20.10.23

clinamen : "il" en manc

à Paul Halter et Irène Lapnus

  Le billet Le grand Ailleurs s'achevait sur la découverte d'une coïncidence entre deux romans utilisant le même thème de la réincarnation.
  Le roman de Sinoué qui a joué un rôle essentiel dans mon intuition sur le 4/4/44, Des jours et des nuits (2001), a été inspiré par la psychanalyse de Sinoué, nécessitée par une profonde dépression.
  Sinoué relate dans son Petit livre des grandes coïncidences un rêve où il éprouvait une terreur le poussant à exhorter son entourage à quitter les lieux sans tarder, sinon: «la déesse Ishtar nous tuera.» Il ne savait pas grand-chose d'Ishtar, et le lendemain sa psy jungienne, Marie-Laure Colonna, lui dit que le rêve signifiait que ce qu'il était en train d'écrire ne valait rien, ce qu'a admis Sinoué. Le rêve dénotait aussi une intercommunication entre l'écrivain et sa psy, car elle lui montra l'article qu'elle rédigeait la nuit précédente, précisément sur Ishtar.
  Ceci conduisit Sinoué à abandonner son projet en cours pour un roman où interviendrait la psychanalyse, Des jours et des nuits. L'Argentin Ricardo, après des rêves étranges, consulte une psy, et, reprenant le livre, j'y trouve une allusion à l'événement, lorsque la psy informe Ricardo d'une possible intercommunication entre l'analyste et l'analysant:
Il répéta, perplexe :
— Une intercommunication…
— Je vais vous en donner un petit exemple. Il y a quelque temps, une personne que je vois régulièrement m’a fait le récit d’un rêve qu’elle avait eu la veille et dans lequel une déesse appelée Ishtar jouait le rôle central. Or, cette même nuit, j’étais en train de rédiger un article consacré aux mythes assyro-babyloniens où je traitais, entre autres… d’Ishtar.
  L'autre roman est Mourir n'est pas te perdre (2021), de Christophe Fauré, où on suit un couple d'âmes à partir d'Inanna et Anzû en 4700 av. JC.
  Je savais qu'Inanna est un autre nom d'Ishtar, et le nom apparaît effectivement dans le roman, lorsqu'une "vieille âme" informe Catherine, venant de mourir en 1974, sur ses incarnations antérieures:
Dans cette vie, tu t’appelais Inanna. Ce nom te fut donné en l’honneur de la déesse Ishtar, afin qu’elle t’accorde sa protection. Et l’entité qui se nomme aujourd’hui Alan portait alors le nom d’Anzû.
  Ainsi le mot Ishtar apparaît dans les deux romans, ce qui n'avait rien d'évident a priori. La fiche Wikipédia indique

Le nom le plus courant de la déesse en sumérien est Inanna (aussi transcrit Inana). Mais on trouve aussi Inin ou In(n)ina.

Il est en fait difficile de connaître la prononciation exacte de son nom, parce que le nom de la déesse est souvent noté par un idéogramme, que les assyriologues désignent par convention comme MÙŠ (), qui n'indique donc pas de prononciation.

  Je suis abasourdi par ce MUS associé à Inanna. L'an dernier, j'ai composé l'un des textes à contrainte qui m'a demandé le plus de travail, une quadruple extension du mot "âme" par codage sympathique. La dernière extension formait un carré 43x43 permettant la lecture diagonale
il mit le mot âme dans La vie mode d'emploi
   Le texte me montrait en tant que diable tentant de convaincre une femme de lui vendre son âme, et les exigences du code sympathique m'avaient fait l'appeler Anna Mus. Ce n'est qu'après coup que je me suis avisé que Anna Mus est proche de animus, "âme" en latin.

  J'ai évoqué la coïncidence "Ishtar" entre Sinoué et sa psy en avril 2017, dans une série de billets consacrée à House of Leaves. Dans le précédent billet, je remarquais que la première inscrite sur le forum Danielewski était une certaine Inanna; le seul sujet qu'elle y avait créé était Tlon, Uqbar etc... really interesting!!, introduisant l'évidente influence de Borges sur Danielewski. Borges m'était important à l'époque, il l'est devenu encore plus cette année avec les coïncidences ZWI-tsevi. Je vais y revenir.

  Dans ce même billet, je signalais pour la première fois la coquille de l'édition 1984 de Coup double, d'Ellery Queen, où les lettres "phil" de "philosophe" sont étrangement devenues 6566:


  J'ignore comment ça a pu se produire, mais un rebond récent est arrivé, par mes échanges avec Marylin Rolland. La plasticienne a représenté le parcours du cavalier par des tétraminos en L, parcours déterminant l'ordre des chapitres dans La vie mode d'emploi (LVME). Le L correspond au mouvement du cavalier, deux cases en ligne horizontale ou verticale, puis une case à angle droit.
  Perec a choisi d'"oublier" un chapitre de LVME, celui correspondant à la position 66 du cavalier, dans le coin inférieur gauche du carré représentant l'immeuble. Ainsi le chapitre correspondant à la position 67 est devenu le chapitre 66. Marylin a appelé cette omission "clinamen 65 66", qu'elle a représenté ainsi,
 

les deux tétraminos correspondant aux sauts du cavalier entre les positions 64-65, et 67-68, devenues les chapitres 66-67 ci-dessous (voir le schéma complet ici):
 

  Quelle que soit la pertinence du clinamen 65-66, il m'a permis de faire le lien avec la coquille 6566 du roman de Queen, et de mettre en évidence une coïncidence diabolique.
  Il y a un mystère sur les chapitres 65-66, premier exemple à propos de l'invention dans son écriture, donné par Perec à Ewa Pawlikowska, dans un entretien accessible ici:
je savais que dans ce chapitre 66(2) le diable allait apparaître ; c'était décidé avant, parce que le chiffre 66 a une valeur cabalistique; 6, c'est le chiffre du diable, ça, on le sait par un petit livre bête sur l'occultisme et ce personnage de femme devait faire apparaître le diable pour supprimer un chapitre parce que, normalement, à partir du plan du livre, il doit y avoir 100 chapitres. En fait il y en a 99. Il y a un chapitre qui a été supprimé à cause de la fille qui mord dans son petit beurre. Plus profondément, il faut que ce chapitre disparaisse pour casser la symétrie, pour introduire dans le système une erreur parce que quand on établit un système de contraintes, il faut qu'il y ait aussi l'anti-contrainte dedans. (...) Il faut un clinamen (...)
(2) Allusion à La vie mode d'emploi ... et lapsus de Perec : c'est au chapitre 65 que le diable apparaît et c'est le chapitre 66 qui disparaît ou plus exactement ce qui aurait dû être le chapitre 66, car il y a évidemment un chapitre 66 dans le roman, mais c'est celui qui aurait dû être le chapitre 67 pour obéir à la polygraphie du cavalier et sans la croqueuse de petit Lu.
  Lapsus? pas sûr, car Perec l'a commis plusieurs fois à propos de ces chapitres 65-66, et de multiples "contre-vérités" parsèment ses dits comme ses écrits (ainsi Magné a relevé maintes "erreurs" énormes dans W ou le souvenir d'enfance).
  Quoi qu'il en soit, "L'histoire de la femme qui fit apparaître quatre-vingt-trois fois le diable" (selon l'index) est l'une des plus développées du livre, en partie parce qu'une contrainte imposait que ce chapitre 65 soit l'un des plus longs ("plus de 12 pages").

  Si le clinamen 65-66 concerne le diable, il en va de même pour l'erreur d'impression de Coup double, car le "osophe" dont le "phil" est mystérieusement devenu "6566" se nomme Harry Toyfell.
  Toyfell se prononce comme l'allemand Teufel, "diable", et j'ai envisagé "Harry Toyfell" comme anagramme approchante de "Adolf Hitler", plusieurs fois présent dans les intrigues queeniennes.
  Si Hitler avait tout de l'incarnation du Diable pour les Queen, Juifs d'origine polonaise (comme Perec), quel rapport avec le personnage de Toyfell? C'est un personnage énigmatique que ce "philosophe de Wrightsville", qui n'apparaît que dans ce roman; sa particularité est d'avoir fait des travaux de jardinage pour les 7 morts de l'affaire, mais il n'est jamais soupçonné d'y avoir eu un rôle.

  C'est le roman lui-même qui est énigmatique, au-delà de l'énigme policière, et je crois être le premier à avoir avancé l'hypothèse que Double, double, son titre original, était une allusion à la date de naissance de Fred Dannay, le Queen "principal", né le 20/10/05 (mentionné dans LVME, ch 87, parmi les pseudos de Beyssandre): 10 est le double de 5, 20 le double de 10. Ce 20e Queen a 20 chapitres, il est paru alors que Dannay avait 44 ans, le nombre 4 et l'initiale D y sont omniprésents...
  J'avais remarqué une adéquation calendaire à la coquille 6566, car Dannay est né l'année 5666 du calendrier hébraïque.

  Je remarque maintenant une autre possibilité, si riche en échos qu'elle a bouleversé l'écriture de ce billet, qui avait pour premier titre Vénus et Mercure, Vénus étant Inanna/Ishtar, et Mercure le trickster, assimilé à Arsène Lupin.
  Et puis l'idéogramme MUS m'a rappelé mon texte où je rusais pour acheter l'âme d'Anna Mus, alors que je venais de faire le lien entre le clinamen 65-66 associé au diable par Perec, et la coquille 6566 associée à Toyfell/Teufel/Diable.
  Si j'avais déjà étudié la correspondance "6566" = "PHIL", le clinamen me conduit à considérer plus spécifiquement "66" = "IL", et ceci a de telles répercussions que je délaisse pour l'instant le trickster lupinien (mais je compte y revenir).

