1.4.24

astérie et obélie

à Jacob & Israël

Le 6 mars, je me suis réveillé avec une idée en tête:
Un nombre étoilé, multiplié par un facteur K, puis diminué de K-1, donne un autre nombre étoilé.
Ce pourrait être la 121e conjecture de Schulz,
Em * K  - (K-1) = En
Elle se vérifie.
Pour le trivial E = 1, ça marche dans tous les K.
Pour le premier nombre étoilé digne de ce nom, 13, les K sont les nombres triangulaires, permettant de produire tous les E.
Ensuite ça devient plus complexe, quoique régulier, mais je suis incapable de trouver une formule générale.
Pour 37, les K sont 2, 5, 7, 12, 15, 21, 26, 35..., permettant d'obtenir 2 E sur 3.
Pour 73, les K sont 6, 11, 13, 20, 35, 46..., permettant d'obtenir 1 E sur 3.
Ensuite ce n'est guère oulipiennement exploitable.

Une autre curiosité est l'apparition fréquente de carrés, avec par exemple
361 = 30*13 -29 = 10*37 -9 = 5*73 -4 = 3*121 -2 = 2*181 -1.

Oulipiennement, ça signifie que K astéries, unies par un sommet, ont le même nombre de lettres qu'une astérie d'un autre ordre (ou un carré). D'où un même texte peut coder différents messages, le choix des lettres codantes et de leur lecture étant selon le goût de chacun.
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  Ceci était un message envoyé à la listeOulipo le 9 mars. Je ne sais plus les circonstances exactes de l'intuition de départ, je suis souvent dans un état bizarre au réveil, les idées embrumées par les rêves de la nuit. Tout ce que je peux assurer est que j'avais vu quelques jours plus tôt que deux astéries (c'est ainsi que la contrainte a été baptisée, par Jérémie Piscicelli, voir Une étoile est née) de 37 lettres totalisent, en les réunissant par un sommet, 73 lettres, 73 étant le nombre étoilé suivant.
  J'ai attendu le 9 mars pour en faire part à la liste, car j'avais entrepris de composer un exemple à partir du texte proposé cette année sur Zazipo, Chanson des rues de François Caradec.
  J'ai donc posté ce même jour un poème s'inscrivant à la fois dans une astérie de 181 lettres et dans 5 astéries de 37 lettres en colonne (ce que j'ai appelé obélie), unies par les pointes.
 
  Dans les deux figures les pointes des astéries écrivent des messages qu'on pourra découvrir, ainsi que le poème en clair, sur Zazipo.

  J'ai ensuite conçu un projet plus élaboré, à partir du 10e nombre étoilé, 541 qui est la valeur de l'hébreu Israël, dont un symbole historique est précisément l'étoile à 6 branches.
 

  J'ai choisi un sujet qui me tient à coeur, la lutte avec l'ange (Gn 32,23-32). Au gué du Jaboc (vadus Jabocorthographe originale de la Vulgate, souvent devenue vadus Jacob  dans des éditions ultérieures, notamment la mienne, de 1710), Jacob doit se battre avec un ange qui est en fait Dieu, lequel le blesse à la cuisse avant de le bénir et de lui donner son nouveau nom, Israël, "celui qui a combattu Dieu".

  J'ai imaginé dans le chapitre 17 de Novel Roman que le templier Bernomartus avait retrouvé sur les lieux le compte-rendu de l'incident par Jacob lui-même, différant quelque peu du récit biblique. Jacob se serait aperçu pendant la lutte que Dieu était androgyne, et, par sa blessure "à la cuisse", Jacob serait devenu lui-même androgyne.
  Quelques commentaires sur le billet de Quaternité associé.

  Il y a eu des rebonds en juillet dernier, avec le 11 la découverte du thriller Le maître des énigmes, basé sur l'idée que le tétragramme YHWH doive se renverser en HW HY, soit "Il-Elle", signifiant que Dieu est androgyne.
  Le 23, Daniel Bilous proposa sur la listeOulipo cette facétie:
Changer de sexe
Pour un rabbin
C'est très complexe
Vous pensez bien!
Moralité: I s'ra Elle.
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  J'ai regretté de n'y avoir pas pensé en 2018.
Note du 11/5: Alain Hupé a publié un palindrome le 7/5 sur la liste Oulipo. Ihavé étant une transcription de YHWH, le grand manitou dit-il, il propose:
En Ihavé nu, une vahiné.
  J'ai proposé "une woman itou"...

  541 est un nombre possible de lettres pour un sonnet d'alexandrins, quoique un peu élevé. Pour y pallier j'ai pensé à utiliser des vers de 13 pieds, avec 14x13 = 182, précisément la gématrie de Jacob en hébreu, Yaaqov = 182.
  541 permet deux possibilités d'obélie, 15x37-14 et 3x181-2 (sans compter 45x13-44). J'ai un temps songé à utiliser les deux, mais compris que ce serait très difficile, et ai donc opté pour 3x181-2, avec un message idéal à placer dans les 16 pointes:
IL SERA ELLE ISRAEL
  Pour l'astérie, le message serait bien sûr
ISRAEL

  Puisque le thème est l'androgynie, j'ai décidé d'utiliser des rimes plates androgynes. Dans chaque couple un vers à terminaison féminine rime avec le suivant à achèvement masculin.
  J'ai encore choisi de faire des vers isocèles, de 50 espaces typographiques (imposés par le premier vers composé, le vers final en fait).
  Voici donc le sonnet:
 

  Et voici l'astérie-obélie (cliquer pour agrandir):
  

  Le poème a pour valeur totale 6266, qu'on pourrait lire 26 (valeur de YHWH) au milieu de 66 (valeur de Allah en arabe, le Jaboc est actuellement en Jordanie, terre islamique).
  6266 est d'ailleurs un multiple de 26, 241 fois 26. 241 est la valeur du verbe amar, AMR, "dire", "parler", et le sonnet s'achève sur la parole de YHWH.
 
  Ceci n'a rien d'intentionnel, de même que les valeurs des deux vers précédents:
C'est Lucifer actant le glas de ma dernière heure! = 394
se dit Jacob; lorsque explosa la voix du Seigneur: = 493

  Le sonnet compte 138 mots, et je me souviens qu'un commentaire associe la valeur 138 du mot tsema'h, "rejeton", désignant le Messie, à un autre mot de même valeur (mais je ne me souviens plus duquel).
Note: phrère Sam me signale, de mémoire, que ce doit être Mena'hem, rejeton de Judas de Gamla, candidat à la messianité il y a quelque 2000 ans. Les Loubavitch se sont aussi servis de la prophétie de Zacharie pour prétendre que deux de leurs rabbis étaient le Messie...

  Il n'était guère présentable d'aligner une colonne de 15 astéries de 37 lettres, laquelle aurait compté 121 lignes (tiens, c'est aussi un nombre étoilé, et l'astérie de 541 lettres compte 37 lignes), aussi j'ai pensé à d'autres possibilités de réunir deux astéries par une pointe, comme ceci ci-dessous, toujours avec le texte du sonnet (cliquer pour agrandir):
 

  Ces diverses représentations multiplient les possibilités de découvrir des messages imprévus en diagonale. C'est une autre voie de prévoir de telles lectures en contrainte complémentaire...

  Une autre représentation, avec la couronne d'astéries formant un écrin pour le sonnet:
 

31.3.24

l'oxymore est-il un pléonasme ?


à Othello & Abimélec

  Suite du précédent billet qu'il est plutôt nécessaire d'avoir lu avant de se lancer dans celui-ci.
  J'y revenais sur les expressions hébraïques zwi migdal, "cerf tour", et migdal oz, "tour force", et signalais la découverte de phrère Sam: l'actrice du Magicien d'Oz, Judy Garland, avait acquis un château dans le Sussex, The Deer Tower, la "Tour de la Biche".
 

  L'expression migdal oz est associée au verset Pr 18,10, "Le nom YHWH est une tour forte", tandis que le mot zwi est associé d'une autre manière au tétragramme YHWH; son codage atbash livre hashem, "Le Nom", désignation usuelle du tétragramme qu'il est interdit de prononcer.

