettre hébraïque beth, "maison" aussi, associée à son reflet latéral dans le miroir.


  Il y a enfin quelque chose d'hallucinant. Le roman est devenu en 1999 en anglais The Book of Sapphire, et je ne pense pas que ceci ait influencé l'auteur pour la jeunesse Mary Cathereene Brown pour publier en 2006 un livre de presque même titre, The Book of Sapphire!, avec un point d'exclamation additionnel !
  Je l'ai commandé et n'ai retenu qu'une chose d'une lecture plutôt pénible.
   Ce livre de saphir n'apparaît que dans un rêve de l'héroïne, où Missy Porter voit le livre danser devant ses yeux, avec un titre en lettres d'or qu'elle ne peut déchiffrer. Lorsqu'elle tente de le saisir sa main heurte la surface d'un miroir. Elle se réveille.
  Or c'est aussi en lettres d'or qu'apparaît le Tétragramme sur la tablette de saphir du roman de Sinoué, en lettres inversées dans la première édition, et il est donc ébouriffant de trouver un autre Livre de saphir avec des lettres d'or vues dans le miroir.
Tiens, en omettant Mary :
CATHEREENE BROWN = 84+72 = 156
GILBERT SINOUE = 73+83 = 156

  Je n'en ai pas fini avec Le Livre de saphir, et j'y reviendrai dans le prochain billet, publié le 31 août ou 21/13 du calendrier pataphysique.
  Ce 18 août est aussi le 8/13 pataphysique.

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