21.12.22

losanges, carrés, croix, arbres

 
à  Erica

  Le 15 décembre, je lisais L'illusion du mal, emprunté quelques jours plus tôt à Gréoux, et ai été frappé page 188 par ce passage:
— J’ai fait des recherches, et il semble que de nombreux éléments convergent dans ce masque, dit Eva en consultant ses notes. L’héritage nordique médiéval du personnage infernal ou païen, par exemple, caractéristique de la ritualité rurale. Le roi des enfers teuton s’appelait Hölle Köning, et le roi des elfes anglo-saxon Herla Cyning. Des noms qui ont une forte assonance avec Arlequin, non? On passe ensuite aux représentations sacrées françaises, où le nom est tour à tour Hellequin ou Arlequin, puis au plus célèbre d’entre tous, notre Arlecchino national, lié à la tradition lombardo-vénitienne des zanni et de la commedia dell’arte. Ce sont des masques empreints de références païennes, préchrétiennes, chtoniennes et carnavalesques, où se mêlent des archétypes comiques, tragiques et macabres.
  J'ai aussitôt pensé à la Mesnie Hellequin, ou L'armée furieuse, un roman de Fred Vargas brièvement commenté ici, pour y avancer que le nom Emeri de l'assassin comme celui Rémy d'un suspect n'étaient peut-être pas fortuits.
  Fred faisait disserter Danglard sur cette Mesnie Hellequin, mais sans aborder l'étymologie. Les possibilités citées par Eva Croce dans le roman de Pulixi m'ont fait penser à Erlkönig, le roi des aulnes, puis à Ellery Queen, dont le pseudo est formé du prénom Ellery, venant du vieil anglais aler, "aulne", et du nom Queen, "reine", que les cousins Frederic Dannay et Manfred Lee ont jugé euphonique, sans savoir que le terme avait une connotation homosexuelle en argot.
  Fred Dannay, concepteur des intrigues, y a utilisé diverses références onomastiques:
- le coupable du Mystère des frères siamois est une dame Carreau;
- le héros Ellery Queen devient Hilary King dans le Mystère de la rapière;
- Le roi est mort met en scène les frères Judas et Cain Bendigo, dit King Bendigo;
- Le mot de la fin se passe à Alderwood (aulnaie);
- L'adversaire se joue sur l'échiquier de York Square, domaine aux 4 coins duquel se dressent des tours, et les personnages figurent d'autres pièces, notamment l'inspecteur Queen et son fils les reines;
- Et le huitième jour..., se passe dans l'étrange communauté de Quenan, allusion évidente à Qumran.

  Les possibilités de lien entre Herla Cyning, Hellequin, et Arlequin sont abordées sur Wikipédia, et cette page y joint aussi Helle König et Erlkönig.
  C'est assez anecdotique dans le roman, où un criminel diffuse des vidéos où il apparaît masqué, avec divers attributs d'Arlequin,
Il portait une ample tunique en laine brute, composée de losanges multicolores, rêche et déchirée, comme tout droit sortie d’un grenier ou d’une décharge.
mais c'est trivialement pour ne pas être identifié.

  Le roman est le second volet d'une tétralogie autour de deux fliquettes de Sardaigne, Eva Croce et Mara Rais, rejointes ici par le criminologue Vito Strega.
  Eva Croce a la personnalité la plus marquée, et ce nom m'a été fort évocateur, car croce signifie "croix" en italien, or un élément essentiel dans ma recherche est la table des chapitres des Lieux-dits, conçue pour faire apparaître en diagonale le 4e lieu, BELCROIX, que Ricardou interprète explicitement comme la réunion de BEL, "guerre", et CROIX.
  Le roman exploite l'opposition entre les couleurs rouge et vert, et la Croix-Rouge a été créée pour soigner les blessés de guerre.
  J'apprends en consultant Wikipédia que les divers emblèmes du mouvement ont été abandonnés au profit d'un emblème unique, le cristal rouge, ce que j'ignorais en composant mes 4 onzains du 11/11/22 dessinant cette forme en quinconce par les lettres G-P-C-J. J'en ai ensuite donné une anagramme faisant apparaître les diagonales NS-EO, une autre représentation, en losange, exhibant une croix avec axe vertical NS et axe horizontal EO.