  J'ai utilisé tout au long du billet précédent l'orthographe zwi pour le mot hébraïque צבי, "cerf". J'adopte généralement la translittération ÇBY, mais pour ce mot Ç peut être transcrit ç, ts, tz, s, z, B b, v, w, bh, b, Y i,y, et il faut y ajouter le choix de noter ou non le shwa, voyelle brève entre Ç et B amuïe en hébreu moderne, ce qui permet d'envisager 100 transcriptions pour un mot de 3 lettres...
  Après avoir publié le billet, je l'ai relu quelques jours plus tard pour corriger d'éventuelles fautes, et c'est alors que j'ai remarqué quelque chose qui aurait pu me frapper bien plus tôt.
  Il y a fort longtemps que je suis fasciné par l'atbash, code que personne ne conteste avoir été utilisé dans la Bible, et je m'étais établi un lexique des couples de mots hébraïques atbash, en feuilletant le Sander & Trenel. Les cas sont assez rares, quelques dizaines, pour que la plupart me soient restés en mémoire, et c'est ainsi qu'il m'est apparu aussitôt significatif que La mort et la boussole de Borges évoque à la fois les bordels de Buenos Aires, des Zwi Migdal donc, et le Nom YHWH, ZWI étant l'atbash de HSM, "Le nom".
  Or oz, "force", est un auto-atbash en hébreu, les lettres OZ devenant ZO. Les couples atbash et les mots auto-atbash sont beaucoup plus rares dans notre alphabet de 26 lettres. Cette page les répertorie pour l'anglais, avec 21 couples et 8 mots auto-atbash, dont le plus long et le plus remarquable est WIZARD.
  J'avais remarqué que le titre Wizard of Oz, associait OZ, auto-atbash en hébreu, et le plus notable mot auto-atbash dans notre alphabet, WIZARD, "magicien", mais ce n'est qu'à cette relecture que je me suis avisé que, WIZARD étant auto-atbash parce que WIZ se transforme en DRA, la translittération hébraïque ZWI a un atbash remarquable (HSM, "Le Nom").
  La composition de cette couverture du livre de L.F. Baum offre quelques compléments, ainsi OZ est immédiatement  suivi par by, le premier des 8 mots auto-atbash donnés sur la page citée.
  Or en hébreu, les lettres usuellement translittérées BY ont pour atbash SM, "nom", et by introduit le nom de l'auteur.
  Ce "nom" est Baum, "arbre" en allemand, et en hébreu l'arbre est עץ, OÇ, dont l'atbash est ZH, le démonstratif "ce", "ceci".
 

  Toujours sur la couverture, OZ est précédé par of, dont l'atbash dans notre alphabet est lu, or précisément au-dessus de ce of il y a -FUL, dernière syllabe de WONDERFUL.
  Ainsi se présente la succession auto-atbash de 10 lettres UL WIZARD OF (difficile d'imaginer mieux sans intentionnalité), suivie de OZ, auto-atbash en hébreu, puis de l'auto-atbash BY, introduisant le nom Baum, correspondant en hébreu au couple atbash "arbre-ceci".

   La succession UL WIZARD OF offre, outre sa propriété auto-atbash, la remarquable association des mots "louf" (fool en anglais) et wizard, dérivé de l'adjectif wise, "sage". C'est qu'au départ un wizard était un "sage", et ce n'est qu'à partir du 16e siècle que le terme a pris un sens occulte.
  Précisément, l'oxymore, figure de rhétorique associant des contraires, signifie littéralement "fin-sot", et un exemple d'oxymoron est wise-fool:
 

  Il est plutôt rare d'avoir recours à une coupure de mot dans un titre, en couverture, et, quelle qu'ait été l'intention du maquettiste, cette coupure fait apparaître sur une seule ligne FUL WIZARD, pouvant s'entendre fool wizard.
  Les arcanes du tarot m'ont occupé récemment, et je rappelle que l'arcane 1 est le Magicien, tandis que l'arcane sans nombre est le Mat, le Fou. Il est parfois considéré comme le dernier, venant après l'arcane 21, les correspondances du Magicien et du Fou étant alors les lettres hébraïques א, Alef et ת, Tav, le premier couple atbash.

  A la syllabe isolée FUL correspond l'atbash UFO, acronyme de Unidentified Flying Object (OVNI), et l'intrigue montre Dorothy et son chien emmenés par un cyclone sur une autre planète, "au-dessus de l'arc-en-ciel" (le terme UFO date de 1947, le WONDER-FUL WIZARD de 1900).

  Le chien se nomme Toto, et l'hébreu otot signifie "signes", "lettres". Le singulier ot peut s'écrire sous forme défective par l'auto-atbash AT.
  Divers développements ici sur ce mot otot et sa valeur 813 (dans la graphie AWTWT). A propos de 813, j'avais jadis scindé ce nombre en 8-13, nombres de Fibonacci, correspondant aux initiales H-M. Il y a bien longtemps, lors d'une émission Sacrées musiques, j'avais été surpris d'entendre d'une oreille Stéphane Goldet énoncer plusieurs fois ces initiales H-M, avant de comprendre qu'il s'agissait de l'hébreu hashem, "Le Nom".
  Je rappelle que 813 est la valeur du 3e verset de la Genèse: Dieu dit "Que la lumière soit!", et la lumière fut. Je suis revenu à maintes reprises sur le codage, attribué à Einstein dans un thriller, de l'injonction divine en hébreu translittéré, yehi or !, par l'atbash bvsr li ! dans notre alphabet.
  Il n'est encore pas inutile de rappeler que Toto est un chien américain, dog se renversant en God, "Dieu", et les arithmosophes n'ont pas manqué de souligner que ce mot a la même valeur 26 que le Tétragramme YHWH.

  Dans notre alphabet, OZ devient par atbash LA, ce qui peut faire sens pour L.F. Baum, mort à L.A. (Los Angeles). Incidemment, l'hébreu SM peut se vocaliser shem, le substantif "nom", mais aussi sham, l'adverbe de lieu "là" (l'auto-atbash hébreu OZ donne donc LA dans notre alphabet, et il est suivi par l'auto-atbash BY dans notre alphabet, qui donne SM en hébreu, "là").
  Chez nous, ZOLA est un des rares auteurs au nom auto-atbash (avec BLOY). Je me sens encore tenu de rappeler que l'un des cas les plus ahurissants contés par Jung est celui d'un voisin, mort depuis peu, venu dans un rêve lui montrer un livre dans sa bibliothèque. Jung a été le lendemain voir sa veuve, et a demandé à voir la bibliothèque; le livre était un roman de Zola, Das Vermächtnis der Toten, "Le legs des morts".
  J'indiquais dans le billet concerné que le titre donné par Jung ne correspondait pas à la réelle traduction allemande du roman de Zola, Das Vermächtnis eines Sterbenden, "Le legs d'un mourant", ce qui me semble plutôt arguer en faveur de la véracité du récit (il y en a beaucoup de ce type dans l'autobiographie). Je n'avais rien trouvé en ligne à l'époque, mais aujourd'hui cette page (en allemand) reprend l'anecdote; l'auteur donne directement le titre Das Vermächtnis eines Sterbenden, sans mentionner l'erreur de Jung. Peut-être une nouvelle édition de son autobiographie a-t-elle été publiée, avec des corrections, ou c'est un nouveau mystère...

  Çoeur dp m'a rappelé que Zo était l'illustrateur des Nouvelles impressions d'Afrique, de Roussel. J'y avais pensé, mais ce rappel m'a fait prendre conscience que le mot "force" était présent dans un vers
Combien change de force un mot suivant les cas !
vers que j'avais cité dans mon roman, mais qui était curieusement devenu
Combien change de force un mot selon les cas !
  Or deux autres cas "suivant > selon" sont apparus à peu près concomitamment, dans l'opéra Impressions d’Afrique de Giorgio Battistelli, et dans un RAPT (récrit avisé par la textique) de La disparition, par Ricardou. Voir les détails ici.
  Dans le neuf, il y a que ce vers ouvre une note de la 4e NIA, tandis que la note suivante débute par ce vers
Tour que valent ceux-ci, quant à l'attrait du neuf:
  Force et Tour...

