7.3.22

d'un grain d'orge à Gen Rigardo


  Ce 3 mars, j'ai vu en tête de gondole un nouveau roman de NEO (Nicolas d'Estienne d'Orves), Ce que l'on sait de Max Toppard.
  Découvrant l'achevé d'imprimer en juin 2021 et le dépôt légal en août suivant, je me suis demandé comment j'avais pu le manquer, mais le site de l'éditeur donne bien comme date de parution le 2 mars 2022. Premier mystère... Existe-t-il encore une censure qui aurait retardé la publication de cet ouvrage probablement sulfureux, vu la tendance de l'auteur à l'outrance?

  J'ai lu avec passion, parce que le sujet m'intéresse, et parce que les échos synchronistiques déjà rencontrés dans d'autres romans de NEO n'ont pas tardé à se manifester.
  Max Toppard serait donc une figure essentielle du 7e art, restée dans l'ombre. Ceci m'a aussitôt évoqué La conspiration des ténèbres (1991) de Theodore Roszak, étudié ici, roman centré sur le réalisateur méconnu Max von Castell, lequel a commencé sa carrière en Allemagne avant d'émigrer aux USA où il est devenu Max Castle. Il a aussi travaillé en France sous le nom Maurice Roque (car castle, "château" est un nom de la tour des échecs, aussi nommée rook, d'un mot persan également à l'origine du roque).

  Or Max Toppard est né Maurice Taupard, et il n'y a rien d'immédiat à ce que le prénom Maurice devienne Max, ou vice versa.
  De fait, NEO cite dans la bibliographie finale le roman de Theodore Roszak, mais sous son titre original Flicker, plutôt que le calamiteux titre français laissant augurer d'un thriller quelconque... Il cite aussi Le livre des illusions de Paul Auster que j'avais étudié parallèlement à Flicker.

  Le roman de Roszak se présente comme l'enquête sur Castle de deux cinéphiles, le narrateur Jonathan Gates et sa copine Clare Swann, de 1960 à 1977.
  Celui de Néo alterne l'enquête sur Toppard, fin 1965, de Caroline Ménardier, journaliste aux Etudes cinématographiques (imaginées par NEO), et le journal de Max Toppard, s'arrêtant en 1939..
  Tiens, CARoLinE contient CLARE, et un personnage important de NEO est le réel Bernard Natan, né Natan Tannenzaft (ou Tanenzaph selon Wikipédia),

  Le nom Gates chez Roszak est probablement inspiré par les Doors, et leur chanson The end, au générique d'Apocalypse now, suggéré être inspiré par les conspirateurs de l'ombre, après qu'un autre projet d'adaptation d'Au coeur des ténèbres par Orson Welles et Castle ait échoué.
  Castle est néanmoins supposé avoir joué un rôle essentiel dans la réalisation de Citizen Kane, mais NEO nous apprend que le premier film de Welles doit tout à Toppard, que Welles a rencontré à Paris.
  Caroline rencontre Welles, et d'autres personnalités réelles, tel Jacques Bergier qui lui confie que le livre écrit par Toppard, Al-Cinéma, est une porte (door, gate), permettant d'accéder à un autre seuil de réalité.

  L'une des premières phrases du livre est ceci,
Je m'appelle Maurice Taupard, et suis né à Arras, voici bientôt quarante ans, le 9 septembre 1899.
au début de ses mémoires.
  Un 9/9/99, et une date importante pour moi est le 9/9/99 du siècle suivant, mort de l'actrice Ruth Roman, évoquée à diverses reprises, notamment dans le précédent billet.
  NEO est né un 10 septembre (1974), et semble utiliser cette date, ou celles immédiatement adjacentes:
- L’Enfant du premier matin (2011), Valentin Bédarrieux, est né le 11 septembre 2001;
- l'écrivain Nicolas Sevin, narrateur de La Dévoration (2014), est né un 10/6 (le jeu 9-6 est un classique), et est le fils du bourreau ayant réalisé la dernière exécution capitale, le 10/9/1977.

  Maurice est un enfant prodige qui, dès 7 ans, se passionne pour le cinéma et réalise des petits films, avec l'aide de son père, gardien de phare en Bretagne. Ses créations, projetées au café du village, deviennent une attraction. Au-delà de la projection, ses images s'impriment dans les rêves des spectateurs, jusqu'à ce que, la nuit suivant une adaptation d'une nouvelle de Poe, une spectatrice meure d'épouvante, tous les autres villageois ayant partagé en rêve son agonie...
  Maurice part à Paris, où il devient le secrétaire de Max Linder, et lui souffle des idées... Linder est mobilisé en 1914, et Maurice part à Hollywood, où il devient Max Toppard, et joue un rôle essentiel dans les réalisations de Griffith, Chaplin, et d'autres... Il doit revenir en France se battre, et devient dans les tranchées inséparable de 4 autres jeunes hommes, Augustin Trébuchon, William Hodwin, Igor Tcherniak, Benoît Alvarez.
  Augustin Trébuchon meurt quelques minutes avant la célébration de l'armistice, et ses amis fondent en son souvenir une association, Le Trébuchet, que Benoît matérialise par un croquis.

  Max expose ses idées dans un manifeste, rédigé par Igor, le littéraire de la bande (un Tcherniak, "noir", bien nommé pour représenter cette conspiration des ténèbres). Al-cinéma est édité au printemps 1920 par Grasset, mais pilonné quelques semaines plus tard car il ne s'en est vendu que quelques exemplaires.
  L'un d'eux est parvenu entre les mains du producteur Bernard Natan, lequel engage la bande pour tourner des petits films "coquins", destinés à être visionnés dans les bordels... Il achète un immeuble aux Halles pour y ouvrir un cinéma, le Belphégor, tandis que les sous-sols sont aménagés en studio. Vient la crise de 29, l'arrivée du parlant, la ruine de Natan qui cède le Belphégor au Trébuchet.

  Je passe à l'enquête menée en 1965 par Caroline, que son journal envoie au Belphégor. Elle y voit dans une salle presque vide Dialectique des corps, de Finzi Trabucco, assurément un fort mauvais film, mais qui lui laisse après coup de curieuses impressions.
  Elle fréquente le cinéma, apprend qu'il est financé par un mystérieux inconnu, entend parler de Toppard, rencontre diverses personnalités, Carné, Renoir, Michel Simon, lesquels lui disent tout ce qu'ils lui doivent.
  Max Toppard serait mort pendant la guerre. William Hodwin est mort en déportation, Igor Tcherniak est devenu "pape du Nouveau Roman", sous le nom René Graindorge, Benoît Alvarez est un architecte de renom, disciple favori de Le Corbusier. Il est précisément responsable du projet de rénovation des Halles, qui va faire disparaître la rue Pirouette où est sis le Belphégor.

  Un chapitre marquant est une Radioscopie où Jacques Chancel a réuni deux écrivains que tout oppose, d'une part Graindorge, celui qui a posé les bases du Nouveau Roman, bien qu'il n'ait publié que deux romans, aux éditions de Minuit, Le Flou (1953), et Non (1960), d'autre part Athanase Gautrand-Bernard, auteur de romans d'espionnage à succès, les AGB. Les deux hommes s'injurient en tels termes qu'il est inimaginable que l'antenne n'ait pas été coupée (mais de toute façon Radioscopie n'a débuté qu'en 1968), et Chancel a la surprise une fois l'antenne rendue de les voir se congratuler et s'échanger des compliments. 
  Si AGB fait aisément penser à SAS et Gautrand-Bernard à Gérard de Villiers, bien qu'une exacte identification ne soit pas de mise, on peut se demander si quelqu'un de précis est visé avec Graindorge.
  Il est déjà sûr que ce n'est ni Robbe-Grillet, ni Butor, ni Simon, cités par ailleurs. L'anagramme
GRAINDORGE = GEN RIGARDO
pourrait livrer une piste. Jean Ricardou a été présenté comme "chef de file du Nouveau Roman", et en 1965 il n'avait publié que deux romans, aux éditions de Minuit, en 1961 et 1965; il a présenté le second, La prise de Constantinople, comme une déclinaison sur le mot "Rien." qui le débute.
  Encore ici, la superposition serait loin d'être parfaite, puisque Ricardou est né en 1932 tandis que Graindorge était poilu pendant la Grande Guerre.

  Je n'aurais probablement jamais vu sans NEO que "grain d'orge" pouvait se prêter à une telle anagramme, fût-elle approximative, et c'est un choc immédiat, d'autant que Graindorge serait un ami du plus cher disciple de Le Corbusier (mort quelque mois plus tôt, le 27 août 1965).
  Ricardou admirait Le Corbusier, et était fasciné par son système, le Modulor, mesures basées sur la suite de Fibonacci exprimée en pouces et demi-pouces.
  Si l'idée que le Modulor soit une solution aux problèmes de l'humanité est plutôt folle, il y a plus fou encore... Le chanoine Jean Bétous a imaginé que Le Corbusier se soit inspiré d'un système de mesures remontant au moins au Moyen-Age, la quine des bâtisseurs, basée sur une unité secrète, le grain d'orge des initiés, et ses multiples par les nombres de la suite de Fibonacci.
 
   Ainsi le diamètre du grain d'orge initiatique serait 0,2247 cm... Si ce Cahier de Boscodon n° 4 (1987) semble d'une loufoquerie évidente, les élucubrations du père Bétous ont été largement diffusées, jusqu'à être offertes à nos enfants dans des manuels de maths.

  Mon obsession fibonacienne m'a conduit à voir de possibles constructions dorées dans plusieurs romans de NEO, dans L’Enfant du premier matin, dans La Dévoration, et surtout dans Les derniers jours de Paris, où la première partie est composée de 34 chapitres numérotés de l'histoire de Sylvain, entrelacés avec 21 chapitres dans une autre police de caractères, le récit à la première personne de la jeune Trinité. Sylvain et Trinité se rencontrent à la fin de cette première partie, et sont réunis pour les 34 chapitres de la seconde partie.
  Dans La gloire des maudits (2017), la romancière Sidonie Porel a fait partie du juré Goncourt de 34 à 55 (1934 à 1955), "pendant 21 ans" est-il précisé.
 
  Dans Ce que l'on sait de Max Toppard, l'enquête de Caroline est en 53 chapitres numérotés, entrecoupés de 32 sections du journal de Max, non numérotées  mais pourvues chacune d'un titre.
  Si 53 et 32 ne sont pas des nombres de Fibonacci comme 21, 34 et 55, 32 est la section d'or entière de 53, mais il y a peut-être mieux, car après ces 53 chapitres numérotés vient le climax annoncé dans les derniers chapitres, conté dans une sorte d'épilogue, la projection au Belphégor du seul film conservé de Max Toppard, L'illusion absolue, le 28 décembre 1965, 70e anniversaire de la première séance des frères Lumière.
  Je ne dirai rien de cette fin, sinon que la prendre en compte mène aux nombres 54 et 32 de la série Bleue du Modulor (approximations en cm de 21 et 13 pouces).

  70 fait partie de la série Rouge.

  Incidemment, La conspiration des ténèbres a 32 chapitres.

  Je me garde bien d'affirmer que ces constructions sont intentionnelles, et ne fais que constater que les nombres, que chacun peut vérifier, se prêtent à l'hypothèse. Je suis prudent, car je connais maints exemples où l'intentionnalité ne peut être retenue, quelle que soit la pertinence des indices.
  L'un de ces cas est précisément un texte de Ricardou, auquel j'ai consacré plusieurs billets ces dernières années, texte écrit en symétricologie, procédé demandant au lecteur de compter les mots de toutes les phrases (il y en a 328, et certaines ont plus de 200 mots).
  J'ai donc décelé de multiples phrases semblant magnifier soit la suite de Fibonacci, soit le Modulor, et une architecture dorée de l'ensemble basée sur les mots NOUVEAU ROMAN, dont les valeurs 99 et 61 sont en rapport d'or optimal, mais l'étude des brouillons de ce texte m'a montré que certaines des relations que j'avais vues, dont certaines essentielles pour la structure d'ensemble, n'avaient pas été calculées.

  Alors? C'est pour moi un élément de plus montrant que la littérature, ou plus généralement l'art, va bien plus loin que les intentions de l'auteur, ou de l'artiste. Néanmoins, certaines phrases n'ont pas changé au fil de l'élaboration du texte de Ricardou, notamment une phrase de 140 mots, donnée ici, que la symétricologie découpe en 54-32-54.
  L'anagramme est encore révélatrice, quand elle montre que PAUL AUSTER, chantre de la musique du hasard, est PAS L'AUTEUR de ses livres (trouvaille d'Elisabeth Chamontin).
  Je pense aussi à Franck Thilliez, également auteur d'un roman sur un cinéaste maléfique, Le syndrome [E], où apparaissent aussi des coïncidences onomastiques avec La conspiration des ténèbres. Je sais qu'il a lu le billet que j'y ai consacré, mais il n'a pas daigné le commenter, peut-être parce qu'il n'apprécie pas mes suggestions de plagiat. Mais tout le monde plagie, plus ou moins, et je pense que Le syndrome [E] est un très bon roman, dont sera bientôt diffusée une adaptation en série; la moindre des choses est cependant d'indiquer ses sources, comme l'a fait NEO.
  Mais il est fort possible que Thilliez ne connaisse pas La conspiration des ténèbres, et qu'il soit une autre victime du syndrome [D], comme Danielewski, lequel a écrit:
Je crois que nous sommes autant influencés par les auteurs que nous ne lisons pas que non influencés par ceux que nous lisons.
  J'ai aussi vu des structures fibonacciennes dans des romans de Thilliez, et celui-ci a d'ailleurs révélé avoir utilisé des contraintes mathématiques, dont la suite de Fibonacci, dans une émission du 15 août dernier (au temps 28').
  Mais des fois la perfection des jeux semble outrepasser l'intellect, le mien du moins, et je demeure ébahi devant ce que j'ai trouvé dans La forêt des ombres, un des premiers Thilliez, que j'ai par ailleurs trouvé fort  mauvais, où tout semble issu des briques 32 et 54 du Modulor, les nombres de chapitres de Ce que l'on sait de Max Toppard. Dans un autre roman fourmillant de nombres de Fibonacci, un personnage se nomme Corbusier.

  Je l’ai détaillé dans Homme sage, demain tu reliras Perec, et l'évocation de Perec m'amène à une autre coïncidence du roman de NEO.
  Lors de la Radioscopie, Graindorge s'enthousiasme pour le prix Renaudot attribué aux Choses de Perec, et ces mots sont page 382, ce qu'on ne peut guère considérer comme intentionnel (mais Ricardou a calibré le texte dont je parlais pour qu'une certaine phrase y apparaisse page 99, en hommage à sa nouvelle publiée dans le n° 99 de la NRF).
  Or le roman a été publié le 2 mars, la veille du jour où diverses manifestations ont été organisées pour célébrer le 40e anniversaire de la disparition de Perec, le 3 mars 1982, ou 3/3/82. Il se trouve que je l'ai découvert et acheté ce 3/3/22.

  Il y avait une autre mention du prix Renaudot de Perec page 199, et le premier chapitre "Caroline" la montre descendant les escaliers de la rue Vilin, filmant avec une caméra super 8, en compagnie de son ami Vincent. Ils ont décidé de réitérer l'entreprise d'Eugène Atget qui, 70 ans plus tôt, avait photographié les vestiges du vieux Paris, mais leur projet "Atget 65" est filmique. Les 70 ans avancés sont approximatifs, puisque Atget a oeuvré pendant des dizaines d'années, et j'imagine qu'ils préfigurent le 70e anniversaire de la première projection des frères Lumière auquel conduira la quête de Caroline.
  Descendre la rue Vilin est immédiatement évocateur pour les amateurs de Perec, car son ami Robert Bober a tourné en 1992 En remontant la rue Vilin, la rue où Perec a vécu ses premières années (on peut voir le documentaire ici). S'il est clair que NEO a pensé ici à Perec et à Robert Bober, la présence d'un Vincent me rappelle que, après que les ayants droit du père Bétous se sont opposés à la réédition de son livre, d'autres ont pris le relais, notamment Robert Vincent avec Géométrie du nombre d'or (1997), qui a connu plusieurs éditions.
  Bien sûr, Robert et Vincent sont des noms très courants, mais cet explicite Vincent et cet implicite Robert surviennent dans le contexte des 86 éléments répartis en 54 et 32, et du nouveau romancier Graindorge, alors j'y vois au moins un écho synchronistique.

  La mort de Perec le 3/3/82 peut être soulignée par le fait que ses cendres reposeront dans la case 382 de la division 87 du columbarium du Père-Lachaise.

  Le nombre 382 apparaît dans la table d'un numéro d'une revue fictive dans  La vie mode d'emploi. Selon le jeu des contraintes du texte, l'article page 382  fait allusion à la fois à Freud et à la nouvelle La mort et la boussole, de Borges :

  Cette nouvelle, parodie policière, s'achève sur la mort de l'enquêteur un 3 mars. Je ne reviens pas sur l'autre rubrique, étudiée par exemple ici.

  Le nombre 382 est aussi significatif en relation avec les suites additives, notamment avec la quine des bâtisseurs, car il est évident que ses mesures n'ont aucun rapport avec l'hypothétique grain d'orge de diamètre 0,2247 cm, mais sont issues des puissances du nombre d'or, arrondies à 3 décimales, puis multipliées par 20. Le père Bétous s'en cache à peine, livrant ce schéma:


  Ainsi la paume correspond à 0,382. Je crois avoir trouvé une piste essentielle pour l'élucidation de La maison des feuilles de Danielewski, exposée ici et là. La maison Navidson aurait donc un rapport avec la quine des bâtisseurs, et je m'émerveille que la seule allusion explicite au nombre d'or, hormis un document en annexe, soit la note 382.

  Voilà donc quelques échos à la présence de Perec en page 382 de Ce que l'on sait de Max Toppard.

  Je ne rappelle pas mes investigations dorées chez Perec, lequel a envisagé explicitement dans ses écrits l'utilisation littéraire des suites de type Fibonacci. Ricardou a fait de même.
  A propos des 53 chapitres numérotés de NEO, je rappelle que les brouillons de "53 jours" de Perec montrent qu'il y a envisagé diverses façons d'inclure 53 dans une suite de type Fibonacci.

  J'ai peut-être bâclé ce billet, car il m'a semblé important de le publier ce 7 mars, qui aurait été le 86e anniversaire de Perec, né le 7 mars 36, s'il n'était mort 4 jours avant son 46e anniversaire, bien trop tôt.
  Il y a donc 86 éléments dans le roman de NEO, construit en 4 parties (+ le final). Les deux premières parties comptent 46 éléments, 24 chapitres "Caroline", et 22 sections du journal de Max.

  Le découpage selon le Modulor 32-54 est-il évocateur? Peut-être, car ceci mènerait à 1968, et le dernier article au sommaire du Bulletin de l'Institut de Linguistique de Louvain, celui avec l'article sur le Tétragramme page 382, est:


Note du 10: Après l'écriture un peu rapide de ce billet, je voudrais essayer de clarifier un peu les choses, dans la mesure du possible.
  Deux auteurs se sont inspirés du prodigieux roman de Roszak, et de son cinéaste maléfique Max Castle/Maurice Roque. NEO le revendique, et prénomme son personnage Max et Maurice. Thilliez omet cette source, mais nomme Chastel le colonel qui a exploité les travaux du cinéaste Jacques Lacombe, et il y a d'autres ressemblances onomastiques.
  Incidemment, Carole Ménardier commence son enquête en rencontrant en novembre 65 Lucien Rebatet lors d'une projection pour les journalistes de La vie de château, film sorti en salle en janvier 1966.
  Je viens de découvrir que bien des noms du roman de NEO, Ménardier, Bellegarde, Hodwin, William(s), Isaac, Alvarez, sont empruntés aux personnages ou acteurs du feuilleton Belphégor de 1965, certains noms étant déjà présent dans le film de 1927. Ceci va jusqu'à Toppard, le récitant du prologue du feuilleton étant Jean Topart...
...et jusqu'à Graindorge, ce qui atténue fortement l'intentionnalité d'une identification intentionnelle avec "Gen Rigardo"...
  Mais voilà, comme le disait Ricardou à la suite de Valéry, une fois un texte publié, c'est l'écrit qui importe, et son auteur ou scripteur n'a pas plus d'autorité que quiconque à le commenter ou l'interpréter.
  Alors il m'est significatif que, parmi les dizaines de noms du générique de Belphégor, NEO ait choisi Graindorge pour le "pape du Nouveau Roman", même si Ricardou n'est pas visé, même si NEO ne sait rien du grain d'orge des initiés, même si la structure du roman en 32 et 54 éléments n'est pas intentionnelle.
  Ceci n'est qu'un exemple de plus des curiosités étudiées  sur Quaternité, et les prochains billets seront consacrés à d'autres coïncidences onomastiques sidérantes.

Note du 22/06; Je me suis demandé quel rôle jouait Graindorge dans la série. C'est en fait un personnage qui n'apparaît qu'au tout début, aux Puces de Saint-Ouen. Après un survol des étalages, commenté par Jean Topart, la caméra se fixe sur André Bellegarde (Yves Rénier), disant à un ami: "L'avion supersonique, la fusée dans la lune, ça l'épatait pas, ce qui l'épatait, c'étaient les coïncidences."
  Un vieil homme se manifeste alors, Graindorge: "Madame votre mère avait raison." Pour Graindorge tout est lié, comme une île qui, si on enlève l'eau, est liée à la terre. Il emmène André chez lui, où il stocke des milliers d'articles de journaux dans des boîtes de conserve. Ce sont des fait fortéens, comme ces "empreintes de ventouses sur l'Everest". Pourquoi la Science ne s'en occupe-t-elle pas? Parce qu'ils sont invraisemblables. Qu'importe qu'ils soient invraisemblables s'ils sont vrais.
  André objecte que les fait cités soient dans des contrées lointaines, et Graindorge lui montre alors un article sur l'apparition d'un fantôme dans la galerie des Glaces de Versailles, le 3 août 1925.
  André passe devant l'immeuble de Graindorge peu après l'apparition de Belphégor au Louvre. On embarque un cercueil dans un corbillard, et André apprend qu'il est mort au moment exact où était tué le gardien Sabourel. "Une coïncidence", dit son interlocutrice, "Y a-t-il des coïncidences?", s'interroge André.
  "Gen Rigardo" a étudié les coïncidences dans les écrits des autres et les siens.



2.2.22

En ce notable 2/2/22,


quoi de mieux que de revenir au 4/4/44? car je n'ai pas la patience d'attendre 2044 pour partager ce qui s'est passé le 17 janvier.

  Comme je l'ai déjà dit, je revends les livres qui ne me sont plus indispensables sur un site spécialisé, ce qui permet parfois de jolies coïncidences.
  Ce 17 janvier, on m'avait commandé un livre ésotérique. Il m'arrive de joindre à mes envois un cadeau, souvent une revue pour protéger le livre. J'ai sorti un lot de 5 revues ésotériques, parmi d'autres, pour être sûr d'en trouver une dont je pourrais me débarrasser sans remords. En feuilletant le numéro 309 du Monde de l'inconnu (juin 2004), je me suis arrêté sur une photo de Jung, et ai examiné l'article concerné, Le nombre 4 porte-t-il malheur ?, de Jean Moisset.
  Je ne sais plus ni quand ni comment cette revue est arrivée entre mes mains, mais je n'ai certainement pas alors regardé cet article, probablement parce que j'avais une fort mauvaise opinion de Moisset, auteur d'un livre que j'avais trouvé sans intérêt, Enigmatiques coïncidences.

  Donc ici Moisset donne des séries d'occurrences du nombre 4 dans sa vie, guère convaincantes, mais il dit avoir trouvé le sens de ce nombre 4 dans le numéro 44 des Cahiers de Psychologie jungienne (1985), dans la note n° 4 de l'article La dimension spirituelle dans l’oeuvre de Jung, de Luigi Aurigemma.


  Il semble que ni Aurigemma ni Moisset n'ont ici connaissance du 4/4/44, lequel était peut-être à l'esprit de Jung en écrivant ces lignes, mais pourquoi n'a-t-il pas énoncé cette date sous cette forme schématique, au lieu du 4 avril 1944 donné dans son autobiographie?
  Bien qu'ayant lu assidument Jung et les jungiens à partir des années 70, je ne me suis avisé du schématisme de cette date qu'en 2004, précisément le 4/4/4... J'admets qu'on puisse en douter, mais des témoins peuvent l'attester.
  D'autres avaient cependant repéré bien avant ce quadruple quaternaire pour une date cruciale de la vie de Jung, telle Maggie Hyde dans Introducing Jung (1992).
  Je constate que Le monde de l'inconnu est paru deux mois après avril 2004, et j'aurais donc été alors pleinement réceptif à ces propos de Jung sur la quaternité cités dans un numéro 44.

  L'article de Moisset est paru page 44 de la revue, et il y occupe 4 pages.


  J'imagine que c'est un clin d'oeil de la rédaction, mais qui sait?

  La plupart des cas énumérés dans l'article me semblent insignifiants, mais celui qui figure en vis-à-vis de la photo de Jung a attiré mon attention.
  Moisset a vu le 15/09/1995 un bus n° 4444, avec de plus un n° 44 en gros sur sa carrosserie, ce qui lui a paru un mauvais présage, et il a appris quelques heures plus tard la mort de Régis Dutheil.


  Comme la plupart des cas exposés dans l'article, il est aisé de le railler en soulignant que, s'il existe un bus n° 4444 circulant à Nice, des milliers de personnes le voient chaque jour, et qu'un certain pourcentage peut remarquer cette répétition, y accorder éventuellement un sens quelconque, et y relier ensuite un événement quelconque, de même que les prévisions astrologiques ou autres se réalisent parfois pour une partie de ceux qui y prêtent attention.
  Mais voilà, ce 4444, le seul de l'article, figure vis-à-vis de Jung, seule illustration de l'article, alors que l'auteur ignore l'importance du 4/4/44 jungien, lequel n'a rien d'anodin, puisque Jung est bien l'homme de la quaternité, et que cette date lui est essentielle, positive pour lui puisque ce fut le début de sa convalescence, négative pour son médecin qui dut ce même jour s'aliter pour ne plus se relever. Et bien sûr, ce 4/4/44 Jung avait vécu 4 fois 6272 jours, et il vivrait encore 6272 jours jusqu'à sa mort le 6/6/61.
  Il s'y ajoute le n° 44 en gros sur le bus, et le n° 44 des Cahiers de Psychologie jungienne, où Moisset dit avoir trouvé l'intérêt de Jung pour la quaternité. Il aurait pu le découvrir plus directement dans maintes oeuvres de Jung.

  Moisset voit donc un lien entre ce bus 4444 et la mort de Régis Dutheil, un homme qui l'a beaucoup influencé, qui a préfacé ses Enigmatiques coïncidences. Il dit avoir eu le pressentiment deux jours avant qu'il lui était arrivé quelque chose de grave.
  Deux jours avant, c'était le 13 septembre, or Régis Dutheil est mort le 9, ainsi  le pressentiment de Moisset serait plutôt celui de l'annonce de sa mort.
  Le 9/9 a joué un rôle dans ma découverte le 8/9/2008 de l'harmonie 4-1 de la vie de Jung autour du 4/4/44, et c'est le 9/9/08 que j'en ai donné le premier compte-rendu sur Blogruz, avant de créer Quaternité, le 20 septembre.
  Les jours précédents avaient été consacrés à l'étude des ressemblances entre deux romans, Des jours et des nuits, de Gilbert Sinoué (2000), et Le chemin de la lumière, de Paul Halter (2001).
  Dans le premier l'Argentin Ricardo est obsédé par une femme inconnue revenant dans ses rêves. Une psy jungienne l'encourage à utiliser les indices vus en rêve, et à se rendre en Crète où il découvre effectivement l'archéologue Dora, et c'est le début d'un grand amour. Ricardo veut faire connaître son pays à Dora, ils embarquent sur le Doria, mais ils meurent dans le naufrage du paquebot.

  Le roman de Paul Halter se démarque de sa spécialité de crimes en chambre close. Un jeune homme, Michel, décide sur un coup de tête de répondre à une offre d'emploi sur un chantier archéologique en Crète.
  Arrivé sur place, il découvre que la femme de l'archéologue est une ancienne amie, Andrée, ils redeviennent amants. Un objet minoen semble avoir la propriété de faire voyager dans le passé, et Andrée se voit projetée au temps de Minos, où elle devient Andrea.
  Michel la cherche au temps présent, et finit par la retrouver, fortement diminuée, n'ayant que de brefs instants de conscience, ce qui peut faire supposer que les chapitres consacrés à son aventure minoenne sont illusoires. La fin est cependant ouverte: Andrée convainc Michel des propriétés du mystérieux objet, et ils sautent ensemble dans la mer.

  Andrea et Dora/Doria m'ont fait penser au naufrage de l'Andrea Doria, le 26 juillet 1956, 81e anniversaire de Jung, et découvrir une curieuse anecdote. L'actrice Ruth Roman était à bord, et s'est trouvée pendant quelques heures revivre un rôle qu'elle avait interprété quelques années plus tôt, ignorer le sort de son enfant lors d'une catastrophe.
  J'appris le 4/9 que Ruth Roman était décédée le 9 septembre 1999, ou 9/9/99, que je rapprochai bien sûr du 4/4/44.

  Ainsi la mort de Régis Dutheil un 9/9, "pressentie" par un 4444, m'est-elle significative. Le bus 4444 est à droite de la photo de Jung page 47, et la coïncidence quaternaire au-dessus de celle-ci concerne le tirage du n° 444499 au Tac O Tac le 2/3/88.


  Je m'abstiens de discuter la pertinence de ce cas, et reviens au roman de Sinoué, qu'il a écrit après une analyse avec une psy jungienne, Marie-Laure Colonna. Des coïncidences sont survenues au cours de cette analyse, puis lors de la publication de Des jours et des nuits. Sinoué les relate dans son Petit livre des grandes coïncidences, et Colonna dans Les facettes de l'âme, reprenant en partie divers articles des Cahiers jungiens de Psychanalyse, nouveau nom des Cahiers de Psychologie jungienne dont le n° 44 a révélé à Moisset la signification de la quaternité.
  Colonna a attribué à Sinoué un pseudo, secret médical oblige, pseudo qui est le nom d'une amie de longue date, Danielle C. Après avoir lu un de mes billets, Danielle m'a signalé qu'elle était née le 26 juillet 1956, le jour du naufrage de l'Andrea Doria.

  Les 4 autres revues envisagées comme cadeaux étaient un autre Monde de l'inconnu, le n° 331, et 3 Nouvelles Clés, les n° 5, 52, et celui choisi comme cadeau, le n° 3.
  Après coup, je me suis aperçu que le n° 5 de Nouvelles Clés, du printemps 1995, contenait un entretien avec Régis Dutheil, quelques mois donc avant sa mort.
  Dutheil était un universitaire, professeur et chercheur, auteur d'une théorie prétendant rendre compte d'à peu près tous les phénomènes zarbis. J'ai survolé dans le temps son Homme superlumineux, débutant par près de 100 pages résumant les approches philosophiques et spirituelles pendant quelques millénaires; pour conclure qu'elles sont insuffisantes et proposer un nouveau modèle, le monde supraluminique envisagé par certains physiciens..
  Je suis bien incapable d'en juger la validité, et ne peux que constater que, alors que Dutheil posait comme acquise l'existence de particules supraluminiques, les tachyons, ils demeurent une hypothèse 30 ans plus tard.
  En prolongeant la citation de Jung donnée dans la note 4 du n° 44 des Cahiers à propos des quaternités ou multiples de quaternités survenant lors des expériences numineuses (le terme forgé par Rudolf Otto, "huit'), je me permets d'avancer le mot "supernumineux" pour les quadruples quaternités...

  L'article de Nouvelles Clés est plus concis. La synchronicité de Jung est évoquée, ainsi que les NDE, mais Dutheil semble ignorer que Jung a été l'un des premiers à témoigner d'une NDE, sinon le premier dans un livre publié.
  A la fin de l'article, Dutheil cite l'expérience de Penfield, lequel a obtenu à partir des années 40 des sensations de décorporation en stimulant chez ses sujets une zone du cortex cérébral. D'autres expériences dans la même voie ont été menées plus récemment, dans les années 2000, dans l'optique plus ou moins avouée de réduire les NDE à de simples phénomènes subjectifs.
  Dutheil annonce :
  Mon but est actuellement de reprendre le travail de Penfield pour programmer des voyages dans l'"ailleurs de la conscience". Le moyen technique existe: il a été découvert.
  La rédaction voudrait en savoir plus, mais ce moyen ne peut être révélé pour l'instant... Et Dutheil est mort peu après.
  Peut-être Dutheil pensait-il à des substances psychotropes telle la DMT, effectivement utilisée récemment pour simuler des NDE. J'ai consacré ce billet de février 2019 essentiellement au roman Passage (2001) de l'auteur de SF Connie Willis, imaginant une étude scientifique des NDE grâce à une substance analogue.

  Bien que je sois passionné par le sujet, ayant été jusqu'à lire un roman de Marc Lévy l'utilisant, j'avais découvert par hasard Passage à la médiathèque de Manosque, et il se trouve qu'un passage à cette même médiathèque le 25 janvier m'a fait découvrir Mort imminente (1991), de Peter James.
  Le présent billet était alors rédigé, jusqu'à la mort de Ruth Roman le 9/9/99.
  J'ai donc lu aussitôt Mort imminente, dont la traduction est d'abord parue en 1996 chez J'ai Lu, sous le titre Bruit de tombes, rééditée en 2009 chez Bragelonne.
  Le roman a 44 chapitres (!), et est d'abord constitué de chapitres alternés, les chapitres impairs relatant l'enquête de la journaliste Kate Hemingway en octobre 1990, sur le cas d'une femme qui semble avoir été enterrée vivante.
  Les chapitres pairs suivent Harvey Swire, étudiant en médecine, victime d'un accident le 9 mai 1967, à 18 ans, et qui vit alors une NDE classique: entraînement dans un tunnel vers la lumière, arrivée dans cette lumière où il ressent la plénitude, contact avec sa mère décédée qui lui dit qu'il doit redescendre sur terre, réveil à l'hôpital.
  Il est revenu avec la capacité de sortir de son corps (OBE, Out of Body Experience), faculté qu'il apprend à domestiquer. Il est obsédé par l'idée de prouver qu'il existe une vie après la mort, et oriente pour cela ses études pour devenir anesthésiste, expérimentant diverses substances et divers dosages pour provoquer une mort cérébrale temporaire chez certains patients. Il ne peut faire que de rares essais, sur des patients très particuliers.

  Les récits se rejoignent au chapitre 32, où pour la première fois un chapitre pair suit Kate, laquelle est victime d'un accident, et doit être opérée, avec précisément Harvey Swire comme anesthésiste. Elle connaît à son tour une NDE, voit l'équipe médicale s'affairer autour de son corps, est entraînée dans le tunnel de lumière, rencontre son frère décédé, et se réveille à l'hôpital.
  Elle raconte son expérience, mais on lui dit que c'est pure hallucination. Elle peut cependant vérifier qu'elle a vu quelque chose qui était hors de sa portée, et ceci valide le comportement suspect de l'anesthésiste pendant l'opération...

  Il se trouve que j'avais emprunté le 14 à Esparron un livre (venant de la bibliothèque départementale qui nous prête environ 200 livres tous les 6 mois) où l'OBE était au premier plan, Le jour où je suis mort, de James Herbert (2003). Pas de NDE là, mais un certain James True qui a comme Harvey Swire la faculté de sortir de son corps. En venant réintégrer son corps après une longue OBE, il découvre qu'il a été assassiné, et mène l'enquête sous forme immatérielle.
  J"avais abandonné ce roman qui tournait vite au gore, spécialité de l'auteur, mais je l'ai repris après avoir achevé Mort imminente, car je ne me souviens pas d'autre roman dont un personnage pratique l'OBE à volonté, et j'ai découvert ces deux-ci à 11 jours d'écart.

  James True était marié, et le True désincarné découvre que sa femme Andrea avait repris une ancienne liaison. C'est également le cas d'Andrée/Andrea dans Le chemin de la lumière, que j'avais rapprochée de Dora dans le roman de Sinoué, et il y a aussi une Dora dans le roman de Peter James.
  Il s'agit de la médium Dora Runcorn. Kate, envoyée par son journal couvrir une de ses prestations, n'y voit d'abord que du charlatanisme, mais change d'avis lorsque Dora lui donne des détails très précis concernant son frère décédé. Kate reprend contact ensuite avec Dora à deux reprises.
  Ainsi, j'avais réuni les héroïnes Andrea et Dora des romans de Halter et Sinoué, ayant en commun des visions paranormales des temps minoens, et voici qu'apparaissent d'autres Andrea et Dora dans des romans concernant les OBE.

  Un brin d'humour semble présent dans l'épisode Dora Runcorn, car Kate déplore de devoir assister à sa représentation, alors qu'elle devait aller voir Ghost avec des amis. Elle y aurait découvert la fausse médium Oda Mae Brown (Whoopi Goldberg) avec qui le héros mort peut néanmoins communiquer. Il y a plusieurs assonances avec le nom Dora Runcorn.

  Si Ghost est cité, Peter James a omis de mentionner un autre film de 1990 qui aurait pu l'inspirer plus directement, L'expérience interdite, où des étudiants en médecine explorent le phénomène NDE (voir mon billet NDE & NDO). Il y a des précédents, comme Les thanatonautes (1986), de Bernard Werber.

  J'ai lu plusieurs romans de Peter James, toujours avec intérêt mais sans éprouver le besoin d'épuiser sa production. J'ai d'abord lu Vérité (1997), parce que le dernier roman de Zola avait aussi ce titre, transposition de l'affaire Dreyfus, ce qui lui valut probablement d'être assassiné peu après sa parution.
  Ceci fait un lien avec le billet précédent, car Zola a probablement été assassiné par l'obturation volontaire de sa cheminée, procédé également employé par les ligues dans Paris Police 1900.
  Un autre écho est le 9/9/99, car les ligues comptaient sur l'acquittement de Dreyfus lors le la révision de son procès pour faire un coup d'état, mais Dreyfus fut à nouveau jugé coupable, le 9/9/1899.

  Dans Vérité de James, un couple reçoit l'aide d'un millionnaire pour profiter d'une aide fort coûteuse à la conception, à la condition que le bébé sera prénommé Vérité, Truth dans l'original anglais. C'est une autre curiosité que le héros du roman de James Herbert (qui a pour prénom le nom de Peter James) ait pour nom True, "vrai", le titre original du roman étant Nobody True.

Note du 7/2: Je suis en train de lire Mort... ou presque (2007) de Peter James. Chapitre 91, deux titres de romans d'une bibliothèque (meuble) sont précisés, Le rocher de Brighton de Graham Greene et Nobody True de James Herbert (le traducteur ne donne pas le titre français du roman de 2003, traduit en 2005).
Chapitre 100, il est question d'une "expérience de mort imminente"...

  Les Andrée/Andrea et Dora/Doria de Halter et Sinoué m'avait mené au naufrage de l'Andrea Doria, cet autre couple Andrea-Dora de Herbert-James apparaît dans le contexte des OBE et NDE ce qui me fait penser que la chercheuse de Passage (2001) se retrouve à chaque tentative à bord du Titanic en train de sombrer, le 14 avril 1912.
  J'ai mentionné à diverses reprises le roman Pilgrim (1999) de Timothy Findley, dont les deux principaux personnages sont Jung et Pilgrim, le roman débutant par le suicide de Pilgrim le 17 avril 1912, après l'annonce du naufrage du Titanic qui a fait envier à Pilgrim le sort des victimes, mais il ressuscite....
  J'avais remarqué que le passage du titre anglais
PASSAGE = 68 au titre français
LE PASSAGE = 17 + 68
pouvait faire penser à la tranche de vie de 17 ans (et 2 mois) vécue par Jung après le 4/4/44, où il avait 68 ans (et 8 mois), d'autant qu'un expérienceur de Passage se prénomme Carl.
  Un 4-4-4-4 marquant est pour moi le carré magique d'ordre 4 dont la constante magique est 34, valeur de CARL. Le billet Quatre quarts au carré Carl! du 4/4/19 était essentiellement consacré au carré pandiagonal d'ordre 4, soulignant que la constante 34 s'y lit 52 fois de manière régulière (soit tout motif spatial de 4 éléments conservant la constante 34 si on le décale dans le plan pavé par le carré, ou si on lui fait subir une rotation).
  J'avais remarqué que si 34 est la valeur de CARL, 52 est celle de JUNG, et que les 52 combinaisons de valeur 34 totalisent
52 x 34 = 1768,
qu'il est tentant de scinder en 17 et 68, les 68 + 17 ans de Jung, après qu'il ait connu "le passage" de sa NDE de 44.
  Par la suite, je me suis avisé d'une curiosité arithmétique, que j'ai ajoutée au billet, mais qu'il est peut-être utile de répéter. Il y a 1820 combinaisons de 4 éléments différents parmi 16, et ôter les 52 combinaisons régulières donnant la constante 34 dans le carré pandiagonal, avec donc
52 x 34 = 1768, il reste
1820 - 52 = 1768.

  Dans Mort imminente, l'étudiant Harvey Swire se voit attribuer pour sa première autopsie le corps n° 52, ce qui m'a fait penser à Jung, et me demander s'il n'interviendrait pas ensuite un 34 significatif.
  Peut-être, car la narration alternée s"interrompt au chapitre 30, et elle ne suit ensuite Swire que dans deux chapitres, les 34 et 43.

  J'avais découvert que le premier film de René Manzor avait aussi pour titre Le passage (1986), explorant également ce qui se passe après la mort, et je constate en le rappelant qu'il est sorti la même année que Les Thanatonautes de Werber, cité plus haut.
  Manzor est concerné par une plus troublante concomitance, car quelques mois avant son Dédales est sorti Identity de Mangold, la thématique voisine des deux films étant parfaitement illustrée par ces affiches :

  Les 3 vedettes en tête d'affiche, Liotta-Cusack-Peet à gauche, Testud-Wilson-Diefenthal à droite, ne sont dans chaque film qu'une seule personne (plus ici).

  Je n'avais pu voir Le Passage en 2019, je viens de le faire et trouve le film affligeant... Je remarque cependant cette image du film d'animation que le héros est chargé par la Mort de réaliser:
 

  Elle me fait penser à la perspective de la couverture donnée plus haut de Passage de Connie Willis, débouchant sur le bleu de la mer où se perd l'héroïne, égarée sur le Titanic. Dans le film d'animation, un père et son fils sont ballottés dans un frêle esquif sur une mer de sang en furie, mais le héros les sauve en s'opposant aux instructions de la Mort...

  Le 28 janvier, Jean-Jacques Schuhl présentait sur France-Inter son livre à paraître le 3 février, Les apparitions, basé sur d'étranges scènes venues d'ailleurs qui ont envahi son esprit dans une expérience proche de la mort...
  A l'occasion du Goncourt de Le Tellier, j'ai été conduit à évoquer celui de Schuhl, décerné au moment où paraissait mon roman, ce qui m'avait conduit à une petite facétie lors de ma première séance de dédicaces:

 
  J'avais regardé le livre à l'époque, mais ne pouvais alors être pleinement sensible au fait que sa 4e et dernière partie avait pour titre 44 W. 44.
  A la fin de mon roman, j'indiquais que je l'avais achevé le 9/9/99, ce qui était à peu près exact, mais tout de même influencé par l'utilisation de dates géminées dans le roman, notamment le 4/4 et le 6/6. J'ignorais évidemment alors la fin de Ruth Roman ce même 9/9/99.

  Je constate que j'ai été conduit à évoquer plusieurs parutions des années 1999-2000-2001, pour des romans offrant certaines similitudes, comme Pilgrim (1999) et Des jours et des nuits (2000), où Jung apparaît en tant que personnage, ce dernier roman évoquant des visions du monde minoen comme Le chemin de la lumière (2001).
  J'avais avancé l'idée que, si Passage (mars 2001) était paru quelques années plus tard, ses expérienceurs auraient pu chercher à échapper au World Trade Center en flammes plutôt qu'au Titanic, et j'ai découvert le mois suivant Créature (2000), où Belletto imaginait une catastrophe majeure frappant le monde le 11 septembre 2001.

Note du 25/4: Le texte de Jung du numéro 44 des Cahiers de Psychologie jungienne  est aussi donné sur le site CGJung, dans un article d'Ariaga, souvent intervenue sur Quaternité.


21.1.22

Preuve Par 3

 
  Je fréquente assidument les sites de streaming, où je recherche d'abord des vieux films qui me sont inconnus (ou oubliés). Le 12 janvier, j'ai commencé à visionner Police Puissance 7, de Philip d'Antoni (1973).
  Je m'en suis vite lassé, et Roy Scheider dans le rôle principal m'a donné envie de revoir Meurtres en cascade (Last embrace, 1979, de Jonathan Demme).

  Scheider y est Harry Hannan, ex-agent de la CIA, parano, et sa paranoïa ne se calme pas lorsqu'il reçoit une enveloppe contenant un étrange message, deux mots en hébreu, suivis des initiales ZM.
  Son enquête lui apprend que 5 hommes ont reçu ce message au cours des deux années précédentes, et que tous sont morts peu après, dans des circonstances apparemment accidentelles.
  Les mots en hébreu sont goel hadam, "vengeur du sang", expression biblique.
  La suite de l'enquête permet de comprendre que les initiales ZM signifient Zwi Migdal, nom d'une ancienne chaîne de bordels dans les années 20, et à découvrir où était le premier d'entre eux à New York. L'ancienne plaque est découverte en arrachant un panneau.
  Le responsable des meurtres ne tarde pas à être identifié. C'est la petite-fille d'une ancienne prostituée, Ellie, laquelle a décidé de venger sa grand-mère en tuant les petits-fils des proxénètes de l'organisation.

  C'est en Argentine que l'organisation s'est développée, et Buenos Aires comptait ainsi quelque 3000 prostituées du Zwi Migdal dans les années 20. C'est ce film qui m'a fait comprendre que la nouvelle de Borges La mort et la boussole faisait allusion à cette organisation.
  J'y reviendrai, mais le nouveau visionnage de ce film, juste après Police Puissance 7, m'a fait remarquer que l'ancienne plaque du bordel était cachée sous une partie d'un panneau publicitaire pour le 7up, arrachée par Harry Hannan (Scheider), or le titre original du film dont je venais de voir le début quelques instants plus tôt est The Seven-Ups.
  Pourquoi? Parce que l'équipe de flics dirigée par Buddy Manucci (Scheider) est censée s'occuper de truands qui écoperont au minimum de 7 ans de prison.
  Ce n'est sans doute pas un hasard si la plaque ZM est cachée sous un panneau 7up, de tels clins d'oeil étant fréquents dans le milieu du cinéma, souvent relevés dans la rubrique Trivia de IMDb, mais celui-ci ne semble pas avoir été repéré. On y apprend cependant que Buddy Manucci doit probablement son prénom à Buddy Russo (Scheider), le coéquipier de Popeye Doyle (Gene Hackman) dans French Connection (1971), dont le producteur était Philip d'Antoni (réalisateur de The Seven-Ups).
  Mieux, Popeye Doyle et Buddy Russo doivent leurs prénoms (ou surnoms) aux deux réels flics ayant travaillé sur la réelle affaire, Eddie "Popeye" Egan et Sonny "Buddy" Grosso. Il y a bien ici une cascade d'échos...
  De fait, ce sont des confidences de Buddy Grosso qui ont donné à Philip d'Antoni l'idée du scénario de The Seven-Ups, qu'il a proposé à divers réalisateurs avant de le mettre lui-même en scène (son seul film).

  D'accord, ça ne casse pas trois pattes à un canard, mais ce n'est que le début. Ceci s'est donc passé le 12 janvier. Le soir de ce même jour, il y a eu un échange sur la liste Oulipo dont je n'ai pris connaissance que le lendemain matin. Un membre employait dans un texte le mot "épectase", et un colistier donnait quelques précisions sur ce mot, qui n'a pris le sens de "mort orgasmique" qu'après le décès du cardinal Daniélou chez une prostituée. Il citait aussi, avec lien à l'appui, le cas célèbre du président Félix Faure, lequel mourut à l'Elysée en 1899 alors que la courtisane Meg Steinheil lui prodiguait une gâterie buccale.
  Le colistier rappelait également le surnom qui avait été donné alors à Meg Steinheil, la "pompe funèbre".

  J'ai donc lu ceci le matin du 13. Peu après, sur un site de streaming, un hasard m'a fait découvrir une série diffusée en février 2021 sur Canal+, loupée alors car des circonstances relatées ailleurs m'avaient éloigné de l'actualité audiovisuelle.
  Il s'agit donc de Paris Police 1900, une série romançant l'activité des ligues nationalistes en 1899, lesquelles ont été proches de déclencher un coup d'état.
  Le premier plan montre Meg Steinheil s'activant entre les jambes de Félix Faure, puis la crise de celui-ci...
  Elle joue ensuite un rôle important dans l'intrigue, le chef de la police l'utilisant pour infiltrer les ligues. On lui attribue pour nom de code "pompe funèbre", prétendument trouvé par un policier.

  C'est ici une coïncidence personnelle, sur laquelle j'aurais pu faire silence sans un prodigieux rebond le lendemain.
  Le 14 janvier, il m'est venu au réveil que Police Puissance 7 et Paris Police 1900 étaient deux titres de même forme, deux mots débutant par P suivis d'un nombre, et je me suis demandé s'il en existait d'autres.
  Il m'est presque aussitôt venu Police Python 357, d'Alain Corneau (1976, tiens, à mi-chemin entre 1973 de Police Puissance 7 et 1979 de Meurtres en cascade). C'est un film qui m'a beaucoup marqué lors de sa première vision à la TV, je ne sais exactement quand. Ce dont je me souviens, c'est que je tenais à en voir une rediffusion un dimanche soir, fin 1982 ou début 1983, et que j'ai pour cela quitté une réunion à Moissac pour pédaler vers notre appart à Toulouse. J'ai crevé, mis le boyau de rechange, recrevé, et roulé sur le boyau crevé, sous la pluie, en espérant ne pas perdre trop de temps. Arrivé à l'appart, j'ai appris que le film était déprogrammé, à cause de la mort de je ne sais plus qui.

  Je l'ai vu et revu par la suite, et ma connaissance du film m'a permis de remarquer une coïncidence avec la première saison d'une série phare de Canal+, Engrenages (2005).
  Dans le film, l'inspecteur Ferrot (Yves Montand) et sa maîtresse Sylvia (Stefania Sandrelli, bientôt assassinée) se disputent au musée Gustave Moreau, devant un tableau. Dans l'épisode 5 de la série, l'enquête sur le meurtre d'une prostituée mène le procureur au même musée, qu'on visite plus en détail, mais Grégory Fitoussi tombe en arrêt devant le tableau Jupiter et Sémélé, comprenant que la position de Sémélé est la même que celle du cadavre de la prostituée.
  Je me suis aperçu en revenant à la scène de Police Python 357 qu'il s'agissait du même tableau, et j'ai procédé à ce montage:
 

  Me renseignant plus avant sur ce tableau, j'ai lu ceci:
La mortelle Sémélé a été traîtreusement conseillée par la déesse Junon, l'épouse de Jupiter, de demander à ce dernier d'apparaître dans toute sa splendeur divine. Mais en réalisant son souhait il provoqua sa mort violente, causée par le tonnerre et la foudre. Ce tableau est une représentation « divinisée de l'amour physique », et l'insoutenable épreuve qui consume Sémélé alors que le dieu apparaît dans sa beauté suprême a été comparée par Pierre José à « l'expression la plus somptueusement imaginable d'un orgasme ».
   Ne serait-ce point l'épectase? Ainsi la cascade de coïncidences d'abord anodines débouche sur quelque chose de significatif, du point de vue coïncidentiel, mais pas que.  
  L'attention portée au tableau m'a en effet fait découvrir qu'il apparaissait dans le film avant la visite au musée Moreau. Vers le temps 20'40", un plan débute sur une reproduction du tableau, s'y attarde quelques secondes, puis la caméra explore la pièce pour se fixer sur le lit où repose la femme (Simone Signoret) du commissaire divisionnaire d'Orléans (François Périer), lequel entre ensuite dans la pièce. Elle sait qu'il est l'amant de Sylvia, et ils parlent d'elle. Il soupçonne que Sylvia voit un autre homme.
  Le plan suivant montre Ferrot et Sylvia dans une rue de Paris. Puis on passe au musée Moreau, avec un gros plan sur Jupiter et Sémélé, la caméra passant lentement de la tête de Jupiter à son pied droit, tandis qu'on entend Ferrot et Sylvia discuter peu distinctement. Ils arrivent devant le tableau et le ton s'envenime.

  Que signifie cette présence du même tableau à trois minutes d'intervalle, trait d'union entre les quatre principaux personnages? La seule chose à peu près certaine est que ce n'est pas le béotien Ferrot qui a décidé d'aller visiter le musée Moreau.
Dernière minute: Lors de la scène dans la chambre de Simone Signoret, la caméra la découvre en train d'étudier à la loupe un livre. Lorsqu'elle le referme, on aperçoit un court instant un tableau qu'Alain Korkos (dont l'iconographie perecquienne est en ligne) a reconnu être la Salomé tatouée de Moreau (c'est un catalogue des oeuvres de Moreau qui mène les enquêteurs d'Engrenages au musée).
 

  C'est donc la femme du commissaire qui s'intéresse à Moreau, de même que sa maîtresse...
  Sémélé, Salomé, ça se ressemble, mais Salomé est liée à shalom, "paix", "complétude", tandis que Sémélé viendrait d'une 'racine indo-européenne désignant la terre.

  Je n'ai rien trouvé en ligne concernant la double présence du tableau dans le film, ni d'association avec Engrenages. Une curiosité cependant: cette page consacrée au film par le ciné-club de Caen en donne quatre images, les deux dernières étant Ferrot et Sylvia devant le tableau, et un détail du corps de Sémélé, dont la posture sera essentielle 30 ans plus tard dans Engrenages.

  Alors bien sûr il y a Eros et Thanatos, et les histoires d'amour qui finissent mal, en général, comme chantait Rita. De fait le commissaire et sa femme mourront ensuite, et Ferrot sera truffé de balles à la fin du film.
  Je ne vais pas chercher à comprendre le rôle de Jupiter et Sémélé dans le film, ni si le film a pu inspirer Engrenages, car quoi qu'il en soit c'est une cascade de coïncidences qui m'a conduit à ce tableau, or c'est l'aspect coïncidentiel qui m'intéresse au premier chef, et il y a divers rebonds.

  Ainsi dans Meurtres en cascade la tueuse se sert de sa séduction pour approcher ses victimes. Pour son dernier meurtre, le seul visualisé dans le film, elle est nue avec sa victime dans la baignoire d'une suite d'un hôtel avec vue sur les chutes du Niagara, et elle le noie... Le titre original du film est d'ailleurs Last Embrace, "la dernière étreinte".
  Ellie Fabian a noté sur une feuille les noms de ses victimes programmées, qu'elle raie au fur et à mesure. Ceci évoque fortement La mariée était en noir, où Julie Kohler (Jeanne Moreau) raie de même les noms des victimes dans son calepin. Il y a une similitude plus précise, car Julie loupe Delvaux arrêté par la police au moment où elle vient s'occuper de lui, alors elle tue le peintre Fergus (Charles Denner) en laissant des indices (un tableau la représentant) pour être arrêtée, et pouvoir tuer Delvaux en prison.
  Ellie de même a établi une liste de 7 noms, tous rayés sauf le pénultième, Harry Hannan, petit-fils de Max, dont elle est tombée amoureuse après l'échec d'une première tentative.

  Le peintre (Fer)gus alias Charles (Denner), (Jeanne) Moreau, de quoi penser à Gustave Moreau, mais aussi à Carl Gustav (Jung).
  Or l'un des maris de Jeanne Moreau a été William Friedkin (en 1977), réalisateur de French Connection, mais aussi de Cruising (1980), où Al Pacino feuillette chez un tueur un livre contenant des peintures de Jung pour le Livre rouge:
  Regarder Paris Police 1900 m'a fait penser aux Brigades du Tigre (1974-1978), la brillante série de Victor Vicas. J'y ai à nouveau pensé en revoyant Police Python 357, car je connais un peu Orléans, et un rendez-vous entre Sylvia et Ferrot se passe sur la petite place arborée à côté de la cathédrale, place utilisée dans de nombreux épisodes des Brigades du Tigre. Les équipes de tournage auraient d'ailleurs pu s'y croiser, puisque le film est de 1976.