  Inopinément, l'autre diagonale de la table des chapitres des Lieux-dits s'est trouvée former MAADRBRE, et Ricardou a consacré plusieurs textes à sa lecture MAD ARBRE, le personnage principal étant un fou pyromane prénommé Olivier.
  J'ai pour ma part vu ADAM en MAAD, ou dans les seules lettres ADM, car adam s'écrit en seulement 3 lettres en hébreu, אדם, qui vocalisé edom signifie "rouge".
  Ce n'est pas en conscience claire de cette proximité que j'avais fait figurer la diagonale BELCROIX en rouge sur la grille ci-dessus, mais une recherche sur le texte numérisé des Lieux-dits montre plusieurs occurrences de "croix rouges".
  Dès le premier chapitre, il est question d'une toile d'Albert Crucis où figure une bannière avec une "rouge croix de Malte". Quelques paragraphes plus loin, il est question de la "croix rouge" d'une ambulance recherchant un fou évadé.
  Dans le dernier chapitre, Olivier Lasius révèle que c'est lui qui a aidé ce fou à s'échapper, afin qu'il lui soit attribué le feu que Lasius va déclencher (mais il n'est pas inimaginable que les deux fous soient la même personne). L'une des dernières phrases du roman est
  A défaut, qu’il veuille bien considérer la thèse émise au début de la visite et selon laquelle l’incendie « était dû aux flamboyantes rougeurs de la croix sorties de leur prison géométrique ».
  Page 79, à la fin du chapitre 4, Belcroix, il est question ainsi de l'enlèvement du peintre Crucis (celui qui avait peint la croix de Malte rouge):
La vivacité discrète avec laquelle il fut enlevé, un soir, dans une automobile à croix rouge, ne rassura qu’à demi.

  Page 83, au début du chapitre Cendrier débute la description du "paquet rouge" de Pall Mall; il est signalé que sa formule In hoc signo vinces se rapporte à la croix qu'aurait vue Constantin, et à propos du blason ovale:
Une croix le partage en quartiers deux à deux identiques par les diagonales.
  Une croix blanche sur fond rouge, renversement le la croix rouge sur fond blanc de la toile de Crucis.

  Le milieu du livre est entre ces chapitres Belcroix et Cendrier, et il semble que Ricardou ait calculé la pagination de l'édition originale pour que ce milieu soit page 80, tandis que la dernière page du roman est foliotée 160 (celle des "flamboyantes rougeurs de la croix").

  L'enlèvement de Crucis m'évoque celui de Gryphius (ou Ginzberg, ou Ginsburg) dans La mort et la boussole, cette nouvelle de Borges qui revient souvent dans ma recherche.
  Après deux crimes, marqués par un même message énigmatique ("la première lettre du Nom a été articulée"), ce Gryphius est enlevé dans un coupé par deux arlequins masqués, vêtus de costumes à losanges jaunes, rouges, et verts. Le message est cette fois "la dernière lettre du Nom a été articulée".
  Tiens, des arlequins... Il s'agit d'un faux enlèvement, et Gryphius est en fait Red Scharlach, qui veut se venger de l'inspecteur Erik Lönnrot, responsable de la mort de son frère, et entend avec les losanges des arlequins lui faire penser à la figure géométrique, les lieux des trois premiers crimes correspondant aux sommets d'un triangle équilatéral, au Nord, à l'Est, et à l'Ouest. Des losanges verts et rouges apparaissaient aussi sur la scène du précédent crime.
  Lönnrot est amené à découvrir que le Nom est le Tétragramme JHVH, en 4 lettres, et qu'un 4e crime va être commis dans la nuit du 3 au 4 mars, au sommet du losange correspondant au Sud. Il se rend sur les lieux à l'avance, mais Red Scharlach l'y attendait, et l'abat.
  La "vivacité discrète" avec laquelle Crucis est enlevé chez Ricardou me rappelle certaines curieuses associations de Borges, comme la "brusque étoile de sang" trouvée dans la chambre de Gryphius après son enlèvement.
 