  La récente découverte que 121 était aussi bien un carré qu'un nombre étoilé m'a rappelé qu'une des 6 phrases symétricologiques analysées par Ricardou dans sa Préface est une phrase de 121 mots avec "force" au centre. Je m'étais demandé ici si ce n'était pas une allusion à "sephor", "oiseau" en hébreu, la signature de Ricardou étant une patte d'oiseau.
  Une autre des 6 phrases analysées a dans sa première version 108 mots, centrés sur Nouvelles impressions d'Afrique (la version analysée a 105 mots, centrés sur Nouvelles).

  Il y a davantage, mais je n'ai guère envie de replonger dans la complexité ricardolienne, sans rapport immédiat avec Borges ou l'atbash (pour l'instant).
 Un hasard m'a mené en juillet à découvrir que "boussole" se dit en hébreu moderne matspen, MÇPN, dont l'atbash est YHWT, ou JHVT, selon la translittération de Borges.
 

  La correspondance n'est assurée que pour les trois premiers cas, mais l'affaire du Nom est un leurre pour attirer Lönnrot dans le mirador de la villa au Sud, où il n'est plus question d'articuler la dernière lettre du Nom. Je remarque au passage que les deux dernières lettres de "boussole" (en français) sont les initiales d'Erik Lönnrot, victime prévue de la machination.
  Le mot matspen vient de tsafon, "Nord", et en hébreu "au Nord" se dit metsafon, MÇPWN, dont les 3 premières lettres donnent encore par atbash YHW. Le premier crime de La mort et la boussole est au Nord, à l'Hôtel du Nord, précisément.
   "Hôtel du Nord" est en français dans le texte original, et sa ressemblance avec une maison close a peut-être un rapport avec le film de 1938 de Carné, où M. Edmond (Jouvet) est le mac de Raymonde (Arletty). M. Edmond envisage de changer d'atmosphère, en partant à Toulon. C'est précisément dans la rue de Toulon qu'a lieu le dernier incident chez Borges, l'enlèvement de Gryphius par des hommes costumés en arlequins (la rue de Toulon, où les bordels côtoient les marchands de Bibles, fait référence selon Borges au Paseo de Julio à Buenos Aires, dans le quartier juif).
  Le Nord, tsafon, dérive du verbe tsafan, "cacher", or Lönnrot est en suédois "orme rouge", mais le préfixe lönn- exprime aussi l'idée de "secret".

  Dans les acquisitions récentes, il y a encore que le mot "centre" vient du grec kentron, désignant d'une part la pointe d'un compas, ou l'aiguille d'une boussole, d'autre part un vêtement fait de pièces éparses, comme l'habit d'Arlequin.
  Les hommes costumés en arlequins font partie du plan de Scharlach, afin d'aiguiller Lönnrot vers le losange et vers un 4e crime au Sud. Le kentron pourrait surdéterminer la machination, avec l'aiguille en forme de losange. Je pense encore aux clones de La mort et la boussole, comme L'adversaire et La bibliothèque de Villers, où le centre joue un rôle essentiel.

  Un attribut fréquent d'Arlequin est la mandoline, au nom dérivé de l'amande, et les initiales MYDAGEL des victimes de la nouvelle de Borges évoquent aussi bien migdal, "tour" hébraïque, que amygdalê, "amande" grecque.
  L'arcane sans numéro du tarot, le Mat ou Fou, est l'Excuse ou la Mandoline dans le jeu de salon.
  Le Mat et la Mort (un pléonasme bilingue puisque mat signifie "mort" en persan), arcanes sans numéro et sans nom, correspondent aux lettres hébraïques SM, dont l'atbash est BY, se renversant en YB, évoquant le "coeur" égyptien (l'hiéroglyphe ib ou jb).
  L'intrication s'accroît, avec "coeur" souvent synonyme de "centre".
  Si "Le Nom" est Dieu, en anglais God se renversant en dog, le coeur est en arabe kalb proche du chien, kleb.

  J'ai eu la curiosité de chercher les ELS migdal oz et zwi migdal dans la Bible. J'avais signalé deux occurrences de migdal oz au sens figuré, et ceci m'a permis d'en repérer une autre occurrence, cette fois au sens littéral, dans le livre des Juges (Jg 9,51)
  Ce chapitre conte la mort honteuse d'Abimélec, juge dévoyé qui a succédé à Gédéon. Abimélec parvint au pouvoir grâce aux Sichémites, mais Dieu créa une dissension, se servant d'Abimélec pour exterminer les Sichémites, brûlés dans la tour où ils s'étaient réfugiés.
  Abimélec assiégea ensuite Tébets, où le même scénario sembla se reproduire, les habitants se retranchant dans une "tour forte" (migdal oz), mais alors qu'il se préparait à incendier la tour, une femme lui jeta une pierre qui le blessa mortellement.
  Outre les 3 occurrences directes de migdal oz, il y a 12 ELS de saut inférieur à 65536 (le saut maximal permis par le logiciel Torah4U2). Aucune occurrence directe de zwi migdal, mais 9 ELS, et le logiciel signale un croisement avec migdal oz, précisément l'occurrence ouvrant le verset Jg 9,51).


  Je rappelle que, au mieux, les ELS relèvent de la synchronicité, puisqu'il est parfaitement établi que la Bible a connu maintes variations au cours des siècles, et qu'il en existait de multiples variantes jusqu'à ce que l'une d'elles devienne un texte imprimé, modèle de (presque) toutes les éditions ultérieures.
  Certains logiciels permettent d'utiliser les autres manuscrits complets connus, les codex de Leningrad et d'Alep, dans lesquels les ELS basées sur un saut important comme celui-ci (40902) n'existent plus, tandis que probablement d'autres apparaissent...
  Ceci dit, je constate qu'il est "intéressant" que l'ELS zwi migdal démarre 8 lettres avant migdal oz, qui ailleurs (Ps 18,10) est "le nom YHWH", tandis que l'atbash de zwi est hashem, "Le Nom". Par ailleurs, l'ELS débute sur le Tsadé de Tebets, l'endroit où se joue le destin d'Abimélec, selon la volonté de YHWH, le texte est parfaitement clair sur ce point.
  Le cas qui a popularisé le "code biblique" est la prédiction de l'assassinat de Rabin, et j'ai étudié ici des "prédictions" peut-être plus pointues réalisées par Borges et Queen...

  Une petite chose encore. Je me suis demandé si l'on pouvait faire mieux que la succession auto-atbash ULWIZARDOF, en 10 lettres. On peut évidemment construire un texte abscons à partir des couples voyelle-consonne AZ, EV, IR, OL, UF, YB, mais le français connaît un mot auto-atbash de 8 lettres, VIVRIERE. Il ne m'a fallu que quelques instants pour trouver plusieurs occurrences de "culture vivrière vitale", avec une succession de 12 lettres.
  Qui dit mieux?

3.3.24

l'oeil était dans la fOrce et préformait le cerf


à Joey & Joel

  Un nouveau dessillement survenu après avoir écrit un récent billet me fait encore revenir à La mort et la boussole et aux formidables coïncidences associées à cette nouvelle de Borges, parue en revue en mai 1942, puis en 1944 dans le recueil Ficciones. Il a fallu attendre les années 50 pour que des traductions paraissent.

  Je résume à nouveau la nouvelle... Un rabbin est poignardé à l'Hôtel du Nord, hôtel formant une tour au nord de la ville. Le rabbin laisse un manuscrit inachevé dont la dernière phrase est "La première lettre du Nom a été articulée." Le détective Lönnrot annonce à la presse que c'est cette piste qu'il explore pour résoudre le crime.
  Un second crime est commis un mois plus tard, et une phrase est inscrite sur les lieux, "La seconde lettre du Nom a été articulée."
  Lors du troisième crime, où la victime est enlevée, un message est laissé sur place, "La dernière lettre du Nom a été articulée."
  Les policiers reçoivent une lettre indiquant qu'il n'y aura pas d'autre crime, les trois lieux, situés au Nord, à l'Ouest et à l'Est, dessinant un parfait triangle équilatéral. Mais des indices amènent Lönnrot a penser que le Nom est le Tétragramme JHVH, et qu'il aura un 4e crime, au Sud. Il se rend à l'endroit symétrique par rapport à la tour du Nord, une villa dominée par un mirador, et c'est dans ce mirador que Lönnrot est tué par Red Scharlach, lequel avait ourdi cette machination pour se venger de celui qui avait tué son frère quelques années plus tôt.