  D'abord, dans ma quadruple extension du mot "âme" par codage sympathique, je me suis aperçu après coup qu'il y avait une erreur dans mon dernier codage. Bêtement, j'avais omis un mot du 3e codage, le mot "il", 38e parmi les 48 mots de ce codage:

Mais, s'il allait sans sûr socle, Rémi vanta, dans un rare cas si original, gêne mutée, MUS signé. Promo, amour, bal, le lot arrive, avatar né et déchu mollah, nom en jump, amitié, riant rêve, miel... Il le dit: voici contrat, code déifié. Ils devront, dame, mourir.

  Le codage final, en 337 mots, m'avait demandé tant de temps que je n'avais pas désiré le reprendre, et décrété que cet oubli de "il" serait mon clinamen. Je n'avais pas alors à l'esprit que Perec associait directement au diable son omission du chapitre 66 (mais je connaissais l'entretien avec Ewa Pawlikowska du numéro de Littératures de 1983, hommage à Perec).
  Dans un second temps, il m'est revenu que "il" jouait un rôle particulier dans L'art du X, texte de Ricardou composé pour ce numéro de Littératures. J'ai consacré plusieurs billets à ce texte d'une grande complexité, sans prétendre en avoir percé tous les secrets.
  Il est au moins assuré que les 95 phrases de 12 mots de la partie IV, à raison d'un mot par phrase, codent pour le 1er paragraphe de la partie I, 8 phrases de 12 mots, codant elles-mêmes pour le 1er vers du sonnet L'ardu X.
  8 phrases de 12 mots, ça fait 96 mots, il y a donc un hic, et l'examen attentif montre que les deux mots débutant la 7e phrase du paragraphe initial, "Vite, il", sont codés en même temps dans la 73e phrase de la partie IV:
Oublie-le vite : avec, en même temps, ce "il" bien trop redit.
  J'ai émis l'hypothèse que ce doublage de la contrainte pour la phrase 73 était lié au doublage des contraintes que Perec s'était imposé pour le chapitre 73 de LVME. Quoi qu'il en soit, c'est une sorte de clinamen.
  Je remarque que ce "il" est le 9e des 12 mots de la phrase, or I-L sont les lettres de rangs 9-12.

  L'impensable advient avec la seconde publication de ce texte en 1988 dans La cathédrale de Sens. Ricardou n'écrivait qu'à la main, et c'est Erica Freiberg qui tapait ses textes, d'abord à la machine à écrire, puis sur un Mac.  L'art du X de 1988 présente quelques menues modifications du texte de 1983, mais surtout, une phrase entière a été oubliée par EF dans la partie IV, la 65e parmi les 95 phrases de 12 mots, codant pour le 65e mot du paragraphe initial, un autre "il".
  Le principal fautif est bien sûr Ricardou qui n'a pas vu l'oubli avant de signer le bon à tirer, mais le fait est là. 5 ans après la première version où un "il" connaissait un traitement particulier, 4 ans après la coquille qui a transformé "phil" en "6566", un autre "il" a été effacé, correspondant selon la coquille à "66", par l'oubli de la phrase 65, à laquelle est venue se substituer la phrase 66... Chez Perec, le diable du chapitre 65 serait la cause de l'omission du chapitre 66...
 
   Voici ce qui a été oublié page 189 de La cathédrale de Sens (et qui figurait page 46 de Littératures); "il" y est un "message":
- Mieux, même : j'aimerais dire qu'il est trop clair, le message:

X expose un sonnet qui s'oppose à ses rêves en retournant ses vers en sa croix.
(seules interviennent dans le codage les phrases de 12 mots, dans un corps plus grand que les autres éléments)

  Les parties I à III codent pour le sonnet final, et il y apparaît un clinamen apparemment intentionnel: ce sonnet compte 119 mots, mais le codage passe directement du 82e mot, "appogiatures", au 84e, "le", omettant le 83e mot, "et". Je donne quelques hypothèses sur le billet déjà signalé, j'y ajoute maintenant les 83 apparitions du diable du chapitre 65 de LVME.
  C'est dans l'index des Histoires qu'est donné ce nombre 83, que certains considèrent comme une erreur de Perec, car le chapitre 65 énonce:
En un peu plus de deux ans, Ingeborg fit apparaître 82 fois le Diable, pour des prix qui finirent par atteindre vingt, vingt-cinq et même une fois trente millions de francs (anciens).
  Mais peut-être ces 82 fois sont-elles celles se passant en France. Ingeborg a d'abord fait apparaître le diable à Ankara, pour un client comblé qui l'a incitée à aller exercer ses talents à Paris.

  Il y a deux erreurs incontestables dans l'index des Histoires: celles de la cantatrice russe et du petit Tunisien envoient aux chapitres 5 et 58, alors qu'elles sont contées aux chapitres 6 et 57. A noter la confusion 5-6 qui peut faire écho au problème 65-66.

  Dans le numéro de Littératures contenant l'entretien où Perec parle du clinamen 65-66 et L'art du X, il y a aussi L'appentis de Marcel Benabou, proposition de ce qu'aurait pu être le chapitre 66 non écrit de LVME, dont les contraintes étaient prévues par le Cahier des charges.

  La réflexion sur "il" m'a rappelé que le mot avait été en quelque sorte un "anticlinamen" dans mon roman écrit en 1999, Sous les pans du bizarre.
no code in the Spanish translation  Dans le cadre d'une intrigue policière, le roman exposait mes découvertes sur la 8e églogue de Virgile, laquelle aurait été un hommage au nouveau calendrier instauré par César, l'année de 365 jours, et parfois 366, lorsque l'année est bissextile.
  Ce terme n'a rien à voir avec le passage de 365 à 366; il vient de ce que, l'année concernée, le bisextus, le 6e jour avant les Calendes de mars, était doublé. J'exploitais l'idée que les deux mots avec 2 F de la 8e églogue, effer et effigiem, exprimaient ce bisextus (FF=66).

  La grande énigme de cette églogue, offrant deux chants jumeaux de 9 strophes, est la présence dans le second chant d'un vers refrain intempestif, rompant la gémellité. Il n'est d'ailleurs pas assuré qu'il vienne de Virgile, possible interpolation tardive soulignant un fameux vers (numero deus impare gaudet).
  La valeur 365 de ce vers refrain, répartie en deux hémistiches de valeurs 169 et 196 (carrés de 13 et 14), était associée à mon hypothèse, et j'avais construit mon roman en 3 parties correspondant aux 3 premières strophes du chant d'Alphésibée. J'avais trouvé d'excellents titres pour les parties 1 et 3,
Vigiles des morts = 196,
Le mystère K.O. = 148,
et il fallait pour la partie 2 un titre de valeur 21 pour parvenir à l'idéal total 365. Le choix était limité, et IL s'était imposé. IL, c'était Tom Lapnus, le mystérieux individu qui harcelait les latinistes avec ses théories et était soupçonné d'en avoir assassiné 3, mais on le découvrait mort en venant l'appréhender, à la fin de la partie 1...

  Tomieslav Lapnus, c'était moi en un peu plus dingue. Il devait en l'occurrence son patronyme à sa femme, Irène Lapnus, parfaite anagramme d'Arsène Lupin, une de mes principales obsessions.
  Et bien sûr, Irène Lapnus était ma compagne Anne. Le chapitre 6, premier de la partie 2, était titré Irène Lapnus, et je crois avoir alors repéré les initiales, IL. Il n'a souvent pas été facile à Anne de subir mes lubies, et ce chapitre où j'en rendais compte, de façon exagérée certes, n'a pas été facile à écrire, à tel point qu'il est resté en plan jusqu'à ce que le dernier chapitre ait été achevé. Il a bien fallu s'y résoudre, en voici un extrait:
  Il a pu publier un article dans une revue assez sérieuse, je crois. On lui avait demandé de modifier sensiblement son projet initial, ce à quoi il se refusait. C'est moi qui ai insisté pour qu'il fasse ce qu'on lui demandait (...) Il a finalement accepté en rechignant, mais a fait paraître l'article sous une anagramme de mon nom, parce qu'il se refusait à signer Tom Lapnus un travail qui n'aurait pas reflété strictement ses idées. Lorsque l'article est paru, Tom est entré dans une colère noire (...) Il ne m'a plus parlé pendant un mois (...)
  Ceci était une allusion à l'article signé Jren Paulsen paru en 1997 dans Connaissance des religions, mais le rôle d'Anne est ici inventé, comme ma prétendue réaction.

