4.4.21

le tserouph, d'où cela...


  4 avril, dimanche de Pâques. Diverses récentes coïncidences me portent à revenir sur l'événement fondateur de ce blog, en le replaçant cette fois dans une perspective chronologique, et en privilégiant les éléments vérifiables. J'évoquerai ensuite ces récentes coïncidences qui concernent le tserouf, "anagramme" en hébreu, et l'anagramme joue un rôle essentiel dans cette affaire.

  Sans remonter à la prime enfance, ma vie a été émaillée de phénomènes bizarres, titillant une rationalité profondément ancrée. Il y a eu des coïncidences, souvent, rarement des rêves prémonitoires, des expériences de décorporation, d'autres étrangetés. Il m'est souvenu récemment d'une coïncidence prédictive.
  A 20 ans, j'ai connu une Hollandaise qui avait deux chatons nommés Kut et Trut. 4 ans plus tard, une fille originaire de Lorraine a mentionné un nounours de son enfance, nommé Kut. Je me suis rappelé de Kut et Trut, et, parce que j'étais coutumier des coïncidences, me suis dit que je n'avais aucune chance de rencontrer le mot "trut", mais, le lendemain, feuilletant des partitions, je suis tombé sur une chanson de Clément Janequin dont le refrain était "Laissez, laissez trut avant".
  Ayant entendu parler de coïncidences signifiantes chez Jung, j'ai lu ses oeuvres. Si son approche de la synchronicité ne correspondait pas exactement à mon expérience, j'ai flashé sur sa théorie des archétypes, et plus particulièrement sur l'archétype ultime, celui du Soi, de l'Unité: ce serait le mandala, la quaternité, le quaternaire centré, la quintessence.

  Après diverses expériences, ma vie a pris un nouvel essor à 35 ans, en 1985, avec une frénésie de recherches numériques dans des textes en hébreu, en latin, en vieux français, et dans la musique ce Bach. Je crois avoir obtenu des résultats dignes d'intérêt, mais n'ai guère réussi à les faire partager.
  A force d'entendre des "peut-être, mais je ne connais pas l'hébreu (le latin, etc.), alors...", il m'a semblé en 1996 devoir aborder des domaines plus accessibles, et j'ai adapté mes logiciels de calcul à la langue actuelle. Comme la quaternité s'était révélée opérante dans mes précédentes recherches, j'ai pensé à étudier un texte éminemment quintessentiel, le sonnet Voyelles de Rimbaud.

  Rien n'est sorti de cette première approche. Je ne suis plus très sûr de ce qui s'est passé ensuite, sinon que je n'ai pas eu à remettre vingt fois sur le métier mon ouvrage, car j'ai eu tôt fait de me souvenir que Perec n'avait pas manqué de proposer une réécriture de Voyelles dans La disparition, encore plus quintessentielle puisque la voyelle essentielle n'est plus le O qui brille dans les yeux de l'aimée, mais le E qui brille par son absence, la lettre de rang 5 dans l'alphabet.
  Ce sonnet Vocalisations a dépassé mes espérances. Je ne soulignerai ici qu'une propriété, il a 112 mots, et la valeur 6272 de ces 112 mots est 112 fois 56, or 56 c'est 4 fois 14, les nombres caractérisant le sonnet, 4 strophes et 14 vers.
  Certes on pourrait avoir 111 ou 113 mots de valeur moyenne 56, mais 112 c'est 2 fois 56, en conséquence les nombres 4 et 14 du sonnet se trouvent exaltés au carré, l'un des symboles de la quaternité. Par ailleurs 112 est un "nombre perecquien", pouvant se lire 11/2, pour le 11 février, date qui a été vue comme "autobiographème", jour où la mère de Perec a été embarquée dans un train pour Auschwitz. Le nombre 112 apparaît dans l'oeuvre de Perec, notamment pour l'étudiant disparu laissant chez lui Dix-huit leçons sur la société industrielle ouvert à la page 112 (la date d'impression du Gallimard/Idées est le 11 février 1962).
  J'ai vu d'autres harmonies numériques dans le sonnet de Perec, étudiées ici, et il s'est assez vite imposé à moi que ces diverses harmonies ne pouvaient être intentionnelles, ce qui rejoignait les conclusions de mes recherches précédentes. J'élude à nouveau toute tentative de rationalisation de ce phénomène.

  J'ai fait en 1999 la connaissance de JB Pouy qui, séduit par mes recherches, m'a permis de publier Sous les pans du bizarre, où j'ai pu exposer mes recherches virgiliennes sous forme romancée. Comme j'étais toujours obsédé par le sonnet de Perec, et que le roman avait 14 chapitres, j'ai codé dans chaque chapitre un vers de Vocalisations, par des lettres d'un corps légèrement supérieur à celui du texte.
  Au-delà de la preuve tangible de ma fascination pour ce sonnet, ce jeu s'est avéré riche en coïncidences, au plus bref:
- j'ai appris ensuite que Ricardou avait codé pareillement en 1972 un sonnet dans un texte, par des capitales; il s'agissait également de la réécriture d'un célèbre sonnet;
- alors que j'achevais mon roman paraissait Pandore et l'ouvre-boîte, offrant de fabuleuses similitudes avec lui, dont la présence d'un sonnet (en clair, mais son acrostiche non explicité était la clé du roman);
- dans d'incroyables circonstances, je découvris en 2016 des messages codés, par des lettres en caractères gras, dans Le secret dévoilé; le premier de ces messages était une phrase en 11 mots et 56 lettres de valeur 11 fois 56.

  En avril 2000, alors que mon roman n'était pas encore paru, le forum Anagrammy awards organisa un concours d'anagrammes traduisant Vocalisations (dans la traduction anglaise de La disparition, le sonnet de Perec avait été publié tel quel, car Voyelles est très connu outre-Manche).
  Je n'appris ce fait qu'en avril 2004. Il y avait eu trois anagrammes, l'une à l'échelle du poème entier, une autre à l'échelle de la strophe, et la dernière à l'échelle du vers (les voici ci-contre, cliquer pour agrandir). Aucune anagramme n'avait 112 mots, et il me vint l'idée de réaliser ma propre anagramme, en français, avec d'abord l'idée de conserver 112 mots, puis celle de magnifier l'harmonie originelle avec chaque vers comptant 8 mots et la valeur 448, 8 fois 56.

  La tâche était nouvelle pour moi, et je l'ai laissée de côté jusqu'à ce que Gef mette en ligne le Gématron, en décembre 2006. J'ai mené à bien le projet prévu, et donné le résultat sur la liste oulipo le 8 décembre.

  21 mois plus tard, je me réveillai avec une étrange idée imprimée en tête. Le 4/4/44, donné par Jung dans ses mémoires pour le jour d'un étrange événement, l'échange de sa destinée avec celui du médecin qui l'avait sauvé d'un infarctus, ce 4/4/44 se situait exactement aux 4/5es de la vie de Jung.
  Je dus consulter le net pour me remémorer ses dates, et découvrir que, du 26 juillet 1875 vers 20 heures au 6 juin 1961 vers 16 heures, Jung avait vécu 31360 jours et 20 heures, et que les 4/5es de cette période tombaient le 4/4/44 à midi.

  En négligeant les heures, la période unitaire est de 6272 jours, 4 fois 6272 jours du 26/7/1875 au 4/4/44, 6272 jours du 4/4/44 au 6/6/61.
  Je n'ai pas tardé à m'ébaubir de ce que, moi qui avais découvert (si l'on peut dire puisque "on" me l'avait soufflé) cette relation 5 fois 6272, j'étais aussi celui qui s'était émerveillé de la valeur 6272 du sonnet de Perec, et avait composé le 5e arrangement de ses lettres. Et c'était la quintessence jungienne qui m'avait conduit à ce sonnet.

  En fait, je m'étais livré à une facétie dans mon codage du sonnet de Perec. Au vers 8, j'avais codé "loocal" au lieu de "alcool", et au vers 13, "radin" au lieu de "nadir", des anagrammes, ce qui fait que mon codage était la première anagramme du sonnet, à l'échelle des mots, même si je n'avais anagrammatisé que 2 mots sur 112.
  Ainsi, les 4 premières anagrammes du sonnet étaient
- à l'échelle du poème entier,
- à l'échelle de ses 4 strophes,
- à l'échelle de ses 14 vers,
- à l'échelle de ses 112 mots,
avec 1x4x14x112 = 6272.
  J'avais été le premier à proposer une anagramme, sans qu'on puisse imaginer un lien rationnel avec les trois anagrammes suivantes, et la 5e anagramme, à nouveau de mon fait, exploitait l'autre harmonie du sonnet, que ses 112 mots puissent se répartir en 8x14, 8 mots par vers.

  Peut-être faut-il prendre quelques instants pour méditer sur ces intrications. Je l'ai fait souvent, incapable d'en déduire mieux qu'une célèbre formule attribuée à divers auteurs (Haldane, Heisenberg...):
Le monde n'est pas seulement plus bizarre qu'on l'imagine, il est plus bizarre que nul ne peut l'imaginer.
  Et ce n'est pas fini. Comme le Gématron proposait les sections d'or des valeurs calculées des textes soumis, j'ai utilisé cette possibilité dans mon anagramme de 2006, pour les deux sections d’or du sonnet, selon 4 critères :
- ses 112 mots sont répartis en 43-26-43,
- ses 168 syllabes en 64-40-64,
- ses 497 lettres en 190-117-190,
- sa gématrie 6272 en 2396-1480-2396.
  Ce n'était qu'une petite difficulté comparée au problème d'avoir 8 mots dans chaque vers totalisant la valeur 448.

