27.3.23

en aval d'Etretat

à l'aval

  J'avais annoncé ici de nouvelles découvertes sur le Thilliez de 2016, Rêver, et les voici, à l'approche d'un 4/4 approprié car une des trouvailles à première lecture était que le chapitre 44 se passait le 4/4 (4 avril 2015).

  Ma principale découverte touche encore à la quaternité. Le principal méchant du roman est "Freddy", surnommé d'après Freddy, Les Griffes de la nuit, de Wes Craven. Il a enlevé 4 enfants en 2014, ayant précisé dès le premier rapt:
« Il y en aura trois autres. Pas un de plus, pas un de moins. »
  Ces enfants sont
Alice Musier, enlevée le 3 mars
Victor Caudial, enlevé le 7 juin
Arthur Willemez, enlevé le 5 septembre
Léa Durnan, enlevée le 6 décembre
cette dernière étant la propre fille d'Abigaël Durnan, l'héroïne du roman, profileuse, mais l'identité de la 4e proie reste longtemps mystérieuse, car il s'est passé un étrange accident le 6 décembre 2014.
  Yves Durnan, le père d'Abi (Abigaël), les a emmenées en week-end, mais il y a un accident, et quand Abi se réveille on lui apprend que son père et sa fille sont morts. Quelques détails clochent, et Abi enquête, sans soupçonner que son compagnon est impliqué, et qu'il entrave chacun de ses progrès en augmentant les doses de ses médicaments qui ont pour effet secondaire d'effacer ses souvenirs.
  C'est qu'Yves travaillait pour les Douanes, et avait infiltré un cartel mexicain sous le nom de Xavier Illinois, mais sa couverture avait été éventée. Or le cartel était connu pour ne pas se venger directement de ses ennemis, et torturer abominablement les membres de leur proche famille. Ainsi Yves avait décidé de passer pour mort, et d'impliquer sa petite-fille Léa pour crédibiliser l'accident, avec l'aide du compagnon d'Abi.
  Léa était la dernière victime prévue de Freddy, lequel espionnait la famille, avait appris le projet, et en avait profité.

  Ceci donne lieu à un formidable imbroglio, accru par une construction complexe, non linéaire, du roman.
  J'avais certainement vu la possibilité d'acronyme AVAL formé par les 4 proies de Freddy, Alice, Victor, Arthur, Léa, mais n'avais pas su quoi en faire. Honte à moi, car Yves habite Etretat, et l'association "aval Etretat" évoque aisément le cryptogramme de L'Aiguille creuse,
 

dont la première ligne, 2.1.1..2..2.1.1, code ENAVALDETRETAT, "en aval d'Etretat". A Etretat il y a les falaises d'Amont au nord et celles d'Aval au sud, avec la fameuse Aiguille.

  Thilliez semble obsédé par Etretat et le roman de Leblanc. Dans [Angor] (2014), Camille interroge quelqu'un vivant à Etretat. Elle y rencontre Nicolas Bellanger, devant l'Aiguille, et il lui offrira sa rare édition originale de L'Aiguille creuse.
  Il est à nouveau question de cette édition dans le Thilliez suivant, Pandemia (2015).
  Après Rêver, il y a Sharko (2017), où l'un des personnages ayant perdu le sens du danger est tombé d'une falaise d'Etretat (chapitre 44). C'est un nommé Rubbens, or le cambriolage qui ouvre L'Aiguille creuse a pour principal objectif quatre toiles de Rubens.
  Précisément, quatre tableaux sont volés dans Sharko, des oeuvres de la psychotique Mev Duruel peintes avec du sang. Rubens signifie "rouge". Cette dame cache ses initiales dans des détails de ses tableaux, représentant des personnes ayant perdu le sens du danger. Ce serait "le secret du sang" (chapitre 43), expression devenant en hébreu סוד הדמ, sod hadam, mots de valeurs 70 et 49, comme
MAURICE LEBLANC = 70 49 (vérification ici pour l'hébreu, là pour le français).
  Les initiales MD peuvent renvoyer au "sang" en hébreu, DaM, qui ne se note que par les consonnes DM, se renversant en mad, "folle" en anglais.
  Enfin le principal criminel du roman est une sorte de vampire qui a besoin d'incessantes transfusions de sang de Bombay (sang rare dont il était aussi question dans Fractures), tout ce sang passant par des aiguilles creuses. Ce groupe sanguin rare l'est moins à la Réunion, et le roman évoque l'affaire des Enfants de la Creuse (la Creuse où Leblanc a imaginé un leurre avec le château de l'Aiguille).
  L'exergue du Manuscrit inachevé (2018) est une longue citation de Arsène Lupin contre Herlock Sholmès, et son dénouement se passe à Etretat, face à l'Aiguille (ce qui fait évoquer le roman de Leblanc). L'autre version du dernier chapitre sera donnée dans Il était deux fois (2020), où la lutte au bord de la falaise a une issue différente. Une longue citation du dernier chapitre de L'Aiguille creuse joue un rôle important dans le roman (chapitres 19 et 42)
  Entre les deux, la version numérique de Luca (2019) permet de dénicher un passage de Sharko rue Leblanc, dans le 15e arrondissement (chapitre 12)...
  Il y a un brigadier Leblanc, chapitre 25 d'[Atomka] (2012).

  Yves Durnan a laissé un message codé destiné à sa fille, au cas où son plan de disparition serait perturbé, message dur à déchiffrer afin de laisser aux tueurs du cartel le temps de se désintéresser de l'affaire, débutant par
10–30 9-13 1-45 6-32 12–12 19–40 1-24 4–4 6-35 5–7 9-26 14–23 10-13 15–45 8-18 7-44 5–7 1-48 8–8 9-34,
  Abi arrivera à comprendre que chaque couple désigne une page d'un des 23 albums de la série BD XIII (publiés jusqu'à 2015), qu'elle a récupérés à Etretat, son père ayant souligné certaines lettres à ces pages dans sa collection personnelle.
  Le tortueux Thilliez aurait-il codé un autre message pour ses lecteurs? Je repère aux rangs 13(XIII)-14-15 les numéros d'albums 10-15-8 pouvant évoquer le code qui permettait aux lecteurs d'accéder au chapitre 57 manquant dans le livre, 10-15-19-8, les rangs des lettres JOSH. Les pages des albums livrent le total 76, 4 fois 19, tandis que le numéro du chapitre est 3 fois 19.

  L'expression "en aval" amène divers développements.
  Abigaël, ou Abigaïl, est un personnage biblique. Elle a été la première femme de David, après avoir joué un rôle dans la mort de son premier mari, Nabal, se prononçant naval en hébreu, et signifiant "fou". Le nom de sa femme se prononce avigaïl, contenant encore aval.
  Nabal se renverse en Laban, se prononçant lavan ou, pour éviter une nasalisation, lavane, l'exact renversement de "en aval", et signifiant "blanc". Laban est dans la Bible le père de Léa et Rachel, les deux femmes de Jacob. (e)naval lavane ferait donc un lien entre Abigaël et Léa(giba?) dans ce roman au titre palindrome, et le palindrome sera au premier plan du Manuscrit inachevé, avec notamment Léane-Enaël, auteure dans le roman de Traskman du Manuscrit inachevé, avec pour sujet un auteur ayant écrit un Manuscrit inachevé.

  Il n'est pas absurde d'imaginer le jeu "en aval"-"blanc" intentionnel chez LeBLANC, lequel a joué avec ses nom et prénom de sens opposés, car "maure" signifie "brun" ou "noir". Sa femme Marguerite Wormser était juive.
  Ainsi le tueur insaisissable de 813 signe LM, renversement des initiales de Maurice Leblanc, et est connu comme "l'homme noir" (c'est également ainsi que se présente le chef de l'organisation maléfique de Pandemia).
  Le sorcier de L'île aux 30 cercueils se nomme Maguennoc, "blancheur" en breton.
  Arsène a conquis la Mauritanie dans Les dents du tigre.
  L'énigme ALB de Victor de la brigade mondaine désigne un "album" (du latin albus, "blanc") de timbres rares (et les timbres les plus rares viennent de l'île Maurice). Thilliez semble apprécier le prénom Victor, donné à deux de ses héros flics (de L'Anneau de Moebius et du Manuscrit inachevé) et à l'un des kidnappés de Rêver (où il y a des "albums" associés à un message codé).
  De plus ALBUM = 49, même valeur que LEBLANC, et j'ai donné ici d'autres possibilités d'utilisation de cette valeur dans les énigmes qui parsèment son oeuvre.

  A remarquer que Lupin avait un complice sur place lors du vol des Rubens à Ambrumézy, Jean Daval, dont le nom peut faire entendre "en aval", les premiers mots du cryptogramme, qui ne seront déchiffrés qu'à la fin du roman.

