17.6.22

Saint Sonnet

 
  Le 17 juin est le 168e jour. de l'année, occasion d'une fête du sonnet d'alexandrins qui compte 14x12 syllabes, soit 168 pieds.
  Ricardou, né un 17 juin (1932), voyait dans le sonnet d'alexandrins une forme essentielle, et il a utilisé ses nombres clés dans ce commentaire des positions 12 et 14 des mots "centre" et "du" dans une phrase:
         Restait-il à interpréter, de surcroît, tel jeu circonstancié des nombres "(12)" et "(14)", comme une transparente allusion au sonnet, ou, pourquoi non, le vocable méridien comme un cryptique message spécifiant simplement que la place du mot "centre", en le milieu de toutes phrases, n'est pas pour la lectrice un dû, ou bien encore, ne valait-il pas mieux, je vous le demande, se plaire à hésiter, selon d'interminables minutieux labyrinthes, dans l'espace entr'ouvert par cette double conjecture ?

   J'ai donné plus de détails dans mon billet du 14/12 dernier; cette phrase a "(12)" et "(14)" aux positions 12 et 14, et son centre est le mot milieu, en position 41.

  Ricardou a poussé ce jeu avec 12 et 14 jusqu'à mourir en 2016, 12 fois 12 fois 14. 12 fois 168. 12 sonnets.
  Il n'a publié que deux sonnets, mais peut-être en fait 12, puisque son Art du X est décliné selon 8 formes; sa récriture du Cygne de Mallarmé, donnée une fois en clair, a été publiée à 3 reprises sous forme codée, mais il y avait des erreurs dans chaque codage, si bien qu'il existe de fait 4 formes distinctes.
  4 et 8, les nombres fétiches des lettres de ses prénom et nom qu'il utilisait comme générateurs de ses textes, et il est d'ailleurs évident que les 8 formes données dans les 4 parties de L'art du X (1983) découlent de cette obsession. Il est cependant absurde que les erreurs de codage des 3 versions publiées des Strip-teases (1972 à 1982) aient été intentionnelles.

  La version correcte a 505 lettres, les versions codées 502, 503, et 504. Comme les deux premières versions ne sont aisément accessibles que dans le tome 6 de l'Intégrale JR, où une majuscule intempestive est apparue dans chaque texte, les 4 versions, dont 3 codées, totalisent 2016 lettres, 4 fois 3 fois 168... Les deux dernières versions, du Théâtre des métamorphoses, sont prévues pour le tome 9, où la complexité du livre imposera probablement une reprise en fac-simile, ainsi les 4 versions de l'Intégrale totaliseront 2016 lettres.

  J'ai voulu honorer Ricardou et cette date du 17 juin par un sonnet, avec diverses contraintes:
- acrostiche BAN DIX-SEPT JUIN = 168, BAN étant à peu près le seul mot employable, que j'interprète en tant que singulier de "bans", ou début de "Bannière", premier des Lieux-dits;
- mésostiche JEAN RICARDOU XY = 168, XY étant son caryotype, mais X et Y séparés lui étaient significatifs (croiX et patte d'oYe);
- vers de 7 mots, 42 lettres, 48 espaces répartis en 24+24, ou 24 + une espace + 23 (23 et 24 sont les valeurs associées aux lettres X et Y dans l'alphabet ricardolien, où O correspond à zéro);
- gématrie totale 7056, soit
- 84 fois 84 (l'âge du capitaine);
- 12 fois 588 (nombre de lettres);
- 504 fois 14 (nombre de vers);
- 42 fois 168 (nombre de pieds);
- 72 fois 98 (nombre de mots);
- 147 fois 48 (le nombre fétiche, mais les autres nombres clés, 24, 42, 84, sont aussi présents);
- 48 O et 48 I, lettres symbolisant le féminin et le masculin pour Ricardou, de même que X et Y pour le biologiste.

  Bref, voici le sonnet:

                          GoEF

Brouillant en vos écrits Jouant de prolongations
Aviez-vous la contrainte Encline aux éclectismes
Narriez-vous l'indicible Aleph par constructions
Dignes du grand chtonien Nombrant ses exorcismes

Instruit par tel nouveau Roman des transductions
Xiphophore en votre onde Induite aux cataclysmes
Saviez-vous quel refrain Chantaient les ovations
Et quelle noire antienne Actaient ces docétismes

Pollock saoul le prônait Rien devient groupement
Tout devient le croupion Du cloporte indomptable
Jackson le fit connaître Ombrant l'effeuillement

Ultime autre astringence Un brode aux encensoirs
Instinct bien prolifique X nous blâme improbable
Nonchalamment ces glands Y nombrent les fendoirs



Blogger ne permettant pas une représentation correcte, voici sous forme image le texte en chasse fixe:
 

  J'avoue que ma principale préoccupation a été le respect des contraintes, et que je me suis arrêté à la première version y satisfaisant, laissant à mes exégètes le soin de l'interpréter.

  Quelque chose m'est apparu après coup. Le sonnet est un lipogramme en W, ce qui n'a rien d'exceptionnel, mais la lettre K est tout aussi rare en français, et je serais bien en peine d'expliquer ce que Jackson Pollock est venu faire dans cette galère.
  Toujours est-il que W est la lettre perecquienne par excellence, et que L'art du X a été composé en hommage à Perec. Ricardou y a probablement exprimé ce W par deux formes du sonnet V.
  W vient avant X, et je me suis avisé qu'au 12e vers, le U du mésostiche ricardoU faisait pendant à celui de l'acrostiche, jUin, or en anglais W est un double U.
  Pour des raisons de facilité, j'ai partagé mes vers en 4 et 3 mots entre les deux hémistiches. Ceci posait un problème pour le 13e vers, où j'avais décidé d'utiliser X seul, aussi ce vers est-il partagé en 3-4 mots, de même le suivant où il m'a semblé devoir aussi employer Y seul. Attendu qu'il existe toute une théorie du 11-43 chez Perec, j'ai aussi césuré en 3-4 mots le 12e vers, pour avoir précédemment 11 vers 4-3... Ce n'est que le sonnet terminé que je me suis avisé de la possibilité de lire aux vers 12-13 WX, les lettres de la géométrie fantasmatique.

  Pourquoi le titre GoEF? parce que les chiffres 7056 correspondent dans l'alphabet ricardolien à G-O-E-F, m'évoquant aussitôt l'ami Gilles Esposito-Farèse, dit GEF, un pilier de la liste Oulipo.
  Je lui avais consacré ce billet de 2017 (où il y a aussi quelques sonnets).

  Il me souvenait avoir écrit un autre sonnet en hommage à Ricardou, comptant aussi 48 O et 48 I. Je l'ai facilement retrouvé, dans ce billet du 10/10/20, et ai découvert qu'il s'agissait d'un sonnet acrostiche d'hémistiches dont la seconde forme avait pratiquement les mêmes contraintes que le sonnet supra, y compris la valeur 7056, mais je n'avais pas alors songé à la représentation GoEF, alors que cette contrainte a été proposée le 16 juin 2020 par Gef (ce 16 juin était le 168e jour de l'année bissextile).
  J'avais livré un autre acrostiche d'hémistiches dans le billet précédent. D'autres oulipotes se sont essayés à la contrainte, comme Noël Bernard, Pierre Lamy, et récemment Alexandre Carret, lequel a imaginé cette astucieuse présentation, où le même texte apparaît dans les rectangles rouge et or:
 

  Principale différence avec le récent sonnet, mon acrostiche d'hémistiches ricardolien n'avait pas d'acrostiche d'initiales de vers, ce qui est quasi impossible pour cette contrainte...
...et la quasi-impossibilité était un défi relevé avec ce sonnet d'août 2020:


  Elle étend son empire en chantant des rondeaux,
  Naïade de nos eaux jusqu’au gueux marécage,
  La sirène se mire en ce pur étamage,
  Avare de ses mains qu’elle cache en son dos.
 
  Cette nymphe zélée, elle mène au tombeau,
  Racole les humains qui croisent son sillage,
  En lac réel celée elle attise sa rage,
  Elle étend son empire, naïade de nos eaux.
 
  La sirène se mire, avare de ses mains,
  Cette nymphe zélée racole les humains,
  En lac réel celée elle étend son empire.
 
  La sirène se mire, cette nymphe zélée,
  En lac réel celée, la sirène se mire,
  En lac réel celée, en lac réel celée…
 

Ce sonnet a 448 lettres, 14 fois 32,
de valeur totale 4620, 14 fois 330.


  Le recours à l'alphabet ricardolien pour GoEF m'a donné l’idée d’un texte à deux lectures gématriques.
  J’ai pensé aussitôt à la découverte de JP Le Goff (in Le cachet de la poste): si on construit un triangle rectangle à partir des 52 et 36 touches blanches et noires du piano, l’hypoténuse mesure 63,25 (arrondi de 63,2455…).
  J'ai donc construit un sonnet répondant à ce programme:
- vers isocèles (43 espaces) comptant 52 mots pour les quatrains, 36 pour les tercets;
- 36 lettres en moyenne par vers (noir sur blanc);
- gématrie ricardolienne de 5236 (O=zéro, les lettres suivantes diminuées d’une unité).
- gématrie normale de 6325;
- acrostiche FORGERON LE GOFF (« forgeron » en breton).


