1.4.13

Isis & Théo


  La spirale dorée récurrente ces derniers temps m'a rappelé l'existence de la nouvelle La spirale d'or, de Theodore Sturgeon, et une nouvelle recherche m'a mené à l'original publié dans le magazine Thrilling Wonder Stories en juin 54, The Golden Helix.
  Le retour de Sturgeon me rappelle quelque chose d'essentiel découvert l'an dernier, mais qu'à ma grande surprise j'ai omis de faire partager ici.
  L'an dernier je relisais donc Le Mont Analogue, de René Daumal, alias Nathaniel pour ses amis, et émettais l'hypothèse, sinon l'évidence, que le nom de son narrateur, Théodore, était choisi pour son équivalence avec Nathaniel, prénoms signifiant "don de Dieu" en grec comme en hébreu.
  Or je connaissais un autre cas Nathaniel-Theodore. La signature Ellery Queen a été utilisée de 1929 à 1958 par les cousins Fred Dannay et Manfred Lee, nés Daniel Nathan et Manford Lepofsky. Au plus bref de ce qui a été exposé ici, il y avait des problèmes entre Dannay et Lee, lequel avait de plus en plus de mal à mettre en forme les intrigues imaginées par son cousin. Ceci les conduisit à décider l'arrêt de la série des Ellery Queen, avec un roman au titre évocateur, The Finishing Sroke, en français Le mot de la fin.
  Mais, toujours au plus bref, Dannay avait d'autres idées à exploiter, et la défection de Lee lui permettait une totale liberté pour explorer la voie métaphysique qui exaspérait son cousin, et ce n'est sans doute pas par hasard si son premier roman dans cette nouvelle voie fut l'histoire d'un certain Nathaniel qui revenait de l'autre monde pour exterminer les 4 cousins qui l'avaient spolié de son héritage.
  Appeler un personnage Nathaniel quand on se nomme Daniel Nathan ne peut être innocent, même si ce nom n'était pas connu du grand public. Dannay avait publié en 1953 sous ce nom un livre, The Golden Summer, sans révéler le lien entre Daniel Nathan et Ellery Queen, et l'ouvrage passa totalement inaperçu. Je crois avoir montré ici qu'il était bien autre chose qu'un recueil de souvenirs d'un homme au tournant de sa vie.
  Peut-être cet échec a-t-il conforté Dannay dans l'idée qu'il était un piètre prosateur, toujours est-il qu'il a jugé nécessaire de s'adjoindre des collaborateurs pour finaliser ses nouveaux projets, et il n'a pas mégoté puisque le premier a été Sturgeon, pour The Player on the Other Side (1963, L'adversaire).
  Sturgeon étant un pur écrivain de SF, Dannay a-t-il fait ce choix curieux parce qu'un Theodore était particulièrement adéquat pour conter la vengeance d'un Nathaniel ? Ce ne peut-être ici qu'une hypothèse, tant les possibilités sont diverses. Ainsi, avant d'avoir vu via Daumal ce lien particulièrement fort, j'ai d'abord pensé que le THEO de Theodore était suffisant en soi, car, par le jeu des personnalités multiples, le vengeur du roman est non seulement Nathaniel mais encore le Dieu de l'Ancien Testament, JHWH.
  Ceci livre une autre piste, car il y a de multiples façons d'écrire le Tétragramme, jadis transcrit IEVE, et JEWE pourrait convenir, or le chef-d'oeuvre de Sturgeon est The Dreaming Jewels (1950, Cristal qui songe).

  Pour le roman suivant, And on the Eighth Day... (1964, Et le 8e jour...), traitant d'une bizarre communauté dont le Maître entouré de 12 disciples évoque Jésus, Dannay a choisi de collaborer avec Avram Davidson, un "fils de David" (c'est un titre du Christ).
  Je rappelle que ce roman se passe pendant la semaine Sainte de 44, avec un chapitre consacré au 4/4/44, le jour de l'échange entre Theodor Haemmerli et Carl Jung. Je connaissais 2 autres textes de ce type, couvrant exactement une semaine pascale, avant ma découverte le 8/9/08 du motif 4+1 dans la vie de Jung autour du 4/4/44; le 30/9 un hasard m'amena à un 4e texte de ce type, ce qui me fit rêver de la découverte d'un 5e, et ceci se produisit quelques jours plus tard, le 10 octobre, toujours par hasard.

  Si j'ai omis de parler de ces deux occurrences de Nathaniel-Theodore chez Daumal et Dannay, revenir sur ce point m'a conduit à une nouvelle découverte, que j'aurais pu faire il y a 4 ans.
  On peut imaginer que Theodor Haemmerli ait été le véhicule d'une intention supérieure, faisant le DON de lui-même pour permettre la survie de Jung (je ne me risque à écrire ceci que parce que tel a été le sentiment de Jung), or ce DON s'est manifesté le 4 avril, dans le calendrier catholique la Saint-Isidore, nom qui signifie "DON d'Isis", la déesse par excellence, dont le culte a été adopté par la Rome décadente.
  Incidemment, il existait jadis dans le calendrier catholique un Théodore martyr fêté le 1er avril, et je donne ce scan de la page complète de l'Almanach du Pèlerin 1897 parce qu'il y apparaît une rubrique sur le Nombre d'or... Je rappelle que la première synchronicité développée dans l'ouvrage de Jung sur la question concerne une série de coïncidences "poisson" survenues le 1er avril 1949.
  Il n'est pas sûr que Jung ait connu ces fêtes catholiques, vivant dans un pays protestant où la vénération des saints n'est pas de mise, où leurs noms sont absents du calendrier, mais ses visions des semaines ayant précédé le 4/4/44 font état de conjonctions mystiques, l'union de Tiferet et Malkhut (correspondant selon la Cabale aux lettres W-H du Tétragramme), le mariage de Zeus et de Héra (ou de Jupiter et de Junon, dont les cultes seront remplacés à Rome par ceux d'Osiris et d'Isis, et je m'émerveille qu'il ait existé au moins un mystique pour les associer au Tétragramme).
  Je rappelle que la référence explicite aux personnalités multiples donnée dans L'adversaire est The three faces of Eve, d'Evelyn Lancaster: Eve White recèle une seconde personnalité, Eve Black, et au cours d'une thérapie se révèle une troisième, Jane (avec un J comme JEVE).

  Ceci offre d'autres échos. Je pense d'abord au deux anges incarnés de La cité des anges, remake hollywoodien des Ailes du désir, où Damiel et Peter Falk sont devenus Seth et Nathaniel, dont les valeurs 52-84 sont identiques à celles de Jung-Haemmerli. J'avais pensé que le nom de Seth faisait référence au fils d'Adam, mais c'est aussi le frère d'Isis, du quaternaire de frères-soeurs-époux-épouses Osiris-Isis-Seth-Nephtys.
  Je pense au personnage de Jack Isidore, l'idiot de Sevilla en Californie, présent dans deux romans de Dick, Confessions d'un Barjo et Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Dick l'avait créé en pensant à Isidore de Séville, le plus grand érudit de son temps, auteur d'une encyclopédie de 35 pages qui passait pour une somme parfaite des connaissances d'alors...
  Je pense encore à la pierre de Coumesourde dans l'affaire de Rennes-le-Château, dont l'inscription SIS correspondait selon le pataphysicien Cherisey à Saint Isidore de Séville, et au 4 avril (et PS au Pape Serge et au 8 septembre, jour de l'an du calendrier pataphysique).
  Cherisey a aussi introduit dans l'affaire Saint Ursin, premier évêque de Bourges, et la révision de ce mythe m'amène à une autre formidable coïncidence.
  Ursin serait selon la Légende dorée le disciple Nathanaël, qui aurait suivi l'enseignement de Jésus lui-même (voir Wikipédia et un article érudit). C'est la forme française de Nathaniel, or j'avais remarqué ici que la Saint-Ursin tombait le même jour, le 9 novembre, que la Saint-Théodore du calendrier actuel.
  Ce jour a-t-il été choisi d'après l'identité de sens Theodore-Nathaniel ? Je n'en sais rien, mais si Nathaniel est devenu Ursin, c'est de façon tout à fait indépendante que l'ours est associé à un Theodore, le 26e président US Teddy Roosevelt, lequel montra de la compassion pour un ours blessé le 14 novembre 1902, ce qui fut à l'origine du Teddy Bear.

  Une recherche Theodore-Nathaniel m'a mené au prédicateur Theodore Nathaniel qui propose des montages édifiants sur le net, dont celui-ci :
  Ce n'est pas le Mont Analogue de Théodore qui est ici escaladé, mais la montagne où Elie a rencontré Dieu, sous la forme d'une brise légère. Je rappelle qu'en hébreu les valeurs de Elie-Enoch sont 52-84, identiques à celles de Jung-Haemmerli, ou de Daumal-Nathaniel.
  Un autre montage de Theodore Nathaniel me retient, avec son aspect de mandala, qui dans le contexte actuel ne peut que m'évoquer le plan de York Square dans L'adversaire, avec les "châteaux" des quatre cousins York y encadrant le jardin au centre duquel il y a la plaque "en vivant souvenir" de Nathaniel York.