  "en aval" a pour anagramme levana, "lune" en hébreu ("blanche"). Le dénouement de Rêver se passe une nuit de pleine lune, et la lune pourrait avoir un rôle important dans L'Aiguille creuse, où deux dates sont données pour l'événement initial, le cambriolage d'Ambrumézy, le 16 avril ou le 23, apparemment plus logique puisque Beautrelet est alors près d'achever ses vacances de Pâques, en 1908 du 12 au 26 avril. La mention de la lune lors du cambriolage pourrait être un indice (elle était pleine le 16 avril).
  La pleine lune de Rêver est d'ailleurs aussi problématique, car le dénouement se situe semble-t-il immédiatement après "le lavoir en flammes", le 25 juin 2015, or la lune était pleine le 3 juillet.

  La gématrie livre une curiosité:
ENAVAL (d') ETRETAT = 55  89, deux nombres de Fibonacci consécutifs.
  La prédilection de Thilliez pour la suite de Fibonacci a connu son climax avec son 21e roman,  Labyrinthes, ses 55 chapitres, son docteur Fibonacci, etc., mais il y avait d'autres éléments dans les romans précédents, explicites dans certains, La mémoire fantôme, [GATACA], implicites dans d'autres, avec des nombres de Fibonacci, isolés ou articulés entre eux, notamment dans Sharko, où Sharko ajoute 21 plaies à 13 scarifications, représentant 8 hommes et 5 femmes, victimes de 3 tueurs, 2 comparses et 1 chef...
  Je ne pense pas que ce soit un hasard si ce roman a 89 éléments, Prologue, 87 chapitres, Epilogue.
  Je ne le crois pas non plus pour Rêver, où, si le livre ne dévoile que 88 de ses 89 chapitres, le Prologue permet d'aboutir au nombre de 89 éléments.
  C'est aussi le cas pour Deuils de miel, 33 chapitres + Epilogue, 34 éléments, avec une nette répartition 21-13. J'avais relevé ici d'autres relations Fibonacci, mais j'en ai repéré une autre récemment: l'intervention trop rapide de Sharko contraint le tueur à ne récupérer que 3 sur 5 colonies de moustiques.

  Le premier personnage du 21e roman est une
CAMILLE = 55, et j'hésitais à y voir une intentionnalité, bien que le premier personnage du 13e roman, Angor, soit aussi une Camille, mais que cette autre Camille soit conduite à
ETRETAT = 89 peut faire pencher un peu plus la balance...
...d'autant que ANGOR = 55, comment ne l'avais-je pas vu plus tôt?
  L'angor est une douleur au coeur en principe interdite aux greffés tels Camille, mais dans de rares cas survient une reconnexion des terminaisons nerveuses du greffon avec le système nerveux de l’hôte, et chez Camille cela va bien plus loin, puisque l'organe semble avoir sa mémoire propre, et lui transmettre des images venues du donneur...
  En anglais, ça se dit organ memory, et il est ahurissant que
ORGAN MEMORY = 55 89 (= ENAVAL ETRETAT).

  La présence du nombre d'or chez Leblanc n'a rien d'aussi péremptoire, mais j'y ai consacré cette page, où Le triangle d'or est à l'honneur (les nombres de la série Bleue du Modulor y semblent omniprésents, de même que dans La forêt des ombres de Thilliez).

  AVAL a la particularité d'être un mot ourobore, uroborus, un presque palindrome, si bien que L'AVAL ou LAVAL est un parfait palindrome, d'ailleurs cité dans la liste des palindromes de Il était deux fois:
ressasser, laval, noyon, abba, xanax
  J'écrivais sur le billet consacré au roman, en l'associant au Manuscrit inachevé et à Rêver:
Le personnage principal de chacun de ces romans est quelqu'un dont la fille a été enlevée, et qui a des problèmes de mémoire. En outre il est question à chaque fois d'un roman offrant de troublants points communs avec l'affaire en cours, et de palindromes.
  Pour Rêver, le seul palindrome relevé était ce titre, dont la particularité était soulignée dans l'édition originale, mais (L')AVAL serait un autre candidat.
  Dans Il était deux fois, David Esquimet a découpé une page du dernier chapitre de L'Aiguille creuse où il a souligné ces mots de Lupin,
Pourquoi ai-je peur ?… C’est comme une oppression… Est-ce que l’aventure de l’Aiguille creuse n’est pas finie ? Est-ce que le destin n’accepte pas le dénouement que j’ai choisi ?
probable allusion aux deux dénouements du Manuscrit inachevé: dans le premier Léane en réchappe, et dans le second c'est David Jorlain, l'affreux criminel. David est en hébreu un palindrome, et c'est encore un David, le libraire David Lebon, qui conseille à Abi La quatrième porte, le roman de JOSH Heyman contenant de formidables coïncidences avec l'affaire Freddy.

  Le moment est venu d'expliciter l'ambigramme (aussi dit "palindrome vertical" par Perec) en début du billet, permettant de lire "rêver" sous un certain angle, avec un accent circonflexe quelque peu déplacé.
  Mais pivoter l'image de 180° mène à quelque chose qui ressemble fort à "laval". Je me suis servi ici des graphismes forgés pour Novel Roman (devant beaucoup aux aventures de Lupin, notamment L'Aiguille creuse), avec quelques pensées pour les chevrons des billets précédents, notamment le signe de ponctuation ^  ^ imaginé par Perec à partir des sourcils de Groucho Marx. D'étranges échos dans Rêver, où Josh Heyman, dont le prénom chiffre le code d'accès au chapitre omis, est décrit avec les sourcils en accent circonflexe (chapitres 29 et 43), et son nom réel est Nicolas Gentil, initiales NG, alors que c'est le passage de G à N de l'amygdalê grecque à l'amande qui est à l'origine de ces billets précédents (le fameux accident du 6 décembre, marquant l'achèvement de l'acrostiche en Aval, a lieu près de Saint-Amand, mentionné 11 fois dans le roman).

  En amont de l'enlèvement des AVAL, il y a ce qui est arrivé au petit Jacques Lambier 20 ans plus tôt, victime d'un médecin psychopathe étudiant sur lui les effets du manque de sommeil. 20 ans plus tard, Lambier entend punir les responsables en enlevant leurs enfants, et en les soumettant à des épreuves analogues. Faut-il cette fois ajouter l'initiale de son nom, L, à celles des prénoms des victimes, AVAL?
  Jacques vient du biblique Jacob, mari de Léa, fille de Lavan(e).

  Dans Atomka, le disciple de l'Ange Rouge qui harcèle Sharko est dit avoir tué le couple Laval en 2004 (chapitre 39), et c'est aussi une vengeance d'un homme qui s'en prend à la fille de celui qui a tué son père, 26 ans plus tôt.

  L'héroïne du roman de Josh Heyman se nomme Valérie Lazinière, et offre des points communs flagrants avec Abigaël Durnan. VA... LA...? Il semble s'agir ici d'un "simple hasard" (mais le hasard est-il simple,), car Thilliez a procédé pour ce roman à une loterie avec ses lecteurs. Les noms de 11 d'entre eux seraient attribués à des personnages du roman, et Valérie Lazinière a été l'une des élus.
  C'est Fabien Hérault qui m'a appris ceci, alors que trouver son nom dans le roman m'avait fait me demander si c'était une allusion au département 34, nombre de Fibonacci.
  Il y a aussi ici une petite coïncidence, car le tueur évoqué supra, celui qui a tué le couple Laval dans Atomka, a aussi tué dans Gataca Frédéric Hurault, en laissant des indices accusant Sharko. F. Hurault, F. Hérault...

  Question département fibonaccien, il ne me semble pas indifférent que, dans Sharko, comptant 89 éléments (Prologue, 87 chapitres, Epilogue), un des chefs "vampyres" habite l'Yonne, le 89.
  Qu'est-ce qu'un vampyre? un vampire en pire, mais encore? L'explication avancée est que les vampyres portent le tatouage PRAY MEV, pour Mev Duruel, celle qui connaît le "secret du sang". Ceci rappelle l'héroïne Irma Vep des Vampires de Feuillade, et j'imagine que Thilliez aurait pu trouver une anagramme exacte s'il l'avait voulu.
  Je remarque que
VAMPYRE = 100, et que CENT est homophone de SANG.
  Mes billets sur les textes symétricologiques de La cathédrale de Sens de Ricardou m'ont fait détailler son utilisation des possibilités de la syllabe "san", avec "100", "sang", "sans", "centre", "sens", et "Sens", chef-lieu de l'Yonne, et précisément le vampyre de l'Yonne, Vincent Dupire (là j'imagine que ce nom n'a pas été tiré au hasard), travaille à l’hôpital de Sens (chapitre 70).
  Ricardou a calibré sa préface symétricologique pour qu'elle occupe exactement 100 pages, des pages 9 à 108, et pour que les nombres 99 et 100 apparaissent aux pages 99 et 100. Il me semble que Thilliez a calibré Labyrinthes pour que son labyrinthe final soit page 377, un nombre de Fibonacci.