Forgeons notre alphabet retenant pour zéro,
O, propice rondeur, gnognote en notre muse.
Rognons de chaque lettre ensuite un numéro,
Gourmandant par texto la péronnelle obtuse.
Exploitons pour total les touches du piano,
Raisonnablement la, puis touche do incluse.
Occasionnellement, reprendre en compte l'O,
Nous coderons dès lors la noble hypoténuse.

Le trouveur de génie, instructif compagnon,
Etait un gars troublant, galopant parangon,
Gourmand de toute chose, onirique utopiste.
Oeuvrer nouvellement, entendre sa voix off,
Froufrouter sans nounou tel un surréaliste,
Forgeron colossal, fut Jean-Pierre Le Goff!



  Ce lien vers le Gématron permet de vérifier la valeur 5236 selon l'alphabet ricardolien. Il suffit d'effacer cet alphabet dans le cadre pour revenir à l'alphabet normal, et la valeur 6325.

  J'ai refeuilleté Le cachet de la poste avant d'écrire le sonnet, me replongeant avec délices dans ce fulminant vertige.
  JPLG imaginait des interventions poétiques un peu partout en France, voire ailleurs, et y invitait ses correspondants, plus de 400 lorsque la maladie a interrompu son activité, en 2007.
  L'un de ses intérêts était les perles, et une correspondante lui a envoyé en 1994 un article sur le richissime philanthrope Albert Barnes qui avait invité chez lui la pianiste Guiomar Novaes, laquelle découvrit une perle sur chaque touche du piano qu'elle allait utiliser pour son récital.
  JPLG s'empara alors des nombres 52 et 36 des touches blanches et noires du piano, et s'intéressa aux édifices les utilisant, comme l'ancien château de Chanteheux, éclairé par 52 flambeaux et 36 lustres. Il découvrit aussi des châteaux et phares basés sur les nombres de l'année, 52 semaines et 365 jours, comme le phare de Gatteville qui a 365 marches et 52 fenêtres.

  Un rebond survint en 1995, à Santorin, où il découvrit que son phare, Φάρος, était traduit "orge perlé" sur la carte touristique de l'île.
  Ceci lui fit évoquer quelques feuilles du Cahier de Boscodon n° 4, qu'on lui avait passées à cause des nombres 52-36, donnant les mesures de la "quine des bâtisseurs romans", mesures dites calculées à partir du diamètre du grain d'orge, 0,2247 cm, et de la suite de Fibonacci. J'ai parlé notamment ici de cette fantaisie, où c'est en fait plutôt le diamètre du grain d'orge qui a été calculé d'après la suite de Fibonacci et l'empan imaginé à exactement 20 cm par le chanoine Jean Bétous.

  JPLG n'avait pas cherché à vérifier la validité des allégations du document, seules lui importaient les échos avec son obsession essentielle, la perle, qui l'avait mené à l'orge perlé, et au collier inspiré d'un clavier de piano, avec 52 perles blanches et 36 noires. J'imagine l'exaltation qu'il a ressentie devant cette coudée de 52,36 cm issue de l'orge perlé.

  C'est en 1996 qu'en jouant avec sa calculette il découvrit que
522 + 362 = 2704 + 1296 = 4000,
et la racine carrée de 4000 est 63,2455...,
à un poil près 63,25, renversement de 52 36.
  JPLG convia ses correspondants à l'aider à construire en forêt de Châteauroux un triangle rectangle de côtés 52 et 36 décimètres, et donc d'hypoténuse 63,25.

  En 1998, il confie que les jeux avec sa calculette l'ont amené à constater que
6325 5236 = 1089, et
10/89 = 0,11235...,
où il dit avoir reconnu les premiers nombres de la suite de Fibonacci, 1-1-2-3-5...
  J'imagine qu'il a pu enjoliver son rôle, sachant que la propriété de la fraction 10/89 de livrer l'infinité des nombres de Fibonacci divisés par les puissances de 10 est donnée dans le Livre Penguin des nombres, qu'il avait en sa possession.
  Quoi qu'il en soit, personne n'a indubitablement pu lui souffler que 0,11235 était précisément la moitié du diamètre du grain d'orge fantasmatique des initiés, 0,2247. La boucle était bouclée, grâce aux touches du piano et au nombre 1089, MILLE QUATRE-VINGT-NEUF en toutes lettres, dont il trouva l'anagramme QUEL VERTIGE FULMINANT.
note du 19/06: A propos de grain d'orge, j'ai commenté ici le fait que NEO (Nicolas d'Estienne d'Orves) ait nommé dans son roman Ce que l'on sait de Max Toppard le pape du Nouveau Roman "Graindorge", dont j'ai envisagé l'anagramme "Gen Rigardo".
  En fait, la plupart des noms du roman sont empruntés aux personnages ou acteurs du feuilleton Belphégor de 1965. Ceci va jusqu'à Toppard, le récitant du prologue du feuilleton étant Jean Topart, et jusqu'à Graindorge, personnage mineur.
  Hier 18 juin, NEO est venu parler se son roman dans Etonnez-moi Benoît. Un autre invité a évoqué Jean Topart, mais NEO n'a pas révélé qu'il était la source effective de Toppard.


Note du 22/06; Avoir écrit "Graindorge, personnage mineur" m'a fait me demander s'il était si mineur que ça, et regarder la série. C'est en fait un personnage qui n'apparaît qu'au tout début, aux Puces de Saint-Ouen. Après un survol des étalages, commenté par Jean Topart, la caméra se fixe sur André Bellegarde (Yves Rénier), disant à un ami: "L'avion supersonique, la fusée dans la lune, ça l'épatait pas, ce qui l'épatait, c'étaient les coïncidences."
  Un vieil homme se manifeste alors, Graindorge: "Madame votre mère avait raison." Pour Graindorge tout est lié, comme une île qui, si on enlève l'eau, est liée à la terre. Il emmène André chez lui, où il stocke des milliers d'articles de journaux dans des boîtes de conserve. Ce sont des fait fortéens, comme ces "empreintes de ventouses sur l'Everest". Pourquoi la Science ne s'en occupe-t-elle pas? Parce qu'ils sont invraisemblables. Qu'importe qu'ils soient invraisemblables s'ils sont vrais.
  André objecte que les fait cités soient dans des contrées lointaines, et Graindorge lui montre alors un article sur l'apparition d'un fantôme dans la galerie des Glaces de Versailles, le 3 août 1925.
  André passe devant l'immeuble de Graindorge peu après l'apparition de Belphégor au Louvre. On embarque un cercueil dans un corbillard, et André apprend qu'il est mort au moment exact où était tué le gardien Sabourel. "Une coïncidence", dit son interlocutrice, "Y a-t-il des coïncidences?", s'interroge André.
  "Gen Rigardo" a étudié les coïncidences dans les écrits des autres et les siens.



  J'ai pu partager avec JPLG que les 88 touches du piano en blanc et noir permettaient le jeu
BLANC = 32, NOIR = 56,
mais c'est plus tard que je me suis avisé que, sur un cadran de téléphone, les notes extrêmes du clavier, la et do, ont pour correspondances
LA = 52
DO = 36
(j'y fais allusion dans mon sonnet).

  Chaque fois que je reprends Le cachet de la poste, j'y trouve de nouvelles curiosités. Ainsi, trois lettres avant Un collier peut cacher un piano, sur les perles du piano de Guiomar Novaes, le courrier L'or dans le noir débute ainsi:
  Lorsque le la du Soleil couchant donne l'ut de la Nuit, l'or s'enfouit dans le nid du noir.
  Ce jeu avec le soleil me rappelle ceux de Ricardou, mais quelque chose m'échappe:
- sans doute, OR s'associe au NI de NOIR;
- de même, UT s'associe au NI de NUIT;
- mais quel rapport entre "la" et "soleil couchant"?
  Je remarque que les lettres LA NUIT sont contenues dans SOLEIL COUCHANT, y offrant un ECHO CLOS (une anagramme complète pourrait être l'écho clos à "nuit"), mais il n'était pas dans l'habitude de JPLG d'être à ce point dissimulateur.



  Quoi qu'il en soit, le son (Laut en allemand) du piano se niche entre les touches la et ut (l'autre nom de do).

  J'ai consacré les billets de janvier 2011 à JPLG. J'ai approfondi les fractions du type 10/89 ici.
  Un autre volume des courriers de JPLG est en projet.

  Ce  billet est le 342e de Quaternité, le (3+4)2e de l'année 2022 (14e pour les fâchés avec l'arithmétique).

  Puisque c'est la fête du sonnet, un autre, composé hier.
  Gef a aussi imaginé l’acrostiche inverse d’hémistiches, et voici ma première tentative, avec en sus un acrostiche d’initiales, ce qui est moins difficile qu'avec la première forme. L'idée de départ est probablement liée à la mention du pronom "iel" dans le précédent billet.
--
 
  Elle s’il lit l’« i-el » fait vriller sa prunelle,
  Lors est-on « il » ou « elle », une question subtile ?
  La fleur a son pistil, c’est un fait éternel,
  Et ta mine est virile, ainsi nul n’est une « il ».
 
  Sans une once de fiel, il dit très solennel :
  Il ne saurait être « elle », elle n’est jamais « il »,
  Le neutre est plus civil, ainsi nul n’est un « elle »,
  Lors est-on « il » ou « elle » ? Et ta mine est virile.
 
