6.8.17

Un Ricard, ou le Jean


  Au cours de l'écriture du précédent billet m'est venu le 23 juillet un frappant prolongement de la coïncidence repérée il y a 5 ans, le 24 juillet ai-je rapporté dans le billet Diagonales (anagramme "saga de lion", puisqu'il s'agit des premiers jours du signe du Lion).
  En 1969 Ricardou a publié Les lieux-dits, dont la table des chapitres est formée de 8 titres en 8 lettres, les noms des villages traversés par les protagonistes du roman, dont la disposition en carré permet de lire en diagonale le 4e nom, BELCROIX.

B a n n i è r e
B e a u f o r t
B e l a r b r e
B e l c r o i x
C e n d r i e r
C h a u m o n t
H a u t b o i s
M o n t e a u x


  Or, en 1998, j'ai imaginé dans mon projet de roman intitulé Novel Roman une autre table des matières formant un carré de 11x11 lettres, offrant en diagonale ROSENCREUTZ, l'allemand pour ROSE-CROIX.
  Je ne savais alors rien de Ricardou, ni de ses Lieux-dits, et ma seule inspiration était les hétérogrammes de Perec, parfois surcontraints par des diagonales isogrammes.
  En 2012 il ne m'est pas venu à l'esprit que Les lieux-dits était un exemple emblématique du Nouveau Roman, dont Ricardou était un théoricien, auteur notamment en 1973 de l'essai Le Nouveau Roman, où il donnait quelques clés de ses propres textes, notamment la diagonale BELCROIX des Lieux-dits (où le jeu est en fait explicite).
  Ainsi, Les lieux-dits, Nouveau Roman, et mon projet Novel Roman, utilisent tous deux une table des chapitres formant un carré dont la diagonale fait apparaître un mot finissant par CROIX.

  J'admets que la coïncidence est difficile à admettre, et je ne peux prouver que tout ce que je savais en 1998 du Nouveau Roman se limitait à Butor et Robbe-Grillet. La suite va montrer qu'il ne s'agit que d'un cas parmi tout un faisceau de coïncidences dont certaines sont tout à fait vérifiables.
  Ceci me contraint à bien des redites, avec quelques éléments nouveaux.

  C'est donc en octobre 1996 que j'ai découvert Elisabeth Lovendale, personnage de Maurice Leblanc qui cherche la 14e lettre d'amour du roi George, parmi 18, ce qui m'a conduit à considérer les lettres 1-13 et 15-18, AM et OR, plus N, opposé de l'AMOR... Puis j'ai vu que cette lettre N était aussi la 14e des 18 lettres du nom de la dame, précédée des lettres LOVE... Puis j'ai vu que N-AMOR et N-LOVE étaient les anagrammes de ROMAN et NOVEL...
  Après quelques timides tentatives d'intéresser le monde à ces découvertes, j'ai décidé en 1998 d'en faire un roman, inspiré par la trame des Dents du tigre de Leblanc. Une formidable fortune est à partager entre les héritiers Roussel, mais ceux-ci sont assassinés les uns après les autres...
  Ce serait devenu dans mon intrigue la fortune du milliardaire André-Valentin Monlorné qui, parce qu'il avait connu une seconde jeunesse grâce à un médicament miraculeux, le VERANOMNOL, avait décidé de partager ses milliards entre toutes les personnes dont les noms selon l'état civil étaient les anagrammes de celui du produit.
  Les héritiers potentiels mouraient les uns après les autres, dès le premier jour de cette année 1908, choisie parce que j'avais relié l'affaire du 14e parmi 18 aux Rose-Croix, avec le fondateur de l'ordre étant supposé avoir vécu de 1378 à 1484, 13 et 14 fois 106, tandis que L'aiguille creuse débute le 16 avril 1908, 18 fois 108, par la mort supposée de Lupin en ce Jeudi saint, date privilégiée chez les Rose-Croix.

