10.11.12

menthe chardon anis


  Un colistier de la ListeOulipo a remarqué qu'aujourd'hui serait le 10/11/12, et que ce pourrait être l'occasion d'une création, à 13:14 par exemple.
  J'ai aussitôt pensé à la relation que j'ai découverte en 1995 à partir d'un vers de Virgile
102 + 112 + 122 = 132 + 142 = 365
J'ai un instant pu croire être le premier à avoir vu cette relation (après éventuellement Virgile), mais il n'en était rien, bien qu'à mon avis les arithmologues que je consultais alors aient manqué cette relation mettant en jeu le nombre classique de l'année, ainsi que le nombre non moins classique 12, au centre de la séquence 10-11-12-13-14.
  Je m'efforçai de réparer ces oublis avec le roman Sous les pans du bizarre (2000),no code in the Spanish translation où je développais certaines de mes lectures virgiliennes. Il s'y trouvait aussi diverses créations plus ou moins poétiques utilisant les nombres en jeu. J'y suis revenu à maintes reprises, ainsi que sur les diverses coïncidences qui s'en suivirent.
   Le dernier rebond notable est lié à la ListeOulipo; je fais partie depuis 2003 de son cénacle de la BLO, collection à tirage réduit d'œuvres collectives produites irrégulièrement pour fêter des événements importants qui touchent des membres de la liste Oulipo. J'ai donc contribué à 10 BLOs presque consécutives, les manquantes étant la BLO 9, suite à une adresse mèl obsolète, et la BLO 15 qui m'était dédiée (merci les potes). J'ai donc contribué aux BLO 10-11-12-13-14, et la BLO 12 dédiée à 4 sexagénaires m'a donné l'idée d'une composition en strophes de 60 lettres découpées en 10-11-12-13-14, chaque vers ayant pour gématrie le carré de son nombre de lettres...

  Ces rappels pour expliquer qu'il me fallait trouver autre chose que de la gématrie ou du comptage de lettres. J'ai pensé à des distiques de 10-10, 11-11, etc. pieds, et à utiliser dans chaque distique un vers à mètre variable, par le jeu des e muets et des permutations. C'est alors qu'un petit miracle est intervenu avec la remémoration d'une chanson de Jacques Douai que je n'ai pas entendue depuis près de 40 ans.
  Ô belle à la fontaine est composée sur un poème de Lanza del Vasto, qui a fréquenté les Daumal:
  Chacune des 3 strophes a 8 vers, de 6 et 7 pieds alternés (le vers de 6 pieds étant à rime féminine). Dans chaque strophe revient une permutation des trois mots Mélilot menthe chardon, à des positions différentes, comptant donc 6 ou 7 pieds selon les cas. Je crois n'avoir jamais réfléchi consciemment à ceci au temps où j'écoutais la chanson, et évidemment encore moins au fait que ces permutations peuvent rappeler la 8e Bucolique de Virgile, où le vers refrain de valeur 365 ponctue des strophes de 4-3-5, 4-5-3, et 5-3-4 vers.
  Toujours est-il qu'un vers à géométrie variable 10-11-12-13-14 imposait 7 mots dont 4 se terminant par un e; 3 mots devaient commencer par une voyelle, les autres par une consonne. Il était difficile de garder mélilot, qui aurait imposé 4 monosyllabes, aussi j'ai choisi
 Thym seigle avoine orme anis chardon menthe
  J'ai aussi choisi d'évoquer les 4 saisons et 5 éléments chimiques, et voici le résultat

Thym seigle avoine orme anis chardon menthe
Car bonne au printemps s'exerce l'amante.
Chardon avoine orme anis menthe thym seigle
L'étain scelle l'été jusqu'au rut espiègle.
Menthe chardon seigle thym orme anis avoine
L'automne se pare du teint de l'antimoine.
Avoine thym menthe seigle anis orme chardon
L'argent de l'hiver nourrit en chacun son pardon.
Orme menthe chardon anis avoine seigle thym
Voici l'or du trois cent soixante-cinquième matin.

  J'avais en fait quelques mots différents dans une première version, que j'ai eu l'idée de soumettre au Gématron. Elle comptait 370 lettres et sa gématrie totale était proche de 4180, soit 12 fois 365, second petit hasard miraculeux.
  Il m'était très simple de retoucher cette version pour arriver à 365 lettres de gématrie 4180, ce qui fut fait, et la vérification au Gématron apporta un troisième petit hasard miraculeux. La petite section d'or tombait à la fin du 4e vers, pour un total gématrique de 1597, que je sais être le 17e terme de la suite de Fibonacci. Je connais les Fibos jusqu'au 20e, mais je n'avais pas pensé que 4180 était à une unité près 4181, soit F19.
NOTE du 13/11 : En fait 12 fois 365 ne font pas 4180, mais 4380, et je me demande comment j'ai pu faire une telle bourde, sans laquelle je n'aurais probablement pas cherché à modifier mon premier jet.