  Il ne saurait être « elle », lors est-on « il » ou « elle » ?
  Tout bien considéré,  il ne saurait être « elle »,
  Lors est-on « il » ou « elle » ? le neutre est plus civil.
 
  Il ne saurait être « elle » sans une once de fiel,
  Et ta mine est virile, la fleur a son pistil,
  Lors est-on « il » ou « elle » ? « elle »  s’il lit « i-el » !
--

  Et encore un dernier, c'est pas plus cher, un simple acrostiche d'hémistiches d'août 2020:


Voici ce que j’annonce autre part ou partout :
Un manchot et un fou cherchaient d’abscons messages.
Telle est donc la réponse à ceux qui se croient sages,
Aurait pépié l’oiseau : voyez par en-dessous.

On le sait sûrement, le problème du Tout,
C’est la question maso qui se pose à tout âge.
L’infirme le dément, qui sont ces personnages ?
Voici ce que j’annonce, un manchot et un fou.

Telle est donc la réponse, aurait pépié l’oiseau,
On le sait sûrement, c’est la question maso.
L’infirme le dément, voici ce que j’annonce.

Telle est donc la réponse, on le sait sûrement,
L’infirme le dément. Telle est donc la réponse,
L’infirme le dément. L’infirme le dément.

--
Inspiré par un haïku de Gef pour lequel j’ai toujours rugi mon admiration :

Cul-de-jatte ou fou ?
C'est un mensonge en tout cas :
Le dément l'infirme.

14.6.22

le cOMpLOt...


  Il y a une quinzaine de jours, j'ai emprunté à la médiathèque de Gréoux Quai des enfers, d'Ingrid Astier, sans raison particulière. Je ne vois pas non plus pourquoi je n'ai pas lu plus tôt ce premier roman de l'auteure, paru en janvier 2010, ni les suivants.
  Ce n'est qu'hier 8 juin que je l'ai ouvert, et découvert qu'il avait 55 chapitres, LV puisqu'ils sont numérotés en chiffres romains. J'ai aussitôt regardé son numéro ISBN, soit 9782070445554 (pour la première édition en folio policier de janvier 2012), et constaté que son numéro de publication, 44555, se terminait par 55.
  Ce n'est qu'il y a peu de temps que je suis curieux de ces numéros ISBN, très précisément depuis le 7 mai dernier où j'ai découvert que le dernier Thilliez, Labyrinthes, paru le 5/5, avait 55 chapitres et que son numéro de publication était 15555.
  Le premier personnage en scène y est l'inspectrice Camille Nijinski, et la valeur numérique de CAMILLE est 55. Elle a pour interlocuteur le docteur Fibonacci, et le roman voit défiler presque tous les nombres de la suite de Fibonacci jusqu'à 2584, 55 en étant le 10e terme.

  J'ai donc commencé Quai des enfers avec une certaine fébrilité... Peu avant l'aube du 18 décembre 2008, la brigade fluviale trouve une barque amarrée devant le 36 quai des Orfèvres, à son bord le cadavre d'une femme, sans papiers, sinon une carte de visite dans son soutien-gorge, portant les coordonnées d'un certain Camille Beaux.
CAMILLE = 55 (3+1+13+9+12+12+5). De même la Camille de Labyrinthes détenait la clé de l'assassinat d'un homme non identifié.
 
  Grâce à ce Camille, la victime est identifiée, le mannequin Kéa Sambre, 30 ans. L'enquête évolue dans les milieux artistiques de la capitale, et tout semble résolu au chapitre 34.
  55, 10e terme de la suite de Fibonacci, est la somme des deux termes précédents, 34 et 21, et lorsque je tombe sur un roman en 55 chapitres je m'intéresse particulièrement à ce qui se passe au chapitre 34. J'avais déploré de ne rien trouver de significatif dans Labyrinthes, et je suis comblé ici.
  Kéa Sambre avait entraîné dans la drogue Bianca Troppman, morte d'une overdose le 18 décembre 2003. Son mari l'artiste Jim Troppman exécute donc Kéa 5 ans exactement plus tard (5 est le 5e terme de la suite de Fibonacci). Lorsque les flics viennent l'arrêter le 22 décembre, chapitre 33, ils le découvrent mort, crucifié de dos, collé à une photo géante de sa femme Bianca. A ses pieds une inscription en lettres de sang: Le dernier baiser. A côté de lui git son âme damnée, le nain Tricky, mort d'une overdose.
  Au chapitre 34 les enquêteurs concluent que Troppman a orchestré sa mort en un ultime acte artistique, avec l'aide de Tricky.

  Le commandant Jonathan Desprez, responsable de l'enquête, peut partir passer les fêtes avec sa famille à l'île d'Yeu. Le 1er janvier 2009, il est rappelé à Paris, car une nouvelle barque porteuse de cadavre vient d'être trouvée, devant le Louvre. Il s'agit cette fois de Bella Cavallo, 28 ans, une connaissance de Kéa.
  Puis le corps de Hayfa Saadeh est trouvé le 18 mars, dans une barque amarrée à l'île aux Cygnes. Un autre crime est commis le 14 mai, mais cette fois l'assassin est arrêté, il s'agit du journaliste Bertrand Gauss, qui couvrait l'affaire pour le Monde. Le meurtre de Kéa et les morts des réels assassins avaient réveillé en lui de sombres instincts...

  Les suites additives de type Fibonacci ont des aspects fractals, ainsi le nombre 55 se répartit en 34-21, puis le 21 en 13-8, le 8 en 5-3, et ces trois répartitions font sens dans Quai des enfers.
  Alors que la narration suivait les divers enquêteurs pendant les 34 premiers chapitres, où Gauss n'était apparu qu'à trois brèves occasions, elle se fixe sur lui au chapitre 35, dont voici les premières lignes:
                        Chapitre XXXV

  Gauss savait qu’il tenait un sacré article. La police avait ses méthodes. Lui, les siennes. Il les trouvait trop lents, trop prudents. Bornés par leurs procédures et frileux dans leurs investigations. Pour bâtir une série d’articles dignes de ce nom, il lui faudrait partir seul en quête de vérité.
  Le chapitre donne ensuite l'article de fond qu'il rédige pour Le Monde.

  A partir de ce chapitre 35 il reste donc 21 chapitres, dont le partage 13-8 mène à la fin du chapitre 47 et au début du chapitre 48:
« Et force pas trop sur la Bavaria dans les jours à venir. Je veux que tu sois d’attaque s’il te croise.
— Qui il ? bredouilla Steve.
— Le tueur de la Seine. »

                        Chapitre XLVIII

  En ouvrant le journal le samedi matin, Jo Desprez vit d’entrée la manchette de l’édition de la veille. On ne pouvait la rater. Le Tueur de la Seine frappe deux fois s’étalait à la une du Monde.
  Et on a droit ensuite à l'intégralité de l'article de Gauss. C'est le seul article donné, avec celui du chapitre 35.

  Il reste donc 8 chapitres, le partage 5-3 menant à la fin du chapitre 52, où l'assassin masqué est arrêté, et au début du chapitre 53, où on apprend que c'est Gauss. Ce chapitre 53 est aussi celui de sa confession, et du long billet d'adieu qu'il signe avant de se suicider dans sa cellule, ainsi les seuls "papiers" signés Gauss apparaissent aux chapitres débutant les 21-8-3 chapitres, partages mineurs des 55-21-8 résultant d'une fractalisation du roman.

  C'est plutôt significatif, mais une recherche "Ingrid Astier" "Fibonacci" n'amène aucun résultat. Je me permets de signaler que, quelques années avant la parution de Quai des enfers, j'avais consacré un article de mon premier blog à une triple césure d'or identique dans un film de Rohmer, chaque fois à la seconde près.
   J'ai décidé de ne plus parler de Rohmer, pour les raisons données ici, mais divers témoignages m'ont conduit à la quasi-certitude que mes supputations sur le temps et l'espace dans ses films étaient, pour l'essentiel, exactes.

  Je suis bien plus circonspect pour tous les sujets où je n'ai pas de témoignages directs, quelle que soit la quantité des éléments en faveur de telle ou telle thèse. Il y a le hasard, bien sûr, mais pas que...
  Ainsi, il semble évident que l'accumulation des nombres de Fibonacci dans Labyrinthes est intentionnelle, et que Thilliez a déjà exploité cette suite dans plusieurs autres livres, mais que penser de ces commentaires issus de ses "secrets d'auteur"?
  Vous l’avez peut-être remarqué, il y a trois temporalités très différentes dans le livre : la séquestration de Julie qui s’étend sur huit ans, la quête de Lysine qui dure une semaine, et le mystère autour de Véra, qui se passe principalement sur vingt-quatre heures. Ces trois fils sont à peu près équilibrés, en termes de volume, même si le nombre de chapitres diffère légèrement : 20 sont consacrés à Véra, 23 à Lysine, et 16 à Julie.
  Ce "Thilliez" ne semble pas savoir que le roman publié a 55 chapitres, alors qui est l'auteur de quoi? Il explique ensuite dans ces "secrets" comment il a subtilement joué avec les éléments climatiques et géographiques pour induire les lecteurs à penser que l'histoire de Véra se déroule en hiver, alors qu'elle se situe juste après l'histoire de Lysine, laquelle prend la route vers le Jura "une nuit pluvieuse d'avril 2021", juste après avoir massacré Theobald, un complice de Traskman.
  J'avoue n'avoir guère prêté attention aux "considérations atmosphériques", mais un lecteur attentif a repéré que, lorsque Traskman retrouve Julie-Lysine-Véra, pas plus de quelques jours plus tard en principe, il l'informe que Theobald la cherche aussi, après quatre mois d'hospitalisation...
  Ça, ça n'est pas subtil du tout, et je soupçonne que ces incohérences, qui sont loin d'être les seules, sont intentionnelles.
  Pourquoi ? Peut-être parce qu'un être se jugeant supérieur à ses congénères imagine se le confirmer en leur faisant avaler n'importe quoi. J'ai (re)cité dans le précédent billet Ricardou qui assurait que "les marchands de Pise" d'un de ses écrits devait se comprendre "Léonard de Pise" (Fibonacci), et la date associée 1203 "0-1-2-3" (nombres de sa fameuse suite).