  Après quelques morts, l'Etat faisait appel au fameux détective Honoré de Valmondada, qui n'empêchait pas l'hécatombe de continuer.
  Il y avait bien entendu 18 héritiers, et un climax pour le 14e, Norman Love, propriétaire du Vélo Mannor, une auberge accueillant les cyclotouristes en Normandie (au moins une autre anagramme était associée à chaque héritier).
  Valmondada ne pouvait éviter la mort de Norman dans la nuit du 16 avril, et interrogeait ensuite les occupants du Vélo Mannor, notamment Hiacchos Trikkala, un traducteur très recherché pour son don à élaguer des pavés ennuyeux devenant ainsi des succès de librairie. Ainsi Valmondada consultait une de ses traductions, Un cercueil s'ouvrira, originellement en 34 chapitres que Trikkala avait réduits à 11, et Valmondada découvrait la table, que je donne ci-dessous sous forme du carré qu'il fallait deviner:

R A I S O N A U T E L
Y O U S I R E L T A N
E T S U S A L O R I N
U L C E R A T I O N S
E O N I N T R U S L A
N E L U I C A S T O R
L A D U N E R O S I T
Q U I S O R T E L A N
E S P O I R A L U N T
E B R I S U N A L T O
L O I U N E S T R A Z


  C'était donc un hétérogramme avec dans chaque ligne la série ESARTULINO + un joker, la grande diagonale offrant ROSENCREUTZ, croisant avec ARSENELUPIN en diagonales brisées. Par ailleurs ELLERYQUEEN apparaît sous forme d'anagramme dans la 1ère colonne.
  J'étais fier des jeux gématriques permettant de découper la valeur 1604 de la grille, année d'ouverture du tombeau de Rosencreutz, en 1484, date de sa mort, et 120 (Post CXX annos patebo).
  Les gématries 171 (ELISABETH LOVENDALE) et 106 étaient par ailleurs présentes à profusion, avec notamment le nom du détective, en 18 lettres avec un N en 14e position (et les lettres NOVELROMAN, + les initiales HdV lupiniennement significatives). MONLORNE était un exemple de 106. Il y avait encore du 134 comme ARSENE LUPIN avec MAXIM DUFRAX, bandit qui détournait les 18 wagons contenant l'héritage, mais restituait le 14e contenant des titres non négociables.

  Le synopsis de Novel Roman était complet dans ma tête, mais en avril 1999 j'ai rencontré JB Pouy, lequel m'a proposé de participer à la nouvelle collection "intello-populaire" qu'il avait imaginée.no code in the Spanish translation J'ai préféré suivre cette voie assurée, confiant que le succès de Sous les pans du bizarre me permettrait ensuite de trouver facilement un éditeur pour Novel Roman. Hélas sa principale réussite fut d'attirer l'attention d'un éditeur catalan, Diagonal (!), qui en publia une traduction dont je n'ai jamais eu d'écho de sa réception locale.

  Sous les pans du bizarre exploitait aussi des jeux sur la 14e lettre, mais celle de l'alphabet latin, O. Sa dernière partie avait 5 chapitres, 10-11-12-13-14, auxquels j'avais donnés des titres homophones des lettres correspondantes: Cas, Elle..., ...aime, Haine, Oh!
  Le contenu du chapitre Cas posait un problème que j'ai résolu en en faisant une parenthèse dans le récit, avec un poème formant 60 devinettes du type L'ami Caouette de Gainsbourg, mais ma première pensée a été pour un vers des Nouvelles Impressions d'Afrique, de Roussel, Combien change de force un mot selon les cas!, dont j'ai fait l'introduction de mon poème.
  Bien que j'aie consulté Roussel avant de me livrer à l'exercice, je ne me suis pas aperçu que le vers était en fait Combien change de force un mot suivant les cas!, avec un "suivant" qui aurait été bien plus adéquat, puisque mes cas étaient cas-lamar, cas-tastrophe, etc.

  Ceci serait anecdotique s'il n'était paru dans le n° 3 de Formules, imprimé en avril 1999, l'étude théorique La contrainte corollaire, de Ricardou, sa première participation à la revue. Il y proposait un RAPT, un Récrit Avisé Par la Textique, d'un extrait de La Disparition, mais il s'y était glissé un malencontreux "selon", contrevenant à la contrainte principale, le lipogramme en E.
  Ricardou a consacré 15 pages à justifier cette "inadvertance" dans le numéro suivant de Formules, imprimé en avril 2000, après donc la composition de mes Cas. Il avait d'abord écrit "suivant", puis, reprenant son texte sur épreuves, il avait jugé "selon" plus texticien...
  Retour sur l'affaire dans le n° 5, avec une descente en flamme de la textique par le perecologue Bernard Magné, et une réponse non moins virulente de Ricardou, sa dernière participation à la revue.