  Ce schéma avec les noms des victimes
fait apparaître les initiales MYDAGEL, ou MYGDAEL selon une lecture hébraïque (de droite à gauche). Qui a quelques notions d'hébreu ne peut que penser au mot migdal, "tour", d'autant que les première et dernière morts ont lieu dans une tour.

  Mes connaissances personnelles m'ont conduit aux expressions migdal oz, "tour forte", et Zwi migdal, nom d'un cartel de truands juifs régentant la prostitution en Argentine (et ailleurs) dans les premières décennies du 20e siècle. Borges ne pouvait ignorer ce nom, car on évaluait à 3000 le nombre de bordels Zwi migdal en Argentine, au point qu'un bordel était couramment appelé zwi migdal, même après l'éradication du cartel.
  Il se trouve que les deux expressions ont un rapport avec le Tétragramme, immédiat pour la première car un verset souvent cité est Proverbes 10,18, Le nom YHWH est une tour forte (...).
  C'est moins évident pour zwi migdal, qui littéralement se traduit "le cerf de (la) tour". Le mot "cerf", ÇBY, devient par atbash, un procédé habituel de l'exégèse juive, HSM, ha-shem, désignation orale du Tétragramme, dont la prononciation est interdite.

  La question se pose de l'éventuelle intentionnalité de ces hébraïsmes, question qui me semble secondaire d'une part parce qu'il n'y aura vraisemblablement jamais de réponse, d'autre part parce que certains aspects de cette affaire échappent irrémédiablement à toute interprétation raisonnable.
  Néanmoins il est avéré que Borges était philosémite, et s'imaginait une possible ascendance juive, le nom de sa mère Acevedo étant porté par des Juifs portugais. A remarquer que la seconde victime de la nouvelle est Daniel Azevedo. Ilan Stavans a consacré un ouvrage à celui qu'il considérait comme un sage digne des rabbins du Talmud.
  Borges avait pour proche ami Xul Solar (pseudo d'Alejandro Schulz Solari), ésotériste et kabbaliste. Borges a entretenu une correspondance régulière avec Gershom Scholem, spécialiste de la kabbale. Scholem a écrit une biographie de Sabbataï Zwi, le "cerf céleste", qui fut pris pour le Messie par une bonne partie du monde juif au 17e siècle. La transformation atbash de ÇBY y est mentionnée, en vertu de laquelle Zwi s'autorisait à prononcer le Nom sacré, JHVH. La première victime de la nouvelle est un rabbin de Podolsk, foyer du sabbatianisme.
  Dès 1931, Borges a écrit un court article sur la kabbale, Una vindicación de la cábala, où il confesse une "ignorance presque totale de la langue hébraïque". Les substitutions de lettres y sont mentionnées. Dans une conférence fort ultérieure sur la Kabbale (1970), ces substitutions sont détaillées, et notamment l'atbash.
  Que signifie ce "presque"? Borges, passionné de vocabulaire argotique, ne pouvait ignorer les mots zwi migdal et leur signification. Egalement passionné par les religions, peut-être a-t-il vu un lien entre le bordel migdal et Marie de Magdala, la femme la plus proche de Jésus, souvent vue comme une prostituée repentie. L'origine de cette Marie a d'ailleurs donné lieu à des exégèses rappelant le migdal oz des Proverbes:
Le nom de Magdala vient de magdal en araméen ou migdal en hébreu, qui désigne une construction en forme de tour. De nombreux Pères de l'Église et auteurs chrétiens connaissent cette étymologie, puisqu'ils écrivent des sermons dans lesquels Marie Madeleine est présentée comme une tour symbolisant allégoriquement la foi et l'orthodoxie. Chez Jérôme de Stridon, Marie Madeleine est « la tour » qui représente la foi.
  Pure hypothèse, mais elle rendrait compte de la comparaison faite par Borges de l'Hôtel du Nord à une tour et une maison close.
 Comme je l'indiquais en janvier, Sabbataï Zwi candidat à la  messianité a épousé une prostituée, ce qui peut évoquer le "couple" Jésus-Marie de Magdala. Le lieu où Zwi a été emprisonné a été surnommé migdal oz par ses partisans. Le livre de Scholem sur Zwi n'a été publié qu'en 1957, mais il existe d'autres sources (les encyclopédies par exemple, dont Borges était friand).
  Le hasard m'en a apporté une fin janvier , avec un livre de 2006 classé parmi les Nouveautés à la médiathèque de Manosque, Le roi des Juifs de Nick Tosches. C'est une bio du gangster Arnold Rothstein, émaillée de multiples digressions. Un long paragraphe est dédié à Zwi, et Jésus est traité plus brièvement (le seul écrit "historique" qui en fasse une courte mention est Histoire des Juifs de Flavius Josèphe, et il est soupçonné qu'il s'agisse d'une glose introduite tardivement par un chrétien).
  Plus en rapport avec le sujet, il est mentionné page 159 qu'au début du 20e siècle la mafia juive contrôlait la prostitution à New York (peut-être la Zwi Migdal, ou au moins en relation avec elle).

  Enfin je ne vais pas chercher plus avant à étudier si et pourquoi Borges aurait lié Zwi Migdal, migdal oz, et nom JHVH, car ces questions ne trouveront probablement jamais de réponses.
  En revanche, il est assuré que la nouvelle de Borges a des suites défiant la raison, et j'ai mentionné à diverses reprises Le mystère des ballons rouges, pastiche de Queen écrit à la Libération par Thomas Narcejac.
  Trois assassinats sont commis à New York, peu après l'accrochage de ballons rouges aux domiciles des victimes. Lorsqu'un ballon est découvert chez le millionnaire Jonathan Mallory, la police lui accorde une protection, mais c'était une machination de Mallory qui, infirme, l'avait ourdie pour faire venir à lui le flic qui avait tué son frère quelques années plus tôt, le sergent Velie.
  J'avais remarqué qu'il y avait dans ce nom 4 lettres constituant une possible transcription du Tétragramme, IEVE, mais la lecture du Maître des énigmes en juillet dernier amène un rebond.
  Le roman suit la thèse que le Tétragramme, YHWH dans la translittération donnée, devrait se lire renversé, soit HW HY, ce qui se traduit 'Lui Elle", Dieu serait androgyne...
  Ce secret aurait été transmis par un cryptogramme dont le décodage livre HY GM HW, soit "Elle aussi Lui". Le nom du sergent Vélie, personnage récurrent dans les romans de Queen, pourrait se renverser en HY L HW, soit "Elle pour Lui", ou "Elle vers Lui".

  S'il est déjà étonnant que le pastiche de Narcejac ait tant de points communs avec la nouvelle de Borges, il l'est aussi que ce pastiche, parmi la quinzaine publiée en 1946 et 1947, concerne Queen, car l'âme de la signature Queen, Fred Dannay, est probablement le premier homme à avoir lu Death and the Compass, traduction de La muerte y la brùjula par Anthony Boucher, lequel la jugeait digne du magazine EQMM que dirigeait Dannay. Mais Dannay la refusa, probablement pour de mauvaises raisons. Je soupçonne que c'est parce qu'il avait alors en préparation La décade prodigieuse (paru en 1948), où le Tétragramme est utilisé dans un plan de vengeance, et qu'il souhaitait en avoir la primeur.
  Il est fort douteux que Narcejac eût connu le nom de naissance de Dannay, Daniel Nathan, d'où c'est une curiosité de trouver un vengeur nommé Jonathan, d'autant que c'est en hébreu un nom théophore signifiant "don de YHWH".
  Mieux, après ce qui était annoncé comme le dernier Queen en 1958, Dannay a repris une nouvelle série en 1963 avec L'adversaire, série d'assassinats associée aux lettres du Tétragramme... Le meurtrier y exerce la vengeance d'un Nathaniel, ou "don de Dieu", nom équivalent à Jonathan. Le sergent Velie réapparaît dans ce roman, alors qu'il avait disparu des Queen de la décennie précédente.

