20.10.13

Es werde Licht !


  Le billet précédent m'a conduit à examiner les différents sens du nom de la ville natale d'Abraham (selon la Bible), Ur, soit "feu" ou "lumière". Ceci m'a presque immédiatement rappelé le personnage central du roman Mon coeur mis à nu de Joyce Carol Oates (1998), Abraham Licht (Licht, "lumière" en allemand).
  J'ai découvert JCO en 2003 avec Une troublante identité, publié sous le nom Rosamond Smith, qui m'a fait lire dans la foulée tous les autres JCO de la médiathèque. Divers éléments m'avaient alors conduit à déceler des allusions à Queen ainsi que des constructions fibonacciennes, puis le point fibonaccien le plus significatif s'est avéré être de l'ordre de la coquille dans l'édition française de Mon coeur mis à nu, ce qui remettait fortement en question toute intentionnalité de l'auteur.
  Je connais maintenant de multiples cas similaires d'harmonies semblant échapper à toute logique usuelle, tant de cas que je commence à y voir une certaine normalité, que je me refuse à théoriser.
  J'en viens au plus vite à ma relecture de Mon coeur mis à nu, dont la structure m'avait frappé à première lecture, 3 parties de 21-13-9 chapitres, fort proche d'un 21-13-8 fibonaccien car le dernier chapitre était une unique phrase sans lien immédiat avec le chapitre précédent, où le suicide d'Abraham Licht pouvait être la véritable fin du livre.
  Je suppose que je n'avais pas en 2003 calculé les valeurs de tous les noms de ce foisonnant opus, 610 copieuses pages, ou qu'alors je ne prêtais attention qu'à des relations immédiates mettant en jeu directement les suites de Fibonacci ou Lucas, en tout cas je n'avais pas remarqué que le climax achevant la seconde partie était l'assassinat du second fils d'Abraham, Harwood Licht = 84/52 = 21/13. La dernière phrase de ces 21+13 chapitres montre Abraham recevoir le 21 décembre 1916 la tête de son fils dans un carton à chapeau, Abraham qui mène alors un somptueux train de vie sous le nom d'Albert Saint-Goar à Philadelphie, dans une propriété de Rittenhouse Square, là même où se révèle la double vie de Tristram Heade (head, "tête") dans Une troublante identité.

  J'ignorais alors que le plan original de Philadelphie était un damier de 8x21 blocs, étonnamment partagés en (3+5)x(8+13) par un "Centre Square". L'ouverture ultérieure de 5 autres artères principales créerait grosso modo un centre historique de 13x21 blocs, d'autant plus remarquable que le nom PHILADELPHIA peut se traduire en une équation fibonacienne:
Phi > LA + DEL = PHIA (13+21 = 34)
ou encore
Phi x LA = DEL. PHIA (1.618 x 13 = 21.034)
  Par ailleurs les 4 Squares également prévus dans le plan original de la ville forment les 4 coins du rectangle d'or en blanc ci-dessus (mes numérotations 13-21 se croisent sous Rittenhouse Square). Voir mon Naccipolis pour plus de détails sur cette ville de la fraternité, où divers indices peuvent donner à penser que les assassins de Harwood Licht, non identifiés, soient ses propres frères.

  Harwood Licht est le premier nom fictif de valeur 84-52 que je découvre depuis ma découverte du couple HAEMMERLI-JUNG = 84-52. Mes autres rencontres avec le couple 52-84 ont été marquées par des circonstances remarquables. Bref rappel :
- Juste avant mon intuition du schéma 4-1 de la vie de Jung autour du 4/4/44, je me suis réveillé tôt le 8 septembre 08 avec en tête la réminiscence d'une erreur sur la date de naissance de Jung dans un roman lu 25 ans plus tôt, erreur lui attribuant ma propre date anniversaire, ce qui m'a aussitôt rappelé une autre erreur sur la date de naissance d'Unica Zürn, native comme moi du 6 juillet. Dans un demi-sommeil, j'ai calculé :
JUNG-ZUERN = 52-84
- J'ai ensuite appris le nom du docteur de Jung, supposé mort à sa place, HAEMMERLI = 84, et fait le lien avec le jour de ma découverte, jour de l'an pataphysique 136, 52+84.
- Je me suis ensuite avisé que la vision de Jung, probablement le premier récit d'une rencontre dans l'autre monde, pouvait évoquer les deux personnages de l'Ancien Testament montés vivants au ciel, Enoch et Elie, dont les noms hébreux ont pour valeur 84 et 52.
- J'ai ensuite découvert l'actrice Michaela McManus,
MICHAELA MCMANUS = 52 + 84 = 136
dont un rôle essentiel a été celui du procureur adjoint Kim Greylek dans la saison 10 de New York unité spéciale. Elle y prend ses fonctions à la date du 8 septembre 2008, jour de ma découverte de l'harmonie quintessentielle de la vie de Jung qui est donc aussi le premier jour de l'an 136 de l'ère pataphysique.
- Il y eut encore le cas de René Daumal, mort au moment où se jouait "l'échange" entre Jung et Haemmerli. Pour ses amis et pour lui-même, DAUMAL = 52 était NATHANIEL = 84, prénom de même sens que Theodor (Haemmerli). Au moment où je découvrais cette relation Nathaniel/Daumal = 84/52 = 21/13 était mis en vente pour la 1e fois un document où Daumal avait procédé à quelques calculs sur la suite de Fibonacci, avec un accent sur le couple 21/13.- J'avais rencontré trois mois plus tôt dans La cité des anges un autre Nathaniel = 84, ex-ange parvenu à s'incarner, qui apprenait comment faire à SETH = 52, ange candidat à l'incarnation, ceci à l'hôpital où il allait être opéré du coeur; c'est l'infarctus de Jung qui l'a conduit à être soigné par Haemmerli.

  On comprendra que je m'émeuve que mon premier personnage fictif 84-52 apparaisse dans 21-13 chapitres "cardiaques". Et ce n'est pas tout, ainsi en immédiat écho à ce qui précède il y a un autre personnage 84-52 dans Mon coeur, Nathaniel Liges, oncle d'Abraham dont le nom ne semble mentionné qu'une seule fois.
  Liges semble être un des pseudos de la famille Licht. Ce site donne des liens vers de nombreux manuscrits de Oates, dont une page préparatoire de Mon coeur, où dès ce premier jet apparaît le nom Lige (en haut à droite). Abraham a utilisé le pseudo Jasper Liges, et Harwood son fils criminel Harmon Liges.

  La date de ce plan n'est pas donnée, mais My heart laid bare a été une oeuvre longuement pesée, car le roman est paru le 1er juin 1998, quelques jours avant le 60e anniversaire de JCO (née le 16 juin 1938), alors qu'un chapitre, The Society for the Reclamation and Restoration of E Auguste Napoleon Bonaparte, en avait été publié dans The New Black Mask le 1er juillet 1986, quelques jours après son 48e anniversaire.
  Ceci me rappelle que Jung a construit la première tour de Bollingen à 48 ans, en 1923, et qu'il y a ajouté de nouveaux aménagements tous les 4 ans jusqu'en 1935, l'année de ses 60 ans où l'édifice lui est apparu satisfaisant, correspondant à une quaternité.
  48/60 = 4/5, et j'apprends ici que My heart laid bare fait partie pour JCO d'un quintette dont le dernier volet  est paru en mars dernier (ici critiqué par Stephen King).

  Le roman était donc d'abord une Chronique de l'infâme famille Licht de Old Muirkirk, mais JCO a ensuite renoncé à ce sous-titre. Old Muirkirk appartient à une géographie fantasmatique de l'Etat de New York propre aux fictions de JCO, mais la famille Licht opère ses plus grandes arnaques dans des lieux réels, et aux trois parties du roman sont associées trois villes, Trenton, Philadelphie et New York, qui m'avaient à première lecture évoqué Halfway House d'Ellery Queen, et à la relation :
TRENTON = (PHILADELPHIA + NEW YORK)/2
ou 106 = (101 + 111)/2
  Abraham Licht, né en 1861, pratique le Jeu, l'art d'escroquer ses contemporains, et entend se perpétuer en l'enseignant à ses enfants, du moins les 4 premiers :
- Thurston et Harwood, nés d'Arabella en 1885 et 1886.
- Elisha, bébé noir prétendument recueilli par Abraham en 1889, qu'on peut supposer être aussi son fils.
- Millicent, née de Morna en 1992.
- Darian et Esther, nés de Sophie en 1900 et 1901.

  Abraham Licht est un gentleman, comme un autre cambrioleur de mêmes initiales multipliant les identités, et comme Lupin il évite la violence, mais son fils Harwood est moins bien luné, et non seulement il tue une douairière à Atlantic City (le 23 juin 1909 à l'hôtel Saint-Leon), mais son frère aîné Thurston est accusé du meurtre, jugé à Trenton, capitale de l'état, et condamné à être pendu, sentence exécutable avant le 1er juin 1910.
  Trenton, 1er juin : ceci m'avait aussitôt évoqué Halfway House, où le meurtre est commis à Trenton le 1er juin 1935, peut-être pas par hasard car j'ai vu dans le 1/6 le Jour des Queen, moyenne des anniversaires des cousins Queen nés le 11/1 et le 20/10 1905, renversement de la Nuit des Rois le 6/1. De même un procès à Trenton s'y conclut par la condamnation d'une innocente.
  L'essentiel de la 1e partie de Mon coeur est consacré à cette affaire, aux vains efforts d'Abraham pour obtenir la grâce de son aîné, qui sera finalement sauvé grâce à un subterfuge le jour de son exécution, le 29 mai. Mais Thurston, après avoir été miraculeusement libéré, n'en sera pas reconnaissant et reniera la famille Licht.

  Le tueur Harwood est chassé par Abraham, lequel place alors ses espoirs en ses deux enfants suivants, Elisha et Millicent, mais ceux-ci le déçoivent en tombant amoureux l'un de l'autre dans la 2e partie, amour qu'Abraham juge impossible, aussi chasse-t-il violemment Lisha, et Millie est désormais réticente à participer au Jeu.
  Ceci peut expliquer pourquoi Abraham semble pardonner à Harwood, lequel a monté une formidable opération. Il a rencontré le 9 avril 1914 à Denver l'héritier d'une famille richissime de Philadelphie, Roland Shrikesdale, dont l'autre qualité est de lui ressembler fortement. Harwood devient son ami, le fait parler de sa famille, et quand il en sait assez le tue le 28 avril et fait disparaître son corps.
  Sa mère dépense des fortunes pour faire rechercher le disparu, qui réapparaît le 8 septembre suivant, victime d'un accident qui l'a défiguré et rendu amnésique. Si sa mère le reconnaît aussitôt, certains membres de l'entourage sont plus réticents, surtout trois cousins qui guignaient déjà un héritage de 200 millions de dollars, mais ils se refusent à peiner la mère malade, si heureuse d'avoir retrouvé son fils.
  Harwood fait venir Abraham à Philadelphie, lequel s'installe Rittenhouse Square sous le nom Albert Saint-Goar, et la fréquentation de la bonne société locale l'amène à un prochain mariage avec un riche et noble parti.
  Le 20 décembre 1916 Anna Emery Shrikensdale meurt, mais Harwood ne jouira pas des 200 millions car il est enlevé le soir même par deux ou trois individus non identifiés, de même corpulence que lui. Le lendemain, lors de ses fiançailles représentant pour lui l'apogée de sa vie, Abraham reçoit un ensemble de paquets, contenant le corps démembré de son fils...