  Tous ces textes sont accessibles sur le site de Formules, en ligne où à télécharger.

  J'ai commenté cette affaire "selon-suivant" en juin 2012, mais j'ignorais alors la diagonale BELCROIX de Ricardou, et n'ai donc pu voir cette inquiétante succession:
1998: j'imagine une table des chapitres en carré dont la diagonale livre ROSENCREUTZ, ignorant que Ricardou avait fait de même en 1969, pour faire apparaître la diagonale BELCROIX.
1999: j'abandonne ce projet Novel Roman pour écrire Sous les pans du bizarre où, d'une façon qui m'est toujours incompréhensible, le "suivant" d'un vers de Roussel est devenu "selon"; quelques mois plus tôt, Ricardou avait opéré la même substitution, avec de plus graves conséquences.

  Il s'y ajoute des liens numérologiques que j'approfondirai plus loin. Pour l'heure, je remarque que les valeurs numériques de SELON-SUIVANT, 65-106, ont pour somme 171, le nombre d'ELISABETH LOVENDALE qui m'a conduit au jeu NOVEL ROMAN et à sa "novélisation". Or les premiers numéros de Formules donnaient les adresses de ses deux directeurs, Bernardo Schiavetta à Paris, et Jan Baetens à Leuven (Louvain), 171 Parkstraat.
  Ces premiers numéros étaient en outre imprimés par l'imprimerie Acco, à Leuven, dont le premier nom connu est Loven... Non, ça ne signifie pas "lion", mais "forêt près du marais", paraît-il, ce qui n'empêche pas la ville d'avoir un lion sur ses armoiries, plutôt qu'une forêt.
  Je pense bien sûr à ma seule contribution poétique à Formules, le SONÈ du numéro 9 (imprimé à Clamecy), où j'ai découvert le mois dernier une diagonale LOVEN absolument imprévue, croisant avec DALE tout aussi fortuit.

  L'étape suivante, et pas "selone", a encore un rapport immédiat avec ma période NOVEL ROMAN. Le 26 novembre 1998, je travaillais à une nouvelle approche du nom Lovendale, comparé au séducteur Lovelace de Clarissa Harlowe, en écoutant France-Culture et les Jeudis littéraires où Pascale Casanova recevait Jean Lahougue pour son nouveau roman, Le domaine d'Ana, et pour le livre complémentaire, Ecriverons et liserons en vingt lettres, donnant les Clés du Domaine...
  J'achetais les deux livres le lendemain, et les dévorais aussitôt. Lahougue signale dans le second certaines coïncidences qui ont émaillé la rédaction du premier, ainsi, alors que le prénom de l'héroïne du roman n'était pas arrêté, il fut contacté par une thésarde espagnole du nom d'Ana Roman, dont le prénom répondait parfaitement aux exigences du roman.

  Le Roman fut aussi à l'honneur le soir du 28 novembre 1998, avec la première diffusion du second épisode de Louis la Brocante, série qui comptera 44 épisodes. Louis Roman y achetait pour une bouchée de pain la collection presque complète de l'édition "au phare" des Voyages Extraordinaires, or Le domaine d'Ana est basé sur Voyage au centre de la terre.
  Il manquait un volume parmi les 47, que Louis trouve dans le tiroir secret d'un meuble, ce qui m'évoquait le volume manquant parmi les 18 de Richardson dans la nouvelle de Leblanc. Et dans ce volume manquant est aussi retrouvé un document, un testament olographe.
  On voit dans l'épisode la  boutique d'antiquités de l'ex-femme de Louis, vue de l'intérieur, soit NAMOR.M...
  Deux jours plus tard, Arte diffusait Haut, bas, fragile, film où Rivette suit trois jeunes femmes, Ninon, Louise et Ida, dont ne sont donnés au générique que les prénoms. Seule Louise donne son nom complet, Louise Loven, mais l'orthographe de ce nom n'est pas précisée, Lovaine, Loewen..., l'accent prononcé de son père suggérant une origine slave. Quoi qu'il en soit, Louise découvre dans un tiroir secret d'un meuble des lettres de sa mère, contenant des révélations sur le père Loven...
  Ainsi, à deux jours de distance, les programmes TV montraient Louis Roman et Louise Loven (ou autre orthographe) trouvant des documents cachés dans des tiroirs secrets... Aujourd'hui je fais le lien entre ANA ROMAN et la diagonale du grand carré du SONÈ, où je lis AVA LOVEN (ici après rotation de 180°).