  Police Python 357 est inspiré par Le Grand Horloger, roman de Kenneth Fearing, (1946), inspiré seulement car Corneau n'a pu en acquérir les droits. Une adaptation fidèle en a été donnée en 1948, avec Charles Laughton dans le mauvais rôle, et une autre en 1987, Sens unique, pas terrible à mon avis, malgré la présence de mon cher Gene Hackman, Popeye Doyle dans French Connection. JH Chase a aussi utilisé dans Fais-moi confiance l'idée d'un innocent chargé de se débusquer lui-même en tant que suspect d'un crime.

  En choisissant le titre Paris Police 1900, les responsables de la série ne pouvaient savoir qu'un autre événement PP défraierait l'actualité quelques mois après la diffusion de la série, les Pandora Papers qui auraient probablement connu plus de retentissement si la Pandémie Planétaire 2020 n'avait pas été à nouveau la Première Préoccupation 2021...

  Après la série de coïncidences sur les titres PP nombre les 12-13-14 janvier, j'ai été visiter le blog ami Alluvions, et découvert que Patrick y avait posté le 12 janvier un article à propos du dernier volet de la trilogie d'Adrien Bosc, trilogie composée de
- Constellation (2014), autour de la catastrophe en 1949 du Constellation dont deux victimes notables étaient Marcel Cerdan et Ginette Neveu;
- Capitaine (2018), autour de la traversée en 1941 du Capitaine-Paul-Lemerle, emmenant des réprouvés, dont diverses personnalités, de la France occupée à la Martinique;
- Colonne (2022), autour de la colonne Durutti en 1936, rejointe notamment par Simone Weil.

  A propos du premier volume, Adrien Bosc disait "Ce roman questionne le hasard, la synchronicité des dates et des chiffres. C'est mon obsession."
  C'est aussi celle de Patrick, et la mienne...
  Précisément, ce ne me semble pas des hasards si AB a publié les volets de sa trilogie tous les 4 ans, et si leurs titres consistent en un mot unique débutant par la lettre C, 3e de l'alphabet. Serait-ce aussi simple que A+B=C, ou 1+2=3?
  Peut-être pas, car les "Dates" (de publication), débutant par la lettre D, 4e de l'alphabet, sont tous les 4 ans, et que "Chiffres" débute aussi par la lettre C. Mieux, les gématries (ou gematriot, débutant par la lettre gimel, 3e de l'alphabet hébreu) sont des multiples de 3, 159, 78, et encore 78. De même les prénom et nom de l'auteur, Adrien = 51, Bosc = 39 (en 10 lettres toutes différentes, comme mon nom Rémy Schulz).

  J'avais déjà choisi le titre de ce billet, Preuve Par 3, avant de découvrir l'article de Patrick et la trilogie de Bosc.
  Je n'ai pas (encore) lu Constellation, mais j'imagine que c'est en connaissance de cause que Bosc emploie le terme jungien "synchronicité", car selon Jung une synchronicité résulte d'une constellation de l'archétype.
  Il me semblait n'avoir jamais entendu parler de ce roman, mais Patrick l'avait mentionné dans l'article La constellation et les lucioles que j'avais cité ici.

  Dans son article du 17 janvier, Patrick cite Bosc dans Colonne: "Des instants séparés et pourtant réunis, des histoires se tissent, s'emmêlent et forment une seule étoffe, dont on dirait qu'elle est indémaillable. Des destins se croisent sans s'apercevoir, des tragédies s'écrivent sans dialogues, mais on peut tendre l'oreille pour écouter les récits enchevêtrés."(p. 108)
  Si ces histoires s'emmêlent, c'est mêlé, Sémélé...
  Tiens, en 1976 est sorti Quand la panthère rose s'emmêle, la même année que Police Python 357... Dans le volet suivant de la saga, la French Connection cherche à éliminer l'inspecteur Clouseau, de même que Charnier (Fernando Rey) envoie Marcel Bozzuffi tuer Popeye Doyle dans le film de Friedkin.

  Le mot "constellation", ainsi que sa valeur 159, a acquis pour moi une nouvelle dimension l'an dernier, car j'ai été conduit à titrer De l'algèbre à la croisade: constellation le billet 318 (2 fois 159), formant une trilogie avec les billets 317 et 319. Il s'agissait aussi des billets 137-138-139 écrits depuis notre installation à Esparron, en écho avec le volume triple 137-138-139 de Présence du Futur, et divers rebonds se sont manifestés, notamment avec les billets 173-183-193, ce dernier étant intitulés Preuves.
  L'écriture du précédent billet, 21e de l'année 2021, m'a fait remarquer que le billet 318, publié le 31/8, occupait l'exact milieu de ces 21; en conséquence, les 3 billets liés étaient au milieu des 18 autres.

  Voici comme promis une approche des rapports entre les bordels Zwi Migdal et la nouvelle de Borges, La Mort et la Boussole (1942), probablement le premier texte organisant géométriquement une série de crimes.
  La page Wikipédia avance que l'organisation doit son nom à l'un de ses fondateurs, "Luis Zwi Migdal", mais ce n'était qu'une hypothèse dans les sources que j'avais précédemment étudiées, où il n'était question que de "Luis Migdal".
  Ce qui est certain, c'est que les mots zwi, "cerf", et migdal, "tour", sont sexuellement évocateurs, et qu'ils étaient ainsi compris par les clients

  Les 4 victimes sont dans l’ordre :
– Au nord, le rabbin talmudiste Marcelo Yarmolinsky, dans un hôtel en forme de tour ressemblant à une maison close;
– A l’ouest, le rufian Daniel Azevedo, dans un quartier juif où il y a des bordels (nécessairement des Zwi Migdal au temps de Borges);
– A l’est un certain Gryphius, ou Ginzberg, ou Ginsburg, dans un autre quartier mal famé;
– Au sud enfin le détective Eric Lönnrot, assassiné dans le mirador (une tour) de la villa Triste-le-Roy.
  On constate sur le schéma ci-contre que les initiales des victimes, à la condition de les lire à l’hébraïque, de droite à gauche (mais j’ai laissé sur le schéma la succession normale prénom à gauche – nom à droite), forment la séquence MYGDAEL, ce qui ressemble pour le moins à migdal.

  Chaque meurtre est accompagné d'un message énonçant qu'une lettre du Nom a été articulée. "Le Nom", c'est HaShem, la formule désignant le Tétragramme YHWH qu'il est interdit de prononcer, et il se trouve qu'en hébreu les trois lettres écrivant HaShem (השם) se transforment par atbash en zwy (צבי), "cerf". Borges a évoqué l'atbash dans une conférence sur la kabbale.

  Cette transformation de HaShem  en zwy, et vice-versa, est assez connue, car au 17e siècle un certain Sabbataï Zwi s'est déclaré être le Messie toujours attendu par les Juifs, et a déduit de ce jeu qu'il avait le droit de prononcer le Tétragramme.
  Le rabbin Yarmolinsky assassiné vient de Podolsk, qui fut un foyer du sabbatianisme au 18e siècle.

  Selon le principe vu plus haut, les initiales des noms seuls des victimes forment YGAL, soit en hébreu "il rachète" ou "il venge", du verbe à l'origine du goel hadam biblique, et celui qui tue Lönnrot est bien un "vengeur du sang".
  Il est tout à fait curieux que les meurtres soient commis les 4 des mois successifs de décembre-janvier-etc., alors que le 4 novembre d'une année bien ultérieure (1995) sera effectivement assassiné un "rabbin", Yitzhaq Rabin. Ceci a fait la fortune de Michael Drosnin, lequel avait prévenu les autorités d'une menace concernant le premier ministre, car le "code biblique" faisait croiser son nom avec "assassin", un assassin issu d'un passage de la Bible où il est question du goel hadam.
  Précisément, le prénom de l'assassin effectif était Ygal (Ygal Amir).
  Il n'y avait pas besoin de code biblique (commenté ici) pour craindre en 1994 un attentat contre Rabin, mais c'était bien moins évident en 1942...

  Bien plus sur ma page consacrée à La Mort et la Boussole.

Alerte aux lecteurs: Au-dessus du lit de Simone Signoret, dans Police Python 357, est accroché ce tableau que des amis mieux informés que moi ont été incapables d'identifier. Alors si quelqu'un voit de quoi il s'agit, merci de le signaler (en commentaire ou par mail à mon adresse disponible sur mon profil).