  L'écho Theodore-Nathaniel entre Le Mont Analogue et L'adversaire m'est d'autant plus frappant que de multiples points sont communs à ce dernier roman et à La Vie mode d'emploi (VME), qui pourraient être décrits par un même énoncé:
 Dans un texte structuré en puzzle et en échiquier, l'employé W du millionnaire Percival s'acharne pour des motifs obscurs à tuer son patron.
  Dans un cas, c'est John Henry Walt contre Percival York, dans l'autre Gaspard Winckler contre Percival Bartlebooth, et le choix du prénom du millionnaire résulte probablement d'une communauté d'intention, puisque chez Queen les personnages correspondent explicitement aux pièces sur l'échiquier de York Square, Percival étant un Knight, "cavalier"; de même l'ordre des chapitres de VME est déterminé par le parcours du cavalier parmi les 100 cases de l'immeuble, du palier de Percival au bureau où il meurt.
  Le puzzle est le moyen par lequel Winckler exerce sa vengeance sur Bartlebooth, tandis que les enquêteurs de L'adversaire comprennent que les formes bizarres des cartons J-H-W reçus par les cousins York correspondent à leurs domaines respectifs sur York Square. Incidemment, le puzzle résolu sur la couverture de l'édition allemande présentée plus haut montrait par erreur le carton W correspondre à Percival, alors que c'est en fait le second carton H, correctement placé sur l'édition taiwanaise.

  Je suis souvent revenu sur ces similitudes qui sont probablement des coïncidences, la dernière fois en juillet 08, peu avant la création de Quaternité.
  Perec aurait difficilement pu s'inspirer de L'adversaire, dont la traduction française n'est parue qu'en mai 78, alors que le manuscrit de VME était achevé, et surtout il n'aurait pu savoir la participation de Sturgeon, secret bien gardé jusqu'à la mort de Dannay en 82, or Cristal qui songe fait partie de la liste des 10 livres dont le programme de Perec lui imposait de donner des citations, savamment réparties parmi les chapitres de VME.
  Ceci a donné lieu à diverses coïncidences, car le programme de Perec lui imposait également des citations de Borges, dont la nouvelle La mort et la boussole du recueil Fictions est une source évidente de L'adversaire, une série de 4 meurtres régie par les lettres du Tétragramme. Parmi toute l'oeuvre de Borges, Perec a choisi deux citations de La mort et la boussole, une chapitre 92, le seul où était programmée conjointement une citation de Cristal qui songe, l'autre chapitre 56 où une citation non programmée de Cristal qui songe est immédiatement suivie d'une allusion à  La mort et la boussole, dans deux rubriques consécutives d'une revue fictive :
   Ganneval le "Cannibale" est le méchant de Cristal qui songe, en VO Pierre Monetre, "Maneater".
  Diverses interprétations ont été proposées pour Robin Marr. Je suis effaré d'y voir à l'instant le contrepet "Rabin mort", ayant déjà pointé que les initiales des 4 victimes (débutant par le rabbin Yarmolinsky, Voici un rabbin mort écrit Borges, "He aquí un rabino muerto") de La mort et la boussole forment YGAL, prénom d'Ygal Amir, assassin de Ytzhak Rabin un 4 novembre, alors que les 3 premières morts de la nouvelle ont lieu les 4 décembre, 4 janvier et 4 février.
  Les morts ont en fait lieu dans les nuits du 3 au 4, et il est poignant de trouver l'article de Robin Marr page 382, alors que Perec mourrait le 3/3/82 vers 8 heures du soir, soit donc à la date même où Lönnrot prévoit la dernière victime dans La mort et la boussole, correspondant à la dernière lettre du Tétragramme, et que ses cendres reposeraient dans l'urne 382 de la division 87 du columbarium du Père-Lachaise (Perec avait vraisemblablement fait allusion à son jour de naissance  le 7/3 avec l'année 1973 de la revue; il connaissait cette urne où reposait sa mère adoptive).

  La nouvelle piste "rabbin mort" ne peut faire oublier que le nom Robin Marr a certainement à voir avec Marthe Robert, dans la Révolution psychanalytique de laquelle Perec a trouvé mention de la notule de Freud sur le Tétragramme. Robin est un diminutif de Robert, or, si le premier mort de Borges est le rabbin Yarmolinsky, celui de Dannay/Sturgeon est Robert York.

  J'avais déjà évoqué les cas de rencontre Borges-Sturgeon des chapitres 56 et 92, mais pas celui du chapitre 87, l'un des plus longs de VME, auquel je viens de penser. La description du salon de Percival Bartlebooth énonce une longue liste d'objets, repérés par les perecologues venir de la vente en mars 1912 des biens de la mère de Raymond Roussel, bien qu'aucune citation de Roussel ne soit prévue pour ce chapitre.
  Parmi ces objets figure une étude sur carton de L'Enfant bleu (Blue Boy) de Thomas Gainsborough, or une reproduction défraîchie de ce tableau apparaît dans la description du salon d'une cousine York chapitre 6 de L'adversaire, lors d'une visite de Percival, parmi un ensemble hétéroclite fort proche des bric-à-brac perecquiens. Sans savoir si l'idée de ce Blue Boy vient de Dannay ou de Sturgeon, on peut imaginer que l'un ou l'autre ait eu une pensée pour le Bluett boy, Horton Bluett, le principal personnage de Cristal qui songe, où le nom de famille Bluett fait l'objet d'un jeu avec la couleur blue.
  Dans ce chapitre 87 apparaissent, parmi les pseudonymes de Beyssandre, Frederic Dannay et Manfred B. Lee, les noms des cousins signant Ellery Queen.
  Par ailleurs l'élément essentiel du chapitre, le mirifique projet Marvel House, imposait à Perec de trouver un nom de lieu de 5 lettres débutant par TR, ce dont il s'est acquitté avec le lac Trout au Canada, alors que dans ce pays existe le plus immédiat Truro.
  Il est vraisemblable que Perec ait su que le personnage Kilgore Trout ("truite") chez Vonnegut était un hommage à Theodore Sturgeon ("esturgeon"). Si c'est le cas, il y aurait un écho frappant avec le choix d'Ilion pour le 13e lieu Marvel House, à l'emplacement de l'antique Troie, sachant que Vonnegut a imaginé la ville US fictive Ilium (Troie pour les anglo-saxons), présente conjointement avec Kilgore Trout dans divers textes.

  Je me souviens très précisément des circonstances où j'ai découvert Cristal qui songe. Le 6 juillet 1971, j'étais venu visiter pour la première fois des amis habitant Limours, à proximité de Gif où je débuterais un 3e cycle au CNRS en septembre. J'ai une pensée émue en pensant que, suite à un incendie à l'hôpital St-Antoine en 1975, l'emploi de documentaliste de Perec fut transféré à Gif, mais je devais découvrir en cette année 71-72 que chercheur en chimie n'était pas mon avenir.
  Il y avait du monde chez les amis de Limours en cette belle journée d'été. J'avais du mal à m'intégrer, et, sans trop me rappeler les circonstances exactes, j'ai pris un livre qui traînait et ai commencé à le lire, assis dans le jardin. J'ai été incapable d'en lever les yeux avant la dernière ligne, environ deux heures plus tard. C'était, on l'aura deviné, Cristal qui songe, et je me souviens de la date car c'était mon 21e anniversaire.
  Une petite coïncidence est que sa première parution était l'année de ma naissance, dans le numéro de février 50 du magazine Fantastic Adventures. On en trouve le texte complet ici, avec notamment une fin différente de celle du texte définitif paru quelques mois plus tard (Zena ne ressuscitait pas dans cette première version). La créature dénudée en couverture n'a aucun rapport avec l'histoire, et Sturgeon n'est pas le seul auteur à avoir dû subir de tels affronts, tant SF et polar étaient considérés comme des sous-genres.