  Quoi qu'il en soit de la valeur 100 de VAMPYRE, Thilliez semble avoir joué avec l'expression 100%, et 3 de ses 6 occurrences dans le roman sont directement liées au sang:
— On parle là de sang humain ?
— À cent pour cent. (chapitre 47)
— Ce jour-là, le vampire a embarqué les quatre poches de sang. Je ne l’ai plus jamais revu. Mais il existe. Je ne suis pas folle.
— On vous croit, à cent pour cent. (65)
(...) les receveurs reçoivent du sang cent pour cent français. (76)
  Les mots "sens" et "insensé" interviennent aussi dans le contexte du "sang", comme dans le cas de Carole Mourtier, transfusée avec du sang de vampyre, handicapée à vie après
la remontée en sens inverse d’une portion d’autoroute. Encore un acte insensé, identique à celui du plongeur et à celui de l’ouvrier tombé d’une falaise. (46)
(celle d'Etretat, l'ouvrier étant Rubbens). A remarquer que "sens" est un palindrome phonétique, s'entendant identiquement "dans tous les sens", comme "Laval" ou "Sagas" (la ville imaginaire de Il était deux fois). Faut-il être "sagace" pour s'en apercevoir?
  L'expression "à contresens" aurait probablement été préférable du strict point de vue rédactionnel, mais "en sens inverse" a certes plus de "sens" du point de vue littéraire...

  Tiens, Etretat réunit "être" et Tat, "action" en allemand, un autre mot palindrome. Im Anfang war die Tat, faisait dire Goethe à Faust, "Au commencement était l'acte".
  Certes Lupin "est", et il "agit", deux notions complémentaires en philosophie.
  Et tat signifie "voleur" en slovène...


  En consultant le blog ami Alluvions, j'y vois que l'un de ses posts les plus consultés est sur L'Aiguille creuse, et Patrick y a repéré cette analogie entre un profil de l'Aiguille et le plan de Crozant, dans la Creuse:


  Patrick a mis en scène Dracula en 2010...


  Je reviens au chapitre 57 de Rêver, et ma page consacrée au roman indiquait à quel point ce chapitre disparu m'évoquait Perec, car le code 10-15-19-8 est donné dans le roman par une fillette vue par Abi en rêve (avec un album XIII sur les genoux), tandis que la prétendue responsable de la disparition du chapitre 66 de La Vie mode d'emploi est une petite fille mordant un coin de son petit-beurre à la fin du chapitre LXV (65).
  Il ne m'est pas revenu alors un point qui m'était pourtant depuis longtemps essentiel. Le roman très contraint de Perec débute par un chapitre d'indicatif 66, correspondant aux coordonnées de la case où se passe le chapitre dans le damier 10x10 représentant l'immeuble.
  Cet indicatif est signifié par un porte-clés avec un domino double-six, dans la main d'une agente immobilière, laquelle est dans l'escalier, entre cette case 66 et la case 57. J'explique ici en quoi ça m'était doublement important, et voici qu'il existe un chapitre manquant dans un autre roman, et qu'il s'agit du 57...
  Un personnage secondaire du Syndrome [E] se nomme Georges Péresse. Perec était aussi en quelque sorte affecté d'un syndrome "e", ce qui l'a conduit à écrire La Disparition, où manque aussi un chapitre, le 5 (parmi 26, donc le chapitre E).
  Lupin était aussi important pour Perec, cité dans plusieurs de ses oeuvres, et ce n'est par exemple pas par hasard que l'architecte du 11 rue Simon-Crubellier se nomme Lubin Auzère.

  Le lien donné dans le roman pour accéder au chapitre 57 ne fonctionne plus, mais
Rêver Chapitre 57 - Canal Blog
permet de télécharger ce chapitre manquant.
  Ce chapitre n'apporte pas grand-chose, car le dénouement du roman a déjà révélé ce qui s'y passait. De fait, la narration suit essentiellement Abi dans le roman, où n'importe quel passage honnête aux pensées des autres protagonistes aurait livré la clé des mystères qui entourent Abi. L'omission du chapitre 57 ne semble donc pas avoir de réelle justification, en dehors d'une référence à Perec.


  Je rappelais au début du billet que le chapitre 44 de Rêver se passait le 4/4, et une des nouvelles découvertes de ma 4e lecture touche aussi 44. Je n'avais pas prêté attention auparavant au surnom donné par ses collègues à l'héroïne du roman, la profileuse Abigaël Durnan, Tsé-Tsé, car elle est atteinte de narcolepsie, maladie qui peut la contraindre à tout instant à dormir pendant quelques minutes. Or
TSE TSE = 44 44, et le surnom apparaît 4 fois dans le texte, dont j'ai une version numérisée.

  J'ai eu la curiosité de me renseigner sur la narcolepsie. Wikipédia donne des exemples dans la fiction, comme Rêver, et le film My Own Private Idaho, que nous avions commencé à regarder en décembre 2019.
  Le personnage principal est Mike Waters (River Phoenix), prostitué narcoleptique et toxico, dont un client lui dit au début du film:
 
J'ai beaucoup de chance. Je suis né le 4 avril 1944, 4-4-44, la somme des chiffres est 16, et la somme des chiffres de 16 est 7, le nombre de la chance.
  Le prochain Thillez est annoncé pour le 4 mai, et a pour titre La Faille. Ceci me rappelle Lignes de faille, de Nancy Houston, qui débute le 4/4/2004. (note: juste après avoir mis en ligne, j'apprends que le nouveau titre annoncé est L'onde Shelley, probablement parce que d'autres romans ont déjà La Faille pour titre)
  Ce projet de couverture laisse supposer un jeu entre La Faille et La Fille, et ceci me rappelle la nouvelle de Ricardou L'enlèvement, devenant au fil des pages L'élève ment.

  En ce 79e anniversaire du 4/4/44, une citation de Jung s'impose, de 1929:
Pour moi, c'est un fait d'un irrationnel absolu que l'énergie vitale doive avoir toutes sortes de liens avec la croix ou le chiffre quatre.
L'analyse des rêves - tome 2 - 28e conférence
  Et pour achever ce billet, quoi de mieux qu'une citation du Manuscrit inachevé, mais pas celui de Thilliez, ni celui de Caleb Traskman, ni celui d'Enaël Miraure, ni celui de Janus Arpageon, mais d'un recueil de nouvelles de Noël Devaulx, paru en 1981:
Tout manuscrit est inachevé, puisqu'il invite le lecteur à jouer à son tour, puisqu'il éveille en chacun des prolongements infinis. 
  Tiens, ce DEVAULX = 89 est mort à 89 ans (et exactement 6 mois, né le 9/12/1905, décédé le 9/6/95).
  "vaulx" est un ancien pluriel de "val".

25.3.23

pour les lecteurs chevronnés

à  Migdall & Mandel

  Les échos au précédent billet, qu'il est assez important d'avoir lu, sont si nombreux que je ne sais trop par où commencer.

  Le couteau Gefro m'a conduit à la lune Mau de la ville où il avait été fabriqué, ce qui m'a fait penser au chat Mau, et Wikipédia m'a appris:
mau est un terme venant de l'égyptien qui désigne tout autant le chat que la lumière.
  Ceci m'a interloqué, car un des textes que je considère comme particulièrement "miraculeux" est l'épithalame que Perec a composé en 1981 pour ses amis Kmar et Nour, or en arabe kmar signifie "lune" et nour "lumière", tandis que mau signifierait "lune" en patois allemand, et "lumière" en égyptien.

  J'ai tenté de vérifier ce sens de "lumière", sans résultat. Le mot mau, ماو, semble inconnu des dictionnaires que j'ai consultés, où le seul sens trouvé est une translittération de Mao, le Grand Timaunier, mais je ne connais de l'arabe que l'alphabet, et ma recherche était donc limitée.
  Le seul résultat apparenté était sur une page en anglais affirmant
The word, Mau, means "cat" or "sun" in Egyptian.
  Curieux encore, Mau serait la lune allemande et le soleil égyptien, et ma recherche m'a conduit à associer le couple lune-soleil aux nombres 13-21.
  Selon notre alphabet, aux lettres MAU correspondent les rangs 13-1-21, ce qui m'a rappelé le numéro d'un roman de Thilliez offrant justement une possibilité de découpage 21-13-1. Il m'est souvenu que Sharko allait en Egypte dans Syndrome [E], son enquête suivante, et le texte numérisé m'a permis d'y découvrir ceci, au début du chapitre 22,
Tout au long de la ruelle, des charrettes dormaient, couvertes d’un simple drap, et des chats noirs, des Mau, bondissaient en haut des murs de chaux.
ce qui d'ailleurs est sujet à caution, car la race Mau a été créée récemment, à partir de chats de différents pays, et sa principale spécificité est une robe mouchetée. Un Mau de race coûte $1000 au bas mot, et il est peu probable d'en voir rôder dans les rues du Caire, où on attend plutôt des mau, ou des maus, un pluriel employé, et il est amusant que Maus signifie "souris" en allemand.
  Fibonacci et Thilliez m'ont rappelé son roman Rêver, et une nouvelle lecture m'y a conduit à y repérer des jeux autour du cryptogramme de L'Aiguille creuse de "Maurice Leblanc", un nom équivalent à "noir/blanc". Je le détaillerai dans un prochain billet.