  J'ai écrit à Lahougue toute mon admiration pour son roman, dont, incidemment, il y avait une critique dans le Formules n° 3, où Ricardou donnait sa Contrainte corollaire, avec son "selon" malvenu. Le même numéro présentait L'Anna, d'Eric Clémens, dont le titre est inspiré par "l'analogie" qui a été aussi une source de Lahougue, via Le Mont analogue de Daumal.
  Je transmettais aussi à Lahougue quelques commentaires qui l'enthousiasmèrent, et il m'offrit deux de ses livres parus aux Impressions Nouvelles de Benoît Peeters, le roman La doublure de Magrite (1987) et le recueil de nouvelles La ressemblance (1989). Les Impressions Nouvelles ont par ailleurs réédité L'Anna d'Eric Clémens en 2004 (et divers textes de Ricardou).
 
  La dernière nouvelle du recueil me plut particulièrement, Histoire naturelle, prétendu contenu des dernières notes de Jean Henri Fabre, la semaine de sa mort, du 5 au 11 octobre 1915. Fabre y analyse l'étrange comportement de la fourmi Atta bellifera F., dont le mimétisme la pousse à se cacher en imitant les craquelures de son environnement.
  Les notes s'arrêtent au 11 octobre, date de la mort de Fabre. Suit une analyse de Norman Hill, à comprendre "mont normand", hougue, lequel a repéré que la dernière phrase concluant chaque jour, semblant contredire ce qui précède, est formée de mots déjà apparus selon une logique péremptoire, 1er mot de la 1ère phrase, 2e de la 2e, etc., comme si la dernière phrase était une lecture diagonale de ce qui la précédait.
  Norman Hill en déduisait que les fourmis, obéissant à leur deux caractéristiques, le mimétisme et la marche diagonale, avaient conclu à leur manière chaque page du carnet de Fabre, ce qui lui semblait corroboré par l'écriture plus pâle de la dernière ligne.
  Un dernier commentaire balaye l'exégèse de Hill, attribuant le jeu à Fabre lui-même. Seule l'analyse de l'original pourrait dissiper les doutes, mais
Hélas, la lumière a eu raison de l'écrit, désormais irrémédiablement effacé.
  Les 12 mots de cette dernière phrase de la nouvelle sont issus selon la même logique des 12 phrases mettant en doute l'exégèse de Norman Hill...

  Mes premières analyses avaient rapproché la logique diagonale d'Atta de celle médiale d'Ana, car dans le roman de 1998 ce sont les lectures médiales qui sont privilégiées, du chapitre dans le livre, de la phrase dans le chapitre, du mot dans la phrase, de la lettre dans le mot.
  En turc ata signifie "père", et ana "mère". En araméen ata signifie "toi", et ana "moi".

  Au passage, sur la fiche Fabre j'ai VU SAINT-LEONS, commune qui l'a vu naître, or VUSAINT LEONS est l'anagramme exacte de SUIVANT SELON.
  Léons est ici pour Léonce, prénom dérivé du latin leo, "lion".

  La nouvelle est évidemment inspirée par l'expression "écriture de fourmi", et l'affaire rebondit lorsque je fis la connaissance de Jean-Pierre Le Goff, grâce à la publication de Sous les pans du bizarre. JPLG, inspiré par AS Byatt dont il a été aussi question sur Quaternité, a réalisé avec une myrmécologue une expérience conduisant à faire réellement écrire des fourmis.
  J'en parle ici, avec un climax: l'expérience a eu lieu le jour (ou presque) où j'ai découvert dans une brocante La bibliothèque de Villers, de Benoît Peeters, que j'ignorais alors être l'éditeur du recueil de Lahougue. Dans cette longue nouvelle ou ce court roman, Peeters joue avec les 5 lettres du mot LIVRE.