  Je n'ai pas décelé d'indice absolu dénonçant les assassins, mais les "cousins" n'avaient pas de raison d'en vouloir à ce point à "Albert Saint-Goar", alors que Thurston comme Elisha haïssaient à mort Harwood, et ne pouvaient accepter de le voir profiter d'un nouveau crime avec la complicité de leur père.
  Un chapitre antérieur montre Elisha mourir le 7 juin 1915 à Harlem, mais la 3e partie montre Elisha réapparaître dans les années 20 sous le nom Elihu, leader de la Fraternité noire universelle, sans que le mystère de sa mort en 1915 soit explicité, sinon qu'Elihu est dit avoir dans d'autres circonstances échappé miraculeusement à la mort.
  Elihu est une forme du nom Elie, "Dieu est YHWH", comme l'indique explicitement JCO, tandis que Elisha est notre Elisée. Dans la Bible Elisée est le successeur désigné d'Elie lorsque celui-ci est enlevé au ciel sur un char de feu. Je ne sais ce qu'a voulu exprimer JCO par ce renversement, mais je remarque l'écho avec mon thème Elie-Enoch (52-84). Il y a un autre Elie dans le roman, le père défunt Elias Shrikendale de l'héritier tué par Harwood, ainsi, plutôt que Roland, Harwood aurait pu se voir éliminer et remplacer le successeur Elisha, le "nègre" abhorré qu'il avait déjà tenté de tuer.

  Je note plusieurs "échanges" et "résurrections" dans l'histoire des frères Licht :
- Thurston est condamné à mort à la place de Harwood.
- Thurston semble mourir d'une crise cardiaque le jour de son exécution, mais il sera ranimé.
- Harwood prend la place de Roland, lequel apparaîtra ensuite comme ressuscité pour sa famille.
- Elisha meurt et renaît sous le nom Elihu.
  Je remarque la date de la rencontre entre Harwood et Roland, le 9 avril 1914 qui était cette année un Jeudi saint. Le 4/4/44 était le mardi de la Semaine sainte, et j'ai évoqué à diverses reprises l'échange d'identités du Triangle d'or, où Essarès tue Belval-Diodokis et prend sa place le 4 avril 1915, jour de Pâques, avec d'autres relations dorées :
ESSARES-BELVAL-DIODOKIS = 86-54-86, tripartition dorée des 226 cm du Modulor;
LE TRIANGLE D'OR = 140, section d'or de 226.
  La date de réapparition de "Roland" le 8 septembre m'est encore significative, et il n'est pas exclu que JCO ait choisi cette date de la Nativité de Marie (plutôt que celle de la Nativité de Jarry inaugurant l'année pataphysique).

  Abraham fait une grave dépression suite à la mort de Harwood, mais la 3e partie le montre s'en remettre et monter sous le nom de Moses Liebknecht de nouvelles combines lui permettant d'amasser des millions de dollars. Il vit désormais à Manhattan, côtoie les plus grands, dont le président Harding, se marie avec une jeune femme qui lui donne une fille en 1928...
  Le krach de 1929 vient balayer cette réussite, et Abraham, ruiné, se réfugie à Old Muirkirk, à la charge du seul enfant qui ne l'a pas abandonné, Darian, qu'il soupçonne de convoiter sa jeune épouse et comploter contre lui. Il se suicide fin 1932, dans sa 72e année, après avoir brûlé tous ses papiers, notamment le roman de sa vie, Mon coeur mis à nu.
  Si Abraham meurt dans le désespoir, se croyant trahi par ses enfants, le lecteur doté d'autres informations peut se faire une autre opinion :
- Elisha-Elihu a peut-être mené le Jeu plus loin que tous les autres Licht, avec sa Fraternité devenue une force politique marquante.
- Thurston réapparaît dans la 3e partie, sous l'identité du révérend Thurmond Blichtman. Il n'a pas renoncé au "Licht" familial, et sa quête de fonds pour bâtir une église à Miami pourrait viser à un New Muirkirk ("église du marais"). J'imagine que ce n'est pas un hasard si le krach survient au moment où son père s'occupe d'une magouille immobilière vers Miami.
- Millicent a quitté son père pour un mari attentionné, mais au fil des ans une certaine lassitude l'amène à reprendre le Jeu à petite échelle, en faisant des niches à son entourage.
- Darian et Esther n'ont jamais pratiqué le Jeu, mais n'en réussissent pas moins leurs vies.

  Je reviens à ma lecture de 2003, où j'avais prêté attention à la composition du roman, en 21-13-9 chapitres. Chaque chapitre est formé de sections numérotées; la numérotation débute à 1, hormis lorsque le chapitre est d'un seul tenant, et hormis les chapitres 7 et 14 dont la première section n'est pas numérotée.
  Avant la première anomalie les 6 premiers chapitres comptent 34 sections, avant la seconde les 13 premiers chapitres comptent 55 sections. La seconde anomalie divisait encore les 21 chapitres de la 1e partie en 13+8.
  8-13-21-34-55 : je ne doutais pas d'une claire utilisation de la suite de Fibonacci, confirmant quelques premières supputations sur l'oeuvre de JCO. J'ai consulté l'édition américaine pour avoir confirmation de ces anomalies, qui étaient bien présentes, mais il y avait deux autres chapitres (17 et 37) où la section 1 n'était pas numérotée, ce qui était pour le moins gênant.

  Ma relecture en 2013 m'a fait voir une autre anomalie. Le plus long chapitre est le pénultième, contant le déclin et le suicide d'Abraham, et le plus court est le dernier, composé d'une seule phrase.
  Ce plus long chapitre a 18 sections, ou plutôt débute par une section I et s'achève sur une section XVIII, mais il n'a pas de section VIII et passe directement de VII à IX.
  My heart laid bare n'a été traduit qu'en français et en russe. J'ai trouvé l'e-book russe Исповедь моего сердца, où je n'ai vu aucune anomalie. Les sections de ce chapitre sont numérotées de I à XVII, et tous les chapitres de plusieurs sections débutent par une section I. J'en déduis qu'il y avait 5 erreurs dans l'édition originale, offrant un motif 4-1 (4 oublis de section I et un saut intempestif), corrigées peu à peu au fil des éditions. Ces erreurs venaient peut-être du manuscrit de JCO, que je n'imagine plus être une adepte de Fibonacci.
  La nouvelle anomalie a pour moi une incidence immédiate dans l'édition française. En 2003 l'addition des nombres de sections m'avait conduit à 71-63-57 pour les 3 parties, ou 71-63-56 pour la forme en 21-13-8 chapitres où le dernier chapitre serait à part, mais il n'y a donc que 55 sections dans ces 8 chapitres, alors que l'autre anomalie pouvait souligner les 55 sections des 13 premiers chapitres. Ou 34+21 en 6+7 chapitres, également répartition des 6+2 chapitres de la 3e partie.

  Un élément manquant parmi 18 m'évoque bien d'autres choses, avec en premier lieu La lettre d'amour du roi George, une nouvelle où Leblanc a imaginé 18 lettres cachées dans les 18 tomes d'une édition des romans de Richardson, mais le tome 14 a disparu ainsi que la lettre n° 14, essentielle pour Elisabeth Lovendale car elle prouve que le roi est son grand-père.
  J'y ai vu que cette lettre-missive 14 était aussi la lettre de l'alphabet N, "haine", qu'un ROMAN français contient à la fois AMOR et N, et qu'il en va miraculeusement de même pour un roman anglais, NOVEL = LOVE + N.
  Ceci, découvert en 1996, a été le point de départ de cette série de pages de 2002, parmi lesquelles il était question du poème ROMAN AMOR de Paul Braffort et du roman Amour noir de Dominique Noguez.
  Je ne me souviens pas avoir songé à actualiser ces pages lorsque j'ai découvert JCO en 2003, et lu son Un amour noir (titre français fort éloigné de l'original), où la narratrice évoque sa grand-mère Calla Freilicht (tiens Licht, et il y en a d'autres dans l'oeuvre de JCO, et un Lux assassiné à Philadelphie dans Une troublante identité) qui a eu sa "vie coupée en deux, mais non par moitié".
  Calla a donné 3 enfants à son mari lorsqu'elle tombe à 21 ans amoureuse d'un jeune noir. Cet amour impossible les conduit à choisir ensemble la mort dans les chutes du Niagara oatesien, mais Calla y survit 55 ans, immobilisée par de multiples fractures.
  Lors de mon approche de 2003 j'étais sûr que ces 21-55 avaient été choisis parce que c'étaient des Fibos, non consécutifs pour accentuer la différence, mais je ne crois pas avoir vu alors la similitude avec ROMAN AMOR, 18e poème d'un ensemble construit par le matheux Braffort selon un théorème concernant la suite de Fibonacci, en conséquence duquel ce 18 est coupé en deux, mais non par moitié, en 5-13, Fibos non consécutifs, et par un hasard confondant le poème est dédié à JEAN/QUEVAL = 30/78 = 5/13.

  Queval est la forme picarde de "cheval", et ma recherche quaternitaire m'a récemment conduit à un autre livre de Noguez, Lénine-Dada, or j'ai voulu magnifier en 1998 (l'année où est paru My heart laid bare) l'affaire N-AMOR par le projet Novel Roman, où le détective Honoré de Valmondada, au nom de 18 lettres de valeur 171 comme la somme des 18 premiers nombres, avec le N en 14e position comme Elisabeth Lovendale, enquêtait sur 18 meurtres des héritiers de V-A Monlorné qui avait choisi de partager sa fortune entre toutes les identités anagrammes de son nom.

  Un écho particulier apparaît avec les erreurs de l'édition française de Mon coeur, semblant souligner un double partage 34-21, avec notamment les chapitres 7-8 de la 3e partie en 4-17 sections avec un trou, car j'avais tenté une adaptation du jeu N-AMOR en N-LOVE, avec une des victimes de Novel Roman, O'Malvernon (inspiré de Charles-Auguste Milverton, dont les prénoms sont équivalents à Carl Gustav), qui détenait une lettre contenue dans le volume 14 des oeuvres de Hugo Vernier (emprunté à Perec). Mon Vernier aurait organisé de son vivant l'édition de ses oeuvres complètes en 21 volumes, avec les 4 premiers baptisés selon la tradition latine (4 premiers mois, 4 premiers enfants d'une famille), et les 17 autres numérotés non de 5 à 21 mais de 5 à 22 car Vernier superstitieux s'était refusé à un tome 13.
  En conséquence l'absence de la "lettre 14", N, créait un trou parmi ces volumes numérotés, entre 5-12, EL, et 15-22, OV.

  Si je reportais ce schéma aux chapitres 7-8 de l'édition française, ce serait la section 12 (L) qui manquerait, au lieu du tome 13 (M). Seul moi pouvais sans doute avoir l'idée de ce rapprochement, et le lecteur lambda serait plutôt mû à ne considérer que l'absence de la section 8 du 8e chapitre, suggérant le découpage 1-7, 9-18, soit A-G, I-R. Si l'absence du tome 14 de Richardson m'avait conduit à A-M, O-R, évoquant le palindrome AMOR-ROMA, l'absence de la section 8 conduirait ici à un autre palindrome, AGIR-RIGA, seule autre possibilité intelligible pour les 18 premières lettres.
  C'est précisément ce palindrome qui a fait naître mon double Tom Lapnus à Riga dans mon roman Sous les pans du bizarre, dont l'écriture assurée d'une publication a interrompu la rédaction de Novel Roman, que je n'ai pas reprise ensuite. Le billet précédent m'avait mené à Elmo Schulz, natif de Riga, père de Xul Solar auquel j'avais été conduit via Borges par le vengeur Urias de Rouge-Gorge de Jo Nesbø, et c'est l'association Lux-Ur qui m'a rappelé le personnage d'Abraham Licht.
  Dans le roman suivant de Nesbø, Rue Sans-Souci, c'est le palindrome AMOROMA qui apporte la lumière à son héros Harry Hole.