  Je n'avais cité qu'un passage du roman de Jeury, Les yeux géants (1980), dont la première partie se passe en 2010, où les phénomènes aériens sont devenus monnaie courante, avec des yeux géants dans le ciel, vus par de nombreuses personnes. Ceci me rappelle que Soleil et Lune ont été vus comme "Yeux de Dieu". C'est une opposition/complémentarité classique, comme blanc/noir, et c'est le jeu entre
BLANC NOIR = 32 56 et les 52 touches blanches et 36 noires qui m'avait conduit à relire en 2005 le Pocket n° 5236, Les yeux géants.
  Il y est question des chasses célestes du Moyen-Age, un thème étudié par Méheust dans Science-Fiction et soucoupes volantes (1978), l'essai qui a inspiré Jeury. Les visions célestes semblent tributaires de l'époque, au Moyen-Age on voyait des chevaux et des chars, ensuite des navires volants, puis des fusées ou soucoupes...
  Chez Jeury les témoins ont vu des cavaliers dans le ciel se diriger vers les yeux géants, et y entrer par les "pupilles". Ceci n'est évoqué que brièvement au début du roman, mais semble avoir inspiré la couverture du Pocket n° 5236.

  La chasse céleste la plus connue est la Mesnie Hellequin, ou l'armée furieuse qui a inspiré le roman de Fred Vargas. La découverte en décembre que le mot Arlequin était probablement lié à Hellequin m'a rappelé qu'il y avait des arlequins dans La mort et la boussole, nouvelle de Borges, destinés à conduire Lönnrot vers la figure du losange, et ce n'est que maintenant que je m'avise que Vargas et Borges ont probablement la même origine, une racine indo-européenne associée à la hauteur et à la force, ayant conduit aux mots berg, "montagne", et "bourg", ville fortifiée.
  J'avais envisagé ici de relier le nom Borges au grec purgos (probablement de même origine), "tour", car les assassinats de la nouvelle se situent entre une tour et un mirador, les initiales des victimes formant MYGDAEL, évoquant migdal, "tour" en hébreu, et la chaîne de bordels argentins Zwi Migdal que ne pouvait ignorer Borges (et sa nouvelle évoque les bordels).
  Fred Vargas est la fille de Philippe Audoin, surréaliste spécialiste de l'étrange Maurice Fourré, auteur à la fin de sa vie de 4 romans symbolistes, dont le second, La marraine du sel, se passe à Richelieu, et ce ne semble pas un hasard si cette ville apparaît chez Vargas dans Sous les vents de Neptune, où y aurait été enterré un juge assassin, se cachant sous de multiples pseudos, évoquant puissance et lumière.
  Ce ne semble pas un hasard non plus si, avant Richelieu, le juge habitait la Tour-Maufourt, un toponyme toujours inexistant 14 ans après mon billet de 2009, avec probablement "mau" pour Maurice, "fourt" pour Fourré (et "tour" pour la Tour de Cornillé, devenue Colonne Saint-Cornille dans le premier roman de Fourré).

  En 2018, il s'est imposé qu'un chapitre de Novel Roman se passât à Richelieu, et lorsque je me suis rendu à Cerisy il m'a semblé nécessaire de faire le détour.
  Ainsi j'ai eu la surprise le 11 mars, en visionnant l'épisode du Voyageur diffusé le 31 janvier, Au bout de la nuit, de reconnaître Richelieu, rebaptisé Mazarin... Au fil des images, j'ai repéré cette camionnette du peintre Aumont, dont une porte arrière ouverte ne laisse que AUM.

  Précisément, MAU m'avait fait penser à AUM, ce concentré de la sagesse bouddhique, et à un épisode de décembre 2006, peu avant ma découverte du couteau Gimel.
  J"avais mis en ligne le 6 cette disposition en double cône des 1464 lettres de Noce:
 

   Les 870 lettres des strophes Nour ("lumière", mau) correspondent à deux fois le triangulaire 435, permettant de construire un cône en négatif, à l'intérieur duquel j'avais disposé les 594 lettres des strophes Kmar ("lune", Mau), auxquelles il manque 6 lettres pour avoir le double du triangulaire 300.
  A ceci Alain C. m'avait communiqué en privé une remarque triviale, "le cône dans le con", ce à quoi je lui avais répliqué par l'interprétation tantrique du mantra aum mani padme houm, "aum, joyau (dans) lotus, bien", où "joyau" et "lotus" seraient les sexes mâle et femelle. La syllabe "aum", ॐ, exprimerait la même chose, avec A et U, les principes masculin et féminin, se fondant dans le bindu, le point marquant la nasalisation M.

  Chez Jeury, l'incident du couteau se produit dans la région de "l'agglomération BSM" (sic), une conurbation englobant Béziers, Sète, et Montpellier.
  En 2016, Sam en Beth m'a conduit à m'intéresser aux 3 "lettres mères" de l'hébreu, mem-alef-shin, de rangs 13-1-21, MAS, symboles de l'eau (mayim), du feu (esh), et de l'air (awir), l'équilibre entre eau et feu. Par ailleurs les 7 "lettres doubles" correspondent aux 6 directions et au centre, la lettre beth, s'écrivant BYT, se transformant par atbash en SMA, les 3 "lettres mères".
  BSM m'a fait penser à ce schéma. La mention de Mireval, où Norman Andrewski a fait analyser le bois flotté ressemblant étonnamment à son couteau, m'a fait chercher si Mireval existait.
  Oui, et c'est depuis 2003 une commune de SAM, Sète Agglopôle Méditerranée, agglomération de communes autour de Sète, créée en 2003, fusionnée en 2017 avec celle du Nord du bassin de Thau. D'autres fusions conduiront peut-être à l'agglomération BSM imaginée par Jeury.

  MAS, 13-1-21, symboles de l'eau, de l'air, et du feu. Ce n'est qu'en écrivant ce billet que je me rends compte que ces trois éléments interviennent dans le Pocket n° 13121, Deuils de miel, où après  la découverte du cadavre de Viviane Tisserand, Sharko est conduit à jouer un rôle dans les crimes suivants, annoncés par un message inspiré de l'Apocalypse, où il est question des eaux de l'abîme, de lumière, s'achevant sur Surveille les maux et prends garde au mauvais air.
  Le mari Olivier a été immergé à 30 m de profondeur dans la Fosse de Meaux (qui semble imaginée pour l'homauphonie maux-Meaux, homophonie que je n'avais pas relevée ici, où je décelais des échos rousseliens, notamment pour cet Olivier), avec une bouteille d'oxygène, mais lorsque Sharko le remonte un piège caché sectionne son artère fémorale.
  La fille Maria est prisonnière d'une pièce réfrigérée, et lorsque Sharko en ouvre la porte la canicule de juillet provoque sa mort à la fin du chapitre 21, rang de la lettre shin, "feu".
  Enfin le dernier acte prévu, après "la Maria", est l'extermination d'un village par la malaria, le "mauvais air" en italien.

  Il y a d'autres phénomènes dans Les yeux géants, tels les "losanges noirs", des machins peu clairs qui apparaissent au voisinage des téléphones, et peuvent être nocifs, sinon létaux, pour les humains:
Il se souvenait : l’affaire des losanges noirs de BSM… Andrewski, le père des jeunes filles qui avaient défrayé la chronique dans le cas de la "ville hantée"…
  Cette "ville hantée" est plutôt une "ville en T", construite selon les idées de l’architecte Robert Cruz. Il se trouve que l'agglomération SAM est aussi appelée Pôle Thau, or thau est une transcription de la dernière lettre de l'alphabet hébreu, également connue comme thaw, à l'origine de notre T, et qui a eu comme premier glyphe une croix (cruz en espagnol, et T est aussi la "croix en tau"). J'utilisais plus haut la correspondance atbash entre alef et thau.

Je ne vais pas tenter d'expliquer ce que sont les "losanges noirs", qui m'ont évidemment fait penser au losange de La mort et la boussole (et ses arlequins), mais aussi rappelé une nouvelle parue dans un vieux numéro de Mystère-Magazine, quelque chose comme Le mystère des losanges noirs...
  Il me semblait que ça remontait à très loin, et j'ai donc regardé les MM que j'avais achetés ado, que j'ai encore. Rien d'immédiat, mais le n° 173 de juin 62, que j'avais acheté pour une nouvelle d'Irish, offre Le disque noir, de Helen McLoy; je l'ai mis de côté, d'abord pour  "noir", et pour "disque", autre forme d'OVNI.
  J'ai une vingtaine d'autres MM, et c'est dans le n° 45 d'octobre 51 qu'il y a Les losanges chantants, de la même Helen McLoy (originellement paru dans EQMM en octobre 49). J'ai dû me procurer ce numéro vers 1996 où je me suis repassionné pour Lupin, car il contient le pastiche Arsène Lupin contre le colonel Linnaus, d'Anthony Boucher (le traducteur de La mort et la boussole en anglais). Il y a aussi une nouvelle d'Irish (sous son nom réel Woolrich).