  Tout cela est vérifiable, mais me semble moins fabuleux que les synchronicités de janvier et juillet 2023, où il faut accepter mes déclarations sur leur chronologie, laquelle ne m'est apparue qu'en janvier 2024.
  Ce sont donc les 11 et 16 janvier 2023 que j'ai rencontré dans deux circonstances différentes le couple Migdal-Mandel, la première fois à l'instant même où ce couple occupait mon esprit. Puis, le 11 juillet, juste après avoir trouvé une source pour le couple ZWI-HaShem (le nom YHWH), j'ai ouvert un livre que je ne savais pas concerner l'hébreu, et il y était question du secret de HaShem. C'est le 16 que je me suis avisé que le cryptogramme codant ce secret faisait apparaître ce mot ZWI (dans le rectangle ci-dessous), symétrique par rapport aux lettres YHWH:

  Et en janvier dernier je me suis avisé que ces synchronicités s'étaient passées les 11 et 16, et que les lames de tarot 11 et 16 étaient La Force et La Tour, oz et migdal.
 
 
  Après avoir publié les billets des 11 et 16 janvier, je réfléchissais le 20 sur les expressions zwi migdal et migdal oz, cherchant un point commun entre zwi, "cerf", et oz, "force".
  J'ai failli hurler un O de stupéfaction en m'apercevant que le mot FoRCE contient les lettres CERF, avec un O en plus qui est précisément issu de l'initiale hébraïque du mot hébreu OZ, "force".
  Le nom 'ayin désignant cette lettre signifie "oeil", et j'avais notamment rappelé dans ces billets que l' "oeil de Dieu" a quelque tendance à inverser les mots, or l'hébreu ne note en principe pas les voyelles, ainsi "force" et "cerf" y deviendraient FRC et CRF, son renversement.
  En lettres hébraïques, ce seraient PRÇ et ÇRP, soit les verbes "briser" et "purifier", ce dernier étant à l'origine du ÇRWP, tserouf, "anagramme".

   Quelques jours plus tard, phrère Sam découvrait un autre lien. Judy Garland, célèbre dès 16 ans pour son rôle dans Le magicien d'Oz, avait acquis un château dans le Sussex, The Deer Tower, la "Tour de la Biche". L'hébreu biblique zwi est rendu selon les traductions par "cerf", "biche", "gazelle".
  Un lien vers ce château, ensuite acquis par Charlotte Rampling.
 
  J'y compte 4 tours...
  J'avais parlé du Wizard of Oz en janvier, car WIZARD est en mot "auto-atbash" dans notre alphabet (se transformant en DRAZIW), et OZ l'est aussi dans l'alphabet hébreu.
Note du 7/3: J'ai adopté dans ce billet une unique translittération pour "cerf", ZWI, et je viens de m'aviser que ce sont ces lettres dans notre alphabet qui interviennent pour le "magicien", WIZ <> DRA (et donc ZWI <> ADR).

  J'avais aussi parlé ailleurs du film, pour la célèbre déclaration de la jeune Dorothy à son chien. Incidemment, le nom Garland peut se décomposer en land, "terre" en anglais, et gar, "étrangère" en hébreu.
  Joseph a nommé son fils Gershom car il était alors "un étranger en terre étrangère".
  Quant à Judy, c'est le diminutif de Judith, signifiant "juive", mais l'actrice ne se nommait ni Judy ni Garland.

  Le nom de son personnage dans le film m'est aussi significatif, Dorothy Gale. Dorothy comme Theodore sont les équivalents grecs de Nathaniel et Jonathan.
  Je suis particulièrement frappé d'y voir la succession de lettres YGAL, formant un mot hébraïque, יגאל, yigal, "il rachète". Les noms des victimes de Borges, sans les prénoms, Yarmolinsky-Azevedo-Gryphius-Lönnrot, forment précisément la succession YAGL, YGAL en adoptant une lecture hébraïque.

  J'ai appris l'existence des bordels Zwi Migdal par le film Meurtres en cascade, de Jonathan Demme, où la petite-fille d'une esclave du réseau exécute les petits-fils des proxénètes de la filiale US, laissant chaque fois sur place deux mots en hébreu, suivis des lettres ZM.
  Ces mots sont go'el hadam, "le racheteur du sang", expression biblique désignant celui que la loi autorise à venger un parent tué en exécutant le responsable de sa mort. L'expression se transcrit GWAL HDM, mais elle apparaît le plus souvent dans la Bible sous forme défective, GAL HDM. J'avais remarqué que les initiales des victimes de Borges, MYDAGEL, permettaient de former GAL EDM, équivalent de GAL HDM, puisque E est une autre translittération de la 5e lettre de l'alphabet hébreu, à l'origine de notre E. Il restait un Y, permettant de forger GALY EDM, le pluriel "les racheteurs du sang". Red Scharlach chez Borges, Jonathan chez Narcejac, et Nathaniel chez Queen sont des racheteurs du sang.
  J'ai déjà écrit cela, mais Le maître des énigmes vient ajouter un nouvel écho. YHWH vu comme les pronoms HW et HY, "lui" et "elle", met l'accent sur un W masculin et un Y féminin, ainsi au GWAL HDM présumé masculin dans la Bible pourrait se substituer une GYAL HDM, Elli la vengeresse Zwi Migdal dans le film de Demme (Jonathan!).

  Les orthographes réelles des pronoms sont en hébreu biblique HWA et HYA, l'Alef final étant aujourd'hui muet. Comme migdal s'écrit toujours par les 4 lettres MGDL, le reliquat de lettres de MYDAGEL forme EYA ou HYA, "elle".

  GWAL ou GYAL ?, lui ou elle ?, c'est peut-être Sabbataï Zwi qui résout le problème, avec son verset favori, de même valeur que son nom, Isaïe 63,4:
Et l'année de mes rachetés est venue.
ושנת גאולי באה׃ = 814
  Ici W et Y sont ajoutés à la racine GAL.

  Hier, 28 février, pendant l'écriture de ce billet, difficile car il me faut pour chaque nouveauté peser ce que je dois rappeler de ce qui a déjà été dit, je visionnais pendant les pauses la saison 4 de Medium. J'ai été stupéfait par l'épisode 15, titre original Being Joey Carmichael, pourtant déjà vu à au moins deux reprises car c'était une de nos séries favorites.
  Un rêve d'Allison la conduit à identifier Joey Carmichael comme le meurtrier d'un dealer, mais ce Joey, incarné par Miguel Ferrer, est quelqu'un d'extrêmement diminué, après avoir reçu une balle dans la tête. Des années de rééducation lui ont permis de retrouver une motricité minimale et l'intellect d'un enfant, il est impossible qu'il ait commis le meurtre.
  Un autre rêve indique à Allison qu'il avait un frère jumeau, Theodore, mais celui-ci est mort. Theodore lui apparaît dans un nouveau rêve, pour lui expliquer qu'il a pu prendre possession du corps de son frère pour tuer le commanditaire de son assassinat.
  Il s'agit donc d'une variante du syndrome des personnalités multiples, où Theodore emprunte le corps de son frère Joey pour se venger. Je ne comprends pas comment j'ai pu ne pas penser plus tôt à L'adversaire, où le simple d'esprit John Henry Walt exerce la vengeance de Nathaniel, tuant ses cousins usurpateurs, sous les ordres de JHWH, Nathaniel et JHWH étant deux aspects de lui-même dont il ignore tout... Ça fait tout de même près de 30 ans que je suis obsédé par ce roman dont Dannay a confié la finition à Theodore Sturgeon.
  JHWH ordonne à John Henry Walt d'envoyer des cartons J-H-W aux victimes de Nathaniel, ce qui amène à le soupçonner, jusqu'à ce que la dernière victime programmée reçoive un carton H.
  Toutes les lettres de Joey peuvent être des translittérations de celles du Tétragramme, JWHY. C'est un diminutif de Joseph, qui en hébreu est théophore et signifie "YHWH ajoute".
  Caermichael est la "forteresse de Michael", Michael étant aussi théophore, "qui est comme Dieu" (et les jumeaux sont joués par un Miguel).