  Un autre billet récent m'a conduit au premier roman de JMG Le Clézio, Le Procès-Verbal, en 18 chapitres "numérotés" de A à R, ou plutôt 17 car il n'y a pas de chapitre Q.
  Le Clézio a eu le Nobel en 2008, alors que JCO est considérée comme nobelisable depuis plus de 20 ans, encore donnée en 4e position par les parieurs cette année.
  Le Procès-Verbal contient le couple le plus fibonaccien rencontré jusqu'ici,
ADAMPOLLO / MICHELE = 89/55.
  Lors de ma lecture en 2003 de Mon coeur, je privilégiais les relations directement fibonacciennes, alors que j'ai étendu depuis mon intérêt à toute relation dorée optimale entre deux entiers. Il est frappant de trouver de telles relations pour les deux fratries utérines Licht :
THURSTON / HARWOOD = 135/84
ESTHER / DARIAN = 75/47
et encore plus que leur autre soeur reconnue ait ses trois noms principaux en relation avec ces valeurs :
MILLICENT = 97 = (135+84) — (75+47)
MILLIE = 60 = 135 — 75 (son diminutif courant)
MINA = 37 = 84 — 47 (sa seule escroquerie, menée dans la 1e partie, se fait sous le nom Mina Raumlicht)
  97-60-37 est bien entendu aussi une série d'or, de plus correspondant à la COUPE / D'OR (60/37), nom donné par Sérusier à l'harmonie dorée, citée dans divers billets.
  La mère de Millicent est en outre Morna Hirshfield = 61/98, autre nom doré.

  MORNA est une anagramme de ROMAN ou N-AMOR, mais le fait que la fille de Morna s'établisse finalement à Richmond m'évoque fortement la dernière enquête d'Ellery Queen, The Tragedy of Errors, où la victime est l'actrice Morna Richmond (calquée sur Norma Desmond de Sunset Boulevard). JCO n'aurait pu connaître ce projet, publié en 2000, que si elle avait connu Dannay.
  Morna Richmond a été mariée à Harmon Reed, et l'une des identités de Harwood est Harmon Liges. Son assassin est le psy Rago, anagramme de GOAR, sanctifié par Abraham Licht en Saint-Goar.
  La formidable arnaque napoléonienne de 1912-13 fait intervenir François-Léon Claudel (Abraham Licht), prétendu descendant d'un fils de Napoléon qui entend faire partager un immense héritage à tous ses parents, en leur demandant de substantielles provisions pour payer les avocats en charge du dossier; elle se conclut par un grand meeting à Philadelphie où Claudel présente à tous ceux qui se sont reconnus issus de cette lignée le descendant le plus direct, le propre petit-fils de Napoléon interprété par le noir Elisha... Claudel et Elisha sont deux des amants de Liliane Grey dans Le quatrième côté du triangle, de Queen, qui inspirent à la styliste les noms des collections Dulcela et Sheila. D'autres anagrammes de ce "roman" sont Hurt et Roman devenant Ruth et Norma. Je rappelle le vrai nom de l'actrice Ruth Roman, Norma Roman...

  L'arnaque napoléonienne a permis de récolter des millions de dollars, qui échapperont aux Licht victimes de leurs comptables et banquiers. C'est dans cet épisode qu'apparaît le nom Nathaniel Liges (84-52), oncle d'Abraham qui l'aurait jadis grugé, comme quoi les Licht/Liges n'ont pas attendu Harwood Licht (84-52) pour léser leurs parents.
  Un écrivain américain employant le nom Nathaniel peut difficilement ne pas penser à Nathaniel Hawthorne, et qui dit Hawthorne dit Salem, devant son nom à la Salem biblique où Abraham a rencontré Melchisedeq, épisode récemment évoqué.
  Il est curieux de voir OATES se livrer à des jeux entre son nom et SALEM (devenant OALEM puis OATEM) sur le brouillon de My Heart déjà signalé.
  Incidemment, il m'avait paru que le nom Lovendale de Leblanc pouvait faire le lien entre Lovelace de Richardson et Dimmesdale de Hawthorne. J'ai découvert Rosamond Smith (SMI) en cherchant à la cote SOR un roman de Virginia Sorensen où une femme et son enfant illégitime étaient chassés de leur ville, comme dans La lettre écarlate.
  Je note aussi le nom sous lequel Licht amasse une fortune de 24 millions de dollars, Liebknecht, nom qui contient toujours Li...cht, mais signifiant "chevalier de l'amour".

  Le nom Liges serait une forme du nom écossais Gillis ou Giles, signifiant Giolla Iosa, "serviteur de Jésus". C'est une permutation qui aurait donc conduit de Giles à Liges, et ceci m'évoque le nom Sigel, à la fois patronyme juif, considéré comme dérivé de sagan levi, assistant lévite, patronyme allemand forme de Siegel, "sceau", et nom d'une déesse solaire.
  Encore un écho xul-solarien...

  De même que Jo Nesbø donne dans Rouge-Gorge le sens du nom hébreu Daniel, mais se garde d'en faire de même pour Urias, JCO donne le sens de Elihu mais se garde d'analyser les autres noms hébreux présents, qui semblent pourtant mûrement pesés :
- Abraham signifie "père d'une multitude", et son but était de pérenniser le Jeu en l'enseignant à ses 4 aînés (est-ce un hasard s'ils forment dans l'ordre l'acrostiche THEM, "eux").
- La fondatrice de la dynastie Licht/Liges semble être Sarah, jadis morte à Old Muirkirk après avoir mis au monde un enfant illégitime, Sarah dite "princesse", ce qui est précisément le sens de l'hébreu Sarah.
- Elisha signifie "Dieu sauve", de même racine que Jésus.

11.10.13

Sunshine Superman


  Je rappelle la coïncidence survenue en fin d'écriture du précédent billet.
  L'étude de Rouge-Gorge de Jo Nesbø m'a conduit à La mort et la boussole de Borges, et à un de ses avatars trouvé par hasard il y a quelques années, Fantaisie architecturale de Bernard Marcadé paru dans le Guide du Paris de l'Ivre de Pierres (mai 82). Le matin du dimanche 22 septembre une phrase de ce texte,
Brusquement il y eut une interminable odeur d'eucalyptus.
m'a fait vérifier que les mots en italique étaient une citation de Borges, et ils figurent effectivement dans l'incipit de cette nouvelle de Fictions.

  Quelques heures plus tard un colistier de la liste Oulipo proposait l'exercice de la Semaine du Livre, recopier la 5e phrase de la page 52 du livre le plus proche de soi, sans en indiquer les références. Les livres les plus proches de moi étaient alors ce Guide et Fictions, et je me suis aperçu que la phrase qui m'avait intrigué était la 5e de la page 52 du Guide.
  La 5e phrase de la page 52 de mon édition Folio de Fictions (1981) était merveilleusement significative :
Telle fut la première intrusion du monde fantastique dans le monde réel.
 J'ai ajouté à ce billet quelques notes, mais ce qui suit promet d'être si copieux que je doute d'en démêler tous les fils.
  Il importe d'abord de citer le passage précédant la phrase dans Tlön, Uqbar, Orbis Tertius, première nouvelle de Fictions :
[page 51] Vers 1942 les faits redoublèrent. Je me rappelle l'un des premiers avec une singulière netteté, et il me sembla que j'eus un peu le sentiment de son caractère prémonitoire. Il se produisit dans un appartement de la rue Laprida, en face d'un balcon clair et élevé qui donnait au couchant. La princesse de Faucigny Lucinge avait reçu de Poitiers sa vaisselle d'argent. Du vaste fond d'une grande caisse bariolée
[page 52] de timbres internationaux sortaient de fines choses immobiles : argenterie d'Utrecht et de Paris avec une dure faune héraldique, un samovar. Parmi celles-ci - avec un frémissement perceptible et léger d'oiseau endormi - palpitait mystérieusement une boussole. La princesse ne la reconnut pas. L'aiguille bleue cherchait le nord magnétique ; les lettres du cadran correspondaient à un des alphabets de Tlön. Telle fut la première intrusion du monde fantastique dans le monde réel.
  C'est donc une boussole qui révèle cette "intrusion". J'ai vérifié que c'était la seule occurrence du mot "boussole" dans le recueil Fictions, en dehors de La mort et la boussole bien entendu.
  La nouvelle Tlön... a la particularité d'être formée d'une première partie en 15 pages, écrite en 1940, suivie d'un post-scriptum de 1947 en 5 pages, mais ce prétendu complément figurait dès la parution originale du texte en 1940. Le passage ci-dessus est issu de ce post-scriptum, et il est intrigant d'y trouver l'apparition de cette boussole datée de "vers 1942", année d'écriture de La mort et la boussole, peut-être la nouvelle la plus connue de Borges, ayant inspiré de multiples fictions, au moins 3 romans, L'Adversaire de Queen, La bibliothèque de Villers de Peeters, Borges et les orangs-outangs éternels de Verissimo, au moins 3 nouvelles, et au moins deux adaptations TV :
- un téléfilm anglais d'Alex Cox en 1992;
- un téléfilm français que je me rappelle avoir vu vers 1990, lors des fêtes du nouvel an, mais dont je n'ai pu retrouver trace (merci à qui le connaîtrait de me le signaler).

  Lorsque j'ai repris la page 52 de Fictions de 22 septembre, je me suis aussitôt souvenu que Perec citait ce passage dans La Vie mode d'emploi (VME). Voici ce qu'il est devenu au chapitre 56 de VME :
Il tient sous le bras gauche un quotidien du matin sur lequel on peut voir une publicité pour des bas, l’annonce de la sortie prochaine du film de Gate Flanders, Amour, Maracas et Salami, avec Faye Dolores et Sunny Philips, et une manchette : La Princesse de Faucigny-Lucinge est revenue ! surmontant une photographie où l’on voit la princesse assise, l’air furieux, dans un fauteuil modern style cependant que cinq douaniers sortent avec mille précautions du vaste fond d’une grande caisse bariolée de timbres internationaux un samovar d’argent massif et un grand miroir.
  Une différence est immédiate : chez Borges les deux objets précisés sont le samovar et la boussole, tandis que Perec a remplacé la boussole par un miroir. Il peut y avoir une raison simple, une contrainte appelant la présence d'un miroir dans ce chapitre, mais sa présence au sein d'une citation de Tlön ne peut laisser indifférent quand on sait qu'une des phrases les plus connues de Borges vient précisément du début de cette nouvelle :
Bioy Casarès se rappela alors qu'un des hérésiarques d'Uqbar avait déclaré que les miroirs et la copulation étaient abominables, parce qu'ils multipliaient le nombre des hommes.
  J'ai déjà cité cette phrase dans un billet de 2009, suite à la diffusion  d'un épisode de la série Inspecteur LewisDe l'autre côté du miroir, où une jeune femme était égorgée avec un éclat de miroir, l'assassin ayant ensuite barbouillé avec le sang de la victime le mot UQBAR sur un papier laissé à côté d'elle.
  Ce mot Uqbar était pour la victime suivante un nom de code pour "l'allégorie de l'amour", The allegory of love, titre original de l'épisode emprunté à une oeuvre de CS Lewis, et le meurtre suivant était commis avec l'épée de vérité de Lewis, ce que j'ai rappelé récemment ici.
  Il n'était nullement mentionné dans l'épisode la relation de Borges avec les miroirs, lesquels font de la propriété de Triste-le-Roy où s'achève La mort et la boussole un labyrinthe infini.