  L'étape suivante tourne à un vertige que je n'ai pu exploiter complètement le 6/6/12, date de publication du Grand Jeu Hanalogue, où j'étudiais Lahougue en parallèle avec Daumal, ce qui m'était l'occasion d'évoquer pour la première fois la controverse Ricardou-Magné sur le RAPT de La Disparition.
   Par un hasard temporel, j'enchaînais sur Les formiciens, roman dont m'avait parlé phrère Laurent, découvert la veille dans son édition EONS. Dans une annexe il était question du genre de fourmi Ana, ce qui m'évoqua le jeu Ana-Atta.
  Une recherche fourmi "ana" ne confirme pas l'existence du genre Ana, et j'ai appris depuis que c'était une mauvaise lecture d'Atta, probablement due à un logiciel d'OCR, mais ma recherche m'avait alors conduit à une nouvelle de 1983 de Yolande Villemaire, Une fourmi flottait dans sa margarita, que j'aurais probablement manquée dans une recherche actuelle car le lien est aujourd'hui dans la 18e page de résultats, alors qu'il était en 2012 dans la 1ère.

  Alors que c'était l'erreur Ana pour Atta qui m'avait conduit à la nouvelle de Villemaire, il est ahurissant qu'il y soit question du mot ATTA, apparaissant dans un rêve de la jeune Dana Khan, et sa mère lui dit que c'est le nom d'un personnage du roman de Ricardou Les lieux-dits

  Je me suis alors ébaubi de ce retour à Ricardou, mais n'ai fait de recherche sur son roman que le mois suivant, apprenant alors sa diagonale BELCROIX, où "bel" est interprété selon le latin bellum, "guerre". Il devenait alors évident que la fourmi Atta bellifera de Lahougue, se déplaçant en diagonale, était inspirée par Ricardou, et une note précise d'ailleurs que le traducteur américain de Fabre, Norman Hill, a aussi traduit Les lieux-dits.
  Il en a donc été question dans le billet Diagonales de juillet 2012, mais j'y ai manqué notamment que le traducteur de BELCROIX du français vers l'américain est Norman Hill, alors que ma diagonale ROSENCREUTZ venait d'un traducteur de l'américain vers le français, rencontré chez Norman Love. Comme déjà dit, l'interprète imaginé par Lahougue est la transposition de son nom normand, et mon Norman Love est une anagramme de NOVEL ROMAN; l'épisode faisait diverses allusions au Norman Bates de Psychose.
  Si hill est un "mont", le dale de Lovendale est une "vallée"... Le "mont" apparaît en outre à deux reprises parmi les "lieux-dits" de l'autre Jean, avec Chaumont et Monteaux, où se conclut le roman.

  En cherchant s'il existait un document montrant Ricardou et Magné réunis, j'ai trouvé cette photo du colloque de Cerisy 1980, autour de Ricardou avec lunettes noires et chien. Magné y est en bas à gauche, et j'ai eu la surprise d'y trouver aussi Yolande Villemaire, en haut à droite. Sur la photo originale figure aussi Claudette Oriol-Boyer, grande amie de Lahougue, souvent présente au sommaire de Formules.
C'était Jean Ricardou, c'était Bernard Magné,
L'un prônait la textique et l'autre en ricanait,
L'un tenait pour "selon", et l'autre pour "suivant",
Mais ni l'autre ni l'un aujourd'hui n'est vivant.

  J'en viens à un peu plus pointu, avec d'abord une analyse chiffrée d'Histoire naturelle.
  La nouvelle a en exergue une citation de Fabre, explicite, en 13 mots: Sa courbure, dans une certaine étendue, se confond avec celle de leur devis.
  Suivent 27 phrases de présentation, s'achevant sur une autre citation explicite de Fabre, encore en 13 mots: Ainsi qu'une série d'échos qui s'éveillent l'un l'autre.
  Cette dernière citation se lit aussi selon le procédé diagonal dans les 13 premières phrases de la présentation, tandis que la citation en exergue est produite par les 13 phrases suivantes.