  Mon 21e anniversaire me semble autrement significatif, car précisément je pense m'être demandé si quelque événement particulier n'était pas survenu ce jour, mais la mémoire ne fonctionne pas de manière aussi parfaite, et si jamais je m'étais souvenu en 2008 de cet épisode je n'avais pas alors de raison particulière d'y voir quelque chose d'exceptionnel.
  Je rappelle que juste avant d'avoir mon intuition sur le 4/4/44 aux 4/5es de la vie de Jung, j'ai d'abord eu la réminiscence d'une erreur vue 25 ans plus tôt dans un roman de Morris West, faisant naître Jung un 6 juillet. Ceci m'a aussitôt fait penser à Unica Zürn née un 6 juillet, et à diverses coïncidences dues à une bévue de mon amie Dominique de Liège dans un article l'ayant fait naître un 16 juillet, relatées dans ce texte de 2007 où je me demandais notamment si, Unica étant née exactement 34 ans avant moi, nombre de Fibonacci, il ne s'était pas passé quelque chose d'important le 6/7/2005, jour de mes 55 ans (Fibo suivant).
   Lorsque je me suis avisé que ZUERN/JUNG = 84/52 = 21/13, autres Fibos, je suppose que j'ai sondé quelques 6/7 sensibles, tels 1929, 37, 71, 86, sans rien voir de spécial, mais il semble que j'eusse oublié ces préoccupations lorsque, peu avant mon 60e anniversaire, une BD m'eût amené au mot infini de Fibonacci, correspondant sur le site incontournable OEIS à la suite A005614 : j'eus la surprise d'y découvrir un commentaire d'un oulipote, Eric Angelini, posté le 6/7/2005, mon 55e anniversaire. Quelques jours plus tard,  je recevais pour mon 60e anniversaire le recueil composé par mes amis de la listeoulipo, dont Eric Angelini.
  Il y a ici une coïncidence ahurissante avec l'épisode du 6 juillet 71, où j'avais profité d'une opportunité pour ma visite à Limours : une cousine y avait ce jour un rendez-vous, elle pouvait m'y emmener, elle se nommait Françoise Angelini.
  A partir de décembre 2011, via Cassiel et Nathaniel, les anges se sont fait insistants sur Quaternité.

  Repenser à Unica Zürn me dessille les yeux. Il y a peu, j'évoquais les coïncidences dans la fiction autour des 3 et 4 avril 1970, présents dans un roman de Queen et les séries Taken et Touch, mais il me semblait oublier quelque chose.
  L'importance de l'anagramme, spécialité d'Unica, dans ma découverte de l'équilibre autour du 4/4/44 m'avait conduit en 2008 à étudier sa vie, plutôt triste, émaillée de multiples épisodes psychiatriques. La dernière année de sa vie, 1970, elle a été à nouveau internée le 4 avril à l'hôpital Maison Blanche, transférée le 17 mai au château de la Chesnaie. Libérée le 18 octobre, elle s'est suicidée le lendemain.
  Le sort de son compagnon Hans Bellmer, frappé d'hémiplégie, n'a guère été plus enviable. Ceci montre au moins qu'il ne suffit pas d'avoir un nom doré pour avoir une vie dorée... Je rappelle que le film La comtesse Dolingen montre Bellmer et Zürn, et que ses deux acteurs principaux ont aussi des noms dorés. Bellmer et Zürn figurent aussi dans la liste finale de VME des auteurs auxquels ont été empruntées des citations, "parfois légèrement modifiées".

  J'ai quelque gêne à commenter les coïncidences me touchant intimement, et je suis particulièrement abasourdi de trouver de telles récurrences de ma date de naissance, d'autant que leur découverte a été en partie initiée par la spirale d'or, alors que le 6 juillet est dans le calendrier pataphysique la Fête de Gidouille:
  1916-1950-1971-2005 dessinent un schéma idéal 34-21-34, double partage doré du Fibo 89, qui est aussi la valeur de mon nom, qui pourrait se découper idem en SCL-U-HZ. J'ai rencontré ce même schéma dans le numéro 2 de Teckel, Revue de "Folies littéraires", où ma contribution couvrait 21 pages de la revue, entre 34 et 34 pages "normales", puis venait un bonus qui n'était pas une folie littéraire mais une nouvelle construite autour du privé Teckel, dont l'auteur avait ensuite découvert la revue.
De fortes antennes télépathiques ont dû pousser sur la tête de ce jeune homme (...)
écrivait la rédaction, et je ne peux que surenchérir aujourd'hui car l'assassin démasqué par Teckel n'est autre que Dieu, de même que dans L'adversaire, coécrit par Dannay et Sturgeon. On peut penser que Yves Jahan ait utilisé ici le fameux jeu DOG-GOD, qui est précisément l'indice qui dessille les yeux d'Ellery (grâce au chien Bub, qui peut faire penser à Ubu, ou à Bubu, sa transposition chez les Phrères Simplistes).
  Cherchant si Yves Jahan a persévéré dans la voie littéraire, je découvre en première mention un homonyme, déporté à Auschwitz par le convoi du 6 juillet 1942.

  Au-delà du schéma 34-21-34 des vies de Zürn-Schulz, que j'étais évidemment le seul à pouvoir découvrir, je crois devoir insister sur l'extrême ténuité des indices qui m'ont conduit à cette découverte, qui intervient tout de même près de 8 ans après le dernier événement :
- sans les erreurs de M. West et D. de Liège sur les naissances de Jung et Zürn, j'imagine que je n'aurais pas gardé en mémoire la date de naissance de Zürn;
- sans mon intérêt pour Babel, qui m'a mené à la BD L'effet Babel, je ne sais comment j'aurais pu avoir eu vent, via un autre album de la série Imago Mundi, du mot infini de Fibonacci, qui m'a mené au commentaire d'E. Angelini le 6 juillet 05 sur la suite A005614;
- sans ma fascination de longue date pour VME et L'adversaire, je ne sais comment le jour de ma découverte de Sturgeon aurait pu me revenir.
  Je me suis cependant penché en juin 05 sur Fibonacci dans ma vie, remarquant avoir vécu jusqu'à 21 ans chez mes parents, sans avoir alors songé que ma première visite à ma nouvelle adresse s'était produite le jour même de mes 21 ans. Ma vie fut ensuite quelque peu chaotique, multipliant les déménagements, jusqu'à notre arrivée à Mézel en juillet 84, peu après mes 34 ans. Je remarquais que, cette année de mes 55 ans, la commune de Mézel avait fait installer sur ma promenade favorite une rambarde de 55 demi-rondins (qui figure sur la photo introduisant le billet consacré à mes 60 ans).

  Je précise que lorsque j'ai introduit plus haut le jeu BELIEVE, découvert en cherchant des illustrations IEVE (il s'agit d'un autocollant), j'ignorais les liens entre ces 6 juillet 2005 et 1971, reliés à BEL dieu de Babel et IEVE dieu des polars de Borges et Dannay-Sturgeon.

  Une coïncidence est apparue en cours d'écriture de ce billet, le 25 mars alors qu'il venait de me revenir que ma cousine Angelini m'avait emmené à Limours.
  Au déjeuner, j'ai regardé les nouveautés en streaming sur un site spécialisé, et noté l'apparition de La dame en noir. J'ai cliqué dessus pour voir ce que c'était, une histoire de fantôme, pas vraiment notre tasse de thé, mais la fenêtre de visionnement montrait cette image, choisie au hasard dans le film (d'autres fichiers du même film montrent d'autres images).
  C'est donc une lettre débutant par My dear Nathaniel, alors que la couverture de mon édition anglaise de L'adversaire montre une lettre à Dear Walt, alias JHW, alias Nathaniel l'héritier légitime York disparu dans un marais amazonien.
  Le film présente quelques analogies. Ce Nathaniel est le fils de Jennet Humphrys, jugée irresponsable par sa soeur qui a adopté l'enfant, provoquant le suicide de Jennet. Puis Nathaniel est victime d'un accident, et disparaît à 7 ans dans une tourbière, ce qui provoque la colère dans l'autre monde de Jennet, qui hante le village et fait mourir ses enfants.
  Je remarque les initiales JH de la Dame en noir, débutant comme JHW ou JHWH. Il y a comme dans L'adversaire une stèle In loving/living memory of Nathaniel :
  Le film a été vu comme un retour marquant de la Hammer, après quelques décennies d'éclipse. Je me suis intéressé ici à la Hammer, en relation avec le marteau hébreu, mapats, devenant selon l'atbash JWH.

  En explorant le sujet, j'ai vu que ce film était l'adaptation d'un roman de Susan Hill, qui a aussi fourni le sujet  de Je suis le seigneur du château, de Régis Wargnier, dont il était question à la fin du dernier billet, pour son homorithmie avec Albert Einstein.
  Un autre écho avec Freud devenu Robin Marr au sommaire du BILL, et un autre encore : j'y mentionnais l'ultime formule laissée par Einstein selon Rodrigues dos Santos, ! ro ihey, à renverser en yehi or !, "Que la lumière soit !", or Percival énonce dans la version française de L'adversaire qu'il est un Sadim transformant tout ce qu'il touche en ro (le jeu original dlog-gold était à rapprocher de dog-god).
  Dans l'autre fiction einsteinienne, l'ultime message d'Einstein était au centre d'une spirale d'or, ce qui m'a mené à celle de Sturgeon, que j'espère étudier dans le prochain billet...