  La courte nouvelle de Borges est extrêmement riche en elle-même, mais aussi par ses multiples avatars revendiqués comme tels ou non.
  J'y ai consacré cette page, où il n'y a que quelques mots sur un pastiche d'Ellery Queen écrit par Thomas Narcejac peu après la Libération, Le mystère des ballons rouges (paru en 1947 dans Nouvelles confidences dans ma nuit). J'en ai parlé plus longuement ici, en rapport avec Fred Vargas, et , en rapport avec la couleur rouge.
  Il n'est guère imaginable que Narcejac ait pu connaître La muerte y la brújula, parue en 1944 en espagnol, en 54 en anglais, en 57 en français, or l'argument des Ballons rouges en est fort proche. Trois crimes sont commis à New York, et à chaque fois un ballon rouge est accroché à la fenêtre de la victime. Lorsqu'un 4e ballon est accroché à la demeure du richissime Jonathan Mallory, un policier assure la garde de celui-ci.
  Mais c'était Mallory l'instigateur des crimes, désireux comme Scharlach de venger son frère tué par ce policier, et, unijambiste, ayant fomenté ce stratagème pour l'approcher.

  Le prénom Jonathan est une autre curiosité, car il n'était guère accessible à l'époque que le nom de naissance de Frederic Dannay, le Queen principal, était Daniel Nathan. Jonathan est un prénom théophore, signifiant "don de JHVH".
  Et le "ballon rouge", destiné à attirer le sergent Velie, pourrait faire penser à "lönn rot", puisque rot signifie rouge. Si lönnrot signifie "érable rouge", le préfixe lönn- introduit la notion de "secret", et lönnmord signifie "assassinat"...
  Un autre arbre coloré, en écho au vert olive du fou Olivier Lasius, ou à une série de romans pour la jeunesse, aux titres colorés signés Ellery Queen Jr.

  Thomas Narcejac serait amené à acquérir une plus grande notoriété sous la signature Boileau-Narcejac. Le fonctionnement du duo était quelque peu différent du duo Queen, puisque Boileau était aussi un auteur à part entière.
  Si Dannay a eu le plus souvent besoin d'un partenaire pour compléter ses synopsis, il n'a partagé avec personne la direction du Ellery Queen Mystery Magazine (EQMM), et quelques curiosités y sont associées.
  Ainsi EQMM aurait pu voir paraître la première traduction de La mort et la boussole, car Anthony Boucher l'avait traduite et proposée à Dannay, mais celui-ci l'avait jugée trop littéraire pour les lecteurs (alors qu'il avait publié en 1948 dans EQMM Le jardin aux sentiers qui bifurquent, nouvelle de Borges bien plus "littéraire" que policière).
  Narcejac, ou son agent, avait proposé en 1960 à EQMM plusieurs de ses pastiches, dont Le mystère des ballons rouges, qui y aurait trouvé une digne place. Certains ont été publiés, mais pas les Ballons rouges.

  Après la rupture en 1958 avec Lee, les aventures d'Ellery semblaient condamnées, mais l'utilisation par Lee de la fameuse signature pour publier des polars commandés à divers auteurs incita Dannay à ressusciter Ellery pour des enquêtes quasi métaphysiques, et c'est ainsi que parut en 1963 L'adversaire, où 4 cousins habitent les 4 demeures aux 4 coins de York Square. Robert meurt après avoir reçu un carton J, Emily après un carton H, Myra après un carton W. Ceci semble désigner l'homme de main du domaine, John Henry Walt, JHW, mais les enquêteurs découvrent qu'il obéit aveuglément à une personne qui lui envoie des lettres signées Y. Qui peut être ce Y, sinon le dernier cousin, Percival, désormais seul héritier de la fortune York?   Mais Percival reçoit un carton H, et Walt est arrêté en tentant de l'assassiner. La clé est que, atteint du syndrome des personnalités multiples, il est aussi Nathaniel York, l'héritier légitime du domaine, renié par son père, et le dieu vengeur de l'Ancien Testament, JHWH, Yahweh.