  C'est loin de pouvoir tout expliquer. Si rien n'empêchait Thilliez de truffer de Fibos son roman en 55 chapitres, sa parution un 5/5 avec le numéro de publication 15555 demande de fabuleux hasards, ou des complicités, sinon une combinaison des deux.
  Aller plus loin pourrait friser le délire paranoïde, mais ceci peut entrer dans les plans d'éventuels comploteurs. Comme disait Baudelaire (mais entre guillemets), La plus belle des ruses du Diable est de vous persuader qu'il n'existe pas!
  Toujours est-il que des questions se posent, et que certaines peuvent recevoir des réponses simples.

  Pour l'heure, je n'en ai pas fini avec cette nouvelle ahurissante coïncidence qui m'a mis entre les mains juste après Labyrinthes un roman en 55 chapitres avec un numéro de publication s'achevant sur 55, originellement publié en 2010 (souvent abrégé en 10, et 55 est le  10e terme de la suite de Fibonacci).
  Rencontre-t-on des nombres de Fibonacci dans Quai des enfers? Certes pas autant que dans Labyrinthes, mais il y a au moins deux 55. Le dealer qui fournit les élites parisiennes en came conduit une Mercedes SLK 55 AMG noire.
 

  Une des anecdotes contées à propos de la Seine concerne chapitre 38 les 55 Boules de Moulins, des boîtes imperméables contenant du courrier pour les Parisiens pendant la Commune, confiées au fleuve en amont, mais aucune ne fut alors récupérée.
  La Seine est dite chapitre 46 être le vingt et unième arrondissement de Paris.
  8 et 21 sont présents dans la dernière phrase du chapitre 51, pour la dernière victime de Gauss:
Elle s’appelait Marina Ferdane. Huit minutes avant, cette très belle fille aux grands yeux d’ambre pouvait encore être fière de ses vingt et un ans.
  Je suis loin d'être certain que la Camille de Labyrinthes ait été choisie pour sa valeur 55, et je suis encore plus circonspect pour le Camille de Quai des enfers, personnage relativement secondaire.
  Il existe cependant un mot important de valeur 55, SATAN, et il apparaît dès la deuxième phrase du roman (comme d'ailleurs Camille Nijinski dans Labyrinthes):
                        Chapitre I
« Hé Steph, qu’est-ce qu’y a de plus noir que les eaux de la Seine la nuit ?
— J’sais pas moi… L’œil de Satan ?…
  L'adjectif "sataniste" apparaît sous la plume de Gauss, à propos de la crucifixion de Troppman.
  Je remarque au passage que le Gauss le plus célèbre est un mathématicien (Carl Friedrich). Ce serait un peu plus subtil que le docteur Marc Fibonacci de Thilliez. Incidemment, Gauss a un contact à la PJ nommé Marc Valparisis.

  L'escapade de Noël à l'île d'Yeu m'a apporté une révélation, car
D'YEU = 55, donc DYEU = SATAN.
  Si le nom de l'île vient d'un mot allemand signifiant "île" (...), elle s'est longtemps appelée Isle Dieu, jusqu'à la Révolution,
 

et très probablement plus tôt Isle Dyeu, car Dieu était très souvent orthographié avec un Y avant le 17e siècle (multiples exemples ici).

  Tiens, ILE connaît depuis peu une nouvelle anagramme, le pronom "iel" entré le mois dernier dans la nouvelle édition du Petit Robert.
  Je suis depuis longtemps frappé par les valeurs des deux pronoms
IL = 21, ELLE = 34,
deux Fibos dont la somme est le Fibo suivant, 55.
  Une forme alternative de ce pronom neutre est "ille", effectivement utilisée, et je suis encore frappé par sa rime éventuelle avec le prénom épicène
CAMILLE = 55
présent selon les deux genres dans les deux romans de 55 chapitres.

  Le billet sur Labyrinthes était suffisamment long pour que je m'y sois abstenu de mentionner d'autres romans de 55 chapitres, ou 55 sections, en comptant Prologue et Epilogue.
 C'est notamment le cas du Baiser de Jason (2005) de Laurent Scalese, un proche de Thilliez, mais ce roman est antérieur à la première création éventuellement fibonacienne de celui-ci, Deuils de miel (2006), en 34 sections.
  Les 55 sections du Baiser de Jason offrent une césure significative à la section 34, et il est frappant que les premiers chiffres de la section 1 soient 34 (pour "A340" dès la première phrase), et que ceux ouvrant les 21 sections finales soient 21 (pour "vingt et une heures quarante cinq" dès la seconde phrase).
  Par ailleurs deux pistolets Glock sont mentionnés dans le roman, un Glock 34 parmi ses 34 premières sections, un Glock 21 parmi les 21 dernières (il existe quantité d'autres modèles de Glock).

  Je m'en tiens là pour ce rappel, et ce dernier point m'amène à une curiosité. Au chapitre 33 de Quai des enfers, un des flics s'apprêtant à investir la villa de Troppman est anxieux:
Marcelo Gavaggio tremblait pour d’autres raisons : il avait les boyaux noués, supportant mal les séquences d’ouvre-boîte. Instinctivement, il garda sa main sur son arme – un pistolet automatique Sig Sauer SP 2022 .9 mm. 2022 pour la date où il changerait d’arme.
  Bizarre. Un flic peut-il décider 14 ans à l'avance de ce que sera son arme de service? Une contradiction pourrait apparaître quelques lignes plus loin, avec ceci:
Chacun tenait son Glock des deux mains, doublé d’un inquiétant faisceau lumineux fixé sur le rail. Jo retenait sa respiration, tandis que Gavaggio se tordait les mains.
  Comment se tordre des mains tenant un Glock alors que son arme est un Sig Sauer? De telles incohérences* ne seraient-elles pas des jeux entre "comploteurs", comme les 4 mois d'hosto du malfrat de Thilliez blessé quelques jours plus tôt? Le complot avait-il déjà prévu que serait publié en 2022 un autre roman en 55 chapitres, avec divers échos, tel "Camille"?
* Je souligne qu'il s'agit d'une réédition, et que des lecteurs pointilleux de l'édition brochée auraient pu signaler cette incohérence (qui aurait dû être repérée par l'éditeur Gallimard). Il y a pourtant des modifications du texte dans l'édition de poche.

  C'est une équipe de 8 flics qui investit la villa de Troppman, or Jean-Baptiste Troppmann a été guillotiné en 1870, jugé seul coupable de 8 assassinats. L'idée d'un complot a été émise.
Note: çoeur dp me signale que Troppmann est le nom du narrateur de Le bleu du ciel, de Georges Bataille, pour qui "Satan" était si familier. Ceci me rappelle que Thilliez a nommé dans L'anneau de Moebius (2008) l'un de ses assassins Noël Siriel, nom du narrateur criminel d'Aurora, de Leiris.
Suite le 15/6: Ceci me rappelle l' "équation de faits" tympan à courtisane, typiquement rousselienne, dans Deuils de miel (2007). Les messages complémentaires cachés dans l'oreille d'une prostituée et le tympan d'une église permettent de localiser Olivier Tisserand, mêmes valeurs 90-109 que Raymond Roussel. Il me semble inconcevable que Thilliez ait pu connaître alors Leiris et Roussel.
Si Steinbeck est plus accessible, et s'il est aisément acceptable que Caleb Traskman vienne du jumeau assassin Caleb Trask d'A l'est d'Eden, on peut se demander si l'extension de Trask en Traskman n'a pas un rapport avec Troppman. Par ailleurs le jumeau que Caleb Traskman tue se prénomme Martial, prénom étroitement associé à Roussel (dont le cas est décrit par Janet sous le pseudo Martial).
Caleb Traskman travestit sa propre histoire dans Le manuscrit inachevé, en faisant tuer Jullian Morgan par son jumeau David. Si ce nom est forgé d'après les syllabes JU-MO, il n'y avait rien d'obligatoire pour que la forme exacte soit Jullian, nom d'un des principaux personnages de Quai des enfers, Rémi Jullian.