  Je n'avais alors pas décortiqué l'emprunt de Perec au point de constater que la boussole de Tlön était devenue un miroir, et n'avais d'ailleurs jamais remarqué cette boussole.
  J'ai scruté l'épisode plus attentivement. Il y a plusieurs princesses de Faucigny-Lucinge, l'une d'elles étant une amie de Borges, María Lidia Lloveras.
  C'est à Buenos Aires qu'il y a une rue Laprida, du nom du premier président argentin, mort égorgé le 22 septembre 1829. Je rappelle que c'est ce 22 septembre que s'est passée l'affaire des 5es phrases page 52, 22 septembre qui est aussi le 1er Vendémiaire. Laprida était apparenté à Borges.
  Je n'ai pas réussi à savoir si la princesse de Faucigny-Lucinge avait habité rue Laprida, mais il y demeurait un grand ami de Borges, à l'adéquat numéro 1214 car il était né un 12/14 (14 décembre 1887), l'artiste Xul Solar, également cité dans la nouvelle, et l'ayant d'ailleurs peut-être inspirée, du moins pour ce qui concerne les langues de Tlön.

  J'ai été éberlué d'apprendre le 30 septembre que Xul Solar avait pour nom de naissance Alejandro Schulz Solari, fils de Elmo Schulz allemand né à Riga, et d'une mère italienne née Solari.
  Les commentateurs semblent accréditer que les différents langages de Tlön dont il est question dans la nouvelle sont en directe provenance de Xul, inventeur de diverses langues écrites et parlées comme la panlingua dont voici quelques glyphes. Ceci s'accorde avec l'apparition de la boussole porteuse d'un alphabet de Tlön rue Laprida, où habitait Solar.
  Ainsi moi, Rémi Schulz, ai été conduit à une intrusion dans le monde fantastique d'un autre Schulz... Il est vrai que ce patronyme est assez courant, mais il a diverses autres graphies (Schultz, Schultze, Scholz...), et l'affaire est loin de s'arrêter à une simple hom-onymie.

  Ayant découvert qu'il avait existé la revue argentine Xul parue de 1980 à 1996, j'ai cherché xul 1980 sur GoogleImages, et ai eu la surprise de trouver parmi les premiers résultats le dernier numéro de Viridis Candela. Le lien pointait vers l'article Wikipédia sur la revue, et le thème du Correspondancier n° 24, paru en juin dernier, était la pataphysique à Buenos Aires. 16 pages y étaient consacrées à Xul Solar.
  Il y avait aussi quelques pages plus loin un article d'un autre Schulz, moi, comme en témoigne ce début du sommaire. C'est le deuxième article que j'avais proposé à la revue, le premier était paru dans le n° 17.
  Si l'on m'avait demandé avant le 30 septembre dernier qui était Xul Solar, j'aurais été bien en peine d'avancer quoi que ce fût. Le passage de Tlön où son nom est mentionné m'est pourtant familier, mais de nombreux personnages réels ou imaginaires apparaissent dans la nouvelle. J'ai évidemment regardé en juin le sommaire du numéro, où aucun nom du dossier portègne ne me semblait connu. Je n'ai donc pas lu l'article sur Xul de Thieri Foulc, qui non seulement y donnait son patronyme originel mais remarquait l'homonymie avec le mien (c'est en connaissance de cause qu'il a inclus mon article à cette livraison). Il faisait encore écho à l'idée que les mots tlöniens Hlör u fang axaxaxas mlö de la nouvelle étaient de la panlingua solarienne.

  Je reviendrai à Viridis Candela, mais je crois devoir d'abord introduire un autre élément spéculaire propre à faire perdre la boussole. La nouvelle Tlön est basée sur la découverte d'un exemplaire particulier d'une édition pirate de l'Encyclopaedia Britannica, dont le 46e volume Tor-Ups contient 4 pages sur Uqbar absentes de tous les autres exemplaires.
  Il a été il y a peu découvert que Borges s'était inspiré d'une édition bien réelle, Anglo-American Encyclopedia, dont le volume 46 est en fait TOT-UPS. Si personne n'a trouvé jusqu'ici d'exemplaire contenant les 4 pages sur Uqbar, il semble bien que Borges ait remarqué l'absence dans cette édition du mot Ur, pourtant l'une des premières villes mentionnées dans la Bible, Ur Chaldaeorum de la Vulgate, lieu de naissance d'Abraham, Ur ou Our des mots-croisés.
  Selon l'Encyclopaedia Britannica, "ur" signifierait originellement "the city", et Borges se serait ému de l'absence de cette "ville primordiale" dans une encyclopédie se prétendant exhaustive, d'autant que le préfixe allemand ur signifie "originel", ce dont il se sert probablement en employant à deux reprises le mot Ursprache, "langage originel".
  Cet article érudit en anglais donne plus de détails, mais je crois pouvoir apporter d'autres lumières sur la question, car Ur de Chaldée est en hébreu אור כשדים, où אור (AWR) est aussi un substantif, signifiant "feu" lorsqu'il est vocalisé 'ur, "lumière" lorsqu'il est vocalisé 'or (seul le contexte guidait jadis pour choisir le bon sens). De fait la tradition juive associe Ur à une fournaise où les païens auraient jeté Abraham, sauvé par un miracle divin. L'hébreu pour "ville" est 'ir, proche de 'ur.
  Je rappelle que c'est le personnage Rouge-gorge, alias Gudbrand-Urias (Uriah, AWRYH), double "feu de Dieu" (ou "lumière de Dieu") de Nesbø qui m'a conduit au vengeur de La mort et la boussole, Red Scharlach, puis via la 5e phrase de la page 52 à la boussole de Tlön, venue du monde d'Uqbar qui aurait donc été Ur dans l'esprit de Borges...
  Borges pouvait connaître ce sens de "lumière" pour Ur, auquel cas il aurait pu se sentir concerné par l'absence de "lumière" de l'encyclopédie, se sachant condamné à la cécité.

  Xul Solar a choisi son nom d'après le mois maya Xul, se prononçant choul, presque Schulz, mais il a probablement pensé aussi au latin lux, "lumière". Xul est le 6e des 18 mois de 20 jours du calendrier solaire Haab, suivi du mois de Yaxkin correspondant à la naissance de Xul Solar un 14 décembre, mois du solstice d'hiver essentiel pour les Mayas, renaissance du soleil.
  Le renversement de lux en xul peut aussi amener l'idée que xul solar serait le contraire de la lumière solaire, or Ur était la cité de la déesse Lune.
  Borges pourrait avoir situé le luxe de sa princesse à l'adresse de Xul en pensant à une origine lux du nom Lucinge. Si cette page trouve fantaisiste une étymologie directe lux-Lucinge, elle donne pour origine probable Lucianus, nom propre lui-même dérivé de lux.

  Thieri Foulc auteur de l'article sur Xul Solar dans le Correspondancier m'a confié avoir renoncé à mentionner le jeu lux-xul parce qu'il n'était pas attesté chez l'artiste, bien que fréquemment mentionné par des tiers. Il lui correspondrait UR-RU, ce qui m'évoque aussitôt le nom éminemment pataphysique UR-UBU-RU rencontré dans l'antépénultième billet. J'ai tracé une gidouille rouge sur le ventre de cet urubu à tête rouge en pensant au mot ru, "rouge" en breton.
  Une rapide enquête sur le nom Uruburu m'avait appris qu'il provenait du basque uriburu, "tête de la cité", où j'avais présumé que buru correspondait à "cité", en pensant au bury-borough anglais. Il n'en est rien et c'est "tête" que signifie buru, le même dictionnaire m'apprenant que uri, "ville", a pour autre forme iri, ce qui est proche de l'hébreu 'ir, "ville", peut-être à l'origine de 'ur.
  Je n'avais alors aucune raison de remarquer qu'il y avait une importante famille Uriburu en Argentine, dont sont issus deux présidents, et une rue Uriburu à Buenos Aires, citée par Borges.
  Le second président Uriburu était plutôt un dictateur, et c'est curieusement son régime qui a mis fin en 1930 au réseau de prostitution Zwi Migdal que j'ai vu concerné par La mort et la boussole.
  Cyrieusement encore, cet Uriburu a destitué un autre président d'origine basque, Yrigoyen né Irigoyen ("dessus de la cité").

  Ur-rue, la rue de la cité... Superbement, BUENOS AIRES est l'anagramme exacte de URIAS NESBOE, le nom de l'auteur norvégien Nesbø étant souvent écrit Nesboe dans l'orthographe normalisée ne connaissant pas le ø scandinave.
  Urias a pour anagramme suria, "soleil" en malais, mais la question des anagrammes de URIAS est si riche que j'y consacrerai le prochain billet.

  Au jeu UR-RU peut correspondre le BAR/UQ pour UQ/BAR de Perec, avec l'article de Boris Baruq Nolt qui ouvre la revue imaginaire BILL dont le sommaire constitue l'essentiel du chapitre 56 de VME, la citation donnée plus haut représentant environ la moitié du texte proprement dit du chapitre.
  Nolt y est évidemment le renversement de Tlön, et Boris l'anagramme d'Orbis, Tertius étant peut-être donné par la page 303.
  Les deux rubriques suivantes sont encore des citations de Fictions. Je me suis émerveillé à diverses reprises de la juxtaposition des rubriques 6 et 7, l'une étant une allusion sauvage à Sturgeon, non programmé dans ce chapitre, l'autre une allusion à La mort et la boussole exploitant la citation de Freud programmée, Perec ayant déniché une obscure notule de Freud sur YHWH dans la Révolution psychanalytique de Marthe Robert, transformée en Robin Marr.
  Je suis encore revenu récemment sur les liens Borges-Queen-Sturgeon-Perec, remarquant pour la première fois la possibilité de transformer Robin Marr en "rabbin mort", la nouvelle de Borges s'ouvrant sur la mort d'un rabbin, mais je n'ai pas repensé à ce Robin Marr lorsque j'ai fait le lien dans le dernier billet, via Queen, entre Rouge-gorge, vengeur chez Nesbø, et Red Scharlach, vengeur chez Borges, alors même que j'y signalais une anagramme à propos d'un autre Robin ("rouge-gorge" et diminutif de Robert).
  Incidemment, je viens de relire le premier Nesbø, L'homme chauve-souris, et le meurtrier étrangleur s'y prénomme Robin... Le livre est construit selon un mythe aborigène australien, où Walla et Moora sont opposés au serpent Bubbur, homologué au tueur Robin.

  Mon article du Correspondancier concernait les patriarches Sem et Héber, impliqués dans un jeu dont j'avais proposé une transposition ici. La presque homonymie entre Héber et le père Hébert modèle d'Ubu avait été évoquée dans les numéros précédents, mais les intervenants ignoraient l'étonnante tradition de l'Académie de Sem et Héber, la première yeshiva où fut enseignée la Tora, précisément aux personnages dont la Tora relate les vies...
  Dans le monde yiddish, la yeshiva se confondait avec la synagogue et était appelée di shul, se prononçant "choul" comme Xul. Le mot est toujours d'emploi courant comme ont peut le vérifier avec une requête "yeshiva" "shoule".