18.3.13

Albert Freud & Sigmund Einstein


  Le 1er mars j'étais à Aix-en-Provence, où chez un bouquiniste j'ai déniché deux livres qu'il m'a semblé devoir acquérir:
- L'interprétation des meurtres, de Jed Rubenfeld (2006 pour l'original, 2007 pour la traduction française, 2009 pour cette édition Pocket). En voici la traduction dans la langue originale de Die Traumdeutung.
- La symphonie d'Einstein, de Alex Rovira et Francesc Miralles (2009 pour l'original, 2010 pour la traduction française).

  J'avais lu le premier au moment de sa sortie, il montre Freud intervenir dans une énigme criminelle lors de son séjour aux USA en septembre 1909. Jung y apparaît aussi, sous un jour très négatif. J'avais totalement oublié cette lecture lors de ma découverte en septembre 2008 du schéma numérique de la vie de Jung, et je n'ai eu avant ce 1er mars aucune occasion de me souvenir de ce roman dont une relecture s'imposait, malgré la dépréciation de Jung.
  L'autre est un thriller paru chez un petit éditeur. Je n'ai pas souvenir de sa parution, que je n'avais d'ailleurs alors aucune raison de remarquer.
  J'ai lu en décembre dernier le bestseller du Portugais Jose Rodrigues dos Santos, La formule de Dieu (2006), qui a mis quelque temps à acquérir un succès international (traduit en anglais en 2010, en français en 2012). On y trouve une ultime formule d'Einstein, dont le décodage préoccupe les plus hautes instances mondiales.
  J'avais apprécié que le décodage fasse intervenir l'atbash, et qu'une mention anecdotique du nombre d'or y apparaisse, alors que j'ai remarqué depuis longtemps que Einstein Albert est un nom doré, 95/58, se superposant de plus à l'étonnant choeur d'ouverture de la Passion selon St Jean, BWV 245, dont les 95 premières mesures sont séparées des 58 dernières par un silence d'une longueur rare.

  Je suppose que les catalans Alex et Francesc ont été inspirés par le succès de ce livre, 100.000 exemplaires vendus en 2 mois dans le petit Portugal, pour imaginer une autre ultime formule laissée par Einstein, mais la couverture française ne faisait en rien présumer que le nombre d'or pouvait y jouer un rôle, contrairement à la couverture originale.
  Le roman débute par un mystérieux rendez-vous donné à 4 personnes, le héros barcelonais du roman Javier, la Française Sarah, le Danois Klaus et le Polonais Pawel, dans une maison de Cadaquès, propriété d'un vieux Japonais qui travaille sur une biographie définitive d'Einstein.
  Il a acquis cette maison parce qu'Einstein lui-même l'a fait construire en 1927, maison bâtie autour d'un jardin zen intérieur, une grande pierre entourée des ondes d'une mer de gravillons. Yoshimura indique que ces gravillons forment une spirale dorée, qu'Einstein a créée de ses propres mains.
  Ceci est assorti de quelques commentaires issus du mythe du nombre d'or : les Egyptiens et Grecs auraient utilisé cette proportion universelle pour leurs édifices et sculptures, etc., etc.
  Le roman est à l'avenant de ces allégations controuvées, multipliant péripéties inutiles et effets de feuilletonniste de bas étage ("il ne pouvait deviner l'incroyable événement qui allait survenir..."). Enfin je suis bon public quand il y a du nombre d'or en jeu, et il n'est pas anecdotique ici puisque, après avoir sillonné l'Europe et les USA, l'ultime réponse se trouve cachée dans la pierre (ein Stein, "une pierre") au centre de la conque dorée de la maison de Cadaquès.
  Cette ultime réponse est plutôt décevante; l'éminent physicien constatait à la fin de sa vie que la chose la plus importante au monde est l'amour, j'ai l'impression d'avoir déjà vu ça ailleurs... Mais que cette ultime réponse se trouve cachée dans une pierre dorée évidée dans un texte publié en 2009 a pour moi un net écho, car en 2009 a aussi été publiée ma nouvelle L'enchanté réseau, où j'imaginais le secret de Rennes-le-Château caché dans une stèle dorée évidée, à 110 km de Cadaquès.
  Je n'insinue pas que les Catalans aient connu mon texte, associé à une formidable coïncidence lors de sa publication, laquelle s'est fait attendre puisque je l'avais écrit en 2006 pour un concours de nouvelles. Le 20 mai 2009 une promenade me fit découvrir en pleine nature un bloc de pierre semblant avoir été taillé, offrant une face fort proche d'un rectangle d'or. Je revins sur les lieux le 22, avec une pièce de tissu au format d'or pour illustrer l'adéquation, et j'appris le soir même la parution du recueil de nouvelles.
  Ceci fut d'abord signalé sur mon autre blog, puis il me sembla s'imposer d'en parler sur Quaternité lorsqu'il apparut que le recueil portait le numéro 34 dans sa collection, tandis que j'apparaissais également aux sommaires de deux publications parues cette même semaine, sous les numéros 13 et 21; je rappelle que ceci fait écho à de multiples relations Fibonacci 13-21-34, la principale concernant Jung étant Jung/Haemmerli = 52/84 = 13/21, découverte en l'an 136 pataphysique (52+84), allant du 8 septembre 2008 au 7 septembre 2009 (le 20 mai 2009 en était le 200e jour, et j'ai rencontré cette date comme pressentie pour la présentation à Cannes de Mister Nobody, film où apparaît la suite de Fibonacci).

  Je remarquais l'an dernier que, outre d'être les esprits ayant le plus marqué le début du 20e siècle et d'avoir dû fuir leur pays d'origine à cause de leur judéité, un autre point commun unit Albert Einstein et Sigmund Freud dont les noms sont dorés, particularité qui touche environ 1 personne sur 35.
  Je n'avais pas vraiment ceci en tête lorsque l'étal du bouquiniste m'a rappelé l'existence de L'interprétation des meurtres, que je me devais de toute façon de relire. L'intrigue est originale et bien menée, mais les points qui m'intéressent n'ont souvent rien à voir avec la qualité littéraire, et ce qui m'a d'abord frappé est la structure du roman, en 5 parties de 5 chapitres chacune, sauf la dernière qui en a 6.
  Ma découverte du schéma 4+1 dans la vie de Jung a été immédiatement suivie de la découverte d'un schéma similaire dans la série BD Quintett, formée de 4 albums de 64 pages, et d'un 5e de 80 pages, celui consacré au 5e membre du quintette, le psychiatre Charles Guibert, dont certains traits m'avaient évoqué Carl Gustav. En 2009 l'éditeur de la BD a adjoint à la série un 6e album, peu utile à mon sens, mais j'y avais remarqué une vignette imitant la fameuse photo de Freud & Co à la Clark University en 1909, où Charles Guibert apparaît entre Freud et Jung (hélas cette vignette à cheval sur deux pages n'est pas scannable).
  Le roman de Rubenfeld se passe pendant les quelques jours passés par Freud à New York, avant les conférences à la Clark University, et ses 5 parties correspondent aux 5 jours du 30 août au 3 septembre, où l'énigme policière est résolue à la fin du 5e chapitre de la 5e partie. Il semble bien y avoir un calibrage de 5 chapitres par jour, car le dernier chapitre se passe le 4 septembre et est consacré à la résolution d'une énigme subsidiaire, la tentative de sabotage de la visite de Freud, où Jung joue un rôle peu reluisant, ce qui est parallèle à la fin de La chute, où Guibert se révèle l'âme noire du Quintett.
  Ce n'est pas la seule facette négative de Jung, qui est montré copinant avec un personnage réel, le tueur sadique Harry Thaw. THAW est l'anagramme de WHAT, que j'avais vu être la transposition de JUNG selon le rot-13, codage usuel. Je l'avais découvert par hasard, mais la transposition figure sur cette page   donnant les 28 cas anglais.
  L'épilogue, supposé "historique", énonce que Jung connut des épisodes psychotiques après sa rupture avec Freud, et que sa notoriété n'atteignit jamais celle de Freud, dont il railla les idées en les traitant de "psychologie juive"... Ceci est plus qu'exagéré, mais le tableau des 28 cas rot-13 encore présent sous mes yeux contient un autre exemple significatif, envy ↔ rail, avec to envy signifiant "envier" et to rail "railler" (c'est en fait to deride que Rubenfeld a employé).
  Il y a une autre curiosité jungienne dans le roman, évoquant au début la rivalité à New York entre les familles Vanderbilt et Astor, qui se firent construire des demeures extravagantes sur la Ve Avenue, le Petit Château au croisement avec la 52e rue, et le premier Waldorf-Astoria au croisement avec la 34e rue, au futur emplacement de l'Empire State Building. La curiosité est que 52 et 34 sont les valeurs de JUNG et CARL, avec un écho vers la coïncidence des pierres dorées de Cadaquès et Rennes-le-Château, car lorsque j'ai visité il y a deux ans le village audois j'ai remarqué ce panneau en débutant l'ascension en vélo, juste à la sortie de Couiza.

  A propos de ma nouvelle castelrennaise, je remarque que je l'ai écrite en 2006, l'année où sont parus les bestsellers de Rubenfeld et de Rodrigues dos Santos, avec pour figures marquantes Freud et Einstein.
  La formule de Dieu est moins racoleur que La symphonie d'Einstein, et vulgarise agréablement les théories scientifiques à côté d'une intrigue assez prenante.
  Il s'agit donc de décoder un texte retrouvé du physicien
  La solution est une anagramme, en fait une réelle citation d'Einstein :
Raffiniert ist der Herrgott, aber boshaft ist er nicht.
  L'une des traductions est en exergue du chapitre 55 de La symphonie d'Einstein, "Dieu est compliqué, mais il n'est pas mauvais."
  Le manuscrit retrouvé d'Einstein s'achève sur deux autres formules énigmatiques :
See sign !
ya oqvo
  La première est encore une anagramme, celle de Genesis, le livre de la Genèse.
  La seconde est doublement codée, par le chiffre d'Alberti qui livre ! il rsvb, puis par atbash, ! ro ihey, qu'il suffit de renverser pour obtenir yehi or !, le Fiat lux ! de Gn 1,3, "Que la lumière soit !" Certains scientifiques voient une remarquable connaissance dans le fait que la lumière ait été selon la Genèse la première création divine, avant les luminaires.
  Pour ma part, je remarque le double codage associant LEON Alberti à l'ATBASH, alors que mes recherches sur l'exemple classique d'atbash Wawel-Sesak m'ont conduit au "lion" polonais lwaw, au "lion" tokharien sisak, et aux châteaux triangulaires de Wewel et Sisak.
  Ce double codage est aberrant d'un point de vue cryptologique, et peut rappeler le cas du parchemin de Rennes-le-Château, d'une complexité inutile.
  La complexité du décodage est ici particulièrement absurde car, si on a trouvé Genesis, un hébraïsant peut aisément deviner que ---- -- ! signifie yehi or !, les premiers mots de Dieu (mais j'avoue n'y avoir pas pensé).
  La traduction française offre une particularité, puisque l'hébreu or, "lumière", est homophone du français "or". Si l'étymologie moderne réfute un lien entre les deux mots, ce n'a pas toujours été le cas.
  Je remarque ce bijou illustrant la formule yehi or par un soleil spiralé. La spirale n'est pas ici d'or, mais celle de la coquille illustrant l'édition originale de La symphonie d'Einstein ne l'est pas non plus, ni celle de l'édition en catalan.

  J'avais jugé la présence du nombre d'or anecdotique dans La formule de Dieu, elle ne l'est peut-être pas tant que ça à la "lumière" de son clone catalan, car l'ami mathématicien d'Einstein auquel il avait fourni les clés de décodage de sa formule ! ya oqvo est dit obsédé par pi et phi.
  Les Catalans ont repris l'idée que le dernier secret d'Einstein avait un rapport avec son nom; c'était le prénom dans le roman portugais, menant au chiffrage d'Alberti, c'est ici le nom, menant à la pierre d'or.
  Peut-être ont-ils encore rendu hommage à leur source, en faisant écrire à Einstein dans l'ultime réponse trouvée dans la pierre d'or que l'Amour est lumière.
  Les 72 chapitres de leur roman sont répartis en 4 parties numérotées, Terre, Air, Eau, Feu, débutant par une description new-ageuse de chaque élément. Après la fin du récit et la révélation de l'ultime formule vient une page de titre de même composition que celle des 4 parties, La Quintessence, mais qui n'est pas indiquée être la 5e partie. Suit une description toujours new-ageuse de cette quintessence dite au bout du compte équivalente à l'Amour...

  Cette structure quinaire peut être superposée à celle de L'interprétation des meurtres, avec la différence que la 5e partie est dans un cas surdimensionnée, limitée à une page dans l'autre.
  Lorsque je tombe sur un texte faisant quelque écho à mes préoccupations,je m'intéresse à la numérologie de ses personnages, et il y a une curiosité dorée dans La symphonie d'Einstein, où Javier semble être un jouet ballotté entre deux troublantes créatures, la Française Sarah, qui l'accompagne dans toutes ses démarches mais dont les visées propres sont quelque peu mystérieuses, et la Suisse Lorelei, qui les suit dans l'ombre et dont le rôle est encore plus énigmatique.
  La fin révèle que Sarah est l'arrière-petite-fille d'Einstein, et que Lorelei est sa demi-soeur. Quoique appartenant à deux factions rivales, la Quintessence et la Fraternité (je pense à celle des Rose-Croix qui avait inspiré ma nouvelle sur la pierre d'or), leur lien familial leur interdit toute action extrême l'une envers l'autre. Au-delà de ces points qui restent assez nébuleux, je constate
SARAH / LORELEI = 47/76 = 0.618...
C'est un très bon rapport d'or, 47 et 76 étant des nombres de la série de Lucas. Et selon le poème Die Lorelei de Heine,
La plus belle fille est assise,
Ses bijoux d'or brillent,
Elle peigne ses cheveux d'or.

  S'il apparaît un rapport d'or entre les prénoms des deux soeurs imaginées par les Catalans, il en apparaît un autre entre leurs deux prénoms,
ALEX / FRANCESC = 42/69
rapport qui m'évoque New York, où se passe la 3e partie du roman. C'est à New York que se passe la totalité de L'interprétation des meurtres, avec un curieux écho : le noeud de l'intrigue concerne un étrange couple, dont le mari George est d'abord le principal suspect, tandis que la femme Clara semble sa pauvre victime. Ils ont en fait chacun leur part de responsabilité dans les crimes commis, et
CLARA / GEORGE = 35/57 est encore un rapport doré.

  Alex Rovira est né le 1er mars 1969, exactement 44 ans avant que j'apprenne son existence.
  Son collègue Francesc Miralles est né le 27 août 1968, à Barcelone également, et j'ai remarqué cette couverture d'un de ses ouvrages qui m'a rappelé la traduction de mes Pans du bizarre parueno code in the Spanish translation chez un éditeur de Barcelone. Je rappelle qu'un autre roman se passant à Barcelone contenait des coïncidences dorées.
  Les 1/3 et 27/8 étaient les 60e et 240e jours de ces années (la seconde bissextile), et mes oulipotes avaient trouvé pour l'anniversaire de mes 60 ans la relation
25+35 = 13+47 = 19+41 (=60)
également valable en prenant les gématries des nombres exprimés en toutes lettres, le total étant alors 240 = 4x60.
  Le 27 août est encore l'anniversaire de la mort de Le Corbusier, qui a présenté son Modulor à Einstein, lequel a eu une réaction enthousiaste.

  L'an dernier, les rapports d'or nom-prénom et prénom-nom des deux esprits ayant marqué le début du siècle m'avaient amené aux formes
ALBERT FREUD = 112
SIGMUND EINSTEIN = 182
correspondant à une moyenne 56/91 = 8/13.
  56/91 était alors pour moi associé à la formidable coïncidence de Marina Sloty (56/91) perdant sa virginité le 4 avril 1959 dans un roman de Raoul de Warren, ce qui est aussi le cas de Tania Vläsi dans une nouvelle de Philippe Claudel, où cette vieille fille est affublée du numéro 5691.
  Ces derniers mois m'ont fait découvrir d'autres 56/91 :
- April Orenski, personnage du film Halo-4, signalé en janvier par Laurent, remarquable pour 3 raisons;
- Lucas Joubert, découvert quelques jours plus tard dans le film Parlez-moi de vous;
- j'ai signalé ces deux cas dans mon premier billet de février, mes deux premiers billets de mars ont été dédiés à Denise = 56 et Laurent = 91;
- après le décès de ma mère en décembre, j'ai décidé d'élire pour nouvelle mère Denise X, et me suis enquis de son nom de jeune fille, qui se trouve être Y = 91 (j'avais déjà choisi les dédicaces de ces billets avant de découvrir ceci, et avant l'achat des deux romans à Aix).

  Le choix de la formule yehi or ! comme ultime message d'Einstein a pour moi de multiples échos.
  Dans le billet où j'avais parlé du jeu rot-13 what ↔ Jung, ceci était étroitement associé aux 4 formes développées du nom YHWH, de valeurs 45-52-63-72, de somme 232, ce que la cabale a remarqué être la valeur de yehi or.
  Le roman donne deux équivalences gématriques hébraïques, la valeur simple de YHWH, 26, et la valeur 318 de Eliézer, le serviteur d'Abraham, laissant entendre pour l'exégèse que les "318 hommes de sa maison"
 cités en Gn 14,14 se limitent en fait à ce seul serviteur. Il se trouve que la valeur de tout le verset Gn 1,3, Dieu dit "Que la lumière soit !", et la lumière fut., est 813.
  De plus, certains ont vu ce nombre 813 structurer le premier jour de la création, avec notamment la possibilité d'omettre la seconde partie de Gn 1,2, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux., ainsi les 15 mots et 56 lettres débutant la Genèse ont pour valeur 4878 = 6x813.
  L'addition du verset 1,3 conduit à 5691 = 7x813, en 21 mots répartis en 8 (demi-verset 2) et 13 (versets 1 et 3).
  Le tableau ci-dessus représentant le verset 1,3 est de Dorit Gur, qui a aussi peint les 72 noms de Dieu correspondant aux versets de 72 lettres d'Exode 14,19-21, insondable mystère évoqué à diverses reprises.
  Pour revenir aux allusions gématriques de Rodrigues dos Santos, je suppose que si celui-ci avait connu l'obsession de Wolfgang Pauli pour la valeur 137 du mot qabalah, en relation pour lui avec la constante de structure fine, il n'aurait pas manqué de la citer.

  Dernièrement, j'ai remarqué le nom de (Luk) LYSGAARD-PEACOCK = 87-54, équivalent à SIGMUND-FREUD; c'est le dernier amour de Frederica dans la tétralogie de Byatt, biologiste intéressé par les spirales d'or. Son prénom comme son nom dérivent de la "lumière", lux latine, lys danoise.

  J'ai aussi rencontré un remarquable "homorithme" de Albert Einstein, REGIS WARGNIER = 58/95, le réalisateur de Pars vite et reviens tard. Son anniversaire de naissance, le 18 avril (1948) est aussi celui de la mort d'Einstein (1955), ce qui a quelque analogie avec la naissance de Francesc Miralles un 27 août (1968), jour de la mort de Le Corbusier (1965).

  L'évocation des nombres 318 et 813 me donne l'occasion d'aborder une curiosité découverte en mai dernier. J'avais alors exhumé de mon fatras de bouquins Les lois de la création de Wronski, de Marie-Louise Herboulet, réédition au Rocher en 1993 d'un livre de 1949, où l'auteur avait étudié l'application à l'astrologie des lois de Wronski, curieux personnage mort en 1853; je crois n'avoir acheté jadis ce livre que pour la ressemblance entre Wronski et Vorski, personnage de L'île aux 30 cercueils.
  Je l'ai rouvert par curiosité, et me suis avisé qu'il se terminait par une étude comparée des thèmes astraux des 3 fondateurs de la psychanalyse, Freud, Adler et Jung. Je ne connais rien à l'astrologie, mais j'y ai remarqué le Soleil en 3° 18' (et18").
  D'autres thèmes de Jung donnent pour le Soleil 3° 18' ou 3° 19', mais divergent largement pour Mercure, dont j'avais remarqué le 13° 8', pour l'anagramme de 318, sachant l'importance de Soleil et Mercure pour Jung, et pour la tension idéale de 13-8, mesurée en cm de mercure.
  3° 18' était encore frappant parce que 15 jours environ plus tôt j'avais retrouvé un cahier où j'avais noté la valeur du soleil grec Hélios, Ἥλιος = 318, ce qui faisait alors coïncidence avec le nombre 318, nombre clé du premier épisode de Touch, où il est aussi beaucoup question de spirale d'or. Ce 318 associé au soleil trouvait un écho dans l'éclipse de soleil du 17 avril 1912, date où débutent "813" de Leblanc et Pilgrim de Findley, sujet du précédent billet. J'y mentionnais aussi l'aventure suivante de Lupin, Le triangle d'or, qui s'achève sur la chapitre Que la lumière soit !, en hébreu yehi or...
  J'y avais hésité à mentionner le cas du principal autre pensionnaire du Burghölzli : Pilgrim est interné dans la chambre 306, tandis que la 319 est occupée par la comtesse Blavinskeya, qui croit vivre dans la lune, aussi la 319 est appelée "la lune". Curieux avec le Soleil de Jung vers 3° 19'.

  Pour finir Freud est né en 56 (1856), valeur de l'hébreu yom, "jour", tandis que Jung est né en 75, valeur de l'hébreu layla, "nuit".
  

7.3.13

signes & cygnes

pour Laurent mon nouveau phrère

  J'avais évoqué A dangerous method de Cronenberg avant de voir le film, et n'ai plus eu envie d'y revenir après l'avoir vu, tant le peu de sympathie de Cronenberg pour la psychanalyse y est évident. Il se montre de plus particulièrement hostile envers Jung, dont la relation avec Sabina Spielrein est dépeinte comme sadique.
  J'avais donc visionné le film sans beaucoup d'attention, et Laurent vient de me signaler un détail que je n'avais pas remarqué. Jung met un terme à sa relation avec Sabina en 1910, et le film fait ensuite un bond de deux ans pour montrer Sabina rendant visite à Freud, à sa fameuse adresse 19 Berg Gasse, pour lui montrer son mémoire de doctorat.
  La date est précisée au 17 avril 1912, or je connais bien cette date, qui est celle d'un événement parisien important, une éclipse solaire presque totale dont la ligne de centralité est passée à quelques kms à l'ouest de Paris. Il n'y a ensuite rien eu de comparable en France jusqu'à l'éclipse du 11 août 1999.
  Le Figaro a consacré un article au centenaire de l'événement, sous le titre L'éclipse qui fit de l'ombre au Titanic.
  C'est que la veille on apprenait le naufrage du Titanic dans la nuit du 14 au 15, et c'est ce qui conduit Pilgrim, personnage principal du roman éponyme (1999) de Timothy Findley, à tenter de se suicider ce 17 avril, et l'incipit du roman fait aussi apparaître l'adresse de Pilgrim :
Aux premières heures du matin, le mercredi 17 avril 1912, un certain Pilgrim pénétra pieds nus dans le jardin de sa résidence londonienne, au 18, Cheyne Walk.
  Mais Pilgrim est immortel, et après un constat de décès signé par deux médecins son coeur recommence à battre vers midi. Il est ensuite envoyé au Burghölzli où il est soigné par Jung, second personnage principal du roman.
  Il est possible que Cronenberg ait ici rendu hommage à Findley, natif de Toronto comme lui, mais son film est basé sur une biographie de Sabina Spielrein par John Kerr, A most dangerous method, où cette date est peut-être donnée. Je n'ai pas cherché à approfondir car, dans tous les cas, la récurrence de cette date ouvre sur de multiples coïncidences.

  Je la connaissais d'abord par le roman "813" de Maurice Leblanc, écrit en 1910, dont l'action est anticipée car il se passe 3 ans après la supposée mort de Lupin dans L'aiguille creuse (1909). Il débute un mardi 16 avril, ce qui est compatible avec 1912, et la réédition de 1917 donnera la précision "deux ans avant la guerre".
  Le début effectif de l'action se passe le lendemain, avec le mystérieux tueur LM, "l'homme noir", qui frappe à 3 reprises au Palace-Hôtel, à Neuilly, malgré la présence sur place de la police. Dolorès Kesselbach, la femme de la première victime, arrive à l'hôtel cerné par la police à midi, ce qui l'écarte de toute suspicion.
  C'est en fait une servante qui jouait son rôle, et je suspecte Leblanc d'avoir joué avec ce moment exact de l'éclipse, le 17 avril à midi, pour expliquer à ses lecteurs futés comment le stratagème avait pu réussir, le ciel étant alors fortement obscurci à l'ouest de Paris.
  Ce roman cache pour moi d'autres subtilités, et il me semble ainsi receler de multiples allusions à "l'orphelin de l'Europe", Gaspard Hauser, prétendu héritier du royaume de Saxe, qui se prétendait pourchassé par un homme noir, d'initiales MLÖ selon un document en écriture spéculaire trouvé sur Hauser blessé d'un coup de couteau qui entraînera sa mort.
  Ci-contre la stèle de Gaspard, portant l'inscription latine Ici un inconnu a été tué par un inconnu le 14 décembre 1833.
  Je n'y insiste pas, ayant détaillé l'affaire ici. Il est bien connu par ailleurs des spécialistes de Perec que son personnage récurrent Gaspard Winckler a pour première source Gaspard Hauser, et plus particulièrement celui vu par Verlaine, le "calme orphelin" de Gaspard Hauser chante, dont Perec a proposé 15 variations (analysées ici par Magné), le moins calme et moins orphelin de Scénario pour un ballet, où Gaspard retrouve son père, millionnaire anglais, et le tue, ce qui à l'évidence est à l'origine du Condottière et de La vie mode d'emploi (VME), où Gaspard Winckler tue, directement ou plus sournoisement, son employeur, Madera ou Bartlebooth.
  Un autre Gaspard Winckler, sinon deux, apparaît dans le feuilleton W, en 19 épisodes parus dans La quinzaine littéraire en 1969, republiés en 1975 dans W ou le souvenir d'enfance, entrelacés avec l'histoire de la famille Perec. Le feuilleton a lui-même été double, avec un récit plein de promesses dans les 6 premières livraisons, un rendez-vous donné au narrateur Gaspard Winckler par un certain Otto Apfelstahl, M.D., au 18 Nurmbergstrasse, pour lui demander d'enquêter sur le sort du Gaspard Winckler auquel il doit son nom...
  Perec s'est trouvé incapable de poursuivre; le début de l'épisode suivant demande au lecteur d'oublier tout ce qu'il a lu précédemment, et le récit passe à tout autre chose, la description de l'univers impitoyable de l'île W.

  Le premier paragraphe de la 4e de couverture de Pilgrim s'achève sur une phrase, "La mort a refusé Pilgrim", qui rappelle le 4e vers de la 3e strophe de Gaspard Hauser chante,
La mort n'a pas voulu de moi.
  Ce paragraphe de l'édition originale contient une imprécision, puisqu'on pourrait croire que c'est le lendemain du 17 avril que Pilgrim est retrouvé, et une erreur manifeste, corrigée dans l'édition de poche ("l'attestation de son décès est signée").

  Perec a dès 1970 voulu inclure W à une oeuvre plus vaste, en 3 parties de 19 chapitres, avec ses souvenirs "pour E" et une partie "intertexte" dédiée à S., sa chérie d'alors, mais ce projet a stagné jusqu'à une solution numérologique trouvée en 73, à l'anniversaire de ses 37 ans le 7/3.
  La partie intertexte n'était plus de mise depuis la rupture avec S., et cet ovni littéraire hautement personnel aurait 37 chapitres, découpés en 11-26, autres nombres clés de l'arithmétique perecquienne.
  La numérologie semble avoir plus aidé Perec à vaincre son blocage que l'analyse suivie depuis 1971 avec JB Pontalis; en tout cas Perec a jugé qu'il n'avait plus besoin du psy dès la réception favorable de W ou le souvenir d'enfance.

  Il est maintenant possible de revenir sur le personnage d'Otto Apfelstahl M.D. qui fait venir Gaspard au 18 Nurmbergstrasse. "Etes-vous médecin ?" lui demande Gaspard, sans obtenir de réponse claire.
  Plusieurs spécialistes de Perec ont vu cette adresse faire référence à celle de Freud, 19 Berggasse, et je me demande si cette demeure devenue musée avait du temps de Perec la même apparence qu'aujourd'hui, avec cette plaque "W" (pour Wien) surmontée de 4 drapeaux de Vienne formant le double V de la "géométrie fantasmatique" (chapitre XV de W ou le souvenir d'enfance).
  Pourquoi 19 est-il devenu 18 ? Si l'exégèse est fort laconique sur ce point, il est curieux que ce 18 présent dès 1969 sera la solution longtemps cherchée au problème de la forme finale du livre, en 19+18 chapitres.
  Pourquoi Nuremberg plutôt qu'un autre Berg, et pourquoi cette forme bâtarde Nurmberg qui ne correspond ni à l'allemand Nürnberg, ni au français Nuremberg ? Les commentateurs évoquent volontiers le nazisme et les lois raciales promulguées à Nuremberg, Manet von Montfrans développe l'hypothèse à mon sens judicieuse de la première apparition de Gaspard Hauser à Nuremberg, Gaspard qui aurait été le bâtard d'un Allemand et d'une Française...

  Je ne sais si Perec a comme moi vu "813" faire allusion à l'affaire Hauser, avec Gérard Baupré transformé en héritier d'un duché allemand le 30 avril 1912, centenaire de la naissance de Gaspard Hauser le 30 avril 1812 (tiens un autre jeu 18-19), mais il est clair que VME contient des références au roman de Leblanc, une explicite avec les 813 cannes de lord Ashtray, une plus secrète avec la triple mort du diamantaire Zeitgeber au chapitre L, milieu exact des 99 chapitres de VME, où l'allusion la plus immédiate est encore sous le signe du W, l'enquêteur Waldémar rappel du chef de la police Waldemar dans "813".

  J'espère que ces brefs aperçus ont donné une idée de mes ressentis d'abord devant l'incipit de Pilgrim, puis devant le retour du 17 avril 1912 dans A dangerous method. Les différentes lectures énoncées ci-dessus vont pour moi bien au-delà de l'interprétation littéraire, et, quelles qu'aient été les intentions des auteurs, l'éclipse et Gaspard sont pour moi présents dans "813", l'adresse de Freud et Gaspard dans W, le lien entre "813" et W étant établi dans VME.
  Quelques jours après ma découverte du schéma dans la vie de Jung autour du 4/4/44, j'ai lu Pilgrim sur les conseils de dp. Dès mes premiers commentaires, j'ai remarqué qu'un personnage de W était le précepteur de Gaspard Winckler, Angus Pilgrim, dont le nom traduit "Angus Pèlerin" contient toutes les lettres de "Arsène Lupin" (+ G), ce qui m'avait inspiré une nouvelle en 2000.
  Pilgrim se passe lors du début de la liaison de Jung avec Toni Wolff, mais sa première affaire avec Sabina est mentionnée, et je remarquais encore que "Spielrein" contient toutes les lettres de "pèlerin".
  Et voici donc Spielrein qui rend visite à Freud le 17/4/12, lequel la critique sur son association de l'Eros à la mort, ce jour même où Pilgrim/Pèlerin tente un nouveau suicide, ce jour encore où Arsène Lupin découvre la mort du diamantaire Kesselbach, assassiné par un "homme noir" qui s'avérera être sa femme, dont Lupin tombe amoureux. C'est dans ce roman qu'apparaissent les pseudos anagrammatiques de Lupin, Paul Sernine (pas loin de Paul Verlaine), et Luis Perenna, nom évoquant la déesse de l'immortalité.
  Lupin prend ce nom après une tentative de suicide, ratée : "la mer n'a pas voulu de moi" dit-il dans le dernier paragraphe du roman (je me souviens à nouveau du "La mort n'a pas voulu de moi" de Gaspard Hauser chante).

  J'ai relu Pilgrim, enrichi de 4 ans de recherches diverses, qui m'ont notamment fait découvrir l'évasion du Burghölzli de Otto Gross contée par Tobie Nathan dans Mon patient Sigmund Freud, où Gross encourage Jung à céder à son désir pour l'infirmière Else Richt, qui me semble dissimuler la maîtresse de Gross, Else Richtofen.
  Gross apparaît également en entremetteur dans A dangerous method, où c'est lui qui semble persuader Jung de céder à Sabina Spielrein, mais c'est Gross qui lutine ici une infirmière avant d'utiliser l'échelle pour franchir le mur du Burghölzli.
  Pilgrim s'évade du Burghölzli le 22 juin 1912, et est emmené par une Renault (anagramme de Laurent) à Paris, où il arrive le 28. C'est curieusement à peu près au même moment (vers le 25 juin) que Lupin est arrêté dans "813", parce qu'il ne parvient pas comme "l'autre", "l'homme noir" LM, à s'éclipser (mot utilisé dans le texte).

  Lupin sortira de prison le 22 août, grâce à sa "grande combinaison", la proclamation qu'il allait publier ce jour toute la vérité sur l'affaire 813. Des mesures drastiques lui interdisent fin juillet toute communication avec l'extérieur, si bien qu'il ignore où en est son plan jusqu'au 13 août :
  J'avais vu dans cette précision de date, rare dans le roman, un jeu avec le 13/8 ou 8/13 à l'anglaise, mais je n'étais pas alors concerné par la suite de Fibonacci et n'avais pas prêté attention à la date suivante précisée, le 21 août, la date limite prévue par Lupin pour la réussite de son plan.
  On passe donc du 13 au 21, et ma première lecture de Pilgrim m'avait révélé une structure fibonaccienne du roman, avec notamment ses deux premières parties en 21-13 chapitres. Je ne connaissais pas alors le nom du médecin de Jung, supposé mort à sa place, ni donc la relation Haemmerli/Jung = 84/52 = 21/13.