  J'ai commenté le 02/02/2020 la parution quasi simultanée de Victime 2117 et de Victime 55.
  Le second est un roman qui avait pour seul titre en VO 55, et qui compte 55 chapitres. Je n'avais rien trouvé de spécial à en dire, mais il me vient maintenant que, le tueur se pensant être l'instrument du Diable, il pourrait y avoir un jeu avec
SATAN = 55.

  J'observais que Victime 2117 a 61 chapitres, la narration y suivant divers personnages:
- 34 chapitres suivent les membres du département V;
- 21 chapitres suivent Ghaalib et son otage Joan;
- 6 chapitres suivent le jeune Alexander, projetant un crime dérisoire par rapport à l'attentat de masse préparé par Ghaalib..
  Ainsi, en omettant l'affaire secondaire "Alexander", on a 55 chapitres répartis en 34 "département V" et 21 "Ghaalib-Joan" (Joan est en quelque sorte le porte-parole de Ghaalib).

  J'avais rapproché ceci d'un autre roman d'Adler-Olsen, Promesse, en 55 sections offrant une nette possibilité de partage 34-21.

  Dans Victime 2117, le journaliste minable Joan Aiguader se trouve propulsé au premier plan de l'intrigue. Je m'étais abstenu de livrer ce que m'inspirait la profession "journaliste" de Lysine Bahrt dans Labyrinthes, victime du tueur en série Traskman, et le journaliste tueur en série Gauss aurait suffi pour m'amener à révéler que JOURNALISTE est l'un des trois seuls substantifs français singuliers composé des lettres ESARTULINO et d'une autre lettre (les autres sont "langoustier" et "surgélation", moins immédiats à caser)..
  Gef avait remarqué que Perec avait négligé ce mot dans le recueil Alphabets, où chacune des combinaisons ESARTULINO + une autre lettre revient 121 fois.
  Je remarque pour ma part que JOURNALISTE est un mot de valeur 144, 12e terme de la suite de Fibonacci.


  Quelques précisions sur le titre de ce billet. J'ai aussi pensé à
Satan conduit la barque
ou
Histoire des Cinquante-cinq
en pensant à Histoire des Treize. Le complot ourdi par Balzac aurait-il grossi, imposant à chaque nouvelle cooptation un nombre fibonaccien d'entrants? Tiens, la Ligue de l'Imaginaire compte actuellement 21 membres. Thilliez et Scalese en font partie, de même que d'autres auteurs évoqués sur Quaternité, notamment pour nombre d'or et Fibonacci, Werber, Giacometti-Ravenne, Loevenbruck, Chattam, Minier.
  Tiens, cette Ligue a été créée le 18 décembre 2008, le jour même de l'assassinat de Kéa Sambre! le jour où débute Quai des enfers!!
  Ingrid Astier ne figure pas dans la liste des membres de la Ligue.

  J'ai donc écrit cOMpLOt pour souligner les lettres symétriques
OMLO = 55.
  Ces lettres permettent de forger
LOOM, "métier à tisser". Le "re" du vers de Boileau
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage
implique une ébauche initiale, soit 21 formes en tout, et je pense au premier Art Poétique, celui d'Horace, dont les 476 vers se répartissent en 294 traitant du poème, et 182 du poète, avec
294/182 = 21/13, parfait rapport fibonaccien.

OLMO est "orme" en italien, ce qui me rappelle la "Coupure de l'orme", un élément de la "Belle histoire" de Rennes-le-Château, imaginée par Plantard, faisant aussi intervenir le nombre d'or dans ses élucubrations.
  Je pense aussi à Philibert Delorme, l'architecte de Thoiry, que l'actuel propriétaire voit entièrement déterminé par la suite de Fibonacci, avec notamment une hauteur de 55 pieds.
  En 2004, un labyrinthe (!) conçu selon le nombre d'or a été installé dans le parc du château.

OML est une abréviation SMS pour Oh My Lord! J'étendrais volontiers en un vonnegutien* OMLO pour Oh My Lord! Ooooooooh!
* Why don't you take a flying fuck at the mooooooooooooon? in Slapstick, 1976.

  Quant aux autres lettres de ComPloT, je les identifierais aisément à
- Calame (Alain), auteur de Une affaire en or, où Léo le Pisan (plus immédiat que "les marchands de Pise") commet une série de crimes à des dates fibonaciennes, à partir du 24 février, 55e jour de l'année;
- Perec (Georges), auteur d'Alphabets, où les occurrences du mot "or" dans les deux parties forgent le rapport 55/34;
- Thilliez, bien sûr, ou Tellier (Hervé Le), auteur du 55e Poulpe, La disparition de Perek, où il a eu soin de transformer Perec en
PEREK = 55.

  Ce 341e billet de Quaternité, concernant essentiellement
QUAI DES ENFERS = 143,
est publié le 14 juin, 165e jour de l'année, avec 165 = 3 fois 55.

  Ce facteur 3 me rappelle que je me suis abstenu de poursuivre la fractalisation de 55, ayant d'abord donné 34-21, puis 13-8, puis 5-3.
  3 se partage ensuite en 2-1, et je me suis penché sur les 3 derniers chapitres du roman, 53-54-55.

  Le chapitre 53 est donc la confession de Gauss et son suicide.
  Le chapitre 54 est consacré au second flic important du roman, Rémi Jullian, de la brigade fluviale, blessé par Gauss. L'arme de ce Rémi est aussi un Sig Sauer SP 2022.

  Le chapitre 55 revient au flic principal, Jo Desprez, le montrant lire un article de l'alpiniste Reinhold Messner, dont les propos lui évoquent Gauss, le roman s'achevant ainsi:
  Mais là, les paroles de l’alpiniste donnèrent au solitaire ultime qu’était le meurtrier un autre relief.
  Très nettement, Jo fut envahi par une atroce pensée: le meurtrier tuait pour revenir vers les hommes. Il tuait pour quitter sa solitude et réintégrer la société.
  Un instant, il fut là-haut.
  Là-haut avec le tueur, dans le grand désert blanc.
  Ainsi après les chapitres 35-48-53 aux positions fractales équivalentes, seuls chapitres où Gauss s'exprimait par écrit, voici que le dernier chapitre résultant de cette décomposition fractale apporte, par un autre écrit, une nouvelle dimension aux actes de Gauss.
 
  Je n'ai pas abusé de la gématrie jusqu'ici. Les noms propres abondent dans Quai des enfers, chacun pourrait être analysé, mais je m'en tiens aux trois victimes "mises en Seine" par Gauss:
Bella Cavallo = 32+66 = 98
Hayfa Saadeh = 41+38 = 79
Marina Ferdane = 56+53 = 109
(vérification sur le Gématron)
  La dernière victime est particulière, car Gauss est arrêté avant d'avoir pu la charcuter et l'installer dans une barque. Les valeurs des deux premières totalisent 177, dont la section d'or arrondie au plus proche entier est 109, valeur de Marina Ferdane.
  Tiens, FERDANE est l'anagramme de A D'ENFER. Gauss a choisi des victimes au prénom se terminant par A, Parce que c’est la voyelle de l’extase : elle ouvre la bouche comme l’on écarte les jambes d’une femme.
  Gauss avait déjà commis un crime dans sa jeunesse, il avait poussé dans la Seine glaciale Inès, 19 ans, qui se refusait à lui. INES a fini dans la SEINE...

  177 et 109 sont des doubles Fibos moins un:
177 = 2 x 89 − 1; 109 = 2 x 55 − 1. 
  C'est aussi le cas de la valeur de GAUSS,
67 = 2 x 34 − 1. 

  Après avoir bu le calice jusqu'au "iel", peut-être faut-il aller jusqu'à la LI, éventuel sigle de la Ligue de l'Imaginaire. Constatant que ces initiales LI ont la valeur 21, nombre de membres de la ligue, j'examine les mots correspondants:
LIGUE + IMAGINAIRE = 54 + 86 = 140.
  Je connais bien ces nombres, appartenant à la série Bleue du Modulor, système que Le Corbusier a développé à partir de la suite de Fibonacci exprimée en pouces, ainsi
21 - 34 - 55 pouces équivalent à 54 - 86 - 140 cm.
  J'ai décelé une étonnante accumulation de valeurs de cette série dans un roman de 2006 de Thilliez, autour du criminel
ARTHUR + DOFFRE = 86 + 54 = 140.
  Le Corbusier est mentionné dans Quai des enfers, la villa de Troppman étant située 1 square de Montsouris, voie privée au bout de laquelle il y a la villa Ozenfant, dessinée par Le Corbusier.
  Ingrid Astier a logé son artiste criminel dans la villa Guggenbühl, conçue par André Lurçat, d'ailleurs nommé.

1.6.22

le Nom, métamorphoses du Ricardou


  1er juin: Ricardou aurait bientôt 90 ans, et cette année 2022 est aussi le 40e anniversaire de la parution du Théâtre des métamorphoses (janvier 1982), selon la 4e de couverture (donnée ici) un mixte, un précis tissage de composants divers, un art du X, une écriture des croisements.
  Je n'avais pas remarqué cet "art du X" dans The other males desperate, consacré au Théâtre des métaphores en 2018, alors que je n'avais pas encore étudié L'art du X, que Ricardou a composé en hommage à Perec disparu en mars 1982.
   Il s'agit de diverses variations autour d'un sonnet dont la dernière forme est L'ardu X, or il était essentiel pour lui que le mot CROIX s'achève par un X, et ARDU CROI(X) serait l'exacte anagramme de RICARDOU(X).