  On imagine que Fred Dannay, ou Daniel Nathan, avait ses raisons de nommer Nathaniel ("don de Dieu") son "tueur de cousins", et que le vengeur Jonathan Mallory de Narcejac est complètement étranger à ce choix.
  Il y a cependant un suspect nommé Mallory dans L'adversaire, innocenté parce qu'il a une jambe dans le plâtre, or Jonathan Mallory est en principe insoupçonnable parce qu'il est unijambiste.
  J'ai déjà évoqué çà et là tous ces points, mais quelque chose de neuf m'est apparu après le déclic Arlequin-Ellery Queen.
  Le vrai nom de Narcejac est Pierre Ayraud, qui peut s'entendre RO, or l'un de ses pastiches, celui de Chesterton, fait intervenir le nombre d'OR: Sir Oliver Deirdre (un autre Olivier) organise une séance de spiritisme dans un salon dont les dimensions correspondent à un rectangle d'or, et pour attirer les forces psychiques le guéridon est placé au croisement de ses diagonales (cf les diagonales BELCROIX-MAADRBRE), ce qui est utilisé dans un plan criminel.
  C'est à ma connaissance la première fois que le nombre d'or apparaît dans un polar. Il y a bien Les soeurs Lacroix (encore une croix!) de Simenon (1938), mais il s'agit d'un "roman dur".
  Toujours est-il que les palindromes jouent un rôle dans L'adversaire, où notamment Percival se dit être un Sadim qui transforme l'OR en RO (gold into dlog en VO).
  Je rappelle que l'un des clones de La mort et la boussole propulse le détective dans les méandres du nombre d'or et de Fibonacci.

  Dans L'adversaire, roman qui adopte le déroulement d'une partie d'échecs, c'est un chien baptisé d'un nom diabolique, Belzebub, qui met Ellery sur la piste religieuse, car le chien est en anglais dog, renversement de God, "Dieu". Cet "adversaire" n'est pas seulement le joueur de l'autre camp, c'est aussi le Diable, signification du mot hébreu devenu Satan.
  Dans L'armée furieuse, Emeri a tant de raisons de tuer Hippolyte qu'il serait le premier suspect, aussi l'associe-t-il au retour de la Mesnie Hellequin pour le sataniser, et rendre crédible son exécution par n'importe quel villageois.
  Hippolyte était déjà diabolique de par sa naissance avec 6 doigts à chaque main, et sa facilité à parler à l'envers, avec l'exemple notable du "tetip drannoc" (pour "petit connard") adopté par Adamsberg (Adam!, et ADAMBERG est à une lettre près l'anagramme de MAADRBRE). Si je suis assez certain que Fred Vargas a baptisé Emeri d'après mon prénom, je me suis aussi demandé si elle n'avait pas pêché sur mon blog que j'étais né avec un pouce bifide, et si mon identité de blogueur Blogruz n'avait pas inspiré la "zorglangue" d'Hippolyte.
  Il est de toute manière assez connu que les satanistes invoquent le Diable avec des prières récitées à l'envers. Je me souviens des mots du postulant à la fin du Club Dumas,
ERVIL EM ISNIA, EREBIL EM ISNIA, ENMADNOC EM ISNIA
qui m'avaient fait penser à Edith Ervil dans La bibliothèque de Villers, un autre clone de La mort et la boussole.

  Je suis bien plus hésitant à voir une intention dans l'acrostiche des trois victimes de L'adversaire, Robert-Emily-Myra, REM, tuées sur l'ordre d'Y.
  Myra, the furious army?

  Ici, j'avais étudié les occurrences précédentes de JHWH dans le corpus queenien. Il y en a une explicite dans La décade prodigieuse (1948), avec un jeu sur l'anagramme HH WAYE de YAHWEH.
  Puis vient l'acrostiche victimaire de Coup double (1950), formidable manipulation de Winship pour amener le superstitieux Dr Dodd a rédiger son testament.
  Comme dans La décade prodigieuse, le criminel a besoin de l'esprit tortueux d'Ellery pour mener à bien son projet, de même que Red Scharlach exploite la tendance de Lönnrot à privilégier la complexité.
  Dans ces deux textes, le criminel exploite une opportunité pour créer une série, l'assassinat d'un rabbin, ou les morts presque simultanées d'un riche et d'un pauvre. Winship tue ensuite deux personnes, poursuivant une célèbre comptine
Rich man, Poor man,    MacCaby    Hart
Beggarman, Thief,       Anderson   Jackard
Doctor, Lawyer,            Dodd          Holderfield
Merchant, Chief.          Waldo        W
   J'avais repéré les initiales HJHW des victimes paires, formant JHWH (la dernière victime programmée est l'autre frère Waldo, puis Ellery lui-même, lequel décrète après l'échec de Winship qu'il sera la dernière victime de la série qu'il a orchestrée.
  J'avais remarqué les initiales MAD des victimes impaires, sans les commenter, et les redécouvre avec stupeur aujourd'hui. Il y avait un arbre en couverture de l'édition originale du roman.
  Il y a un "diable" dans l'affaire, avec un personnage important proche de toutes les victimes, Harry Toyfell ("diable" en yiddish, et presque anagramme de Adolf Hitler).
  Considérer le W de la 7e victime, Waldo, peut amener à l'anagramme ADWM, à lire edom en hébreu, "rouge", mais aussi nom alternatif du double obscur de Jacob, son jumeau Esaü.

  Ces considérations pourraient être jugées délirantes s'il n'était avéré que Dannay connaissait l'hébreu et structurait ses romans de façon significative.
  Ainsi, ce ne semble pas un hasard si cette 4e visite d'Ellery à Wrightsville accumule les 4 et les lettres D. Le roman débute le 4/4, et Winship a besoin de 4 morts pour amener le Dr. Dodd (4 D dans ce nom) à lui léguer ses 4 millions de Dollars. Le titre, qui peut se comprendre 4 (quadruple), est formé de deux mots débutant par D. De même Red Scharlach place des losanges et des 4 sur le chemin de Lönnrot pour orienter sa pensée.
  Dannay avait 44 ans à la sortie du livre en 1950, et j'avais imaginé un rapport entre ses 20 chapitres, son titre, et la naissance de Dannay le 20 octobre 1905, le 10-20-05 à l'américaine (on rencontre aussi la forme 05-10-20). 10 est le double de 5, 20 le double de 10. Ce roman est le 20e mettant en scène Ellery.

  Rien de neuf jusqu'ici, mais il m'est venu en évoquant Harry Toyfell que Harry s'écrit en hébreu הרי, composé des lettres de rangs 5-20-10. On écrit plutôt aujourd'hui הארי, en 4 lettres, mais la forme précédente était courante en 1950, témoin cette pierre gravée en l'honneur de Harry Truman. Une localité porte son nom, car il a reconnu l'état d'Israël le jour même de sa création.
  Je me demandais ce que Toyfell pouvait avoir de "diabolique", et peut-être faut-il penser à l'écriture hébraïque, en sens contraire de la nôtre, à éventuellement rapprocher des invocations sataniques.
  L'association à Hitler pourrait encore être liée à mon hypothèse sur l'obsession de Dannay pour Hitler, liée à la date de naissance du sinistre individu, un 20 avril, à l'exact opposé du 20 octobre sur le cercle de l'année.
 
  Ce retour à l'hébreu me rappelle que j'avais annoncé quelques commentaires sur la diagonale MAADRBRE lue comme "arbre d'Adam", évoquant "l'arbre de vie", assimilé selon la Kabbale à l'Adam Qadmon, ou arbre des sefirot.
  Il n'est guère envisageable d'expliciter ce concept des sefirot auquel les mystiques juifs (et d'autres) ont consacré des milliers de pages, mais il n'est pas indifférent que les lettres du Tétragramme JHWH y aient été homologuées aux sefirot 2-3-6-10, Hokhma-Bina-Tiferet-Malkhut.
  J'en ai parlé ici, comparant le schéma obtenu en les reliant à la signature de Ricardou, les lettres JR stylisées en une patte d'oiseau. Je rappelle qu'une amie kabbaliste de Ricardou l'avait initié à cet arbre des sefirot, ayant vraisemblablement inspiré sa nouvelle Gravitation.

  Plus simplement, l'arbre de vie a été associé par le christianisme à la croix du Christ, faite de son bois selon le roman du Graal, par exemple (il y a de nettes allusions au Graal dans Les lieux-dits).
  Gabrielle Dufour-Kowalska y a consacré le beau livre L'arbre de vie et la croix (1985).
  Une illustration très commentée en est la Vierge à l'arbre sec de Petrus Christus, liée à la commune association EVA-AVE (Maria). Marie est la nouvelle Eve, née absoute du péché originel. L'arbre du péché est censé être devenu sec après la faute d'Eve, mais il porte ici 15 fruits, des lettres A, allusion aux 15 dizaines d'Ave Maria du rosaire. Marie semble née du tronc central, portant Jésus tenant un globe portant une croix. La mise en abîme est complétée par les branchages de l'arbre formant la couronne d'épines de la crucifixion.

  A se demander si Pulixi ne serait pas membre de la Confrérie Notre-Dame de l'Arbre Sec, avec sa flic Eva Croce. L'autre, Mara Rais, pourrait faire penser à Maria et Sara, la seconde femme nommée dans la Bible. Incidemment,
EVA CROCE = 28 44 est un nom doré.

  L'arbre de vie et la croix est préfacé par Jeanne Hersch, ce qui m'est évocateur. Elle enseignait la philosophie à Genève, et conseilla en 1967 à une de ses étudiantes, Erica, de contacter Ricardou. Riche idée, car leur rencontre initia une collaboration qui durerait 48 ans, jusqu'à la mort de Jean.
  Ce fut Erica qui, alors que Ricardou déplorait que l'autre diagonale du carré BELCROIX fût dépourvue de sens, remarqua la possibilité de lecture MAD ARBRE.

  Je suis saisi de vertige en constatant que MAAD-ADAM de la diagonale de Ricardou croise avec CROIX de l'autre diagonale. EVA CROCE...

  Je rappelle que c'est mon texte en forme d'aiguille de boussole, en hommage à Borges, qui m'a conduit à distinguer particulièrement les lettres MD de MAADRBRE.
  Le présent billet m'a conduit à rapprocher MADARBRE de MADJHWH, les initiales des noms des victimes de Coup double. Je me suis abstenu jusqu'ici de revenir sur les initiales des noms et prénoms des victimes de La mort et la boussole, étudiées sur cette page, formant notamment MYGDAEL, évoquant migdal, "tour" en hébreu, et les bordels zwi migdal de Buenos Aires.
  M'avisant maintenant qu'il y figure les lettres MAD, je me demande comment organiser le reliquat, et pense à GELY.
  J'apprends qu'il s'agit d'une forme méridionale de Gilles, ce qui me fait d'abord penser à mon ami Gilles, un peu dingue comme tous les auteurs à contraintes, Gilles à l'origine de plusieurs rebonds dans ma recherche.

  Je sais aussi grâce aux Gilles en mie de pain de Roussel que Gille(s) est un personnage de comédie, et j'apprends qu'il est apparenté au Pierrot de la commedia dell'arte, Pierrot qui est le rival d'Arlequin auprès de Colombine.
  C'est Hellequin-Arlequin qui a initié ce billet. Le monde est petit, normal puisque le MunDus est unus...
  Le plan de Red Scharlach est initié par un fait divers crapuleux, un vol qui a mal tourné, où le rufian Daniel Azevedo tue le rabbin Marcel Yarmolinsky. Daniel et Marcel, DM, et j'imagine Daniel Nathan (Fred Dannay) lisant la nouvelle, puis construisant le plan criminel pour tuer Dodd dans Coup double à partir de la mort sans mystère de MacCaby.

  Dans l'ordre réel des victimes de Red Scharlach, leurs initiales se lisent MYDAGEL, et j'ai eu la curiosité de lancer une recherche avec ce "mot".
  J'ai eu la surprise de trouver des réponses, et ai compris que c'était parce que quelqu'un m'avait emprunté l'image mygdael que j'avais créée pour illustrer mes commentaires, et l'avait rebaptisée Mydagel. L'image a été utilisée dans un article sur Borges de Regardéloigné, le 7/10/2013, avec d'ailleurs quelques inexactitudes quant aux détails de la nouvelle, mais méritant une lecture attentive.
note du 3/1/23: en fait, la poursuite de ces pistes ici m'a fait découvrir que j'avais utilisé en 2012 cette image, alors baptisée mydagel, et que c'était probablement là que Regardéloigné l'avait trouvée.
  Le croira-t-on? le lien donné oriente vers la balise "conte fantastique" du blog Agoras, dont c'est le 4e article, tandis que les 3 premiers sont Chasses sauvages et cavaliers du ciel, de juillet 2017, où il est essentiellement question de la Mesnie Hellequin, avec une nouvelle hypothèse: la fusion du coq ANA et du CHIEN, mots qui me sont si évocateurs que je m'abstiens de commentaires (pour l'instant).
  L'historien Carlo Ginzburg est cité, mais il est né en 1939 et ne peut avoir de lien avec le Ginzberg-Ginsburg de Borges.

  D'autres article d'Agoras ne manquent pas d'intérêt, notamment ceux sur Borges ou plus généralement le labyrinthe.

  Il y a une chaîne YouTube Mydagel, à lire "my Dagel", Dagel étant une marque italienne de nourriture pour chiens (!).

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