  J'avais fait d'Irène Lapnus une documentaliste à l'unité 83 du CNRS. Ceci faisait allusion à Perec, documentaliste à l'unité 38, et aussi écho à la valeur 83 de LAPNUS, qui se trouvait par ailleurs intéressante dans le contexte Virgile-365. Aujourd'hui, je pense aux 83 apparitions du Diable, au 83e mot du sonnet de Ricardou omis dans son codage, au 38e mot de mon texte diabolique oublié dans le codage suivant.
  Les morts de mes 3 latinistes, aux sommets d'un triangle de Pythagore, étaient précédés d'envois de cartons triangulaires portant des inscriptions énigmatiques. Ceci était inspiré par L'adversaire de Queen, où les cousins York, habitant aux 4 coins de York Square, reçoivent avant d'être assassinés des cartons de forme étrange, portant des inscriptions énigmatiques. Cet "adversaire" est le Diable...
  J'ai étudié ailleurs les étonnants points communs entre ce roman, qui n'a été traduit en français qu'en 1978, et LVME: dans les deux oeuvres, l'homme de main W. entreprend sans raison apparente une vengeance à l'encontre du millionnaire Percival, sur fond de puzzle et de jeu d'échecs.

  IL = 21 amène à rappeler que les 2 tétraminos en L de Marylin, marquant les sauts du cavalier du chapitre 64 au 65, puis du 66 au 67, laissent un vide entre eux, le chapitre 21:
 

  Un autre article du Littératures consacré à Perec est intitulé Coup d'L; Mireille Ribière y compare deux entreprises extrêmes, le Coup de dé de Mallarmé, et Alphabets de Perec.

  Je ne m'intéressais pas au tarot en 1999. Je n'ai guère changé, mais j'ai appris que le mat, ou le fou, l'arcane sans chiffre, s'insérait selon une tradition juste avant le dernier arcane, le numéro 21. Ainsi, selon la correspondance entre les 22 arcanes et les 22 lettres hébraïques, au fou correspond la 21e lettre, Shin.

  Le découpage de 134 en IRENE LAPNUS = 51 83 ne m'était pas spécialement significatif en 1999. En 2002 j'ai découvert que le numéro 134 de la collection Folio Policiers, La Marie du port de Simenon, n'existait pas, et une frénésie m'a conduit à vouloir rassembler les numéros 37 à 207 de la collection, parmi lesquels cette absence du numéro 134 aurait été particulièrement significative. Je n'étais pas loin d'y arriver, après de nombreux mois, lorsque je me suis aperçu que d'autres numéros du catalogue n'avaient pas été édités, ainsi le numéro 134 n'était plus aussi significatif...
  J'en ai parlé en 2020, et plus récemment ici.  Cette obsession m'a cependant conduit à une découverte en 2005. Les lettres différentes de LA MARIE DU PORT ont pour valeur 134, le découpage selon voyelles/consonnes donnant le partage d'or idéal:
AEIOU / DLMPRT = 51/83, pas très bonne approximation de phi, mais faisant coïncidence car l'angle dont le cosinus vaut phi est 51,83°.
  Et puis, le 13/4/2005, je me suis avisé qu'il en allait de même pour les 10 lettres ESARTULINO choisies par Perec comme base des 1936 vers d'Alphabets, avec maints autres prolongements maintes fois évoqués. Le nouvel écho est
FAURE / SINOUE = 51/83,
coïncidence qui, avec Inanna/Ishtar, m'a fait lire le roman de Fauré, et m'a conduit à envisager Lupin en trickster mercuriel. Mais le billet a bifurqué sur le thème du clinamen, ce qui m'a mené par d'autres voies à IL et Irène Lapnus...

  Donc Vénus-Mercure ce sera pour plus tard, et il y a un autre "IL" qu'il me semble devoir rappeler, bien que ce ne soit pas un clinamen.
  Dans le best-seller La formule de Dieu, Einstein a laissé un cryptogramme, ! il rsvb, qui livre par atbash (selon l'alphabet actuel) ! ro ihey, qu'il faut renverser pour obtenir yehi or !, la transcription de l'hébreu signifiant "Que la lumière soit !" (Gn 1,3), ou Fiat lux !
  J'en ai notamment parlé dans ce billet mercuriel, où je soulignais la transformation or<>li, or signifiant "lumière" ou "feu" en hébreu, li de même en chinois. Aujourd'hui il me vient que IL, Irène Lapnus doublement associée au nombre d'or, se transforme par ce double jeu atbash-renversement en OR.
  Je ne crois pas avoir encore commenté le lien entre ce double jeu et le même double jeu associé à la phénoménale coïncidence survenue le 11 juillet dernier. Je cherchais une référence en ligne pour le jeu atbash (en hébreu) tsevi-hashem, mais la seule mention que j'ai trouvée était le double jeu tsevi-hashem-moshe. (cerf-le Nom-Moïse).
  Juste dans la foulée, j'ai ouvert un livre dont je ne savais pas qu'il avait un quelconque rapport avec l'hébreu, et il s'ouvrait sur un cryptogramme où pouvait se lire יבצ, soit tsevi (cerf).
  Si le roman évoquait précisément le retournement de HaShem, "Le Nom", en Moshe, Moïse,
Par exemple, quand on retourne le nom de Moïse, en hébreu, on obtient HaShem.
l'auteure n'est pas hébraïsante, et a fait réaliser le cryptogramme par un spécialiste. J'ignore si l'isolation des lettres יבצ dans la version incomplète du début du livre était intentionnelle.

  Cette année 2023, très riche en coïncidences, est la première où j'ai vécu un Mardi Saint 4 avril, comme le 4/4/44 jungien. Il y a eu un intermédiaire, en 1950, 3 mois avant ma naissance.
  Coup double, publié en septembre 1950, débute un mardi 4 avril d'une année non précisée, mais Dannay pensait vraisemblablement à l'année en cours, et semble avoir exploité la date de Pâques en faisant venir Ellery à Wrightsville le 9 avril.

  Hier matin 19 octobre, la proximité de l'anniversaire de Dannay le 20/10 m'a fait étudier le calendrier de 1905, et c'était aussi une année où le 4 avril tombait un mardi (mais pas celui de la Semaine Sainte).
  De 1905 à 1950 il y a 45 ans, de 1950 à 2023 73 ans, nombres qui m'évoquent une suite additive qu'on pourrait baptiser suite X, ou suite "Ailleurs", car 
FOX MULDER = 45 73
  365 c'est 5 fois 73, et j'ai étudié ici un roman où des données calendaires pouvaient livrer les jeux 45-73 comme 225-365. J'ai également vu les citations de Verne dans LVME pouvoir former le nombre 365, comme les lettres W et X dans le damier des chapitres (dont les 45 et 73).

1-2-3-5-8-13-21-34... est la suite de Fibonacci;
1-3-4-7-11-18-29-47... celle de Lucas;
1-4-5-9-14-23-37-60... a été baptisée suite de Pythagore par Guy Bernard;
1-5-6-11-17-28-45-73... vient ensuite; à remarquer qu'on passe d'une suite à l'autre en ajoutant 0-1-1-2-3-5-8-13..., la suite de Fibonacci.
  J'ai étudié quelles années présentaient cette propriété d'être de même type 45 et 73 ans plus tard. Il faut que
- l'année de départ soit de type 4n+1 (et inférieure à xx57); 
- l'année séculaire suivante soit bissextile (donc de type 400n).
  Au 20siècle ces conditions sont remplies pour 14 années, de 1901 à 1953. Comme il existe un cycle de 28 ans (28 nombre précédant 45-73) où les années de même type se répètent (hormis lors d'un saut de siècle), 1929 à 1953 permettent des quartets d'années 28-45-73. 
  Le nombre précédent est 17; une année -17 finira comme l'année de départ de ces quartets, mais sera le plus souvent bissextile, hormis l'année 1900.
  Ainsi, les années 1900-1917-1945-1990-2063 constituent le premier quintet 17-28-45-73 depuis l'instauration du calendrier grégorien; le prochain débutera en 2300, mais il n'est pas acquis qu'il y aura encore une humanité pour en apprécier l'harmonie numérique.

  Le 20/10/1905 où est né Dannay, dans une famille juive pratiquante, était le vendredi 21 tishri 5666 s'il était né avant le coucher du soleil, le samedi 22 après, jour de la fête Shemini atseret, 8jour de Soukkot, confondu en Israël avec Sim'hat Torah.
  Peut-être la guerre actuelle au Moyen-Orient sera-t-elle nommée guerre de Sim'hat Torah, car le Hamas a choisi ce jour de fête pour son attaque. C'est la 5guerre importante entre Israël et ses voisins (hamas signifie "cinq").
  Ceci m'a fait prendre conscience que 5784, l'année hébraïque actuelle, a débuté comme 5666 un vendredi soir (mais elle n'est pas du même type car embolismique).
  Sans entrer dans les complexités du calendrier hébraïque, il me semble intéressant de mentionner qu'un mnémonique basé sur l'atbash permet de déterminer les jours de la semaine où tombent les principales fêtes, notamment Sim'hat Torah. Pendant longtemps ce mnémonique n'a concerné que 6 fêtes religieuses, et puis le 7jour, correspondant à Zayin7lettre, s'est trouvé correspondre en 1948 à la fête de l'Indépendance, 'Atsmaout débutant par la lettre Ayin, atbash de Zayin.

Note du 22/11: Peu après la publication de ce billet, Danielle Constantin a rappelé son article en ligne « Je ne manque pas d’originalité. Performance scripturale », consacré à l'étude des brouillons du chapitre 35 de LVME. Il y figure ces calculs:
 

  Perec semble être parti des nombres 34 et 222, venus d'on ne sait où. Il a simplifié en 111/17 pour effectuer une division dont le quotient débute par 65 (en fait il faudrait une virgule, 6,529...). Peut-être parce qu'il faudrait arrondir à 6,6, Perec a inscrit 66 en vis-à-vis de 65, et effectué la multiplication 66x17, produit 1122.
  Si la signification de ces calculs est obscure, j'y note cet accolement 65 66, alors qu'à ce stade d'écriture le clinamen du chapitre 66 n'était probablement pas prévu, ni le report de certains de ses éléments dans le chapitre 65.

