20.5.10

Strange Day

Mon précédent billet daté du 5/5 a en fait été écrit hier 19 mai. Je m'étais réservé cette date du 5/5 en écho à la Saint Isidore le 4/4.
J'ai cherché hier après-midi quelques exemples proches du cas de Jung relaté dans le billet. Je sais qu'il existe des récits très proches, mais j'ai eu la flemme d'ouvrir mes livres, espérant par ailleurs pouvoir fournir une référence en ligne. J'ai consulté l'article wikipédia Vie après la mort, où je n'ai rien trouvé, mais me suis laissé distraire par une liste de films sur le sujet, parmi lesquels seul Brainstorm (1983) ne me disait rien. Sa fiche m'apprit que son idée avait été reprise dans Strange Days (1995) de Kathryn Bigelow.
J'ai ensuite été voir si ces films étaient disponibles en streaming, non pour le premier, oui pour Strange Days, que je me suis promis de regarder le soir même, laissant la fenêtre ouverte sur l'ordi. Il devait alors être entre 15 et 16 h. J'ai fini mon billet vers 17 h, et ai ensuite consulté ma boîte mail. Un seul message, de la galerie CROUS-Beaux-Arts, envoyé à 15:45, m'informant de l'exposition Strange Days débutant le 25 mai prochain, présentant les créations de Camille Mercandelli-Park et Sang-Sobi Homme.

J'ai déjà parlé de cette galerie, et de sa directrice Elisabeth Léthier, une "brodeuse perecquienne" comme Dominique de Liège, et j'avais vu Elisabeth à la signature de Dominique le 3 décembre dernier.
Il devenait urgent de voir le film, qui ne m'a pas emballé. Kathryn Bigelow a la réputation de tourner les scènes d'action avec plus de punch que ses collègues masculins, mais moi les scènes d'action...
Enfin il y a quelque chose avec le nom du personnage principal, Lenny Nero, alias Ralph Fiennes. Nero, c'est "noir" en italien (et le nom latin de Néron), or l'héroïne du roman de Zola qui m'a mené là est Jeanne de Rionne ("en noir" en zorglangue), fille de Blanche.
Il y a quelques raisons de penser que ce nom Nero n'est pas fortuit. L'intrigue se déroule sur fond de haine raciale dans un Los Angeles un brin futuriste (le passage à l'an 2000). Nero tente de déjouer un complot raciste avec l'aide de son amie Mace (anglais "massue"), une jolie noire douée pour la bagarre. En tout bien tout honneur, jusqu'au final où le blanc NERO et la noire MACE s'étreignent éperdument, laissant deviner une prochaine ROMANCE (même mot en anglais).
Ce croisement de noms et de races va plus loin que
N
M A C E = ROMANCE
R

O
car le scénariste du film est James CAMERON (anagramme de ROMANCE), qui était lors de sa conception marié à Kathryn BIGeLOW, pas loin d'un oxymore, (littéralement "grand(e) bas(se)").

Le film doit son titre à une chanson des Doors, donnant son titre à leur second album. Le look de Lenny Nero (ci-dessus) semble d'ailleurs inspiré de Jim Morrison (ci-dessous):





L'irruption du mot NERO, en rapport (pour moi) avec ZOLA, réveille l'abîme vertigineux des coïncidences autour de la nouvelle La mort et la boussole de Borges (1942). J'ai commencé un livre sur le sujet, j'ai envisagé d'y consacrer un blog, je me suis chaque fois senti dépassé par l'ampleur et l'intrication des développements. Je vais essayer de me limiter ici à un seul point.
La mort et la boussole débute donc par l'assassinat d'un rabbin le soir d'un 3 décembre. Une note indique "La première lettre du Nom a été articulée." Après deux autres meurtres le soir du 3 en janvier et février, un certain Baruj Spinoza écrit à la police que la série est close sur une perfection ternaire : 3 meurtres commis le 3 aux 3 sommets d'un triangle équilatéral. Le détective ne s'en contente pas, et le contexte hébraïque lui inspire plutôt une série basée sur 4 : le Nom est le Tétragramme JHWH, la tradition juive fait débuter le jour au coucher du soleil, en conséquence les meurtres sont datés du 4 et il y en aura un 4e le 4 mars, au 4e sommet d'un losange.

Benoît Peeters a écrit en 1980 La bibliothèque de Villers, novelette dans cette lignée, où 4 crimes sont commis tous les 25 jours aux 4 coins d'un carré. Les victimes successives portent les initiales II, VV, RR, EE. Alors que l'auteur ne songeait qu'au mot (L)IVRE, complété par un 5e meurtre central, j'avais remarqué que les lettres IVRE du carré se réarrangeaient en VIER, "quatre" allemand (ou flamand, Peeters habitant Bruxelles).
Or j'appris en février 2002, quelques mois après avoir découvert ce texte, qu'il existait un code très connu, le rot13, consistant à écrire l'alphabet sur deux lignes et à remplacer chaque lettre par la lettre correspondante dans l'autre ligne. Ce code était notamment proposé par Outlook pour coder et décoder les messages, et il a ses équivalents historiques dans d'autres alphabets, l'albam pour les 22 lettres de l'alphabet hébreu, le code utilisé entre Malherbe et Peiresc avec un alphabet de 24 lettres.
Un membre de la liste Oulipo signala le 9 février qu'en rot13 son nom GRIVET devenait TEVIRG. Je remarquai les lettres centrales, et vis que le IVRE du carré de Peeters devenait ainsi VIER, idéalement. Je remarquais encore que ces couples de lettres ER et IV étaient symétriques par rapport au milieu de l'alphabet, ainsi l'ensemble VIER, "quatre", constituait une tétrade alphabétique unique, aucune autre possibilité ne livrant de mot significatif.
A cause de cette unicité constituant un blocage, je privilégiai le codage de type atbash et proposai l'exemple donné dans le billet précédent, utilisant ZOLA avec VIER.

Je découvris 2 ans plus tard une autre nouvelle inspirée par Borges et Peeters, Une affaire en or, d'Alain Calame, que j'ai avec l'accord de l'auteur mise sur mon site vu la rareté de sa seule publication en 1986. Au plus bref, 3 meurtres sont commis à Paris, incompréhensibles jusqu'au moment où une lettre signée Barbe Eloha explique que la série est achevée : les lieux et les dates des 3 meurtres magnifiaient le Nombre d'Or, la divine proportion.
Le détective découvre que barbe eloha est une formule gnostique araméenne signifiant "En Quatre est Dieu", et qu'un autre lieu et une autre date complèteraient idéalement cette divine proportion...
J'ai eu la curiosité d'opérer le codage rot13 de ARBE ("quatre" en hébreu-araméen, B- étant ici une préposition), et ça donne NEOR, dans une nouvelle dont le titre est Une affaire EN OR !
Alors que dans La bibliothèque de Villers, les lettres IVRE, choisies pour leur appartenance au mot LIVRE (comme le nom VILLERS), se transformaient en VIER, "quatre" dans une autre langue.


A B C D E F G H I J K L M
N O P Q R S T U V W X Y Z


Ni Peeters ni Calame n'avaient pensé au rot13 en écrivant leurs variations sur le thème de Borges, et les répercussions de cette coïncidence fabuleuse sont telles que j'ai abandonné mes diverses tentatives d'en rendre compte, mais je ne pouvais laisser passer cette apparition de NERO initiée par une recherche sur ZOLA.
Le point crucial de la nouvelle de Borges est la mort du rabbin le 3 décembre, st xaVIER, ou le 4, ste bARBE... C'est précisément le soir du 3 décembre dernier que j'ai été à la signature de Dominique de Liège, point de départ d'une série de coïncidences ursines, et l'ours anglais est BEAR (ORNE en rot13).
La nouvelle forme NERO, "noir", me rappelle que c'est un terme courant en français pour "ivre"...
Je dois stopper ici, tant l'ivresse est proche.