  Je n'étais pas au bout de mes surprises. L'épisode suivant, Drowned World, dernier de la saison, est aussi un plan vengeant la mort d'un frère nommé Jonathan (équivalent de Nathaniel ou Theodore). 20 ans auparavant, Sam Winters menait une double vie, avec sa femme dont il avait un fils, Charles, et avec sa maîtresse Madeline dont il avait deux enfants, Jonathan et Kelly. L'épouse ayant sommé Sam de choisir, il a annoncé à Madeline qu'il ne la verrait plus, et celle-ci ulcérée a noyé le petit Jonathan que chérissait son père.
  Madeline a élevé Kelly avec l'idée que Sam était responsable de la mort de son frère. Devenue adulte, Kelly (Mireille Enos) a conçu un plan de vengeance tortueux. Elle a séduit Charles, l'a épousé, et s'est suicidée en laissant de multiples indices indiquant que c'était Charles qui l'avait tuée, pour retirer ainsi à Sam le fils qu'il avait préféré à Jonathan.
  L'épisode a été diffusé le 12 mai 2008 aux USA, le 7 février 2009 en France (le même jour que l'épisode précédent avec l'assassinat d'un Theodore). Je ne sais plus si nous l'avions vu à cette date, soit peu après ma découverte de l'échange Jung-Haemmerli, où un Charles (Carl) disait devoir sa survie à la mort d'un Jonathan (Theodor), mais cette découverte fondatrice du blog Quaternité n'a jamais été loin de mes préoccupations, et j'ai du mal à comprendre comment ces Charles et Jonathan n'ont pas attiré mon attention lors des visionnages ultérieurs.
  Il s'y ajoute le prénom de la maîtresse bafouée, Madeline, dérivé de migdal, et le nom de l'actrice incarnant sa fille vengeresse, ENOS, formé des initiales des 4 points cardinaux en français, points correspondant aux lettres JHVH dans la nouvelle de Borges.
  Selon plusieurs pages, ce patronyme serait d'origine française, et lié au 3e patriarche, Enosh, petit-fils d'Adam, orthographié Enos dans la Vulgate (Gn 5,6). Je n'avais encore jamais songé à cette possibilité, fascinante, car enosh signifie "homme", de même que adam, or les pères de l'Eglise ont vu les 4 lettres ADAM correspondre en grec aux initiales des 4 points cardinaux (je l'ai souvent mentionné).

  Je suis par contre sûr d'avoir vu l'épisode suivant de Medium, le 1er de la saison 5, lors de sa première diffusion en France, le 7 novembre 2009 sur M6, car j'avais commenté ce Soul Survivor, d'abord à chaud sur le forum Unus Mundus, aujourd'hui disparu, puis en 2010 sur Quaternité.
  C'est que le premier mort de cette affaire appartient encore à la confrérie des Theodore, Jonathan, Nathaniel..., c'est Nathan Cafferty victime d'un accident de la route où a été blessé à la tête un certain Joel Tiernan. Joel prétend avoir alors reçu l'âme de Nathan, et il connaît si bien les détails de sa vie qu'il parvient à en convaincre la riche veuve, laquelle se remarie avec lui...
  Parce que Joel est un nom doublement théophore, "YHWH est Dieu", équivalent à Elie, "Dieu est YHWH", et que j'avais vu un parallèle entre l'aventure céleste de Jung-Haemmerli et celle de Elie-Hénokh, j'avais développé l'écho entre ce cas Joel-Nathan et celui Carl-Theodor.
  Hors tout commentaire, il est étonnant d'avoir trois épisodes successifs de Medium basés sur les morts initiales d'un Theodore, d'un Jonathan, et d'un Nathan. Alors que j'avais dès le premier visionnage associé Nathan à Theodor Haemmerli, je ne comprends pas comment je n'ai pas par la suite été frappé par Theodore et Jonathan, dans un contexte qui me semble aujourd'hui plus évocateur. J'ai pourtant vu ces épisodes au moins deux fois. Il m'a déjà semblé que la "réalité" s'adaptait, après coup, à mes obsessions...
 
  A part Soul Survivor, je n'avais jusqu'ici commenté qu'un seul autre épisode de Medium, le 3e de la saison 2, Double personnalité, où un jeune assassin tente de se disculper en attribuant son acte à une seconde personnalité, comme dans le film Peur primale (1996).
  J'en ai parlé en 2016 dans L'ami Marek, à cause de Rami Malek qui y incarne ce prétendu dissocié, en lien avec d'autres films sur les personnalités multiples où des acteurs ou personnages se nomment Ray ou Malik ("roi"). Je ne savais plus alors que le prétendu dissocié de Peur primale se nommait Roy, ce qui m'a été rappelé très récemment.
  Depuis, Rami Malek a incarné Freddie Mercury; Mercure le trickster ou facteur de coïncidences, et son groupe Queen est au moins doublement évocateur, "reine", et Queen auteur de L'adversaire.

  Une fois de plus, l'écriture de ce billet a été perturbée par des circonstances extérieures, et les digressions sur Medium se sont tant développées que je dois remettre à plus tard d'autres nouveautés sur La mort et la boussole.
  Le titre de ce 401e billet paraphrase bien sûr un célèbre vers de Hugo, et j'ai pu trouver un verbe significatif pour parvenir à la valeur 401.
  Il faut tout de même que je signale que, quelques jours après la découverte que l'oeil O pouvait s'insérer dans CERF pour former FORCE, j'ai lu en diagonale OVNI, les rencontres qui défient le FBI et le Pentagone.
  Egon Kragel est l'auteur de OVNIS, Enquête sur un secret d'Etats, un livre essentiel étudiant les dossiers déclassifiés par divers pays, montrant que le phénomène ne peut être ignoré.
  Kragel étudie dans ce nouveau livre des cas particulièrement dérangeants, souvent absurdes, mais émanant de témoins fiables. Le cas qui m'a retenu est celui de Carl Higdon, lequel en chassant l'élan se serait trouvé confronté à des aliens qui l'auraient enlevé dans leur vaisseau, ainsi d'ailleurs que des élans...
  Ce qui m'a frappé est donc le jeu ELAN-ALIEN peu après mon flash CERF-FORCE. Les lettres en plus sont I et O, vues comme masculine et féminine par Ricardou, tandis que leurs équivalents hébraïques Y et W ont plutôt une interprétation inverse dans Le maître des énigmes.
  Je rappelle que je dois mes récents développements sur le Tarot, la Force et la Tour, arcanes 11 et 16, au roman 84K, dont les principaux personnages sont NEILA et THEO.


8.2.24

une étoile aînée

à Yosef & Oren

  Un récent billet m'a conduit au site Torah Numerology se proposant de démontrer que le premier verset de la Tora, Au commencement Dieu créa le ciel et la terre, est un miracle qui ne peut qu'avoir été conçu par Dieu...

  Un petit problème est que Yosef Sebag, comme Oren Evron, les deux principaux auteurs du site, sont des Juifs traditionalistes, pour lesquels la Tora est l'oeuvre de Dieu, dictée par lui à Moïse il y a plus de 3000 ans, et ils ne font que corroborer cette croyance par leurs trouvailles.
  Or la grande majorité de ceux qui s'intéressent à la question, y compris la majorité des pratiquants du judaïsme, admettent les conclusions des études bibliques, à savoir que la Tora n'est pas un document mosaïque, mais une mosaïque de documents, issus de diverses époques et de divers rédacteurs, mêlés sans grand souci de cohérence.
  Le récit biblique de la création a été jugé écrit lors de l'exil en Assyrie, c'est une refonte monothéiste des mythes mésopotamiens.
  Par ailleurs, il apparaît que les hébreux n'ont adopté l'alphabet numéral, d'où découle la gématrie, qu'après la fixation à peu près définitive du canon biblique, ainsi il est difficile d'imputer toute relation de cet ordre au génie des rédacteurs bibliques...

  Je n'y insiste pas, il y a toute une littérature sur ces questions. Les sceptiques peuvent s'en contenter pour décréter que toutes les analyses gématriques n'ont aucun fondement et donc aucun intérêt. D'autres en revanche peuvent avancer que l'omnipotence divine a influé les rédacteurs pour leur faire écrire des textes qui ne révèleraient leur complexité qu'en notre ère numérique...

  Pour ma part, je suis fasciné par l'ingéniosité déployée par certains exégètes, sans me laisser séduire par ce qu'ils en déduisent.
  D'autres ont fait des découvertes sur le premier verset du Coran, en arabe, d'autres sur celui de l'Evangile de Jean, en grec, d'autres sur des textes profanes... C'est un fait que, si on étudie une série de nombres sous toutes les coutures, il peut dans quelques cas apparaître certaines relations entre eux, et il suffit ensuite de ne présenter que ces cas pour monter un dossier quelque peu convaincant.
  Il y a plus que cela dans Gn 1,1, où des relations immédiates apparaissent dès la première approche, 7 mots et 28 lettres, 28 triangulaire de 7.
  La valeur des 7 mots est 2701, triangulaire de 73, et 2701 est un semi-premier, produit des deux nombres premiers 37 et 73. Il a été vu depuis longtemps que 37 et 73 sont des nombres "étoilés", correspondant à des étoiles de David, et Vernon Jenkins proposait il y a plus de 20 ans cette Star of stars, Etoile d'étoiles, formée de 2701 points (73 étoiles de 37 points).

  Le site Torah Numerology propose une vingtaine de pages assez touffues. Il y aurait quelques précisions à apporter dans plusieurs cas, montrant que, pour de simples raisons arithmétiques, certaines relations ne sont pas aussi prodigieuses qu'il l'est avancé.
  Je ne vais m'intéresser ici qu'à la page Beyond Decimal, "au-delà du système décimal". Il est encore connu depuis longtemps que, si on ajoute à 2701 son renversement 1072, la somme est 3773 (alors que 2701=37.73).
  C'est évidemment quelque chose qui dépend de la base où sont représentés les nombres, ici 10. Yosef Sebag dit avoir cherché parmi les 8 premiers millions de nombres premiers si d'autres couples offraient la même propriété dans les bases de 2 à 36 (les plus faciles à représenter en utilisant les lettres A à Z comme chiffres de 10 à 35), et n'a trouvé que 4 autres cas. Il en écarte 2 en introduisant la propriété du couple 37-73 que 73=2x37-1, et il reste:
- en base 7: 257 et 527 dont le produit est 20237, qui additionné à 32027, donne 52257;
- en base 28: 9J28 et J928 dont le produit est 6J0328, qui additionné à 30J628, donne 9JJ928.
  En base 10, ces opérations deviennent:
- 257 x 527 = 20237, soit 19 x 37 = 703;
- 9J28 x J928 = 6J0328, soit 271 x 541 = 146611.
  Selon Yosef, ces résultats sont merveilleux, car les bases 7 et 28 correspondent aux 7 mots et 28 lettres de Gn 1,1. Par ailleurs 37 est comme 73 un nombre étoilé, et 703, triangle de 37, est la valeur des deux derniers mots de Gn 1,1, en 7 lettres.
  Enfin 541 est aussi un nombre étoilé, et c'est la valeur de l'hébreu Israël, dont un symbole historique est précisément l'étoile à 6 branches.
 

  En poursuivant son investigation dans les bases supérieures, Yosef trouve d'autres couples de nombres premiers, d'abord en bases 70 et 73, et à chaque fois le plus grand nombre est à nouveau étoilé... Il suggère que nous touchons ici à la sagesse divine qui dépasse de loin nos pauvres possibilités humaines...
  De telles assertions me hérissent, et j'ai décidé d'étudier plus avant cette étrange propriété, mais en prenant pour premier critère les nombres triangulaires et non les nombres premiers. Réfléchissant au programme qu'il me faudrait écrire, je me suis vite aperçu que c'était extrêmement simple, car, pour que les chiffres X et Y dans une certaine base puissent former les nombres XY et YX tels que YX soit égal à 2 fois XY - 1, il faut et il suffit que
Y = 2X+1, et que la base soit X+Y (ou 3X+1).
  Il n'y a plus qu'à regarder ce qui se passe pour la somme du produit XY.YX en base X+Y et de son renversement, et voici ce que j'ai trouvé. Les 5 premières colonnes de ce tableau donnent en base décimale les chiffres X, Y, les nombres XY et YX, la base X+Y; la dernière colonne donne la somme du produit XY.YX et de son renversement en base X+Y.
 

  Quelques constatations:
- La colonne YX correspond exactement à la suite des nombres étoilés, le "miracle" suggéré par Yosef est tout simplement arithmétique;
- La colonne XY correspond non moins exactement à la suite des nombres hexagonaux centrés;
- La dernière colonne montre une curieuse récurrence ternaire, 10000-YXXY-XYYX; il est aisé de démontrer que c'est absolument normal, sans nul besoin d'intervention de YHWH ou de la Trinité.

  Quelques remarques:
- Les deux suites de nombres figurés débutent par le trivial 1, ce qui correspondrait à X=0 et Y=1; il n'y a pas de base 1 selon la numération de position usuelle, mais il s'agit d'une convention, et on peut aisément imaginer une numération en base 1, correspondant au compte primitif en bâtons.
- Dans une base quelconque X+Y, la somme YXXY+XYYX est 10000 (mais X et Y sont différents dans chaque ligne du tableau).

  Il me semble fort improbable que Yosef ou Oren n'ait pas découvert ce schéma, d'ailleurs Yosef a trouvé quelques autres cas au-delà de la base 73, et remarque que chaque fois YX est un nombre étoilé (après avoir pris contact avec lui, il admet n'avoir pas vu la loi générale).
  Pourtant considérer les cas où XY et YX ne sont pas tous deux premiers pourrait amener d'autres éléments étayant la thèse de la particularité de Gn 1,1. Ainsi Vernon Jenkins note que les sommes des valeurs de ses mots impairs et pairs sont 10x169 et 3x337, 169 étant le nombre hexagonal d'ordre 8, 337 le nombre étoilé de même ordre, ce qui permet cette construction ternaire en 2701 points:
 

  Parmi le type de commentaires donnés sur le site de Yosef, on pourrait trouver que la valeur moyenne des mots pairs du verset est le nombre étoilé 337, formé des chiffres clés 3 et 7.
  Il pourrait encore être souligné qu'aux nombres hexagonal et étoilé au 4e rang, 37 et 73, correspondent au 12e rang 397 et 793.
  On trouve ensuite au 37e rang (!) 3997 et 7993, mais ça s'arrête là (ici les 1000 premiers nombres étoilés).

  Aussi, si X=3 et Y=7 mènent à XY=37, YX=73, et à la somme 3773 du produit 2701 et de son renversement, 3773 qui se lit aussi XYYX, il se trouve qu'en bases 37 et 73 les mêmes opérations conduisent également à XYYX.

  Question 3 et 7, 3+7=10 et 3x7=21 constituent les X et Y de la 7e ligne du tableau, conduisant pour XY et YX aux nombres premiers 331 et 661, mais la dernière opération donne 10000 en base 31.
  Or 661 est bien sûr un nombre étoilé, et la valeur du nom Esther, l'héroïne du livre éponyme, avec son tuteur Mardochée. Il est évident que ces noms Mardochée et Esther sont liés aux dieux mésopotamiens Mardouk et Ishtar, Ishtar qui est l'étoile ou l'astre Vénus, et ces mots "étoile" comme "astre" sont apparentés à Ishtar (Astarté ailleurs).
  Ceci a été vu par phrère Sam, et j'y ajoute que la fleur "aster" est en hébreu moderne אסתר, les mêmes lettres écrivant "Esther".

  Sam note que 661 est aussi la valeur de שושנה, shoshana, "lis", fleur importante dans la Bible (Cantique des cantiques notamment); il est envisagé un rapport entre ses 6 pétales et l'Etoile de David.
  Le nom de la fleur est probablement lié à שש, shesh, "six" en hébreu.

  Voici donc ce qu'il en est des rapports de Gn 1,1 avec les nombres étoilés. Je trouve ça merveilleux, mais il me semble nécessaire de relativiser en mettant en rapport avec de nombreux autres dossiers vertigineux, sans contenu religieux.
  Les 28 lettres et 7 mots du verset me rappellent ainsi la mort de Bach un 28/7, avec de multiples coïncidences associées dont, acquisition récente, la transcription hébraïque de son nom, de valeur 287.

  Je ne m'étais jamais particulièrement penché sur les nombres étoilés, et ce billet m'a fait prendre conscience que 121 en faisait partie, 121 carré de 11 magnifié par les hétérogrammes de Perec dans Alphabets. Le billet précédent m'y avait fait penser, avec la Tour et la Force arcanes 16 et 11 du tarot, et il y a 16 séries de 11 onzains dans le recueil.
  J'ai examiné assez rapidement les onzains. Les lettres correspondant aux pointes de l'étoile sont faciles à repérer, positions 1-11-23, idem à partir de la fin. Près de 50 onzains permettent de former des mots de 6 lettres, ou de 7 en incluant le centre. Ce qui m'a le plus marqué est le onzain 30, dont les 6 sommets forment SERIEL; Perec indique en 4e de couv' que son procédé est analogue à la musique sérielle. J'ai imaginé en 2005 une forme poétique hétérogramme en 351 lettres (351 somme des lettres de l'alphabet); pour une raison assez impérieuse, le seul poème ainsi composé avait pour titre LASSO SERIEL (le onzain 30 débute par Lao-Tseu).
  Le onzain 35 contient les mots "Stardust" (un standard de jazz) et "étoiles". La représentation en étoile fait apparaître, en sautant une ligne, STAR D'ETOILES (la star of stars ou étoile d'étoiles vue plus haut).
  Le jour où j'ai vu ceci (2 février), quelqu'un nommé Lestoille me commandait un livre.

  En 2006, Jérémie Piscicelli partagea sa contrainte de l'astérie sur la liste Oulipo. Elle utilise une étoile de 37 lettres, avec en principe un mot de 7 lettres s'y lisant par deux fois. Il posta de nombreuses astéries sur la liste, avec diverses variantes, comme cet enchaînement de trois astéries sur un thème jungien, Toi l'enfant intérieur. La formule se répartit en TOILENF - FANTINT - TERIEUR. Le texte en est

Tiens, offre-toi l’idéal
Né de la naïveté,
Joue, flâne, et, amical enfant du limon,
Insufflant ta lueur,
Ose, tel grandi,
Te renouer et te bénir.


  On peut voir sur zazipo d'autres de ses créations
  D'autres oulipotes ont suivi, pas toujours en suivant les mêmes règles.

  Je m'y étais essayé pour la BLO13, laquelle devait être remise à Jacques Perry-Salkow lors de la manifestation Retour de Babel, aussi j'avais opté pour une mise en avant des lettres BABEL, pensant aussi à l'étoile de Babel qui m'obsédait alors.  L'astérie palindrome était inspirée par L'étrange monsieur Bedloe de Poe, et je note aujourd'hui que le nombre étoilé 37 mène au palindrome 5225 en base 7. En partie à cause des diagonales isogrammes de certains onzains d'Alphabets, 3 d'entre eux ont les mêmes lettres en palindrome pour les sommets des deux triangles (106, 108, et 134).
  Jacques habitait un immeuble nommé L'Etoile Bleue, à Tours, et j'avais utilisé d'autres lettres clés, les 12 intersections des 6 segments de l'étoile de David, pour faire ressortir L'ETOILE BLEUE dans divers poèmes:
  Jérémie contribuait aussi à cette BLO13, comme à d'autres BLOs (dont la mienne, la BLO15).

  J'ai souhaité composer un hétérogramme de 121 lettres qui serait aussi une astérie, ce que j'ai évidemment baptisé astérogramme.
  Pour la première fois, j'ai utilisé le schéma de placement des lettres de Jérémie pour inscrire deux fois ASTERIE dans mon poème, mais l'excellent Alexandre Carret a répondu par un astérogramme qui me semble bien supérieur, et que voici:
 

  La formule à lire 2 fois en étoile est ici LIRE MOT (ETOILeR M?, ou M'ETOILeR, puisque je suis concerné). La série hétérogramme est AEIOU LMRSTV, et le texte en clair est
Rémi vous l'a trouvé,
Mit là, sous l'art.
Vîmes ta rime voulue à mort,
Vils volumes taris :
- mort, - vie (l'autre mal) ou - vista.
Ô muse, vrillâmes (Roi, tu vivotes) l'arum.
  Vu le thème funèbre, cet arum est probablement l'arum black star...

  J'ai vite vu que le 7e nombre étoilé est 253, un nombre triangulaire également utilisé par Perec, dans sa construction
253 = 121 + 121 + 11,
ainsi un astérogramme de 253 lettres pourrait se décomposer en deux astérogrammes de 121 lettres, précédés d'un titre en 11 lettres. Il m'a semblé que DEUX ONZAINS ferait un titre idéal, et il restait à trouver un sujet.
  Je me suis souvenu, grâce à Perec qui a utilisé dans un chapitre de La Vie mode d'emploi les nombres 253 et 413, que 253 est la valeur de 666 écrit en toutes lettres, alors que la dernière phrase du verset 13,18 de l'Apocalypse, dans la traduction de Louis Segond est:
Car c'est un nombre d'homme, et son nombre est (=413)
six cent soixante-six. (=253)
avec 413+253 = 666.

  3 astéries avec chacune 6 pointes, ça me semblait imposer de composer une formule avec ces 6-6-6 pointes, et je suis arrivé à LOUONS SEC NOS DEMONS. Voici le résultat:
 

  Les deux onzains utilisent les séries hétérogrammes AEIOULNRST +C et +M. Le texte se lit
                       DEUX ONZAINS
Ecrit là :
Nous écartions Luc (là rite),
nous crions "Autel saint, reculons ! Au ciel, tort !"
Seul Caïn, roi, lut sa corne en roc,
il tua son écart, l'usine à truc, silo.
La mitre, nous la tuerions, mon ami, sur le timoré nul...
Satan, ultime sort en or, simulateur malin !
Oser l'animus !
Tout rima selon mutin à résolu nil,
Maestro !
  Les formules en 6 lettres se lisent circulairement, dans le sens des aiguilles d'une montre, j'avais d'abord prévu quelque chose de valeur 216 (6.6.6), mais des conflits m'ont conduit à modifier en cours de route pour arriver à
LOUONS SEC NOS DEMONS = 241,
nombre ne m'évoquant rien jusqu'à ce que je vois que
DEUX CENT QUARANTE-ET-UN = 253,
nombre de lettres de l'astérie et valeur de SIX CENT SOIXANTE-SIX.

  Pour revenir à l'hébreu, avec l'article agglutiné au substantif, "l'aster" et "le lis" sont des mots de valeur 666 (האסתר et השושנה).

  La valeur des 253 lettres est 3276, un nombre qui m'a conforté dans l'idée d'utiliser des onzains en C et M, car 3276 est le 26e nombre tétraédrique, ou somme des 26 premiers triangles. Perec a magnifié le triangle de 26 dans Alphabets.
  Les triangulaires ont été utilisés par les anciens gématres, et notamment la somme 2300 pour les 23 lettres de l'alphabet latin par un certain Michael qui a composé au 16e siècle 316 vers de valeur 2300...
  J'avais essayé de faire de même avec la somme 3276 pour 26 lettres, voir ici.

Note du 10/2: Reprenant l'étoile "star d'étoiles" composée à partir du onzain 35, j'y remarque que l'astérie intérieure, telle qu'utilisée par Jérémie Piscicelli, est formée des triangles SAT ORN.
  J'ai été amené dans le billet Saturnale au mot Satorn, ancienne forme de Saturne, un astre donc...
  J'étais arrivé à ce mot à partir des onzains en F d'Alphabets, le n° 46 essentiellement, et le premier onzain auquel j'ai pensé lorsque j'ai réalisé que 121 est un nombre étoilé était le n° 45, en F également, où il est question de la "trionfale Tora".
  Pour les tenants et aboutissants de ce "satorn", se reporter au billet cité.