   Dans le Théâtre des transformations, Ricardou reprend le texte qu'il avait déjà publié à deux reprises, Improbables strip-teases, en 1972 (il y a 50 ans!) et 1973, récit d'un strip-tease issu de La prise de Constantinople, parsemé de majuscules intempestives qu'un lecteur patient peut séquencer pour faire émerger un nouveau texte.
  Hélas il y avait des erreurs dans ces deux premières éditions, et il y en a à nouveau une dans celle de 1982, mais Ricardou y donne ensuite des commentaires dans Principes pour quelques transformations, avec le texte en clair du sonnet caché, une récriture du Cygne de Mallarmé:
Cette improbable vierge et son ptyx orangé
Vont-ils donc déchiffrer avec un coup de livre
Ce passage oublié que chante entre les lignes
Le symbolique oiseau au plumage étranger !

Un signe d'autrefois se souvient que c'est lui
Magnifique mais qui sans espoir se délivre
D'avoir inauguré tout le chapitre où lire
Quand du stérile hymen a resplendi l'écrit.

Ses lettres secoueront cette blanche agonie
Par les pages infligée aux plumes qui les nient,
Même l'horreur du mot où le secret est pris.

Hypogramme en ce lieu si son pur éclat l'ose
Il s'immobilise au songe blanc de l'inscrit
Du précis souvenir de la prise enfin prose.
  J'ai souligné les lettres oubliées dans les différentes éditions,
- RUI pour la 1e (dans les mots paR, aU, inscrIt);
- II pour la 2e (dans les mots lIeu, souvenIr);
- F pour la 3e (dans le mot déchifFrer).

   Pour la 1e édition, je m'en tiens pour l'instant à remarquer que les 3 majuscules oubliées, R-U-I, ont dans l'alphabet les rangs 18-21-9, somme 48, un nombre qui apparaît souvent chez Ricardou, lequel a notamment demandé à son ami Denis Roche de lui réserver le numéro 48 de la collection Fictions & Cie, ce qui est souligné dans le texte du Théâtre des métamorphoses, page 182:
(...) Ainsi le nombre des signes qui inscrivent les noms de la collection et de l'éditeur, seize: "Fictions & Cie", "Seuil". Ainsi, le nombre qui marque la place du présent livre dans ladite collection, "quarante-huit". Et, non moins, le nombre, seize, de la présente kyrielle d'ainsi.
  J'ai observé ailleurs que ce mot "ainsi" pouvait se lire "un-six", seize...

   Le nombre 48 découle des "nombres fondamentaux", les 4 et 8 lettres de JEAN RICARDOU, somme 12, rapport 1/2, concaténation 48. La couverture du Théâtre des métamorphoses montre une vignette de Barbarella découpée en 48 secteurs.

   Dans la IIe édition des Strip-teases, les majuscules oubliées sont II, curieuse adéquation, et il est au moins aussi remarquable qu'elles concernent les mots "lieu" et "souvenir", en 4 et 8 lettres.
   Tenter d'évaluer la probabilité associée conduit à un troublant constat: le sonnet compte exactement 12 mots de 4 lettres, soit en tout 48 lettres, et 6 mots de 8 lettres, soit encore 48 lettres.
   Le texte totalisant 505 lettres, un calcul immédiat livre 96 chances sur 505 pour que la première erreur concerne un mot de 4 ou 8 lettres, puis 48 sur 504 pour que la seconde concerne un mot de l'autre catégorie, soit une probabilité conjuguée d'environ 0,018, moins de 2%.
   Si on tient compte de l'ordre 4-8 prénom-nom, la probabilité tombe à moins de 1%.
   Par ailleurs les mots concernés sont chacun le dernier de sa catégorie, le 12e de 4 lettres, le 6e de 8 lettres. On pourrait invoquer ici la lassitude du responsable, ou des responsables car les erreurs ont pu naître à plusieurs niveaux:
- Ricardou n'écrivait qu'à la main;
- son manuscrit était ensuite dactylographié;
- diverses possibilités encore lors des passages chez l'éditeur et l'imprimeur, et les éventuelles retouches de l'auteur.

   Les deux premières éditions portent en exergue une citation de Mallarmé (de ce sonnet),
Cet unanime blanc conflit
D'une guirlande avec la même.
pouvant mener vers un autre niveau des majuscules I-I omises, car UN (I) est le miroir du NU, et la guirlande du sonnet se déroule dans le récit d'un strip-tease.
   Edmond Jabès a proposé L'UN NUL, et le jeu 1-0 se traduit volontiers chez Ricardou par le couple I-O, souligné notamment par la PRISE virile opposée à la PROSE féminine. Voici ce que sa "çoeur" dit de ces lettres IO dans Révélations minuscules...,
il accordait à la première (la seconde) une valeur masculine et un caractère féminin à la seconde (la pénultième), le symétrique vis-à-vis, il prononçait "le vice à vie", en l'abracadabrante kyrielle des lettres de son cryptopatronyme, du "i" avec le "o".
à comprendre que I et O sont à des positions symétriques dans RICARDOU, or c'est aussi le cas dans SOUVENIR, le seul offrant cette propriété parmi les mots de 8 lettres du sonnet.

   La symétrie, que Ricardou révèle dans ce texte avoir été une règle importante de son oeuvre, peut amener à constater que, dans la 1e édition, les premières erreurs sont R-U, première et dernière lettres de RicardoU. L'autre erreur, I, pourrait correspondre à l'initiale du prénom, I et J étant souvent confondus dans les jeux de lettres.
   Les mots concernés, par-au-inscrit, totalisent aussi 12 lettres, comme lieu-souvenir, et les lettres résiduelles, paa-inscrt si l'on procédait au décodage rigoureux, sont 9, réparties selon la conjecture ci-dessus en 3 pour le nom et 6 pour le prénom.
   Or la raison donnée par Ricardou à la construction de ses textes selon les 4 et 8 lettres de ses prénom-nom, c'est que le rapport du simple au double entre ces nombres apparaît précisément inversé dans les nombres de lettres de PRENOM et NOM, 6 et 3. C'est ce que l'on peut comprendre dans ce paragraphe de Révélations minuscules, où j'ai omis quelques parenthèses:
   L'une des plus lumineuses manières, en tout cas, pour que son prétendu patronyme s'activât dans le corps de l'écrit, il l'avait conçu, m'avait-il dit un soir (...), en se souvenant, des quatre et huit lettres de sa signature, qu'elles retournaient, numériquement, l'outrancière forfanterie du prénom à offrir par ses traces, six, lui, le soi-disant "petit", un double exact des trois signes du nom, et, bien sûr (...), sans qu'il l'eût de lui-même en rien voulu. Par suite, c'est au nombre de huit notamment, le principal, l'on saisit pourquoi, en l'occurrence, qu'il s'était plu, de maintes manières peut-être, à soumettre inlassablement sa prose, ainsi prise, du coup, car il n'aimait guère accomplir les choses à moitié, dans une abracadabrante kyrielle de directives, depuis le départ.
  Ces phrases sont symétricologiques, et la première, où apparaît le mot "écrit", s'inscrit entre les syllabes "lu". Elle compte, avec les parenthèses, 137 mots, dont le mot central est "lu", achevant la première parenthèse.
   La seconde phrase, énonçant la préférence pour le nombre 8 des lettres du patronyme, s'inscrit entre les syllabes "par". Par la préposition "Par" commence donc la phrase, cette même préposition qui ouvre le 10e vers du sonnet, "Par les pages...", ou selon un strict décodage "Pa", comme "patronyme" ou "papa"...

   Diable! La kyrielle des commentaires devient impressionnante, alors qu'ils ne concernent que d'indubitables erreurs. Tout au plus pourrait-on admettre que les nombres de mots de 4 et 8 lettres du sonnet aient pu résulter plus ou moins consciemment des obsessions de Ricardou, mais je doute que quiconque s'en soit jamais aperçu sans ces erreurs. 
   Je pense à nouveau à ces propos de Bellmer:
Un "génie" ardemment appliqué derrière le "moi" semble ajouter beaucoup du sien afin que "je" perçoive et imagine. Un génie irrespectueux sans doute, pour qui la logique d'identité, la séparation du corps d'avec l'esprit ou les balivernes du "bien" et du "mal" sont tout au plus matière à plaisanteries et qui ne chante de tout cœur que la gloire de l'improbable, de l'erreur et du hasard. (Petite anatomie de l'image)
   L'improbable, l'erreur... et ces erreurs sont dans Improbables strip-teases...

   J'imagine une discipline qui pourrait se nommer la bellmerique, ou, pourquoi non, la coïncidentique. Elle ne saurait admettre de règles absolues, au plus des préceptes, des perecptes plutôt car Perec a joué un rôle essentiel dans mes recherches. Le perecpte n° 1 pourrait être:
Tu t'intéresseras de préférence (de perecfrène) aux oeuvres codées, car c'est là que des erreurs ou inadvertances auront des répercussions (perecrussions) significatives.

   Mon expérience m'amène au perecpte n° 2:
Tu scruteras dans le moindre détail les oeuvres où tu as repéré précédemment (perecdemment) des coïncidences, et tu en trouveras probablement de nouvelles.