  J'ai appris fin octobre que la première approximation décimale du nombre d'or (ou plutôt de son inverse) avait été faite en 1597 par Michael Maestlin dans une lettre à Kepler, où il donnait la valeur « environ 0.6180340 ». C'est en fait 0.6180339..., mais la curiosité est que le premier rapport entre deux entiers donnant 0.6180340... est 1597/2584 (F17/F18). Pour donner une idée de la coïncidence, on ne trouve pas d'autre fraction donnant ces 7 décimales avant 3194/5168.
  Ironiquement, c'est Kepler qui établira peu après le lien entre la suite de Fibonacci et le nombre d'or, et qui le publiera dans Harmonices Mundi en 1618 (1.618 est l'approximation courante de Phi).

  Il me semblait donc intéressant de trouver une variante actualisant ce rapport 1597/2584, et un 4e petit miracle fait que c'est extrêmement simple, en remplaçant Voici (=58) au dernier vers par Voilà (=59). On peut étudier cette dernière version sur le Gématron.
  Un autre dernier ajustement a consisté à réordonner les mots du 7e vers de façon à ce que la grande section d'or (2584) tombe exactement après un mot (menthe).

  Voilà. C'est le cas de le dire. Je suis ébahi d'être arrivé à ceci sans l'avoir prémédité, 15 jours après avoir découvert que l'approximation proposée en 1597 correspondait idéalement à 1597/2584, et ceci alors que je n'avais pas d'idée de construction dorée au départ.  Néanmoins mon obsession Fibo m'avait fait choisir des éléments dont la somme des poids atomiques était F13.
C + Sn + Sb + Ag + Au = 6 + 50 + 51 + 47 + 79 = 233
  Sur la couverture de l'édition originale de Die letzte Geschichte des Miguel Torres da Silva, roman où Thomas Vogel a imaginé une intrigue se déroulant les jours fibonacciens de l'an 1772, le nombre 4181 apparaît sous le nombre 233 derrière le titre.
  J'ai acheté ce livre dès sa parution en 2001, mais mon allemand est trop mauvais pour que je puisse le lire. Le livre couvre en fait un peu plus d'une année car il s'achève le 377e jour.

  Sur cette édition de poche sont particulièrement en évidence les nombres 1597 et 2584, à peu près à l'emplacement du 4181 de la première édition.
  L'idée de l'or m'était venue en envisageant d'introduire au dernier vers un "365e jour", qui m'a fait penser à L'or du millième matin, un livre que j'ai dû lire à peu près au temps où j'écoutais Ô belle à la fontaine,

  Curieusement, une première version utilisait la séquence alchimique Cu-Ag-Au, or dp m'a envoyé hier des scans d'une carte postale écrite par le peintre lyonnais Charles Jung en 1927, la carte elle-même représentant des Chardons dans un cuivre.
  Ceci en lien avec un fil de discussion ouvert il y a quelques mois, après ma découverte dans un roman de Stéphanie Benson, Biblio-quête (septembre 2001), d'une rue Carl-Jung à Lyon, page 77 :
Laetitia Desnoyers habitait un peu plus loin, rue Carl-Jung, métro Grange-Blanche. Il tenta un moment de trouver un rapport, puis abandonna l'idée (...)
  Moi j'ai trouvé un "rapport", car Laetitia Desnoyers est un nom doré, 77/124, ce qui m'a fait googler  Carl-Jung, métro Grange-Blanche, et trouver des réponses, contre toute attente, une impasse Karl ou Carl-Jung à l'angle des rues Longefer et Volney, toutefois si peu documentée que j'ai demandé au jungien lyonnais Fox d'aller voir ce qu'il en était.
  Il s'agit en fait de la rue Charles Jung, et je suppose que Stéphanie Benson s'est amusée de ce nom, elle qui cite souvent Jung, et a d'ailleurs écrit un diptyque intitulé Synchronicité.
  Pour ceux que ça intéresse, voici ce qu'écrivait ce Jung en 1927 (au moment où le bon Carl construisait la seconde étape de Bollingen et peignait la Fenêtre vers l'éternité, inspirée par un rêve)

  Dans mon esprit, c'est menthe chardon anis qui remplace l'original menthe chardon mélilot, et je vois qu'à menthe/(chardon+anis) correspond le rapport d'or 65/106, déjà rencontré pour l'affaire selon/suivant, dont un volet concerne une bévue que j'avais faite dans Sous les pans du bizarre.

  Lanza del Vasto est le nom sous lequel il était connu et publiait ses livres, et ce nom est en rapport d'or avec celui de René Daumal :
LANZADELVASTO / RENEDAUMAL = 152/94 = 76/47
C'est encore GEORGES / PEREC = 76/47
  Je vois que Lanza del Vasto est natif du 29 septembre (1901), la Saint-Michel, ou plutôt puisqu'il est né en Italie la San Michele = 34/55 (Fibo).

  Je n'ai pas trouvé de clip en ligne de la chanson Ô belle à la fontaine, enregistrée originellement par Jacques Douai (1955). Son seul premier couplet est donné ici par Noir Désir.

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