Je rappelle que j'ai découvert le film Strange Days en cherchant sur le web des cas similaires au cas Jung-Zola. J'avais un vague souvenir de quelque chose avec Huxley.
N'ayant rien trouvé, je me suis résigné à regarder dans ma bibliothèque. Petite surprise dans Les raisons de l'irrationnel, de Paul Misraki, où j'avais remarqué le 4/4/4 le 4/4/44 dans la reprise du récit de l'expérience de Jung. Juste après ce récit il raconte le cas des 5 livres de Zola. Je me demande comment je ne l'avais pas remarqué alors qu'il s'agit d'un motif 4-1 juste après la mention du 4 avril 1944.
C'est dans Intelligences étrangères, de Stuart Holroyd, que j'ai retrouvé le cas Huxley. Il se serait manifesté 15 mois après sa mort par l'entremise d'un médium pour communiquer "ce qui sera par la suite considéré comme une preuve classique de la survie de la personnalité et de la conscience."
La "preuve" en question, détaillée ici (en anglais), est en fait si complexe qu'elle n'a pas acquis la notoriété prédite. "Huxley" aurait transmis, via quelqu'un qui n'avait en principe jamais mis les pieds dans son bureau, de regarder les lignes 17 des pages 23 de deux livres de sa bibliothèque, le 3e du 6e rayon et le 6e du 3e rayon.
Le contenu de ces lignes 17 peut effectivement être considéré comme curieux, sans être péremptoire, mais ce qui m'intéresse ici est la ressemblance avec le cas de Jung : un "mort" désigne à quelqu'un des livres de sa bibliothèque, plus ou moins significatifs.
C'est ce cas auquel je songeais dans mes vaines recherches d'hier sur le web, sans être absolument certain qu'il concernait Huxley. Or ces recherches m'ont mené au film Strange Days, devant son nom à l'album des Doors, qui empruntèrent eux-même leur nom à Huxley (pour ses Doors of perception, Les portes de la perception). Curiosité encore, j'avais repéré la présence du mot "porte" dans les 4 meurtres de La mort et la boussole.

Les raisons de l'irrationnel (1976) et Intelligences étrangères (1981), de même que La bibliothèque de Villers, ont tous deux pour éditeur Robert Laffont, qui était passionné par les phénomènes étranges et qui a créé plusieurs collections spécialisées. J'ai appris ce matin sa mort hier 19 mai.

La coïncidence d'hier sur Strange Days m'a rappelé ce qui s'était passé l'an dernier le 20 mai, où je découvris en pleine nature une pierre semblant taillée, offrant une face très proche d'un rectangle d'or, et j'appris le lendemain la publication d'une nouvelle écrite 3 ans plus tôt, où il était question d'une stèle mortuaire dorée. Le cas présent est un peu différent, l'exposition à la galerie CROUS étant un événement public, néanmoins la liste d'information des nouvelles expos ne doit toucher que quelques centaines de personnes.
Toujours est-il que cette journée du 20 j'ai reçu des nouvelles de mon amie Temporel, plasticienne, qui avait participé à une autre expo à la galerie CROUS début mai, et qui m'en envoyait des photos.
J'ai été particulièrement frappé par cette stèle de granit, non pour sa qualité artistique qui me semble discutable, mais surtout pour la coïncidence avec ma pierre du 20 mai 09. Ses dimensions semblent proches d'un rectangle d'or (en fait de proportion 3/2 pour cette oeuvre DCD de Sylvain Rousseau), en tout cas l'inscription GORGS PRC est en lettres d'or, allusion à La Disparition, et je songe plus particulièrement au sonnet Vocalisations et à ses 4 anagrammes, la dernière, la mienne, s'achevant sur les mots "portail d'or".

Temporel m'envoyait aussi des photos de la devanture de la galerie, qui partage comme déjà vu le 11 de la rue des Beaux-Arts avec L'étoile d'Ishtar, mais je n'avais pas examiné lors de mon passage l'immeuble voisin du 13, portant deux plaques commémoratives. Oscar Wilde y est mort, et Borges y demeurait lors de ses séjours parisiens...

A propos de la prochaine expo Strange Days, je remarque le nom d'un des deux artistes, monsieur (Sang-Sobi) HOMME, qui lors d'une autre exhibition ("expo" en anglais) proposait cet Hermaphrodite, qu'il aurait aussi bien pu intituler Androgyne.
Dans ce dernier mot, andro vient du génitif du grec ANER, homme (mâle).
Les nouvelles perspectives offertes par NERO m'ont fait ouvrir un dictionnaire d'italien à RENO, pour voir si le nom de l'acteur signifiait quelque chose. Rien d'immédiat, mais RENA est le "sable", "de sable" étant la désignation héraldique de la couleur "noire", soit NERA au féminin en italien (quant à l'acteur en fait d'origine espagnole, son nom est un diminutif de moreno, "brun" ou "nègre").
Voir mon billet de décembre sur les mots "sable" (noir) et "argent" (blanc) en hébreu, également initié par les Vocalisations rimbaldo-perecquiennes.

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