   Lors de ma première approche du Théâtre des métamorphoses, j'ai envisagé que l'unique "erreur" dans Improbables strip-teases puisse être intentionnelle, car elle conduisait à DECHIFRER, à mi-chemin entre le DECHIRER de l'original mallarméen et le DECHIFFRER de la récriture ricardolienne. Il est permis de remarquer maintenant que "déchirer" est un mot de 8 lettres, et que le passage de 8 à 9 a été théorisé par Ricardou, toujours dans Révélations minuscules...:
...sous la tranquille certitude que l'adjectif "nouvelle", après tout, convient à ce qui fait "neuf", (...) il n'avait pas craint, dès son premier recueil, d'adjoindre une complète histoire aux huit que demandait le trop fétiche numéro.
  Il y a davantage, car aux lettres R-U-I des précédentes erreurs (ou R-U-I-I-I) s'ajoute maintenant F, rr les lettres RUIF forment en français un unique mot, tout à fait mallarméen:
La chair est triste, hélas ! et j'ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres (…)
  Pour scruter plus avant, il faut aller en amont, et voir sur quels mots des effeuillages ont été commises les erreurs.
   Dans la 1e édition, les lettres R-U-I auraient dû se trouver dans les mots
disPARu - soUtien-gorge - découvrIr.
   Mon commentaire le plus immédiat est le constat que DéCOUvRIR a 7 lettres en commun avec RICaRDOU, lequel utilisait volontiers ces similitudes, ainsi lit-on dans Naissance d'une fiction:
le nom Constantinople possède douze lettres en commun (et douze, somme de huit et de quatre, appartient justement au dispositif du livre) avec le nom Constellation.
  Dans la 2e édition, les lettres I-I des mots de 4 et 8 lettres "lieu" et "souvenir" auraient dû se trouver dans les mots
escarpIn - rIen,
des mots de 8 et 4 lettres. Davantage, les mots "lieu" et "rien" font aisément se souvenir qu'une des phrases tressées dans le Coup de dés est
rien   n'aura eu lieu   que le lieu   excepté   peut-être   une constellation
  Il faut encore rappeler que, toujours dans Naissance d'une fiction, Ricardou a déclaré qu'un générateur essentiel de La prise de Constantinople était le mot "rien", lequel débute d'ailleurs le roman.
   Les deux mots suivants sont "Sinon peut-être".

   J'observe que, dans le vocabulaire jungien, la synchronicité est liée à la "constellation de l'archétype". Dans celui de l'ami Patrick Bléron, la "constellation" désigne une coïncidence multiple, la "luciole" étant une coïncidence isolée.

  Dans la 3e édition, la seconde lettre F de déchifFrer vient de FRange, et il me souvient que l'équivalent anglais fringe, issu d'ailleurs de l'ancien français "fringe", s'applique aussi à ce qui est "en marge", "bizarre". La série TV éponyme multiplie les chiffrages, ainsi les signes en Braille sur cette affiche codent pour les nombres de Fibonacci 5 8 13 21 34.
   Ricardou mentionne à diverses reprises dans ses écrits l'adresse de sa famille, 6 rue Louis-Braille à Cannes.

   Ce n'est pas fini. Voici quelques années, Erica Freiberg s'est attelée à la courageuse entreprise de reprendre tous les textes édités de Ricardou dans une Intégrale, dont 7 tomes sont parus à ce jour.
 
  Seules les deux premières éditions des Strip-teases sont pour l'instant parues, dans le tome 6.
  Un parti-pris de l'entreprise étant de donner les textes tels qu'ils avaient originellement été édités, il n'y avait a priori rien de neuf à attendre de cette intégrale, sinon la commodité d'y trouver tous les textes réunis.
  C'était sans prendre en compte l'OCR, ou ROC, Reconnaissance Optique de Caractères, technique utilisée pour numériser les textes imprimés. Elle n'est pas exempte d'erreurs et c'est ainsi qu'une réédition de La disparition il y a une dizaine d'années contenait pas moins de 4 E.
 
  Les logiciels se sont améliorés, mais il subsiste des possibilités d'erreur, notamment pour des noms propres (Onomastique 5 donnait le cas significatif de Alon devenu Mon) ou des mots non reconnaissables par le logiciel, comme ceux comportant des majuscules intempestives dans les Strip-teases.
  J'ai ainsi trouvé une erreur dans chaque texte, chaque fois dans un mot contenant une majuscule codante, et dans chaque cas l'OCR a transformé un L minuscule, "l", en "I" majuscule, ce qui est fort compréhensible, ces lettres étant presque impossibles à différencier dans certaines polices.
 
  Dans le premier texte, "lanièreS" est devenu "IanièreS", page 47. 
  Première observation, c'est un mot de 8 lettres.   
  Seconde observation, le S de "lanièreS" code pour la première lettre du premier tercet du sonnet (Ses lettres secoueront cette blanche agonie), ainsi la nouvelle majuscule I qu'il faudrait en toute rigueur inclure dans le codage tomberait à un point clé d'un sonnet, la séparation entre les quatrains et les tercets. Plus ricardoliennement, l'erreur sur un mot de 8 lettres survient après les 8 premiers vers du sonnet.
  Enfin, ce point crucial conduit à scruter séparément quatrains et tercets, qui comptent 63 et 53 mots, 289 et 216 lettres. Ces derniers nombres sont évocateurs pour un matheux amateur qui y reconnaît des puissances:
289 = 172 ; 216 = 63.
  17 et 6 sont évocateurs pour un connaisseur de Ricardou, où il reconnaît sa date de naissance. Dans Le théâtre des métamorphoses, Ricardou avait lui-même considéré comme significative cette date de naissance, le 17 juin 1932 (page 188, peu avant Improbables strip-teases, page 197):
Si l'on ajoute les deux chiffres du nombre 17, on obtient une valeur de huit. Si l'on compte les lettres du mot "juin", on en découvre quatre. Il est discernable que le nombre 1932 est un multiple de quatre.
  Davantage, 32 serait un multiple encore mieux discernable de 4, 4 fois 8, et les 172 + 63 lettres du sonnet donné en clair page 262 se réarrangent en 17/6/32.
  Si 216 lettres pour les 6 vers des tercets correspondent à une moyenne exacte de 36 lettres par vers, il est remarquable que l'erreur amputant "déchifFrer" d'une lettre, dans cette 3e édition, conduise pour les 8 vers des quatrains à 288 lettres, 8 fois 36.

  J'ai jadis remarqué que Ricardou avait obéi à la biotextualité jusqu'à mourir le 23 juillet 2016, à 84 ans, avec
2016 = 84 x 24 = 48 x 42,
48, 84, 24 et 42 étant les nombres de deux chiffres qu'il privilégiait, à cause des nombres de lettres de ses prénom et nom, et du rapport 1/2 entre eux.
  Je ne savais pas alors que cette prédilection était liée aux nombres de lettres de NOM et PRENOM, 3 et 6, et je constate maintenant qu'il a poussé la précision jusqu'à disparaître à 84 ans et 36 jours.

  Pour la réédition dans l'Intégrale de la 2e édition des Strip-teases, l'erreur porte sur "lA", devenu "IA", page 347 (non foliotée). Le A codait pour celui d' "étranger", dernier mot du premier quatrain.
  C'est encore un mot de 8 lettres, et il achève le 4e vers, décidément le hasard a de la suite dans les idées...
  Et il y a de nouveau davantage, car voici ce que j'ai découvert en soumettant le début du sonnet au Gématron, jusqu'à la césure correspondant à la majuscule I ajoutée par l'OCR:
 

  Le 618 en gros signifie que la petite section d'or de 1618, valeur du total des 142 lettres, tombe exactement après la 54e lettre, le second F de "déchiffrer". La grande section d'or serait exactement 1000, et c'est la valeur des 88 dernières lettres.
  Ces nombres 618 et 1618 sont évocateurs, car les deux valeurs du nombre d'or, solutions de l'équation
X = (X+1)/X
sont souvent données par les approximations 1.618 et .618 (ou 1,618 et 0,618).

  Il est sidérant que le second F de "déchifFrer" corresponde à l'erreur de la 3e édition des Strip-teases, laquelle sera probablement reprise telle quelle dans le tome 9 de l'Intégrale, car la complexité du Théâtre des métamorphoses impose une reprise en fac-simile (on y trouve notamment des numéros de pages autotéférents).
  Ce sont les lettres F et I qui ont révélé ces approximations du nombre d'or, lequel est symbolisé par la lettre grecque Phi, φ. Je rappelle que c'est l'oubli de la majuscule de "FRange" qui est responsable de la première erreur, or une Frange Indocile de la population se reconnaît dans ce même symbole φ, à cause des initiales FI.
   Le nom complet du parti concerné est LFI, La France Insoumise, or l'autre erreur est sur le mot "lA", devenu "IA".
 
  Il y avait une majuscule Phi sur l'affiche promotionnelle de Fringe donnée supra, sur une grenouille (frog) qui fait partie d'un ensemble de glyphes formant un alphabet. Ces glyphes permettaient de décoder un mot dans chaque épisode.
 

  Cette grenouille Phi codait pour R.
 