  Haemmerli est mort le 30/6 (1944), et Pilgrim est hébergé dans la suite 306 du Burghölzli. Le dimanche 30 juin 1912 manque dans le récit des derniers jours de Pilgrim. Le 28 il arrive à Paris, le 29 il visite le Louvre et obtient du conservateur le droit d'y revenir le lundi suivant lorsque le musée est fermé au public. Ce lundi 1er juillet il vole la Joconde, pour la donner à l'ouvrier Peruggia qui la prétendait volée par Napoléon (ce vol eut bien lieu mais en 1911, et les lupinologues savent bien que le réel original était selon L'aiguille creuse depuis longtemps en possession d'Arsène).
  C'est que Pilgrim l'immortel a traversé les siècles sous de multiples identités. Il a ainsi été Elisabetta Gherardini, soeur jumelle d'Angelo, giton de Léonard de Vinci qui les a pris pour modèles de sa Monna Lisa, d'où l'androgynie du tableau. Pilgrim a pour des raisons peu évidentes décidé d'effacer ses traces laissées au cours des siècles, et son étape suivante est Chartres, où il a été au 12e siècle Simon-le-Jeune, artisan créateur du vitrail de la Belle Verrière. Il met le feu à la cathédrale le 2, et est consterné d'apprendre le 3, à l'auberge du Pèlerin (!), la mort d'un clochard dans l'incendie.
  Le 4 juillet 1912 est précisé être le 136e anniversaire de l'Indépendance des USA. Je rappelle que le jour de ma découverte du schématisme de la vie de Jung était le 1er jour de l'an 136 pataphysique, et que je devais découvrir ensuite les valeurs de Jung+Haemmerli = 52+84 = 136.
  Ce 4 juillet Pilgrim et son chauffeur s'arrêtent pour déjeuner au bord de la Loire. Quelques indices lui donnent à penser que les Dieux qui l'ont condamné à l'immortalité se sont peut-être lassés, et il se glisse au volant de la Renault qu'il précipite dans la Loire. Son corps ne sera pas retrouvé.
  Sa dernière pensée est pour le saule d'Ophélie, face à un saule au bord du fleuve "comme pour lui ouvrir la voie, comme il la lui avait ouverte à elle".
  Cette Ophélie est due au préraphaélite John Millais (tiens, décédé un 13 août, 8/13 anglais), proche de Rossetti qui a habité 20 ans au 16 Cheyne Walk. Je rappelle la présence des préraphaélites dans diverses coïncidences, et surtout la domiciliation de Pilgrim au 18 Cheyne Walk, voie riveraine de la Tamise très prisée des artistes.

  Je rappelle encore que ma coïncidence de départ sur le 17 avril 1912 est liée aux adresses 19 Berggasse et 18 Cheyne Walk, et que ce couple 19-18 me semble via le 18 Nurmbergstrasse faire coïncidence avec la structure de W ou le souvenir d'enfance.
  Il y avait 19 ans d'écart entre Freud, né en mai 1856, et Jung, né en juillet 1875, et le site IMDb remarque qu'il y a de même 19 ans d'écart entre les acteurs les incarnant, ce qui n'est vrai qu'en se limitant aux années de naissance 1958 et 1977. En fait Viggo Mortensen né le 20 octobre a 18 ans (et un peu plus de 5 mois) de plus que Michael Fassbender né le 2 avril.

  Il y a encore des coïncidences personnelles que je me refuse à éluder. Le 2 février 2008 mes amis parisiens bd & bd étaient de passage en Provence, et nous avons décidé de déjeuner ensemble à Cotignac dans le Var, où ils avaient passé la nuit, sans relation aucune avec le fait que ce village soit un lieu de pèlerinage.
  Il faisait un temps magnifique ce jour, si bien que nous avons décidé de pique-niquer au pied du curieux rocher contre lequel est adossé le village.
  Ce fut pour moi l'occasion de découvrir cette curieuse stèle de 1830 dédiée à Napoléon, ensuite modifié en Apollon, ce qui me rappela aussitôt "813", où l'énigme 813 est associée au mot APO..ON, dont le secret est révélé dans le chapitre Les lettres de l'empereur.
  On cherche des lettres de Guillaume Ier (Wilhelm), cachées dans une des 12 chambres du château de Veldenz dédiées aux dieux de l'Olympe, et la première piste est la chambre APOLLON. Cette éclipse des L lunaires dans le nom du dieu solaire m'avait semblé significative...
  Mais c'est une fausse piste, et la cache se trouve dans la pièce où NAPOLEON a passé une nuit en 1809; la cache est vide, et j'en ai déduit que le titre du chapitre concerne non les missives du Kaiser mais les caractères de Napoléon...

  Lorsque en septembre suivant dp me fit découvrir Findley, dont j'ignorais tout, j'appris qu'il avait passé la fin de sa vie à Cotignac, où il est inhumé.
  C'est donc à Cotignac qu'il a écrit Pilgrim, son avant-dernier roman, ainsi que le dernier, Les robes bleues, sur lequel j'ai jeté un oeil.
  Je ne suis pas parvenu à m'intéresser à cette histoire qui se passe à Stratford (Ontario), où se déroule un festival shakespearien dont Findley était un familier, pendant l'été 1998, du 25 juin au 19 août. Puis il y a un saut pour les quelques pages du dernier chapitre, Cygnes, se passant le dimanche 4 avril 1999.
  Je connais bien cette date, que j'ai utilisée dans mon roman Sous les pans du bizarre où des latinistes étaient assassinés à des dates géminées, le 3/3, le 4/4, le 5/5... Parce que le 4 avril était en 99 le dimanche de Pâques, j'avais introduit quelques allusions pascales dans mon récit de la mort de Jacques Courtas à la station Denfert, en hommage notamment à Maurice Leblanc que je soupçonne fortement d'avoir joué avec les dates de Pâques.
  J'ai donc lu cet ultime chapitre écrit par Findley, sans pouvoir y décrypter quoi que ce soit, et une petite enquête m'a révélé que ce 4 avril était vraisemblablement un hasard, car l'autre événement important de Stratford, avec le festival d'été, est la Parade des cygnes fixée au premier dimanche d'avril. La rivière et le lac de la ville abritent une trentaine de cygnes et autres volatiles, mais ceux-ci doivent prendre leurs quartiers d'hiver dans une grange de novembre à mars, la rivière étant gelée. Leur retour à l'eau se fait en fanfare, lors d'une cérémonie typique qui attire une foule énorme :
  Il s'est donc trouvé que le premier dimanche d'avril 99 était Pâques, mais la coïncidence va bien au-delà de ce premier constat.
  Pilgrim débute le 17 avril 1912, date des crimes du Palace-Hôtel au début de "813", et Les robes bleues s'achève un dimanche de Pâques 4 avril, or l'aventure suivante de Lupin est l'enquête du Triangle d'or sur une mystérieuse mort survenue le matin du 4 avril 1915, qui était aussi un dimanche de Pâques (et il s'agit de la mort de quelqu'un qui avait survécu à une tentative d'assassinat le 14 avril 1895, autre dimanche de Pâques).
  Par ailleurs 1999 a été marqué en France par l'éclipse du 11 août, la plus forte depuis celle du 17 avril 1912. Comme mon roman a été écrit l'été 99, j'y ai introduit de multiples allusions à l'éclipse, ainsi que des citations cachées de "813".
  J'ai aussi codé dans ses 14 chapitres le sonnet Vocalisations de Perec, pour sa valeur 6272 qui me fascinait déjà depuis plusieurs années.Neuf ans plus tard je découvrirais le schéma de la vie de Jung, et ses 6272 jours entre deux dates géminées, le 4/4 (44) et le 6/6 (61), dates où j'avais fait mourir Courtas, en pensant au 4/4 du Triangle d'or, et Cortier, nom emprunté à Locus Solus où les 3 morts dont est responsable Cortier me semblent calquées sur les Trois crimes d'Arsène Lupin (seconde partie de "813").

  En cherchant la date exacte de notre déjeuner avec les bd à Cotignac, j'ai été émerveillé de trouver que c'était le 2/2. J'avais déjà vu ici que ma première idée de patchwork doré avait été réalisée par Anne le 4/4 de cette même année 2008, patchwork qui serait quelques jours plus tard brodé d'un 813 car la pièce jaune de départ était un rectangle de 8 unités sur 13 (je ne savais pas alors que le 4 avril était le 13/8 du calendrier pataphysique).
  Si mon "journal des coincs" est loin d'avoir toutes ses entrées à des dates géminées, je remarque particulièrement ces deux événements du 2/2 et du 4/4 à cause de la rencontre avec bd & bd, soit 2-4 et 2-4, ce qui entrait pour une part dans la dédicace A B D de mon avant-dernier billet.
  J'ai cherché une image ou une vidéo de la Parade des cygnes de 2008 à Stratford, mais elle fut exceptionnellement annulée cette année, la rivière étant encore gelée.

Note : Laurent me rappelle que les arcanes 18 et 19 du Tarot sont la Lune et le Soleil. Sans prêter une quelconque intention ésotérique à Perec, le remplacement de 19 par 18, du Soleil par la Lune, peut trouver sens dans le contexte de l'éclipse du 17, l'Etoile assimilée à Mercure, dieu des voleurs. Et pourtant ces arcanes 17-18-19 ont été au premier plan de plusieurs billets.