30.9.23

Auf der Heide...

à Jean & Erica

  30 septembre. Erica fêterait ses 81 ans aujourd'hui, si elle n'était décédée en février dernier.

  Erica Freiberg a été pendant 48 ans la compagne de Jean Ricardou, et l'oeuvre de celui-ci n'aurait pas été ce qu'elle a été sans Erica, si tant est qu'il y eut une oeuvre, car Jean, sous des dehors exubérants, cachait une âme tourmentée, aux fréquentes tendances suicidaires.

  Erica a relaté dans Les mots dits sa relation avec Jean. Elle ne souhaitait pas publier ce texte, mais en a donné des extraits sur son site.
  On y apprend que leur relation a débuté par une coïncidence. En 1963-65, la jeune Américaine était étudiante à Genève, elle écrit:
  Un article lu par hasard dans la revue Critique, "Un ordre dans la débâcle", d'un certain Jean Ricardou, me passionne, et je décide de consacrer mon mémoire de licence à ce jeune critique littéraire. Cependant, lorsque je demande à mon professeur de littérature française, Jean Starobinski, s'il veut bien diriger mes travaux, il décline en disant: "Mais non, c'est un petit mathématicien sans intérêt." Avait-il entendu "Ricardo"? Je ne l'ai jamais su, mais je consacre mon mémoire de licence à Hegel et Yves Bonnefoy.
  C'est dans l'article en question, in Critique n° 163 (1961), qu'apparaît l'expression "foyer d'irradiation sémantique", qui fera florès. Erica vient ensuite à Paris, comme Jeanne Hersch, une de ses profs à Genève:
  Jeanne Hersch, qui avait été nommée directrice de la Division de Philosophie à l'UNESCO à Paris en 1966, et avec qui j'étais restée en contact, me dit alors: "Je connais quelqu'un que vous pourriez contacter pour votre thèse de troisième cycle, mais il faudrait d'abord que vous lisiez son livre, La prise de Constantinople. C'est de loin ce qui se fait de mieux aujourd'hui. Lui, c'est un petit taureau, mais il pourrait vous intéresser". Le numéro de téléphone qu'elle me donne est celui de Jean Ricardou.
  Nous nous rencontrons au Rouquet, Boulevard Saint-Germain, le 26 mai 1967.
  Cette rencontre, où, pour se faire reconnaître, Erica avait posé sur la table du café un exemplaire de La prise de Constantinople, donne son fonds biotextuel à la nouvelle L'art du X (1983), un texte essentiel commenté dernièrement ici. Erica est loin d'être absente des rares dernières fictions de Jean, notamment de la plus longue, Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan (1988), prétendument écrite par la soeur de Jean, Noëlle Riçoeur. L'autre long texte de 1988 est Le lapsus circulaire, inspiré par le mythe d'Icare (Icare-Erica), disponible ici (pour l'instant).

  Je connais depuis longtemps le nom de Jeanne Hersch, dont j'ai paraphrasé le titre Eclairer l'obscur par mon Obscurcir Leblanc en 1997.
  Mes préoccupations récentes m'ont fait chercher l'origine du nom Hersch, et, comme je le subodorais, c'est une forme yiddish de l'allemand Hirsch, "cerf".
  Ainsi, la rencontre entre Jean et Erica s'est faite par l'intervention providentielle d'un (une) "Cerf", et j'apprends ceci cette année marquée par trois coïncidences majeures "cerf", le physicien Nicolas Cerf en janvier, le mot hébreu צבי, zvi, "cerf", apparu miraculeusement au moment où il occupait mon esprit, en juillet, puis des prolongements avec les mots anglais stag et red deer, en août.

  Le billet d'août débutait d'ailleurs par un Hirsch sculpté par Hans Arp, mais je n'ai pas pensé alors à l'acteur Robert Hirsch, que je ne suis pas sûr d'avoir vu ailleurs que dans Pas question le samedi, film vu en famille en 1966.
  Je ne sais si Alec Guinness a été inscrit dans le livre éponyme des records pour ses 8 rôles dans Noblesse oblige, mais Hirsch a peut-être songé à le détrôner avec 13 rôles allégués dans ce film.
 

  J'ai eu la curiosité de revoir le film, qui n'a pas trop mal vieilli, et dont une particularité est le générique affichant tour à tour 9 Hirsch:
Robert, Haïm, Freddy, Freda, Hans, Carlo, Zvi, Léon, Archibald mac
  Les 13 rôles sont discutables, car sur la pochette ci-dessus on voit 5 fois le chef d'orchestre Haïm Silberschatz, à différents âges. Les autres sont ses 6 enfants, deux d'entre eux apparaissant deux fois (l'Allemande Freda se fait passer pour Hans, le Français Léon est un cambrioleur recherché qui se déguise en arabe).
 
  Il y a un écho avec le billet précédent, Le grand Ailleurs, car le début du film montre un VSCD, ou vécu subjectif de contact avec un défunt: Haïm Silberschatz à l'article de la mort voit son père Yonkel lui apparaître, et lui demander de faire un nouveau testament, léguant sa fortune aux enfants qu'il a semés de par le monde pendant sa carrière, à la condition qu'ils soient mariés et s'installent en Israël d'ici 30 jours.
  A ce vécu subjectif s'ajoute une touche d'humour objectif, comme disait André Breton, car Yonkel était tailleur ("était ailleurs", et je n'avais pas pensé à cette possibilité en choisissant le titre Le grand Ailleurs, inspiré par Le grand nulle part de James Ellroy).

  Une partie du l'épreuve est facilitée par le fait qu'un des fils est marié et vit déjà dans un kibboutz, Zvi ("cerf", joué donc par "Zvi Hirsch", "cerf cerf"),
 

mais il n'est pas intéressé par l'argent (Silberschatz signifie "trésor d'argent"), et ne considère pas Haïm comme son père....

  Un autre écho, en partie prémédité, avec le billet précédent, est arrivé avec la découverte dans les rayons de la médiathèque de Vinon de La deuxième vie d'Amy Archer (2013), de R.S. Pateman.
  Amy, la fille de 10 ans de Beth Archer, a disparu le 31 décembre 1999. 10 ans jour pour jour plus tard, une certaine Libby Lawrence vient la voir, avec sa fille Esme, conçue le 1er janvier 2000, et qui depuis le plus jeune âge se dit avoir une autre mère, la vraie, Beth Archer, et de fait Esme semble connaître les plus infimes détails de la vie d'Amy.
  Alors c'est bien sûr parce que ce genre d'histoire m'intéresse que j'ai emprunté et lu le livre, mais la réelle coïncidence est un écho avec le billet précédent Le grand Ailleurs, consacré au X, au chiasme. J'y écrivais:
  Le X est la croix de Saint-André, et les auteurs à lire en diagonale ont parfois recours pour les noms de leurs personnages à des mots évoquant la pièce qui se déplace en diagonale, le fou, l'évêque, l'archer.
  Le fou des échecs est ainsi appelé en anglais bishop, ou archer. Le symbole du fou dans les diagrammes d'échecs est une mitre d'évêque, . Alors la curiosité c'est qu'Amy Archer avait une amie intime en 1999, Dana Bishop. Aucune allusion au jeu d'échecs n'apparaît dans le roman.
  Mais Dana Bishop y joue un rôle essentiel, car Beth découvre qu'elle a vécu avec Libby et Esme sous le nom Henry Black (the black bishop est le fou noir des échecs). Beth en conclut qu'elle a été victime d'une arnaque, et prévient la police...
  Mais il y a un second retournement. Dana Bishop s'était rapprochée des Lawrence car elle avait rencontré Esme par hasard, et avait reconnu en elle Amy. Et Esme, "réelle réincarnation" d'Amy, peut révéler des choses que n'aurait pu connaître Dana, comme l'endroit où Amy a été enterrée.
  Un autre indice que Dana n'a pu communiquer à Esme est ce qu'avait éprouvé Amy en dévalant en skate les tunnels de la station Elephant and Castle. Le nom de la pièce des échecs "fou" vient d'un mot persan signifiant "éléphant", et l'un des noms anglais de la tour des échecs est castle.
  Au moment où j'écris ceci, Le masque et la plume parle du dernier roman de Mathias Enard, dont j'avais apprécié Zone, ce qui me fait consulter sa bibliographie, et découvrir Parle-leur de batailles, de rois et d'éléphants.
  Un autre retournement conclut La deuxième vie d'Amy Archer...
 
  S'il est dit que Esme est un prénom proche d'Amy, il ne l'est pas que les prénoms pourraient avoir la même étymologie.
  Par ailleurs les prénoms des mères, Beth et Libby, sont deux diminutifs d'Elizabeth.

   Fou noir, échecs, X, Ricardou... Ricardou a construit son roman Les lieux-dits (1969) comme un échiquier, en 8 chapitres de 8 sections chacun. 
  Les 8 noms des lieux-dits sont tels que le quatrième lieu, BELCROIX, apparaît aussi dans la diagonale dextro-descendante.