  Qui dit Phi ou Fi dit Fibonacci, et l'harmonie dorée 618-1000-1618 s'accompagne d'une harmonie fibonaccienne sur les nombres de lettres concernées, soit
- 54 lettres (de C à f) de valeur 618, et
- 88 lettres ( de r à r) de valeur 1000.
  54 et 88 ne sont pas seulement les nombres de Fibonacci 55 et 89 diminués d'une unité, mais aussi des sommes de nombres de Fibonacci, selon une règle qui vaut d'ailleurs pour toutes les suites additives:
La somme de F0 à Fn est égale à Fn+2 F1. (F0 est le premier terme non négatif de la suite)
Par exemple 0+1+1+2+3+5+8+13+21 = 54.
  Je remarque encore que les lettres marquant le partage, f-r, ont les rangs alphabétiques 6-18. Ces deux lettres étaient associées dans le codage correct "FRange".

  Les erreurs des éditions des Strip-teases ont permis de mettre en évidence quelques particularités du sonnet qui pourraient être intentionnelles. Il est ainsi imaginable que Ricardou y ait joué avec les mots de 4 et 8 lettres.
  En revanche il est absurde que l'harmonie dorée sur les 142 premières lettres du sonnet ait été calculée, bien que Ricardou ait revendiqué avoir utilisé la suite de Fibonacci dans La prise de Constantinople (in Oui et non, 1983, j'ai dit ici ce que j'en pensais).

   L'absurdité ne doit pas faire reculer le coïncidentien, ce qu'énonce le perecpte n° 3:
Tu ne préconcevras pas qu'une quelconque logique régisse les coïncidences.
   Ainsi cette absurdité offre une similitude avec une aberration vue dans le seul autre sonnet publié par Ricardou, à ma connaissance.

   L'art du X, commenté à diverses reprises, dernièrement ici, est peut-être le texte où Ricardou a poussé le plus loin son obsession pour les nombres 4 et 8 (et 2).
   C'est un texte en 4 parties, où sont données 8 variantes d'un sonnet, lequel a 2 formes essentielles, une sexuelle et l'autre textuelle
   Le texte principal est entièrement formé de phrases de 12 mots (4+8), 284 phrases en tout.
   Ses 8 premières phrases (2 fois 48 mots) constituent une pièce maîtresse. Elles codent pour le premier vers de la forme finale du sonnet. Les 3 premières parties codent pour l'ensemble du sonnet et les messages qui y sont contenus. La partie 4 code pour les 8 phrases du premier paragraphe.

   J'avais envisagé que les 119 mots de la forme finale du sonnet puissent être une signature, car
JEAN RICARDOU = 30 + 89 = 119,
selon les rangs usuels de l'alphabet, mais Ricardou a imaginé son propre système, où O vaut zéro, et où les lettres suivantes sont diminuées d'un rang. C'est ce qu'on peut déduire d'un passage du Lapsus circulaire, dont le PDF est maintenant accessible. Selon cet autre codage,
R = 17 et RICARDOU = 71,
ce qui aurait pu être utilisé par ce fétichiste du 8, vu plus haut additionner les chiffres du quantième de se naissance, 1+7=8.
  Ayant constaté que les 17 premiers hémistiches de L'ardu X comptent 71 mots, j'ai eu la curiosité de soumettre le sonnet au Gématron avec le code ricardolien. Les sections dorées des 491 lettres et de leur valeur 5505 tombent au même endroit, précisément après ces 17 hémistiches ou 71 mots.
  Voici le sonnet, avec ce découpage en 17 et 11 hémistiches, 303 et 188 lettres, valeurs 3402 et 2103 (17 est aussi la césure d'or des 28 hémistiches totaux):
X impose une règle. Il suppose un sonnet,
Au tEXte consacré s'il sait tester les choix,
JOUer POur une lettre au terme d'une CROIX,
TEnir et S'Exalter aux vertus de SA né-
CESsaire désUNion hors la strophe. EN l'étroit
MOT Si clos, il tend SON chemin VERS les sommets.
EN oblique ascendante, NETs, SES vers abymés
COupent la ligne au tourNANT QU'Inflige le trois:
LONg tissage alenTOUR,
(303 lettres de valeur 3402)
                                           qui asSOuplir saura,
NEuf jusqu'en le REdit de ses aPPOgiatures,
ET le verbe EN ses rêts, et le texte à SErrure!
PUIS le VEStige sûr d'un accent sur le À!
CES RÊves? Il les obtient par abracadabra.
SES sens? Il les détient par effet d'écriture...
(188 lettres de valeur 2103)
  Il s'y ajoute que la phrase en acrostiche (X ajoute ces mots en colon-ne et puis cesse) compte 34 lettres, que la césure partage en 21-13 (Fibonacci).
  J'avoue n'avoir pas cru à l'intentionnalité de l'ensemble, mais il reste envisageable, dans un texte où les mots sont explicitement comptés, que certains jeux soient prévus. Ainsi la césure à l'hémistiche 17 (R), partageant les 119 mots en 71 (RICARDOU) et 48 (ses nombres fétiches 4-8).

  Je m'étais abstenu de mentionner ces possibilités associées au partage doré de 5505 en 3402 et 2103:
3402 = 81 x 42 = PRENOM x NOM (selon l'alphabet normal);
2130 = 30 x 71 = JEAN x RICARDOU (selon l'alphabet ricardolien).
  Certes ceci implique de transformer 2103 en 2130, mais j'ai appris depuis que Ricardou avait insinué dans Oui et non avoir utilisé le nombre 1203 parce que 0-1-2-3 sont des nombres de Fibonacci.


     Pour en finir provisoirement sur ce point, je remarque que les 142 lettres débutant l'autre sonnet correspondent à 2 fois 71. Leur partage doré livre
- 54, soit 71 17 (ICARDOU), et   
- 88, soit 71 + 17 (RICARDOUR).

  Le présent billet est le 340e de Quaternité, un nombre qui m'évoque immanquablement le vocable hébraïque shem, "nom", mot formé par les 21e et 13e lettres de l'alphabet, de valeurs 300 et 40.
  "Le Nom" est en hébreu la désignation du Tétragramme sacré, YHWH, qu'il est interdit de prononcer.
  Les 505 lettres du sonnet de Ricardou me font penser à Sarah, dont c'est en hébreu la valeur numérique.
  Les chiffres fétiches de Ricardou 2-4-8 m'évoquent son époux, Abraham, dont la valeur numérique est 248.
  Sarah et Abraham étaient d'abord nommés Saray et Abram, avant que YHWH ne se révèle à eux, et ne les rebaptise, ce qui a été vu comme une mise en équation du Tétragramme, dont les lettres Y et H ont les valeurs 10 et 5, tandis que l'autre lettre W est en hébreu la copulative "et", ainsi YHWH se lirait
Y = H et H, ou 10 = 5 + 5, ce qui est exactement réalisé par le changement des noms:
SRY + ABRM = SRH + ABRHM.

  J'ai étudié ceci plus en détail ici, où il est bien précisé que ce ne peut être que coïncidentiel puisque les Hébreux n'ont utilisé leur alphabet pour la numération que postérieurement à l'écriture du canon biblique.
  Et au moment où je parle d'Abram, des chevreuils brament de l'autre côté du ruisseau...
Note du 4 juin: Ce qui m'éveille un écho.
   Je citais plus haut Onomastique 5 où je m'étais émerveillé du nom Zwi Alon devenu Zwi Mon, erreur probablement due à l'OCR, car MON est le renversement de NOM, et Zwi correspond dans l'alphabet hébraïque renversé à HaShem, "Le Nom", YHWH. Alon signifie "chêne", et c'est à la chênaie de Mambré que YHWH apparaît à Abram pour lui donner son nouveau nom, Abraham.
   Quant à zwi, ça signifie "cerf" ou "chevreuil".


   Pour finir, je crois devoir mentionner que le nombre 142 apparaît dans Klavierstück IX de Stockausen (vers 1960), enchaînant 144 signatures rythmiques. Chaque signature ne concerne le plus souvent qu'une seule mesure, le numérateur étant le plus souvent (127 fois) un nombre de Fibonacci, de 1 à 34. Les dernières signatures livrent toute la série, 5/8, 1/8, 2/8, 21/8, 3/8, 13/8, 8/8, 34/8.
   Parmi les exceptions, les deux premières mesures de la pièce:
 

  Il a été avancé que ces nombres 142 et 87 correspondaient aux sommes des 9 premiers Fibos différents, de 1 à 55, sans répéter 1, et des 8 premiers, de 1 à 34.
  Je ne résiste pas à commenter un peu plus avant. Vient ensuite un changement de tempo à la mesure 3, avec 60 à la noire, pour une montée chromatique, puis on revient mesures 4 à 16 à 160 à la noire; l'accord de départ y est répété 53 fois, réparties en 13-21-1-8-5-2-3, entrecoupées de silences non moins fibonacciens, totalisant 32 croches.
  C'est encore la série des Fibos moins 2, 32-53-87-142, mais, attendu que l'accord n'est frappé effectivement que 140 fois dans la première mesure, il paraît significatif d'avoir cet accord de 4 notes donné 140, 87, et 53 fois. 
  Je ne m'aventure pas à imaginer quel sens aurait pu y donner Stockausen, mais 53 et 87 m'évoquent aussitôt les dates essentielles de l'échange Jung-Haemmerli autour du 4/4/44.