  La prononciation du X espagnol varie selon les régions et les temps. Avant qu'on ne me précise que Xul se prononce "choul" j'imaginais que le X avait la même prononciation que la jota J, comme dans Jerez/Xerez ou Mexico, ainsi je voyais Xul équivalent à Jul, évoquant Julio, "Jules" ou "juillet".
  Dans Rouge-gorge, le vengeur Urias tente de faire endosser ses crimes par Even Juul.
  Un "Jules" solaire m'évoque aussitôt César, qui a donné son nom au calendrier julien, basé sur un cycle solaire de 365,25 jours. Que le père de Xul Solar ait été un letton de Riga, Elmo Schulz, me touche particulièrement car j'ai mis beaucoup de moi dans le personnage Tom Lapnus des Pans du bizarre, Juif letton né à Riga, auquel j'avais attribué mes propres découvertes sur l'année solaire de César.
  J'ai fait mourir mon Tom Lapnus le 8 mai 99. Entre l'écriture des Pans achevée en septembre 99 et sa parution en octobre 2000 est paru le second polar de Guillaume Lebeau, L'agonie des sphères, où meurt aussi le 8 mai 99 un libraire latiniste d'origine judéo-lettone, Walter Zap.
  L’écriture des Pans m’avait amené à citer le premier polar de Lebeau, L’Algèbre du besoin, pour une coïncidence solaire survenue en temps réel. Pensant à Héliopolis, « cité du soleil », j’en ai perçu sans la chercher l’anagramme « Soleil Hopi », titre d’un livre célèbre; mon regard est tombé peu après sur ce polar de Lebeau, un Masque à la couverture jaune d'or se passant à Sun City.
  C'est dans Virgile que Tom Lapnus comme Rémi Schulz ont découvert des relations miraculeuses sur l'année de César, et l'écho avec le libraire Walter Zap m'a semblé se répercuter sur le libraire philadelphien Virgil Lux du roman Une troublante identité de Rosamond Smith, mentionné dans le pénultième billet.
  Thieri Foulc consacre une partie de son article sur Xul Solar à un roman de Leopoldo Marechal, Adán Buenosayres, où les membres de l'intelligentsia littéraire argentine sont présents sous des noms à peine voilés, l'aveugle Luis Pereda pour Borges, l'astrologue Schultze pour Xul Solar.
  La dernière partie est une visite d'un enfer imaginé par Schultze, l'obscure ville de Cacodelphia, dont Schultze se fait le Virgile dantesque pour le narrateur, comme l'indique la dernière phrase de la page espagnole wiki :
El último libro, el «Viaje a la Oscura Ciudad de Cacodelphia», es ni más ni menos que una parodia del Infierno de La Divina Comedia de Dante Alighieri, con sus círculos y su Virgilio particular (Schultze).
  Virgil Lux à Philadelphie, Virgilio Xul à Cacodelphie... Cette visite de l'enfer débute à minuit le samedi 30 avril 192*, veille de Pâques, et elle se déroule donc un dimanche pascal 1er mai qui outrepasse nettement les dates grégoriennes de Pâques, mais qui pourrait correspondre au 18 avril 1921 du calendrier julien, en retard alors de 13 jours sur le calendrier grégorien.
  En feuilletant le pdf en ligne du roman, j'ai remarqué malgré mon inconnaissance de l'espagnol un passage sur le mot hébreu Avir (AWYR), "air", qui devient Aor (AWR), "lumière", si on lui ôte un iod (Y).

  Je donnais aussi dans le pénultième billet une curiosité de la traduction espagnole (la langue de Xul Solar) des Pans, où le chapitre Cesser est devenu César, soit "César", alors que "cesser" se dit cesar en espagnol.
  Dans l'article du Correspondancier, je hasardais l'idée que Jarry avait placé son pentateuque ubuesque sous le signe du sacré, anagramme de l'acrostiche des 5 oeuvres contenant Ubu dans leurs titres :
  Il m'avait alors échappé que les lettres RCEAS pouvaient aussi former "César", alors qu'un autre texte de Jarry est César-Antéchrist, où Ubu est d'ailleurs présent comme le titre ne l'indique pas.

  J'ai montré plus haut un urubu à tête rouge, avec en arrière-pensées les vengeurs de Borges et Nesbø, mais aussi la victime Joachim Rotkopf ("tête rouge") de Borges et les orangs-outangs éternels, où Luis Verissimo a imaginé de faire enquêter Borges en personne sur le meurtre de Rotkopf qui a plié son corps devant un miroir pour dénoncer son assassin, mais le seul témoin révise à diverses reprises son témoignage, chacune désignant un coupable différent, dans des chapitres titrés X, O, M, W, ◊ (le losange de La mort et la boussole).
  Les deux premières versions accusent Xavier Urquiza, puis Oliver Johnson. Je m'étais émerveillé des lettres complémentaires des prénoms, AVIER et LIVER, correspondant exactement aux initiales des prénoms et noms des victimes de La bibliothèque de Villers, choisis pour former les acrostiches IVREA et IVREL, et je m'émerveille aujourd'hui des noms, Urquiza et Johnson.
  Urquiza est le nom d'un autre président argentin, assassiné comme Laprida, ayant donné son nom à tout un quartier de Buenos Aires. C'est encore un nom basque débutant par UR, mais dont l'origine est probablement urkhi, "bouleau".
  En espagnol quizá signifie "peut-être", ainsi Ur quizá signifierait "peut-être Ur", éventuelle définition d'Uqbar.
  Si Johnson est un nom très courant, le véritable nom du vengeur Urias dans Rouge-gorge en est une forme, Johansen, de l'hébreu Yohanan, "grâce de YHWH".

  Evoquer Rotkopf m'amène à rappeler que Borges a modifié l'intitulé du volume 46 de sa Cyclopaedia, TOR-UPS au lieu de TOT-UPS, ce qui permet diverses supputations :
- tot est l'adjectif "mort" en allemand, où Tor est le "portail", se renversant donc en rot, "rouge".
- le réel volume TOT-UPS ne contient pas Uqbar, or la nouvelle Tlön, Uqbar, Orbis Tertius est divisée en 3 parties pouvant correspondre aux 3 éléments du titre, livrant l'acrostiche TUOT, devenant TOT en ôtant Uqbar.

  L'article Xul Solar de Thieri Foulc est sous-titré pancreator, car Xul a affiché la prétention de TOUT réinventer, et une bonne partie de ses oeuvres est préfixée pan.
  Lorsque j'ai consulté GoogleImages j'ai particulièrement remarqué la série Pan Árbol (Arbre Total) d'aquarelles inspirées de l'arbre des sefirot de la Kabbale.
  Celle-ci (1954) montre le plus lisiblement les innovations de l'artiste, qui semble avoir éliminé la dixième sefira, Malkhut correspondant à la Terre. Il propose une construction symétrique, centrée sur la sefira subsidiaire Da'at (Connaissance), seule nommée sur le schéma, que Xul fait correspondre à la planète Saturne, usuellement homologuée à Bina, 3e sefira. Les sefirot de la colonne centrale sont identifiées par leurs numéros, [1] pour Keter, [6] pour Tiferet homologuée au Soleil, [9] pour Yesod (Fondement !) homologué à la Lune, ces correspondances étant classiques dans la Kabbale.
  Au-dessus de Keter, l'ultime niveau des premiers kabbalistes, apparaissent 3 autres éléments, correspondant peut-être à la triade ajoutée par la kabbale lurianique, 'En-sof (Infini), 'Or (Lumière), 'En-sof 'or (Lumière infinie). 'En-sof est littéralement "sans fin", et "fin" (sof souvent transcrit soph) correspond au renversement du grec phôs, "lumière".
  Ces 3 lumières supérieures (LUX) sont donc symétriques aux 3 planètes inférieures Vénus-Mercure-Lune qui pourraient donc former un XUL de basse-fosse, juste sous le Soleil... Le symbole en haut de la figure, symétrique de la Lune, pourrait être un soleil noir,  

  Je suis frappé de découvrir cet arbre symétrique chez un autre Schulz car j'avais eu lors de ma première approche de la kabbale l'intuition d'une disposition symétrique des 10 sefirot classiques, évoquée ici. La Lune et le Soleil étaient au centre de ce schéma, ensuite homologués aux lettres centrales de l'alphabet Kaf et Lamed formant le mot KL, kol, "tout".
  L'atbash jouait un rôle essentiel dans mon schéma, et je renonce à explorer tous les liens possibles avec l'atbash consistant, plutôt qu'à renverser un mot, à établir son équivalent dans un alphabet renversé. Uqbar serait ainsi Ur de Chaldée, or Chaldée, כשדים, est l'un des deux exemples d'utilisation avérée de l'atbash dans la Bible.
  Le Pan Árbol de Xul est centré sur Saturne, en hébreu shabbataï, or j'ai vu Shabbataï Zwi lié à La mort et la boussole. Ce messie auto-proclamé avait notamment remarqué que son nom, ÇBY, avait pour atbash HSM, "le Nom", désignation du Tétragramme évoquée dans mon article du Correspondancier.
  J'ai donc découvert Xul Solar ce 30 septembre, or 2 jours plus tard débutait à Phoenix une exposition itinérante Borges-Solar organisée à l'occasion du centenaire de la mort de Xul (le Jeudi saint 1963). Avec l'urubu trône parmi mes oiseaux favoris le phénix, en hébreu HWL, hol homonyme de "sable", noir héraldique dont j'ai vu le codage atbash devenir le blanc "argent", KSP, ce que j'avais figuré dans un Sceau de Salomon superposé au motif du rond-point d'Aiglun. Je remarque que les sefirot 1 à 6 (de Keter au Soleil) du Pan Árbol sont réunies par deux triangles formant un Sceau de Salomon, toujours autour du centre Saturne (cf l'ange Cassiel).

  Si l'arbre, des sefirot ou non, est en espagnol árbol, il est fascinant que Arbol soit le nom du soleil dans un autre langage inventé, la langue de la Trilogie cosmique de CS Lewis, déjà associé plus haut à Uqbar, lequel CS Lewis m'a occupé en juillet-août, suite à l'apparition en juin d'un certain Aldo Sacslei, en lequel j'ai cru reconnaître une anagramme de Cassiel, et qui était en fait un équivalent italien de Aldous Huxley.
  J'ai donc commencé par relire Le meilleur des mondes avant la Trilogie cosmique, et TOUT est décidément lié dans un enchevêtrement vertigineux, car mon amie dp a découvert que le prince Bertrand de Faucigny-Lucinge, époux de la princesse à la boussole tlönienne, avait dû vendre son château de Coat-an-Noz, "bois de la nuit", lequel fut acquis par la famille Mond des rois du nickel anglais, dont Huxley a emprunté le nom pour l'administrateur Mustapha Mond.
  C'est une famille d'origine juive allemande, et Mond en allemand est la "lune".
  Dans la traduction française, ce meilleur des Mond est devenu Mustapha Menier, du nom des industriels dont la propriété de Lamorlaye serait réquisitionnée par Himmler pour y installer un Lebensborn...

  Je repense à mon projet Le parfum de l'amant d'Anouar, où le dernier mot de la victime était "jour", qu'il fallait avoir l'idée de renverser en "rouge" pour comprendre qu'il désignait Adam Breger (car adam, "homme", est apparenté à adom, "rouge").

  Une lecture de jeunesse m'ayant amené à m'intéresser à la tradition juive a été Les grands initiés d'Edouard Schuré. J'y avais été frappé par son commentaire de la Genèse, où il voyait l'esprit-souffle de Dieu du verset 2, ROUA, devenir au verset suivant la lumière, AOUR, son exact renversement :
ROUA AELOHIM AOUR
Le souffle divin en revenant sur lui-même crée la lumière intelligible.
  Lorsque j'ai plus tard appris l'hébreu, il s'est révélé que les assertions de Schuré étaient plus qu'approximatives, le souffle étant RWH, rwa'h, et la lumière AWR, 'or, mais je n'ai pas tardé à découvrir d'autres belles spécularités, comme la valeur 813 du verset de la création de la lumière, renversement de la valeur 318 du soleil grec, Hélios (Ἥλιος). Je devais découvrir ensuite que le Soleil était en 3° 18' sur le thème de naissance de Jung.