  Le X de la croiX, le X au coeur du teXte, était essentiel pour Ricardou, lequel a déploré, le roman achevé, en cours de dactylographie par Erica, que l'autre diagonale, ERBRDAAM, ne veuille rien dire.
  Erica a remarqué que, dans l'autre sens, MAADRBRE se réarrangeait aisément en MAD ARBRE, ce qui trouvait sens dans le roman où l'un des deux protagonistes essentiels était Olivier Lasius, Olivier un nom d'arbre pour évoquer la couleur verte, le vert olive, et Lasius nom d'un genre de fourmi noire, dont l'espèce Lasius alienus était mise en avant, car cet Olivier était fou, échappé d'un asile, ce qui permettait à Ricardou l'anagramme asilus alienus (un jeu oulip-ien (lasius signifie "poilu")).
  J'ai repéré en 2012 qu'au centre de la grille apparaissaient les lettres RCRD, consonnes de RiCaRDou et j'ai alors pensé que c'était intentionnel, de même que MAD ARBRE, auquel Ricardou faisait allusion dans Le théâtre des métamorphoses, brièvement consulté. J'avais un a priori négatif envers Ricardou, et n'ai donc pas cherché à le contacter.

  J'ai surmonté en 2018 cet a priori pour lire attentivement diverses oeuvres de Ricardou, et découvrir sa communication Roman: des inventions par l'imprévu, où il révèle que la diagonale MAADRBRE était imprévue, mais se garde de préciser qu'elle lui a été révélée après l'écriture du roman par un tiers, en fait une tierce. En tout cas il était clair que les lettres RCRD au centre de la grille étaient inconnues de Ricardou. Il était trop tard pour le contacter, mais j'ai pu joindre Erica qui m'a appris son rôle pour MAADRBRE, et bien d'autres choses...
 
  Il s'en est suivi ma communication au colloque de Cerisy en 2019, où je remarquais aussi que Ricardou n'avait pas pointé que le MAAD était dans la grande diagonale du fou.
  Il me semble important de préciser aujourd'hui que c'est la diagonale du fou noir, sans que je sois en mesure d'en évaluer exactement l'importance.
  Le bilinguisme MAD-FOU peut être rapproché de la ressemblance BLACK-BLANC, à laquelle peuvent faire penser les lettres BELC...
  En vis-à-vis de MA(A)D apparaît en clair le nom d'une autre pièce d'échecs, ROI(X)...
  J'ai étudié ici la coïncidence entre le parcours du cavalier dans La vie mode d'emploi, et dans la dernière étape du décodage du Grand Parchemin de Rennes-le-Château: dans les deux cas le point de départ est la case 6/6, le palier de Bartlebooth dans le premier, la lettre B dans le second. Un détail fourni par Caradec m'a donné à penser que des oulipiens auraient été mêlés à ce canular.
  La case 6,6 de l'échiquier des Lieux-dits est occupée par un B... La seule autre lettre commune est le X en 8,1, X de PAX, "paix", dans le cryptogramme, X de BELCROIX chez Ricardou, lequel indique que BEL y signifie "guerre"...
 
  Erica avait consacré ses dernières forces à l'Intégrale Jean Ricardou, dont 7 volumes sont parus, un 8e (et probablement dernier) devant paraître en 2024.
 




22.9.23

le grand Ailleurs

à C.E. & CE

  Une analogie d'abord.
  Le dérèglement climatique est aujourd'hui une certitude, comme le fait qu'il soit essentiellement dû à l'activité humaine. S'il y a néanmoins toujours des gens pour le nier, de diverses façons, il y a aussi diverses façons de l'admettre, et de multiples comportements découlant de cette acceptation:
- certains, qui avaient auparavant une attitude écoresponsable, vont estimer que ça n'en vaut plus la peine, et compenser leurs restrictions passées par une débauche d'énergie;
- certains vont ne rien changer;
- certains vont faire des efforts pour diminuer leur empreinte carbone, à des degrés divers;
- certains vont s'investir à fond dans l'activisme écologique, et là encore les options sont multiples...

  Si la question climatique est importante, il en est une encore plus essentielle, The Question, celle de l'Être, de la Réalité, de la Conscience...
  Or, dans ce domaine aussi, les dernières décennies ont apporté des informations cruciales, que chacun devrait connaître avant de se risquer  à un avis sur La Question.

  D'abord, il faut rappeler que toute information procède de la conscience, en principe subjective, et qu'employer le terme "objectivité" est un parti pris nécessaire, sans lequel tout discours serait inutile.

  Deux livres français importants sont parus en 2022, et je commence par Cette vie... et au-delà, du psychiatre Christophe Fauré.
  Fauré était l'invité de Sous le soleil de Platon le 18 août dernier, où il exposait comme dans son livre l'état actuel des recherches sur les Expériences de Mort Imminente (EMI, NDE) et phénomènes apparentés, recherches qui sont passées au stade universitaire aux USA, et font l'objet de publications dans des revues "sérieuses", comme The Lancet.
  Je m'intéresse à la question depuis longtemps, ayant connu quelques expériences analogues, et j'étais donc déjà convaincu, mais je le suis bien plus après la lecture de ce livre, au point qu'il me semble inconcevable que quiconque puisse encore nier les aspects déroutants des EMI (et pourtant il y a toujours des négateurs, de même que des climatosceptiques).

  C'est que, parmi les millions d'expérienceurs (12% parmi les réanimés, soit déjà 2 millions aux USA), il en est des centaines, des milliers, qui "reviennent" avec des informations qui ne peuvent avoir été acquises de façon normale.
  Ceci concerne souvent l'autoscopie. Juste après un accident, ou pendant la réanimation, la conscience "voit" de haut le corps dont elle est issue. Je n'ai pas de peine à l'accepter car j'ai connu à 21 ans cette expérience, hors de toute circonstance traumatique; elle m'était apparue comme une hallucination.
  Mais des expérienceurs rapportent des détails précis sur des incidents survenus alors qu'ils étaient en état de mort clinique. Dans certains cas, la conscience désincarnée s'éloigne du lieu où git son corps, et va par exemple visiter d'autres secteurs de l'hôpital, la personne réanimée donnant ensuite des précisions inouïes.

  Un aspect courant des EMI est la "rencontre" de l'expérienceur avec des proches décédés, or, parmi la multitude des cas, certains concernent des décès ignorés de l'expérienceur, soit qu'il s'agisse de morts récentes, soit de secrets de famille.
  Je rappelle que lors de son EMI de 1944, presque un modèle du genre à une époque où le phénomène était inconnu, Jung a rencontré son médecin Haemmerli dans l'Ailleurs, et qu'il a eu l'intuition que ce pouvait être un signe funeste. Haemmerli informé en a ri, s'est déclaré en parfaite santé, mais est tombé malade au moment où Jung était jugé tiré d'affaire, et est mort au moment où Jung quittait l'hôpital...

  Il y a d'autres curiosités, comme les aveugles de naissance qui découvrent la vision lors de leurs EMI...
  Si l'EMI est aujourd'hui un phénomène connu de tous, sauf des enfants en bas âge, et que cela pourrait influencer les témoignages, les EMI d'enfants en bas âge sont analogues à celles de leurs aînés.

  Chaque cas extraordinaire mériterait d'être cité, mais il y en a tant. Et c'est leur abondance, ainsi que le sérieux des études, qui montrent qu'il se passe "quelque chose".
  Les milliers de cas attestant que l'expérience n'est pas uniquement subjective montrent qu'il en est probablement de même pour les millions de cas où les expérienceurs n'ont pas rapporté de leurs EMI des éléments vérifiables.

  Si l'éthique interdit de provoquer volontairement des EMI, le phénomène est fort proche de l'OBE, ou EHC, Expérience Hors du Corps. J'ai eu une OBE à 19 ans, que j'ai longtemps occultée tant elle était alors dérangeante. Je pensais l'avoir déjà relatée sur Quaternité, mais je n'en trouve pas trace. J'y reviendrai plus loin.
  Certaines personnes se disent familières du phénomène, sinon pouvoir le provoquer à leur gré. Ceci pourrait se vérifier par les expériences de vision à distance, menées par divers parapsychologues, dont les résultats sont rejetés, ou ignorés, par la science "officielle".
  Le récent Voyage aux confins de la conscience (2016) de Sylvie Dethiollaz étudie le cas de Nicolas Fraisse. Charlatan? Expérimentateurs naïfs? Serait-il possible d'établir un protocole permettant de vérifier les formidables allégations de ce livre? Et ce n'est encore qu'un cas parmi une multitude.

  Christophe Fauré étudie aussi les "souvenirs de vies antérieures". Là encore les cas sont multiples, et je ne cite que celui d'un garçon de 3 ans qui dit se nommer James Huston et avoir été un pilote abattu lors de la bataille d'Iwo Jima, avec d'autres précisions vérifiées par le pédopsychiatre Jim Tucker qui en conclut:
Face à tant de preuves, l’explication la plus évidente est que le petit James a, avant cette présente vie, vécu une existence en tant que James Huston.
  J'ai déjà parlé de ce cas dans Etranges échanges, où je livrais mes réticences sur la réincarnation, hypothèse simpliste. L'inconscient collectif, concept jungien, rend aussi compte de ces phénomènes.