  Viennent ensuite les 7 derniers jours de Fabre, en 29-26-27-27-26-29-22 phrases, mais la dernière phrase est inachevée, Ma main reste propre cependant, et mes meubles demeurent : elles ont fui hors de ma maison, suggérant que Fabre est mort sur ces mots.
  De fait, ces 16 mots se déduisent des 16 premières phrases du 11 octobre, mais il y a 5 autres phrases qui livrent les mots elles ne m'achèveront pas. Le récit de la journée montre Fabre au bord du délire, voyant les fourmis avoir envahi sa maison et imité son environnement, si bien qu'il imagine qu'en passant la main sur ses meubles ceux-ci disparaîtront et qu'il n'en restera qu'une encre noirâtre sur ses doigts. La phrase finale contredit cette crainte, mais l'absence de fin à la phrase finale la contredit à son tour...

  Puis viennent 48 phrases semble-t-il non codées, énonçant la théorie de Norman Hill, théorie mise en doute dans les 13 dernières phrases, mais le fait que la dernière phrase soit à nouveau obtenue selon le procédé diagonal amène à douter de la mise en doute...

  Toujours est-il que le coeur de la nouvelle, le texte attribué à Fabre, compte 185 phrases complètes et 1 inachevée. Or 185 est le nombre moyen de phrases par chapitre du Domaine d'Ana, soigneusement déterminé à partir des nombres générateurs 3 et 5:
3 + 5 = 8; 3 x 5 = 15;
8 est le milieu de 15, en conséquence 185 est un nombre privilégié.
  Un seul chapitre du Domaine a 185 phrases, j'ai égaré mes notes et ne sais plus lequel, en conséquence il faudra attendre pour des analyses comparatives (car lorsque ces phrases ont un nombre impair de mots, le mot central fait partie du roman'.)

  En comptant la phrase inachevée, on a 186 phrases, un nombre cité à maintes reprises pour le couple grec Kranion/Golgotha, "crâne" et la transcription grecque du mot araméen pour "crâne". Les valeurs des mots grecs sont 301/186, rapport doré optimal.
  Un "crâne 186" pour la mort de Fabre serait adéquat, et j'ai évoqué à mi-mot un 301 plus haut, pour l'inscription au seuil du tombeau de Rosencreutz, Post CXX annos patebo. Les inscriptions à l'intérieur du tombeau totalisent la valeur 1303 (selon l'alphabet latin) et
post annos patebo + CXX = 181 + 120 = 301,
le tout donnant 1604, l'année de découverte du tombeau, avec un "crâne 301" encore adapté à la circonstance.

  Le total des phrases pour la nouvelle, hormis exergue et notes, est de 273 complètes plus une incomplète. J'ai eu maintes occasions de m'intéresser à 273, produit de 13 et 21, les nombres de Fibonacci qui semblent me poursuivre avec obstination.
  3 phrases codées ont un statut particulier, la citation en exergue, correspondant aux phrases 14 à 26, l'autre citation de Fabre achevant la présentation, correspondant aux phrases 1 à 13, et la phrase inachevée concluant les notes de Fabre, dont les 16 mots correspondent aux 16 premières phrases des 21 du 11/10.
  Les deux premières phrases ont toutes deux 13 mots, la dernière 16 ou 21, ce qui peut conduire aux couplages 26-16 (les phrases effectives), ou 13-21 (les décodages effectifs obtenus pour les dernières phrases de la présentation et des notes de Fabre).

  Ce n'est qu'à l'été 2001 que j'ai commencé à m'intéresser au nombre d'or et aux séries additives. En 1998 mon intérêt pour les lettres ESARTULINO à la base des hétérogrammes de Perec était leur valeur 134 identique à celle d'ARSENE LUPIN, et c'est ceci qui m'avait incité à composer la table des chapitres de Un cercueil s'ouvrira, allusion à The Greek Coffin Mystery, by Ellery Queen, en 21 et 13 chapitres dont les titres en un seul mot déroulent cet acrostiche.
  En 2005 je me suis avisé que le découpage de ces 10 lettres les plus fréquentes en français donne
AEIOU / LNRST = 51/83, découpage d'or de 134 qui est encore en rapport d'or avec les 16 autres lettres, de valeur 217.
  Par ailleurs j'avais baptisé un des personnages de Sous les pans du bizarre d'une anagramme d'ARSENE LUPIN, et c'était
IRENE / LAPNUS = 51/83.