  Mon premier article du Correspondancier touchait précisément aux deux livres "813" parus presque simultanément en 1910, celui de Leblanc (RWH se renverse en fait en HWR, "blanc") et celui de Crowley, que Xul a personnellement connu. Lorsque j'ai appris le 30 septembre que Xul était un Schulz, l'un des premiers échos a été une récente réminiscence.
  J'ai des échanges assidus depuis deux ans avec un nouveau phrère, Laurent Cluzel, qui joue volontiers avec son nom, mais ce n'est que ce 17 septembre que je me suis souvenu avoir utilisé en 2001 l'anagramme Czul Shimer, choisie pour obtenir le partage gématrique 62-72 du nom Arsène Lupin. Je devais découvrir ensuite que l'unité régissant l'harmonie 4-1 de la vie de Jung était 6272 jours.

Note 15 octobre : Sunshine Superman est une chanson de Donovan qui était autrefois à mon répertoire, et dont je connais toujours les paroles :
Superman or Green Lantern ain't got nothing on me...
  Après maintes hésitations sur le titre de ce billet, où il devait apparaître soleil ou lumière, il m'est venu que Sunshine Superman s'appliquait idéalement à Xul Solar.
  Aujourd'hui je regarde les forums jungiens et le sujet The New God-Image me fait remonter à un message du 26 septembre de Gregory Sova, que j'avais déjà rapidement parcouru, faisant d'emblée référence au superhéros Green Lantern. La lumière verte lui fait évoquer plus loin le feu Saint-Elme, en anglais Saint Elmo's fire. Ceci ne pouvait rien me dire avant d'apprendre le 30 septembre que Xul Solar avait pour père Elmo Schulz.
  Saint Elmo's fire est aussi appelé Saint Elmo's light, de même que le AWR hébreu peut être "feu" ou "lumière".

22.9.13

Norwegian Gud


  J'ai particulièrement recherché des noms réunissant les valeurs 52 et 84 de Jung et Haemmerli, et le seul cas immédiat jusqu'ici est celui de l'actrice Michaela McManus, avec une circonstance exceptionnelle.
  Son rôle essentiel a été celui du procureur adjoint Kim Greylek dans la saison 10 de New York unité spéciale. Les actions des épisodes y sont en phase avec leurs dates de première diffusion, ainsi l'action du premier épisode de la saison, diffusé le 23 septembre 2008, débute le 8. C'est ce 8 septembre 2008 que prend ses fonctions
Michaela McManus = 52 + 84 = 136
or c'est aussi le premier jour de l'an 136 de l'ère pataphysique, le jour où j'ai découvert l'harmonie quintessentielle de la vie de Jung autour du 4/4/44, le jour où il aurait échangé son destin avec celui de son docteur, Haemmerli.

  L'épisode débutant le 8 septembre présente aussi un schéma quintessentiel. Kim Greylek entend faire condamner un violeur, Noah Sibert, dont 4 victimes ont été identifiées. L'une, Annabelle Ashton, s'est suicidée, et les témoignages des autres n'apportent aucune preuve décisive. Puis les enquêteurs découvrent que la propre femme de Sibert avait été jadis violée, dans des circonstances similaires aux autres cas, mais le violeur alors moins prudent avait laissé une trace ADN et c'était bien Sibert qui avait ensuite poussé la perversité jusqu'à profiter du désarroi de Gwen pour la séduire.
  Les 4 autres victimes sont Annabelle, Caitlyn, Natalie et Emily, pas forcément dans cet ordre, mais l'acrostiche ACNE m'avait rappelé quelque chose que je m'étais refusé à mentionner avant de disposer d'élément précis.
  A partir de 1997, j'ai relevé dans chaque fiction criminelle lue ou vue les noms des victimes en m'intéressant aux possibilités d'acrostiche. Un cas notable est celui d'un téléfilm (ou épisode d'une série policière) où les 4 victimes d'un tueur atteint de psoriasis avaient dans l'ordre les initiales ACNE; une investigation médicale permettait aux enquêteurs d'éviter de justesse une 5e victime.
  Hélas je suis très bordélique, et mes notes sont réparties sur les supports les plus divers, cahiers surchargés d'inscriptions cryptiques dont le sens m'échappe souvent lorsque je les reprends, feuilles volantes, pages arrachées aux programmes TV, pages de garde des livres à portée de main... J'ai cherché en vain où j'avais pu noter cet ACNE, encore récemment sans succès, et c'est évidemment par hasard que j'ai pu remettre la main dessus.
  Les coïncidences autour de Sous les pans du bizarre décrites dans le précédent billet m'ont fait ressortir Métropolice, de Didier Daeninckx, auquel j'avais emprunté une situation et un personnage, or c'est sur sa première page de garde que figurent mes notes sur le téléfilm, dont je n'ai pas pris la peine de préciser le titre. Les noms complets Guy Valvert (le tueur) et Mariette Pellegrin (?) doivent être suffisants pour l'identifier, toutefois une recherche sur ces noms ne m'a rien apporté. J'ajoute que, attendu que j'ai ressorti Métropolice l'été 99, le téléfilm a quelque chance d'être contemporain.
  Enfin ces notes ravivent ma mémoire. Après les meurtres dans les mêmes circonstances de Chloé et Nadele (?), les flics découvrent le cas précédent similaire d'Angélique. Un 4e meurtre survient, celui d'Elisa, puis je crois que le rare médicament utilisé par le tueur, peut-être l'illisible F..., permet de le retrouver avant qu'il ne tue Sandrine.
  A moins que Sandrine ne soit tuée aussi, auquel cas ce serait Mariette la victime sauvée. J'observe que les lettres ACNES forment le latin necas, "tu tues"...

  Quoi qu'il en soit, j'y avais vu un motif 4+1 remarquable avec le PSORIASIS du tueur révélé après l'épellation du mot ACNE, des maladies de "Poe", souvent donné pour fondateur du polar (l'art Poe).
  L'épisode de New York unité spéciale vient souligner la coïncidence, avec de plus une possibilité d'étendre l'acrostiche à 5 lettres, ACNE+G : la 5e victime qui permet de confondre Noah Sibert est Gwen, tandis que le tueur des ACNE est Guy. Je ne vois pas d'autre arrangement de ces lettres que GANCE, or le cas emblématique qui m'a mené à l'étude des "acronymes victimaires" est Monsieur Abel, d'Alain Demouzon, où ABEL voit un plan meurtrier dans les morts de
Augustin-Bernard-Elisabeth-Liliane, ABEL...
  Ceci m'a conduit à écrire en 2000 pour la revue Caïn une nouvelle avec 4 soeurs meurtrières d'initiales CAIN...

  L'essentiel aujourd'hui me semble être la préfiguration de l'épisode de New York unité spéciale débutant le 8 septembre 8, le jour de mon intuition sur le schéma 4+1 de la vie de Jung, intuition dont j'ai tenté de relativiser l'irrationnalité fondamentale autant que possible. Il y avait des circonstances immédiates, mais encore de multiples autres pistes possibles.
  J'ai évoqué ici Jo Nesbø, dont j'ai lu début juillet 2008 la 5e enquête de son héros Harry Hole, L'étoile du diable, découverte à ma médiathèque, qui se signala d'emblée pour ses multiples liens avec mes préoccupations sur les meurtres géométriques et les amputations.
  4 femmes sont assassinées à Oslo; les meurtres ont lieu tous les 5 jours, les victimes, habitant un 5e étage, sont trouvées amputées d'un doigt de la main droite, avec un diamant rouge taillé en pentacle. L'enquête établit que les lieux des 4 crimes correspondent à 4 sommets d'un pentacle basé sur le centre d'Oslo. Ceci semble désigner un suspect habitant au 5e sommet, Sven Sivertsen.
  Il s'agit évidemment d'une mise en scène du vrai tueur, mais ce qui m'avait le plus frappé alors était les 4 amputations et le nom SVEN, en écho aux 4 mains droites amputées des 4 frères SVEN dans Les Orphelins du Mal.
  Par ailleurs le roman s'inscrit dans la continuité de La mort et la boussole, de Borges, où des morts les 4 de 3 mois consécutifs aux sommets d'un triangle équilatéral amènent à prévoir un 4e meurtre complétant le triangle en losange, avec une effarante possibilité d'acrostiche, et de La bibliothèque de Villers, de Benoît Peeters, où 4 meurtres tous les 25 jours aux 4 sommets d'un carré se concluent par une dernière mort au centre du carré, les noms des victimes, trouvées chacune avec un pentacle gravé dans le dos, formant l'acrostiche LIVRE, sous la forme IVRE+L.
  La dernière victime est le bibliothécaire Lessing, comme "les signes" ou "les cygnes", or c'est un SVEN, "cygne", qui occupe le 5e sommet du pentacle d'Oslo. Un thriller choisi pour son titre numéral, 7, m'a fait découvrir le tueur SWAN, "cygne", qui choisissait les 7 lieux de ses meurtres pour leurs formes, triangles, losanges ou carré correspondant aux pièces du tangram, et pour leurs emplacements dans Philadelphie, reconstituant la figure distendue du cygne. C'est ce roman qui m'avait appris le plan initial de Philadelphie, autour d'un quinconce de 4+1 places.

  Je remarque aujourd'hui le nom du coupable présumé au 5e sommet du pentacle, Sivertsen, "fils de Sivert", remarquable écho au Sibert violeur de 4+1 femmes dans l'épisode de New York unité spéciale. Il s'agit vraisemblablement de noms d'étymologie identique, quoique la généalogie des personnages de fiction soit délicate à remonter...

  Les 5 premiers Harry Hole forment aussi un motif 4+1 dans l'édition française, avec les 4 premiers parus chez un petit éditeur, Gaïa, le prometteur Jo Nesbø ayant ensuite été récupéré par Gallimard, pour L'étoile du diable et son pentacle, précisément.
  Ceci m'a rendu curieux des autres Harry Hole, pas au point de les acheter cependant. J'ai donc lu ceux qui étaient disponibles à la médiathèque, lectures agréables avec parfois des échos à mes intérêts majeurs, notamment l'an dernier avec Le léopard, 8e Harry Hole, où 5 des 8 personnes ayant passé une nuit dans un refuge sont assassinées les semaines suivantes, 4 femmes et 1 homme, prénommés dans l'ordre Adele, Borgny, Charlotte, Marit, et Elias.
  Les initiales ABCME peuvent former une quinte alphabétique parfaite 1-2-3-4-5, sachant que certaines numérologies réduisent M = 13 en 1+3 = 4, notamment le code de Cheiro dont John Lennon était un adepte. Je m'attendais à voir ceci intervenir dans la résolution de l'énigme, avec le H de Harry = 8 dans ce 8e opus, d'autant que l'auteur avait déjà utilisé des jeux alphabétiques dans d'autres romans, mais il n'en a rien été.
  Avant l'assassinat d'Elias, les soupçons portaient sur lui... Je rappelle que le couple Elie-Enoch est primordial dans mes préoccupations jungiennes.

  Il devenait urgent d'avoir lu les 5 premiers Harry Hole. Il me manquait le 2, Les cafards, trouvé d'occasion en début d'année, et le 3, Rouge-Gorge, acquis neuf tout dernièrement en Folio, lu juste après Pandore et l'ouvre-boîte.
  Cette lecture m'a confirmé qu'il existait des niveaux cachés d'écriture chez Nesbø, dont la profondeur et l'intentionnalité restent à déterminer, mon ignorance du norvégien ne me qualifiant guère pour cette tâche.
  Je dois pour cela déflorer les ressorts d'une intrigue sophistiquée, avis à ceux qui préféreraient lire d'abord le roman.

  Il est construit en 10 parties, dont certaines ont des titres d'inspiration nettement biblique, Genèse (premier livre de l'Ancien Testament), Urias, Sept jours, Bethsabée, La révélation (soit l'Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament), Le jugement dernier...
  La clé de l'affaire remonte au siège de Leningrad, dans un avant-poste tenu par 5 volontaires norvégiens, parmi lesquels se détache le charismatique Daniel Gudeson (tiens un autre 4+1), jeune idéaliste parti combattre le bolchevisme. Il est décrit comme angélique, et il influence notamment son ami Gudbrand Johansen, celui qui est surnommé Rouge-gorge, Rødstrupe, pour son habileté à égorger les Russes avec sa baïonnette.
  Le 12 décembre 42, Daniel Gudeson tue un Russe dont il s'approprie la casquette de fourrure et le nom, Urias. C'est le port de cette casquette, au lieu du casque réglementaire, qui cause d'ailleurs sa mort, dans les premières minutes du 1er janvier 43 où il est victime d'un sniper russe.
  Cette mort affecte le groupe, et Sindre Fauke fait part à Gudbrand Johansen de son intention de se livrer aux Russes, ce qu'une ellipse narrative permet d'imaginer s'être réellement passé. En fait Gudbrand a tué Sindre, et échangé son corps avec celui de Daniel, qu'il a respectueusement enterré lui-même. Ceci explique pourquoi la fiancée de Daniel, Signe Alsaker, ne reconnaît pas son corps, ce qui laissera planer un doute sur sa mort.

  Blessé début 44, Gudbrand Johansen est soigné à Vienne, où il a choisi de se faire appeler "Urias". Il tombe amoureux de l'infirmière Helena, également convoitée par le médecin-chef qui se livre à un odieux chantage, en menaçant de décréter Urias apte au service, ce qui équivaut à le renvoyer à la boucherie du front de l'Est. On reconnaît ici une transposition de l'histoire de l'Urias biblique, ou Urie, envoyé se faire tuer par David qui convoitait sa femme Bethsabée.
  Gudbrand-Urias parvient à obtenir une affectation dans la police d'Oslo, mais Helena ne peut partir avec lui. Il ne peut supporter de la laisser en proie au médecin-chef, qu'il égorge avant de partir, et c'est sous l'identité de Sindre Fauke qu'il revient en juillet 44 en Norvège, toujours sous l'autorité du collaborateur Quisling. Il prend contact avec la Résistance; s'il s'avère qu'il y a bien un Sindre Fauke déclaré déserteur par la Wehrmacht, son contact Even Juul exige de lui qu'il exécute un des membres de "sa" famille, tous collabos, et "Sindre" s'en acquitte au-delà de la demande puisqu'il tue les 4 Fauke, "ses" parents et "ses" deux frères, ceux qui auraient été le mieux à même de révéler sa fausse identité.
  A la libération, faire partie du bon camp lui permet de mener une vie normale et de faire fortune, tandis qu'une sévère épuration touche tous les collabos.

  Plus de 50 ans plus tard, Sindre apprend qu'il est condamné par un cancer, et il redevient Gudbrand-Urias-Daniel pour une vengeance longuement différée. Il tue d'abord un survivant du groupe de Leningrad qui pourrait le dénoncer, puis un politicien qui a eu des mots très durs sur les collabos et qui est surtout coupable d'être proche de sa fille Rakel.
  C'est ensuite le tour de Signe, la fiancée de Daniel, traîtresse qui a épousé le résistant Even Juul. Il laisse sur les lieux le message "Dieu est mon juge", et c'est lui-même qui montre à Harry Hole dans un dictionnaire biblique que c'est la signification du nom hébreu Daniel. Les enquêteurs étaient déjà sur la piste du groupe de Leningrad, mais Daniel est officiellement mort, Sindre insoupçonnable, et Gudbrand supposé mort à Hambourg dans un bombardement.
  Sindre confie à Harry que Even Juul, depuis longtemps son ami, montrait une bizarre fascination pour Daniel, jusqu'à parfois demander qu'on l'appelle Urias, puis ne plus s'en souvenir. Harry bâtit à partir de ces révélations l'hypothèse que Juul pourrait être atteint du syndrome des personnalités multiples, et que ce farouche antifasciste, auteur d'une histoire de la Résistance norvégienne, pourrait parfois laisser la place à "Daniel", rancunier envers ceux qui ont renié les aspirations sincères d'un tout jeune homme...
  Even Juul semble alors se suicider, peut-être parce qu'il a démasqué le tueur qui était en lui. Harry n'est pas tout à fait convaincu par ce dénouement car le fusil de précision acquis par le tueur n'a pas été retrouvé, arme rare dont l'usage n'a jusqu'ici pas été justifié.
  Harry comprend le plan du tueur le 17 mai 2000, jour de Fête Nationale en Norvège, où le prince héritier s'adresse à la foule du balcon du Palais Royal. Il parvient de justesse à empêcher Gudbrand-Urias-Daniel de tuer le prince, du 21e étage de l'hôtel SAS Radisson, le plus haut édifice de Norvège, où il avait loué une suite sous le nom Daniel Gudeson.

  C'est bien entendu lui qui avait tué Even Juul et maquillé le crime en suicide, et ce plan criminel obéissait encore à un schéma 4+1, avec une apothéose finale.
  L'extermination de la famille Fauke correspondait par ailleurs à un schéma 1+4, mais j'arrive à ce qui me semble essentiel.
  Gudbrand n'a pas montré à Harry la rubrique Urias (ou Uriah, Uriyah) de son dictionnaire biblique, ce qui aurait révélé la signification "feu de JHWH", Ignis Domini dans la Vulgate. Or il s'agit pratiquement de ce que signifie Gudbrand en norvégien moderne.
  En fait Gudbrand est un vieux nom signifiant "épée de Dieu", mais l'acception "épée" pour brand est aujourd'hui oubliée, et ce mot évoque le "feu" en norvégien moderne, brann, dont il existe d'autres formes dialectales. Tout ceci semble un peu complexe, et ma recherche m'a conduit à découvrir que le personnage Brand de la pièce du norvégien Ibsen était associé au feu :
The word "Brand" means fire in Danish, Norwegian and Swedish.
  Cette sérigraphie proposant diverses figurations de personnages d'Ibsen me semble suffisamment éloquente pour éviter de chercher plus loin. Les lumières des experts en norvégien seraient bienvenues. The next Ibsen could be Nesbø (CNN).
  Ainsi Gudbrand a emprunté à Daniel le surnom Urias dont le sens en hébreu est pratiquement celui de son propre nom. Puis Gudbrand a pris l'identité de Sindre Fauke dont il tue toute la famille vivant dans une ferme perdue d'une réelle région, le Gudbrandsdal !
  Le nom "épée de Dieu" sied d'ailleurs aussi à "Rouge-gorge" dont le mode d'exécution favori est l'égorgement au poignard ou à la baïonnette, et l'acception "épée" de brand est étymologiquement dérivée du "tison". En danois, hollandais et suédois brand signifie "feu", "incendie".

  Ceci va plus loin, car les trois prénoms Gudbrand-Urias-Daniel sont théophores (épée de Dieu, feu de Dieu, jugement de Dieu), et ils forment l'acronyme GUD, "Dieu" en norvégien (ci-dessus "Dieu est bon").
  De plus les deux noms connus associés à ces personnages sont eux aussi théophores, Gudeson pour Daniel, "fils de Dieu", Johansen pour Gudbrand, "fils de Johan", de l'hébreu yaho'hanan, "grâce de JHWH".
  L'ange Daniel avait clairement une vision mystique de sa croisade contre le bolchevisme, ce qui lui a notamment fait donner une sépulture chrétienne à Urias. Dans le document testament qu'il laisse derrière lui, Gudbrand se déclare prêt à rejoindre le Seigneur (l'appellation de JHWH dans la Vulgate).

  Je n'imagine pas que ces lectures soient accidentelles, et ceci me conforte dans l'idée que le jeu sur les victimes A-B-C-M-E du Léopard ne l'était pas davantage, mais il y a d'autres niveaux dont l'intentionnalité est moins assurée.
  Le premier grand roman au second degré sur les personnalités multiples a été L'adversaire d'Ellery Queen (1963). S'il a été traduit en norvégien dès 1964, Mannen med de to liv, "L'homme aux deux vies", il ne semble pas y avoir eu d'édition ultérieure et les "jeunes" tel Jo Nesbø (né en 60) ne connaissent guère Queen. Nesbø ne cite Queen ni dans son autobiographie ni dans cette longue interview sur Rouge-gorge.
  Mon ami Kurt Sercu, webmestre d'un site queenien incontournable, n'a trouvé que la couverture de cette édition suédoise Spel mot en okänd, "Jeu contre un inconnu".
  Je rappelle que le nom de naissance du Queen principal, Dannay, est Daniel Nathan, et que ce premier Queen écrit sans son cousin Lee, avec lequel il s'était brouillé, met en scène ce qui semble être la vengeance de Nathaniel, passant pour mort, à l'encontre des 4 cousins qui ont usurpé son héritage. Les cousins York sont tués tour à tour après avoir reçu des cartons porteurs des lettres J-H-W, ce qui pourrait désigner l'homme à tout faire de York Square, John Henry Walt, un être frustre qui n'a pu planifier ces meurtres.
  Puis le dernier cousin reçoit un carton H, et Walt tente effectivement de le tuer, mais on découvre qu'il est un pion entre les mains d'un mystérieux individu lui dictant ses ordres dans des lettres signées Y. Le dénouement révèle que c'est Walt lui-même qui s'envoie ces lettres, sous l'emprise d'une autre personnalité, celle du dieu de l'Ancien Testament, JHWH ou Yahweh, une autre de ses personnalités étant probablement Nathaniel.

  Il ne m'a pas semblé innocent que quelqu'un nommé Daniel Nathan, en bisbille avec son cousin, imagine cette histoire d'un Nathaniel cousinicide, et j'ai trouvé significatif que Dannay ait choisi pour finaliser son synopsis un Theodore, équivalent grec de Nathaniel ("don de Dieu").
  Les échos avec Rouge-gorge sont multiples :
- un Nathaniel ou Daniel supposé mort qui revient assouvir sa vengeance;
- les jeux multilingues Nathaniel-Theodore et Urias-Gudbrand;
- les acronymes divins JHW et GUD (à noter que Nesbø est un Jo, qui dans Johansen équivaut au JHW hébraïque);
- la 3e victime du vengeur est la fiancée qui l'a trahi, Myra pour "Nathaniel", Signe pour "Daniel";
- l'idée que Even Juul puisse abriter plusieurs personnalités, alors que le cas auquel se réfère Queen est celui d'Eve White/Black, évoqué récemment.