  Fauré étudie aussi les EFV, Expériences de Fin de Vie. Jusqu'à 80% selon les études, les personnes en fin de vie connaissent des états particuliers, jadis pris pour des hallucinations. C'est le plus souvent un sentiment de présence de proches décédés.
  C'est aussi la "lucidité terminale", où un mourant très diminué se voit recouvrer ses facultés intellectuelles. Une des dernières paroles, sinon la dernière, de ma femme, assommée de morphine, a été "Je sais ce qui m'arrive."
  Un autre cas est les expériences de mort partagée, où les proches assistant un mourant partagent certains éléments de son EMI.
  Ceci a été particulièrement étudié par Raymond Moody, celui qui a révélé au grand public le phénomène de l'EMI avec Life after life (1975).
  Après avoir évoqué la "réincarnation", je rappelle que Moody est né le 30 juin 1944, le jour de la mort de Haemmerli, le docteur qui n'avait pas pris au sérieux l'EMI de Jung.
  Ceci me semble un peu parallèle à l'enquête de Stéphane Allix dans Lorsque j'étais quelqu'un d'autre (2017), où il se découvre être la réincarnation d'un officier SS mort sur le front de l'Est en 1941, antithèse de sa personnalité présente.

  Fauré obéit à la quaternité avec l'étude d'un quatrième phénomène, les VSCD, ou vécus subjectifs de contact avec un défunt.
  Là encore l'abondance des cas est effarante, car le phénomène toucherait près de 50% des personnes en deuil, sous de multiples formes.
  Il s'agit souvent d'un simple ressenti, mais le phénomène peut avoir des manifestations physiques, ou livrer des informations vérifiables. Ainsi, comme dans les EMI, les proches morts très récemment peuvent se manifester, en-dehors de toute connaissance d'un état critique, parfois à l'instant même de leur décès.
  Ce ne sont pas obligatoirement les proches qui sont concernés, et les contacts peuvent concerner de parfaits inconnus, dans des récits fort proches des histoires de fantômes.
  Jung relate dans Ma vie... un cas personnel que j'ai repris ici. Un voisin récemment décédé de Jung lui apparaît, et l'invite à le suivre en imagination chez lui, où il lui désigne un livre précis dans sa bibliothèque. Jung va voir la veuve, et demande à voir la bibliothèque, où il n'a jamais mis les pieds. Elle est bien celle de sa vision, et le livre désigné a un titre significatif.
  Jung commente: Si ça ne prouve rien, ça donne à penser.
  Effectivement.

  De même, Fauré admet que la multitude des cas étudiés ne prouve aucune hypothèse, mais elle est suffisante pour l'avoir convaincu d'une continuité de la conscience après la mort.
  C'est certes tentant, et le livre est remarquablement argumenté en ce sens, mais j'ai deux remarques...
  Les manifestations physiques lors de certains VSCD (contacts avec un défunt) semblent aussi bien documentées, et ne sont pas contestées par Fauré, mais il n'en est plus question dans la conclusion, et ceci va bien au-delà du problème de la conscience.
  L'actualité s'en mêle, avec un témoin de marque, Amélie Nothomb (no tomb!), dont le dernier livre, Psychopompe, est autobiographique. Elle y confie que son défunt père communique avec elle, avec parfois des manifestations physiques.
   Une citation de son livre:
  De tels phénomènes, chacun les interprète à sa manière. Ce qui me frappa, ce fut la certitude de ceux qui y voyaient de l’autosuggestion.
  Ainsi, lors du Sous le soleil de Platon, Michel Onfray assène sa certitude que la conscience s'éteint avec la vie. Est-il déjà mort pour afficher cette outrecuidance?

  Enfin Fauré déclare avoir limité son étude à quatre phénomènes, et s'en justifie de manière convaincante, mais voilà: peut-on tirer une conclusion valide d'une analyse limitée?
  Précisément, l'autre livre signalé au départ cite Stanley Krippner:
  Chaque fois qu'on est près de comprendre quelque chose dans le domaine du paranormal, quelque chose de nouveau se manifeste pour remettre tout à plat et nos espoirs à zéro.
  Cet autre livre, c'est Phénomènes, recueil d'essais de divers chercheurs, chapeauté par Laurent Kasprowicz et Romuald Leterrier.
  Ici, l'ensemble des phénomènes zarbis est étudié, tant que faire se peut en 360 pages, avec une approche commune: l'intervention du trickster, l'archétype malicieux qui semble s'ingénier à égarer toute recherche par l'aberrant ou le ridicule.
  La préface essentielle de Bertrand Méheust est accessible ici dans son intégralité.

  J'ai eu affaire au trickster dès mes premières recherches dans la Bible hébraïque, ce qui me faisait dire à qui voulait m'écouter: "ça" se fout de nous. Plus tard, le motif 5-13 trouvé chez Rabelais m'a conduit à le baptiser l'éon Napol (AO/NPL = 15/39 = 5/13 dans l'alphabet d'alors).
  Bref, chaque fois que je me suis senti proche d'une découverte littéraire qui me procurerait une certaine reconnaissance, il est arrivé quelque chose qui réduisait à néant la possibilité d'en rendre compte honnêtement.

  Car les milieux "autorisés" exigent un cadre normatif où insérer les faits, et je soupçonne que bien des théoriciens établissent leurs thèses en omettant, plus ou moins consciemment, les faits dérangeants. Lors de mon début de 3e cycle dans un labo de chimie du CNRS en 1971, je me suis aperçu que la "science" était loin d'être aussi rigoureuse que je me l'imaginais, et que les bizarreries non répétitives étaient ignorées.

  Un fait illustre parfaitement la différence d'approche entre Cette vie... et Phénomènes, où une même étude est commentée. Le Dr Janice Holden a étudié 93 cas d'EMI où l'expérienceur a décrit sa réanimation, vue "de l'extérieur" par sa conscience décorporalisée. 86 témoignages sont entièrement corrects, 6 contiennent des erreurs, 1 est complètement erroné.
  Fauré comme Holden utilisent l'approche scientifique usuelle pour estimer l'étude fortement en faveur de la conscience indépendante du corps, tandis que Sharon Hewitt Rawlette, dans sa collaboration à Phénomènes, pointe sur les erreurs:
Comment expliquer que des éléments faux soient rapportés par les expérienceurs?
  De même, lorsque l'équipe du projet Blue Book déclarait Circulez, y'a rien à voir après avoir annoncé qu'elle pouvait expliquer 95% des cas d'observations d'OVNIs, Jacques Vallée pointait que l'essentiel, c'étaient les autres 5%, ce qui représentait tout de même des centaines de cas.
  Les choses ont tout de même évolué, et des instances officielles admettent aujourd'hui de nombreux cas inexpliqués.

  Phénomènes est donc un livre essentiel à mon sens, mais je doute qu'il change beaucoup les choses, car Human kind cannot bear very much reality, comme disait St Eliot, et personne n'a envie d'accepter que la réalité soit truquée, à moins de l'avoir soi-même expérimenté, et d'avoir pleinement intégré cette expérience.
  L'idée de la continuité de la vie après la mort terrestre est bien plus tentante... mais elle n'est pas exclue, bien au contraire, par l'approche jungienne, selon laquelle la "réalité" doit demeurer un mystère, d'où l'intervention du trickster (lui-même fort mystérieux).

  Les rationalistes purs et durs auront tôt fait d'avancer que certains des phénomènes étudiés dans Phénomènes sont douteux, sinon charlatanesques, pour en conclure à la nullité de l'ensemble.
  Il me semble plutôt que, parmi la multitude des phénomènes zarbis, il suffit qu'un seul soit avéré pour faire s'effondrer le paradigme matérialiste. 

  Si j'ai un "don" particulier, c'est celui de découvrir des harmonies cachées dans des créations diverses, essentiellement littéraires. C'est pour moi quelque chose d'apparenté aux bizarreries étudiées dans Phénomènes, mais il s'y ajoute une certaine beauté intrinsèque, hélas pas forcément perceptible par tous.
  Le 19 septembre, passant en revue mes multiples découvertes, il m'est revenu une touchant au langage lui-même, avec les huit premiers nombres de Fibonacci exprimés en anglais, offrant ce chiasme:
ONE+ONE+TWO+THREE+FIVE+EIGHT = 13x21
1x1x2x3x5x8  = THIRTEEN+TWENTYONE
Vérification sur le Gématron.
  Je l'ai aussi écrit ainsi:
1+1+2+3+5+8 = 13x21 (=273)
1x1x2x3x5x8  = 13+21 (=240)
  Ce n'est qu'en y repensant, plus de 8 ans après la découverte, qu'il m'est venu un dessillement. La somme des huit premiers nombres de Fibonacci est 273+240, soit 513, or j'ai baptisé mon trickster personnel Napol, à partir du motif 5-13 rencontré chez Rabelais, or le motif fait aussi coïncidence dans le langage, grec cette fois.
  Les nombres 30 et 78 apparaissent à diverses reprises chez Rabelais, avec finalement les 108 "degrés tétradiques" menant au Temple de la Dive, correspondant au double de la "psychogonie de Platon", soit le lambda pythagoricien formé des premières puissances de 2 et 3.
(1+2+4+8) / (3+9+27) = 15/39 = 5/13,
or la lettre Λ utilisée pour cette représentation se lit Λαμβδα, avec selon les valeurs des lettres grecques
Λ/Λαμβδα = 30/78 = 5/13.
PANURGE (=78) est saisi de terreur en arrivant à la 78e marche des escaliers.
  Jung, à la suite de Rudolf Otto, évoque souvent la terreur devant les mystères divins, la Bible aussi (terribilis est locus iste).