  J'ai donc lu aussitôt Les losanges chantants, dont une introduction informe que McLoy l'a écrite en 1948 après la vague de soucoupes volantes de 1947. Un certain Anders Verworn veut tuer sa mère adoptive pour en hériter, mais il sait qu'il sera le premier suspect, aussi il a recours à une tortueuse machination. Il paie quelqu'un pour déclarer qu'il a vu et entendu des losanges dans le ciel, produisant une étrange musique. D'autres personnes sont droguées et influencées pour accréditer le fait, ce qui en fait un scoop. La victime programmée en fait partie.
  Puis Anders tue son complice et d'autres personnes ayant "vu" les losanges, afin que sa victime prévue passe dans la série... Ce n'est guère crédible, mais a dû divertir les lecteurs de l'époque...

  J'ai lu la nouvelle le 16 février au soir. Je me suis réveillé le lendemain matin avec le mot Solingen en tête, un mot que je voyais gravé sur la lame d'un couteau. LOSANGES SOLINGEN, je n'ai pas douté d'une interaction dans mon esprit.
 

  Il ne m'a pas fallu longtemps pour apprendre que Solingen était pour la coutellerie allemande ce que Thiers était pour la française. J'indiquais dans le précédent billet que la découverte du couteau Gefro m'avait fait désirer le confronter à un autre couteau allemand arrivé étrangement dans notre vaisselle. Hélas le couteau Gefro a été aussitôt perdu, et l'autre couteau probablement aussi... Etait-ce un Solingen? je n'en sais rien, mais ai la certitude d'avoir eu en main un tel couteau, dans cette vie ou une autre...
  Quoi qu'il en soit, si le couteau Gefro était lunaire, SOLingen m'évoque SOL, "soleil" latin.

  Le mot Tolède m'est venu à l'esprit, la ville d'Espagne spécialisée dans les armes blanches, et l'expression "Arlequin de Tolède", probablement parce que ma recherche "Arlequin" "mandoline" m'avait amené à cette chanson de Dalida:
Et l'Arlequin de Tolède perdu dans la nuit tiède
En caressant sa guitare, trouve un accord bizarre
Un écho de mandoline, il revoit Colombine
Vibrante à la sérénade d'un Pierrot de Grenade
  L'actualité perecquienne a été marquée le 3 mars par l'annonce de la mise en ligne d'un article de Bernard Magné, sur le site de l'Association Perec. Perec à l'index étudie les particularités de l'index de La Vie mode d'emploi, et le mot Arlequin y est cité, à seul titre d'exemple. Je n'aurais pas eu l'idée sans cela d'aller chercher des arlequins chez Perec, mais j'ai évidemment été voir ce qu'il en était de cet Arlequin, chapitre XXX, où un objet précieux est mentionné,
une mandore du XVIIe siècle sur la table de laquelle étaient gravées les silhouettes d'Arlequin et de Colombine en dominos.
  J'ai été ébahi de voir cette sorte de mandoline directement associée à Arlequin. Les "dominos" répondent ici à la contrainte Jeux, tandis que la mandore est un détail de la Nature morte à l'échiquier de Baugin, l'un des dix Tableaux choisis par Perec, très probablement en écho au damier représentant l'immeuble, dans lequel l'ordre de la visite est déterminé par le parcours du cavalier.
 

  Je remarque que la perspective fait de l'échiquier replié un ensemble de losanges (de parallélépipèdes pour être exact).
  Perec a noté dans son Cahier des charges, à côté de "mandore", "allusion à Romain", certainement son ami Romain Weingarten, dont la pièce La Mandore se passe dans un immeuble dont les divers habitants sont les personnages (comme l'oeuvre de Perec). Elle est parue en 1974 dans la collection Le manteau d'Arlequin, ce qui explique l'Arlequin gravé sur la table.
  Une autre contrainte du chapitre est de citer un extrait d'une oeuvre de Nabokov, ce qui, d'après le Cahier des charges, a été fait par "Arthur Rainbow", venu de Lolita.
  Or mes recherches antérieures sur les oeuvres littéraires contenant dans leur titre "Arlequin" m'avaient fait découvrir l'autobiographie imaginaire de Nabokov, publiée également en 1974, Regarde, regarde les arlequins!
  Le titre viendrait des propos d'une grand-tante du narrateur, alors âgé de 7-8 ans:
- Regarde les arlequins!
- Quels arlequins?
- Oh! tout autour de toi. Partout. Les arbres sont des arlequins, les mots sont des arlequins; et les situations et les calculs. Additionne deux choses, et tu obtiens un triple arlequin. Allons! Joue! Invente le monde! Invente la réalité!
  Inventer la réalité... Ces mots me parlent, et me rappellent que j'avais d'abord intitulé le précédent billet Examen de l'oeuvre de Julius Quandt, en référence à Examen de l'oeuvre de Herbert Quain, une nouvelle de Borges.
  Julius Quandt est dans Les yeux géants un théoricien des phénomènes qui frappent le 21e siècle. C'est d'abord un informaticien, peut-être inspiré par Jacques Vallée, et il associe les phénomènes à l'essor de l'informatique, avec un jeu de mots sans doute involontaire:
(...) il y aura un saut quantique entre nos connaissances et celles de l’avenir. (...) En attendant, nous n’avons fait qu’un saut de puce.
  Le livre est paru début 1980, au moment même où était commercialisé le ZX80, un ordi accessible à tous, et qui devait son nom aussi bien à l'année qu'à la "puce" Z80 âme de l'appareil, existant depuis 1976, variante du microprocesseur Intel 8080, conçu en 1974 pour équiper les appareils ménagers...
  Les ordis quantiques, alors hypothétiques, sont devenus réalité dans les années 90, et les perspectives actuelles donnent le vertige.
  Sans aller jusque là, qui a connu le monde d'avant 1980 peut mesurer les chocs du futur qu'ont été l'informatisation généralisée, l'Internet, les smartphones, les réseaux sociaux, les objets connectés, le métavers...
  Quandt (mais sans doute est-ce emprunté à d'autres tels Vallée) semble avoir prévu l'importance de la croissance exponentielle de l'information, et de sa dématérialisation, ce qu'on connaît aujourd'hui comme le cloud, et chercher les occurrences de "nuage" dans Les yeux géants m'a conduit à quelques constatations.
  La première des 21 occurrences concerne précisément les chasses célestes:
1- les cavaliers bondirent dans le ciel. Ils survolèrent la vallée en prenant de l’altitude et disparurent dans les nuages.
  7 occurrences sont directement associées à la lune, alors que l'affaire des couteaux, celui de Norman Andrewski et mon Gefro, m'ont conduit à Mau:
3- de lourds nuages bleus défilaient devant la Lune.
5- Un gros nuage sombre effaça la Lune. L’Œil géant parut alors se détacher sur l’écharpe brumeuse de la Voie lactée.
9- Un petit nuage rouge grignotait la pleine lune, au milieu d’un ciel mauve et or.
14- Un voile de nuages passa devant la lune.
15- La lune passa sous un nuage.
17- Un petit nuage rouge, en forme de lance, perçait la lune ronde, au milieu d’un ciel pur, mauve et or.
18- Un nuage obtura le trou blême de la lune.
  Je ne m'étais pas préoccupé du format du livre, et une page consultée énonce 13 par 21 cm (je rappelle que je vois dans MAU 13-1-21). En fait, c'est plutôt 13,5 par 21,5, et les demi-centimètres pourraient s'additionner pour former 1...
  Il faudrait étudier cela de plus près...

  Une dernière citation de Quandt:
J’affirme que même un contact avec les extraterrestres sur une grande échelle ne mettrait pas fin à l’incertitude, car nous n’aurions strictement aucun moyen de savoir s’il s’agit d’une réalité ou d’une simulation, d’êtres véritables ou imités. C’est que nous ne savons pas encore ce qu’est la réalité; et quand nous le saurons, nous découvrirons sans doute que sa nature nous interdit également toute certitude.
  Plus de 40 ans plus tard, le phénomène OVNI demeure énigmatique. L'un des premiers grands esprits à s'y être intéressé a été Jung, lequel a publié en 1958 Un mythe moderne, où il privilégie l'aspect archétypal des soucoupes, des mandalas, des "cercles" symboles de totalité, rassurant les psychés en ces temps troubles de l'après-guerre et de la guerre froide.
  On voyait aussi à cette époque des formes oblongues, "fusées" ou "cigares", de forme phallique, et ceci m'amène à concrétiser une idée diffuse, à partir du mot migdal qui signifie "tour" en hébreu et "amande" dans diverses langues.
  Il ne semble pas exister de relation étymologique entre les deux, de même entre mandel et mandala, mais il s'agit toujours de symboles sexuels. On revient toujours à "ça", comme dirait l'autre. La "tour" et le "trou".
  Cette page (yeux prudes s'abstenir) envisage une similarité entre la mandorle et la vulve. Une catégorie du blog est "amande adorée".
  Un certain Alberto Gurbanov a publié deux livres avec "zwi migdal" dans le titre, en 1972 et 1989. Je n'ai trouvé que cette page donnant quelques détails sur celui-ci.
  Je remarque sur l'autre le carrelage évoquant damier ou échiquier, et un chat (Mau?) dans le coin inférieur droit.

  En 1954, Jung avait confié à son amie Sabi Tauber: 
Les soucoupes volantes sont aussi un phénomène de synchronicité: une nouvelle vie se développe à l'extérieur de la terre, d'un point de vue nouveau. il pourrait s'agir
a) d'hallucinations de masse
b) de légères matérialisations à partir de l'imagination active d'un "type" qui est par exemple sur Sirius (ou n'importe où ailleurs, sauf sur la terre)
c) d'un nouveau phénomène d'incarnation...
Mon analyse avec Jung (2019)
  S'il faut le préciser, il n'est question que de l'hypothèse a) dans Un mythe moderne, où cependant certains passages sont assez nébuleux.
  Jung y commente les écrits d'un "contacté" oublié, Orfeo Angelucci, s'étant dit choisi comme messager par les extraterrestres, en partie à cause de son nom, venant d'angelos, en grec "messager".
  Il me vient que ANGELOS est l'anagramme de LOSANGE, que le mot grec est αγγελοσ, avec un gamma géminé, introduisant une nasalisation, comme migdal devenant mandel.
  G devient N, une Gutturale une Nasale, un Gars une Nana...
  Le losange borgésien est formé d'un triangle pointe en haut, symbole mâle, et d'un triangle pointe en bas, symbole femelle.
  ORFeo me rappelle le couteau geFRO, et le tag ORmatouF.
  Si l'arme blanche est un symbole viril, l'arme noire aussi, ce qui me conduit à lier le gun anglais (fusil) et la gunê grecque (femme)...

  Bref, ça commence à partir dans tous les sens, et il faudra revenir sur ces nouveaux points, après un peu de décantation...

  Lorsque le titre du précédent billet était Examen de l'oeuvre de Julius Quandt, j'envisageais de placer Arlequin au premier plan du suivant, qui aurait eu pour titre une anagramme, comme
l'arlequin, un jeu de dames dévotieux,
en pensant au damier, ou
arlequinade, jeu de dévots lumineux,
en pensant à la lumière mau.

  Ce n'était plus de mise après l'abandon du titre originel, et j'ai donc choisi pour les lecteurs chevronnés, envisageant d'y mettre au premier plan les combinaisons de deux chevrons, mais j'ai encore dévié de ce programme...
  Alors en dernier mot, puisque le G originel était un chevron, puisque les yeux sont en amande, puisque les losanges noirs ont attaqué la ville "en T", je suggère que les Yeux "géants" soient des yeux "en G"...


11.3.23

la polygraphie du chat Mau


à  C & G

    J'annonçais dans le précédent billet un développement sur Michel Jeury, alors voici.
  J'ai lu quantité de bouquins de SF, et plusieurs des siens m'ont accroché, notamment Le temps incertain (1973), et Les yeux géants (1980).
  J'ai découvert quelques années plus tard, vers 1986, l'essai de Bertrand Méheust, Science-Fiction et soucoupes volantes (1978), qui m'a emballé. Méheust, passionné de SF, a découvert de fascinantes corrélations entre les récits de visions d'OVNIs et ce qui avait été imaginé précédemment par les auteurs de SF.
  Ceci touche tous les types de rencontres, je n'en dirai pas plus.

  J'ai rencontré Méheust en 1995. Il m'a appris que son essai avait inspiré Les yeux géants, ainsi que Les Visiteurs du miracle (1981), de Ian Watson, que j'avais également lu. Je pense avoir alors relu les deux romans.

  L'étape suivante est en 2005. J'étais en relation suivie avec Jean-Pierre Le Goff, passionné de coïncidences, en qui j'avais rencontré une âme soeur. J'étais particulièrement séduit par ses découvertes sur les 52 touches blanches et 36 noires du piano, et il m'était venu l'idée de chercher des livres portant le numéro 5236 dans diverses collections de poche. Le résultat le plus intéressant était pour Les yeux géants dans son édition Pocket de 1986, n° 5236 donc.
  Ceci a provoqué une nouvelle lecture, achevée le 8 juillet 2005, et le lendemain matin j'en rendais compte à quelques amis, soulignant que Jeury y relatait deux cas de coïncidences. Je subodorais qu'il s'agissait d'expériences personnelles.

  Quoi qu'il en soit, le second cas était celui du couteau de Norman Andrewski (un personnage du livre):
— Cette histoire de couteau est la plus idiote du monde, dit Norman Andrewski. Pour moi, elle a été aussi la plus troublante. Oui, et elle a définitivement troublé ma quiétude et mon indifférence. À chacun de nous, il arrive des histoires qui nous ressemblent. Je crois aussi que nous avons une prédisposition à rencontrer ou à subir un certain type de phénomènes inexpliqués – psi, X ou autres – et les proches variantes.
  Il me semble souvent aussi avoir une telle prédisposition... Mais voici le récit:
— L’incident du couteau se situe à part, à cause de son côté visuel et aussi parce que j’avais trois témoins : ma femme et mes deux filles.
« Nous étions allés tous les quatre pique-niquer aux environs de l’Orb. Et puis nous nous sommes promenés le long d’un petit ruisseau… À un certain moment, je me suis rendu compte que j’avais perdu mon couteau de poche. (...) Nous nous sommes mis à fouiller l’herbe et les buissons partout où nous étions passés. Après cinq ou dix minutes, ma fille Carine, la plus jeune, a crié : “Je l’ai ! Je l’ai !” Elle m’a appelé. “Viens, je vais te le faire trouver!” Je l’ai rejointe et on a joué un peu. “Tu gèles… Tu brûles…”
« Enfin, j’ai vu mon couteau et je l’ai ramassé. J’ai ramassé quelque chose que j’ai pris pour mon couteau. Mais quand j’ai tenu l’objet dans ma main, je me suis aperçu que ce n’était pas mon couteau. Je lâchai la chose aussitôt avec un cri de surprise et de peur. Carine éclata de rire. Mais ma femme et Anne me regardaient, interloquées.
« Tout le monde s’est mis à regarder par terre. Le simili-couteau avait disparu. J’ai vraiment cru un moment que c’était une sorte de serpent et qu’il avait filé sans demander son reste après que je l’eus lâché. Et puis Anne a poussé du pied un morceau de bois qui traînait et qui s’est retourné. D’un côté, c’était un simple morceau de bois. De l’autre, c’était une imitation parfaite, merveilleuse du couteau que je venais de perdre. Une imitation en bois mort! Un chef-d’œuvre du hasard! (...) J’ai remis l’objet à la faculté des sciences de Mireval pour analyse, contre l’avis de ma famille… et surtout de Carine qui aurait voulu le garder. Peut-être avait-elle raison. Les gens de Mireval ont trouvé le moyen de le perdre.
« Ce morceau de bois faisait un bibelot curieux et assez beau : quelqu’un au laboratoire l’a tout simplement et bêtement fauché. Les premiers examens prouvaient sans aucun doute possible qu’il s’agissait d’un objet façonné par le hasard: un morceau de frêne qui avait trempé dans l’eau et dans la boue ferrugineuse. Rien de plus. Mais il faut l’avoir vu. Nous sommes retournés plusieurs fois sur les lieux pour chercher encore le vrai couteau. En vain. »
  Je ne sais plus si j'ai alors pensé à un incident analogue qui a grandement troublé ma quiétude adolescente, en tout cas je n'en parlais pas à mes amis dans les mèls que j'ai retrouvés. Vers 12-13 ans je tenais à un gros calot d'acier d'environ 3 cm de diamètre, dont j'appréciais la lourdeur. Un jour, je jonglais avec dans le jardin de ma grand-mère lorsqu'il m'échappa des mains. Il était bien sûr tombé quasiment à mes pieds, mais je n'ai jamais pu le retrouver, ni ce jour, ni lors de multiples autres recherches.
  Je parlai dans les mèls aux amis de ce bout de bois trouvé la veille par Anne et sa soeur Babeth dans l'Asse, la rivière en bas de Mézel, et qui vu sous un certain angle évoquait fortement un lapin. Retourné, c'était un simple morceau de bois...
  Cette affaire de lapin me rappelle une formidable coïncidence, survenue l'été précédent, mais je réserve au prochain billet divers approfondissements.

  Ce 9 juillet 2005 nous avions rendez-vous en début d'après-midi à Antibes chez l'oncle d'Anne, et un pique-nique était prévu à mi-route.
  Nous nous étions donc arrêtés à un endroit propice de la RN 85, et je m'étais éloigné un peu pour me dégourdir les jambes dans la garrigue. C'est là, loin du coin à pique-nique assez fréquenté, que j'ai trouvé un couteau de cuisine dont je ne peux dire grand-chose, car à la fin du repas un orage nous a contraints à remballer précipitamment les affaires, et le couteau a été oublié.
  J'indiquais à mes amis que je voulais le comparer à la maison à un autre couteau arrivé bizarrement dans notre vaisselle, mais je n'ai aucun souvenir de cet autre couteau. J'imagine qu'il était allemand, et que c'est pour ça que je voulais le confronter au couteau de la garrigue, car lui était allemand, et portait deux inscriptions, notées dans les mèls, GEFRO, et www.gefro.de.

  Quant au mystérieux couteau de la maison, je n'en disais rien dans les mèls ultérieurs, peut-être était-il déjà perdu de même.

  Je ne me souviens pas avoir cherché à en savoir plus sur Gefro en 2005. Le précédent billet m'a donc fait découvrir que l'entreprise fondée à Memmingen par les frères Frommlet en 1924 avait eu pour logo la lune, car une légende propre à cette petite ville de Bavière fait intervenir l'astre nocturne.
  La légende est si importante que "la lune" (der Mond en allemand) bien-aimée des habitants de Memmingen y a une appellation familière, Mau.
  J'ai choisi cette illustration où "Mau" joue de la mandoline, ou d'un instrument apparenté, car la mandoline était au premier plan des billets précédents, pour sa caisse en forme d'amande.
  Par ailleurs GEF-RO m'avait évoqué le poète Gilbert Farelly, création des oulipotes Gilles Esposito-Farèse, dit GEF, et RObert Rapilly.
  Robert avait introduit Farelly sur la liste Oulipo en février 2007, lui attribuant la paternité du "sélénet", forme poétique en 8 vers calquée sur les couplets de Au clair de la lune, mais les compères m'ont appris qu'ils avaient forgé le pseudo en janvier 2005, 6 mois avant ma découverte du couteau Gefro.

  Le mot MAU m'est significatif à plus d'un titre. Il est ainsi formé des lettres M-A-U de rangs 13-1-21, or le n° 13121 de la collection Pocket a été une coïncidence phare en juin 2015. Je rappelle que c'est le n° 5236 des Yeux Géants dans cette même collection qui m'a conduit à relire le roman.

  Le n° 13121 est Deuils de miel de Franck Thilliez, et diverses circonstances ont concouru pour me mettre entre les mains deux exemplaires de ce Pocket n° 13121, dans des éditions de 2010 et 2014, et constater qu'ils s'achevaient l'un sur un chapitre 34, l'autre sur un chapitre 33:


  Les divergences de numérotation débutent après le chapitre 29, l'édition de 2010 passant directement ensuite au chapitre 31. Mon enquête m'a conduit à la conviction qu'il s'agissait d'une erreur de l'éditeur original, La vie du rail, dont un maquettiste avait un problème avec les chiffres (d'autres erreurs de numérotation sont présentes dans 3 autres livres de cette collection de 25 titres).
  Or le numéro Pocket faisait coïncidence, car l'intrigue se répartissait clairement en 21 et 13 éléments (en comptant l'épilogue final), nombres de Fibonacci que semble affectionner Thilliez. Ainsi 13-1-21 pouvait livrer ces 21 et 13 éléments, plus le chapitre fantôme du premier tirage.

  Bizarre, mais l'étrangeté a fait un bond vertigineux lors de la parution du Thilliez suivant en juin 2016, Rêver. Le roman s'achève sur un chapitre 89, autre nombre de Fibonacci (13-21-34-55-89), mais il manque le chapitre 57, que les lecteurs peuvent télécharger en résolvant une petite énigme...

  J'y reviendrai dans le prochain billet, car une relecture de Rêver m'a conduit à de nouvelles découvertes.

  J'ai appris il y a quelques années que les Mau étaient une race de chats. Comme il s'agissait de chats égyptiens, je m'étais dit que mau, ماو, se prononçant "maou", devait signifier "chat" en arabe.
 

  Wikipédia semble le confirmer:
mau est un terme venant de l'égyptien qui désigne tout autant le chat que la lumière.
  Ceci m'a interloqué, car un des textes que je considère comme particulièrement "miraculeux" est l'épithalame que Perec a composé en 1981 pour ses amis Kmar et Nour, or en arabe kmar signifie "lune" et nour "lumière", tandis que mau signifierait "lune" en patois allemand, et "lumière" en égyptien.
  Précisément, l'un des aspects du "miracle" perecquien touche aux nombres de Fibonacci, et notamment 21 et 13, avec neuf strophes formant des blocs cohérents de
- 21 fois 23 lettres, de ma dame à mon amour;
- 21 fois 23 lettres, de mon nombre d'or à monde moderne;
- 13 fois 23 lettres, de Noce à carbone.
  J'ai représenté ceci sur mon étude en deux blocs et 34 lignes, vis-à-vis des 34 lettres du titre du poème, Noce de Kmar Bendana & Noureddine Mechri.
  Après avoir vu ceci, et bien d'autres choses, j'ai pu consulter les brouillons de Perec pour ce poème, et découvrir qu'il avait envisagé d'y utiliser la suite de Fibonacci, mais ces brouillons démontraient aussi qu'il ne l'avait pas fait...

  Noce et Deuils de miel figurent sur ma récapitulation des coïncidences 21-13 (cas 13 et 107).

  Je suis loin d'en avoir fini avec le couteau Gefro, mais je choisis de faire un bond de 17 mois dans l'avenir, afin notamment d'expliciter le titre de ce billet.
  Le 16 décembre 2006, je me baladais à l'ubac de la colline culminant au lieu-dit Saint-Isidore, colline que j'appréciais mais y accédais le plus souvent par l'adret. Ce coin n'avait rien d'un lieu de balade et n'était en principe fréquenté que par des chasseurs.
  Je crois que j'espérais ce jour y récolter les derniers champignons de la saison. Tout ce dont je me souviens clairement est d'avoir trouvé dans une sente ce couteau multifonctions de marque Gimel:
 

  Ma recherche à l'époque m'avait appris que Gimel était une ancienne coutellerie de Thiers, mais sur la grande lame de ce couteau est gravé STAINLESS CHINA.
  J'avais débuté une page sur cette découverte, non achevée, et donc non publiée. Gimel est un toponyme et patronyme, supposé issu de gemellus "jumeau", mais gimel est aussi le nom de la 3e lettre de l'alphabet hébreu, devenue le gamma grec puis le C latin. Elle est étroitement associée à la "géométrie fantasmatique" décrite par Perec dans W ou le souvenir d’enfance.
  Précisément cette géométrie des lettres avait été évoquée à 10 h 25 ce matin du 16 décembre, par Alain C. sur la liste Oulipo, qui signalait sa découverte de ces phrases de Mandiargues:
Des corbeaux s'envolèrent à quelques mètres du promeneur, inoffensif, évidemment, puisqu'il n'avait pas d'arme à feu. Leurs ailes, sur le ciel gris, dessinaient en noir des M très ouverts, qui sont, au rebours du W d'evviva, l'écriture abrégée d'à mort, telle qu'on la voit charbonnée à de multiples adresses sur les murs des maisons en Italie.
  En 2006 je prêtais attention aux plaques d'immatriculation, et notamment aux changements des lettres survenant environ tous les 5 mois dans mon département (04). Ce jour-là, lorsque je suis sorti en début d'après-midi pour ma balade à Saint-Isidore, j'ai vu le premier véhicule immatriculé MW 04, et c'était un Volkswagen Multivan (VW MV), ce que j'ai bien sûr rapproché du MW de Mandiargues.
  Et donc environ une heure plus tard je découvrais le couteau Gimel. Ce fut un choc. Si je ne peux assurer aujourd'hui avoir pensé spécifiquement à la lettre gimel dans les heures précédentes, du moins mon esprit tournait autour des lettres chères à Perec, VWX, et gimel y est étroitement associée.

  Un rebond survint le 26 décembre, en feuilletant Portrait(s) de Georges Perec (2001), et y retrouvant que Perec, dans une lettre à Jacques Lederer en 1959, avait proposé un nouveau signe de ponctuation, ^ ^, inspiré par les sourcils de Groucho Marx.
  En fait le déclic eut lieu le lendemain matin, où il me revint qu'Ellery Queen avait utilisé ce même symbole ^ ^ pour représenter la lettre gimel dans le roman de 1958 The finishing stroke (Le mot de la fin ou L'ABC du crime dans ses traductions françaises).
  D'étranges messages y apparaissent, accompagnés de petits dessins. Le premier message évoque boeuf, maison, et chameau, avec ces dessins:


  Il s'avèrera qu'il s'agit des lettres à l'origine de ABC, aleph-beth-gimel, qui furent d'abord des pictogrammes. Une curiosité est que, si l'on pensait jadis que gimel était le pictogramme du chameau, gamal, cette idée a été battue en brèche par la découverte que les Phéniciens ne connaissaient pas l'animal, et d'ailleurs le premier pictogramme connu n'avait rien à voir avec lui:
 

  C'était d'abord un chevron pointe en bas, retourné ensuite, puis redressé par les Grecs en Γ, gamma. Le son "gue" étant inconnu des Etrusques, le passage à C en Italie s'est accompagné d'un changement de phonème.
  Une curiosité notable est que, en utilisant deux ^ pour figurer les bosses du chameau, Queen s'est servi du graphisme originel de la lettre, peut-être pas innocemment, je le développe sur la page La polygraphie du chameau, publiée le 17 janvier 2007.
  Pourquoi ce titre? parce que j'avais publié en même temps une autre page d'abord intitulée La diagonale de l'ours, toujours sur Perec.

  Comme mon étude se voulait "sérieuse", je n'y parlais pas de la coïncidence du couteau Gimel.
  La page qui devait y être consacrée n'a été que commencée, mais j'y retrouve des choses vertigineuses:
  Au cours de cette balade mes réflexions tournèrent autour du Magné 24, des poèmes de La Clôture, qui sont des carrés de 144 lettres, et mes vaticinations sur ce nombre m’amenèrent à une prise de conscience. Un à-côté de l’affaire de Jaron 3 mois plus tôt touchait la sonate 144 de Scarlatti dans l’édition de György Balla, où elle se trouvait page 144 du troisième volume, tandis que ses trois numéros dans les différentes classifications existantes étaient tous des multiples de 144. Je me suis soudain rappelé que c’était à la page 144 de l’édition J’ai Lu du Mot de la fin qu’apparaissait l’expression "poisson d’or", de gématrie 144 (mais ce n’est pas pour cela que le poisson d’or m’intéresse).
  Je ne vais pas tout expliciter. La sonate de Scarlatti est K.432 (ou L.288, P.288), 144e dans une édition offrant un choix de 200 sonates. Je ne me souviens pas avoir réalisé, après la découverte du couteau Gimel, qu'elle est en Sol majeur, soit G-dur selon la notation allemande (le gimel hébraïque a une prononciation dure, plutôt donc guimel).
  Il n'est pas du tout question de cette sonate sur la page Jaron...

  Je pensais donc au Mot de la fin peu avant la découverte du couteau, et si j'avais continué la page, j'aurais probablement parlé des curiosités touchant gimel dans ce roman (voir La polygraphie du chameau, où W peut être vu comme un double gimel), et de sa série alphabétique s'achevant sur Z, zayin, "poignard" (ou couteau) fiché dans le coeur d'un jumeau.
  J'aurais aussi certainement parlé du couteau Gefro trouvé 17 mois plus tôt, je l'évoquais dans les mèls aux amis. Deux couteaux G. et deux fois deux symboles ^ correspondant à l'ancien graphisme de gimel.

  Il y avait encore ceci, que j'avais également oublié:
je reviens au 16/12, où l’un des premiers messages consultés le matin concernait un GG.
Un membre d’une liste spécialisée dans le polar signalait:
Je viens de lire un article d'Oliver Alban qui avait rencontré Graham Greene en 1966. GG lui a dit que "Elles attigent" de JH Chase, publié en Angleterre sous le pseudo d'Ambrose Grant (un des pseudos de Chase) aurait été entièrement écrit par lui, Graham Greene !!!
  Oliver Alban est tout aussi fictif que Gilbert Farelly, mais cette affaire d'un Chase écrit par Greene est souvent avancée. Quoi qu'il en soit, il y avait encore un double G ce jour, avec les M et W de Mandiargues, doubles chevrons pouvant être assimilés aux premières formes de gimel.

  Incidemment, la couverture de Portrait(s) de Georges Perec (où j'ai retrouvé ^ ^) montre un échantillon des brouillons de Noce, une liste de mots autorisés par la contrainte, parmi lesquels chameau (dont le début est au dos), dromadaire (coupé par la photo de Perec), mehari (aucun de ces mots n'apparaîtra dans le texte).
  C'est aussi en ce mois de décembre 2006 que les brouillons de Noce m'ont été communiqués, par le même Alain C. qui avait posté les M et W de Mandiargues. C'était en lien avec une nouvelle approche de Noce que j'avais publiée le 5 décembre, la disposition du texte en un double cône. C'était accompagné d'une anagramme des 594 lettres des strophes Kmar, en 22 lignes formant un cône, avec les 44 O disposés en un chevron.

  D'autres choses importantes se sont passées en décembre 2006, mais l'affaire est déjà bien touffue, et il reste un point essentiel à aborder dans ce billet.
  Retour à l'excursion sur Antibes le 9 juillet 2005. Je n'ai pas tardé à laisser Anne et Babeth avec Tonton Raymond et Tante Alice pour aller visiter la ville. J'étais depuis longtemps curieux du lieu Eden-Roc, mais ai découvert que l'endroit était un hôtel caché à la vue. Je me suis mis à l'eau en espérant m'en approcher, mais c'était trop loin, et un tag m'a frappé en revenant à terre:


  ORMA TOUF, avec de multiples répliques aux alentours.
  Il se trouvait que depuis quelques jours le terme ORMUS était au centre de mes préoccupations. Le graphisme ci-contre a été créé par Plantard, l'individu à la source de l'affaire de Rennes-le-Château, pour fusionner
- ormus, suggéré désigner l'orme (ulmus en latin), allusion à la "scission de l’orme", prétendue naissance du "Prieuré de Sion" formé par des dissidents templiers en 1188;
- ours, l'animal totem de Plantard;
- (H)orus...

  Ceci avait été bien plus important pour moi que le couteau Gefro trouvé (et perdu) quelques heures plus tôt, et j'y avais consacré la page ORMUS, ORMOS, ORMA de mon ancien site. Je n'ai pas jugé bon de la remettre en ligne après sa disparition, mais on peut toujours y accéder via Wayback Machine (WM!)
  J'hésitais à en parler, et puis trois semaines après m'être remémoré ce qui s'était passé ce 9 juillet m'est venue une fulguration dont il n'y a pas lieu d'être fier. Si j'avais creusé un brin la piste Gefro il y a 18 ans (et peut-être l'avais-je fait), si j'avais alors rapproché la lune Mau du chat Mau, j'aurais pu voir que
ORMA  TOUF pouvait se découper en
OR  MATOU  F, soit une appellation du chat au milieu de ORF, renversement du FRO de GEFRO, l'entreprise fondée par les frères (GEbrüder) FROmmlet, associée dès l'origine au logo de la lune Mau.


  En 2005, je m'étais dit que touf était le verlan pour "foot", mais en cherchant aujourd'hui je vois que le terme consacré est tefou. Touf pourrait être un diminutif de Toufik.
  J'avais vu que orma signifie "trace" en italien. Ma polygraphie du chameau de 2007 m'avait amené à constater que le signe typographique ^ employé par Queen pour gimel était en anglais caret, anagramme de "trace" et "écart", deux mots essentiels pour Perec (début et fin du Grand Palindrome).
  Je découvre aujourd'hui le mot horma, dérivé de l'arabe, un sens en étant "dignité". Ce pourrait être plus dans l'esprit de "Touf" que l'italien orma.

  Ma propre géométrie fantasmatique me porte à scruter les lettres de rangs 3-6-7 de l'alphabet sémitique, gimel, waw, zayin. Les Grecs les ont reprises dans cet ordre, mais la langue a évolué et abandonné le phonème /w/, d'où la lettre a disparu de l'alphabet grec. Il a cependant fallu réintroduire un signe ensuite pour représenter le nombre 6 dans l'alphabet numéral, et ce fut la naissance du digamma, Ϝ, doublement du gamma, Γ, phonème /g/ et nombre 3.
  Les Etrusques ont repris cette lettre pour les phonèmes /v/ et /f'/, puis les Latins n'ont gardé que la prononciation /f/, rejeté à la fin de l'alphabet Z, et placé en 7e position G, remplaçant donc le zayin sémitique, désignant une arme blanche, épée ou poignard. De quoi se perdre en infinies rêveries sur les couteaux Gimel et Gefro, les frères Frommlet qui ont fabriqué des couteaux (entre autres, l'entreprise visant toute la chaîne alimentaire).

  Mes trouvailles des couteaux Gefro et Gimel ont toutes deux eu lieu un samedi, 7e jour de la semaine hébraïque (et jour de Saturne qui me rappelle bien des choses). Ceci m'a rendu curieux du nombre de semaines séparant les deux événements, soit 75, avec une curiosité:
- 25 semaines en 2005,  du 9 juillet (exclu) au samedi 31 décembre (175 jours);
- 50 semaines en 2006, du 1er janvier (inclus) au 16 décembre (350 jours).
  Le double, dans cette affaire ou les doubles et la gémellité sont prégnants.
  Sur ce point, l'affaire ORMUS a eu un prolongement début 2007, et c'est l'occasion de souligner que les deux affaires de couteaux avaient un contexte ursin.
  Le double, c'était 1188, date de la scission de l'orme, double des 594 lettres des strophes Kmar ("lune").

  Maints prolongements vont attendre le prochain billet, mais il me semble encore devoir signaler ici que le 9 juillet est la Sainte Amandine, alors que c'est la transformation d'un G en N (des "amandes" MIGDAL et MANDEL) qui m'a rappelé les couteaux Gimel et Gefro.

  Et les lecteurs chevronnés se souviennent que, en amont, le triangle ^ de La mort et la boussole devient un losange ◊.

  Une petite dernière, l'opéra de Carl Orff Der Mond ("la lune") est basé sur un conte quaternitaire de Grimm.

  Je m'avise au moment de mettre en ligne que nous sommes un samedi, et j'ai la curiosité de calculer combien de semaines après le samedi 16 décembre 2006:
847 semaines, soit 5929 jours, carré de 77, ou 77x77, GG.GG...
  Il m'avait été important que le déclic ^ ^ entre Perec et Queen se fût produit 11 jours après la découverte du couteau Gimel, qui avait 11 outils.