  On peut remonter plus loin, car les meurtres selon le Tétragramme JHWH de L'adversaire sont évidemment inspirés par la nouvelle La mort et la boussole, de Borges, où le vengeur se nomme Red Scharlach, nom allemand de la scarlatine, affection dont le symptôme essentiel est la gorge rouge !
  J'ai indiqué à plusieurs reprises que j'étais pris de vertige devant toutes les pistes ouvertes par cette nouvelle et ses avatars. La nouvelle de 42 débute par l'assassinat du rabbin Yarmolinsky, les 4 noms des victimes aux 4 points cardinaux formant l'acrostiche YGAL, qui en hébreu signifie "celui qui rédime", "le vengeur"...
  ...et il y aura 53 ans plus tard un Rabin assassiné par un Ygal, le premier ministre israélien abattu par Ygal Amir. Les esprits forts ne peuvent bien sûr considérer de telles coïncidences que comme fortuites, mais jusqu'à quand le hasard peut-il être invoqué ? Car c'est aussi le meurtre de la personnalité la plus importante de son pays qu'a planifié Rouge-gorge... Un lien entre Israël et Norvège est aisé car Rabin a été tué à cause de la poignée de main avec Arafat en septembre 93 concluant les Accords d'Oslo, rappelée au tout début de Rouge-Gorge par une rencontre quadripartite entre Barak, Arafat, Poutine et Clinton à Oslo en octobre 99, totalement imaginaire.
  J'avais entamé ici l'étude de la nouvelle de Borges, signalée récemment sur Quaternité, et cet autre billet m'a fait y relier un pastiche de 45 de Queen, Le mystère des ballons rouges, où c'était un Jonathan, autre forme de Nathaniel, qui attirait le flic ayant tué son frère dans un piège au terme d'un jeu de piste macabre, de façon très similaire à ce qui se passe dans La mort et la boussole, qu'il est hautement improbable que Narcejac eût connue en 45.

  Question prémonition, Nesbø pourrait mériter un accessit car c'est en Norvège qu'a eu lieu la tuerie de masse commise par un seul homme la plus importante de l'époque contemporaine, les attentats de Anders Breivik le 22 juillet 2011. De même que Breivik a diffusé ce jour un document de 1500 pages détaillant ses motivations, Gudbrand laisse un manuscrit de plusieurs centaines de pages expliquant tous ses choix. De même que Gudbrand ne parvient pas à tuer le prince héritier, Breivik a manqué sa cible la plus importante, l'ex-premier ministre norvégien.

  Le lecteur français peut trouver quelque écho aux revendications de la droite norvégienne au nom de Gud, "Dieu", car le GUD (Groupe Union Défense) est une organisation étudiante d'extrême droite qui a repris le logo d'Occident, la croix celtique similaire à la roue solaire utilisée par les fascistes scandinaves (vue plus haut sur la couverture anglaise de Rouge-Gorge).

  Deux dates très précises de Rouge-gorge m'interpellent. La 4e partie, Urias, s'achève le 30 juin 44, où la narration laisse "Urias" à Hambourg sous un bombardement. J'ai dévoilé plus haut les ressorts de l'intrigue, mais le lecteur ne sait pas à ce stade qui est "Urias". L'enquête établit ensuite qu'il s'agissait de Gudbrand Johansen, supposé mort dans le bombardement, mais ce n'est qu'à la découverte finale du manuscrit de Sindre Fauke, La grande trahison, qu'est révélée la vérité. Gudbrand a voulu faire croire à sa mort à Hambourg et a débarqué quelques jours plus tard en Norvège sous l'identité de Sindre.
  Or c'est le 30 juin 44 qu'est mort Theodor Haemmerli, et peut-être ce même jour que Jung a quitté l'hôpital. En tout cas Jung a débuté alors une nouvelle vie, profondément changé par les événements de 44. L'hospitalisation de Jung, le 11 février, coïncide à peu près avec celle de Gudbrand évacué à Vienne après avoir été victime d'une grenade le 17 janvier. Je rappelle que Theodor équivaut à l'hébreu Nathaniel, et que Gudbrand a endossé la personnalité de Daniel.

  L'autre date est le 1er juin 2000, où s'achève Rouge-gorge. Le 1er juin est pour moi le Jour des Queen, ce que j'ai encore évoqué le 1er juin dernier dans le billet Jour des Rois, parce que les cousins Queen étaient nés en moyenne le 1er juin 1905, ce que je soupçonne Dannay d'avoir exploité dans plusieurs romans. Je me souviens avoir été conscient le 1er juin 2000 qu'il s'agissait du 95e anniversaire de Queen, 95 étant la valeur de l'hébreu milka, "reine".
  Je remarque que Rouge-gorge a été publié initialement en 2000, comme mes Pans du bizarre, que j'ai (ou n'ai pas) écrit l'été 99 (voir le billet précédent), ainsi Nesbø rédigeait probablement son manuscrit en même temps que s'écrivait le mien, où il est explicitement question des meurtres divins de L'adversaire.

  Quelques petites choses encore. Je me suis demandé si la vision le soir du 7 septembre 08 d'un épisode de Barnaby avait pu influencer mes intuitions de la nuit suivante. Dans ces Noces de sang, une anagramme révèle le secret de la naissance de Robin Lawson, second mort de l'épisode. Robin, diminutif de Robert, est aussi le nom anglais du rouge-gorge.
  C'est un Robert qui est la première victime de L'adversaire, peut-être en hommage à Stevenson qui a imaginé avec Jekyll-Hyde un cas de personnalité multiple bien avant la reconnaissance effective du syndrome.

  Rouge-Gorge a choisi le 21e des 34 étages de l'hôtel SAS Radisson pour perpétrer sa dernière exécution. Je retrouve le partage fibonaccien de 34 en 21 et 13 qui me hante depuis que j'ai découvert dans la bibliothèque familiale l'acrostiche The Greek Coffin Mystery By Ellery Queen courant sur les deux parties en 21-13 chapitres d'un Queen de 1932, et dont les avatars les plus marquants ont été les rapports Haemmerli/Jung ou Nathaniel/Daumal = 84/52 = 21/13.
  Je rappelle que le pataphysicien Alain Calame, spécialiste de Borges, a écrit Une affaire en or, pastiche fibonaccien de La mort et la boussole, où les quatre meurtres sont commis à 5-8-13-21 heures, ce dernier correspondant à l'exécution de Lönnrot par Scharlach.
  J'ai un jour feuilleté dans une solderie le Guide de Paris de l'Ivre de Pierres (mai 82), compilation de Jean-Paul Jungmann, et y ai trouvé un autre pastiche de la nouvelle de Borges, Fantaisie architecturale, signé Bernard Marcadé. Je l'ai bien sûr acquis et l'actualité me le fait ressortir aujourd'hui. Voici le premier paragraphe de ce texte :
  L'histoire se passe dans un parc de la Villette alternatif, dont l'entrée principale est avenue Corentin Cariou. J'ai démarré ce billet parce que j'avais retrouvé l'acrostiche ACNE dans Métropolice, dont j'avais emprunté le meurtre d'Enrico Conti à la station de métro Corentin Cariou, et je suis épaté de retrouver ce nom en arrivant à son terme.

  Il y a une circonstance extérieure ébouriffante. C'est hier 21 que j'ai exhumé l'Ivre de Pierres, dont une phrase a excité ma curiosité :
Brusquement il y eut une interminable odeur d'eucalyptus.
  C'était vraisemblablement une citation de Borges, et ce matin premier jour de l'an 222 du calendrier républicain j'ai ressorti mon exemplaire de Fictions (Folio n° 614, 1981) pour y vérifier que cette interminable odeur d'eucalyptus était non seulement dans l'incipit de La mort et la boussole, mais que la 4e de couverture offrait aussi cet incipit.
  Vers midi, j'ai vu qu'un colistier de la liste Oulipo proposait l'exercice de la Semaine du Livre, recopier la 5e phrase de la page 52 du livre le plus proche de soi, sans en indiquer les références. Ceci m'a semblé amusant, et j'ai pris Fictions à la gauche de mon ordi, et trouvé la 5e phrase de la page 52 digne d'être citée :
Telle fut la première intrusion du monde fantastique dans le monde réel.
  Juste après avoir posté le message, je me suis souvenu avoir remarqué que le texte Fantaisie architecturale s'achevait page 52 du livre de Jungmann (52 étant la valeur de JUNG). Le livre était à la droite de mon ordi, en fait plus proche de ma main droite que Fictions au moment où j'ai reçu le message sur la 5e phrase de la page 52, et constaté que la phrase donnée plus haut était effectivement la 5e de la page 52, que voici in-extenso, car ce bouquin ne doit pas être dans toutes les bibliothèques (cliquer pour agrandir).
  Si la liste Oulipo est privée, quoique ouverte à tous, une bonne partie de ses messages est accessible sur un site sauvage, et ceux du 22 septembre sur la Semaine du Livre sont lisibles ici.

  Note du 26 : Quelques jours après cette fabuleuse coïncidence un peu de recul m'amène à d'autres constatations.
  Jungmann a édité à partir de 1977 4 volumes du L'ivre de pierres, plus le Guide du Paris de L'ivre de pierres (1982), autre motif 4+1, et le découpage de LIVRE en L-IVRE fait écho à l'acrostiche IVRE-L de Peeter(s), autre Pierre(s), dans La bibliothèque de Villers (1980), avatar explicite de La mort et la boussole. Le Paris de L'ivre de pierres ne dépare pas du Pâhry des Cités obscures de Schuiten-Peeters, notamment dans L'étrange cas du docteur Abraham montrant le centre Beaubourg apparaître à Pâhry au 19e siècle.
  La 5e phrase de la page 52 ouvre un nouveau paragraphe, soit donc un autre motif 4+1 avec les 4 phrases précédentes de la page (il manque pour la première le mot "Il", page 51 ou LI en chiffres romains).
  Cette 5e phrase page 52 a 48 lettres, et elle m'a fait découvrir dans Fictions la 5e phrase page 52 qui a 60 lettres (48+12, motif 4+1 déjà repéré pour la construction par Jung de Bollingen, son "livre de pierre").
  Depuis juin le mot "roi" et ses différents avatars ont accédé au premier plan de ma recherche, or le "LIVRE" chinois était jadis transcrit KING (plutôt ching maintenant). J'ai redécouvert récemment que Rabelais avait remplacé les Helye et Enoch de la première édition de Pantagruel par Artus et Ogier, or le roi ARTUS est le renversement du sanskrit SUTRA, "livre"...

  Note du 27 : je suis également émerveillé par la 5e phrase de la page 52 de Fictions,
Telle fut la première intrusion du monde fantastique dans le monde réel.
  Elle est issue de la première nouvelle du recueil, Tlön Uqbar Orbis Tertius, dans l'édition Folio également utilisée par Perec pour ses citations de Borges dans La Vie mode d'emploi. J'ai eu la curiosité de googler la phrase, 5 résultats ce 27, le 5e étant Quaternité (4+1 !), les 2 précédents le blog de tor-ups, et dans ces lettres "de tor-ups" je repère aussitôt l'anagramme de (R)ødstrupe, le titre original de Rouge-gorge.
  Pourquoi ce nom ? Parce que l'existence d'Uqbar n'est connue que par un exemplaire particulier du 46e volume de l'Anglo-American Cyclopaedia, Tor-Ups, de 921 pages au lieu des 917 de l'édition normale. Les 4 pages supplémentaires sont consacrées à Uqbar (et le volume devrait donc être indexé Tor-Uqb).
  Je remarque que TOR-UPS est l'anagramme de PROUST, un autre des 20 auteurs dont 10 citations sont réparties dans les chapitres de La Vie mode d'emploi.

  Note du 30 : le 28 un mèl d'Etienne Cornevin, 'pataf émérite, transmettait un article daté du 23 sur son site des Nouvelles-Hybrides, où j'ai aussitôt repéré le début de la 3e phrase,
Les distributeurs de ballons de rouge (« cafés ») ferment (...)
avec ces ballons de rouge en gras et rouge vinasse, alors que j'ai parlé plus haut du Mystère des ballons rouges de Narcejac, en rouge avec lons rouges en gras en pensant à Lönnrot dans la nouvelle de Borges.