  En parlant plus haut de "pleinement intégrer une expérience zarbi", je pensais à moi, et plus particulièrement au cas Elleswer. Dans le billet éponyme, je citais ce rêve du 4 août 2009:
Je lis la revue Elleswer n° 29. J'y trouve une coïncidence dans un poème contraint.
  La seule certitude* était ce titre, la maquette de la revue rappelait fortement celle de Planète, et je me suis procuré le Planète  n° 29.
*en note: ma certitude du titre, ça m'étonne! (d'après un palindrome d'Alain Hupé)

  Je ne vois pas comment j'aurais pu savoir que elleswer était une vieille forme de elsewhere, "ailleurs", or un article du Planète concerne la maison de Guernesey de Victor Hugo. Il y est question de la formule qu'il avait gravée sur un étrange meuble de sa maison, la Chaire des Ancêtres: Hic nihil, alias aliquid. "Ici rien, ailleurs quelque chose".
  Ci-contre la Chaire, dans la salle à manger de la maison.
  J'avais bien sûr apprécié la coïncidence en 2010, mais je n'avais pas souligné que j'avais découvert cette formule significative grâce à un "ailleurs" venu d' "ailleurs"...
  J'avais peut-être cherché en 2010 des harmonies dans les quelques vers de Hugo donnés dans Planète. Je me suis aussi penché sur diverses études voyant des schémas numériques dans ses oeuvres, sans y trouver d'intérêt, mais en 2012 Robert Rapilly a fait une magnifique trouvaille: avant le fameux premier vers des Contemplations, "Ce siècle avait deux ans, ...", Hugo avait écrit un quatrain, qu'il a biffé, et ce quatrain avait pour valeur 1802.
  Ce quatrain concernait le "guerrier suprême", Napoléon, et c'est évidemment avec cette arrière-pensée que j'avais jadis forgé "éon Napol".

  Ailleurs... J'ai depuis 40 ans Les Yeux géants, de Michel Jeury, dans la collection Ailleurs et Demain, roman d'ailleurs initié par les recherches de Bertrand Méheust (préfacier de Phénomènes).
  J'en ai parlé récemment ici, avec diverses citations dont celle-ci:
C’est que nous ne savons pas encore ce qu’est la réalité; et quand nous le saurons, nous découvrirons sans doute que sa nature nous interdit également toute certitude.
  Je me suis demandé quel était le n° 29 de la collection Ailleurs et Demain. Elle n'était pas numérotée, mais selon les ordres de parution, ce serait Zone Zéro, de Herbert Franke (1973).
  Il n'y en a pas eu d'autre édition papier. J'ai trouvé un e-book en ligne, et c'est un très curieux roman, où la question de la réalité est déjà au premier plan. Quelques citations: 
Le système était sur le point – mais nous ne le savions pas encore à l’époque – de porter l’évolution sur le plan de l’information pure.

Calculs infinitésimaux, simulations, modèles… Le moment vient où ils remplacent la réalité, le présent, l’avenir.

Ce qui vous tient lieu de passé, c’est ce qui est engrangé dans votre mémoire. Les souvenirs qui vous servent de référence dans votre vie présente. La question n’est pas de savoir si les références sont vraies ou si elle sont fausses. En revanche, il importe qu’elles soient efficientes, c’est-à-dire sûres et utiles.

Vous aviez donc perdu tout espoir de retrouver vivants vos camardes ?
  La dernière est évidemment une coquille, la seule que j'ai repérée, peut-être déjà présente dans l'édition d'origine, en tout cas j'ai retrouvé la citation ici (non créditée). L'accolement de "vivants" et "camardes" m'évoque mes récents développements sur mon rêve "1La vie 2mortelle".

  Mon OBE, brièvement. Après avoir marché près d'une heure par une nuit froide, sans doute pendant l'hiver 1969-70, j'ai pris mon pouls qui était curieusement bas. Couché, je me suis senti entraîné à grande vitesse, dans un bourdonnement intense. Puis ça a ralenti, le bruit s'est atténué, jusqu'à mon arrivée dans un lieu noir, où je flottais dans le vide, conscient néanmoins d'une présence. Une voix formidable a retenti, dans une langue inconnue dont je comprenais cependant le sens: "Je ne suis pas ce que l'on croit."
  Ce souvenir est une reconstruction, car j'ai longtemps fait l'impasse sur cette expérience qui me dérangeait profondément, après m'être débarrassé de l'éducation catholique inculquée par mon entourage.




  Lors de la lecture de Cette vie..., j'ai tenté de visualiser ma conscience sortir de mon corps, sans succès...
  J'ai cependant fait un rêve étrange, dans la nuit du 28 au 29 août.

  Une jeune femme, du nom de Eau, disait m’avoir connu dans son « premier caractère », ce qui me semblait signifier sa première incarnation. Elle disait avoir eu une fille avec moi.
  Il était assigné à chacun une image pixellisée, du genre de celles expérimentées alors sur la liste Oulipo, dont j'ai donné quelques exemples dans les billets récents.
   J’ai vu quelque chose fort proche de ceci, sans me souvenir qui ça concernait.

  A peu près réveillé, je me suis dit que character en anglais signifie « personnage », « rôle », mais aussi « lettre », et que FIRST CHARACTER a 14 lettres, de quoi inspirer un sonnet acrostiche.
  Je n’ai pas respecté l’image de départ, devenue ceci, parce qu'il est difficile d'écrire un alexandrin de valeur 256. Il m'a semblé qu'elle pouvait exprimer l'idée d'une âme se ramifiant en plusieurs réincarnations, ce qui est proche du concept du guilgoul.
Follement ramifié par ce songe éphémère,
Il m'est venu le nom de mon ange échu, Eau,
Réceptive jadis, de notre enfant la mère,
Soeur câline ou amie, invitée ou cadeau...

Tu m'eus trouvé dès ton tout premier caractère,
Cabotant de tout temps, tout lieu, tout haveneau,
Hôte inconstant, parfois oison d'une autre Terre,
Audacieuse ou poltronne, archiviste ou pourceau.

Rêver est périlleux, rêver est prophétique,
Aux esprits endurcis dans un délire orphique,
Cela peut entraîner vers un injuste jour.

Tu te révélerais dans ta nouvelle niche...
Eau, je ne rêve pas, je saisis ton retour,
Revenante effective en mon espoir fétiche.
  La 1e version publiée sur la liste Oulipo le 29 août était légèrement différente. Le 5e vers était
Tu m'eus connu depuis ton premier caractère,
plus conforme à mon idée, mais il manquait un pixel à l'image. C'est Gef qui a trouvé l'autre possibilité, permettant de récupérer le pixel manquant.

  J'ai appris ensuite que Christophe Fauré avait publié en 2021 un roman, Mourir n'est pas te perdre, où un couple se reforme au fil des réincarnations. Le premier couple était Inanna et Anzû, en 4700 avant J.-C., en Mésopotamie, ce qui me rappelle l'apparition fortuite de Inanna Mar(duk) dans une colonne de la grille de Cyril.

  Le roman de Sinoué qui a joué un rôle essentiel dans mon intuition sur le 4/4/44, Des jours et des nuits, a aussi une intrigue similaire, et il se trouve qu'une coïncidence concernant Ishtar, autre nom de la déesse Inanna, a joué un rôle dans la genèse (RAShIT en hébreu, IShTAR...) de ce roman.
  Encore pas mal de développements en perspective...

8.9.23

Chi va chiasmo va pazzo

à André & Xavier du Batiscop

  389e billet de Quaternité, 3-8-9 équivaut à C-H-I, Chi ou Khi, la lettre grecque X ayant donné son nom au chiasme.

  L'X a ses lettres de noblesse en littérature, avec de multiples titres, The tragedy of X d'Ellery Queen (1932), X v. Rex de Philip Macdonald (1933), et la liste serait longue jusqu'à X de Davey Davis (2022). 
  La littérature à contrainte y participe, avec L'art du X de Ricardou (1983), hommage à Perec auquel j'ai consacré plusieurs billets.

  Le cinéma n'est pas de reste, et la palme revient probablement à Roger Corman, lequel a choisi Ray Milland pour incarner "X" the man with the X-ray eyes, (1963): le docteur Xavier a transformé sa vision pour pouvoir traverser la matière...
  Comment ne pas citer X-Files, dont la première saison avait 24 épisodes (X est la 24e lettre). En 2022 est aussi sorti le film d'horreur X.

  Le chiasme est une figure de rhétorique, et ses applications sont multiples en littérature. Je pense encore en premier lieu à Perec.
  L'outil récemment mis en ligne par Gef permet de transformer des textes en images pixellisées, selon diverses options. J'ai aussitôt pensé à l'utiliser avec des textes de Perec, comme l'ont fait les brodeuses de Perecofil (ci-dessus le "sonnet" de Métaux avec deux diagonales isogrammes, en M et U).
  Précédemment, Marylin Rolland avait utilisé les textes de Perec pour ses créations, par exemple Alphabets, et l'image ci-contre n'est qu'une petite portion de la représentation des 176 onzains, en lignes de 121 cases colorées correspondant aux 11x11 lettres de chaque onzain. Le flou des couleurs est dû à l'utilisation d'une imprimante avec un ruban usagé.
  Je suis fasciné par Alphabets, et notamment par la formule L'usine à troc qui gouverne la série en C, donnée dans ce billet contenant un poème contraint en hommage au recueil. J'ai aussi imaginé le 11/11/11 une série de 11 onzains basés sur la séquence LUSINECARDO, 11 lettres de valeur 11x11, reprenant les mêmes contraintes que la série de Perec.
  La série de Perec est encadrée par deux onzains, l'un dont la dernière rangée et la dernière colonne forment LUSINEATROC, formule retrouvée dans la première rangée et la première colonne de l'autre.
  Voici ce que ça donne selon l'option "gématries des lettres" avec l'outil de Gef:
 

  J'ai inscrit, entre les dernière et première lignes, identiques, des deux onzains, les correspondances binaires en lettres. Un peu de patience permettrait de reconstituer les poèmes...