  Je savais que 1480, la valeur comprise entre les deux sections d'or de 6272, était l'isopséphie  (valeur selon l'alphabet grec) du grec χριστός / christós, "christ", parce que divers exégètes y ont vu une signification profonde, parfois liée au nombre d'or. Bien que considérant que le christianisme est une refonte particulièrement débile de divers mythes, j'ai exploité cette correspondance en débutant la section de valeur 1480 par le mot "cristal", d'ailleurs présent dans le vers précédent de Vocalisations.
 
  Ceci a pris un autre sens après avoir découvert que 6272 était le nombre de jours vécus par Jung après le 4/4/44, début de sa convalescence tandis que le docteur qui l'avait sauvé s'alitait pour ne plus se relever.
  Jung a attribué sa guérison à Télesphore, dieu de la convalescence, fils d'Asclépios. Peut-être faudrait-il parler de l'archétype "Télesphore", mais Jung lui-même a considéré que sa maladie de 1944 était la conséquence de ce qu'il avait considéré les archétypes comme de simples concepts, alors qu'il s'agirait de "dieux vivants".
  Toujours est-il qu'il a remercié Télesphore en 1950, en sculptant la fameuse pierre de Bollingen, un mandala au centre duquel figure l'enfant au capuchon, adorné du symbole de Mercure.
  Au-dessus de lui, de part et d'autre des lignes brisées figurant les 4 fleuves de l'Eden, est gravé son nom grec, τεΛες-φορος / Telesphóros, et il se trouve que l'isopséphie de ce nom est également 1480, comme χριστός.
  Ainsi, j'avais veillé à construire une section centrale de valeur 1480 pour mon anagramme de valeur 6272, alors que Jung avait placé Télesphore au centre de son mandala.

  J'en viens à du neuf, tout ce qui précède ayant déjà été dit dans d'autres pages de Quaternité, avec moult autres détails éplapourdissants. La page Wikipedia grecque consacrée à Télesphore m'a appris qu'il était aussi appelé Σωτήρ / sôter, "sauveur", terme fréquemment associé au Christ (et Jésus, Joshua, signifie "Dieu sauve").
  Il se trouve que deux des anagrammes en anglais (ou américain) contiennent le mot "sauveur" (saviour ou savior).

  J'en arrive aux récentes coïncidences qui m'ont conduit à reprendre cette affaire.
  Le 20 mars, j'assurais ma permanence à la médiathèque d'Esparron. Regardant les BD du fonds, je remarquais Le début de la fin de Marc-Antoine Mathieu, ou La fin du début en renversant l'album.
  J'ai déjà regardé des BD de MAM, admiré sa maîtrise graphique, sans cependant parvenir à entrer réellement dans ses intrigues dérangeantes. Comme MAM est apparu récemment à plusieurs reprises dans le blog ami de Patrick Bléron, j'ai feuilleté cet album, que j'avais peut-être déjà regardé depuis sa sortie en 1995.
  Il s'agit comme dans d'autres oeuvres de l'auteur de symétries et de jeux de miroirs. Je suis tombé en arrêt devant cette vignette:
  Il s'agit d'un annuaire où tous les noms sont palindromes, de même que les numéros de téléphone.
  Le pouce du lecteur semble indiquer EROHPSELEHT Thélesphore, en corrigeant une évidente bévue (il y en a quelques autres). J'ignorais que Télesphore était un prénom chrétien, et il y a même eu un pape de ce nom. Curieusement, le pape suivant est Hygin, alors que la soeur la plus connue de Télesphore est Hygie.
  
  La BD a une structure approximativement palindrome, et il y eut le lendemain un étrange écho. A 17 h 06, Marc Parayre, nouveau venu sur la liste oulipo, posta un message recensant diverses BD palindromes. Je consultai le message quelques minutes plus tard, vit que MAM n'était pas mentionné, songeai à le signaler, mais Gef me dama le pas dès 17 h 26, alors même que son exemplaire était depuis longtemps disparu.

  Ce 21 avril il y eut un incident à la maison. Aurélie était venue faire des rangements et le déplacement d'un coffre déséquilibra des étagères chargées de centaines de kilos de livres:
  Les jours suivants, je débarrassai les rayons, et découvris le 23 dans une rangée de derrière un livre que je pensais ne plus avoir, La négresse blonde de Georges Fourest.
  J'ai déjà évoqué Fourest ici, à propos précisément de mon anagramme de Vocalisations, et en remarquant que "fourest" était l'anagramme de "tserouf", sinon son exact renversement phonétique.
  Une quinzaine de jours plus tôt, j'avais découvert un livre de Leo Perutz que j'ignorais avoir, Perutz qui me semblait a priori intéressant parce qu'en hébreu son nom est l'anagramme de tserouf, "anagramme", et le roman se révéla effectivement riche en rebonds (voir Quand les anagrammes claironnent).

  L'hébreu perutz, "brisure", est de la même racine que Peretz, le nom original de la famille Perec. Cette racine PRÇ, "briser", est le renversement de ÇRP, "purifier", à l'origine du tserouf. Presque une autoréférence, puisqu'il faut briser le mot ou l'expression pour en révéler d'autres sens.

  Feuilletant Fourest, la principale chose que j'y ai remarqué est le Pseudo-sonnet asiatique et littéraire, pour sa citation en exergue, due à un certain Télesphore Coulaud, juge de paix.
  Ce nom ne semble connu que pour cette citation, le catalogue de la BNF l'ignore, et j'imagine que le fantasque Fourest a pu forger le nom et la citation (ici en wikisource, là l'édition originale).
  Quoi qu'il en soit, 3 jours après avoir découvert que Télesphore (ou Thélesphore) existait en tant que prénom, j'en découvre un autre, et je peux certifier que j'aurais remarqué tout Télesphore depuis 2008.

   Ceci dit, le nom était tout de même passé en arrière-plan de mes préoccupations, et lorsque le mot tserouf a émergé, je n'ai pas remarqué la proximité des phonèmes permettant de passer de "telesphore" à "le tserophe".
  C'est mieux avec le latin Telesphorus, et le Télesphore Coulaud de Fourest m'a conduit à l'anagramme titre, Le tserouph, d'où cela...

   D'un autre côté, "tserophe" (tserof) me rappelle que Ricardou a procédé à des sortes d'anagrammes d'une vignette de la Barbarella de Forest, en faisant apparaître ou disparaître certains des 48 secteurs en lesquels il avait divisé l'image, selon un programme arithmétique.

Note de mai 22: Un autre Forest est associé à Ricardou, Philippe Forest, notamment auteur de Histoire de Tel Quel (1995), relatant notamment la rupture entre Ricardou et Robbe-Grillet.

  La confrérie des anagrammeurs est réduite, et une communication de Marc Parayre était initialement prévue la même après-midi que la mienne (Du très sage au très fou, du tressage au tserouf), au colloque 2019 de Cerisy, mais il n'a pu se déplacer.
  Marc a récemment mis en ligne sa thèse de doctorat, indispensable outil pour pénétrer toutes les finesses de La disparition.

  A propos de Perec, la valeur de Télesphore est
TELESPHORE = 123 = GEORGES PEREC.
  Mieux,
TELE  SPHORE = 42 81, même découpage que NOM PRENOM, ce qui me rappelle la fabuleuse affaire des carrés textuels, où Ricardou a aussi sa part.
  Et MAM a précisément donné à son Télesphore (Thélesphore plutôt) un nom qui était le renversement du prénom.

  SPHORE me rappelle SEPHOR, transcription de l'hébreu "oiseau", le mot hébreu étant l'anagramme de tserouf, avec une belle relation à la signature de Ricardou, JR stylisé en une patte d'oiseau.

  Etymologiquement, Télesphore se scinde plutôt en Teles-phoros, comme l'a fait Jung sur la pierre de Bollingen, et signifie "qui porte la plénitude".

  Le 1er avril, j'ai emprunté un autre album de Marc-Antoine Mathieu à la médiathèque de Gréoux, Les sous-sols du Révolu (2006).
  L'anagramme y est au premier plan. L'expert EUDES LE VOLUMEUR vient inventorier LE MUSÉE DU RÉVOLU, aussi nommé LE VOULU DÉMESURÉ, L'OEUVRE DU MUSELÉ...
  Le climax me paraît être la visite du département des copies, pouvant évoquer Un cabinet d'amateur de Perec. Une vignette montre Le Volumeur et ses assistants examinant un tableau montrant une salle du musée, avec de nombreux tableaux au mur. La vignette suivante prend du recul et montre qu'ils sont perchés sur un échafaudage et que le tableau qu'ils examinaient est un détail d'un grand tableau montrant une salle de musée.
  Un peu plus de recul, et il s'avère que le grand tableau fait lui-même partie d'un tableau plus vaste, intitulé LE VOLEUR DU MUSÉE.
  Enfin une dernière vignette montre que LE VOLEUR DU MUSÉE fait partie d'un tableau plus vaste, intitulé LE MUSÉE DU VOLEUR, dont Le Volumeur et ses assistants sont des détails...

  J'ignorais que LOUVRE avait VOLEUR pour anagramme, et ça me rappelle quelque chose.
  Une réplique de la traduction française de Da Vinci code m'a amusé, "Le Louvre, c'est pas la maison!", proférée juste avant l'entrée des héros dans la Salle des Etats où trône la Joconde, car LA MAISON est l'anagramme de MONA LISA.
  Or le roman Pilgrim a pour principaux personnages Jung et l'étrange Pilgrim, être quasi-immortel qui a jadis été le modèle de la Joconde, et qui en est le voleur en 1913... "La maison du Louvre" serait donc "Mona Lisa du voleur"...

   Je ne peux résister au rappel de l'inoubliable anagramme de Patrice Besnard,
Palais Royal - Musée du Louvre = L'élu rose a voulu sa pyramide

Note du 13/04: J'avais en réserve de lecture un livre emprunté à la médiathèque, Un dernier coup de théâtre, de Robert Deleuse (2012). C'est un pavé dont l'absence d'alinéas dans les chapitres ne facilite pas la lecture, mais on en trouve ici une critique favorable.
  J'ai voulu le lire parce que Deleuse est l'auteur du Poulpe qui a suivi La disparition de Perek, lu récemment, La bête au bois dormant.
  Bref, le dramaturge Romain Delorme est assassiné, et son ancienne amie Marion Moderel mène l'enquête. Elle est d'abord présentée comme "Mademoiselle Moderel" (page 27), et ceci m'a fait deviner son prénom, car MODEREL est l'anagramme de DELORME. Quelques jours plus tôt, j'avais également deviné le prénom de LE VOLUMEUR dans la BD de MAM, d'abord présenté comme "Monsieur Le Volumeur" (page 7).

Note du 11/5: J'ai emprunté samedi dernier une nouveauté de la médiathèque d'Esparron, Jeux de dupes de Maud Tabachnik. C'est l'histoire d'un écrivain amateur qui perd son manuscrit, et qui le découvre quelques mois plus tard publié sous le nom d'un autre, obtenant le prestigieux prix Liancourt. Le VOLEUR se nomme Jean RUELOV.
  Le héros du roman volé se nomme Charles LAYOR, et je m'ébahis du double écho avec l'anagramme donnée plus haut de Palais-ROYAL Musée du LOUVRE.
  Je crois n'avoir jamais lu de roman de Maud Tabachnik précédemment. J'en avais essayé un que j'avais abandonné.

  Dernièrement, la liste oulipo s'est intéressée aux "sonnets irrationnels", des poèmes de 14 vers qui empruntent leurs nombres de vers à des nombres irrationnels, ainsi le sonnet pi a des strophes de 3-1-4-1-5 vers.
  Gef a proposé la dénomination SIGH, pour Sonnet Irrationnel Généralisé, Hélas!, et cette référence au Charlie Brown de Charles Schulz m'a inspiré, mais selon d'autres modalités.
  Mardi 30, j'ai cherché s'il était possible d'avoir 4 strophes (car il m'est essentiel qu'un sonnet ait 4 strophes) formant un nombre divisible par 14. Avec des strophes de 2 à 6 vers, j'ai trouvé 4 possibilités, dont 3542, qui m'a séduit pour diverses raisons:
- 3542 = 14 fois 253, or 253 c'est 23 fois 11, et il est facile d'avoir une moyenne 11 pour un ensemble de lettres;
- 3542 est formé des mêmes chiffres que 34 52, CARL JUNG, mon Charles favori;
- c'est aussi un multiple de 77, et ce 30 avril était le mardi de la Semaine sainte, 77e anniversaire du 4/4/44, mardi d'une autre Semaine sainte.

  J'ai donc composé un Sonnet Isocèle Gématrique Holographique répondant à ces contraintes:
strophes de 3-5-4-2 vers, pour un sonnet de valeur 3542
= 14 x 253 (chaque vers vaut 253),
= 77 x 46 (77 nombre de mots),
= 154 x 23 (154 nombre de pieds),
= 161 x 22 (161 nombre de pieds avec les e caducs),
= 322 x 11 (322 nombre de lettres).
Et c’est holographique car ces équilibres se retrouvent dans chaque couple de vers consécutifs.

  Voici le sonnet, différant légèrement de celui publié le 30 mars, pour avoir ses 322 lettres appartenant à un ensemble de 24 lettres de valeur 322 (manquent FW):

à dire sage le nom universel,
assumé, je réitère l'isocèle,
en une votive leçon de recel.

mixez, avec aloès et aveline,
de l'oxyde mâtiné de romarin,
un qat azoté. nivale cocaïne!
selon un as adulé du baratin,
il a réagi, molle sérotonine.

l'os abîmé musèle le vétéran,
on se désabuse, vénus océane,
y rêver en éloge ce talisman,
ode du trapu, haïku mélomane.

le poème dira mon âgé trésor,
un ami haï, cardinal oxymore.

  Il y a deux ans, j'ai publié le 4/4 un poème basé sur l'anagramme et le carré pandiagonal d'ordre 4, dont je suis nettement plus fier que ce SIGH manquant d'idée directrice.
  Ce carré d'ordre 4 est pour moi lié à Jung, et les recherches menées alors m'avaient fait découvrir qu'il existait 86 combinaisons de 4 nombres totalisant la constante 34 du carré, 52 (JUNG) faisant partie des symétries du carré, et 34 (CARL) autres.

  Une petite curiosité pour finir. Le mercredi 24 mars, 4 jours après avoir découvert l'annuaire palindrome de MAM, j'ai fait un tour au village d'Esparron. Remontant sa rue principale, non nommée, j'ai flashé sur deux voitures côte à côte sur l'un des rares emplacements où il est possible de se garer.


  826 628, rappelant les numéros de l'annuaire de MAM, dont certains me sont très significatifs, mais ce sera peut-être pour une autre fois.
  Cet emplacement est à 50 m de celui où j'ai vu le 10 JanvieR 18 le cyclo immatriculé J 84 R, alors que mon esprit était obnubilé par les tics de Ricardou, le recours à 48 et 84 correspondant aux nombres de lettres de ses prénom-nom, l'emploi de ses initiales correspondant aux rangs 10-18...

Note du 13/04: A propos de la racine PRÇ, "briser", renversement de ÇRP, "purifier", à l'origine du tserouf, il m'est revenu une curiosité palindromique.
  Lors de mon étude de Vocalisations, le sonnet de valeur 56x112, j'avais noté que les seuls mots de ces valeurs étaient NOIR (56), aux rangs 2 et 19, et BROUILLARD (112), au rang 38.
  2 fois 56 = 112, 2 fois 19 = 38, ça m'était évocateur, de même que "Noir et Brouillard", surtout chez Perec, "Nuit et Brouillard" étant l'un des 10 couples de La vie mode d'emploi, une contrainte imposant la présence du mot "brouillard" dans 10 chapitres du livre. L'une des occurrences est le lieutenant Nebel ("brouillard"), victime d'un attentat de la Résistance en 1943. Je n'avais pas manqué de relier cette mort à l'allemand Leben, "vie".
  NEBEL = 38, le rang de "brouillard" dans le sonnet, et ceci m'avait semblé si significatif que j'avais placé dans mon anagramme de 2006 les mots NOIR-NOIR-BROUILLARD aux mêmes rangs 2-19-38.
  J'ignorais alors bien des choses sur l'expérience de Jung en 1944,
 notamment la coïncidence avec le sonnet, or le premier témoignage écrit en est une lettre de 1945 où les mots Nebel et Leben sont proches:
Lorsqu'on parvient à se débarrasser de la volonté furieuse de vivre et qu'on a l'impression de tomber dans un brouillard sans fond, commence la vraie vie, avec tout ce pourquoi on était fait et qu'on n'avait jamais atteint.
  Le texte original du passage significatif est "als fiele man in einen bodenlosen Nebel, dann beginnt das wahre Leben".

11.3.21

quand les anagrammes claironnent


  Je ne me sens pas encore capable d'aborder le décès d'Anne, ma compagne depuis près de 44 ans, le 13 février dernier.

  Voici donc un court billet commençant par un roman paru en janvier, Memory d'Arnaud Delalande.
  Je l'ai acheté à cause du nom de la fliquette enquêtrice, Jeanne Ricoeur. Dans Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, le texte de Ricardou étudié notamment dans les deux précédents billets, Ricardou est supposé se nommer Jean Ricoeur, frère de Noëlle Riçoeur prétendue auteur du texte. Jean devient parfois Noël dans le récit, aussi Noëlle pourrait-elle symétriquement devenir Jeanne.
  Jeanne a 8 suspects, 8, nombre fétiche de Ricardou.
  Jeanne a un chat nommé Minus. Dans la langue verte, "chat" ou "chatte" est synonyme de "con"; il n'est pas rare de trouver des chats nommés Minus (pour minou, minet), mais je conjecture que le seul texte où "minus" équivaut à "con" est précisément Révélations minuscules... (voir Unir ça, début, centre, terme, j'adore).
  Ceci dit, je n'imagine pas que Delalande ait lu Ricardou.

  Jeanne Ricoeur enquête sur un crime commis dans une salle d'une clinique où étaient réunis 9 amnésiques antérogrades, c'est-à-dire des personnes dont la mémoire s'efface après quelques minutes. Ainsi la victime git au milieu de 8 témoins du crime, mais aucun n'en a de souvenir (sauf l'assassin qui est un faux amnésique).
  C'est lisible, mais ça manque de réel suspense.

  Dans ce thème en vogue des amnésiques antérogrades, j'ai particulièrement apprécié Enquête sur la disparition d'Émilie Brunet, d'Antoine Bello (2010), où c'est le détective qui est amnésique!
  J'en ai parlé ici. Il y est question des "détectandes scripturaux", expression forgée par Annie Combes. J'ai appris il y a quelques jours qu'elle était l'épouse de Gilles Tronchet, éminent ricardolien. Lors de l'assemblée inaugurale du colloque Ricardou de 2019, j'ai eu droit à une place d'honneur à la tribune, celle de Gilles Tronchet qui avait été retardé.

  Il y a encore La mémoire fantôme de Thilliez (2007), où c'est l'assassin qui est amnésique, et qui joue sur le fait qu'il oubliera son crime...
  Dans d'autres romans, comme Avant d'aller dormir, de SJ Watson (2011), c'est la victime d'un complot qui est amnésique.
  Puisque j'ai rapproché ailleurs Thilliez de Le Tellier, je ne résiste pas au rappel d'un titre de ce dernier, Les amnésiques n'ont rien vécu d'inoubliable.

  Alors que j'étais en train de lire Memory, un hasard m'a fait passer à la petite médiathèque de Quinson, le seul jour de son ouverture. J'y ai trouvé un autre titre de Delalande, Les fables de sang (2009). C'est un polar historique, ce qui n'est guère à mon goût. Après la mort de Louis XV, un tueur élimine l'un après l'autre les agents du Secret du roi, en résonance avec dix fables de La Fontaine.
  Je n'ai pu m'y intéresser, mais ai repéré en feuilletant l'assassinat de madame de Boisrémy, le 4 avril 1775.

  J'avais ici un autre roman de Delalande, l'édition poche de 2009, achetée d'occasion à 3€10, de La lance de la destinée (2007). Une note de ma main au début montre que je l'ai lu, mais je pense qu'il s'agit plutôt d'une relecture avortée, parce que j'ai parlé sur Quaternité en avril 2009 d'une mini-série de même titre diffusée fin 2008, La lance de la destinée.
  Je pense donc que je l'avais emprunté en médiathèque à sa sortie, lu alors, et que, bien que non atteint d'amnésie antérograde, j'en avais oublié les détails lorsque j'ai vu la série, dont l'intrigue n'a apparemment rien à voir avec le roman, et le nom Delalande n'y apparaît pas au générique. J'imagine que le scénario en est si grotesque qu'il a tenu à ne pas être mentionné, ce qui n'a pas empêché son éditeur de rééditer le roman avec le bandeau ci-dessus.

  C'est que, bien qu'apparemment le seul point commun entre les deux intrigues soit la présence de la fameuse lance ayant transpercé le Christ, il y a quelques détails onomastiques très précis, dont un n'aurait pu m'échapper si j'avais achevé ma relecture de l'édition de poche.
  La série se passe à Paris en 2007, où l'archéologue Sofia Béranger est conduite par hasard sur la piste de la Lance, alors qu'elle est liée par sa naissance à une antique prophétie qui annonçait précisément pour l'année juive 5767, soit 2007, une lutte entre deux jumeaux pour s'approprier cette Lance aux pouvoirs magiques exceptionnels. Sofia ne sait pas qu'elle est née Rachel Lévy, fille du grand maître essénien David Lévy, traqué par la secte Axus Mundi. Le chef de la secte, Heinrich Engel, avait jadis réussi à coincer la famille Lévy dans le désert, s'était emparé du frère jumeau de Rachel, Joshua, et pensait avoir éliminé le reste de la famille. Engel a fait croire au petit Joshua qu'il était son fils, Erick, et l'a élevé en vue de l'accomplissement de la prophétie, en 2007.
  Lors de l'affrontement final entre les jumeaux, c'est la Lance qui choisit le camp du Bien, et qui vient entre les mains de Sofia-Rachel tandis que meurt Erick-Joshua.

  J'avais été choqué par l'expression Axus Mundi, sachant que l'axe du monde est indubitablement en latin axis mundi. Peut-être l'erreur est-elle volontaire, car il existe diverses associations humanitaires portant le nom Axis Mundi.
  Toujours est-il que, si j'avais achevé ma relecture du roman, je pense que je n'aurais pas manqué d'y remarquer que les méchants de l'histoire avaient aussi pour nom l'Axus Mundi, et que leur chef se nommait Ernst Heinrich (Heinrich Engel dans la série).
  L'histoire se passe en 2006, et il y a aussi une antique prophétie essénienne qui annonçait pour l'année juive 5766, soit 2006, la grande bataille entre le Bien et le Mal, à Armageddon, Megiddo, et en 2006 est découverte la Lance, à Megiddo. Les méchants d'Axus Mundi s'en emparent, et la transportent dans leur base du Sinaï. Le but d'Ernst Heinrich est d'extraire l'ADN du sang présent sur la Lance, et de créer un clone du Christ...
  L'agente secrète du pape Clément XVI, Judith Guillemarche, ne parvient pas à enrayer le projet, et une jeune vierge reçoit l'embryon né de ces manipulations le jour même prévu par la prophétie, alors que la base est investie par les autorités...
  Après quelques épisodes assez confus, la naissance sacrilège survient le 23 janvier 2007, et le bébé est confié à Judith, qui s'installe dans l'île de la Cité pour l'élever, sous le nom Isabelle Desmarais. Elle baptise l'enfant Elie.
  Ernst Heinrich est toujours vivant, et décidé à récupérer celui qu'il considère comme sa Création. Ceci peut suggérer que Delalande envisageait une suite à son roman, mais rien n'est venu à ce jour.

  Le point commun le plus immédiat est le groupe Axus Mundi, dirigé par Ernst Heinrich dans le roman, par Heinrich Engel dans la série.
  Il est étonnant que l'acteur incarnant Heinrich Engel soit Jürgen Heinrich, et plus encore que sa voix soit celle de Georges Claisse.
  Claisse est la voix régulière de Bruno Ganz, dont le rôle le plus connu est celui de l'ange Damiel dans Les ailes du désir (mais dans ce film c'est Ganz lui-même qui s'est doublé en français). J'ai parlé dans le billet L'ange de la médiathèque du roman L'effaceur, de Manon Torielli-Sarmejane, où deux personnages importants sont l'hôtelier Cassiel, un étrange individu qui paraît évoquer l'ange de Melencolia de Dürer, et l'inspecteur Claisse.
  J'ai aussitôt repéré que Claisse était l'anagramme de Cassiel, et mes premières investigations m'ont appris (ou rappelé) que Damiel et Cassiel étaient les noms des deux anges des Ailes du désir, et que Georges Claisse doublait habituellement Bruno Ganz.

  Je n'étais pas au bout de mes surprises. Si Damiel semble être inventé par Wenders (et Peter Handke, coscénariste), Cassiel est un ange connu précédemment, et son nom provient d'une corruption de l'ange de Saturne Cafsiel, corruption facile à comprendre vu la ressemblance entre les anciens "f" et "s".
  Toujours est-il que Cassiel ou Cafsiel transcrit l'hébreu קפציאל soit QPÇYAL, or cette forme QPÇYAL est elle-même une corruption de la forme primitive ÇPQYAL, avec un renversement de la racine ÇPQ en QPÇ. 

  D'autres billets concernent Cassiel qui s'est avéré une piste très riche, et c'est ce nom qui m'a d'ailleurs conduit au mafieux Scalesi, exacte anagramme, puis à l'auteur Laurent Scalese, objet d'un récent billet.
  La dernière sidération, c'est donc que Claisse double l'acteur jouant Heinrich Engel, Engel signifiant "ange" en allemand.
  Et l'acteur est Jürgen Heinrich, lequel avait précisément un petit rôle dans Les ailes du désir (1987). C'est un acteur plutôt connu en Allemagne, essentiellement pour son rôle du commissaire Andreas Wolff dans les 174 épisodes de la série Wolff, police criminelle.

  Les noms Ernst Heinrich et Jürgen Heinrich conduisent facilement à réunir les prénoms pour former l'anagramme immédiate Ernst Jünger. Suivre la piste "vert-roux" initiée dans ma communication au colloque Ricardou de 2019 m'a conduit au texte de Jünger Rouge et vert, avec des coïncidences détaillées ici.
  Si diverses intrigues utilisent le thème de la Lance de Longinus, la relique christique la plus abondamment recherchée dans la fiction est assurément le Graal, le calice qui aurait recueilli la sang du Christ frappé par la Lance, le calisse écrivent les québécois, anagramme de Cassiel. J'étudie dans mon billet Le calisse qui tue deux romans sur ce thème.
  Ma communication ricardolienne portait sur Les lieux-dits, où la légende du Graal semble convoquée, avec le flacon vert d'un nommé Gallois contenant un liquide pourpre.

  Dans La quête du Graal, seul le Graal peut guérir le roi méhaignié, blessé un Vendredi saint par une lance. Recherchant des échos sur ce thème, ce 9 mars, je suis tombé sur cet article fort intéressant, soulignant les parallèles entre la légende arthurienne et celle de la Mesnie Hellequin, magnifiquement utilisée par Fred Vargas dans L'armée furieuse.
  L'auteure, Karine Ueltschi, remarque d'étranges similitudes entre trois noms
Le Roi Méhaignié en effet est appelé Roi Parlan, alors que son Père est le Roi Lambar ; et leur ennemi, c’est Varlan.
  Je me permets d'aller plus loin, en avançant que par-lan, lan-bar, var-lan, c'est du verlan avant l'heure, et en soulignant qu'il y a dans L'armée furieuse un personnage ayant poussé à son comble le verlan, Hippolyte Vendermot, lequel pratique en fait la zorglangue imaginée par Zorglub:
  J'en ai parlé ici, dans un billet débutant par quelques rappel sur le tserouf (l'anagramme en hébreu) chez Ricardou, lequel signait d'une patte d'oiseau, "oiseau" étant en hébreu l'anagramme de tserouf.
  Or il se trouve qu'en cherchant hier un roman de James Herbert, La lance (devinez de laquelle il s'agit), j'ai trouvé un livre que j'ignorais avoir, Le maître du jugement dernier de Leo Perutz (1923). Je pensais avoir déjà dit quelque part que perutz était aussi en hébreu l'anagramme de tserouf, mais je n'en trouve pas trace. J'attendais peut-être d'avoir quelque chose de plus à en dire, mais ma relecture du Judas de Léonard est restée en plan.

  Je le feuillette et découvre dès les premières pages qu'un personnage essentiel se nomme Waldemar Solgrub (S seul se prononce "z" en allemand). La requête "Solgrub" a aujourd'hui 9780 résultats sur Google. Ils concernent essentiellement le personnage de Perutz, les autres en dérivent probablement. Si c'était un réel patronyme, il y aurait bien plus de résultats.
  Dans L'Ombre du Z (1962), Franquin a imaginé Zorglub se présenter sous l'identité Zug Brol, et utiliser son invention, la zorglonde, pour forcer l'achat de ses produits, le dentifrice ZUGOL+BR, et le savon ZBUL GOR. Ceci a enchanté ma jeunesse, et m'a conduit à choisir comme alias de blogueur Blogruz.

  Il y a eu une adaptation TV du roman de Perutz, où Michael Degen interprète Solgrub. Degen a joué dans plusieurs épisodes de séries avec Jürgen Heinrich (le chef d'Axus Mundi, Heinrich Engel, auquel Georges Claisse prête sa voix). Il a aussi joué avec Otto Sander, l'ange Cassiel dans Les ailes du désir.

  Je ne sais si le cas Zorglub est la première occurrence d'anagrammes que j'ai rencontrée, l'anagramme étant une ficelle assez courante dans les fictions pour jeunes, mais la BD de Franquin m'a marqué, et j'ai plus tard acheté les albums concernés, souvent relus.
  La confrontation des Lances de la destinée m'a conduit à rappeler l'anagramme Claisse-Cassiel, à tiroir puisque est associée une anagramme au nom hébreu de l'ange Cassiel, et à forger par anagramme le nom d'Ernst Jünger, uniquement apparu sur Quaternité dans le prolongement de ma communication ricardolienne, intitulée Du très sage au très fou, du tressage au tserouf.
  Je devais découvrir plus tard que ce mot tserouf (צרופ), apparu par anagramme dans une nouvelle de Ricardou, était en hébreu l'anagramme de "oiseau" (צפור), alors que sa signature était une patte d'oiseau, et là encore il y a des rebonds.
  L'article liant la légende arthurienne et la Mesnie Hellequin me rappelle le personnage de Fred Vargas parlant la langue de Zorglub.
  Cherchant un livre sur la Lance que je sais avoir quelque part, je découvre un roman de Perutz que j'ignorais avoir, alors qu'il m'a paru récemment devoir m'intéresser à cet auteur dont le nom (פרוצ) est l'anagramme de tserouf, et un personnage important du roman se nomme Solgrub, presque anagramme de Zorglub.

Note du 12/3: La requête "solgrub" invite à se reporter à Saulgrub, petit village d'Allemagne proche de la frontière autrichienne (Perutz était autrichien). J'ai d'abord négligé le fait, mais çoeur dp m'a souligné que le roi Saül avait voulu tuer David avec sa lance (I Sam 18,11), insistant sur le fait qu'on a voulu faire coller la Passion avec divers prophéties ou événements de l'Ancien Testament; la lance ayant frappé le "Fils de David" ne serait-elle pas un écho à cet épisode troublant?
  Dans la série TV, c'est Joshua (Jésus), fils de David (Lévy), qui est finalement victime de la Lance.
  Ceci m'a par ailleurs rappelé que mon billet Missiles sol-saule étudiait la syllabe "sol-saul", avec des prolongements qui peuvent faire écho ici:
- Saüle est en allemand la "colonne", notamment la Siegessaüle de Berlin affectionnée par les anges de Wenders (Cassiel ci-contre);
-  les "saules" sont en latin salices, anagramme de Cassiel, et j'ai parlé à diverses reprises du psaume 136 ou 137 (de David), et de la "harpe sur les saules";
- le soleil, sol latin, est en vieux prussien saule.

 
  Sans l'avoir lu en détail, Le maître du jugement dernier semble intéressant. C'est le récit à la première personne du baron von Yosch, dont un proche, Eugene Bischoff, meurt dans d'étranges circonstances. D'autres morts étranges suivent, Solgrub enquête et meurt à son tour, laissant des indices amenant à la solution de l'affaire: le responsable serait une drogue éveillant une pulsion suicidaire. 
  Une note de l'éditeur révèle que, si le récit de la première mort est exact, tout ce qui suit est une totale affabulation, et von Yosch a été jugé coupable par un tribunal d'honneur d'avoir conduit Bischoff au suicide.
  Cette histoire de narrateur coupable peut faire penser au roman qui a fait le succès d'Agatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd, trois ans plus tard.
  Il faut tout de même rappeler, avec Paul Gayot dans Lupin premier, que Leblanc semble avoir inauguré le thème du narrateur coupable, avec la première aventure du gentleman en 1905, L'arrestation d'Arsène Lupin.
 
  Après ces détours vertigineux, je reviens à quelques points secondaires des Lances de la destinée.
  Dans le roman, la seule date donnée est le 23 janvier 2007, naissance d'Elie, porteur de l'ADN du Christ. Si l'on respecte les 9 mois traditionnels, ceci daterait la "conception" du 23 avril précédent. Pâques tombait le 16 avril en 2006, en conséquence le 23 avril est la fête de la Quasimodo, depuis peu (2000) le Dimanche de la divine Miséricorde.
  Il se passe bien des choses avant cette insémination, presque tout le roman en fait, et je n'ai pas le courage de le reprendre pour voir s'il est possible d'en faire une chronologie précise. Et si la découverte de la Lance avait eu lieu le Vendredi saint?

  Je n'aurais peut-être pas parlé de la série si les principaux Esséniens ne s'étaient nommés David Lévy et Nathan Cohen. Frederic Dannay, le Queen principal, a été déclaré à l'état civil sous le nom de David Nathan. Il a conçu en 1964 Et le huitième jour..., où il fait revivre une communauté essénienne, Quenan, dans le désert du Nevada. C'est l'un des romans qui couvre exactement une semaine pascale.

  Les héroïnes du roman et de la série sont donc Judith et Rachel, vivant ensuite toutes deux dans l'île de la Cité, sous les noms d'Isabelle et Sofia. Judith et Rachel sont aussi les reines rouges des cartes à jouer, les dames de coeur et de carreau. Les premiers Queen sont parus avec la reine de carreau en couverture.
  Ceci dit, je suis loin d'être certain que la complémentarité Judith-Rachel ait été calculée, cette subtilité semblant fort éloignée du niveau du scénario.

  Tiens, un personnage secondaire de la série est le docteur Delalande.

  Ce 310e billet de Quaternité peut trouver un écho dans le prix de mon exemplaire de La lance de la destinée, 310 centimes.
  Le nombre 310 m'a aussi rappelé un article paru il y a une trentaine d'années peut-être, dans Pour la science éventuellement, ou Jeux et stratégie. Il était intitulé Egalités numéro-littérales.
  Il y a ENL lorsqu'un nombre peut se décomposer en deux séries d'additions de nombres dont les écritures en toutes lettres sont les anagrammes l'une de l'autre. Un exemple connu est 13, qui en anglais donne
ONE + TWELVE = ELEVEN + TWO.
  L'auteur donnait comme plus petite possibilité en français le nombre 310, ce que je n'ai jamais oublié parce que 310 m'était alors important.
  J'ai cherché vainement en ligne le détail des décompositions, ce qui peut s'expliquer par le fait que l'assertion était fausse, et Eric Angelini (une vieille connaissance) a indubitablement trouvé mieux avec 238 se décomposant en
2+5+14+16+25+41+61+74 = 4+6+11+12+24+54+56+71
  Voici les écritures correspondantes, en deux séries de 70 lettres
DEUX CINQ QUATORZE SEIZE VINGT-CINQ QUARANTE-ET-UN SOIXANTE-ET-UN SOIXANTE-QUATORZE
QUATRE SIX ONZE DOUZE VINGT-QUATRE CINQUANTE-QUATRE CINQUANTE-SIX SOIXANTE-ET-ONZE

  Il n'est peut-être pas impossible de mieux faire, car la décomposition numérale ci-dessus obéit à une autre contrainte: c'est également une anagramme au niveau des chiffres.

  Nicolas Graner (une autre vieille connaissance, dont j'apprécie notamment ce carré doublement alphamagique) nomme ces décompositions des anagraals...

  Le titre de ce 310e billet a pour valeur 310. Parmi bien des possibilités de verbe de valeur 125 (décervellent, pleuvaient, s'engendrent...), j'ai choisi "claironnent" qui offre l'anagramme "lancineront".

12.2.21

révolutions énumérées


pour Anne

  Suite des investigations sur Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan, la préface à Révolutions minuscules de Ricardou notamment étudiée dans le précédent billet, avec tous les renvois à mes précédentes études.
 
  Au-delà de la symétricologie et du compte des mots dans les phrases, je distingue maintenant un autre niveau de codage concernant le numérotage des phrases et des paragraphes. Si le décompte des mots dans les phrases est parfois sujet à caution, par exemple en ce qui concerne les mots composés, les comptes de phrases et de paragraphes sont peu contestables, à condition d'être rigoureux sur le choix des critères.
  Après minutieuses vérifications, je crois pouvoir assurer que le texte compte 328 phrases débutant en italique corps 13, réparties en 219 paragraphes.
  Un doute peut subsister quant à la signature finale, Noëlle Riçoeur, également en italique corps 13, avec le même retrait que les paragraphes. Cette prétendue soeur de l'auteur est évidemment fictive, et la signature fait donc partie du texte.
  Un premier décompte m'avait conduit à 329 phrases, éventuellement significatif sous la forme 328+1, mais je n'avais pas alors de raison particulière de mettre à part telle ou telle phrase, alors que le décompte définitif de 328 phrases + l'éventuelle signature serait mieux adéquat.

  Quoi qu'il en soit, je ne vais m'attacher ici qu'à des positions de phrases ou de paragraphes, et je commence par un exemple plutôt convaincant, j'espère.
  Ricardou était obsédé par les 4 et 8 lettres de ses prénom et nom; il en est d'ailleurs plusieurs fois question dans le texte, et cette obsession conduit aux nombres dérivés 12 (4+8, nombre de mots du titre et de participants aux messes boulistiques, entre autres), 32 (4x8, l'année de naissance 1932), 48 (ici le prétendu numéro de la rue Monge permettant d'accéder aux Arènes de Lutèce, c'est en fait le n° 49), 84.
  Pas de présence explicite d'un "84", mais voici le paragraphe 84:
      C'est alors (à peine avais-je fait pivoter, n'est-ce pas, comme il sied, en écho, sa manuscrite menue page) qu'il lui fallut convenir, et, sitôt, ce fut, étrangement, sa prompte guérison, que beaucoup, sauf à décidément ne rien entendre, devait se voir de nouveau renversé.
  Il est constitué d'une seule phrase (numéro 152) de 48 mots précisément. L'écho symétricologique est entre "c'est" et "renversé", en 4 et 8 lettres, et chacun peut constater que 84, c'est 48 renversé.
  Il peut y avoir davantage, car le centre de la phrase se situe entre "il" et "lui", entre deux "L", deux "elle" ou deux "ailes" exploitées dans Le lapsus circulaire, texte éminemment complémentaire de Révélations minuscules.
  Par ailleurs CESTREN-VERSE peut se réarranger en CENTRES et REVES, mots particulièrement à l'honneur dans Révélations minuscules et dans Le lapsus circulaire.

  Qu'en est-il du paragraphe 48? Il est constitué de 4 phrases (numéros 87 à 90), les échos symétricologiques étant "c'est intéressée", "on rond", " alors là" "le  exemples". Le paragraphe débute donc par "c'est" en 4 lettres et finit par "exemples" en 8 lettres.
  Les 4 phrases ont 39-64-32-48 mots, en tout 183. Je note d'abord 48, qui est aussi la moyenne entre 64 et 32. Quant à la somme 183, c'est la taille en cm de l'homme idéal selon Le Corbusier. Je rappelle que les deux dernières phrases du texte ont 183 et 226 mots, les dernières mesures du Modulor. Elles constituent également une signature, avec "coeur" au centre des 183 mots (l'écrivain est supposé se nommer Jean Ricoeur) et "j'en" mots 112-113 des 226 mots).

  Qu'en est-il des phrases 48 et 84? Je ne vois rien d'immédiat pour les 80 mots de la phrase 48, mais les 119 mots de la phrase 84 (échos "la là") m'évoquent les valeurs des 8+4 lettres:
RICARDOU + JEAN = 89 + 30 = 119.
  Comme vu dans le précédent billet, cette technique, la gématrie, amène un prodigieux prolongement aux harmonies des deux dernières phrases en 183 et 226 mots. Car il se trouve que Le Corbusier était le pseudonyme de
CHARLES EDOUARD JEANNERET = 226.
  Les mesures du Modulor sont conçues à partir de la suite de Fibonacci exprimée en pouces ou demi-pouces, et 226 cm correspondent à 89 pouces, valeur de RICARDOU (ou de RICOEUR). Le mot central COEUR de l'autre phrase occupe la position 92, valeur de JEANNERET.

  Les brouillons des textes concernés ayant été perdus, et Ricardou ayant gardé pour lui ses intentions, il est douteux d'avoir jamais de certitude. Sachant qu'il évoquait souvent Le Corbusier et son Modulor, il me semble acquis que les nombres de mots de ces deux dernières phrases sont bien issus du Modulor.
  Pour la gématrie, mon arithmo-manie quasi innée m'a conduit à me passionner pour ces jeux, d'abord en hébreu, et Ricardou qui a connu une kabbaliste a pu avoir une démarche similaire.

  Bref, si c'est le cas, il convient de s'intéresser au nombre 89, valeur de RICARDOU, et nombre de la suite de Fibonacci, qu'il connaissait. Voici le paragraphe 89 (correspondant à la phrase 158, c'est moi qui ai souligné les mots "en écho"):
      En classique mystificateur, me laissant le triste soin de saisir de travers, sans même sourciller, l'essentielle gageure que révélait pourtant sa bouche, mon frère avait permis que j'entendisse, ainsi qu'on l'a par malheur lu, "Tes remarques, du reste (...), je dois convenir qu'elles me donnent l'envie, maintenant, en écho, et DE RIRE, et me taire...'', au lieu de ce qu'en fait il avait sans doute énoncé, "Tes remarques, du reste (...) je dois convenir qu'elles me donnent l'envie, maintenant, en écho, et D'ECRIRE, et me taire...", c'est à dire, fort simplement, reprise du célèbre "mettons enfin que je n'ai rien dit", à l'issue du sublime volume Les Fleurs de Tarbes ou la terreur dans les lettres, la prétendue leçon calculée, in extremis, sur les illustres lèvres de Jean Paulhan.
  Il a 140 mots, le nombre précédant 183 et 226 sur l'échelle du Modulor, correspondant à 55 pouces.
  J'avais eu la curiosité de regarder ce qui se passait à la césure d'or 86-140 des 226 mots de la dernière phrase, et y avais trouvé le significatif mot "centre". Il m'avait semblé complémentaire que la phrase 113 (série Rouge du Modulor) ait 70 mots (le nombre précédent de la série Rouge) et que la césure d'or 27-43 de ces 70 mots tombe sur le mot "juste".
  Je n'y reviens pas, et constate qu'un écho essentiel dans cette phrase de 140 mots touche précisément les mots "(53) en (54) écho" à partir du début, symétriques des mots "en (54) écho (53)" à partir de la fin, pour reprendre les formulations adoptées par Ricardou dans l'analyse de ses phrases. S'il est besoin d'une confirmation de ce jeu, l'écho principal est sur la syllabe "en" ("En-Paulhan").
  La césure d'or de 140 est 54-86, la double césure 54-32-54, or les 140 mots du paragraphe 89 se partagent en
54 mots finissant par "en écho",
32 mots,
54 mots débutant par "en écho".

  L'expression "en écho" apparaissait aussi dans les 48 mots du paragraphe 84 donné supra, aux positions 17-18, or la césure d'or de 48 est 18-30. Incidemment, 84 est la valeur des lettres RICROU communes à RICaRdOU et à RICOeUR (et à CORbUsIeR).
  30 est la valeur de JEAN. Il y a peut-être aussi un écho voulu aux rangs 30 dans la phrase du paragraphe 89 (RICARDOU), entre "(30) entendisse" et "dit (30)".

  Le paragraphe suivant, 90, est encore composé d'une phrase de 48 mots,
      Bref, le menu feuillet, découvert parmi peu d'autres dans la boîte, avait permis qu'enfin je comprisse, et de l'obsession fraternelle, et, toute jumelle, de la mienne, qu'elles provenaient, et l'une, et l'autre, identiquement, d'une lecture trop longtemps maintenue dans les ténèbres.
dont les termes extrêmes sont "Bref-ténèbres", à nouveau en 4-8 lettres. La phrase 90 achevant le paragraphe 48 avait également 48 mots. Ces 4-8 lettres ont pour valeurs
BREF TENEBRES = 31 + 88 = 119, de même que
JEAN RICARDOU = 30 + 89 = 119.
  Je souligne l'écho entre paragraphe 90 et phrase 90.

  Le paragraphe suivant, 91, est composé d'une seule phrase, numéro 160, de 200 mots, la plus longue phrase ensuite décortiquée par Ricardou, dont j'ai déjà donné un scan, que revoici:
   C'est moi qui avais entouré de rouge une partie du détournement du logo de l'éditeur, parce que je pouvais y lire "novel roman", formant un jeu qui m'est essentiel depuis plus de 20 ans.
  Les deux mots au centre juste des 200 sont "(100) juste centre (100)", deux mots qui apparaissent aux centres d'autres phrases, ce qui me semble pouvoir valider leur présence aux césures d'or des phrases "Modulor" déjà commentées.

  Lorsque Ricardou redonne la phrase avec tous ses mots numérotés, pages 98-99-100, il en a "oublié" 3 mots, afin d'avoir "(99) centre (99)" au centre, page 99, et les commentaires soulignent cette autoréférence, en évoquant la première parution d'une nouvelle de Ricardou dans le n° 99 de la NRF.
  J'ai ensuite découvert  une autre autoréférence dans Le lapsus circulaire, l'autre texte écrit pour cette réédition des nouvelles de Ricardou en 1988, où la symétricologie est utilisée pour certaines phrases, avec des variantes vertigineuses (mais que cachent les autres phrases?). Il est donc indiqué page 66 de reprendre une phrase symétricologique de la page 61, dont le centre est précisément "symétrie".
  Ceci n'impliquait a priori pas de minutieux ajustements comme pour la page 99 de Révélations minuscules, imposée par le numéro de la NRF, puisque, toujours a priori, il aurait pu suffire de compléter sur épreuves le numéro de la page incriminée, mais je me suis avisé que 99 et 61 étaient les valeurs de
NOUVEAU + ROMAN = 99 + 61 = 160,
les nombres 99 et 61 étant par ailleurs un couple doré (99/61 = 1,622..., tandis que φ, le nombre d'or, = 1,618...).
  Parce que mon premier dénombrement était erroné, je n'avais pas vu que "novel roman" apparaissait dans la phrase 160, avec la possibilité d'écrire
99/061 ≈ 160/99,
symétrie qui me semble unique*, du moins tant qu'il s'agit d'approximations de φ dans une même suite additive, et c'est "renversant"...

* Il se trouve que j'ai étudié les symétries dorées en 2010, entre suites additives distinctes, et que j'y suis revenu en 2014 dans un billet de Quaternité intitulé Rêvolutions, ignorant alors qu'il existait le recueil de nouvelles Révolutions minuscules de 1971, réédité en 1988, "augmenté d'un inédit capital d'une centaine de pages (Révélations minuscules, en guise de préface, à la gloire de Jean Paulhan)".

  A propos des phrases de 48 lettres bornées par des expressions de 4-8 lettres, comme "C'est-renversé" et "Bref-ténèbres", on retrouve ces mots "Bref" et "ténèbres" bornant la phrase 182 occupant tout le paragraphe 105, elle a 113 mots:
      Bref, car, ce me semble, la démonstration en est claire (sauf si, au fil de mes précises pages, vous avez préféré fort vaguement songer à autre chose, aux profuses virtualités peut-être, pourquoi non, de votre propre pseudopatronyme, puisque les manières de votre officiel géniteur, pour tout dire, vous avaient non moins paru bizarres, quelque peu, depuis longtemps), le futile apport de la moindre préface, fût-elle issue de la mienne menue plume, dans un dispositif soumis à des soins si retors, n'eût su que paraître incongru, obscurcissant tout, à celui qui n'appréciait rien tant, au cœur tumultueux, je le crains déchiré, de ses excentriques fantasmagories, que l'intégral contraire des ténèbres.
  Le mot central est "longtemps", en écho au "bref" initial. Je remarque que la phrase compte 565 lettres, 5x113, soit une moyenne exacte de 5 lettres par mot. La phrase 159 en 48 mots bornés par "Bref-ténèbres" contenait aussi le mot "longtemps".
  113 cm est donc la hauteur du nombril doré du bonhomme Modulor de taille 183 cm, et cette phrase 182 est suivie par la phrase 183 (paragraphe 106):
      Supportant mal, néanmoins, je le confesse (en regard de ce que, la plupart des soirs du seigneur (après que trop longtemps je me fusse défendue en redisant, que n'a-t-on murmuré, sur le mode ironique, "je ne suis pas tout à fait celle que tu crois"), selon souvent d'innombrables détails, non sans parfois quelques scrupules, avec mes lèvres, visibles ou non, nous savions accomplir ensemble), de me trouver toujours maintenue à l'écart, noir sur blanc, de ses microscopiques excès d'encre, et commençant à songer malgré moi, jusqu'à peut-être l'obsession, qu'en temps voulu la chance pourrait bien m'être consentie de procéder au scandaleux insert d'une préface dans ses monumentaux calculs imperceptibles, j'avais prétendu une fois, devant lui (pour amoindrir la prévisible ampleur du cataclysme, d'avance, à mes propres yeux), minimiser les bénéfices de ses abusifs tissus.
  Elle a 147 mots, un nombre ici peu évocateur, de même que les termes initial, médial et final (Supportant, à, tissus), mais gommer le contenu des parenthèses laisse 72 mots,
      Supportant mal, néanmoins, je le confesse, de me trouver toujours maintenue à l'écart, noir sur blanc, de ses microscopiques excès d'encre, et commençant à songer malgré moi, jusqu'à peut-être l'obsession, qu'en temps voulu la chance pourrait bien m'être consentie de procéder au scandaleux insert d'une préface dans ses monumentaux calculs imperceptibles, j'avais prétendu une fois, devant lui, minimiser les bénéfices de ses abusifs tissus.
or 72, c'est l'équivalent en pouces de la taille idéale de 183 cm, avec le nombril à 113 cm.

  Certes, la phrase précédente de 113 mots contient aussi une longue parenthèse de 47 mots, et les mettre pareillement à part ferait perdre le jeu 113-183(72), entre deux phrases successives, rappelant le jeu final 183-226. Les rares explications de Ricardou sur l'utilisation des parenthèses sont loin de tout éclaircir, et diverses phrases riches en parenthèses me demeurent impénétrables, bien que je sois certain qu'elles recèlent des finesses.
  Je crois avoir néanmoins compris qu'il n'aimait pas se répéter. Lorsqu'il reprenait une phrase, c'était toujours avec de légères variantes. Il en va probablement de même pour les contraintes, et il faut s'attendre à de multiples variantes sur la symétricologie et les parenthèses, sinon à d'autres procédés non signalés.
 
  En rappelant les jeux vus plus haut:
- le paragraphe 48 a 183 mots, bornés par des expressions en 4-8 lettres, et s'achève par la phrase 90 en 48 mots;
- le paragraphe 90 est une phrase de 48 mots, bornés par "Bref-ténèbres" en 4-8 lettres;
- le paragraphe 105 (phrase 182) est une phrase de 113 mots, bornés par "Bref-ténèbres";
- la différence entre 90 et 182 est 92, "coeur" de 183 et valeur de JEANNERET;
- la phrase 183 a 147 mots, 72 sans les parenthèses, et 72 pouces correspondent à 183 cm;
- la phrase suivante, 184 donc, a 91 mots, en harmonie d'or avec les 147 précédents; 147/91 se réduit au rapport fibonaccien 21/13.
  Vertigineux si c'est intentionnel, davantage si ça ne l'est pas.

  Il faut rappeler qu'il s'agit d'un texte explicitement codé, par un surdoué du bulbe (au QI de 187 paraît-il), et qu'il ne s'agit donc pas de se demander s'il y a des codages, mais de les identifier. 
  Je suis convaincu qu'une partie de ce que j'ai vu est effectivement intentionnelle, mais je suis bien loin de l'être pour le tout. Il est possible que j'aille trop loin, et fort probable aussi que l'essentiel m'échappe. Je dois à mes compétences particulières d'avoir identifié les nombres du Modulor dans des phrases significatives, avant que des connaissances de Ricardou m'aient confirmé sa fascination pour Le Corbusier, et d'autres compétences sont certainement nécessaires pour aborder d'autres pans de cette oeuvre labyrinthique.

  Pour donner une idée de l'éventuelle complexité, voici l'une des phrases commentant la phrase avec "(99) centre (99)" au centre:
      Si l'inquiétude, cependant, est soudain revenue, je l'avoue, en les fuligineux abysses de mon âme, ô signeur, c'est qu'ayant conçu, pour me rassurer enfin de façon intégrale, l'abominable périlleux dessein de vérifier la censure de l'autre scabreux système (vous savez, le bord trop calculé de maintes parenthèses), au moins, dans mes insus labeurs, j'ai reçu la minuscule révélation que ") moins (57)" " (57) absurde (" que je j'avais imaginé, l'idée selon quoi l"'(79) écriture)" pourrait bien être un "((58) je” "((79) avec" la "lecture (58))”, non sans leurres peut-être, au long de tel scrupuleux récit.
  Comme on peut le vérifier plus haut sur le scan, la phrase originale en 200 mots comporte deux passages entre parenthèses, l'un venant après le mot 57 à partir du début, "absurde",
(je l'avoue, un instant, parcourant d'un œil vague l'ensemble des neuf menus récits devant lesquels il faut, en plus, mon écriture)
l'autre avant le mot 57 à partir de la fin, "moins",
(avec la luxuriance de ses excessifs aveux biaisés, et les deux obsessions jumelles, l'une et l'autre guérie par meilleure lecture)
et les 4 mots "écriture-je-avec-lecture" bornent effectivement ces parenthèses.
  Toutefois, dans la première version de la phrase en 200 mots, il y a 24 mots entre les premières parenthèses, et 22 entre les secondes, et il n'y avait donc pas alors de symétrie entre "écriture" et "avec". Les mots "en plus" ont disparu dans la version numérotée en 197 mots, et ce sont en fait plutôt ces mots qui sont venus, en plus, dans la version antérieure (et un adjectif plus loin pour avoir "juste centre" au centre, sinon ç'aurait été "juste").
  Cette phrase qui expose le jeu des deux parenthèses symétriques de 22 mots recèle elle-même une finesse, car la proposition de 9 mots entre parenthèse y est exactement centrale, avec 44 mots de part et d'autre.
  Je reste méfiant quand Ricardou emploie l'expression "pourrait bien", ainsi, le jeu "écriture-je-avec-lecture" étant néanmoins assuré, je me demande si ce n'est pas en tant que lecteur qu'il y associe "moins" et "absurde".

  Le texte complet compte 7 phrases de 48 mots (sauf erreur dans mes comptes).
  S'il est légitime que 48 corresponde à JEAN RICARDOU, les autres personnages importants du texte pourraient être pareillement signifiés, ainsi JEAN PAULHAN correspondrait à 47 (de même que JEAN RICOEUR).
  Il y a 9 phrases de 47 mots, dont certaines concernent directement Paulhan, mais aucune n'a d'écho 4-7 comme j'en ai décelé de 4-8 pour Ricardou.

  JEANPIERRE RICHARD donnerait 107. Trois paragraphes comptent 107 mots, d'abord le 28 puis le 32 évoquant "l'illustre critique", dont la fameuse phrase "Combien ... Lutèce.", où Ricardou a lu "ce con" est reprise au paragraphe 30, entre 28 et 32.
  Le paragraphe 201 a 2 phrases de 52 et 55 mots, cette dernière centrée sur "confesse", un mot du type "con...ce" dont il y a de nombreux exemples touchant le professeur sorbonnard.

  NOELLE RICOEUR donnerait 67. Deux phrases ont 67 mots, dont la phrase 75 qui a "centre" au centre, et "Si récit" pour bornes. Deux autres phrases ont ces mêmes bornes "Si récit", dont celle donnée supra où Noëlle livre sa propre analyse des parenthèses de la dernière phrase étudiée.

  Je vais m'arrêter là. Bien d'autres phrases mériteraient mention, et plus encore ne semblent avoir qu'un rôle de remplissage.
  La fin du texte me reste ardue. Après les derniers commentaires sur la phrase avec "(99) centre (99)" au centre viennent 8 (le trop fétiche nombre!) longues phrases. Elles ont 256, 247, 285, 156, 213, 187, 183 et 226 mots, et comptent en tout 30 parenthèses (+ éventuellement 2 autres insérées dans des passages déjà parenthésés).
  Les 320 phrases précédentes peuvent se prêter à un parfait partage:
- 160 phrases s'achevant sur la phrase de 200 mots avec "juste centre" au centre;
- 160 phrases s'achevant sur la reprise de cette phrase légèrement modifiée et son analyse.

  A ce jour, outre les deux dernières phrases, signatures "modulées or", je n'ai qu'une relative certitude pour la première des 8 dernières phrases, en 256 mots:
      Pis encore: puisque, selon mon hypothèse sans doute invraisemblable, vous êtes toujours avec moi, ô le proche visage et votre haleine presque, deux, un seul empan peut-être, suivant la plausible acuité de vos oculaires sphères (mais ne reculez point, voyons, si peu soit-il, qu'alliez-vous rêvasser ?), puisque vous me tenez en quelque espèce, de surcroît, par au moins une main (ne me lâchez pas, dites, il est trop tard), et puisque, du reste, directement ou non, ayant perçu ma silhouette en sa vitrine, vous avez déboursé, pour m'avoir (car vous n'avez pas réussi à me voler, n'est-ce pas ?), certaine mince obole auprès du proxénète, et puisque, dès lors, vous êtes en droit d'exiger que je vous entretienne à cœur ouvert, sachez qu’à force de l’apercevoir (l’image vespérale, je dois le dévoiler, est quasiment obsessionnelle) en train de pourrir pourpre, là-bas, Dieu sait où, loin de mon moi tranquille (qui vous parle de me violer au bord de l'eau ?) avec sa roue, en les obscurs tréfonds de son oblongue boîte en hêtre, je ne sais plus (en l'absence, toujours, d'un quelconque deus ex machina) comment en finir, disons, avec l'actuelle préface, tant votre attention trop soutenue, aiguisée, sans cesse mieux experte, vos curieuses paranoïaques manières d'en détail me scruter entre chevelure et chevilles, et vos exigences minutieuses, si souvent à l'endroit de plusieurs parmi mes syllabes, ô la langueur malgré mes chants, ont persécuté de ténébreux abysses en toit sans répit.
  L'écho début-fin est la syllabe "pi", et un écho immédiat de la phrase est le même mot "ô" aux rangs 15 à partir du début et de la fin. C'est un mot d'une seule lettre, de rang 15 dans l'alphabet, une lettre que Ricardou assimile volontiers à un cercle parfait, donc associée à la constante du cercle, pi. A noter que PI-O, pio, signifie "saint" en italien. A noter aussi que "o" est graphiquement et étymologiquement un "oeil", et que les "oculaires sphères' sont convoquées ici.
  Entre deux "ô" il y a 226 mots, la longueur en cm de l'instrument Modulor, équivalente à 89 pouces, 89 valeur de RICARDOU.
  Avant et après ces 226 mots il y a 15+15 mots, soit 30 valeur de JEAN. Ceci ressemble fort à la dernière phrase en 226 mots avec "j'en" au centre, et peut constituer un argument de poids en faveur de l'emploi voulu de la gématrie.
  Les 226 mots sont bornés par "le" et "syllabes", ce qui évoque fortement SILAB LEE, la cité vénusienne de La prise/prose de Constantinople, une des multiples anagrammes des lettres ISABELLE données dans le roman.

  Ceci dit, j'ai conscience de n'avoir éclairci que quelques aspects de cette phrase où, notamment, les 6 passages entre parenthèses, totalisant 66 mots, doivent être significatifs.

  Une autre éventualité pour la phrase en 156 mots, présentant les échos "(55) nombre" "il (55)", suggérant "nombril". L'homme de 183 cm a son nombril doré à 113 cm selon Le Corbusier, et une parenthèse se ferme après 113 mots, sur les mots "Arènes de Lutèce"; restent 43 mots, autre nombre de la série Rouge.
  C'est "dans le rond des Arènes de Lutèce" que se déroulaient les messes boulistiques présidées par Paulhan, selon Jean-Pierre Richard. Ricardou prend soin de préciser, dans le paragraphe de 107 mots signalé plus haut, que l'illustre critique n'est guère scrupuleux: le sol central des Arènes n'est pas rigoureusement rond, et c'est ailleurs, dans les vestiges des antiques gradins, que se réunissaient les joueurs. 
  Néanmoins la piste centrale elliptique peut être assimilée à un O, et il est frappant que la fin de ces messes ait été marquée par l'érection d'un I ithyphallique, la tour Zamansky de la fac de Jussieu.
  Paulhan est mort en décembre 68. En octobre 67, je débutais mes études à Jussieu, en pleins travaux. Mes promenades entre les cours m'ont fait découvrir les Arènes, ce dont je n'ai qu'un vague souvenir, assez négatif puisque je n'y suis jamais revenu. La tour a été achevée en 70.

  Je rappelle que mon but n'est pas de dévoiler les clés de l'écriture ricardolienne, mais de tenter d'approfondir plus généralement les mystères de l'écriture. Je subodore que les codeurs s'exposent à être surcodés par je ne sais quelle résonance de l'inconscient collectif, ou autre, mais la théorisation n'est pas mon fort.

  L'importance du Modulor, du nombre d'or, de la numérotation des phrases et paragraphes m'a conduit à une question: y a-t-il des points où paragraphes et phrases sont en rapport d'or?
  Il y a souvent plusieurs phrases par paragraphe au début du texte, et donc pas de possibilité au départ. Par la suite, il y a de plus en plus une phrase par paragraphe, et ceci mène à un point harmonique idéal, pour le paragraphe 170 correspondant à la phrase 275. 275/170 se simplifie en une fraction fibonaccienne,
55/34 = 1,6176..., proche du nombre d'or 1,6180...
  Comme c'est une excellente approximation, les deux fractions voisines sont aussi de bonnes approximations, 274/169 et 276/171.

  Le nombre 170 m'évoque aussitôt une relation que j'ai exposée dans le billet 170 de Quaternité, Rêvolutions, dont j'ai parlé plus haut, avant de découvrir ce point harmonique 170-275.
  J'avais choisi ce titre parce que le mot REVOLUTIONS a pour valeur 170, se répartissant selon consonnes/voyelles en
RVLTNS / EOUIO = 105/65 = 21/13 (Fibonacci).
  Tiens, les comptes de lettres envisagés plus haut me font aujourd'hui remarquer qu'à ce partage correspondent les nombres de lettres 6-5, se concaténant en 65, la petite section d'or (et la valeur de CENTRE).
  Le billet m'avait fait étudier les harmonies dorées anacycliques et palindromes dans le système décimal, et, en cours d'écriture, alors que le titre était déjà choisi, à découvrir que les nombres
65-105-170 devenaient en base 4
1001-1221-2222.
  J'avais complété la série par le terme précédent, 220 (40 décimal), précédé d'un zéro pour avoir le palindrome 0220, et 4 palindromes dorés de 4 chiffres en base 4!!!!
  Ceci ressemble quelque peu à mon écriture plus haut de la suite dorée
061-99-160, après avoir découvert que c'était dans la phrase 160 que Ricardou avait transformé le nom de son éditeur en Les romances nouvelles, en pensant certainement au NOUVEAU ROMAN (99-61).

  Je me suis demandé quel était mon billet 275, et c'est Belletto, en janvier 2019.
  J'y reprenais la modification du logo de l'éditeur de Révolutions minuscules, les impressions nouvelles, pour en faire les romances nouvelles, où j'ai été sidéré de pouvoir lire dans un rectangle les exactes lettres roman novel.
  Ce n'est pas le seul billet où j'ai parlé de cette sidération.

  Dans le billet suivant, numéro 276 donc, RB & B, j'étudiais un autre roman de Belletto, L'enfer, où un personnage central est
RAINER GOTTARDT = 65 105,
pianiste particulièrement apprécié pour son interprétation du Prélude et Fugue 24 du Clavier bien tempéré, en 170 mesures. Je ne sais plus si j'ai alors songé à la répartition de REVOLUTIONS en 65/105 dans mon billet 170, mais je ne l'ai pas cité.
  Ce billet 276 m'a aussi conduit à évoquer le nombre 171, avec un rappel "que L'enlèvement débute page 171 de l'édition 1988 de Révolutions minuscules", mais sans remarquer le rapport doré 276/171, et sans évidemment soupçonner que les 171 premiers paragraphes de sa préface contenaient 276 phrases.

  Tiens, dans mon billet 170, Rêvolutions, j'avais fait de la symétricologie sans le savoir:
J'ai encore songé à l'anagramme VERSOLUTION, qui pourrait concaténer l'idée que la clé, la solution, est dans le retournement, le verso.
  Pour le titre de ce billet, j'ai souhaité partir de l'harmonie 170 paragraphes contenant 275 phrases. "révolutions" s'imposant pour 170, il m'a semblé devoir compléter par un adjectif de valeur 105.
  J'ai choisi révolutions énumérées pour d'une part l'écho symétricologique, d'une part les nombres de lettres 11-9, avec 119 valeur de JEANRICARDOU.
  Incidemment, je repense à la naissance de Belletto un 11/9, ce qu'il a notamment utilisé dans Créature, paru en février 2000, roman centré sur une catastrophe majeure devant frapper la Terre le 11 septembre 2001... ... et je repense aux Lieux-dits de Ricardou, roman de 1969 qui peut offrir aussi des échos avec l'attentat contre les tours jumelles.
  On y voit le personnage Atta, même nom que le terroriste aux commandes du premier Boeing (Mohammed Atta), énoncer qu'il faut allumer correctement deux cigarettes afin qu'elles se consument entièrement.

  D'autres adjectifs de valeur 105 auraient pu convenir, mesurées, décomptées, alambiquées, recyclables...
  J'ai aussi cherché des adjectifs permettant un partage consonnes/voyelles 65/40, mais les possibilités sont moins satisfaisantes, discutées, sublimées, puériles...

  C'est le billet numéro 309, et j'ai évoqué plus haut le paragraphe 201 pour les 107 mots de ses phrases 309-310. S'il y a bien 107 mots dans le texte publié, je me demande si "Dieu sait qu'elle extravagante histoire" ne serait pas une erreur, car il y a des erreurs dans ces textes ultracodés, ce qui ne peut qu'avoir des conséquences catastrophiques pour le décryptage.
  Il ne peut y avoir de certitude pour Révélations minuscules ou Le lapsus circulaire, dont les brouillons ont été perdus, mais j'ai pu établir qu'il y avait des erreurs dans les deux éditions de L'art du X, dont le manuscrit final de Ricardou existe. Certaines de ces erreurs nuisent gravement à l'intelligence du texte.