  Première curiosité dorée pour le couple litigieux "selon-suivant",
SELON / SUIVANT = 65/106, partage doré optimal de la somme 171. Je rappelle que les nombres 106, 171, et 134, avaient gouverné les noms des protagonistes de Novel Roman, en dehors des anagrammes du titre.
  La seconde curiosité est que les 5 voyelles rimbaldiennes apparaissent dans "selon-suivant", avec ce découpage voyelles/consonnes,
AEIOU / LNNSSTV = 51/120.
  La structure du recueil Alphabets détermine une répartition en 11 et 5 "chapitres",
BCDFGHJKMPQ = 97 et VWXYZ = 120,
"double coupe d'or" qui établit un lien entre les suites additives 51-83-134-217 et 23-37-60-97.
MAXIM / DUFRAX = 60/74 imaginé pour Novel Roman est l'exemple précédent de double coupe d'or dans cette suite 23-37-60-97.
  Je pense aux 120 ans séparant la mort de Rosencreutz, et à la valeur du nom du prof de Laval,
JEAN LAHOUGUE = 30 + 90 = 120.

  L'aval me rappelle la diagonale AVALOVEN du SONÈ, et l'éditeur EONS des Formiciens, dont l'erreur Ana pour Atta m'a aiguillé vers le nom Atta chez Ricardou via Villeneuve.
  Le roman de Raymond de Rienzi a une histoire, car ce serait à cause de lui que Céline aurait raté le Goncourt en 1932, année qui se trouve être celle de la naissance de Ricardou, comme celle de Truffaut, dont j'ai glosé ici la mort à 52 ans, en (19)84, rapprochée du couple 52/84 (13/21) de JUNG-HAEMMERLI. Ricardou a trépassé à 84 ans.

  Le couple 52-84 est aussi apparu pour la diagonale LOVEN du SONÈ. En prenant les rangs des lettres dans le texte final
Au paradis on attend l'exil, en à-pic au sens avéré. Relève Eve (...)
on obtient pour les syllabes
L+O = 42+10 = 52, et
V+E+N = 36+15+33 = 84.
  La moyenne 68 est précisément la valeur de LOVEN qui permet, en extrayant l'oeuf intérieur,
LN / OVE = 26/42 = 13/21.

  Le titre de ce billet a pour valeur 171, avec un possible réarrangement en 65-106 correspondant à SELON-SUIVANT:
UN JEAN - LE RICARDOU = 65-106.

  A ce propos il y a une curiosité dont il existe des traces, car c'était encore l'époque du snail mail, sinon de l'écriture de fourmi.
  Début 1999 j'ai souscrit un abonnement de 3 numéros à Formules, à un tarif préférentiel. C'était pour les numéros 3-4-5, les nombres du triangle de Pythagore, mais je n'ai pas reçu le n° 3, lequel contenait l'article La contrainte corollaire de Ricardou. J'ai écrit à Bernardo Schiavetta, lequel m'a renvoyé un exemplaire, mais il n'est pas arrivé non plus; il n'y a pas eu de 3e essai...
  J'ai bien reçu ensuite les numéros 4 et 5, avec la justification de Ricardou puis la controverse Magné-Ricardou, mais c'était après l'écriture des Cas des Pans, où j'avais aussi fait la bourde selon pour suivant durant l'été 99. J'habitais loin de Paris et il n'y avait pas encore de forum Perec en ligne, et je crois n'avoir appris l'inadvertance de Ricardou qu'avec le n° 5, car ses leçons de textique sont plutôt rébarbatives... Je n'ai de toute manière pas fait alors le lien avec ma propre bévue.

  L''impression de Formules à Louvain me rappelle une publication louvaniste imaginée par Perec dans La Vie mode d'emploi, le Bulletin de l'Institut de Linguistique de Louvain,  mentionné à maintes reprises:

  Je me suis émerveillé de la citation sauvage de Cristal qui songe à cet endroit précis, et il faut connaître le roman pour savoir que les insectes en question y sont des fourmis.

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