  Les onzains en B et C donnent 42 pixels par ligne, ceux en D, F, et G, 43 pixels. Perec a donné en 4e de couv' d'Alphabets le onzain 43 en exemple,

LANGESOURIT   LANGESOURIT
ALORSGEINTU   AL
NGLASTIREOU   N L
GRELOTASUNI   G  L
ERSALUTONGI   E   L
SAITOLURNEG   S    L
OURANTLESIG   O     L
UIGNARTLESO   U      L
RTISANGELUO   R       L
INTEUGRASLO   I        L
TIONASURGEL   T         L

et les tenants de l'hypothèse 11-43 pourraient trouver significative sa traduction en 11x43 pixels:
 

   A ces L de l'ange correspond la valeur binaire 1100.

  De H à M on passe à 44 pixels par ligne, ainsi 4 onzains totaliseraient 44x44 pixels, 1936, année de naissance de Perec, ce qui a peut-être compté pour la décision de composer un recueil de 176 onzains, totalisant 1936 vers.
  Les romans de Gilbert Sinoué et Paul Halter ont joué un rôle certain dans mon intuition sur le 4/4/44 jungien. Je me suis avisé en 2010 que les noms HALTERSINOU(E) formaient un parfait énoncé hétérogrammatique ESARTINULO+H, correspondant aux 121 vers de la série en H d'Alphabets, et qu'il suffisait que l'un de ces vers soit suivi ou précédé d'un E pour avoir une parfaite anagramme.
  Il y a 10 cas, parmi lesquels seuls 2 sont composés de mots complets: le premier vers du premier poème, suivi du E du vers suivant, livre
Hélas ! Ni route (...)
  Ensuite, l'avant-dernier vers du quatrième poème, suivi du E du vers suivant, livre
Sait-on l'heure ?
  Sans Perec, je n'aurais probablement jamais su que, grâce à "Sinoué-Halter", "on sait l'heure" d'un fabuleux événement, l'échange Jung-Haemmerli le 4/4/44 à midi (dont la position aux exacts 4/5es de la vie de Jung m'est apparue  il y a exactement 15 ans, le 8/9/2008).

  Aujourd'hui, je m'avise que les 4 premiers onzains de la série en H, du premier vers où débute Hélas ! Ni route, jusqu'au dernier où s'achève Sait-on l'heure ?, forment avec l'outil de gématrie binaire un carré de 44x44 pixels, que voici (y a-t -il une route pour sortir de ce labyrinthe?):
 
 
  Les autres séries, de P à Z, se traduisent par des lignes de 45 pixels.
  Sachant que mon heure viendra en 2025, 45x45, il m'est venu l'idée de réaliser un centon de "vers" de Perec, tel qu'un même motif 3x3 y apparaisse 15 fois dans les deux diagonales, en X.
  Je ne suis guère satisfait du résultat, il eût certainement mieux valu choisir un motif 5x5, voire 9x9, mais voici:
 

(par facilité, je me suis servi des mêmes vers lorsque la symétrie le permettait)

  Ceci m'a donné envie de réaliser quelque chose de plus net, et je suis arrivé à ce "gag":
gag
X c
je
di
bu
aqa
go

  Bon, ça ne veut rien dire, et je suis parvenu à la même figure selon les gématries par mots, avec

Justement,
X ab-
outit,
magique
encodeur,
à codage
foisonnant.

  Gef est parvenu à représenter cet échiquier par un dizain de disyllabes rimé. Il a obtenu la même figure selon les gématries par lettres, avec un galimatias comparable à ce que je donnais plus haut.

  L'option la plus simple est la gématrie par lignes, mais elle demande des textes bien plus longs, ainsi un alexandrin codera usuellement 9 bits.
 
  J'ai eu l'idée d'un sonnet donnant deux fois ce motif, et, le X étant devenu ce que l'on sait, d'y donner dans le porno.
  Il faut savoir qu'un colistier de la liste Oulipo joue au "serial cocu", ayant entrepris un pot-pourri de 100 sonnets contant les frasques de sa bien-aimée Gabrielle, avec des contraintes diverses. Son site en offre actuellement 71.
  J'ai suivi d'assez près ses contraintes, sauf en ce qui concerne "l'érotisme discret"...
  Chacun de ses sonnets est introduit par une illustration adéquate, et une chanson de Bashung m'a fourni l'identité de l'amant de Gabrielle pour mon plagiat.
---

Comme il osa hurler dans un refrain minable,
Gaby la magnifique est folle de Bashung...
Ce qui la fait gicler, la garce insatiable,
son x* rose est percé d'un anneau de packfung.

L'abdomen affalé sur un divan pliable,
elle fripe bien bas sa jupe de shantung,
exhibant ses deux x* au rocker increvable:
il vante les succès de sa Weltanschauung.

Elle épile sa x*, à ses sept chats de même,
ranime le fier x*, lui dédie un poème,
le digère à nouveau dans son corps épanoui.

Hélas, hélas, hélas ! le pâle tréponème
a trouvé le chemin dans le dédale inouï:
elle regrettera d'avoir à tel point joui.

---
* censuré

  Incidemment, la gématrie des vers 1-7-8-14 est 387 (110000011), et il suffirait de déplacer un bit pour obtenir 389 (110000101), soit C-H-I, ainsi ci-contre le "rocker increvable" est devenu "détestable". J'ai préféré conserver la symétrie.
  Il y a tout de même un 389 dans mon sonnet, où les deux vers d'introduction totalisent 69 lettres. Les autres 24 (X) hémistiches totalisent 389 (CHI) lettres.

  Incidemment encore, la fin moralisante de mon sonnet (Gaby chope la syphilis) m'a fait prendre conscience d'un probable jeu de Ricardou, dans sa nouvelle Supercherie, où les trois sirènes d'une fontaine se nomment
Lison - Tootsie - Philis.

  J'ai tenté un sonnet entier en gématries par mots, et j'ai choisi une nouvelle parodie de Voyelles, un poème où on peut aligner les vocables les plus inattendus sans risquer d'être beaucoup plus abscons que Rimbaud.
  Voici l'image correspondant au sonnet:
 

  Elle n'est pas tout à fait identique à ce qui était prévu au départ, en partie à cause d'erreurs en cours de réalisation, en partie parce qu'il a fallu procéder à des modifications afin de pouvoir inclure E et U. Voici le poème:
---

soit A flux clérical, soit O perçu prouvant,
ç'urgerait récemment, naître astral en voyelles:
A typique, A tension, lu mousquet, ru, camelle,
A classieux, seul frottoir, blé de sable accédant;

cet I jaune gredin, I du Râ rutilant,
(A secours des terreurs, djinn quartzeux à séquelles);
on code envoi magique, E vainqueurs, éternelles,
et l'ivoirin, ci dé, E sulfureux, tringlant;

dû, l'intrant a râlé: « O, tungstique à blâmer,
ode insoucieuse, O, Ha! bel en do décimé,
ce bleu né coactif en aide l'oubliable...

en Eden caduc or, facial O, anel O »;
vil U, lac opalin, un plasma réformable,
je cristallise O, Dieux! je ruse avec, Salop!
 
---
  Certaines couleurs ont été respectées, A de sable, E ivoirin, O bleu, mais I est jaune et U opalin.
  Il a été avancé que la série de l’Alpha à l’Oméga désignait Dieu (remplacé par "bleu" dans les jurons), les majuscules de Ses Yeux le démontrant. C’était peut-être pour Rimbaud un calembour "O dieu" que j’ai actualisé dans le dernier vers.

  J'ai évoqué plus haut Paul Halter, et j'avais relevé dans son roman La montre en or (2019) un chiasme original. On y suit en alternance une enquête en 1911, en Angleterre, concernant Andrew Johanson et sa femme Alice, et une enquête en 1991, en France, concernant André Lévêque et sa femme Célia.
  Le X est la croix de Saint-André, et les auteurs à lire en diagonale ont parfois recours pour les noms de leurs personnages à des mots évoquant la pièce qui se déplace en diagonale, le fou, l'évêque, l'archer. Dans L'adversaire de Queen, il y a un Tom Archer et une Ann Drew, dans The Bishop murder case de Van Dine, il y a un "Bishop Arnesson".
  Le lecteur est donc conduit à imaginer une correspondance entre les couples Johanson et Lévêque, Célia étant l'anagramme d'Alice, mais le réel équivalent d'André Lévêque est Daren Bellamy, amant caché d'Alice dans le récit de 1911 (Daren est l'anagramme d'André).

  Les images pixellisées brutes peuvent sembler un tantinet répétitives pour certains...
  Marylin Rolland a imaginé des techniques de floutage qui adoucissent ces représentations.
  Voici une double image qu'elle a conçue à partir de mon centon perecquien de 2025 pixels donné plus haut: